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polar-noir

Au pied du mur

Publié le par Yv

Au pied du mur, Elisabeth Sanxay Holding, Éd. Baker street, 2013 (Ed. Gallimard, 1953), traduction de Gérard Horst et J-G Marquet revue et mise à jour par Françoise Jaouën...,

États-Unis, près de New York, en pleine seconde guerre mondiale, Lucia Holley vit avec son père et ses deux enfants adolescents près d'un lac, Tom son mari est parti à la guerre depuis 3 ans. Lorsque Bee sa fille s'entiche d'un homme marié au passé douteux, Lucia tente de la protéger. Un matin après une discussion avec cet homme, elle le retrouve mort dans le hangar à bateau. Elle décide de se débarrasser du corps persuadée que c'est son père qui, lors d'une dispute, l'a tué. Ensuite, c'est une suite de mésaventures : des truands se suivent chez elle pour lui demander de l'argent, la faire chanter et la menacer elle et les siens. Puis la police s'en mêle.

Un polar assez efficace dans lequel l'héroïne est prise dans une spirale infernale : quoiqu'elle fasse son sort empire. D'autant plus que la société étasunienne de l'époque n'est pas très ouverte à l'émancipation des femmes : Lucia ne travaille pas, son mari ne le voulait pas, elle doit s'occuper de son intérieur et de ses enfants, aidée par Sibyl, la domestique noire très débrouillarde, discrète et efficace. Il est très intéressant de se replonger dans ces années-là, pour voir comment la société a évolué : pas de machine à laver, pas de portable, pas d'ordinateur, pas beaucoup de voitures car l'essence était rationnée et les pneumatiques également ; on est vraiment en plein cœur des préoccupations d'une femme de l'époque, seule un peu perdue, car pas habituée à tout gérer et en plus on lui rajoute des événements exceptionnels auxquels elle doit faire face. Lucia est une femme courageuse qui s'ignorait telle avant. Elle est présente de la première à la dernière page du roman, on connaît ses tourments, ses angoisses, ses peurs, ses interrogations : "Et si on m'enferme, moi aussi ? J'ai déplacé le corps. Les enfants n'auraient plus personne. Je sais que Sibyl prendrait soin d'eux, mais quel scandale ! Non ce n'est pas possible ! Ce genre de choses ne peut pas arriver à des gens comme nous. Je ne peux pas tout avouer à l'inspecteur Levy. Mais je ne peux pas non plus laisser ce Murray en prison, même une nuit de plus. J'ai sûrement enfreint la loi en déplaçant Ted. Mais si je laisse Murray en prison tout en sachant qu'il est innocent, c'est criminel. C'est un véritable péché."(p.151) Et oui, à l'époque, on ne rigolait pas avec la réputation et la religion surtout dans ce pays. Elle fait face courageusement, doit affronter ses enfants qui ne la comprennent plus, la pègre et les flics dans une montée inexorable de la tension et du suspense. Alors, certes, depuis on a lu beaucoup plus dur, violent, trash ; on est allé plus loin dans beaucoup de domaines, mais ce roman a un charme certain et se lit très agréablement. Rythme enlevé, très rapide grâce à des phrases courtes et un texte très dialogué, ce qui fait que les 315 pages passent très rapidement d'autant plus vite que l'intrigue n'a pas de temps mort. Très bien construit et maîtrisé, on ne s'y ennuie pas une seconde. C'est sans doute la raison pour laquelle Max Ophüls en a fait un film dès 1949 (le livre est édité aux États-Unis en 1947), Les désemparés (avec Jona Bennet et James Mason et que deux réalisateurs étasuniens en ont tourné un autre en 2010, Bleu profond, avec Tilda Swinton. Preuve supplémentaire que c'est un bon livre, il connut une première réédition en français en 1966, dans la Série noire de Gallimard et celle que j'ai le plaisir de vous présenter chez Baker Street en 2013 !

 

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Lady Hunt

Publié le par Yv

Lady Hunt, Hélène Frappat, Actes sud, 2013...,

Laura Kern est une jeune femme qui travaille pour une agence immobilière des beaux quartiers parisiens. Elle est à la fois témoin et victime de phénomènes étranges : un rêve récurrent autour d'une maison ; un véritable cauchemar, car cette maison la terrifie, la disparition et la réapparition d'un petit garçon dans un appartement que ses parents visitent... Tous ces mystères lui font peur, lui font toucher du doigt la maladie dont son père fut victime et qui peut se transmettre aux descendants.

Dans le cadre des Matchs de la rentrée littéraire, Price Minister distribue des livres aux "blogs littéraires les plus influents de l'Hexagone" : eh, relisez ça, je fais partie des "blogs littéraires les plus influents de l'Hexagone" ! Ah, ça fait du bien de l'écrire et de le lire deux fois, si je m'écoutais, je le triplerais, mais ma modestie naturelle m'en empêche (putain, un des "blogs littéraires les plus influents de l'Hexagone" quand même !). Ah, la vache !

Pouf pouf, je me rajuste et je reviens à ma préoccupation principale, vous parler de ce roman d'Hélène Frappat dont j'avais apprécié Par effraction il y a assez longtemps, avant que ce blog ne devienne l'un des "plus influents de l'hexagone" -désolé, c'est trop bon, je ne peux pas m'en empêcher. L'auteure crée un monde qui tire vers le fantastique, genre dont je ne suis point féru. Ces moments d'irréalité sont ancrés dans des passages très réels : des visites d'appartement, de maisons. Un total décalage qui m'a bien plu. J'ai été emballé pendant les deux premières parties (140 pages) et ai ressenti une lassitude  à ce moment-là. Mon plaisir du départ était quelque peu émoussé par les longueurs, par cette histoire qui n'avançait plus et Laura qui faisait elle aussi du sur-place. J'ai accéléré un peu mon rythme de lecture, passé des pages, sauté des paragraphes sur les 170 dernières pages. Toujours mon souhait de concision. Malgré mes évitements, je dois dire que je reste sur une belle impression. Hélène Frappat sait créer une ambiance propice à son récit mi-réel/mi-fantastique, ses personnages (beaucoup de femmes), Laura en tête sont attachants, troublants et complexes. Grâce à des détails distillés ça et là, on saisit des bribes de l'histoire de la famille Kern avant des paragraphes explicatifs disséminés dans les différentes parties. Tout se tient, tout s'explique dans un très bon final.

Un roman pas banal qui a le mérite d'aller dans des sphères assez peu explorées par les romans français contemporains et qui, mine de rien, grâce à une écriture fine et poétique restera sans doute un moment en les mémoires de ceux qui ont eu la chance de le lire. L'atmosphère, l'ambiance ouateuses, brumeuses, tant dans le climat que dans les têtes des héroïnes concourent à l'installer durablement dans nos esprits. Il commence ainsi :

"La première fois que j'ai vu la maison, les arêtes de ses murs en briques disparaissaient sous une brume grise. La maison se dresse en haut d'une rue en pente Malgré le brouillard lumineux qui l'enveloppe, son ombre imposante se détache sur les villas environnantes. C'est une brume de fin de journée, un halo gris qu'absorberont bientôt les rayons blancs du crépuscule, juste avant la nuit, et la maison aura disparu." (p.11)

Un grand merci à Price Minister. Et puisqu'il faut mettre une note, j'attribue un 14/20

Babelio recense plein d'avis divers

 

rentrée 2013

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Le vignoble du Diable

Publié le par Yv

Le vignoble du Diable, Philippe Bouin, Presses de la cité, 2013...,

Saint-Vincent-des-Vignes, en plein beaujolais, est en plein émoi : Joseph Marzot, le maire est retrouvé assassiné au sommet du mont Brouilly. Autour de lui, des sortes de talismans, de signes cabalistiques grossièrement fabriqués. A-t-il bien fait d'acheter la parcelle appelée le Vignoble du Diable ? Archibald Sirauton, vigneron, propriétaire de Manoir de l'Ardières devient maire par intérim, lui ex-premier adjoint. Mais il est aussi un ex-juge d'instruction qui a démissionné pour reprendre le domaine familial, et le démon de l'enquête est toujours en lui, surtout lorsque le flic en chef est le commissaire Poussin, un butor intéressé surtout par son avancement quitte à foncer sur n'importe quelle piste même si celle-ci peut ruiner totalement l'image -et donc le commerce- des vignerons locaux.

Belle surprise que ce polar estampillé Terres de France. Il allie le sang des victimes à celui de la vigne, et même si le Beaujolais n'est pas ma région viticole favorite, disons que je ne la connais pas beaucoup, je suis plutôt sud-ouest (Madiran, ah un bon Madiran, ou un Irouléguy !) mais si un ou des viticulteurs passant par ici se trouvent fort dépourvus par ma méconnaissance de leur vignoble, je suis tout à fait prêt à recevoir et goûter de bonnes bouteilles (dans ce cas, je lâche très volontiers mes coordonnées), et promis, je reviendrai ici donner mes impressions de buveur (avec modération, évidemment). Par la même occasion, si d'autres vignerons d'autres régions veulent également faire partager leur travail, je ne suis pas sectaire, je goûterai tout avec grand plaisir (sur la droite de l'article cliquez sur "contact"). Bon, après cette parenthèse que j'espère fructueuse, revenons à nos raisins beaujolais. L'intrigue est assez alambiquée pour tenir jusqu'au bout, même si certains aspects sont très prévisibles. La belle surprise vient surtout du plaisir évident qu'a pris Philippe Bouin à écrire ce bouquin et celui qu'on prend à le lire : langage léger, décontracté, pas coincé ni du bulbe ni d'ailleurs ; un français fleuri mâtiné de patois beaujolais (glossaire en fin de volume dont on a à peine besoin, en  fait, je ne l'ai pas consulté). Ajoutez à cela de belles réparties dans les dialogues, des jeux de mots, des blagues potaches :

"- Aïe, aïe, aïe... Poussin n'est pas un poulet, c'est un courtisan.

- On le sait tous, monsieur Sirauton, et j'ai peur qu'il s'en tienne à la version sectaire, plus médiatique que la trompe-couillon.

- Je le crains aussi. Poussin noierait son poisson rouge pour passer à la télé." (p.64)

De beaux personnages, hauts-en-couleurs et en premier Archi, ex-juge costard-cravate-cheveu-court, devenu vigneron barbu-chevelu-baba-cool, sans oublier Bougonne la gouvernante du manoir et Tirbouchon, le chien doté d'un sens de l'observation peu commun et à qui colle parfaitement l'expression "Il ne lui manque que la parole" : il nous fait d'ailleurs les honneurs de la visite du manoir dès les premières pages. Alouette, travesti qui arpente les routes du village au volant de son camping-car bénéficie d'un portrait dont je ne peux raisonnablement vous priver :

"Coffrée comme un blockhaus, la tignasse babélienne, Alouette était du genre dodu. Des tonnes de rimmel couvraient ses yeux porcins. Des surcouches de poudre masquaient ses traits épais. Côtés fringues, les habitués des rues chaudes en voyaient peu de si professionnelles. Avec ses cuissardes dartagnesques, ses bas résille et son chemisier léopard, la consciencieuse respectait la tradition." (p.217/218)

Je ne connaissais pas du tout Philippe Bouin, qui, ai-je appris a déjà écrit plusieurs romans policiers dont des enquêtes menées par Sœur Blandine et Dieudonné Danglet ; comme eux, je ne doute pas un instant qu'Archi revienne pour de nouvelles aventures joyeuses et policières.

 

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rentrée 2013

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Calibre 16 mm

Publié le par Yv

Calibre 16 mm, Jean-Bernard Pouy, Éd. In8, 2013....

Vincent Cortal est un paisible jeune retraité de l'éducation nationale qui, depuis la mort de sa femme, pour être honnête, s'emmerde un peu. Convoqué chez un notaire, à sa grande surprise il hérite de Matilda Rosken. En faisant appel à ses souvenirs lointains, il l'a fréquentée trente ou quarante années auparavant, lorsque cinéphiles très avertis, ils visionnaient des films expérimentaux. Films que Matilda a gardés et dont Vincent hérite. L'os dans cette histoire, c'est que Matilda a été torturée et tuée sans doute à cause de ces bobines... Le jour où Vincent se sent suivi, l'héritage devient lourd.

Quand on aime JB Pouy, on ne s'en lasse pas. D'abord, il a la bonne idée d'écrire des textes courts qui ne font pas dans le superflu. Dans cette collection Polaroïd de In8, on est plutôt dans la nouvelle ou le court roman (62 pages). Ensuite, son langage est direct, franc, imagé et souvent teinté ou nimbé d'humour et d'ironie. Quelques piques ça et là aux politiques (pas forcément ceux de droite) : "Longtemps après, transporté en soins intensifs, un interne, avec tout à fait la gueule de Dr House, m'a détaillé, dans un brouillard épais comme un discours de Mélenchon, l'état des lieux."(p.33), aux décideurs de tout poil qui décident donc, mais en dépit du bon sens. 

Dans Calibre 16 mm, bienvenus dans le monde du cinéma expérimental, déjanté dont JB Pouy est amateur (d'après la 4ème de couverture qui précise également que lui-même s'y est essayé). Un monde qui m'est totalement étranger, même si Madame Yv me dit parfois que ce que je regarde est bizarre. Sortent du chapeau de l'auteur des noms de cinéastes et des titres de films totalement inconnus : Piero Heliczer, Gerard Malanga ou James Whitney  et son film Lapis (que vous pouvez voir, comme je l'ai fait, en cliquant sur le titre) : "James Whitney avait mis un temps infini pour exciter chimiquement des centaines de points, de sels minéraux, sur chaque photogramme vierge, vingt-quatre par seconde, donc il faut imaginer les heures et les jours, les mois et les années passées pour organiser un magma et un chaos pointillistes en, petit à petit, un magnifique mandala." (p.28). Ces personnes que JB Pouy cite existent ou ont existé, et il transmet sa passion pour cet art et nous donne envie de les découvrir, au moins de connaître un peu le parcours de ces artistes qui ont beaucoup gravité autour de Andy Warhol.

Et l'intrigue, me direz-vous ? Eh bien, elle monte, elle monte, tranquillement, Vincent se fera tabasser par des mastards, résidera à l'hosto et renouera avec son fils, Gilbert, perdu de vue depuis le décès de sa femme et qui évolue dans le foot, un domaine que Vincent ne connaît ni n'apprécie et vice -versa en ce qui concerne le cinéma expérimental et Gilbert. Bon, perso, je vous ai mis un lien vers le cinéma, vers le foot, débrouillez-vous, je n'y connais rien et ces multimillionnaires en short ne me font pas vibrer. Tout juste réussissent-ils à me dégoûter... Je crois que même un polar dans ce milieu, je ne le lirai pas, à moins que JB Pouy ne s'y colle ?

 

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Sur ta tombe

Publié le par Yv

Sur ta tombe, Ken Bruen, Fayard noir, 2013 (traduit par Caherine Cheval et Marie Ploux).....

Un prêtre est agressé par une fille et deux garçons, devant une église, laissé pour quasi mort. Jack Taylor est engagé par un autre prêtre, Gabriel, membre d'un groupe auto-chargé de sauvegarder la réputation de l'Église (ce qu'il en reste); Jack doit retrouver le trésorier de ce groupe qui s'est fait la malle avec 750 000 euros. Puis Jack est enlevé, tabassé et mutilé, deux doigts de la main droite coupés, on lui en veut à lui et à ses amis hors norme. 

Neuvième et pénultième aventure de Jack Taylor : vivement la suite, même si c'est l'ultime ! Toujours pareil avec lui, ça commence avec un Jack Taylor qui picole, qui résout une petite affaire ici ou là, le train-train quoi ! Et puis, tout part en quenouille sans "en" avoir l'air, et le lecteur est ferré, totalement accro et incapable de lâcher le livre, tout en le lisant lentement pour bien savourer. Les moments qui suivent la lecture d'une enquête de Jack Taylor, ma tête est encore en Irlande (enfin, je dis cela, mais je n'y suis encore jamais allé, à mon grand regret. Un jour sûr.) Pour qui aime Jack, il ne sera pas dépaysé, il encaisse, il encaisse et finit par rendre monnaie de la pièce, même très amoindri. Parce que le Jack, il est pas aux standards des privés de littérature ou de cinéma : il est alcoolique à un degré très élevé, dépendant du Xanax, boiteux, un tympan crevé et équipé d'un sonotone et maintenant, il perd deux doigts ; physiquement, il est pas au top, disons que ce n'est sans doute pas George Clooney ou Brad Pitt qui pourraient l'interpréter, mais plutôt Richard Bohringer (même s'il est un peu vieux pour le rôle, et avec tout le respect et l'admiration que j'ai pour lui) ou quelqu'un avec un physique approchant : "Mais qu'il soit alcoolique au dernier degré et, elle le soupçonnait, accro à pratiquement toutes les substances illicites en circulation n'y changeait rien : le jour où vous vous retrouviez le dos au mur, c'était vers cette épave vieillissante à moitié sourde et affligée d'une patte folle que vous vous tourniez." (p.103). On lit les enquêtes de Jack Taylor pour le plaisir de le retrouver, pour prendre de ses -mauvaises- nouvelles et toujours ravi qu'il tienne encore debout. Mais on lit aussi pour le style Ken Bruen, relâché, oral, sarcastique et ironique, drôle, un rien détaché : "Un catholique non pratiquant, c'est quelqu'un qui protège ses arrières" écrit-il en exergue d'un chapitre (p.49). 

Cette fois-ci en plus de Jack et de ses aventures, de la critique d'une certaine manière de pratiquer sa religion, Ken Bruen, par petites touches parle de l'Irlande, des difficultés auxquelles elle est confrontée : chômage, pauvreté, désarroi des Irlandais devant ce qui leur arrive, hiver glacial qui ne les rend pas optimistes : la crise les touche de plein fouet, violemment empêchant les plus faibles de réagir et les plongeant dans la misère et les galères. On est loin de l'Irlande des grands espaces verts, Galway est une ville qui souffre. "L'Irlande commençait  à émerger de trois semaines ininterrompues de chute de neige et de températures polaires. Du jamais vu. Les piétons, piégés par des trottoirs transformés en patinoire, se retrouvaient avec, qui un bras, qui une jambe, dans le plâtre. Le gouvernement avait importé de sel d'Espagne. Putain, je savais que le pays manquait d'à peu près tout, et d'ironie en particulier, mais de sel ? Et puis quoi encore ?" (p.181/182)

Je n'ai pas lu toutes les enquêtes de Jack, c'est seulement ma quatrième, ou je deviens un aficionado, ou alors elles gagnent en qualité, ou les deux mon général. Toujours est-il que j'attends la suivante et dernière de pied ferme. En plus la playlist de Jack est facile à suivre, et il vient de me faire découvrir The Saw Doctors qu'il vénère ne pouvant s'empêcher de balancer une vacherie à Bono (de U2) : on ne se refait pas, Jack est direct et franc.

 

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Yeruldelgger

Publié le par Yv

Yeruldelgger, Ian Manook, Albin Michel, 2013.....

Le commissaire Yeruldelgger qui officie à Oulan Bator enquête sur le meurtre de trois Chinois retrouvés émasculés dans une usine. On l'envoie aussi à trois heures de piste de la capitale mongole pour déterrer le cadavre d'une petite fille découvert par des nomades. Ce crime atroce, déjà ancien réveille en Yeruldelgger, une plaie encore béante, celle du meurtre non encore élucidé de sa fille, Kushi cinq ans plus tôt. Le commissaire qui depuis cette disparition a additionné les mauvais coups et qui évolue sur la corde raide ne risque-t-il pas de sombrer encore un peu plus de manière irrémédiable ?

Pour une fois, je vais faire court, je n'aurai qu'un seul mot : Excellent ! Lâchez vos bouquins et précipitez-vous en Mongolie !

Bon, je vous le concède, j'ai largement dépassé le seul mot promis, mais j'ai été tellement emballé par ce polar que je ne voudrais vous faire passer qu'un seul message, celui de le lire à votre tour. Si vous vous souvenez, j'avais été emballé par Le dernier Lapon, polar lapon écrit par un Français, et je n'avais pas menti puisqu'il a plu à quasiment tous ceux qui l'ont lu et qu'il a eu les honneurs de citations et d'au moins un prix (deux pour être précis, Quais du polar et Mystère de la critique) Eh bien, sans vouloir comparer, il y a des similitudes, Yeruldelgger est un polar mongol écrit par un Français et qui nous plonge en plein cœur d'un pays qui a du mal à se remettre de la domination soviétique et de l'omniprésence économique de la Chine. Le contexte est formidable (alors, ne soyez pas surpris si j'utilise des adjectifs forts, voire des superlatifs, je ne sais pas minimiser mon enthousiasme) : la Mongolie entre modernisme et richesse, Oulan Bator qui voit des buildings de verre et d'acier s'ériger, des villas pousser dans certains quartiers, mais aussi entre tradition et extrême pauvreté, des nomades venus en ville dans l'espoir d'y travailler et qui pour ne pas mourir vivent dans les égouts qui n'en sont d'ailleurs pas, mais plutôt des souterrains dans lesquels les tuyaux d'eau chaude qui alimentent les habitations réchauffent les squatteurs leur permettant de passer l'hiver rude en ces contrées, ou d'autres ex-nomades qui ont planté leurs yourtes aux bords de la capitale se regroupant en des quartiers pauvres tels des bidonvilles, et sans oublier les nomades qui continuent à vivre dans les steppes, s'occupant de leurs troupeaux et continuant à vivre au rythme des saisons, des croyances et des rites des anciens. Néanmoins ceux-là vivent bien au temps présent, "ne polluant pas la scène de crime" pour suivre les ordres d'Horacio Caine dans Les Experts.

Les personnages sont excellents, si l'on oublie très vite (très largement faisable) les quelques clichés concernant Yeruldelgger (flic brisé par la mort de sa fille qui ne cherche plus rien si ce n'est stopper les criminels). Il a disjoncté, est totalement incontrôlable mais il n'est pas que cela, c'est aussi un enfant qui a été élevé dans un temple shaolin qui a enfoui les enseignements en lui qu'il devra retrouver pour mener à bien son enquête et sa quête de lui-même. Personnage très complexe, très bien travaillé par Ian Mannok. Il collabore avec Solongo, médecin légiste amoureuse de Yeruldelgger depuis longtemps et qui attend qu'il trouve la paix en lui pour venir vers elle. Si elle l'attend, dans son travail elle est redoutablement efficace. Oyun est l'adjointe du commissaire, jeune et jolie avec beaucoup de caractère dont elle aura besoin pour faire face à ses collègues et aux truands. Gantulga est un jeune garçon des rues qui s'attache à Oyun et qui grâce à sa débrouillardise et son sens de la répartie l'aidera efficacement. 

Un polar assez violent comme l'est sans doute la société mongole, avec des scènes dures mais très supportables, l'hémoglobine ne coule pas à flots. Une maîtrise parfaite de Ian Manook qui distille des indices au long de son livre qui font deviner au lecteur des choses avant même les enquêteurs. 540 pages sans répit, sans repos qui m'ont scotché et accroché comme rarement (540 pages pour moi, c'est énÔrme). J'aurais pu parler des néo-nazis mongols (théorie très intéressante d'ailleurs de voir que la Shoah est peu connue là-bas, ce n'est pas leur histoire, de même que la leur ne nous est pas très connue), des flics ripoux, des intérêts économiques. Je pourrais  expliquer  mon emballement et mon billet dithyrambique par la fascination que j'ai pour ce pays depuis plusieurs années (bon, quitte à faire cliché, les steppes m'attirent plus que la laideur d'Oulan Bator). Tout cela je pourrais le faire et même en dire encore beaucoup plus sur ce roman policier tellement il est riche, j'ai l'impression de n'avoir pas dit la moitié de ce que j'avais à dire. J'avais noté plein d'extraits à vous citer pour vous allécher, mais je n'ai plus la place. Mais comme vous ne pourrez résister à mon appel à faire de ce roman un vrai succès très largement mérité, vous les lirez vous-mêmes. Et puis, pour finir, une bonne nouvelle, que dis-je excellente, Ian Manook prévoit une suite...

 

 

 

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Délivrez-nous du mâle

Publié le par Yv

Délivrez-nous du mâle, Betty Bonamy, Éd. L'Atelier des métamorphoses (auto-édition, distribué par Lulu.com), 2013...,

Dick Helmer est un écrivain à succès, marié à Maria-Louisa, fille de son éditeur. Il se retire quelques jours dans la campagne de Bourgogne pour écrire. Là, il fait connaissance de la superbe Édith qui l'entraîne dans une soirée échangiste. Très branché cul, Dick y trouve son compte. Mais en rentrant, il se dispute avec Édith qui glisse au fond d'un ravin. Dick s'enfuit la voyant morte au fond du trou.

Betty Bonamy écrit là une parodie de roman policier très agréable et alerte. L'intrigue est cohérente, vraisemblable et les personnages assez bien dessinés pour qu'on y croie. Helmer est un hâbleur, un homme qui ne sait résister à une belle femme, qui s'ennuie dans un mariage de convention qu'il ne briserait pour rien au monde, de peur du même coup de mettre un terme à sa carrière d'écrivain. Édith est une belle jeune femme mariée à Gontrand, 25 ans de plus qu'elle, qui a envie d'aventures, d'hommes et de sexe libéré. Ils étaient faits pour se rencontrer. Gontrand se morfond en attendant le retour de sa femme et Maria-Louisa est très en retrait. N'oublions pas les flics, caricaturaux jusqu'à en être risibles. Au passage, l'auteure n'hésite pas à gentiment égratigner le petit monde de l'édition et de l'écriture.

La parodie, on la trouve dans les noms des intervenants, dans le choix du vocabulaire : un très joli et très large éventail de mots venus tout droit de l'argot, du langage familier et des néologismes : "Helmer tournait en rond depuis plus d'un quart d'heure dans sa cuisine, pendant que sa cafetière dourdouillait gentiment sur son socle." (p.145). L'un des flics parle en mangeant une voyelle sur deux (heureusement il n'intervient que peu, sur la longueur ce serait lassant). Lorsque Édith et Dick se retrouvent au Château, dans une partie fine, Betty Bonamy fait preuve d'une belle panoplie de sex-toys : "... il connaissait le petit canard, les pompe-nœuds, ou pompes à pénis, le double gode, le baillon-boule, le vibro up and down, les œufs vibrants, le suceur de tétons à coulisse, le plug anal, les vibro rabbit, mais pas les boules de geisha, si tant est qu'elles en aient..." (p.94). Avec cette citation je me rends compte que je prends le risque de me faire un public d'amateurs ou de professionnels du genre voire de dépravés ou de libidineux... Chère Betty, je vous renverrai les commentaires graveleux...

La mise en page est un peu étonnante, un interligne large et une police assez grande. L’avantage, c'est qu'on a l'impression d'avancer vite, l'inconvénient c'est pour la consommation de papier (mon côté écolo n'est jamais très loin de  mes préoccupations quotidiennes). 

Bref, tout cela pour dire que j'ai passé un très bon moment avec ce roman policier à ne pas prendre au sérieux.

Ce roman est auto-édité et disponible sur Lulu.com/fr en format e-book pour un prix modique et en format papier pour un prix très accessible (11€). 

 

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Miss Lily-Ann

Publié le par Yv

Miss Lily-Ann, Lucienne Cluytens, Éd. Krakoen, 2013....

Miss Lily-Ann est une entreprise familiale à Roubaix. Détenue par la famille Barré depuis des générations, elle a périclité jusqu'à l'arrivée à sa tête de Liliane Barré, jeune femme dynamique, dure en affaire qui a lancé la ligne Miss Lily-Ann. Désavouée par les actionnaires, elle a dû faire appel à des fonds privés venus du Japon, de yakuzas. Lorsque Blanche Barré, la vieille tante qui menait une vraie bataille contre Liliane est retrouvée morte, les habituelles questions sur les raisons du crime se font jour. A qui profite-t-il ? Le commandant Flahaut, assisté du capitaine Sauvignon -qui ne s'apprécient pas du tout- mènent l'enquête.

Pas mal du tout cette enquête en pays nordiste. Le contexte me rappelle pas mal de livres ou de films se passant dans des usines textiles -ou autres- dans des villes qui n'ont longtemps vécu que par cette activité. Lorsque celle-ci a décliné, les emplois ont suivi la même courbe et beaucoup de familles se sont retrouvées dans des situations difficiles. Lucienne Cluytens rend bien l'atmosphère, elle décrit le monde ouvrier, le travail dur et bien fait, les heurts et la mésentente quasi éternelle entre patronat et salariés, la toute puissance déclinante des familles d'industriels qui faisaient office de "pères et mères" pour les employés et les familles de la ville. C'est donc dans ce contexte particulièrement bien campé qu'a lieu le premier meurtre. Il verra aussi la naissance d'une idylle entre Pauline, styliste intérimaire et Martial, le mécanicien qui arrive de la Guadeloupe pour un contrat de 6 mois, qui devient, par hasard, et avant l'assassinat, l'ami de Marc Flahaut, le flic. Le décor planté, l'enquête peut débuter. Pas forcément ébouriffante (c'est un polar pas un thriller, et tant mieux !), elle tient cependant largement jusqu'au bout, et personnellement si j'ai découvert deux ou trois petites choses au cours de ma lecture qui me semblaient importantes, j'ai suivi la résolution de l'intrigue avec beaucoup de plaisir et d'envie de connaître les détails. On pourrait la croire un peu pépère cette enquête, ça ne tire pas dans tous les coins (dans tous les sens du terme si je puis me permettre, ni violence ni sexe, enfin si, mais suggéré, pas décrits par le menu), ça ne va pas à deux cents à l'heure, même si Marc Flahaut et Martial sont motards, mais la touche japonaise "exotise" le polar et lui fait prendre des chemins pas habituels. Et puis, le lecteur, s'il est un peu perspicace repère ici ou là, des indices semés dans les pages qui serviront à l'explication finale.

Rythme pas effréné donc, juste ce qu'il faut pour tenir les lecteurs, style "lâché" entre langage oral, familier notamment dans les nombreux dialogues et écriture simple et directe dans le reste du texte. Un roman policier à mettre entre toutes les mains et sous tous les yeux qui devrait ravir la grande majorité des propriétaires de ces mains et de ces yeux. Il débute comme ceci :

"D'un geste nerveux, Liliane Barré claque la portière de son petit coupé Audi rouge. Elle est mal garée, mais en fin d'après-midi, surtout aux beaux jours, il n'y a jamais de place avenue Le Nôtre : les Roubaisiens profitent un maximum du parc Barbieux, situé en plein cœur de la ville. Indifférente aux arbres majestueux et d'essences rares, pourtant au plus beau de leur floraison de printemps, elle accélère le pas, ses hauts talons martelant le bitume, jusqu'à la grille de la propriété de sa tante." (p.11)

Une découverte pour moi des éditions Krakoen sises à Roubaix (quoiqu'avec un nom de consonance bretonnante) qui me laisse augurer d'autres lectures fort intéressantes et distrayantes.

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Loupo

Publié le par Yv

Loupo, Jacques-Olivier Bosco, Éd. Jigal, 2013.....

Loupo est aussi connu comme Le Flingueur. Spécialiste des petits casses, qu'il mène en trio, Kangou pour le soutien logistique, la moto, et Le Chat pour les informations. Pendant le braquage d'une poste, il tire accidentellement sur un enfant qu'il blesse grièvement. Dès lors, c'est la fuite en avant, les flics qui le pistent, des coups tordus avec des allumés d'une cité, la vengeance froide ou encore chaude. Et toujours l'image de ce gamin qui le hante...

JO Bosco, c'est d'abord un rythme énervé, effréné, un bouquin qui débute comme cela :

"Mes paupières s'arrachent, la lampe de chevet brûle mes rétines et je me redresse d'un coup. Le cœur en vrac, j'étouffe, j'ai soif. Je suis trempé, normal, j'émerge. Toujours les mêmes images, le même rêve, la même scène. La flamme sort de la gueule d'un canon et la balle gicle comme du sang. Les doigts devant son visage s'envolent. Derrière, il y a ces yeux, ces feux, cette folie, comme un break de batterie, un roulement de basse, un riff de guitare, comme un cri. La violence et la peur. Avant que la balle ne frappe." (p.7)

Qui continue au même rythme, se reposant de temps en temps avant de repartir de plus belle. Loupo, c'est La fureur de vivre, version petit malfrat 2013. On est dans la tête de Loupo, encore jeune homme, au passé lourd et au présent à peine plus léger. JO Bosco sait les rendre lui et son acolyte Kangou si ce n'est éminemment sympathiques au moins touchants et attachants. Parce que malgré les balles, la violence, le vocabulaire, la rapidité, la haine et la soif de vengeance ce polar est avant tout une histoire d'hommes, pas la virilité (un peu quand même), mais l'humain, les relations et les sentiments. Tout ce que fait Loupo, il le fait par amitié pour Kangou ou Le Chat, même lorsqu'il sait que ça ne sert à rien. Lui-même n'en tire aucun bénéfice : il vit seul dans une chambre de bonne, ses paquets de fric empilés dans une armoire.

Ce polar est avant tout une histoire d'amitié, de fraternité même puisque lorsque Loupo parle de Kangou, il l'appelle son frère. Beaucoup d'humanité dans cet homme déjà mal en point qui ne se remet pas d'avoir blessé un enfant.

JO Bosco fait passer tout cela dans son style haché, direct et cru. J'ai parfois eu des réminiscences de Ken Bruen notamment lorsqu'il met en scène Jack Taylor (Le démon, par exemple), juste des images, sans comparaison aucune. Deux écritures avec des similitudes qui sollicitent les mêmes neurones.

Pour info et précision, j'ai déjà lu et beaucoup aimé deux livres de JO Bosco : Le cramé et Aimer et laisser mourir. Vous ne connaissez pas encore cet écrivain ? Une faute quasi impardonnable ! Allez voir chez Jigal, il y a un catalogue de polars assez impressionnant et varié.

Pas mal d'avis des spécialistes du polar : Actu du noir, Action-suspense, Du bruit... 

 

rentrée 2013

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