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polar-noir

Congés mortels

Publié le par Yv

Congés mortels, Didier Fossey, Flamant noir, 2019.....

Milieu des années 1930, des femmes sont agressées et tuées par Paul Perrin dit "Le Bredin". Lorsque sa femme disparaît, Fernand est sûr que c'est "Le Bredin" qui a fait le coup, mais 1939 arrive et la mobilisation qui évite au suspect pas mal d'embêtements.

2006, même région, la Nièvre, un couple de randonneurs est retrouvé assassiné. L'homme est le fils d'un puissant patron de presse parisien qui met en action ses relations pour que la crim' soit saisie. C'est le commandant Boris Le Guenn qui s'y colle avec le lieutenant Antoine Furlon. L'enquête piétine jusqu'à ce que Boris rencontre Fernand, 91 ans, qui lui parle des crimes passés et lui affirme que "Le Bredin" est revenu.

En préambule, Didier Fosssey explique que ce livre est la deuxième enquête de Boris le Guenn, mais qu'elle fut reléguée pour diverses raisons dans un recoin d'un ordinateur. Quelques années et aléas plus tard, elle sort du purgatoire informatique pour le plus grand bonheur des lecteurs -là, ce n'est plus l'auteur qui parle mais son lecteur. Car, j'ai beaucoup aimé. Boris se met au vert, et même si les meurtres restent horribles, l'ambiance est un peu plus légère, l'air de la campagne sans doute. Boris fonce, fidèle à son instinct et à sa conviction, quitte à se mettre les cruchots -j'ai adoré ce petit mot qui désigne les gendarmes- à dos.

J'ai aussi beaucoup aimé la construction du roman, assez classique et la juxtaposition des deux périodes fonctionne bien : un chapitre pour les années 30/40 et Paul Perrin, suivi par un chapitre pour l'enquête de Boris en 2006. Didier Fossey raconte toujours aussi bien ses histoires et ses personnages sont attachants, Boris en tête, et les autres itou. Même si l'enquête est différente des précédentes -ou futures- menées par le commandant Le Guenn, elle s'intègre bien dans cette excellente série, et il n'est pas dérangeant de la lire après celles qui se déroulent plus tard. On revient un peu en arrière sur des aspects personnels de Boris, comme le fait qu'il n'est pas encore séparé de sa femme Soizic, mais on sent aussi pourquoi la situation évolue ainsi.

Le roman débute ainsi :

"Juillet 1936.

A la lueur de la bougie, sur la table de la cuisine, Paul Perrin écrivait sur un cahier d'écolier, la langue sortie, le souffle court. De temps en temps, il émettait un gloussement de plaisir ou bien partait d'un grand éclat de rire. Un de ces rires sardoniques qui semblaient tout droit sortis de la folie des hommes." (p. 11)

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Le hameau des Purs

Publié le par Yv

Le hameau des Purs, Sonja Delzongle, Gallimard, 2019...

Un hameau est ravagé par les flammes en faisant sept victimes. Des Purs, une communauté, une secte qui a choisi de vivre à l'écart avec ses lois, ses principes. Audrey Grimaud, journaliste est envoyée sur place par son patron. Elle connaît les Purs, ses grands-parents en étaient et elle a passé des vacances chez eux jusqu'à son adolescence. Depuis quelques années également, sévit dans la région du hameau, l'Empailleur, un tueur en série qui éviscère et recoud ses victimes. Les deux affaires sont-elles liées ? Audrey, de retour sur ces terres a des flashes de son enfance, des souvenirs qui remontent. Elle va de découverte en découverte.

Je suis très mitigé sur ce thriller qui passe du meilleur au nettement moins bon dans la même page. Le moins bon, ce sont des longueurs bien senties à tel point qu'on peut se demander parfois si l'on n'est pas dans un roman pour jeune fille avant de sombrer dans un découpage d'un cadavre assez gore. A peine 400 pages dans la version poche folio pour ce roman qui aurait mérité d'être condensé. Pas mal de descriptions inutiles et de tourments personnels d'Audrey redondants et auxquels on ne croit que partiellement. Ajoutons une foultitude de personnages, à se perdre, ce que j'ai fait parfois, et même -à moins que je ne sois trompé, un peu lassé-, des approximations de dates ou d'âges des personnages.

Le meilleur, c'est que cette histoire est totalement folle et imprévisible. Les surprises s'enchaînent et ne déçoivent pas, au contraire. Le mystère s'épaissit lorsque la page d'avant il semblait s'éclairer. C'est très bien fait pour tenir le suspense et le lecteur. Jusqu'au bout, on est chamboulé, décontenancé. D'aucuns trouveront sans doute la fin bâclée ou tirée par les cheveux, moi, je la trouve à l'image du livre, imparfaite mais bien trouvée et surprenante. C'est cet aspect d'originalité, de surprise potentielle à chaque page tournée qui fait le sel de ce roman.

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Nuits grises

Publié le par Yv

Nuits grises, Patrick S. Vast, Le chat moiré, 2019.....

Suzy, depuis qu'elle a été licenciée, enchaîne les petits boulots. Elle cumule plusieurs employeurs et fait des ménages, mais elle peine à payer son loyer. Le jeune couple qui loge au-dessus d'elle est dans la même situation : Pauline est au chômage et Kevin en intérim, cinq mois de loyer en retard. Le fils de la propriétaire, cinquantenaire oisif qui vit des rentes familiales, ne se lasse pas de faire des propositions libidineuses aux deux jeunes femmes en échange d'un effacement promis de leurs dettes. Suzy ne cède pas. Pauline ne résiste pas au harcèlement, mais Kevin la surprend avec le propriétaire. Lorsque celui-ci disparaît, la police est amenée à enquêter.

Excellente, j'allais dire surprise, mais ce n'est n'en est pas une puisque Le chat moiré a déjà publié trois autres titres de Patrick S. Vast, tous très bons (Potions amères, Passé doubleDuo fatal) et qu'avant cela j'avais aussi lu Boulogne stress. Donc dire d'un livre de Patrick S. Vast qu'il est une surprise c'est n'importe quoi, puisqu'on sait qu'ils sont très bien. Cette -à peine- digression passée, la surprise vient peut-être du fait que ce Nuits grises est peut-être un poil au-dessus des autres cités. Tout m'y a plu au point de ne point parvenir à le lâcher. Il débute doucement, sauf pour Suzy et le jeune couple qui se débattent dans des situations très difficiles. Suzy cumule les emplois pour tenter de subvenir à ses besoins, se fait exploiter. Ses boulots sont harassants et ne payent qu'a peine ses frais. Elle parvient tout juste à écarter le harcèlement de son propriétaire et on sent bien que le pire est à venir. Et il arrive.

L'auteur décrit très bien la crise qui pousse au désespoir et le désespoir qui génère des idées noires, très noires, rarement les plus sensées, mais comment pourraient-elles l'être ? La spirale de la descente aux enfers est tellement forte, que rien ni personne ne semble pouvoir y résister ni même la stopper. C'est avec ceux que l'on nomme désormais les travailleurs pauvres que le romancier bâtit son histoire. Rarement héros, il sait les mettre en avant, ce qui donne un roman policier humain, dans lequel comptent avant tout et malgré la misère, les rapports humains, l'entraide, la débrouille et l'humanité -j'insiste- de certains qui ne jugent pas selon le porte-monnaie ou le statut social.

Pour la partie polar, on connaît le coupable en temps réel, on suit donc l'enquête policière avec d'une part un flic un peu borné, Chombert, et d'autre part un flic qui sait aller au-delà des apparences et des évidences, le capitaine Lourdieu. Le suspense est bien là, on a tant envie de savoir qui va s'en sortir et qui va plonger.

Je vous avais prévenu, un roman policier de Patrick S. Vast, c'est forcément très bien. En plus, la couverture jaune orangée sur mon blog noir, ça claque, n'est-il pas ?

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Art et décès

Publié le par Yv

Art et décès, Sophie Hénaff, Albin Michel, 2019..,

Alors que la commissaire Anne Capestan, cheffe des bras cassés qui forment l'équipe la plus hétéroclite et la plus moquée du 36 quai des orfèvres, profite pleinement de Joséphine son bébé de 18 mois, elle est appelée par Eva Rosière, ex-capitaine de ladite équipe qui se consacre désormais à sa carrière d'auteure à succès. Son roman est adapté au cinéma par un réalisateur réputé faire des entrées mais qui veut absolument apposer son nom sur le scénario auquel il n'a pas touché. Eva l'a cherché, a tempêté, crié qu'elle allait le tuer, jusqu'à ce que celui-ci soit retrouvé assassiné. L'ex-capitaine devient le suspect numéro un et demande donc de l'aide à ses anciens collègues.

Après Poulets grillés et Rester groupés (pas lu), retour de la brigade des inclassables. Sans faire durer le suspense plus longtemps, je ne peux pas dire que je me sois esclaffé. Assez décevant finalement par rapport à ce que j'avais pu lire un peu partout sur cette série. Les personnages sont bien sympathiques, certes, mais l'humour tombe souvent à plat et les nombreux essais de digressions comiques m'ont plutôt semblé des longueurs et des redites un peu poussives. La comédie policière n'est pas un genre aisé, et lorsque l'humour de l'auteure ne sied pas au lecteur, eh bien ma fois, c'est qu'il faut passer à autre chose. Néanmoins, je suis allé au bout de cette histoire qui ne provoque aucun rejet ni déplaisir. Pas de surprise, manque de punch, c'est dommage car Sophie Hénaff a bâti une équipe qui laisse envisager des moments beaucoup plus drôles et décalés. Si je peux me permettre un conseil -j'ose, mais qui suis-je pour donner conseil ?-, chère Sophie -vous permettez que j'use de votre prénom ?- :  lâchez-vous, débridez-vous la plume -rien de vulgaire, aucune pensée salace ou autre de ma part-, osez la démesure , vos personnages  méritent au moins cela !

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Chaos de famille

Publié le par Yv

Chaos de famille, Franz Bartelt, Gallimard série noire, 2006.....

"Mon Dieu, avez-vous vu ce que vous avez fait de moi ? Un gros machin avachi, pas beau à regarder, pas appétissant, qui a gaspillé sa jeunesse et près de vingt ans de sa vie à attendre le bon vouloir, le bon désir d'une épouse moins sensible aux caresses qu'une truelle de maçon ! Mon Dieu, à cause de cela je suis devenu un véritable obsédé des choses du sexe ! J'en rêve quand je dors, et je me réveille pour en rêver plus fort !" (p. 56)

Voilà un des nombreux monologues intérieurs de Eho -ainsi que l'appelle Camina sa femme qui n'a même plus besoin d'user de son prénom. Elle l'appelle, il accourt. Depuis dix-huit ans dont douze sans vie sexuelle. Eho doit subir en outre, la famille de Camina, frères et sœurs et mère, tous dépressifs et suicidaires, le père déjà suicidé, traçant la voie familiale. 

Humour noir est-il précisé en quatrième de couverture. Noir, très noir et tellement drôle. Franz Bartelt s'en donne à coeur joie, il pratique une langue savoureuse, argotique, néologique, crée des personnages hors normes, hors de toutes conventions. Ils sont gros, moches, la mocheté n'étant pas la conséquence de la grosseur, non ils sont moches dedans et dehors et ce qui est dedans se voit à l'extérieur. Ils sont aussi cons, très cons même pour certains, et la connerie n'est pas, là non plus une conséquence de quoi que ce soit. Ils sont cons, c'est tout. 

J'ai ri, mais j'ai ri. L'enterrement de Beignet, l'un des beaufs de Eho, est à mourir de rire et s'étale sur plusieurs pages. Il est loufoque, irrésistible, énorme. Le reste est dans le même ton. A la fin, l'humour plus noir, plus méchant revient, mais qu'est-ce que c'est drôle. A quasiment toutes les pages, il y a une situation, un bon mot, une phrase qui fait rire ou sourire. Et dans cette comédie noire, on sonde les plus bas instincts des uns et des autres : la bassesse, la jalousie, la cupidité, l'envie, ... 

Lecture extrêmement plaisante, à cependant, ne pas forcément mettre en toutes les mains, les plus prudes ou les plus innocents, pourront y perdre des illusions ou rougir.

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La poupée sanglante

Publié le par Yv

La poupée sanglante, Gaston Leroux, 1923 (L'aube, 2006)....

Bénédict Masson est relieur en l'île Saint-Louis. Affreusement laid, il sait qu'il fait peur aux femmes et plusieurs qui souhaitaient travailler en son atelier ont fui. Bénédict est follement amoureux de sa voisine Christine qu'il épie, ainsi que son père et son fiancé, médecin qui vivent en face de chez lui. Ce qu'il voit est troublant voire effrayant, entre un supposé amant caché dans l'armoire sans doute occis par le père de Christine et des expériences menées au rez-de-chaussée de la demeure de ses voisins. Un jour, Christine entre dans la boutique de Bénédict et lui propose de travailler avec elle chez le baron de Coulteray qui possède une grande bibliothèque à rénover. Le relieur accepte, heureux de pouvoir passer des moments seul avec sa dulcinée. Mais dans la propriété des Coulteray, le mystère et l'incroyable poursuivent Bénédict.

Gaston Leroux (1868-1927) est célèbre pour avoir créé des personnages qui ont dépassé sa propre renommée :  Rouletabille, Chéri-Bibi. Il est aussi l'auteur de Le fantôme de l'opéra. Le livre du jour,  a aussi une suite, La machine à assassiner écrite la même année. Construit en deux parties, l'une révélant les mémoires de Bénédict et l'autre continuant l'histoire et la finissant. La première est un peu longue parfois, entre les exclamations du relieur amoureux transi et rejeté, c'est sans doute l'époque qui veut cela, maintenant, on va au plus court. Gaston Leroux écrit là un roman fantastique qui part dans plein de -fausses (?)- directions, qui nous entraîne, lecteurs, dans des suppositions folles et nous réserve surtout de belles et réelles surprises. Si l'on passe sur ces longueurs et ces lamentations un poil désuètes, on a la joie de lire de la belle littérature, de belles phrases, des imparfaits du subjonctif, de belles tournures avec des mots à apprendre, broucolaque par exemple : ""Broucolaque" est le mot dont se servaient les Grecs pour désigner ce que la superstition moderne désigne sous le nom de "vampires."" (p. 117). Et puis, au détour d'un paragraphe, il n'est pas rare de tomber sur une réflexion intemporelle : "Seigneur Dieu, ne jugeons personne !... Ayons peur des formes que prennent les choses en nous frôlant et ne disons point tout haut avec le triste orgueil de la créature qui ne dispose que de ses cinq sens "ceci est" ou "ceci n'est pas"... Méfions-nous ! méfions-nous ! L'Univers est autour de nous comme une immense embûche... D'autres avant moi ont prononcé le mot : Farce !" (p. 48)

Relisons donc Gaston Leroux, un peu oublié et pourtant maître du fantastique, des histoires à rebondissements et à la logique imparable, digne d'un Edgar Allan Poe. Cela fait un bien fou de se replonger dans ses histoires avec une ambiance qu'on qualifierait de gothique de nos jours, un style un peu emphatique parfois et d'autres fois plus prosaïque, avec des personnages marquants, une foultitude de détails ; tout cela fait travailler l'imaginaire de manière incroyable.

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C'est la faute du vent...

Publié le par Yv

C'est la faute du vent..., Jean Failler, Palémon, 2018.....

Alors qu'il se ressource pas loin de la pointe du Raz, Armand Demaisieux, célèbre comédien fait la connaissance de Florence de Saint-Marc cavalière émérite et vice-championne du monde. Leur idylle naissante les pousse à la balade romantique, romantisme très sévèrement amoché lorsqu'ils découvrent le cadavre d'une jeune femme sur une plage. Ce sont les gendarmes du pays bigouden qui sont chargés de l'enquête. Le major Papin, irascible et obtus convoque Mary Lester, commandant à la PJ parce que son nom apparaît dans l'affaire. A contre cœur, icelle rencontre ledit major et se heurte à un roc de colère et de rigorisme administratif et procédural. Mary souhaite alors ne pas se mêler de cette histoire, mais c'est plus fort qu'elle...

Quelle joie de retrouver Mary Lester que j'ai toujours lue avec beaucoup de plaisir et que j'ai quittée par inadvertance. Elle a toujours la langue aussi bien pendue et c'est pur bonheur que de lire ses dialogues, que dis-je, ses joutes verbales avec Papin, le major obtus -c'est un euphémisme. Elle a aussi toujours envie de se mêler des affaires dans lesquelles, de près ou de loin son nom apparaît, toujours fortement et efficacement secondé par le capitaine Fortin. Cette cinquantième enquête colle à l'actualité récente en même temps qu'elle donne le beau rôle aux paysages bretons sous la grisaille de novembre. Jean Failler et son héroïne sont malicieux, c'est aussi pour cela qu'on prend un vrai grand plaisir à lire leurs aventures. C'est à la fois sérieux et drôle ; sérieux parce que la mort d'une personne c'est rarement joyeux et drôle parce que les réparties de Mary Lester et du capitaine Fortin le sont souvent. Sans être franchement dans une comédie policière, on y passe un joyeux moment, c'est cela qui fait tout le charme de l'enquêtrice bretonne.

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La disparue de Porzanec

Publié le par Yv

La disparue de Porzanec, Hervé Huguen, Palémon, 2019....,

Décembre, à quelques jours des fêtes et en pleine crise des gilets jaunes, le corps d'un antiquaire de renom, mari d'une députée de la majorité sur la brèche depuis le début des manifestations, est retrouvé assassiné dans sa garçonnière de Pont l'Abbé. Sa maîtresse dont seul le prénom est connu a disparu.

Le commissaire Nazer Baron enquête, bien obligé de s'intéresser en premier lieu au mari de la femme disparue et à la députée, femme du mort. Les indices sont minces.

Ce seizième volume de la série avec Nazer Baron démarre assez mollement, mais l'intrigue semble bien vite plus compliquée qu'il n'y paraît et suffisamment retorse pour nous tenir en haleine et mettre les cellules grises du commissaire en action. Tranquille, presque placide, Baron a du Maigret en lui. Il accumule les détails, les indices et tout se met en place dans son esprit petit à petit et se révèle lorsque le dernier détail vient se poser dans la case restée vide. Il est redoutable Hervé Huguen, parce que son histoire qui paraît pépère ne vous lâche plus et vous empêche même de lâcher le roman.

J'ai beaucoup aimé le fond historique et artistique de son énigme, pas très détaillé, mais suffisant pour être tenté d'aller chercher plus loin. Mais par-dessus tout, j'ai aimé l'ambiance, la Bretagne en hiver : "L'air sentait le froid, une curieuse odeur, celle du vide. Ou autre chose, celle de la nuit, l'odeur de la nuit gelée et des rues désertes. Les voitures n'avaient pas commencé à circuler, l'air avait eu le temps de se purifier depuis la veille. Ce devait être ça, la sensation de vide devait venir de là. Baron attendait dans cette atmosphère où tout semblait figé, il regardait le calvaire dont les branches ondulaient dans la brume, il n'était qu'une ombre plantée sur son bout de trottoir, dans la perspective d'un jour qui paressait encore de l'autre côté du monde." (p. 137) Hervé Huguen décrit des instants que j'aime, où l'on peut profiter du calme et de l'air froid qu'on respire. Certes, ce n'est pas très gai, l'ambiance est froide et grise, pour un polar c'est parfait.

Une série qui rend ses personnages attachants, du genre qu'on a envie de retrouver et qui trace une voie tranquille et singulière dans le monde du roman policier.

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Aucune bête

Publié le par Yv

Aucune bête, Marin Ledun, In8, 2019.....

Vera est coureuse de 24h, une compétition, qui, comme son nom l'indique consiste à courir 24 heures durant sur une piste. Elle a gagné la dernière course à laquelle elle a participé mais a été privée de sa victoire et condamnée à huit années de suspension, à cause d'un médicament qu'elle prenait pour signer une rhino-pharyngite. 

De retour sur le circuit, elle veut battre son record personnel et tenter de ne pas finir trop loin de la favorite, l'Espagnole Michèle Colnago. 

Court roman paru dans l'excellente collection Polaroïd des éditions In8. Les textes y sont souvent efficaces, au plus juste et sobres. Marin Ledun le fait parfaitement avec cette histoire dans laquelle on vibre, même si comme moi l'on n'est pas sportif, pour la performance et la volonté de voir Vera parvenir à ses objectifs. Vingt-quatre heures pendant lesquelles l'esprit s'évade malgré le souhait de rester concentrée sur la foulée, le rythme, le souffle. Tour à tour Vera pensera à ses trois filles, à son couple, à son boulot harassant et peu épanouissant, aux collègues aux mains baladeuses. On vibre aussi parce qu'on sent bien que outre les pensées de Vera quelque chose va se produire, mais on ne sait ni quoi ni quand ni où ni qui ni comment. 

Le texte de Marin Ledun est une ode aux femmes et à leurs exploits, pas seulement sportifs, ceux aussi de la vie quotidienne pour élever les enfants, s'occuper de la maison, ... pour supporter le travail dans ce monde éminemment masculin. Si après avoir lu ce roman, vous voulez pousser la question, il y a quelques jours, j'ai parlé du travail de Heide Goettner Abendroth sur le matriarcat que je vous re-conseille fortement. Sans doute un peu plus écrasant ne serait-ce que par son poids, mais tout aussi roboratif. Deux manières différentes de parler des femmes.

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