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chroniques

Livre sans photographies

Publié le par Yv

Livre sans photographies, Sergueï Chargounov, La Différence, 2015, (traduit par Julia Chardavoine), dessins de Vadim Korniloff...

Sergueï Chargounov est né à Moscou en 1980. Fils de pope, il vivra les début de la perestroïka, encore enfant, puis la chute du Mur de Berlin et le délitement de l'URSS. Anticommuniste, il ne fera pas partie des "enfants d'octobre" qui portent la cravate rouge, il se tourne vers le journalisme et l'écriture ainsi que vers la politique. Il tentera même d'être élu député à la tête d'un mouvement de jeunes révoltés qu'il crée, mais brisé par les répressions du gouvernement de Poutine, il est contraint d'abandonner. Il part alors sur les routes de la Russie oubliée, mais aussi couvrir les conflits Tchétchènes et Ossètes.

Sergueï Chargounov est lié à Zakhar Prilepine : ils sont tous les deux opposants de Poutine, et écrivent dans le même journal en ligne. Ils sont également tous deux écrivains. Mais là ou Zakhar Prilepine est direct voire parfois violent dans ses propos, Sergueï Chargounov est beaucoup plus calme. Il dénonce lui aussi les méthodes du président russe actuel, mais de manière moins directe, néanmoins, les concernés comprennent puisqu'ils le menacent au point qu'il ne peut se présenter aux élections et qu'il a ensuite du mal à trouver du travail en tant que journaliste, son nom étant mis sur liste noire.

Je dois dire que la première partie sur l'enfance de Sergueï m'a paru un peu longue. Pas inintéressant, non, un fils de pope au temps du communisme et de la perestroïka, ce n'est pas banal, mais ça traîne un peu en longueur. Ce livre est une suite de chroniques ou de nouvelles qui se suivent chronologiquement et lorsque Sergueï commence à parler de sa famille élargie, sa grand-mère et son oncle Kolia Bolbass, je recolle au récit, tellement ces personnes ont marqué l'écrivain. Et puis, ensuite, c'est l'entrée en politique et la répression, la maladie de son fils et les guerres qu'il couvrira en tant que journaliste. Tout cela se mêle comme dans sa vie, tout arrive en même temps. Je disais que la première partie m'avait paru longue, en fait le style de S. Chargounov ne s'imprimait pas en moi, sans doute parce que je m'attendais à plus fort, un peu comme Z. Prilepine. Il m'a fallu persévérer (merci Colette) pour comprendre que Sergueï Chargounov, tout en dénonçant les mêmes choses, le faisait sur un autre mode, celui de la confession : son livre est plus intime, plus doux, plus apaisé (bon, d'accord moins que Z. Prilepine, c'est compliqué). Au final, ils se complètent parfaitement et en lisant les deux, on comprendra mieux la Russie de maintenant, non pas celle que nous avons en tête, l'âme slave et tout ce qui va avec, le souffle de l'aventure, les grands espaces, les héros de littérature, ... Non, celle des petites gens abandonnées par le pouvoir, celle des coins les plus reculés à la fois éloignés des conflits des puissants de la capitale mais très au courant quand même, celle des gens qui doivent se battre pour vivre, plus parfois qu'au temps de l'URSS. Finalement tout a changé dans ce pays : la doctrine, le libéralisme a remplacé le communisme les dirigeants - encore que V. Poutine était du KGB, ..., mais rien n'a changé : les puissants sont toujours autoritaires et leurs amis bénéficient d'avantages alors que leurs opposants doivent faire profil bas sous peine de sanctions et d'intimidations.

Belle idée de la part des éditions de La Différence que de traduire ces deux écrivains russes qui parlent de la vie quotidienne en Russie et de les publier tous les deux.

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Mille et un morceaux

Publié le par Yv

Mille et un morceaux, Jean-Michel Ribes, L'iconoclaste, 2015..... 

Jean-Michel Ribes, écrivain, metteur en scène, cinéaste bien connu est aussi directeur du Théâtre du Rond-Point à Paris depuis 2002. Réalisateur de Brèves de comptoir ou de Musée haut, musée bas, il est aussi celui des séries télévisées cultes -et pour une fois le mot n'est pas galvaudé- Merci Bernard et Palace. Plutôt que de se livrer à l'exercice de l'autobiographie, JM Ribes livre ici des anecdotes, des morceaux de sa vie : ses amitiés, ses inimitiés, ses amours, ses passions, ses créations. On y croise du beau monde et du moins beau, certains sont égratignés, mais tout est dit avec humour et une forme de bienveillance, d'admiration pour tous les gens croisés, même ceux avec qui le courant n'est pas passé.

Ce qui est très fort avec ce livre, c'est que je l'a pris par curiosité sur la liste de la Librairie Dialogues, dans le cadre de Dialogues croisés et qu'à peine commencé, j'ai eu du mal à le quitter. J'aime bien Jean-Michel Ribes, ce que je connais de lui, son humour et une partie des acteurs qu'il a fait jouer, Philippe Khorsand et Roland Blanche en tête ; mais il a tourné avec tellement de gens différents que la liste serait trop longue à citer ici. Donc je l'aime bien mais je ne l'avais jamais lu, et là je dois dire que sans être surpris je tombe sur des textes de différentes longueurs très bien tournés. Il a l'art de raconter ses histoires, de nous y intéresser même si nos mondes sont totalement différents : l'histoire de l'huissier qui déboule chez Topor lui réclamer une somme colossale et qui demande à assister aux séances d'écriture entre Topor et Ribes est à tomber (p.27), celle du déjeuner avec Raymond Queneau et son épouse (p.78/80) est un pur bijou de drôlerie et d'inconvenance... il y en a plein d'autres, des drôles, des légères, des tendres, des tristes, des vachardes (notamment pour le ministre de la culture F. Mitterrand, couard devant les manifestations des catholiques ultra conservateurs de Civitas contre la pièce Golgota Picnic qui se jouait au théâtre du Rond-Point).

Certaines histoires prennent le temps de s'installer, d'autres sont courtes. Les paragraphes sur les acteurs ou les personnes que l'auteur aime sont souvent courts, directs et sans emphase.

Il use aussi de l'aphorisme : "La pensée vient en pensant, le calcul en calculant, la vie en vivant, l'amour... pas toujours." (p.57) ou de toutes petites scènes :

"Dieu n'a pas d'existence, c'est l'existence." Phrase de Beatrix Beck entendue à dix-huit heures à la radio dans ma voiture le 19 avril 1993 place de l'opéra. Elle me transperce. Je reste pensif. Je brûle un feu rouge. Trois cent cinquante francs d'amende. Trop cher, je continue d'être athée." (p.211)

Au fil des pages que l'on lit sans se rendre compte que le livre est épais, on arrive très aisément à la fin, on croise des auteurs, des acteurs, des cinéastes, des metteurs en scène, des peintres, Gérard Garouste ami d'enfance -qui écrit aussi et que je veux absolument lire on m'en a dit tellement de bien- de JM Ribes ou Jean Cortot -que je ne connaissais pas, beau-père de l'auteur, dont l'œuvre, enfin ce que j'en ai vu en allant fureter sur Internet me plaît beaucoup, le genre de tableaux dont on ne peut se lasser de regarder, des hommes et des femmes moins connus aux postes pourtant indispensables pour faire tourner un théâtre.

Un bel hommage à toutes les rencontres qui ont nourri Jean-Michel, les bonnes comme les moins bonnes. Se dégage de ce livre une forme de sagesse qui pourrait se résumer par : "profite de tous les instants !"

Mille et un morceaux

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De gauche, jeune et méchant

Publié le par Yv

De gauche, jeune et méchant, Zakhar Prilepine, La Différence, 2015 (traduit par Marie-Hélène Corréard et Monique Slodzian).., 

Zakhar Prilepine est l'un des intellectuels protestataires russes les plus actifs. Membre du Parti National-Bolchévique, il écrit régulièrement des chroniques sur ses craintes, ses doutes, sur la société russe qu'il sent partir à vau-l'eau. Il parle aussi de sa vie, de sa femme et de leurs quatre enfants, de leur vie quotidienne pas facile dans ce pays. Découvert en France avec Je viens de Russie, il récidive avec ses chroniques dures, sans concession, mais aussi tendres et volontaires. Zakhar Prilepine, avant d'être écrivain fut soldat, combattit en Tchétchénie, puis fut membre des forces spéciales. Il est aussi connu et récompensé en Russie en tant que romancier, notamment pour son roman Patologii qui raconte sa guerre de Tchétchénie.

On peut sans doute reprocher beaucoup de choses à Zakhar Prilepine, j'y reviendrai plus tard, mais ce qui est sûr c'est qu'il est franc, direct, cru et parfois brutal, et ça c'est plutôt un compliment. Sa langue est sans fioriture et un chat est appelé un chat. Son opposition au pouvoir russe actuel est permanente, argumentée et virulente. Il n'est pas nostalgique de la période URSS -comment pourrait-on regretter les temps staliniens ?- mais il remarque que depuis la perestroïka de Gorbatchev débutée en 1985, et plus particulièrement depuis 1989 et l'effondrement de l'empire soviétique, les Russes vivent moins bien : "Nous nous en souvenons et comment ! Nous n'étions pas bien loin, nous y avons goûté, même que nous en avons gardé un arrière-goût dans la bouche. Ce sont pendant ces années où, pour la première fois après plusieurs décennies, on a vu des centaines de milliers de vieilles gens jetés à la rue faire la manche dans les passages, tandis que des centaines de milliers d'autres retraités défilaient dans les rues en maudissant les "démocrates", en tapant sur des casseroles." (p.163) Certains vivent mieux, les plus riches sont toujours plus riches mais les plus pauvres plus pauvres. Cette ouverture sur l'Occident a chamboulé la société russe, la mondialisation l'a frappée de plein fouet et a laissé beaucoup d'habitants sur le bord de la route. Zakhar Prilepine aimerait revenir à une société plus juste, plus humaine, basée sur les relations entre hommes et non pas sur le profit pour quelques uns, c'est son engagement à gauche, au Parti National-Bolchevique. Je partage largement son avis sur cette question, là où je ne le suis plus c'est sur son nationalisme qui me gène beaucoup : opposer sans cesse les Russes aux Européens, plus ceci ou moins cela, ne me sied point. Il semble oublier ou ne pas savoir qu'en Europe, des voix s'élèvent comme la sienne, mais avec la chance d'avoir des chefs d'état plus démocrates que V. Poutine (moins c'est compliqué). Je n'aime pas le nationalisme en général qu'il soit de France ou d'ailleurs. Je suis heureux d'être français, je suis persuadé que c'est une énorme chance, mais je n'en tire aucune fierté particulière et il ne me viendrait pas à l'esprit, pour attiser l'orgueil national de tirer sur d'autres nationalités. Il me semble que c'est un mauvais calcul, on doit pouvoir faire changer les choses sans se monter les uns contre les autres, sans se construire en opposition.

Autre point qui me dérange, c'est le vieux schéma qu'il a en tête entre les hommes et les femmes. Je ne l'accuse pas de machisme, bien au contraire, il a une profonde admiration pour les femmes et sait le vrai rôle qu'elles tiennent tant dans la famille que dans la société, mais il reste avec l'idée que l'homme doit être fort, viril et évidemment pas efféminé (mais aucune trace d'homophobie dans ses propos).

Il sait se faite tendre lorsqu'il parle de sa famille, Les trois âges de la vie d'un homme est une chronique poétique et très bien vue sur l'éducation des enfants, tout à fait en phase avec ce que j'en pense et ce que j'essaie de faire à la maison. Beaucoup d'autres points qu'il aborde méritent attention et réflexion à laquelle il participe en donnant son point de vue.

Bref, je ne suis pas toutes les idées de Zakhar Prilepine mais, j'en conseille très fortement la lecture, pour voir une autre facette de la Russie que l'on croit trop souvent soumise à son président, pour lire des textes forts bien troussés, bourrés de références russes -expliquées en bas des pages- qui tirent sur tout le monde et dressent le portrait d'une société russe qui va mal, et sans doute plus globalement d'une société mondiale qui ne se porte pas mieux.

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L'autofictif au petit pois

Publié le par Yv

L'autofictif au petit pois, Éric Chevillard, L'arbre vengeur, 2015....

Éric Chevillard est écrivain, publié notamment chez Minuit, j'ai lu et aimé de lui La nébuleuse du crabe. Il tient aussi quotidiennement un blog, L'autofictif, dans lequel il écrit des pensées, des aphorismes, des digressions, des mini-dialogues avec ses filles Suzie et Agathe, ... Je vais le lire de temps en temps, mais la plupart du temps, j'oublie. La bonne idée fut donc de publier son journal. C'est L'arbre vengeur qui s'en charge. L'autofictif au petit pois est le septième tome, paru au tout début de cette année.

C'est typiquement le genre de livre qu'on ouvre, referme et ré-ouvre de temps en temps ou régulièrement. Je l'avais un peu oublié depuis quatre ou cinq mois lorsque je l'ai retrouvé au fur et à mesure que je réduisais la pile de livres sur ma table de chevet. Ah chouette, me suis-je dit. Et là, je me suis aperçu que j'en avais lu la moitié, et annoté une grande partie. J'ai repris où je m'étais arrêté, tranquillement.

Éric Chevillard, c'est d'abord une belle écriture mais aussi un esprit un rien barré. Dans son Autofictif, il est drôle, méchant gratuitement -ça c'est pour les gens qu'il n'aime pas mais que j'aime bien-, méchant et bien vu -ça c'est pour les gens qu'on n'aime ni lui ni moi-, agaçant, philosophique, anecdotique, poétique, familial, pas terrible, vachement bien, absurde, ubuesque, littéraire, exigeant, facile, vain, utile, vache, ... Du Chevillard quoi. Très doué, qui ne peut laisser indifférent, parfois imbu, sûr de sa qualité et élitiste, ce qui peut parfois ressembler à une posture. En quelques occasions, il me fait penser à Desproges, cet élitisme et cette méchanceté drôle, lui qui, par exemple pleurait "comme un môme" à la mort de Brassens "Alors que -c'est curieux-, le jour de la mort de Tino Rossi [il reprenait] deux fois des moules."

Le mieux est de finir avec quelques extraits parmi les très nombreux que j'ai relevés, tiens, le premier je le garde sous la main au cas où j'ouvrirais un livre vraiment mauvais :

"Il a certes consacré deux ans à l'écriture de ce livre. Mais la bouse aussi est le produit d'une longue et lente rumination" (p.148)

"Pris d'une audace inhabituelle, j'osai cette fois aborder la jeune femme sublime qui passait dans la rue : "- Si vous saviez, Mademoiselle, comme vous seriez plus charmante encore si vous n'étiez pas lestée comiquement de ce pignouf un peu gras pendu à votre bras." Or, à mon grand étonnement, ce conseil de beauté désintéressé, offert sans autre espoir de récompense qu'un baiser appuyé et un doigt dans le cul, ne fut pas reçu avec la reconnaissance que j'étais en droit d'attendre et je me retrouvai sans bien comprendre comment allongé sur le trottoir avec la lèvre fendue." (p.11)

"Ce qu'il ne faut pas faire pour avoir la chance d'étreindre de belles femmes lorsqu'on est affligé d'un physique ingrat ! Je connais au moins deux types dans ce cas qui n'ont pas eu d'autre choix que d'accéder à la fonction suprême de Président d'une république que je préfère ne pas nommer par respect pour la vie privée de sa population." (p.87)

Et pour finir en beauté et intelligence, voici sans doute deux de mes préférées concernant deux grands pour qui j'ai une admiration profonde :

"La musique porte des émotions simples, l'exaltation, la mélancolie, la douleur, la colère, la joie - mais une musique perplexe ? une musique ironique ? une musique au second degré ? C'est la grande originalité de Satie : alors que les écrivains se flattent tous d'écrire des pages musicales, il est l'inventeur d'une musique que l'on peut sans abus qualifier de littéraire." (p.119)

"Quant au noir de Pierre Soulages, Sétois lui-même (on se comprend), voici le rideau tombé enfin sur la débauche des formes et l'orgie des couleurs -nous jouissons du calme revenu dans le musée éteint, et pourtant il ne s'agit nullement d'un retour à la niaise candeur de la toile blanche : cette nuit est hantée par les scènes et les figures de tous les tableaux qui nous reviennent avec la précision du rêve (ou du cauchemar)" (p.119/120)

 

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Encore des nouilles

Publié le par Yv

Encore des nouilles, Pierre Desproges, Ed. Les échappés, 2014.....

En 1984, et pour une saison, parfois au grand dam de ses lecteurs bourgeois de Province et d'ailleurs, Pierre Desproges écrivit une chronique culinaire dans Cuisine et vins de France. Ce sont ces chroniques qui sont ici illustrées par Cabu, Catherine, Charb, Luz, Riss, Tignous et Wolinski, et éditées par les éditions Les échappées, autrement dit, Charlie Hebdo auquel collabora également le susdit accusé Desproges ! 

Bon, alors, l'autre jour, je vais à ma librairie préférée pour commander Les chiens de l'aube et un livre d'Isabelle Filliozat -Il me cherche, version 6/11 ans, pour ne rien vous cacher-, je baguenaude autour des tables, je regarde les présentoirs, et lorsque la cliente précédente a fini je m'avance près de la caisse discuter un peu avec la libraire et passer ma commande. Ceci fait, je me retourne, et, mais qu'est-ce donc ? Un livre de Pierre Desproges ? Que je n'ai pas ? Mon sang de fan desprogien ne fait pas deux ni trois mais un seul tour et je m'empare dudit bouquin, que je paye évidemment avant de quitter les lieux pour savourer la plume de l'auteur.

On a beau dire, un livre, c'est quand même mieux qu'un e-book, comme un bon cassoulet, c'est mieux qu'une boîte. Là, j'aurais pu mettre un point d'exclamation, mais j'hésite lorsque je lis ce que pensait P. Desproges de cette ponctuation :"C'est pourquoi je fous tout à coup des points d'exclamation partout alors que, généralement, j'évite ce genre de ponctuation facile dont le dessin bital et monocouille ne peut que heurter la pudeur." (p.77) D'abord celui-ci il sent bon -pas le dessin monocouille hein, non le livre bien sûr-, comme certaines BD, ça doit être dû aux dessins, et puis sentir bon quand on parle de bouffe, c'est mieux, ça met en appétit. Ensuite, le bouquin est beau, la couverture, mais aussi la tranche -toujours la bouffe-, car entre chaque chronique est insérée une citation de P. Desproges imprimée sur feuilles de couleurs différentes, donc quand on regarde la tranche du livre, on y voit un arc-en-ciel. Et enfin, j'aurais la possibilité de le mettre dans ma bibliothèque, de le reprendre quand je veux, de le montrer même avec ses dessins drôles qui illustrent parfaitement les textes et de lire à voix haute des extraits pour faire rire la galerie, car nul doute qu'elle rira la galerie, sinon, eh bien elle ne reviendra pas, c'est pas que je sois autoritaire, mais ne pas aimer Pierre Desproges quand même, ça ne se fait pas. Pas chez moi.

Desproges a dit des horreurs, des trucs qu'on ne pourrait plus dire aujourd'hui, sur tout le monde, on le taxerait aujourd'hui d'antisémite, de raciste, de sexiste ou phallocrate voire carrément de misanthrope, de mec de droite, de mec de gauche tant il aimait taper sur les un(e)s et sur les autres, d'anti cancer, d'anti connerie, d'anti tout en fait, mais il était d'abord quelqu'un qui aimait et respectait la langue française, prêt à tout pour un bon mot, une belle tournure : "Aussi incongrue qu'une rosée des sables à Verkhoïansk, cette morne pluie de Nord tombait aussi sur le port d'Ibiza. Après des mois de soleil blanc, emportant aux égouts le sable salé dont la fine poussière enrobait les figuiers. A la terrasse du Mar y Sol où la jeunesse dorée d'argent, dorée de peau, s'encamomille au crépuscule, trois Scandinaves longues de cuisses grelottaient sidérées, chair-de-poulées de fesses dans la ficelle à cul qui tient lieu d'uniforme sous ces climats dépouillés. Et de vent, point." (p. 23/24) 

Peut-être pas récent comme humour, mais pas daté ! Et comme je le disais récemment (ici), je préfère taper dans les vieux pots pour rire un bon coup.

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Monsieur et madame ont un fils...

Publié le par Yv

Monsieur et madame ont un fils..., Arnaud Demanche et Stéphane Rose, Éd. La Musardine, 2014

 

On connaît tous les blagues Monsieur et madame ont un fils (ou une fille), comment s'appelle-t-il (elle) ? D'ailleurs sur la couverture, vous pouvez lire l'un des plus connus. Arnaud Demanche (non, je ne dirai rien sur son nom même s'il travaille pour La Musardine et qu'il s'est bien marré à faire des jeux de mots avec des noms et des prénoms) et Stéphane Rose s'amusent à en trouver de nouveaux, spécial sexe, bien sûr, d'abord parce que nous sommes à La Musardine et ensuite, parce qu'il ne faut jouer les prudes, ce sont ceux qui font le plus rire.

 

Dans ce livre qui se lit, se feuillette, se relit et se re-feuillette parce que si vous êtes comme moi, une blague qu'on me raconte est parfois très vite oubliée, il y a  :

- les inévitables : "Monsieur et madame Peticou-Vitefay ont un fils. Commente s'appelle-t-il ? Justin" (p.38),

 - les "qui pourraient exister" : "Monsieur et madame Couvert ont une fille, comment s'appelle--t-elle , Armelle (p.11),

- celles qui me plaisent le plus, les familles aux noms totalement impossibles, je vous les fais courtes :

- "Monsieur  et madame Nouhavan-Debaiser (une fille) ? Marion

- Monsieur et madame Préservatifé-Illakraké (un fils) ? Jean-Philémon

- Monsieur et madame Lapran-Chuimorte (un fils et une fille ) ? Simon, Marie"

Voilà donc un petit recueil qui nous fera briller en dîners avec des blagues potaches, drôles, j'ai beaucoup ri. Il y a aussi des affiches de films avec noms des réalisateurs et des acteurs, des lettres. On sent que les deux auteurs se sont fait plaisir. 

Un bouquin au format qui se glisse dans les poches pour réviser avant de descendre de la voiture et d'arriver en soirée. 

Je ne suis pas spécialiste du genre, mais il y a deux Monsieur/ Madame que je connais depuis longtemps et que j'ai retenus et qui en plus me font toujours rire, et qui ne sont pas dans le bouquin, c'est bête je sais, mais que voulez-vous, à mon âge, on ne se refait plus comme on dit. L'une des deux n'est pas spécial cul, l'autre un peu :

- Monsieur et madame Avecsameule ont un fils. Comment s'appelle-t-il ? Alphonse

- Monsieur et Madame Q ont un fils. Comment s'appelle-t-il ? Paulo.

Voilà pour ma contribution, minime, mais j'espère qu'elle vous fera au moins sourire.

Ah, j'oubliais, la meilleure du livre : 

"Monsieur et madame Strauss-Kahn ont un fils. Comment s'appelle-t-il ? Dominique" (p.52). (Évidemment !)

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Trop

Publié le par Yv

Trop, Jean-Louis Fournier,  Ed. La différence, 2014…,

C’est trop. Une expression courante désormais. C’est trop bien, c’est trop beau, c’est trop bon, … Et le "trop" perd de son sens. Le trop c’est l’indigestion, le choix démultiplié, la surabondance, la surenchère,… Jean-Louis Fournier dresse une carte de ses "trop" : beurre, tableaux, yaourts, médicaments, journaux, radios, savons, livres, …

Jean-Louis Fournier, ex-complice de Pierre Desproges, connu pour ses livres drôles ou tendres ou durs, Où on va papa ?, La servante du Seigneur, Il a jamais tué personne mon papa, entre autres. Il est très fort pour les petits textes, ceux qui font mouche en peu de signes, parfois légers, d’autres fois beaucoup moins, toujours avec de l’humour, noir, de désespoir, ironique, décapant, …

Trop, c’est le livre contre la surconsommation de  tout poil. Celle qui nous fait acheter des yaourts à tous les goûts et à tous les coups, des appareils de plus en plus petits  et  puissants dont on n’utilisera même pas le quart du tiers des capacités. D’un homme qui lui parle de ses clefs USB sur lesquelles il peut mettre 8 000 livres, 2 000 chansons et 1 400 films, et qu’il emporte en vacances, JL Fournier constate : "J’ai fait un petit calcul : finalement, pour la semaine, ça ne lui fait que 1142 livres à lire par jour, 285 chansons à écouter par jour et 200 films à voir par jour." (p.26) Tout est sujet à consommation à outrance, les denrées alimentaires, les produits de beauté, la culture, les 17 000 places du Palais Omnisports de Paris Bercy qui sont de la démesure telle qu’on regarde les artistes sur les écrans géants, les 600 livres de la rentrée littéraire qui se musellent les uns les autres, les plus de 200 chaînes de télévision pour ceux qui ont des bouquets satellites, …

J’aime quasiment tout dans ce bouquin, je suis en phase totale avec JL Fournier au risque de passer pour des vieux cons ou pour des apôtres –moi, un anticlérical convaincu !- de la décroissance. On marche complètement sur la tête, et malgré ma volonté de ne pas exagérer, de faire attention, comme tout le monde je consomme voire surconsomme, je me crée des besoins  dont je ne peux plus me dépêtrer.

Avec son style très personnel entre humour, tendresse, ironie et vacherie, JL Fournier sait me parler directement, ses chroniques sont justes, certaines carrément exactement ce que je pense, notamment "Trop d’infos" : "Les stations de radio et les journaux bégayent. Toute la journée, ils répètent les mêmes informations. "Le public a besoin d’être informé", prétendent les journalistes. Je n’ai pas envie de tout savoir. Pas envie d’être déformé." (p. 49). Et plusieurs autres, mais je ne peux pas tout citer.

D’autres sont légères, ou commencent légèrement, construites un peu comme un poème de Jacques Prévert : "Chaque quart de seconde sur la terre, une femme met un enfant au monde. Il faut absolument la retrouver pour lui dire qu’elle arrête." (p. 139) ou celle intitulée "Trop de beautés" et qui met en scène le prince qui ne sait laquelle de ses 400 femmes choisir.

Enfin, tout cela pour dire que le dernier JL Fournier vient de sortir et qu’il est bon. Que dis-je ? Il est trop !

 

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Je viens de Russie

Publié le par Yv

Je viens de Russie, Zakhar Prilepine, Ed. de La Différence, 2014 (traduit par Marie-Hélène Corréard)...

Zakhar Prilepine est né en 1975. Ancien soldat qui a combattu en Tchétchénie, il a par la suite exercé divers métiers avant d'écrire et d'obtenir des prix pour ses romans très remarqués. Ce livre, Je viens de Russie est un recueil de chroniques nées de ses colères, ses émotions, ses désirs. Zakhar Prilepine est un des intellectuels protestataires les plus célèbres de Russie, membre du Parti National-Bolchevique, comme on a pu le lire dans l'essai Les enragés de la jeune littérature russe dont j'ai parlé récemment.

Ces chroniques écrites en 1999 et 2011 sont de diverses longueurs, d'intérêt varié et de compréhension plus ou moins évidente. Ce sont des articles politiques, Zakhar Prilepine est très engagé contre le régime actuel, contre les libéraux et l'ouverture au capitalisme sans garde-fou, sociétales, sociales, littéraires, selon les humeurs et les envies de l'écrivain. Elles ont toutes en commun de parler de la Russie d'aujourd'hui, parfois sur un mode revendicatif, parfois en parlant de l'histoire de ce pays et de ses habitants pour mieux tenter d'expliquer les raisons pour lesquelles selon lui, le capitalisme sauvage de ces vingt dernières années ne fonctionne pas. Z. Prilepine ne prétend pas avoir raison, il prétend avoir des opinions, des avis ni plus légitimes ni moins que les avis des gouvernants actuels, et souhaite les exprimer sans crainte pour lui ou pour les siens. Car en Russie, il ne fait pas bon être contre V. Poutine : contrôles fréquents, intimidations pour les actes les plus insignifiants.

Ces chroniques sont un excellent moyen de se faire une idée non passée par le filtre des médias et politiques occidentaux : on est avec quelqu'un de l'intérieur, comme disait Francis Cabrel qui n'a rien -enfin peut-être m'avancé-je- de russe mais c'était juste pour montrer l'étendue de ma connaissance en matière de chanson française ! Z. Prilepine vit en Russie avec femme et enfants, il participe à la vie littéraire, intellectuelle, politique de ce pays qu'il aime tant, au point parfois de virer carrément nationaliste, et là, j'avoue que je coince un peu ; bon, du chauvinisme, pourquoi pas, on aime bien dire du bien de son pays quand il le mérite, mais dans quelques chroniques je trouve qu'il va un peu loin. Ceci étant, la Russie a été tellement décriée que tenter de la rétablir aux yeux de tous est une tâche quotidienne à laquelle s'emploie aisément l'auteur. Il reste fidèle à ses idées qui sont de ne pas jeter tout le passé de son pays avec Staline et ses millions de morts.

Dans ses écrits, il n'est pas tendre, ni avec Gorbatchev ou Eltsine que nous voyons en Occident comme les précurseurs de l'ouverture du pays à la liberté, ni avec V. Poutine, ni avec les apparatchiks du pouvoir actuel ou les courtisans. Il peut cependant l'être dès qu'il parle de sa vie d'enfant, de sa bien-aimée et de ses enfants et de son pays, de sa culture. C'est un livre instructif, parfois excessif qui me renvoie une image assez fidèle de celle que j'avais avant du peuple russe : "Je raconte qu'il existe un mythe sur l'attirance intime des Russes pour une main de fer, le despotisme et la tyrannie. Mais que les Russes se rappellent et n'apprécient pas moins la clémence de leurs dirigeants que n'importe laquelle de leurs décisions autoritaires." (p.81) Un mythe qui n'en est pas vraiment un, comme il le montre dans ces textes : son peuple aime avoir à sa tête des hommes forts, puissants qui savent montrer qu'ils ont de l'audace et qu'ils n'ont pas peur, il aime aussi les voir humains, et c'est sur ce paradoxe que Vladimir Poutine forge sa stature et son pouvoir qu'il n'est manifestement pas prêt de perdre au vu des derniers événements en Crimée particulièrement et plus largement en Ukraine.

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Nouveaux jeux intéressants

Publié le par Yv

Nouveaux jeux intéressants, Georges Perec, Zulma, 2014.....

"Mots-croisés ou carrés, rébus, problèmes logiques, anagrammes et autres jeux de lettres... Il a tout imaginé, Georges Perec ! Car le jeu lui était métaphore, et l'écriture un jeu qui se joue à deux." (extrait de la 4ème de couverture) 

J'en vois qui se disent ah la la, il n'a rien à présenter Yv, il nous a déjà fait le coup du cahier de vacances pour adultes et des énigmes et maintenant le voilà avec un autre livre de jeux ! Alors, d'abord, je dis que je fais ce que je veux sur mon blog, non mais. Ensuite, je dis d'accord mais... Mais parce que là, je présente quand même des jeux imaginés par Georges Perec himself-lui-même ! Et publiés chez Zulma -qui publient également les mots-croisés d'un très grand, Michel Laclos (décédé l'an dernier). A propos de M. Laclos, je m'amusais beaucoup lorsque mes parents prenaient le journal avec le programme télé à faire sa grande grille hebdomadaire (que mes parents me gardaient spécialement), mais ma maman y a pris goût et est devenue experte en l'art du cruciverbiste célèbre ; ça me fait penser que je me referais bien quelques grilles de M. Laclos !

Bon revenons à nos jeux perecquiens, qui, de fait le sont mais pas seulement puisqu'ils étaient conjointement imaginés par Jacques Bens qui les présente dans ce recueil et répond aux questions de Bernard Magné dans la préface sur la méthode de travail adaptée par lui et Perec.

Ce sont des jeux et énigmes destinés plutôt aux jeunes mais qui raviront nos esprits ralentis et embrumés par un long hiver ; tiens, un des premiers, pas difficile, mais assez marrant dans son énoncé déjà :

"Un marchand de vélos, qui vend, non seulement des bicyclettes, mais aussi quelques tricycles, a la curieuse habitude, quand il fait son inventaire, de compter, non le nombre de ses véhicules, mais celui de ses selles et de ses roues. Il arrive ainsi à 77 selles et 168 roues. Combien a-t-il de bicyclettes et combien a-t-il de tricycles ?" (p.14) 

Il y a aussi des rébus, des jeux avec les nombres ou les chiffres, des jeux d'intrus, des suites logiques, des vrai/faux, et, ouf, les réponses sont en fin de volume... Certains sont parus de septembre 1981 à février 1982 dans la revue Jeune Afrique, d'autres sont inédits. En fait Bens et Perec avaient commencé les jeux pour la toute jeune revue (à l'époque) Ça m'intéresse.

A propos de jeux, une anagramme, connaissez-vous celle de "Jean-Pierre Pernaut" (entendu l'autre jour sur France Inter, mais je ne sais plus qui l'a énoncée, s'il se reconnaît, je le remercie pour cet emprunt) ? Non, c'est pourtant évident ! Voici la réponse.... -roulement de tambour-..... : "En rien préparé au JT". Je vous avais dit, é-vi-dent !

 

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