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poesie

Le géranium ovipare/La négresse blonde

Publié le par Yv

La négresse blonde suivi de Le géranium ovipare, Georges Fourest, Le livre de poche, 1965 (édition originale pour le premier Éd. Messein, 1909 et le second José Corti, 1935)

A la fin de mon billet sur Histoire d'os à Évreux, j'écrivais :  "Dans les allusions pas très évidentes, l'une est faite concernant Le géranium ovipare, recueil de poésie de Georges Fourest (merci Goo...) qui m'était passé entre les mains il y a longtemps. Je l'ai racheté depuis cette lecture : un polar qui vous donne envie de lire de la poésie, pas courant n'est-il pas ?" (Eh, pas mal de s'autociter, ça l'fait, non ?). Et me voilà donc maintenant à parler de cette poésie moderne et étonnante. Humoristique, scatologique, lubrique, pastiche de grands poètes, poésie que ne se prend pas au sérieux, assez proche de ce qu'écrivait le grand Alphonse Allais. J'ai intitulé mon article Le géranium ovipare/La négresse blonde, parce que des deux livres, j'ai préféré le second : les poèmes sont des histoires, des tranches de vie réelles comme par exemple celui qui suit et qui est l'un des plus courts donc l'un des plus aisés à citer :

 

"Un homme

Quand le docteur lui dit : "Monsieur, c'est la vérole

indiscutablement !", quand il fut convaincu

sans pouvoir en douter qu'il était bien cocu

l'Homme n'articula pas la moindre parole

 

Quand il réalisa que sa chemise ultime

et son pantalon bleu par un trou laissaient voir

sa fesse gauche et quand il sut que vingt centimes

(oh ! pas même cinq sous !) faisaient tout son avoir,

 

il ne s'arracha point les cheveux, étant chauve,

il ne murmura point : "Que le bon Dieu me sauve !"

ne se poignarda pas comme eût fait un Romain,

 

sans pleurer, sans gémir, sans donner aucun signe

d'un veule désespoir, calme, simple, très-digne

il prononça le nom de l'excrément humain."

 

Tous les poèmes ne font pas mouche comme celui-ci, mais d'autres sont encore meilleurs (mais trop longs pour être reproduits ici). Certains m'ont mis mal à l'aise, comme Bérénice,  qui commence par ce vers : "Or donc, à la belle youtresse" et qui est un texte gênant parce que proche -ou carrément selon les opinions- de l'antisémitisme. Je ne peux pas affirmer que Georges Fourest le fût et n'ai rien trouvé qui puisse confirmer ni infirmer un tel dire dans mes recherches. Ces poèmes sont aussi à replacer dans l'époque du début du XXème siècle. Les idées dominantes n'étaient pas identiques aux nôtres et certains mots qui étaient en usage ne le sont plus. Qui dit encore "négresse" de nos jours ? Même pour parler de la friteuse ? (A ce propos, l'autre jour, dans un catalogue avicole, j'ai remarqué qu'une sorte de poules autrefois appelée "nègre-soie" est désormais appelée "soie"). Et pourtant même Serge Gainsbourg fin des années cinquante et début de la décennie suivant parlait encore d'"une négresse qui buvait du lait" ! Ne pouvant statuer sur l'éventuel antisémitisme de G. Fourest, je vous propose donc un dernier extrait, un peu long, mais tant pis, et si ce genre de poésie vous plaît, n'hésitez pas, on trouve ce recueil très facilement en occasion, sur Internet ou ailleurs.

 

"Sardines à l'huile

 

Dans leur cercueil de fer-blanc

plein d'huile au puant relent

marinent décapitées

ces petits corps argentés

pareils aux guillotinés

là-bas au champ des navets !

Elles ont vu les mers, les

côtes grises de Thulé,

sous les brumes argentées,

la Mer du Nord enchantée...

Maintenant dans le fer-blanc

et l'huile au puant relent

de toxiques restaurants

les servent à leurs clients !

Mais loin derrière la nue

leur pauvre âmette ingénue

dit sa muette chanson

au Paradis-des-poissons,

une mer fraîche et lunaire

pâle comme un poitrinaire,

la Mer de Sérénité

aux longs reflets argentés

où durant l'éternité,

sans plus craindre jamais les

cormorans et les filets,

après leur mort nageront

tous les bons petits poissons !...

 

Sans voix, sans mains, sans genoux*

sardines, priez pour nous !...

 

* Tout ce qu'il faut pour prier (Note de l'auteur)"

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Le sang visible du vitrier

Publié le par Yv

Le sang visible du vitrier, James Noël, Ed. Vents d'ailleurs, 2010

"Poète-vitrier, [...] James Noël est considéré aujourd'hui comme une voix majeure de la littérature haïtienne. Ses poèmes sont dits et mis en musique par des interprètes de renom." (4ème de couverture)

La poésie n'est pas le domaine de la littérature que je comprends le plus. Néanmoins, j'ai tenté le partenariat B.O.B/Vents d'ailleurs pour parfaire ma culture poétique. Les poèmes de James Noël sont durs et tendres, à la fois violents et sensuels. Il y est beaucoup question du sang, de la mer, de seins, d'amour, de femmes. James Noël alterne les textes rapides, les textes plus longs, accouple des mots forts et des mots doux, certains poèmes commencent dans une ambiance légère pour se finir dans une violence extrême, parfois d'un simple mot.

Quelques uns sont très abscons pour le simple lecteur-néophyte en poésie que je suis. D'autres me parlent plus, celui qui suit par exemple, assez sensuel :   

L'étoile d'une plaie

 

je veille sur ton visage

comme la lune tire sa révérence à la terre

pour couver une étoile

dans un grand trou noir

 

mes doigts sous ton corsage

activent un incendie

qui met en cause la vaporisation des mers

je t'aime pour la forme

pour l'immensité du bleu

condensé en ta raison pubienne

 

je veille sur ton visage

comme la lueur éprouvée

de l'étoile d'une plaie

qui m'invite à lécher les nuages

les prenant pour des lits censurés

sensuellement

mouillant la terre

 

Voilà donc un exemple tiré d'un recueil renfermant des poésies très diverses, qui me touchent plus ou moins mais qui ne laissent pas indifférent. Pour une "critique" plus approfondie, j'ai demandé à un ami très amateur de poésie de lire et de me dire ce qu'il en pensait. Voici ses impressions :

"Sa prose sanguinolente s’écorche, s’accroche d’elle-même ! Pourtant sa dimension amoureuse ne passe pas à travers la vitre, c'est-à-dire entre lui et ses lecteurs ! Au début on lit avec intérêt, son énergie nous séduit. Ses envolées lyriques, des images violentes (le rouge prédomine) d’amour et de dégout se superposent, la réalité s’écarte vers l’immatériel !

Ensuite le ¨Je¨ s’impose de façon autoritaire, au fur et à mesure notre lecture perd de son intensité, cela peut être par la répétition des mots et des rythmes ! En vérité je consens avoir sauté quelques pages ! Pour m’épargner de la monotonie qui pointait son nez !

Peut être faudrait lire un second recueil de poésie. En fait le lecteur attend au détour de la page un J .NOEL qui fasse tomber ses défenses, (ou un principe d’écriture c’est selon) qu’il puisse moins incarner et plus suggérer car du talent  il en a ! A la prochaine lecture ?"  

Raphael

 

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Les coqs et les vautours

Publié le par Yv

Les coqs et les vautours, Albert-Paul Granier, Ed. des Equateurs, 2008

Livre prêté par un ami me sachant un petit peu réticent à la poésie et accompagné de ces mots : "Laisse-toi faire...". Vous l'avez donc compris c'est un recueil de poésies, écrites entre 1914 et 1916. Albert-Paul Granier est sous-lieutenant d'artillerie pendant la Grande Guerre. Pendant ses moments inoccupés, il écrit ces poèmes, chargés, lourds, pour beaucoup. Il les publiera à compte d'auteur, et c'est au hasard d'un cadeau amusé d'un copain que Claude Duneton, romancier, comédien,...,  découvrira le poète et cherchera à le publier.

Certains textes sont difficiles, lorsque Granier met en phrases les canons, les obus, car même l'élégance des vers n'édulcore pas la dureté des jours de guerre.

La Rafale (1914)

 

En rafale d'acier, les longs obus gloutons

fracassant le ciel clair d'un formidable orage,

se sont rués férocement sur le village,

comme un vol d'aigles sur un troupeau de mouton.

 

Et, lorsque la fumée en pesants tourbillons,

s'est effacée au long des calmes pâturages,

le doux village, au bord de la rivière sage,

n'était plus que ruine et désolation.

 

Mais, au milieu des morts des ans passés, l'église,

debout comme un cheval moribond, agonise,

et son âme saignant aux blessures des pierres,

 

pleure aux abat-sons morts du clocher chancelant

de ne pouvoir sonner ce soir, pieusement,

le glas du doux village au bord de la rivière.

 

Par contre, d'autres poèmes sont plus "abordables", moins chargés de douleurs, de cris et de guerre.

 

Le Feu (1916)

 

Le feu, dans la cheminée,

fait le bruit souple et flou

des oriflammes

et des pennons bleus des processions,

sur les quais des ports de pêche quand on va bénir la mer.

 

Le feu, très doux,

fait craquer les branches sèches,

et les fait s'affaisser avec un bruit soyeux

de jupe que l'on froisse ou de pas dans la neige.

 

Les flammes,

attachées aux sarments,

se tendent vers la lumière

-comme des âmes-

vers la lumière si lointaine

en haut de la cheminée,

et s'effilent vers la clarté

comme des algues dans le courant...

Albert-Paul Granier est né au Croisic, le 3 septembre 1888. Il est mort le 17 août 1917, "en plein ciel, en plein vol, au nord du Bois Bourru, près de Verdun" (p.17 de la préface), puisqu'il avait décidé de monter en tant qu'observateur dans les avions de l'époque, coucous de toile et de bois. Le sien n'a pas échappé aux obus ennemis.

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