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chroniques

Les enragés de la jeune littérature russe

Publié le par Yv

Les enragés de la jeune littérature russe, Monique Slodzian, Ed. La Différence, 2014

Depuis 1989 date de la chute du Mur et encore plus depuis 1991 date du démantèlement de l'ex-URSS, les choses ont bien changé dans ce pays. Une nouvelle génération d'écrivains est née peu avant ces années-là, a vécu le changement radical, le passage du communisme au capitalisme. Ils revendiquent de penser différemment le passé soviétique de leur pays, de ne pas tout jeter sous prétexte d'aller dans le sens de l'occidentalisation de la Russie. Ils s'appellent Zakhar Prilepine, Guerman Sadoulaev, Roman Sentchine, Sergueï Chargounov, se disent de gauche et se réclament du national-bolchevisme d'Edouard Limonov.

On a tous une image assez classique et sans doute dépassée de la Russie et de ses écrivains. A travers ce livre qui nous promène dans la politique et la littérature russe, Monique Slodzian, professeur à l'Institut national des langues et civilisations orientales, spécialiste de la Russie et de la littérature russe contemporaine, tente de nous faite toucher du doigt la réalité oh combien complexe de ce grand pays.

Le 30 juillet 2012, Zakhar Prilepine met le feu aux poudres en écrivant une Lettre à Staline (reproduite p.24 à 29) dans laquelle il "ne cherche pas à dissimuler l'existence des crimes de Staline et encore moins à les justifier." (p.10), mais il demande à ce qu'on n'oublie pas que pendant la guerre c'est lui qui a regroupé autour de lui des millions de Russes qui ont repoussé les nazis "C'est à Stalingrad que le projet de Hitler a connu sa défaite. Manifestement, l'Ouest et la Russie ne partagent pas la même mémoire de la guerre." (P. 34), qu'il avait aussi fait avancer la science, ... Il conclut son courrier par cette formule lapidaire : "Nous te sommes tous redevables. Sois maudit." (p.29)

Puis, Monique Slodzian explique comment nous voyons la Russie par nos yeux d'Occidentaux formatés par les médias, comment c'est un pays complexe qu'on ne peut comprendre en un simple reportage de deux minutes au journal télévisé. La situation en Ukraine en est un bon exemple que les dirigeants occidentaux voient en Europe, alors que "les derniers épisodes du conflit ukrainien disent combien l'entrée de l'Ukraine dans l'Union douanière pilotée par la Russie revêt une importance à la fois stratégique et symbolique, en raison même des fondements historiques de l'empire slave." (p.73)*

Elle égratigne au passage le livre d'Emmanuel Carrère, Limonov, qu'elle juge bien écrit mais vu encore une fois par les yeux d'un Occidental qui ne s'est pas mis dans la peau d'un Russe et qui en a donc une vision faussée. Les Russes ont subi le changement des années 90, comme un coup de massue sur la tête, le temps que certains mafieux et autres malfrats prennent le pouvoir par l'argent et ils se sont réveillés plus pauvres qu'ils n'étaient avant.

Elle en vient ensuite à ces écrivains qui se retrouvent au sein d'un même mouvement politique, le Parti National-Bolchévique (PNB) qui a longtemps été dirigé par Edouard Limonov, et qui est résolument contre le régime en place, s'allie avec les libéraux et autres opposants pour le faire tomber aux élections, jusqu'ici vainement. Elle ne fait pas l'impasse sur les propos parfois très tendancieux de Limonov qui ont pu, à tort, faire penser à certains que le PNB dérivait vers l'extrême droite.

Cet essai est "une rencontre moins convenue avec la Russie" comme me l'écrit Monique Slodzian dans sa dédicace, une lecture qui permet de ne pas toujours regarder l'histoire des peuples par le petit bout de sa lorgnette, mais de se déplacer et de tenter de se mettre à la place d'autrui pour le voir et pour se voir. M. Slodzian finit son livre par des courtes biographies et bibliographies des principaux auteurs nommés intéressantes qui donnent envie de les lire, ce que je vais faire très bientôt avec Zakhar Prilepine et son Je viens de Russie.

* texte écrit avant les tout derniers événements ukrainiens

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Voyages en absurdie

Publié le par Yv

Voyages en absurdie, Stéphane de Groodt, Plon, 2013.....

Stéphane de Groodt est un acteur, il est aussi chroniqueur sur Canal+. Ce livre est un condensé de ses chroniques, totalement barrées, absurdes, d'où le titre (emprunté à Michel Sardou, je connais mes classiques, que j'écoute lorsque je m'ennuie). Stéphane de Groodt est totalement fou. Il part sur un sujet donné, bifurque, part dans des digressions qui n'ont rien à voir, et hop, une petite pirouette plus tard, le voici, comme par magie, revenu à son point de départ ! C'est une valse à mille temps de jeux de mots, des jeux avec les sons, des jeux avec le rythme ; je vous conseille d'ailleurs d'écouter une ou deux de ses chroniques si vous ne l'avez pas encore fait ou de le voir dans un film, ou téléfilm pour avoir une idée très précise de sa voix et de sa scansion, ainsi, lorsque vous lirez un texte, vous l'entendrez à travers ces filtres. En relisant ce que je viens d'écrire, je m'aperçois que je vais sans doute passer pour un type un peu barré moi aussi, mais sachez que je lis en m'entendant dans ma tête ou alors, lorsque je connais la voix de l'auteur et qu'elle est typique (comme celle de S. de Groodt) je lis en l'entendant ! C'est grave docteur ?

Au départ, je voulais faire un billet "dans le genre" du livre, mais la barre est haute, et bien que je ne rechigne point en petit comité à des jeux de mots pourris, qui demandent un poil de réflexion, j'avoue que l'on ne joue pas dans la même catégorie, l'auteur et moi. Je jette l'éponge avant même de lutter. Je me contenterai donc d'un article qui sera forcément plat, enfin plutôt hors d'œuvre, voire même simple amuse bouche avant le roboratif, le "qui-tient-au-ventre" et néanmoins très léger, on ne ressortira pas de ce bouquin lourd et mal en point, au contraire.

A part quelques personnalités, souvent décédées -donc plus alitées- (Brel, Brassens, Ventura, ...) Stéphane de Groodt égratigne tout le monde jamais franchement méchamment, toujours avec un décalage qui lui permet de dire des choses parfois "shocking" comme cette visite à Elisabeth II : "Complètement en transe, elle poursuit en me parlant de son mari et de sa position lorsqu'il pénètre dans l'arène... médiatique. Qu'une fois dedans, il s'emmerde, et que c'est là qu'elle mesure la chance d'avoir un prince consort... Je l'invite à prendre un petit coup de verveine pour se calmer, mais elle me dit qu'au contraire, après tant d'années de retenue, elle veut se lâcher grave, et que pour une fois elle jubile. En même temps, c'est un jubilé... Et voilà qu'elle se lève pour me faire un strip-tease. Le problème, enfin, problème, c'est qu'elle avait tellement de couches qu'après vingt minutes d'effeuillage elle était toujours habillée. [...] Je tente de fuir cette famille de dingues. En partant je vois passer la reine avec un truc en caoutchouc assez équivoque. J'ai compris ce que c'était quand je l'ai entendue chanter à tue-tête un vibrant... "God'... Save the Queen"... (p.96/97)

Une autre précision sur mes caractéristiques de lecteur, si j'entends le texte dans ma tête, comme dit plus haut, je visualise aussi beaucoup, le strip-tease de la reine d'Angleterre est ainsi assez... troublant et/ou effrayant ainsi que la conclusion de la chronique. Je pourrais vous citer des pages et des pages, insistant sur le choix des mots, tous sont importants et peuvent avoir un double sens. Une rencontre avec Jean-Marie Le Pen ? "Alors même si j'étais un peu dans le gaz, enfin c'est un détail..." (p.122), avec Julian Assange ? "Sans savoir si j'allais trouver un Julian courbé par la pression, ou au contraire un Julian clair dans sa tête, je décidai donc d'aller crever l'abcès avec mes questions avant que Julian le perce !" (p.25/26), avec Carla Bruni ? "Fronçant les sourcils, enfin serrant les fesses quoi, elle m'avoue ne pas avoir le cœur à la chansonnette car elle s'inquiète pour son époux, qu'elle juge Gentil... [...] Bling-Bling !... C'est alors consonne à la porte et que je la voyelle se précipiter. Quatre consonnes et trois voyelles, mais c'est bien sûr, c'est Raphaël."(p. 50), avec Mitt Romney qui en a assez qu'on fasse des jeux de mots avec son prénom ? "C'est la goutte qui fait déborder la casserole, il en a marre Mitt ! Il se met alors dans tous ses états, cinquante, quand même, s'excite au point de faire un malaise, et paf, le Mitt s'effondre !" (p. 166)

Pour une fois, le bandeau, qui n'en est pas un d'ailleurs, puisque c'est la vraie couverture, sans ajout, n'est pas usurpé, ce type est déjanté, décalé et... Belge. Mais il est drôle quand même. Ou alors il est drôle parce qu'il est Belge -non, ça ne marche pas, y'a Johnny. Ou Belge, parce qu'il est drôle -ben, non, nous on a... tiens, Philippe Geluck, ou Walter. Ou encore, il est Belge et drôle mais sans rapport entre ces deux faits -et vice-versa...

Un super grand et gros merci à la Librairie Dialogues pour ce cadeau.

 

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Pour rire un peu

Publié le par Yv

Il y a quelques jours, j'ai eu une excellente idée, et comme ce n'est pas si fréquent que cela, je vous raconte. Figurez-vous qu'à côté de mon lit, qui est aussi celui de Mme Yv, pas le côté, juste le lit, parce qu'on a bien sûr chacun son côté, j'avais une pile de livres, des dossiers lus que je gardais au cas où. J'ai tout trié et rangé, j'en ai profité pour ouvrir le tiroir du chevet. J'ai jeté, classé, changé de place, donné ou prêté des ouvrages et j'ai retrouvé dans tout ce fatras (en fait dans le tiroir du chevet) deux vieux livres qui étaient à mon papa, que j'avais récupérés et pas forcément lus :

- Pour rire un peu, Histoires plaisantes et jeux d'esprit par Charles Cloix, illustré par JJ Roussau, Éd. Spes, 1939

- Le numéro 83 de la Revue mensuelle intitulée 100 blagues, Rédacteur en chef, Roger Sam, Éd. EGE, 1969

Pas en très bon état, ce sont en fait pour le second, des blagues, courtes, les favorites de gens connus, comme par exemple celle de R. Queneau :"Un explorateur blanc a été capturé par une tribu d’anthropophages ; on le juge à point et on l'installe dans une grande marmite. Au moment d'allumer le feu, le cuisinier s'approche et demande :

- Comment te nommes-tu ?

- Je ne vois pas ce que cela peut te f... rétorque l'explorateur, en haussant les épaules.

- C'est pour le menu..." (p.47)

Pour le premier livre cité, le début est construit avec des textes d'auteurs connus, comme G. Courteline, T. Bernard, M. Twain, et d'autres oubliés ou moins connus. De petites nouvelles à chute, drôles. La grosse seconde partie du livre est consacrée à des histoires drôles, des devinettes, des charades, des histoires racontées par Alphonse Allais par exemple :

"Alphonse Allais, apercevant un jour devant un café un brave homme qui avait toutes les apparences d'un provincial, s'approche de lui, le chapeau à la main, et lui demande :

- Monsieur, pourriez-vous me prêter dix louis ?

Le provincial, stupéfait :

- Mais, monsieur, je ne vous connais pas !

- C'est bien à cause de cela que je m'adresse à vous, réplique Allais avec flegme. ceux qui me connaissent ne veulent plus rien me prêter." (p.147/148)

C'est évidemment daté voire très daté et démodé, mais ça me rappelle les Almanachs Vermot que je lisais gamin, pendant les vacances, et ce genre de vieux livres qu'on trouvait dans les greniers ; on s'amusait avec mes frères et sœurs à se poser les devinettes, à se lire les histoires drôles, et aussi à regarder les dessins humoristiques et un peu sexy dans lesquels des femmes adultères, nues, aux formes généreuses se faisaient surprendre par leur mari en pleins ébats et ne manquaient jamais d'aplomb. L'amant était souvent un jeune homme un peu naïf et couard au contraire de sa maîtresse. Les cougars avant l'heure qui pouvaient s'écrier évidemment : "Ciel, mon mari !"

Voilà voilà voilà pour cet article nostalgique qui risque de me faire passer pour un vieux schnock auprès de tous les très nombreux jeunes qui lisent mon blog (il y en a quelques uns si j'en juge par les mots-clefs utilisés pour accéder à mes billets, du genre "résumé La folie Giovanna" ou "explication de texte Agota Kristof" ou encore, très récemment, "commentaire composé Charles Juliet l'année de l'éveil"), mais tant pis j'assume mon côté vieux con et ma minute nostalgique. Alors, si vous avez un grenier ou si vos parents -voire vos grands-parents pour les plus jeunes d'entre vous- ont un grenier, n'hésitez pas, allez le fouiller, il y a des petits trésors de drôleries désuètes à relire le sourire aux lèvres.

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Le mariage pour tous

Publié le par Yv

Le mariage pour tous, Éd. Tchou, 2013

Ce livre est édité dans la collection "Les murs ont la parole". Tous les murs, les vrais en béton ou parpaings, mais aussi, il faut vivre avec son temps, les virtuels sur les différents réseaux sociaux. Le sujet est brûlant et on ne peut plus d'actualité, puisque je choisis de chroniquer ce recueil aujourd'hui, jour du vote solennel à l'Assemblée Nationale du texte de loi instaurant le mariage pour tous, alors qu'en fait le livre ne sortira réellement que le 02 mai (merci à Gilles Paris au passage). L'ouvrage reprend donc tout ou une grande partie de ce qui a pu être écrit sur les murs, dans les journaux, sur les banderoles, les pancartes des militants pour le oui au mariage. C'est Marie Clavel qui a compilé et Muriel Flis-Trèves qui a fait la préface. Elle est psychiatre et psychanalyste à Paris, mariée et mère de famille pas "militante, [elle] s'investit beaucoup sur les différentes façons de "faire la famille" avec un esprit ouvert à la discussion. Son intérêt pour les questions liées à la parentalité et aux mutations sociétales se retrouve dans les colloques qu'elle organise chaque année et qui font l'objet de publication chez Odile Jacob et aux P.U.F" (note de l'éditeur)

Si chacun peut avoir son opinion et la défendre ardemment, j'avoue ne pas comprendre le déferlement de violence envers ce projet de loi, qui déjà adopté dans nombre d'autres pays européens n'en a pas bouleversé les sociétés : "La Belgique a légalisé le mariage depuis 2003 ! Le pays existe toujours et les moules se mangent encore avec des frites..." Si comme le disait Chantal Jouanno (entendue le lundi 15/04 sur France Inter) Mmes F. Barjot et C. Boutin ont besoin de cela pour exister médiatiquement et entretiennent même le feu pour qu'on parle d'elles encore un peu, pourquoi les milliers d'autres personnes descendent-elles dans la rue, elles à qui on n'enlève rien, puisqu'elle pourront continuer à procréer et à se marier (enfin, l'inverse plutôt, d'abord on se marie, ensuite on procrée, bien sûr, je ne voudrais pas blasphémer, où diable (sic) avais-je la tête ?) ? Je ne voudrais pas être trop lourd ni trop sérieux sur le sujet, tous les arguments ont été dits et entendus, malgré ce que disent les opposants au texte,  je ne reparlerai donc pas de filiation, ou de PMA ou de GPA (puisqu'elles ne sont pas dans le projet de loi). Néanmoins, je me permettrai deux remarques :

- pourquoi les catholiques intégristes prient-ils dans les rues, alors qu'il me semble bien que les prières de rues sont interdites ? Ou alors ne le seraient-elles que pour certaine religion ?

- pourquoi certains hommes politiques de droite descendent-ils dans la rue contre cet texte ? Il me souvient qu'en 2002, entre les deux tours de l'élection présidentielle (JM Le Pen au second tour), ils n'avaient pas daigné y marcher pour manifester leur soutien à la République arguant du fait qu'il n'était pas dans la tradition de la droite française de descendre dans la rue (un de ceux  que l'on voit beaucoup en ce moment le disait dans un reportage sur cette élection présidentielle, tourné par Serge Moati, il me semble). Sans doute pour lui et pour ses collègues, donner des droits aux couples homos est-il plus dangereux que de maintenir la démocratie en France ! Pire, certain(e)s manifestent maintenant, non plus contre le FN mais avec lui ! 

Personnellement, je suis pour cette loi, pour le bien de l'enfant, car je suis persuadé qu'un enfant s'épanouira mieux chez un couple aimant (ici, toutes les combinaisons deviennent possibles) que dans une famille déstructurée et je ne crois pas du tout au mal-être d'un enfant qui grandit dans une famille homoparentale : de toutes façons, parents, dites-vous que vos enfants, à un moment ou à un autre auront honte de vous pour n'importe quelle raison, parce que vous être gros, maigre, petit, grand, moche, trop beau (là, ça sent le vécu), vantard (hein ?), modeste (ah, oui, ça me va mieux), homo, hétéro, pas drôle (euh...), pénible (euh... bis), lourdingue (euh... ter), trop présent, pas assez présent, ... Liste non exhaustive. Alors, un argument en leur faveur de plus ou de moins ... J'enfonce probablement une porte ouverte, mais ça me semble être le seul véritable point important : l'intérêt de l'enfant. Alors, certes, il y aura des familles homos à la ramasse, des couples homos qui après le mariage goûteront aux joies du divorce, de la garde alternée, mais sans doute pas plus que les couples hétéros. Rien de bien nouveau finalement. D'ailleurs lorsqu'on lit le bouquin, on s'aperçoit très vite que les homos candidats au mariage ne rêvent que d'une chose : vivre comme les  autres. Égalité dans la joie du mariage : "Je veux pleurer de joie au mariage de ma fille et de ma belle-fille.", "La mariée est tout le temps la plus jolie d'un mariage. Imaginez deux mariées au même mariage alors...", mais égalité dans les galères et les emmerdements : "Moi aussi je veux pouvoir épouser une chieuse, appeler mes gosses Kevin & Tyson, et avoir un chien qui pue", "Ça fait 2000 ans que vous ratez vos mariages... Laissez-nous essayer."

Et puis, dernier argument et pas des moindres, en regardant bien les uns et les autres, les pro-mariages pour tous sont vachement plus drôles et inventifs (notamment les gays dans l'auto-dérision et dans la reprise à leur compte de tous les poncifs et les blagues éculées à leur propos) que les anti. Florilège :

- François, recule pas, les homos sont derrière toi.

- François, lâche pas les pédales !

- On est tellement folles qu'on veut se marier

- Moi aussi je veux rouler en scenic

Et ma préférée : "Pitié ! Elle m'a dit "pas avant le mariage"..."

Alors, François et Jean-Marc (il faut bien quelqu'un qui le soutienne) ne lâchez pas, au besoin achetez ce bouquin qui vous remontera le moral, offrez-le à vos adversaires (il y a même des citations de gens de droite pour le projet, B. Apparu, F. Riester) et pour finir, une citation qui colle bien à son auteur Michel Galabru : "Je suis pour le mariage homosexuel. Je ne vois pas pourquoi on devrait épargner quelqu'un parce qu'il est homo." 

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Nantes rayonnante

Publié le par Yv

Nantes rayonnante, Stéphane Pajot, D'Orbestier, 2012

Stéphane Pajot remet à l'honneur et à la une des photos oubliées, rares parfois même inédites de la ville de Nantes. De vieilles photographies accompagnées des textes du journaliste-écrivain qui racontent des anecdotes, "des souvenirs précieux recueillis auprès de ceux qui les détiennent", des petites histoires mais parfois aussi de la plus grande histoire. Tout ce qui a fait de Nantes la ville qu'elle est devenue, son rayonnement réchauffant ses habitants et depuis quelques années les nombreux touristes attirés par sa chaleur.

Très beau livre avec un choix de photos assez impressionnant. Pour qui connaît la ville, il est évident qu'il passera un excellent moment à rechercher tel ou tel détail dans une image et dans les histoires que Stéphane Pajot raconte à côté. On y croise le très fameux pont transbordeur, la Loire et l'Erdre qui jadis coupaient Nantes en longueur et largeur : les photos du comblement del'Erdre et des bras de la Loire sont incroyables et l'on se figure aisément l'ampleur de la tâche. Une petite page retient mon attention, consacrée à l'île Mabon : "La petite île au trésor [...] était la gardienne de l'entrée du port. Elle servit au XVIIe siècle d'annexe à l'hôpital du Sanitat, qui se trouvait quai de la Fosse, pour les malades pestiférés de la peste sévissant à Nantes en 1625." (p.42) Si je note cette page, c'est tout simplement parce que l'île porte mon nom de famille (on moi le nom de l'île). Il n'en reste rien aujourd'hui qu'un nom de square et un nom de rue dans laquelle lorsque nous y passions avec mon papa, il ne manquait jamais de dire qu'on y était chez nous ! Humour familial que je répète évidemment à l'envi à mes enfants. Transmission des gènes ! Il me semble qu'elle fut aussi lieu de guinguettes avant d'être rattachée à la ville. 

Une très belle manière de visiter Nantes l'ancienne, d'y croiser les fantômes de nos vieux ancêtres, d'en croiser de plus jeunes : Jacques Demy, Ulysse, le plus célèbre clochard de Nantes incontournable pendant une vingtaine d'années à partir de 1980, les surréalistes, ...

Pour qui ne connaît Nantes que de nom, il faut lire ce bouquin et venir ensuite visiter notre belle ville (je suis un peu chauvin, je dois le reconnaître, mais il me semble que Stéphane Pajot l'est aussi, mais lui, il fait de son amour pour sa ville de magnifiques livres) et tenter de retrouver les quartiers et voir ce qui y a changé ou pas.

Superbe idée cadeau pour l'échéance qui arrive très bientôt. 

Merci Stéphane et les éditions D'Orbestier.

 

région

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Almanach 2013 et Drôles de bêtes

Publié le par Yv

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Almanach des Terres de France, Éd. Presses de la cité

Drôles de bêtes, JP Fleury, Éd. Marivole, 2012

Je voudrais vous parler ici de ces deux livres qu'on feuillette au jour le jour. Pour l'un c'est normal, c'est un almanach, dans la pure tradition du genre. Pour l'autre, le format et le genre prêtent plutôt à le poser sur une table et le laisser ouvert pour tous.

L'almanach 2013 des Terres de France, présenté par Alain Baraton. Une page par jour avec éphéméride + un dicton et cinq petites chroniques tour à tour drôles, culturelles ou insolites sur la santé, le bricolage, l'architecture, la beauté, la cuisine, ... Et le petit conseil du jour, comme par exemple celui de mon jour-anniversaire :  "En été comme en hiver, la menthe chasse les vers". Quelques jeux et une page pour le samedi et dimanche réunis sur laquelle est reproduit un extrait d'un livre publié dans la collection Terres de France que vous pouvez, pour certains, retrouver sur le blog écrits par : H. Jaouen, J. Mazeau, P. Pélissier, P. Breuzé, Y. Jacob, O. Bouhier, ...

 

Drôles de bêtes, de JP Fleury. Un ouvrage de belle qualité très illustré qui, au travers d'anecdotes, de croyances et de textes anciens trace le pedigree d'animaux plus ou moins proches de nos maison, de nos jardins et de nos rivières. Le ton est résolument humoristique et instructif. On y trouve des conseils, des petits plus pour savoir garder dans son jardin les insectes utiles. On y croise la coccinelle, qui en berrichon se dit Marivole (le nom de la maison d'édition), le geai, la chauve-souris, la limace, le saumon, le brochet, la fouine, l'âne, le cochon, ... A feuilleter et reprendre sans modération.

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So British !

Publié le par Yv

So British, Paul Morand, Ed. Nicolas Chaudun, 2012

Petit livre qui regroupe des textes de Paul Morand parlant de son plaisir d'aller en Angleterre, de son amour pour ce pays. C'est un recueil de 7 textes parus pour certains dans des revues, pour d'autres inédits, écrits entre 1935 et 1972.

J'ai en ma possession trois petits (par la taille) livres de la même collection (éditions Nicolas Chaudun, collection Philéas Fogg) qui méritent chacun un billet ; je me fends donc (avec un plaisir à peine dissimulé) d'un article pour chacun d'eux, mais comme ils risquent d'être courts (nonobstant mes digressions qui m'emmènent parfois sur des chemins que je ne maîtrise pas), et connaissant la soif pour mes critiques des quelques rares (mais forcément exceptionnels) lecteurs de ce blog , je m'en vais donc en faire un par jour. Comme je vous sais plus littéraires que matheux, je fais donc le calcul pour vous (que ne ferais-je pas pour vous fidéliser) : trois livres + un article par jour = trois articles à paraître successivement et rapidement.

Début avec ce livre de Paul Morand. Très bel ouvrage, autant par la couverture, par le soin apporté à la mise en pages que par le format poche (il tient réellement dans une poche !). J'avais déjà apprécié le travail des éditions NC avec l'excellent La folie Giovanna d'Elise Galpérine (sur lequel vous pouvez toujours vous jeter même si vous avez raté mon billet qui lui est consacré -même si ce n'est pas une preuve de fidélité, ça, n'est-il pas ?-, c'est un conseil d'ami, vous ne le regretterez pas !) ; je note donc avec grand plaisir qu'elles continuent dans le bel objet.

Dois-je l'avouer ici ? A ma grande honte, dans ma grande inculture et aussi loin que remontent mes souvenirs, je n'ai jamais lu Paul Morand. C'est désormais chose faite, et si je n'ai pas vraiment adhéré à tous les textes, je me dois de dire que l'écriture, classique est agréable et permet une lecture aisée, parfois drôle de ces textes consacrés à la chasse à courre anglaise, le yachting, la langue ou encore Oscar Wilde, entre autres. Trois d'entre eux ont particulièrement retenu mon attention :

- Fox-Hunting, qui ouvre le livre en parlant de la chasse à courre (ou plutôt chasse au renard) en Angleterre : décalé, un peu vieillot (old-school), mais charmant.

- Quand la France et l'Angleterre font leurs comptes : sur les interactions entre les deux pays, les deux cultures. Ou comment elles se sont mutuellement et consécutivement enrichies l'une et l'autre notamment grâce aux mots, dans un sens comme dans l'autre. "Les mots, c'est ce qui nous coûte le moins ; nous en avons à revendre. Mais les mots représentaient à cette époque [1066, l'invasion de l'Angleterre par Guillaume le Conquérant] de véritables cadeaux : les envahis n'utilisaient que des mots simples, concrets, les envahisseurs leur apportèrent tous ceux qui permettent d'avoir des idées et de les relier entre elles ; les mots nouveaux, c'étaient des outils pour dominer la matière, des instruments de connaissance, des clés à comprendre la vie : la chevalerie, le droit, le commerce, la guerre, l'histoire, les merveilles du monde, le cadastre, la loi écrite, le sens de l'universel et le goût des belles images pénétrèrent en Angleterre grâce aux mots des Normands." (p.64)

- Souvenirs d'Oscar Wilde, qui clôt l'ouvrage et qui raconte les relations difficiles de ce grand écrivain avec son pays d'origine et son attrait pour la France.

Conclusion : lisez ou relisez Paul Morand (1888-1976), oublié sans doute. Faites fi de ces accointances avec le régime de Vichy ; il a été réhabilité et élu à l'Académie Française en 1968. A demain.

Merci Agathe.

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L'à-peu-près Dictionnaire des rêves

Publié le par Yv

L'à-peu-près Dictionnaire des rêves, Frankie Charras, Ed. Grimal, 2011

"L'à-peu-près Dictionnaire des rêves représente ce qui se fait de mieux aujourd'hui dans le domaine de l'interprétation des rêves. On ne connaît pas la date exacte de son écriture, mais on suppose qu'il aurait été écrit vers 900 après Jésus Christ, par Isidore Delacasse, sous la forme d'analyse des rêves." (Introduction, p.12)

C'est donc ce livre qui fut perdu, interdit par l'église, puis retrouvé par un arrière-arrière-grand-père de l'auteur et enfin réédité que j'ai entre les mains. Et encore, je vous passe les péripéties, sous Napoléon et les influences qu'il eut sur Gutenberg et Bill Gates. 

Christine, l'une de mes fidèles visiteuses et commentatrices m'a donné le nom de ce bouquin en me disant qu'elle avait bien ri. Je n'ai donc pas pu faire autrement que me plonger dans ce dictionnaire.

Pour commencer, on évacue tout de suite ce qui peut fâcher :

- pas mal de blagues répétées à différents mots du dico, l'une même mot pour mot. Bon, pas grave, mais peut mieux faire.

- une insistance sur un certain type d'humour consistant à brocarder le lecteur sur son prétendu manque d'intelligence et de culture. D'autres jouent sur le sexisme, mais les hommes en prennent aussi pour leur grade. C'est drôle au début, et puis, ça finit par lasser.

Venons-en maintenant à ce qui plait : dans l'ensemble, c'est drôle, léger et enlevé. Parfois, il y a même de très belles trouvailles, comme l'auto-publicité :

"Argent : Achat qui devrait changer le courant de votre vie. Economisez et achetez à Noël, pour votre famille et vos amis, L'à-peu-près Dictionnaire des rêves de Frankie Charras." (p.29)

Et puis, juste pour le plaisir, j'ai repéré une jolie suite :

"Diamant : Cadeau pour votre femme : un solitaire. Ça tombe bien, elle adore les jeux de société.

Diarrhée : Laissez couler

Dieu : (Voir Frankie Charras)

Dinde : (Voir Femme)" (p.65/66)

Toutes les blagues ne sont pas du même niveau, certaines ne font pas mouche (ou alors, c'est moi qui ne les comprends point), mais d'autres fonctionnent parfaitement et si on ne s'esclaffe pas à toutes les pages, on sourit souvent.

Une petite dernière pour la route :

"Handicapé : Visite prochaine d'un joueur de l'équipe de France de football." (p.98)

Ça ne vole pas très haut, certes, mais ça détend, on peut ouvrir ce livre de temps en temps y piquer une blague et y revenir quelques jours plus tard, histoire de se changer les idées entre deux lectures plus plombantes.

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On n'arrête pas la connerie

Publié le par Yv

On n'arrête pas la connerie, Jean Yanne, Le cherche midi, 2007, 2009, 2010

"Toute sa vie, Jean Yanne a été captivé par la connerie. Plus fascinante encore que l'intelligence, parce que sans limites, elle a été sa grande passion. Doué d'un véritable génie pour la débusquer dans ses manifestations les plus variées, les plus discrètes comme les plus éclatantes, il remarquait : "J'ai la faculté d'assimiler la connerie ambiante comme les abeilles butinent les fleurs et prennent le pollen pour en faire leur miel."

Cette intégrale des textes, répliques et pensées de Jean Yanne, agrémentée de nombreux inédits, représente quelques-uns des grands moments de la lutte incessante et nécessaire contre la connerie menée par l'un de ses opposants les plus fidèles et les plus spirituels." (extraits 4ème de couverture)

Lorsque j'ai vu ce livre en vitrine, l'an dernier, je me suis dit qu'il devait absolument rejoindre ma bibliothèque personnelle. Quelques mois ont passé et le voilà donc atterri à la maison. Vous connaissez tous Jean Yanne, le beauf, le mal dégrossi, le vulgaire, le grossier, le râleur, le cynique, l'ironique, le "j'me fous de tout", le mal embouché, le vilain, le taquin, l'acteur qui jubile à faire des gens pas sympathiques : toutes ces images -et d'autres- lui collent à la peau, et il n'a rien fait pour s'en défaire. Au contraire. A chaque fois, il en a rajouté une louche. Mais bien sûr, c'est sa façade d'homme public, son personnage. Il prouve dans ce livre qu'il est drôle, extrêmement cultivé, qu'il écrit vachement bien, et qu'il a un don pour trouver la réplique qui fait mouche. Il remet une petite couche de mauvaise foi, de beaufitude, de misogynie, de misanthropie et qu'est-ce qu'on se marre ! Des exemples ? Je sens que vous piaffez. Allez, je vais être bon, je vais vous en mettre quelques uns, dont un premier qui aurait pu aller dans la bouche d'Eva Joly récemment :

"- Les institutions, les rites, les traditions... vraiment pas pour moi, j'ai beau me forcer, le 14 juillet, ça n'évoque rien... Noël non plus, la République, la patrie, le sens du devoir. Toutes ces conneries n'évoquent absolument rien pour moi.

- Alors, à quoi êtes-vous sensible ?

- Au camembert." (p.15)

"Le vocabulaire évolue. A travers la presse en particulier. Aujourd'hui, un avion ne "s'écrase" plus, il "s'abîme". A ce rythme-là, les morts s'en sortiront bientôt avec seulement quelques égratignures." (p.59)

"Le Viagra, ils devraient le faire prendre en suppositoire, ça doublerait le plaisir de certains." (p.60)

Attaché à la bonne bouffe et au plaisir en général, je ne suis pas sûr qu'il appréciait les hamburgers :

"Je serais à la place des agriculteurs qui déposent du fumier devant les McDo, je me méfierais parce que les gérants vont finir par croire qu'il s'agit d'une livraison." (p.70)

Misogyne je disais plus haut, mais pas que :

"Vivre en couple : je ne vois pas pourquoi je sacrifierais l'admiration de milliers de femmes au sens critique d'une seule." (p.113)

"-Jean, vous auriez aimé être une femme ?

- Oui.

- Pourquoi ?

- Déjà, parce que ça m'aurait évité d'en avoir une." (p.114)

" Il ne m'est jamais venu à l'esprit de traiter les femmes comme mes égales. Quelle femme aimerait être traitée comme l'égale d'un gros barbu, vieux et soupe au lait ?" (p.115)

Mais Jean Yanne n'a pas écrit que ces aphorismes, ces blagues ; il a aussi écrit des chansons, des textes, notamment des contes, drôles, cruels et loufoques que je ne me risquerais pas à lire à de très jeunes têtes blondes ou brunes ou rousses ou auburn ou ... autres avant de les endormir. Il a été bien sûr acteur et réalisateur.

Je pourrais vous citer encore plein de passages, des petites phrases, des extraits de textes -sa version du Petit Poucet vaut le détour- mais le mieux, c'est d'aller feuilleter ou carrément lire ce gros livre de 495 pages qui se picorent comme ça entre deux lectures différentes. Une petite dernière -que j'affectionne particulièrement- pour la route, idéale pour les sujets aux maux des transports, dont je suis :

"Les rares fois où j'ai pris un bateau, j'ai exigé qu'on ne me serve à manger que de jolies choses. Parce que j'étais sûr de les revoir rapidement." (p.128)

Jean Yanne (1933-2003)

 

rire-copie

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