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polar-noir

Le neutrino de Majorana

Publié le par Yv

Le neutrino de Majorana, Nils Barrellon, Jigal polar, 2019...,

Italie, années 1920/1930, Ettore Majorana, jeune physicien très doué partage sa vie entre la physique et Emilia, une jeune argentine dont il st fou amoureux. Ses travaux, fulgurants, souffrent de sa volonté de rester discret, de travailler et encore travailler plutôt que de se faire connaître.

Début du siècle suivant, le corps de Sabrina Marco, chercheuse au CERN, le plus grand accélérateur de particules au monde, est retrouvé sur la frontière franco-suisse. C'est le lieutenant Loïc Boudier et l'adjudant Didier Neaume qui sont chargés de l'enquête, bientôt rejoints par Mark Zellweger, de la police suisse. La collaboration devra fonctionner parfaitement pour résoudre ce meurtre d'une femme sans aucun problème.

Si comme moi, la science et plus particulièrement la physique -d'autant plus lorsqu'elle est quantique- "ça vous en touche une sans faire bouger l'autre", pour reprendre une expression attribuée à un ex devenu quasi saint à peine son récent trépas annoncé -la mémoire humaine est courte-, ou pour user d'une phrase que l'adjudant Neaume n'aurait pas reniée, eh bien, sachez que quelques pages vous fatigueront voire vous escagasseront, mais sachez également que Loïc Boudier qui pourtant mène l'enquête n'y entrave pas plus que vous et moi et que ça ne l'empêche pas de bosser. Exceptées ces-dites pages, le polar est très bon et le titre, hautement scientifique, est admirable.

Nils Barrellon mêle habilement, la vraie histoire d'Ettore Majorana et de ses découvertes avec son intrigue du XXI° siècle. Si bien qu'on ne sait plus ce qui est de la réalité ou de la fiction, sauf pour ceux qui connaîtraient sur le bout des doigts la vie de Majorana, ce qui n'est pas mon cas, puisque je le découvre ici. Maintenant, je vais pouvoir briller en société en parlant de ce scientifique, mais bon si je tombe sur un féru des particules, mes limites se montreront bien vite. Je rigole, je rigole, mais j'aime bien les polars qui m'apprennent des trucs, et c'est le cas avec celui-ci. L'enquête de Boudier et Zellweger est plutôt tranquille : ils amassent les indices, les doutes et les intuitions méthodiquement avant de resserrer leurs recherches. La fin s'anime nettement, mais je n'en dirai pas plus. Amateurs de thrillers où ça défouraille de partout ou de ceux qui dégoulinent d'hémoglobine, passez votre chemin, les flics d'ici prennent leur temps pour mieux nous faire profiter de la science de Majorana et de la science moderne du CERN. Un polar dans le monde de la physique, il ne me semble pas que ce soit très courant, je n'irai pas jusqu'à dire que Nils Barrellon est un électron libre, parce que ce serait trop facile, n'est-il pas ?

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Fondu au noir

Publié le par Yv

Fondu au noir, Ed Brubaker (scénario), Sean Phillips (dessin), Elizabeth Breitweiser (couleur), Delcourt (traduit par Doug Headline), 2017...,

Hollywood, 1948, quelques mois après  la Commission des Activités anti-américaines qui condamna dix personnalités soupçonnées de sympathies communistes. Un scénariste, Charlie Parish, se réveille d'une nuit mouvementée et très arrosée dans la même maison que la future star de cinéma Valeria Sommers. Mais Valeria est morte, étranglée. Charlie, torturé par ses démons issus de la guerre, ne parvient plus à écrire. Il va tenter de faire la lumière sur l'assassinat de son amie Valeria. 

Revoilà Ed Brubaker récemment découvert dans la série Velvet. Le scénario est toujours bourré d'allers-retours dans le temps, de détails qui vont devenir importants. Il est parfois un peu complexe et long à suivre : ce roman graphique fait quand même 336 pages (sans compter le superbe cahier final avec les illustrations en grand de Sean Phillips). Je dois avouer que l'ensemble est parfois bavard, mais néanmoins passionnant. Un vrai roman noir avec un contexte particulièrement bien rendu, les dessins y sont aussi pour beaucoup. Hollywood au temps de la chasse aux sorcières et les dessous du cinéma qui commence à devenir une vraie industrie avec son lot de bassesses, de jalousies, de débauches sexuelles et d'alcool, d'espionnage par le FBI des activités de ce monde particulier, de dénonciation, ... Bref, un contexte qui vit également la naissance de vraies stars et de grands films devenus des références (notez la critique à peine dissimulée au cinéma actuel qui court tout au long de l'album). Un contexte idéal pour un bon roman noir !

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La métamorphose

Publié le par Yv

La métamorphose, Pascal Martin, Jigal polar, 2019....

Victor Corbus, ex-trader, ex-détenu, écrivain connu pour son personnage de flic Jack Wallace est pour le moment gérant d'une entreprise de nourriture rapide Le monde de Juju. C'est dans un squat que tout se déroule : la cuisine, le ravitaillement des dragsters-food et évidemment le lieu de vie des mamas cuisinières et de tous ceux qui travaillent dont Victor lui-même. Mais ce squat est bien placé et attire la convoitise de bien des promoteurs dont l'un, véreux s'est acheté les services d'un truand violent et sans scrupule, ennemi juré de Victor. Lorsque le squat brûle et que la cuisinière Juju, l'inspiratrice de l'entreprise meurt dans l’incendie criminel, la peur et l'angoisse montent. Victor Corbus va devoir faire preuve d'ingéniosité et de courage pour tenter de contrecarrer les plans du promoteur.

Livre 3 des aventures de Victor Corbus, mais rien n'empêche de le lire sans avoir lu les autres, c'est mon cas et que je ne m'y suis jamais senti perdu. Pascal Martin est un auteur connu et réputé du polar, j'ai déjà ici parlé de La reine noire et de L'affaire Perceval, deux ouvrages marquants avec une petite préférence pour le premier nommé. Cette fois-ci, il reprend donc l'un de ses héros et le place dans un monde totalement inconnu : passer du monde ultra friqué et branché des traders à un squat est un écart très grand dans lequel on risque un claquage. Corbus s'y fait bien même s'il regrette sa vie d'avant dans laquelle il jonglait avec les millions et vivait très aisément -peut-on l'en blâmer ? En toile de fond, il y a la vie dans les squats et la difficulté des gens sans papiers, les appétits féroces de promoteurs pour de beaux emplacements avec de beaux rendements qui oublient les hommes et les femmes qui y habitent. L’appât du gain, encore et toujours.

Ce n'est pas un roman marrant, néanmoins on y sourit parfois, Pascal Martin y est corrosif, grinçant ; c'est une critique acide de la société actuelle prête à tout pour la croissance et l'argent. Il gratte là où la société a mal : à son humanité. En outre, Victor Corbus est un malin, un mec qui se sent des allures de justicier lorsqu'on vient le chatouiller lui et ses amis -et aussi un peu son argent, car il en doit pas mal à un caïd marseillais. Il devra donc se trouver des ressources insoupçonnées et des amis qui n'en sont point dépourvus eux non plus. C'est donc sur un rythme soutenu que se déroule ce polar efficace et mordant. Nouvelle belle parution chez Jigal polar (comme d'habitude).

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Ça coince ! (50)

Publié le par Yv

Vengeances tardives, Francis Schull, City, 2019..

Léopoldine, postière d'un village alsacien et bigote notoire et assidue, découvre un matin, dans le confessionnal, le corps de Joseph Weberlé, viticulteur et adjoint au maire, une personnalité importante de la région. Doutant des qualités d'enquêteurs des gendarmes locaux, elle décide de mener sa propre enquête et elle a des atouts pour cela : postière, elle connaît tout le monde et dans les détails ; amatrice de polar, elle se voit en Miss Marple.

J'avais besoin de légèreté, donc lorsque j'ai vu la première et la quatrième de couverture, je me suis pensé que c'était le livre du moment pour ma pomme. Mais que nenni ! Certes la légèreté est là, mais l'humour moins -ou pas le mien- et ce qui se veut une comédie policière tourne pour moi assez vite à l'ennui. Pourtant Francis Schull a le sens de la formule et parfois, certaines phrases m'ont fait sourire. Trop peu, il faudrait donner du rythme à tout ça. A l'instar d'une Rita Falk, sa voisine allemande avec ses Choucroute maudite et Bretzel blues.

Les brumes de Lisbonne, Peter Brooklyn, City, 2019.

L'inspecteur Pereira, quarante-cinq ans, vit toujours chez sa mère, ce qui n'est pas rare à Lisbonne. Un matin, il est réveillé car le banquier Ornelas, bon père de famille, membre du Domus Christi, gendre d'un personnage très influent au pays, est retrouvé mort, chez son amant, le docteur Parente. Alors que Pereira veut fouiller un peu, on lui demande en haut lieu de classer l'affaire comme crime passionnel.

Pas mal sur le papier et décevant à la lecture. On a l'impression de collage de paragraphes les uns après les autres, de dialogues faibles et peu crédibles, et d'apports culturels, historiques, géographiques posés là comme des articles de wikipedia sans liaison, sans subtilité. Pour résumer, la lecture ne m'est pas agréable, ce qui, pour moi est rédhibitoire. Je préfère une histoire faible bien écrite à une histoire forte -encore que pour ce roman, je ne pourrais pas le confirmer, j’abandonne avant la fin- mal construite et mal écrite.

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En moi le venin

Publié le par Yv

En moi le venin, Philippe Hauret, Jigal polar, 2019.....

Franck Mattis, ex-flic revient dans sa ville natale pour la mort de sa mère. Il y retrouve d'anciens amis de lycée qu'il avait perdus de vue. Ben, informaticien solitaire. Valéry, patron d'une boîte de nuit et accessoirement proxénète. Esther, une ancienne petite amie, toujours aussi belle et désormais chargée de communication d'un candidat à la mairie, proche des idées nationalistes, Maxence. D'autres personnages entrent en scène : Warren l'amant incontrôlable de Valéry, Cécile la secrétaire de Maxence, Chana une des prostituées travaillant dans le bar ou Moe l'impressionnant homme de main et homme à tout faire de Valéry.

De livre en livre Philippe Hauret s'affirme comme un auteur de roman noir sûr. Son premier m'avait laissé dubitatif (Je vis, je meurs), les deux autres m'avaient davantage agréé (Que Dieu me pardonne et Je suis un guépard). Franchement, là, son En moi le venin est excellent. Tous les ingrédients sont réunis en son sein pour un résultat très convaincant. Une ville de banlieue -ou de province- dirigée par un maire depuis vingt ans, un type qui ne cherche qu'à garder sa place grâce à un immobilisme qui ne sied plus aux habitants ; iceux en proie aux difficultés de la vie : chômage, divorces, fins de mois qui arrivent de plus en pus tôt, jeunes à la dérive, drogue, alcool, ... Un ambitieux, Maxence le candidat à la mairie, qui promet en sachant qu'il ne pourra pas faire la moitié de ce qu'il avance, dans l'air du temps, malheureusement : "Les gens avaient toujours tendance à glorifier les forts en gueule et les mystificateurs. Il fallait promettre plus de travail et moins d'allocations, plus de profit et moins de taxes, plus de sécurité et moins de tolérance. Les opinions populistes gagnaient du terrain partout en Europe, une aubaine pour les candidats aux idées courtes." (p. 66) Un patron de bar qui rêve de régner sur le monde de la nuit de la ville. Une chargée de communication ambitieuse et un pauvre mec, ex-flic, paumé, qui revient pour cause de deuil.

C'est noir, très noir et il faut bien chercher les quelques lueurs d'espoir. C'est également un roman qu'on ne lâche pas, l'ambiance est glauque, sombre, désespérée. Elle m'a happé de bout en bout. Un roman qui pourrait bien, comme moi, vous tenir éveillé tard juste pour ne pas avoir à le refermer avant sa dernière page.

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En collaboration

Publié le par Yv

En collaboration, Émile Brami, Écriture, 2019.....

Joseph Laborieux, né en 1897, débute sa carrière de policier en tant qu'hirondelle. En 1926, lors d'une patrouille avec son collègue, il trouve le cadavre d'une très jeune femme, vidée de son sang, sur les quais parisiens. Cette affaire ne le lâchera pas, puisque chaque année un cadavre est retrouvé dans les mêmes conditions, jusqu'en 1944. Pendant l'occupation par les nazis, Laborieux, flic obéissant se plie aux lois en cours et collabore en arrêtant et pourchassant les juifs, les communistes, les résistants. Fin 1944, il part avec tous les collaborateurs notoires et fameux à Sigmaringen, fuyant l'avancée des Alliés. Et toujours ces meurtres en série des jeunes femmes, toutes nommées Ophélie par les policiers, le hantent. Arrêté, il est condamné à mort.

Quelle drôle et formidable idée que de faire mener une enquête sur un tueur en  série, dans la France occupée, puis à Sigmaringen, enclave française en Allemagne pendant plusieurs mois, par un flic obéissant à tous les ordres même lorsque ceux-ci lui font faire le pire. A la base, Laborieux n'est pas un mauvais bougre, ce sont les circonstances, son aveuglement et surtout son inébranlable respect des consignes données en haut lieu qui vont le perdre. Il n'est pas dupe pour autant, notamment pendant son procès : "Le procureur, un vieillard chenu et catarrheux à la voix grave et cassée de gros fumeur, qui a dû en son temps jurer fidélité au maréchal Pétain comme la quasi-totalité de la magistrature française, s'est levé difficilement pour un bref discours dont la conclusion ne laissait aucune place à l'équivoque..." (p. 16) En effet, comment croire que ceux qui demandaient et obtenaient la tête d'autres n'avaient pas eux-mêmes des casseroles ? En fait, Laborieux s'en moque, son seul espoir est de pouvoir démasquer le tueur qu'il cherche depuis des années. Son séjour à Sigmaringen ne le fera pas dévier de sa mission. Sigmaringen : "Ainsi, vue de l'extérieur, Sigmaringen pouvait apparaître comme la capitale d'une certaine France en exil, avec son gouvernement, ses ministères, ses délégués, ses bureaux, ses combinazione, quand ce n'était en réalité qu'un théâtre d'ombres où se jouait une bien mauvaise farce, une fiction ridicule dont le grotesque cachait mal l'arrière-plan tragique, puisque, sans pouvoir se l'avouer, nul n'ignorait que tout ceci finirait vraisemblablement dans la honte, le déshonneur et le sang." (p. 72/73) La majorité du roman se déroule dans cette ville, on y croise ceux qui paradaient à Parsi quelques semaines auparavant : Doriot, Déat, Rebatet, Luchaire, Céline, ... L'auteur, fort bien documenté raconte le quotidien dans cette enclave, les haines, les jalousies, les coups en douce, les trahisons, car la fin approchant chacun tente de sauver sa peau. Il écrit avec grâce et élégance, tout en finesse, c'est vraiment un très beau texte : un roman policier littéraire. A aucun moment, on ne s'y ennuie même lorsque Émile Brami relate des anecdotes sur l'un des personnages connus et réels de la communauté de Sigmaringen. Il faut parfois se faire violence pour ne pas réagir aux propos des antisémites et fascistes de l'époque. Seul Céline semble lucide et traîne sa carcasse mal fagotée et son franc-parler.

L'intrigue policière qui tient du début à la fin permet au romancier de partir dans ces apartés aisément et de revenir sans perdre le lecteur, au contraire. C'est un vrai plaisir que de suivre l'enquête de Joseph Laborieux et de tenter de comprendre comment un homme simple peut se laisser entraîner dans des actes terribles. Car c'est aussi cela ce roman, tous les Français n'ont pas été des résistants -ni des collaborateurs. Emile Brami ne juge pas Laborieux ni ne le défend, chacun se fera son idée. Pour ma part, je reste sur celle du non-jugement, qui peut être certain de ce qu'il aurait fait dans de telles circonstances ? Et surtout, je reste sur l'impression d'avoir lu un excellent roman de ceux qui restent en mémoire tant pour l'histoire que pour les personnages.

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La trahison des Jacobins

Publié le par Yv

La trahison des Jacobins, Jean-Christophe Portes, City, 2019....,

Été 1792, le lieutenant de gendarmerie Victor Dauterive  ne parvient pas à admettre que son protégé, le petit Joseph ait été porté disparu. Il le cherche partout et finit par aller enquêter du côté de l'hôpital Bicêtre qui recueillait -ou plutôt entassait- en ses murs tout ce que la population parisienne comptait de malades, d'enfants des rues, "d'aliénés", ... 

Sans quitter cette recherche qui lui tient à cœur, il est contraint par le député Charpier, d'enquêter sur le meurtre d'un policier qui s'intéressait de près à un juge de paix qui, lui-même est un ennemi juré de Victor. 

Dans le Paris toujours explosif de la Révolution, avec l'armée austro-prussienne à ses portes, Victor Dauterive tente de mener à bien et de front ces deux affaires. 

Cinquième enquête menée par Victor et ses amis, car il faut bien citer ici les personnages importants pour lui comme l'archiviste Duperrier, l'écrivaine -et bien plus que cela- Olympe de Gouges et un nouveau venu Restif de la Bretonne, fin connaisseur des bas-fonds parisiens de l'époque, sans oublier le docteur Mariette. Et évidemment le petit Joseph, omniprésent parce qu'on le recherche partout. Je l'aime bien Victor, même si parfois il m'agace à s'emporter trop vite quitte à s'en mordre les doigts plus tard. Son impétuosité lui vaut quelques mésaventures, heureusement qu'il est cette fois-ci secondé par un policer flegmatique, d'humeur calme et égale, le dénommé Lacour qui le sauve de bien des tracas. 

Les deux premières parties de cette aventure, bien qu'instructives m'ont paru un peu longues, rien de rédhibitoire cependant car on y apprend plein de choses sur l'Hôpital Bicêtre qui recueillait tout ce que Paris avait de malheureux, malades psychiatriques et autres, enfants des rues. Tous ces gens étaient maltraités, souffraient de la faim, de la vermine, des traitements inhumains des autorités de l'hôpital. Les enfants particulièrement qui pouvaient être la proie de pédophiles ; il arrivait même qu'ils soient vendus à des réseaux de prostitution. Bref, du sordide. Tout cela ayant existé, JC Portes est documenté.

Puis arrivent les trois dernières parties et le rythme s'accélère, Victor reprend un peu le dessus et s'active enfin. On est quelques jours avant le 10 août 1792 et ce qui a été appelé la seconde révolution, celle qui marque la vraie fin de la monarchie. Les événements s'enchaînent et Victor tente de surnager dans cette période terrible et troublée. Il prend des coups tant physiques que psychiques, il se pose beaucoup de questions, hésite, tergiverse puis se lance.

La série de JC Portes est convaincante, instructive et passionnante malgré mes quelques réserves du départ. Le contexte est fort bien décrit et extrêmement documenté -la bibliographie finale est impressionnante-, trouble et violent à souhait. Les personnages sont bien dans leur époque,  jamais simplement bons ou mauvais, ils ont leurs travers et leurs qualités -même si pour certains il faut les chercher profondément. Les aventures sont haletantes. Tout cela pour une série que je conseille très fortement. Si vous avez le courage ou l'envie, commencez par le premier tome, vous aurez la joie de mieux connaître Victor et de le voir évoluer.

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Comme un cheveu sur le wok

Publié le par Yv

Comme un cheveu sur le wok, Cicéron Angledroit, Palémon, 2019.....

Le changement c'est maintenant pour Cicéron. René a fait un AVC et est à l'hôpital donc pas vraiment absent du livre, mais absent quand même. Brigitte, la maîtresse historique a posé sa démission ainsi que Jocelyne, maîtresse plus épisodique. Reste Vanessa la fliquette préférée du détective et dans un autre genre Momo, à temps partiel pour cause de cornaquage de son remplaçant à la vente de journaux des sans-abris. Il démissionne lui aussi.

Les affaires ce n'est pas ça non plus, alors, lorsque maître Olivier Tcheng l'engage pour aider l'une de ses jeunes clientes accusée de prostitution et proxénétisme, Cicéron plonge dans Paris XIIIème.

Du changement dans la continuité donc pour Cicéron. Tout change et rien ne change. Je sais tout cela ne veut pas dire grand chose, mais faut bien que je remplisse les lignes. Pour être plus clair, tout change dans l'entourage du célèbre détective : les abandons sus-cités et un quasi engagement avec Vanessa, mais Cicéron reste fidèle à ses principes tout en se posant pas mal de questions. Je ne suis pas sûr d'avoir été plus clair, mais peu importe, le mieux est de lire cette enquête en plein Paris XIIIème. Parce que même s'il est plus introspectif, tout ce qui fait qu'on aime Cicéron est là : une gouaille reconnaissable, des jeux de mots, des copains hauts en couleurs et efficaces -j'exagère, je vante les qualités des uns et des autres dont ils ne sont pas forcément dépourvus mais qu'ils ne savent pas ou ne souhaitent pas mettre en avant, alors il faut bien que quelqu'un le fasse, pour tenter le lecteur-, une famille particulière ou plutôt des bouts de familles particuliers, une manière unique d'interpeller le lecteur et une enquête qui, même si elle n'est pas l'intérêt principal de cet opus -c'est pas moi qui le dis, c'est Cicéron himself (bon, techniquement, c'est moi aussi, mais je ne fais que répéter)- donne la touche polar inévitable chez Cicéron et chez Palémon.

Un onzième volume qui amorce un changement dans la collection des aventures de Cicéron Angledroit, un changement en douceur qui appelle une suite que j'attends. Nul doute que Claude Picq alias Cicéron reprenne du service.

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Une ritournelle ne fait pas le printemps

Publié le par Yv

Une ritournelle ne fait pas le printemps, Philippe Georget, Jigal polar, 2019....,

La Sanch est une procession perpignanaise qui se déroule le vendredi saint. Ultra codée et préparée, elle est  surveillée et protégée par les forces de l'ordre. Cette année, des pétards provoquent la panique, un pénitent est retrouvé mort et dans le même temps, un cambriolage a lieu dans une bijouterie à proximité. Gilles Sebag, lieutenant de police est chargé de l'enquête sur la mort du pénitent. Très vite, il est persuadé que tous les événements de la journée sont liés.

Retour de Gilles Sebag et de son équipe déjà croisés dans d'autres polars de Philippe Georget. Le flic semble un peu posé, sa vie personnelle va mieux donc lui aussi et il peut retrouver son intuition, son humour aux jeux de mots pas très fins mais qui ont le mérite de détendre l'atmosphère. Dans cette enquête il croisera l'ombre de Charles Trenet qui vécut quelques années à Perpignan : le mort de la procession habitait l'ancienne maison de l'artiste. La présence  du poète chantant est forte et ambiguë, ce qui rajoute au plaisir de l'énigme et de la lecture. D'autres aspects de ce roman en renforcent l'attrait : l'histoire de Perpignan et de la Sanch, la description de la ville, de ses quartiers et de ses habitants, la parfois difficile cohabitation entre les gens d'origines diverses, et la présence d'un SDF pas banal, dit Le libraire et ses théories sur les livres à lire en fonction des endroits où il fait la manche. Tout cela est soudé par Gilles Sebag, omniprésent et par ses enquêtes. Philippe Georget écrit un polar qui prend son temps tout en ne le perdant pas ni ne le faisant perdre aux lecteurs. Il explique sans le détailler le long travail de recherche des flics : témoins, indices, portes à portes du voisinage, visionnages des enregistrements des caméras de sécurité, ... Ce n'est pas le côté le plus romanesque du travail des policiers, mais l'évoquer me paraît important. Ce dernier roman de la série des quatre saisons avec Gilles Sebag (L'été tous les chats s'ennuient, Les Violents de l'automne, Méfaits d'hiver) la clôt de belle manière en s'intéressant aux vies des suspects presque plus qu'à celles des flics ; ce ne sont ni des victimes ni des bourreaux, ils sont beaucoup plus complexes que cela.  Ce qui donne un très bon polar qui mise avant tout sur l'humain et les relations humaines. 

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