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polar-noir

Une mort pas très catholique

Publié le par Yv

Une mort pas très catholique, Agnès Dumont, Patrick Dupuis, Weyrich, 2020

Un cadavre est retrouvé dans un appartement de Louvain-la-Neuve par Roger Staquet, flic à la retraite et ami du propriétaire qui lui a demandé d'aller voir ce qui se passait, son locataire ne répondant plus depuis des jours. Un jeune policier en uniforme, Paul Ben Mimoun, arrive sur les lieux juste avant le commissaire qui classe l'affaire. Mais le retraité et le novice doutent du suicide et pensent à un meurtre déguisé. C'est en toute discrétion et illégalité qu'ils vont enquêter.

Voici un polar étonnant, publié dans la collection Noir Corbeau des éditions Weyrich, maison belge, ainsi que le sont les deux auteurs. D'Agnès Dumont, j'ai déjà lu A qui se fier ?, paru aux éditions Quadrature, spécialistes de la nouvelle francophone, dont Patrick Dupuis est l'un des créateurs. Je disais donc que ce roman policier est étonnant, parce que les deux enquêteurs travaillant en douce ne peuvent pas remuer ciel et terre et se consacrent donc à peu de suspects. Tous tournent autour du mort pour diverses raisons, certains pas très avouables. Les investigations sont lentement menées et Staquet Et Ben Mimoun se posent beaucoup de questions. La naissance de ce duo complémentaire et inattendu est aussi intéressante que l'intrigue : un retraité veuf qui, s'il ne s'ennuie pas, ne dédaigne pas une dose d'adrénaline et un jeune homme tout frais largué par sa copine qui a besoin de penser à autre chose, qui n'a encore jamais enquêté et qui s'exprime de manière décalée de notre époque où tout va au plus court, au plus moderne.

J'ai pris beaucoup de plaisir à lire cette enquête finement menée, légère malgré un thème principal -la prostitution étudiante- pas très drôle. Habilement écrite, parce que beaucoup de rappels des faits et des hypothèses sans que l'on prenne cela pour du rabâchage voire une crainte de l'alzheimer des lecteurs. Les personnages sont sympas, des gens simples qui se trompent, osent le reconnaître et repartent sans se décourager. Des convictions et des envies de se prouver et de prouver aux autres qu'ils sont capables.

Tout est à découvrir dans ce roman policier : la ville (Louvain-la-Neuve est une ville nouvelle proche de Bruxelles qui est un cadre géographique intéressant, j'avoue humblement, je ne connaissais pas. ), le duo de flics, les éditions Weyrich -qui ont presque vingt ans, honte à moi- et la collection Noir corbeau aux couvertures jaune pétant et à la typographie particulière, le duo d'auteurs et une intrigue bien menée. Pensez-y, les vacances arrivent et ce roman paraît idéal.

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Le grand sommeil

Publié le par Yv

Le grand sommeil, Raymond Chandler, Gallimard, 1948 (traduit par Boris Vian)

Le général Sternwood fait appel à Philip Marlowe, détective privé pour arranger une histoire de maître-chanteur dans laquelle sa fille cadette Carment est impliquée. Celle-ci, droguée, dépourvue de toute morale pour l'époque (années 30), érotomane, a été prise en photo nue et c'est cela que le maître-chanteur veut monnayer. La fille aînée Vivian est joueuse, perd de grosses sommes ; son troisième mari a mystérieusement disparu depuis un mois. Marlowe accepte d'aider le vieux Sternwood et se retrouve bientôt entouré de tout ce que la ville compte de gangsters et des deux filles du général.

Raymond Chandler (1888-1959) fut avec Dashiell Hammett l'un des fondateurs du nouveau polar, du roman noir dans lequel les frontières entre le bien et le mal sont très perméables et dans lequel l'action et la violence priment. Le grand sommeil, écrit en 1939 (adapté au cinéma avec Humphrey Bogart en Marlowe et Lauren Bacall en Vivian Regan, par Howard Hawks) est traduit par Boris Vian et publié dans la Série noire de Gallimard en 1948.

Et que dire d'autre que c'est formidable de lire un grand classique du genre ? Depuis longtemps je m'étais dit qu'il fallait que je le lise, et puis, les autres sollicitations livresques arrivant, je repoussais... Ne faites pas cela, foncez et lisez ce grand roman noir. Tout y est : les bons, les méchants qui changent parfois de place. L'alcool, la clope, le sexe, mais rien à voir avec ce qui s'écrit de nos jours en la matière, pensez donc : de simples photos de nus d'une jeune femme riche et paumée forcent son père à engager un détective !

Il y a surtout Marlowe, un détective un poil blasé, qui fonce et n'hésite pas à braver les gangsters pour arriver à ses fins. Et enfin, l'écriture relâchée de Raymond Chandler, oralisée qui garde néanmoins des traces de classicisme grâce à l'usage du passé simple et de l’imparfait du subjonctif aujourd'hui tombé en désuétude, ce qui est fort dommage. Bref, un classique, un grand classique qu'on trouve aisément. Un conseil : je ne sais pas si d'autres traductions existent, mais préférez celle de Boris Vian, ça double le plaisir. Comment résister à ce qui suit ?

"Au septième étage, je gagnai la suite de petits bureaux occupés par les sous-ordres du Procureur du District. Celui d'Ohls n'était pas plus grand que les autres, mais il l'avait pour lui tout seul. Rien sur sa table qu'un buvard, une garniture de bureau bon marché, son chapeau et un de ses pieds. C'était un homme blondasse de taille moyenne, aux sourcils blancs et raides, aux yeux tranquilles et aux dents soignés. Il ressemblait à tous les gens qu'on croise dans la rue."

L'ultime sollicitation vient d'Hélène.

PS : si mes calculs sont bons, cet article est le 2000ème du blog en douze années...

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Le faucon de Malte

Publié le par Yv

Le faucon de Malte, Dashiell Hammett, Gallimard, 1936 (traduit par Édouard Michel-Tyl)

Sam Spade est détective privé à San Fransisco. Lorsque la belle Miss Wonderly lui demande de retrouver sa jeune sœur enfuie avec un homme, l'associé de Sam se propose pour faire la filature du couple. Dans la nuit, Sam est réveillé par le téléphone : son associé s'est fait descendre. Puis Miss Wonderly disparaît. Ça commence à faire beaucoup pour le détective, surtout lorsque le lieutenant Dundy l'accuse quasiment du meurtre de son associé.

Roman qui parut en 1930, fut traduit en français en 1936 et dont le titre changea quelques années plus tard en le célébrissime Le faucon maltais (le titre original est The Maltese falcon). Passé à la postérité en 1941 grâce au film de John Huston avec Humphrey Bogart en Sam Spade. Malgré cela, je ne l'avais pas lu et le film est très lointain dans ma mémoire.

Le faucon de Malte est le troisième roman des six qu'écrira Dashiell Hammett après avoir publié pas mal de nouvelles. C'est lui qui révolutionna le genre policier. Il n'y a plus ni bien ni mal, Sam Spade est un détective qui cherche certes la vérité, mais peut s'en arranger si ça l'avantage. Grand buveur, bagarreur, dragueur, il n'hésite pas à se servir des autres pour parvenir à ses fins. C'est aussi l'apparition des femmes qui ne se cachent pas, entre femme-enfant et vamp, Effie Perine, la secrétaire de Sam est ainsi décrite : "La jeune fille, bronzée, grande -une fausse maigre, portait une robe de lainage mince qui moulait ses formes comme un drap mouillé. Ses yeux bruns riaient dans un visage enfantin."

Régulièrement classé dans les polars marquants, je vais -une fois n'est pas coutume- dans le sens commun. Court, rapide, incisif dans les dialogues, noir, tout est excellent. Personne n'est tout noir tout blanc sauf peut-être Effie Perine. On s'attend à tout moment à un bouleversement. Les personnages sont brièvement décrits, le reste, il faut le chercher entre les lignes, dans les réparties et c'est assez aisé. Pour l'intrigue, Dashiell Hammett distille des indices sans les expliquer, ça intrigue, évidemment. Les explications suivent quelques pages plus loin et tout s'emboîte parfaitement, jusqu'à la fin.

Ce roman mythique débute ainsi révélant d'emblée l'ambivalence du personnage principal : "Sam Spade avait la mâchoire inférieure lourde et osseuse. Son menton saillait, en V, sous le V mobile de la bouche. Ses narines se relevaient en un autre V plus petit. Seuls, ses yeux gris jaune coupaient le visage d'une ligne horizontale. Le motif en V reparaissait avec les sourcils épais partant de deux rides jumelles à la racine du nez aquilin, et les cheveux châtain très pâle, en pointe sur le front dégarni, découvrant les tempes. L'ensemble du visage faisait penser au masque sardonique d'un Satan blond."

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Psycho-investigateur : L'héritage de l'homme-siècle

Publié le par Yv

Psycho-investigateur,  L'héritage de l'homme-siècle, Erwan Courbier, Benoît Dahan, Petit à petit, 2017

A peine remis de son aventure précédente, et sous la menace d'un procès retentissant, Simon Radius est contraint d'entrer dans les souvenirs d'un presque centenaire à la mémoire défaillante qui ne cesse de parler à son fils d'un trésor. Assisté par Maud, Simon entreprend le voyage au pays des souvenirs de l'homme-siècle, mais ce qu'il va découvrir le troublera durablement.

Le redoutable duo Erwan Courbier au scenario et Benoît Dahan au dessin récidive pour ce tome 4 de cette excellente série tortueuse, dans les arcanes du cerveau et de la mémoire. Très documentée, je ne saurais pas dire ce qui est inventé de ce qui se passe réellement dans nos cerveaux. Sans doute les auteurs ont-ils inséré de la réalité dans leur imaginaire ou vice-versa. Simon Radius voyage physiquement dans les souvenirs du vieil homme et ce n'est pas de tout repos pour lui. Il y a des pages somptueuses, comme l'intérieur du château du Perthuis, que l'on visite en même temps que Maud et le psychanalyste. Le jeu avec les cases de tailles différentes, les plus grandes recelant une foultitude de détails parfois anodins, mais parfois importants. C'est une bande dessinée originale, très inventive, entre fantastique et policier. Une BD bizarre qui ne plaira pas à tous, il faut avoir envie de découvrir, d'être curieux et ouvert. Si vous avez cela, aucun doute, elle vous siéra.

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Psycho-investigateur

Publié le par Yv

Psycho-investigateur, Erwan Courbier, Benoît Dahan, Physalis, 2013

Simon Darius est psychanalyste, psycho-investigateur auto-proclamé. La capitaine Sandra Brody fait souvent appel à lui, au grand dam de son collègue, le lieutenant Padovani et de ses supérieurs qui considèrent Simon comme un charlatan. Il faut dire que sa méthode n'est pas banale : il entre dans les souvenirs conscients ou inconscients des gens pour cibler la vérité et les confondre ou les innocenter et les soigner. Mais ce que réussit Simon sur les autres, il ne parvient pas à le faire sur lui-même, accablé depuis deux ans par la disparition de Dora, sa femme.

Trois tomes dans cet album : Les fantômes de la culpabilité, Les voies étouffées, Les portes dérobées. Et bonne idée de les réunir, car il y a un fil rouge, celui de la disparition de Dora. Si les enquêtes ne sont pas originales dans le fond, la forme, qui prime l'est totalement. D'abord, la manière qu'a Simon d'entrer dans les cerveaux des gens est étonnante : il voyage physiquement dans leurs souvenirs. Puis, il lui faut assembler les pièces du puzzle ainsi récoltées. Les scénarios sont subtilement tortueux et les personnages finement décrits. C'est drôlement bien raconté. J'imagine la recherche documentaire sur la psychanalyse, les rêves, les troubles mentaux, ... fort bien restituée.

Et le plus de cet ouvrage, c'est indéniablement le dessin. Comment dire autrement que somptueux ? Benoît Dahan joue avec les couleurs, les cases, plus ou moins grandes et nombreuses par page pour différencier la réalité des souvenirs des patients et suspects. J'en suis encore tout retourné tant j'ai adoré. J'ai découvert Benoît Dahan avec Dans la tête de Sherlock Holmes, dont je parlerai ici plus tard, car il fait partie d'une sélection pour un Prix reporté pour cause de virus et qui m'avait bluffé lui aussi. Ce dessinateur invente, innove, il a une patte personnelle remarquable et identifiable.

Dernière précision : ce volume est en rupture de stock chez Physalis, il devrait être réédité chez Petit à petit à l'automne, excellente maison qui a fait paraître le tome 4 de Psycho-investigateur dont je parle très très bientôt. Et bonne nouvelle, sur le site de l'éditeur, on peut se tenir informé de la prochaine parution. Elle est pas belle la vie ?

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Le Grand Hôyel Babylon

Publié le par Yv

Le Grand Hôtel Babylon, Arnold Bennett, Les moutons électriques, 2014 (traduit par Lise Capitan)

Le Grand Hôtel Babylon, ouvert par Félix Babylon est à Londres, sur les bords de la Tamise. C'est l'hôtel le plus fameux au monde, toutes les têtes couronnées y descendent ainsi que les riches vacanciers. A la fin du XIX° siècle, Londres est la ville où il faut être. Lorsque Nella Racksole, la fille du richissime homme d'affaires étasunien Theodore Racksole dédaigne le menu raffiné et commande un steak arrosé d'une bière de son pays, Jules, le maître d'hôtel garde son calme mais refuse catégoriquement de servir. Vingt minutes plus tard, au terme d'une discussion avec Félix Babylon, Theodore Racksole est le nouveau propriétaire de l'établissement et exige d'être servi d'un steak. Mais tenir un hôtel de ce standing ne s'improvise pas, surtout lorsque après s'être séparé de Jules, c'est la réceptionniste qui s'en va.

Arnold Bennett (1867-1931) est un écrivain et un journaliste qui considère les feuilletons de l'époque comme faibles ; il en écrit un et le publie en 1902, Le Grand Hôtel Babylon.

Confinement oblige, je l'ai lu en numérique. Pas enthousiasmé au départ, je me suis vite fait prendre par le ton léger et volontiers sarcastique de l'auteur lorsqu'il décrit les riches Américains qui n'ont pas la distinction des Britanniques ni leur éducation et leur élégance, mais l'arrogance de la richesse vite acquise.

Et une fois mordu à l'hameçon, difficile de résister à tourner les pages -virtuellement. A chaque chapitre -et il y en a plus de trente, courts- son lot de rebondissements et de surprises. Ceux qu'on croyait les gentils ne le sont peut-être pas tant que cela et vice-versa, même si rien n'est vraiment sûr. On se promène entre le Grand Hôtel à Londres et une maison surprenante à Ostende, en bateau entre les deux pays ou sur la Tamise. A chaque fois, l'aventure est au rendez-vous. Et pour ne rien gâcher, le langage est d'une grande élégance, un peu comme un Britannique en pleine action qui ne se départit ni de son calme ni de son flegme ; c'est sûrement un cliché, mais c'est l'image de certains vieux films qui me vient pour décrire l'écriture et le ton du roman.

Excellent jusqu'au bout, un livre idéal pour la détente.

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Or, encens et poussière

Publié le par Yv

Or, encens et poussière, Valerio  Varesi, Agullo, 2020 (traduit par Florence Rigollet)

Parme, une nuit, dans un brouillard si dense que la vision ne dépasse pas deux mètres. Un carambolage sur l'autoroute, des animaux en vadrouille : vaches, cochons, taureaux. Des pneus qui brûlent ajoutant l’opacité de la fumée au brouillard et l'odeur. Des gitans aperçus en train de piller des véhicules d'après des témoins. Une musique de fête foraine au loin, qui parvient à percer le brouillard. Et le commissaire Soneri, dépêché sur place, car il est celui qui connaît le mieux l'endroit, qui se retrouve nez à mufle avec un taureau en sortant de sa voiture. "Tout lui semblait factice, à l'image de la fête foraine dont la musique se diffusait à l'arrière-plan. Et lui, défiant son Minotaure, noyé dans un brouillard aux improbables couleurs de foire." (p. 17) Et dans cette nuit, la découverte d'un corps carbonisé.

Le roman débute par la description de cette nuit incroyable. La scène est forte et l'on y est presque à sentir odeurs et gouttelettes du brouillard. Il est bien difficile d'en sortir pour les flics comme pour nous. Ensuite, Le commissaire Soneri enquête sur ce cadavre ainsi que sur la mort d'un vieil homme dans un car de tourisme en provenance de Roumanie. Il lie ces deux histoires sans que rien ni personne ne puisse permettre de le faire. Mais il fonctionne comme cela Soneri, à l'instinct, au ressenti. Il n'enquête que peu, se contente de recueillir les témoignages de témoins ou de personnes assez éloignées de l'histoire mais qui lui permettent de prendre du recul pour mieux recoller toutes les pièces plus tard. Il collecte aussi les informations plus prosaïques de ses collègues : identités des victimes, empreintes, comptes bancaires... tout ce que fait un flic pour connaître les victimes et leur entourage.

Puis, même s'il est à fond dans cette histoire, peut-être même trop impliqué, comme à chaque fois, Soneri doit faire face à une situation personnelle peu confortable : Angela, sa compagne s'éloigne de lui et se rapproche d'un autre homme, plus jeune, plus séduisant.

Je n'ai pas tout aimé dans ce roman que je trouve parfois répétitif et long, mais Soneri détonne dans le milieu du polar et ça c'est drôlement bien. Valerio Varesi prend son temps et outre la première scène mémorable narrée ci-dessus, il y en a pas mal d'autres qui marquent. Ses personnages sont denses, même les seconds rôles qui jouent parfaitement leur partition à savoir mettre le héros sur la bonne voie et lui permettre de réfléchir et d'avancer sur sa vie personnelle. Le marquis, Sbarazza, qui, ruiné, mange les restes des femmes dans les restaurants est l'un de ceux-là.

J'ai déjà lu et moyennement aimé Le fleuve des brumes du même auteur avec le même commissaire. Or, encens et poussière me fait comprendre que j'ai sans doute raté un truc dans le précédent et pourquoi certains lecteurs sont fans du commissaire Soneri et de ses aventures.

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Le mystère du cercle rouge

Publié le par Yv

Le mystère du cercle rouge, Jean d'Auffargis, Oxymoron

Salles des ventes de Drouot, le commissaire priseur propose la collection personnele d'un ancien haut fonctionnaire du Quai d'Orsay, collectionneur de toiles impressionnistes mais aussi barbouilleur peu doué. Les tableaux de Monet, Signac et autres maîtres partent à des pris élevés, et les croûtes de l'amateur prennent preneur pour quelques francs, sauf l'une d'entre elles, un cercle chromatique qu'un un homme à l'accent germanique et un Japonais et se disputent, celui-ci 'emportant à 500 000 francs. A peine payé les frais, il est retrouvé assassiné à Drouot, le tableau disparu.

Jean d'Auffargis serait le pseudonyme de Maurice Laporte (1901-1987), homme politique français, fondateur et premier secrétaire général des Jeunesses Communistes qu'il quitte en 1925 étant en désaccord avec la politique de Staline et se rapprochant dangereusement de l'extrême droite jusqu'à être interdit de retour en France après la guerre, pour cause de collaboration. Bon, le genre d'hommes dont le parcours ne cesse de m'étonner, à part aimer les extrêmes, je ne saisis pas trop le passage de l'une à l'autre. Je suis preneur de toute information au sujet de Jean d'Auffargis. Je ne vous cache pas que j'ai hésité à parler du livre d'un collaborateur reconnu, mais j'ai tellement de mal à trouver des informations sur l'auteur, celles-ci restent au conditionnel... Je recense néanmoins, car, dans ce polar, nulle part il n'est fait mention de quelque thèse avec laquelle je serais en désaccord total.

Ce court polar est basé autour du personnage inventé par son auteur Théodore Rouma, un sous-Arsène Lupin, néanmoins sympathique. Recherché par le commissaire Larbart, pointure de la police française, Rouma se joue de lui tout en le respectant, et il fait bien parce que Larbart est très fort. Ça va vite, point besoin de s'appesantir sur les traits de caractère de tel ou tel, puisqu'ils sont ressemblants à des héros connus de l'époque. C'est d'ailleurs la subtilité de tous ces feuilletons : mettre en scène des personnages ressemblants aux flics, voyous, détectives ou gentleman-cambrioleur réputés, s'appuyer dessus pour construire des histoires courtes, efficaces et distrayantes. Encore une fois, missions accomplie avec Théodore Rouma.

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Mon crime

Publié le par Yv

Mon crime, Rodolphe Bringer, Oxymoron

Le narrateur, journaliste, crie dès le prologue avoir perpétré un crime dans son jeune temps. Un crime qu'il ne renie pas, qui ne lui donne aucun remords. En ce temps, là, avant la seconde guerre mondiale, il était journaliste, en quête de bons articles. Interrogeant un prêteur sur gages, icelui s’énerve, sort un revolver, le journaliste le boxe et part. Le lendemain, son patron le met sur l'affaire d'un meurtre, celui du prêteur. C'est alors qu'il comprend qu'il est mort suite à l'uppercut. C'est son ami l'inspecteur Carbon qui enquête, dilemme supplémentaire pour le jeune homme.

Rodolphe Bringer (1869 ou 1871-1943) fut journaliste, collaborateur de pas mal de journaux satiriques, dont le tout récent Canard Enchaîné. Très attaché à sa région, le Tricastin, il y retourna définitivement dès 1925 et continua d'y écrire. Il fut un écrivain réputé et célébré, oublié de nos jours. Il créa le personnage du Commissaire Rosic, et écrivit un nombre important de romans policiers et d'autres genres.

Mon crime a cela de bien qu'il n'est pas commun. Le narrateur est le coupable, ne veut pas que ça se sache, mais cherche à ce que personne ne soit accusé à sa place. Il faut dire que le décédé est une crapule, un escroc notoire dont la disparition fait plus de bien que de mal. Alerte, vif ce court roman alterne les passages descriptifs en langage correct et passe dans les dialogues à l'argot, au familier teinté de vocabulaire châtié ("congrûment" = de manière convenable). C'est bien tourné et bien trouvé cet angle différent des autres polars, au point qu'on se demande si et comment le journaliste parviendra à orienter son ami policier vers une solution qui satisferait tout le monde.

Par rapport à tout ce que j'ai lu ces dernières semaines dans le genre policier populaire, Rodolphe Bringer, se hisse en haut de la liste.

"J'avais un mort à me reprocher, j’étais un meurtrier, j'avais commis un crime, mais du moment que j'échappais à la Justice aucun remords ne me venait de mon forfait !... Comme l'avait dit Carbon, j'avais débarrassé Paris d'une belle fripouille, et ce Lévy était en vérité un de ces hommes dont la disparition peut être considérée comme une œuvre d'intérêt public !...  Un jour ou l'autre ce vilain monsieur eût été arrêté, condamné, et il eut terminé au bagne une vie de rapines, de voleries et de friponneries !... C'était bel et bien, à tout prendre, un service que j'avais rendu à la société."

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