Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

polar-noir

Gun machine

Publié le par Yv

Gun machine, Warren Ellis, Le Masque, 2014 (traduit par Claire Breton)..,

Lorsque les deux lieutenants Jim Rosato et John Tallow entrent dans ce vieil immeuble de New York ils font face à un homme nu armé qui tire et tue Rosato, le bon flic. Tallow, le has-been, pas particulièrement apprécié de ses collègues, riposte, descend le tueur et peu après au grand dam des flics de la police scientifique défonce le mur d'un appartement et y trouve un arsenal incroyable : des centaines d'armes qui ont toutes en commun d'avoir servi à des meurtres non élucidés. Par dépit, la commandante confie cette affaire à Tallow qui sera secondé par deux policiers scientifiques totalement déjantés.

Gun machine -à ne pas confondre avec Machine gum qui n'a rien à voir puisque c'est une BD sans texte que j'ai lue récemment- est un polar qui commence de manière étonnante, entre le tragique et le comique comme le montre bien l'extrait suivant qui relate la première fusillade :

"Forcené à poil se campa au bord du palier, pointa son fusil et tira. Le coup arracha la partie supérieure gauche du crâne de Jim Rosato. Il y eut un ploc quand un bout de sa cervelle s'écrasa contre le mur. De là où il se tenait, trois marches plus bas sur la droite, Tallow vit l'œil de Rosato valser à une bonne dizaine de centimètres de son orbite, toujours relié à elle par un fatras d'asticots rouges. Durant cette unique seconde, Tallow s'avisa distraitement qu'au dernier instant de sa vie, James Rosato pouvait voir son assassin sous deux angles différents." (p.12)

Et ça continue comme cela dans un registre très moderne : phrases et chapitres courts, mots d'argots voire inventés, jurons (je n'ai pas compté les "chiotte" échangés entre Rosato et Tallow), expressions fabriquées de toutes pièces, bref, un langage oral, fleuri, familier (dans certains types de lieux ou de professions, parce que perso, je parle pas comme ça), voire vulgaire ou grossier. Je salue ici le travail de Claire Breton, traductrice qui a dû en baver, même si parfois certaines phrases sont mal écrites, bizarrement, celles qui font appel à un autre registre de langage : "Mais ça n'a pas suffi à vous exonérer de je ne sais quelle punition elle estimait que vous méritiez ?" (p.63) Voilà donc un polar qui commence bien. Le problème c'est qu'on a l'impression qu'il ne fait que commencer tant il se traîne en longueurs et en longueur. Page 130, même si l'on est entré dans le vif du sujet, on ne sait toujours pas trop de quoi il retourne. De même on a à peine fait connaissance avec les personnages : on sait que Tallow est sur la touche, qu'il vit seul, lit beaucoup, re-fume, que Bat et Scarly sont les deux flics scientifiques complètement barrés qui l'aident, contraints et forcés. Et puis, je ne comprends pas tout ce que je lis, le langage qui peut paraître plaisant est parfois abstrus, Tallow agit sans que l'on sache pourquoi, on nous l'explique bien après si bien qu'on lit des pages dont on ne comprend pas réellement l'intérêt : assez déstabilisant. De même, le côté déjanté de Bat et Scarly est un petit peu too much, les meilleures blagues sont celles qui ne durent point trop, même si j'aime le comique répétition -encore faut-il savoir en user. Lecture fatigante à la longue. 

Peut-être suis-je trop conformiste pour apprécier toutes les subtilités de ce roman, mais je pense que subtilité il n'y a pas et que Warren Ellis avance au contraire avec des gros sabots, bien lourds et cradingues ? Mais je ne demande qu'à être contredit. A bon entendeur...

 

polars

Voir les commentaires

Le Boss de Boulogne

Publié le par Yv

Le Boss de Boulogne, Johann Zarca, Ed. Don Quichotte, 2014...,

Le Boss monte tranquille son taff de dealer d'herbe. Il sort de la cité, s'installe au bois de Boulogne et devient le dealer officiel des transsexuel(le)s, des prostitué(e)s, enfin de tous les travailleurs du sexe. Son bizness explose, il crée une bande la BDB-Crew qui règne en maître sur toutes les drogues du bois. Justice sommaire, surveillance du territoire, échapper aux flics est le quotidien des nuits de BDB-Crew. Une nuit, Paola, un trans brésilien se fait massacrer. Paola, c'était une star du bois et une bonne cliente du Boss ; puis c'est au tour de Noy, trans thaïlandais de se faire assassiner : les flics grouillent à la recherche du tueur, ce n'est pas bon pour les affaires du Boss qui met son équipe à la surveillance du bois et à la recherche de tous les suspects potentiels.

Ce roman est une confession du Boss, et le moins que je puisse dire c'est que c'est une expérience assez éloignée de mes lectures habituelles. La langue du Boss est mâtinée de français, de verlan, d'argot, de grossièreté, de langage manouche et rebeu : un mélange qui peut dérouter. Je n'en ai sans doute pas capté toutes les subtilités, mais le pli pris, le rythme est là, implacable qui rend accro jusqu'au bout. Si vous avez déjà lu San-Antonio, vous ne serez pas totalement dépaysé : on ne comprend pas tous les mots individuellement, mais l'ensemble de la phrase est imagé certes,  mais très clair. La comparaison s'arrête ici, car le texte de J. Zarca est plus trash, direct et ancré dans la réalité. Je ne connais pas le bois de Boulogne, mais j'imagine assez bien que les descriptions que J. Zarca en fait sont proches de ce qui s'y passe vraiment. "Le bois de Boubou. La cour des vices. Le deuxième Brésil. Le terre-terre des chlagues. Le coupe-gorge aussi. Glauque. Hardcore. Trash. Tout le monde connaît le bois de Boulogne ou en a déjà entendu parler. Sans sa nuit, le Bois n'est rien. Sans sa nuit, on n'en parlerait pas. Vite fait du jardin d'Acclimatation, et encore. " (p.43) 

La nuit, le Bois est évidemment le lieu de travail de prostitué(e)s, transsexuel(le)s, le lieu vers lequel converge une population hétéroclite : entre des bourges qui viennent se payer un moment inavouable avec des michetons, des drogués qui viennent chercher leur came, des hommes en manque de sexe qui, en lâchant vingt ou trente euros repartent plus légers, ... C'est aussi un endroit où certains ne tapinent que pour se payer leur drogue, de véritables épaves parfois : "Lafiotte, je ne sais pas trop si c'est un trav mal déguisé ou une fofolle, mais je me demande quel foulek peut vouloir taper dedans. Lafiotte, il taille des pipes sans capote pour cinq roros. Il se sape en keum mais il a des veuches hyper-longs qui lui tombent dans le dos et une démarche de racli. Archi-maigre, l'épave se maquille comme une meuf alors qu'il lui reste de la stachemou. Et puis surtout, Lafiotte est crade. Il schlingue à mort." (p.38/39)

C'est forcément un lieu violent, ultra-violent notamment pour celui qui veut garder son bizness qui lui rapporte un max. Car forcément d'autres veulent une part du gâteau, des manouches en particulier avec lesquels les relations vont être expéditives et musclées. La haine et la violence montent crescendo. Et puis, les flics aussi qui patrouillent et enquêtent pour trouver le tueur des trans rendent le marché du Boss moins florissant et plus violent : n'importe qui peut leur balancer des infos sur le trafic du Bois : "Une autre truc me casse les corones quand je réfléchis. C'est le chef des bakeux, l'inspecteur lieutenant commissaire Philippe mes couilles. C'est à moi qu'il est venu parler. Il me connaît et sait que je dirige ce biz. Je me demande si une poucave ne traînerait pas dans le secteur. Ca craint. Il me faut un calibre."(p.53) On se demande même où va s'arrêter cette montée de violence, certaines scènes sont assez terribles à lire, franchement trash, mais je suis sans doute un garçon trop sensible.

Je ne lirai pas ce genre de roman tous les jours, ce n'est pas vraiment mon truc, mais je me dois de dire que j'ai beaucoup aimé l'écriture de Johann Zarca, cette plongée dans un monde sordide qui m'est totalement étranger, celui de la nuit, de la prostitution, des transsexuelles, de la drogue... ça bouscule mes habitudes de lecture et j'adore qu'on vienne les déranger.  Si vous voulez vous faire une petite idée encore plus précise avant de vous lancer dans cette lecture que je vous recommande, sachez que l'auteur a un blog : Le mec de l'underground.

 

polars

Voir les commentaires

Les blondes et papa

Publié le par Yv

Les blondes et papa, Charles Exbrayat, Le masque poche, 2014 (Librairie des Champs-Élysées, 1961)....

Ianto Morgan, gallois, veuf, vit avec sa fille de douze ans Buddug. Devant les femmes blondes, il perd tous ses moyens et est capable de faire des bêtises. C'est un homme discret, un brin naïf qui ne peut tenir tête à Buddug, une fillette étrangement raisonnable, qui mène la maison, qui est fiancée à Caradog d'un an son aîné, garçon au tempérament identique, raisonnable qui vit seul avec sa maman, Meredid Price, brune, veuve elle aussi et secrètement amoureuse de Ianto. Lorsque ce dernier part à Cardiff pour retrouver une jeune femme, il dit à Buddug que c'est pour affaires. Mais lorsqu'il est accusé du meurtre du mari de cette femme, blonde, Buddug et Caradog ne se démontent pas : ils demandent à la tante de Caradog, Sioned de les héberger et des les aider à faire la lumière sur cette histoire. 

Un retour dans l'adolescence et mes jeunes années d'adulte pendant lesquelles je lisais du Charles Exbrayat à tour de bras et que j'avais un peu délaissé dernièrement. Quelle erreur ! Quel plaisir de redécouvrir tout son talent d'écrivain alliant belle plume, humour et suspense. Pour le suspense, c'est vrai que depuis on a lu plus vif, mais si le dénouement n'est pas une véritable surprise (on peut même le deviner dès le début), les chemins empruntés par les policiers et par le trio Buddug-Caradog-Sioned sont sinueux et on les suit avec le même plaisir que les chemins buissonniers. Chez Exbrayat, on déteste les raccourcis. Pour la belle plume, je pourrais vous citer un tas de superbes phrases, bien tournées, longues, avec imparfaits du subjonctif, des phrases qui sentent bon la langue aimée et maîtrisée, des personnages qui se voussoient, qui ne s'insultent pas, qui restent toujours courtois, enfin, au moins jusqu'à l'apparition de Tante Sioneg. Justement, venons-en aux personnages, tous hauts-en-couleurs, Sioneg en tête qui est celle qui marque le plus ce roman : "Miss Sioned Price [...] touchait à la cinquantaine. Elle ne s'était jamais mariée -au temps où cela lui eût été possible- estimant que le mariage se révélait incompatible avec cette passion de la liberté qu'elle portait en elle. Au surplus, il se serait avéré délicat de lui dénicher un époux assorti, Sioned mesurant près de six pieds [1,80m]. Parfaitement adaptée au célibat, elle vivait heureuse dans l'appartement hérité de ses parents à Glynn Street, se gavant de pâtisserie et passant tout le temps que lui laissait son métier de dactylographe à domicile, à regarder la télévision. Le résultat de ces deux activités annexes faisait que Sioned atteignait le poids respectable de deux cent dix-sept livres [98 kg] et connaissait par cœur le pedigree et les aventures sentimentales des artistes du petit écran." (p.89) Ce sont les interactions entre les différents protagonistes et leurs comportements d'Anglo-saxons flegmatiques et courtois qui font la drôlerie du récit ainsi que le décalage produit par les deux enfants qui raisonnent comme des adultes, mieux qu'eux, même. Ajoutez à cela des situations cocasses, comme l'arrestation de Tante Sioned dans un théâtre de Cardiff (p.192) qui tient tête à plusieurs policiers les envoyant valdinguer sur les genoux de vieilles filles offusquées et vous aurez une ambiance joyeuse et une envie de ne pas quitter cette lecture rafraîchissante. 

En plus de cette qualité, Charles Exbrayat décrit bien ses personnages qui ne sont jamais mauvais (même pas le ou les coupables sauf sur la toute fin) ; ils sont un peu stéréotypés évidemment, le rural rustique, le flic éternellement amoureux (mais jamais de la même femme) et qui ne veut pas s'engager, la femme amoureuse en secret qui n'ose dévoiler ses sentiments, mais ils sont tous tellement charmants que tout passe simplement et dans la bonne humeur. Les hommes ne sont pas très glorieux, les femmes s'en tirent beaucoup mieux, que ce soit Sioned ou même la sage-femme brièvement aperçue, ou encore la fiancée éphémère du policier et bien sûr Buddug la fillette. 

Une excellente idée que de rééditer les romans d'Exbrayat : il en a écrit beaucoup et malgré l'insistance de mes jeunes années, je ne les ai point tous lus.

 

polars

Voir les commentaires

Les voleurs de cerveaux

Publié le par Yv

Les voleurs de cerveaux, Cyrille Launais, Ed. Sixto, 2013.....

Luc Renard est livreur pour la librairie Bouquain à la fin des années 50. Au volant de sa 2CV fourgonnette, il sillonne les rues de Nantes pour son travail. En arrivant chez M. Derval, client habituel, Luc le retrouve mort, un trou dans la tête. A peine a-t-il remarqué cela que Luc est assommé et laissé sur place. Lorsqu'il se réveille, les policiers sont présents. Il est entendu, relâché et ne peut s'empêcher de mener sa propre enquête avec Jeanne sa cousine. Bien mal leur en prend.

Que voilà une belle bande dessinée : couverture souple et néanmoins superbe, très réussie de mon point de vue, 100 pages si l'on excepte le dossier final intitulé Etudes graphiques, une mise en page soignée, un magnifique dessin en noir et blanc, travaillé un peu comme de la photo sur certaines cases, avec différents plans : le premier est net et le second flou, comme lorsque l'on fait le point sur une seule personne. Le dessin est très réaliste, les personnages sont très identifiables, ils ont des "gueules", un peu comme dans les films de Lautner ou dans les BD de Tardi. Les paysages sont eux aussi réalistes, identiques à ce qu'était Nantes à l'époque (d'après ce que j'en ai vu puisqu'évidemment, je n'étais point encore dans cette belle ville ni même né) ; des quartiers sont encore reconnaissables, d'autres moins, je me repère aux bâtiments qui eux sont restés. Le texte est basique, assez simple, très symbolique de l'époque entre argot et dialogues d'Audiard (les références n'y sont d'ailleurs pas cachées) et tant mieux, car il permet de rester ancré dans la réalité alors que l'intrigue flirte avec l'irréel, le surnaturel avec grand bonheur.

Un excellent moment passé en compagnie de toute cette bande, du même ordre que lorsque vous visionnez un bon vieux film de gangsters français des mêmes années : humour, parodie, langage fleuri et tronches indescriptibles, voitures oubliées, vitesse folles (au moins du 72 km/heure !), pas de prise de tête, d'intellectualisation du ou des propos, pavés des rues de Nantes, clin d'œil à la presse locale et à la star incontestée de Nantes, Anne de Bretagne (sa seule existence en son château, en cette ville prouve à elle seule son appartenance à la Bretagne ; je dis ça bien sûr juste pour attiser la querelle récurrente en nos rues nantaises) et qui est morte il y a tout juste 500 ans (le 09 janvier 1514)

Pour de plus amples informations, n'hésitez pas à aller visiter le site des éditions Sixto, collection CasaNostra (en cliquant sur le nom) spécialisée dans le genre BD polar qui se déroule dans le centre des villes. En plus, vous aurez un interviouve de l'auteur Cyrille Launais. La lecture de cet album valant mieux qu'un long discours (surtout d'un de mes discours), je vous laisse le découvrir par vous-même, ce qu'évidemment, vous ne manquerez pas de faire.

 

polars

région-copie-1

Voir les commentaires

Dossier 64

Publié le par Yv

Dossier 64, Jussi Adler-Olsen, Albin Michel, 2014 (traduction Caroline Berg).....

Le département V de Copenhague est une petite unité dirigée par Carl Morck assisté d'une secrétaire schizophrène Rose et d'un drôle de personnage qui dit s'appeler Hafez El-Assad. Cette unité est spécialisée dans la réouverture de vieilles affaires non résolues. Celle qui va occuper les trois acolytes concerne la disparition de plusieurs personnes en 1987. Dans le même temps, Carl semble mis en cause dans deux histoires, une très vieille concernant la mort de son oncle et une plus récente, la fusillade qui a causé la mort d'un de ses ex-équipiers, la tétraplégie d'un autre (dont il s'occupe) et sa propre blessure à la tête qui lui a valu sa mise au placard dans le Département V.

Quatrième volet des enquêtes du Département V, toujours aussi bon, je ne vous le cache pas. Nous sommes nombreux à avoir aimé les trois précédents tomes (MiséricordeProfanation et Délivrance), nous devrions être au moins autant à apprécier ce roman-ci. A ce propos et sans encore savoir ce qu'elles en ont pensé, ce livre fut l'objet d'une lecture commune avec mes éminentes copines de la blogosphère Lystig, Liliba et Hélène.

Cette fois-ci encore le trio fonctionne admirablement et de la même manière : Rose déterre un dossier qu'elle s'empresse de rendre attirant à Carl, Assad lui étant tout acquis. Carl est un flemmard dont l'instinct de flic, dès lors qu'il est réveillé ne s'endort plus qu'à l'ultime seconde de la résolution de l'énigme. Le travail de Rose et d'Assad est donc de lui présenter un dossier "clef en main" : ils sont les petites mains qui cherchent, furètent dans les archives pour appâter leur chef. Rose est toujours sur le fil, entre ses différentes personnalités qui ne demandent qu'une raison pour s'intervertir. Assad, toujours mystérieux sur ses origines est collant, ne lâche rien et n'en fait qu'à sa tête. Carl, plus flegmatique est très pris par sa vie privée, entre sa future ex-femme qui veut partager leurs biens, son beau-fils qui ne fait rien, son ex-équipier cloué sur un lit médicalisé dans son salon et Mona son ex-psychologue devenue sa maîtresse.

Pour cette affaire, Jussi Adler-Olsen nous plonge dans le Danemark de l'extrémisme : le parti de l'extrême droite est en passe d'avoir des représentants au Parlement et son chef Curt Wald qui a tout fait pour que son parti arrive un jour au pouvoir est en première ligne. J. Adler-Olsen démonte les rouages de ce parti, fondé sur ce que la société danoise refuse de voir en face et sur ce dont elle ne peut s'enorgueillir : l'eugénisme mis en pratique au début du siècle dernier, lorsque des femmes jugées de mauvaise vie était enfermées dans l'île de Sprogø, surveillées, maltraitées voire stérilisées pour ne pas que leur progéniture gangrène la vie des honnêtes gens de l'époque. "Elles étaient maltraitées, elles travaillaient dur. Elles étaient menées à la baguette et brutalisées quotidiennement par un personnel sans qualification qui considérait ces filles, ainsi qu'on les appelait là-bas, comme des êtres inférieurs. Elles étaient surveillées nuit et jour. Il y avait des cellules on l'on mettait à l'isolement celles qui refusaient de marcher au pas. Elles pouvaient y rester des jours et des jours. Si l'une de ces filles nourrissait quelque espoir de partir un jour de Sprogø, il fallait de toute façon qu'elle accepte d'abord d'être stérilisée. Stérilisée de force ! On leur enlevait tout, Carl ! Excision et hystérectomie !" (p.187). J. Adler-Olsen construit une histoire dure, parfois insupportable d'intolérance et de violence tant physique que psychologique. Un contexte très fort, malheureusement réel. J. Adler-Olsen ne prend pas de gants et met ses compatriotes face à leur passé et leur présent (face à la montée des extrémistes). Dans le même temps, il sait se faire plus léger lorsqu'il parle des relations entre ses trois protagonistes (il y a notamment deux pages hilarantes d'une théorie implacable de Rose sur l'utilité pour les hommes de remonter la cuvette des toilettes pour uriner et de la rabaisser, une fois leur affaire faite), ou lorsqu'il décrit les rapports entre Carl et Mona, la femme qu'il aime :

"- On s'en fiche", dit-elle en l'attirant contre elle avec tant de volupté que le sang de Carl se mit à bouillir. "Je crois que tu es mûr pour une petite séance de gymnastique sous la couette", lui susurra-t-elle en glissant une main là où les petits garçons en bonne santé se tripotent à longueur journée." (p.317)

Une quatrième enquête très convaincante de 604 pages jamais ennuyeuses, au contraire (ce qui est pour moi un gage de grande qualité) qui se hisse très largement à la hauteur de Délivrance, le tome précédent que je trouvais le plus abouti. Mais jusqu'où ira-t-il ce Jussi Adler-Olsen, si à chaque épisode que je lis je le trouve encore meilleur que le précédent, et sachant que d'autres sont prévus, pour ma plus grande joie ?

 

 

polars

Voir les commentaires

Le dico flingueur des Tontons et des Barbouzes

Publié le par Yv

Le dico flingueur des Tontons et des Barbouzes, Stéphane Germain et Gega, Hugo et Cie, 2013

Vous connaissez Les tontons Flingueurs qui ont fêté leurs cinquante ans en 2013. Vous connaissez aussi sans doute Les Barbouzes qui fêtent les leurs cette année. Mais les connaissez-vous réellement ? Citeriez-vous les noms du réalisateur, du dialoguiste (super facile), des scénaristes, des acteurs et actrices ? Saviez-vous que la co-production du premier était allemande et qu'elle avait imposé le nom de certains acteurs, dont Sabine Sinjen qui joue Patricia ? Que nombre d'erreurs, d'approximations ou d'incohérences émaillent ces films devenus incontournables ? Stéphane Germain sait tout cela en bon spécialiste d'Audiard et des films de l'époque. En plus il s'est adjoint les dessins de Gega, superbes caricatures en noir et blanc des différents intervenants des deux films. 

J'ai eu la chance de recevoir à Noël, le coffret DVD de ces deux films de Georges Lautner, dialogués par Michel Audiard et co-scénarisés par Albert Simonin dans lesquels le trio principal d'acteurs est présent : Lino Ventura, Francis Blanche et Bernard Blier. Lorsque j'ai vu qu'il existait un livre aussi beau et aussi complet que celui-ci sur mon cadeau de Noël, je n'ai pas pu résister... Je n'ai pas encore eu le temps de revoir Les Barbouzes (Les Tontons sont repassés récemment à la télévision), mais après la lecture de ce bouquin, je peux vous dire que j'en ai très envie et que je le regarderai avec un œil un peu plus aiguisé sans pour autant bouder mon plaisir. Car avant tout, ce livre est un hommage aux films et à tous ceux qui y ont participé. Et l'on découvre que contrairement à ce que l'on entend partout, la langue d'Audiard n'est point argotique mais au contraire plutôt châtiée, notamment la fameuse scène de la cuisine imposée par Lautner à Audiard qui n'y croyait pas : "Toute la scène ne repose que sur un vocabulaire raffiné et des tournures de phrases que les parents d'aujourd'hui rêveraient de voir manier par leurs enfants. Dans cette cuisine, la force d'Audiard réside dans sa capacité à mélanger les niveaux de langage et à faire se télescoper les bonnes manières et le mot leste -ce dernier employé à dose homéopathique prend alors toute sa force, et sa drôlerie. C'est une de ses marques de fabrique. "Et c'est pourquoi je me permets d'intimer l'ordre à certains salisseurs de mémoire de fermer leur claque-merde." [...] La détonation obtenue grâce à ce cocktail de langage châtié et de vocabulaire plus relâché constituera une de ses figures de style préférées, et les exemples abondent : "L'homme de la Pampa, parfois rude reste toujours courtois, mais la vérité m'oblige à te le dire : ton Antoine commence à me les briser menu."" (p.11) 

Construit en deux grandes parties, une pour chaque film avec des items qui se recoupent évidemment, ceux consacrés aux divers participants communs, acteurs, dialoguiste, scénariste, ce beau livre est à conserver près des DVD, histoire de se cultiver et de briller en société lorsque le sujet arrive sur les films cités. On peut aussi le lire juste pour le plaisir de retrouver des anecdotes sur le cinéma de l'époque, comme la querelle entre la nouvelle vague et les anciens comme Audiard ou Lautner, sur les acteurs comme B. Blier, L. Ventura, F. Blanche ou Mireille Darc ; dans tous les cas de figure, on se marre bien, ce qui est une excellente nouvelle et une très bonne thérapie contre le blues ambiant.

 

polars

 

rentrée 2013

 

Voir les commentaires

Mais je fais quoi du corps ?

Publié le par Yv

Mais je fais quoi du corps ?, Olivier Gay, Ed. du masque, 2014.....

Fitz est dealer, un petit qui ne deale que dans les beaux quartiers de Paris, juste pour ses besoins quotidiens. Lorsqu'il va manger chez ses parents le dimanche, pour leur présenter le visage d'un fils idéal,  il demande à Déborah, de jouer le rôle de sa copine, ce qu'elle est d'ailleurs de temps en temps. Lorsque Georges Venard, un député très en vue lui demande ce dimanche de le livrer chez lui de quelques grammes, malgré ses principes de ne pas travailler ce jour de la semaine, Fitz accepte, les 500 euros de prime promis aidant à cette décision. Mais lorsqu'il arrive chez le député, la porte reste close, Fitz croise un homme dans l'escalier qui le dévisage. Fitz laisse des messages sur le portable de G. Venard, mais rien n'y fait. Le lendemain, il apprend que le député est mort, soi-disant suicidé. Puis Fitz se fait agresser, reçoit des menaces de mort. Est-ce en lien avec Venard, avec un mari trompé belliqueux, un client ou un concurrent ?

Troisième aventure de John-Fitzgerald Dumont dit Fitz, après Les talons haut rapprochent les filles du ciel et Les mannequins ne sont pas des filles-modèles, toutes deux fort réussies, cette troisième l'est tout autant. Plus sombre néanmoins, plus noire. Fitz change et on en est des témoins privilégiés. Dans ce troisième tome, il est moins question de nuits parisiennes, de drague. Fitz se sent très menacé et risque même de perdre ses amis Déborah et Moussah. Pour lui, ils iront au-delà de ce qu'ils pensaient pouvoir faire pour un ami au risque d'exploser leurs rapports. On sourit et on rit un peu dans la première partie, parce que Fitz est quand même un dilettante, un mec plutôt joyeux, puis l'humeur s'assombrit dans la seconde avec quand même quelques saillies d'Olivier Gay comme par exemple : "Une ombre s'interposa devant le néon et je levai les yeux pour croiser un regard dur et froid comme le sexe d'un castor lapon." (p. 275) 

Je ne suis pas loin de penser que ce troisième opus est le meilleur de cette série (pour le moment, car la fin laisse présager une suite) : on assiste en direct aux changements des personnages travaillés plus en profondeur, l'intrigue est plus fouillée, plus maîtrisée. La force de ce polar, c'est aussi l'écriture d'Olivier Gay, tour à tour légère puis plus sombre, elle suit ou précède ou colle parfaitement à Fitz. Le petit plus c'est encore de créer un monde très personnel, une équipe de choc : un clubbeur-jet-setteur qui mène la danse, assisté d'une prof d'histoire accro aux rails de coke, un vigile balaise, un hacker invisible (mais qui est esquissé en ouverture et fermeture du livre) avec qui Fitz ne communique que par PC interposé et qui a pris les commandes de celui de Fitz, et l'ex de Fitz, commissaire de police qui n'intervient que pour tenter de le remettre dans le droit chemin.

A la maison, nous sommes deux fervents amateurs des aventures de Fitz, moi-même donc (c'est pas beau de commencer par soi, mais c'est pour laisser un peu de suspense) et mon fils, petit lecteur (c'est un euphémisme) qui l'a apprécié dès sa première apparition, qui a aussi lu la suite et à qui je vais passer sa (momentanée) dernière, je l'ai déjà appâté avec la couverture sans rien lui dire du contenu, sauf que je le trouvais encore meilleur que les autres.

Pour finir, une anecdote de lecteur : comme j'étais ferré, je voulais connaître le dénouement de l'intrigue rapidement, je n'ai donc pas lâché le roman avant d'avoir réponses à mes questions. Et puis, une fois la solution lue, j'ai savouré lentement l'épilogue, posant le livre pour regarder par la fenêtre, pour dire un truc sans importance (si si, ça peut m'arriver) à l'un des enfants ou à Mme Yv, puis je reprenais une page pour rester encore un peu en compagnie de Fitz et de ses amis, pour prolonger les moments passés avec eux...    

Un bel avis sur Médiapart, chez Claude Le Nocher,

 

 

polars

région-copie-1

Voir les commentaires

Game

Publié le par Yv

Game, Barry Lyga, Éd. MsK, 2013 (traduit par Marie Cambolieu)..

Jazz, jeune homme de 17 ans, est le fils d'un tueur en série, l'un des pires de tous les temps. Dans I Hunt killers, il avait aidé la police de Lobo's Nod, la ville dans laquelle il habite, à arrêter l'Impressionniste, un serial killer. Lorsqu'un flic de New York lui demande de l'aider à coincer un autre tueur en série qui sévit depuis plusieurs semaines, malgré son aversion pour la grande ville, il accepte. Bien sûr, Connie sa petite amie le secondera ainsi qu'Howie son meilleur ami.

Je n'avais pas été franchement emballé par I Hunt killers que je trouvais un poil longuet et destiné à un public ado quasiment iniquement. Si cette suite est un peu moins ciblée, elle partage néanmoins avec le livre précédent une certaine longueur, des répétitions inutiles et des tergiversations agaçantes. Franchement, je trouve Jazz lassant, avec ses doutes, ses questionnements perpétuels qui se répètent. Par exemple, il n'ose pas franchir le pas avec Connie, car il craint qu'avoir une relation sexuelle avec elle ne le propulse du côté obscur de la force, fasse de lui le digne fils de son père qui l'a élevé, un nouveau serial killer ! Plusieurs fois, j'ai eu envie de lui dire "Tire ton coup Jazz et décoince toi ! Ça nous fera du repos !" J'en conviens, ce n'est point délicat, mais je ne connais pas un ado dont la copine est prête à passer aux choses sérieuses parce qu'elle éprouve des sentiments sincères qui ne saute -désolé- pas le pas.

Venons-en maintenant aux points positifs avant un final écœuré et écœurant (ça, c'est du teaser, comme on dit en bon français). L'intrigue est plutôt bien menée et la règle du jeu suivie par le tueur en série est suffisamment tortueuse pour tenir le lecteur et même l'étonner. Connie la petite amie de Jazz est un personnage intéressant, celle qui prend des risques et qui permet à Jazz d'avancer. C'est la seule qui tire son épingle du jeu à mes yeux, elle devrait sûrement prendre encore de l'ampleur.

Pour finir, je voudrais ici dire toute ma déception voire plus pour la fin de ce polar. D'habitude, je ne raconte pas les dénouements, je peux éventuellement en parler succinctement, y faire des allusions. Là, le bouquin stoppe en plein milieu de l'explication finale, comme s'il me manquait des pages (il y en a pourtant 485 !), laissant les héros en situation délicate pour ne pas dire désespérée. C'est insupportable et je suis très énervé, déjà ce procédé ne m'agrée point lorsqu'il s'agit d'une série télévisée et que je dois attendre une semaine pour reprendre le fil, mais un bouquin, ça m'est tout simplement incompréhensible. C'est un peu comme si on arrêtait un match de tennis à cause de la pluie non pas à la fin d'un jeu, mais en plein échange, l'un de ceux qui peuvent faire changer le cours du match, lorsque la balle est au-dessus du filet. La frustration est terrible. Un véritable coïtus interruptus ! Qu'on puisse prévoir une suite, certes, mais de là à nous infliger presque 500 pages et nous obliger à nous en ingurgiter d'autres dans plusieurs mois pour connaître la résolution de cette intrigue, je dis non, et je crie au scandale : "Oh scandale !". Perso, au risque de passer pour un frustré le reste de ma vie, je passe mon tour pour la suite...

Le meilleur conseil que je puisse vous donner, c'est si vous êtes intéressés d'attendre que le tome 3 sorte pour lire les deux à la suite, à condition que Barry Lyga ne refasse point le même coup entre le 3 et le 4 !

rentrée 2013

polars

Voir les commentaires

Ça coince ! (19)

Publié le par Yv

Le printemps des enfants perdus, Béatrice Egémar, Presses de la cité, 2013..

Paris, 1750, des enfants disparaissent mystérieusement. Lorsque deux enfants de l'entourage de Manon Dupré, charmante parfumeuse très en vogue parmi les artistes et les femmes qui comptent, disparaissent à leur tour, elle décide de mener sa propre enquête. 

Pas mal sur le papier, et puis je déchante assez vite. On sent que Béatrice Egémar a fait des recherches, qu'elle a approfondi son sujet, l'époque dans laquelle elle place son héroïne. Elle a bossé également la parfumerie et l'art de fabriquer les crèmes, parfums et divers produits en vogue à l'époque. Tout est reproduit dans ce roman historico-policier, mais très franchement, rien ne m'y retient. Comment dire sans froisser personne ? Le livre est propret ainsi que Manon, mais elle n'a pas vraiment de stature et l'histoire met beaucoup de temps à décoller. Intéressant, mais pas passionnant. Je me suis sans doute auto-induit en erreur en ouvrant ce livre pour lequel, manifestement, je ne suis pas le public, puisque d'autres l'ont aimé. Oncle Paul reproche un trop grand emploi du mot "joli" : c'est exactement cela, tout doit être joli, propre, rien ne dépasse. "Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil" disait l'excellent Jean Yanne, c'est un peu cela, sauf les méchants bien sûr ! La romance n'est pas loin non plus, qui fleurit au coin des rues de Paris. Madoka a adoré !

 

 

Comment lutter contre le terrorisme islamiste dans la position du missionnaire, Tabish Khair, Éd. Du Sonneur, 2013 (traduit par Antonia Breteuil)..

Le narrateur, athée convaincu, pakistanais, professeur de littérature anglaise à Aarhus au Danemark vit en colocation avec Ravi et Karim, deux Indiens totalement opposés. Karim est un musulman pratiquant, et Ravi un jouisseur.

Me voilà bien embêté parce que Zazy m'a gentiment prêté son livre suite à son billet et que je me suis un peu ennuyé dans cette lecture. Tout débute formidablement, les personnages sont bien décrits en totale opposition tous les trois ce qui amène des explications et des questions. Le ton est alerte, très humoristique : on n'est pas loin de la gaudriole avec un fond moins léger qu'il n'y paraît, puisqu'il y est question de vivre en tant qu'étrangers dans un pays qui ne les accepte pas vraiment. Tout aurait dû me plaire, mais l'auteur tourne en rond, se répète n'avance pas vraiment : au bout de 120 pages on n'en sait pas plus qu'au début. Je me suis un peu forcé pour arriver jusque là, et d'un coup, un midi, en reprenant le bouquin, je n'ai plus réussi à faire l'effort. Trop long, trop dilué et humour un peu répétitif. Manifestement, il est préférable de varier les positions, celle dite du missionnaire est, malgré un plaisir certain, un peu lassante si elle est la seule pratiquée...

Désolé Zazy mais grand merci à toi quand même pour ce prêt. Et si d'aucuns veulent un avis nettement plus positif, eh bien, qu'ils aillent sur ton blog en cliquant sur ton nom !

Voir les commentaires