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chroniques

Le testament du bonheur

Publié le par Yv

Le testament du bonheur, Robert Colonna d'Istria, Éd. du Rocher, 2016...

Comme dit dans la préface, ce livre n'est ni un roman, ni un essai, ni du théâtre, ni de la poésie, encore moins un dictionnaire ou une encyclopédie, non rien de tout cela, ce livre est un recueil de critiques littéraires. Cinquante-deux critiques de livres réunies en un seul ouvrage. Avec une particularité : ces livres n'existent pas. Robert Colonna d'Istria écrit donc sur des livres eux-mêmes non-écrits, sur des auteurs inventés. Et l'idée finale qui clôt l'exercice en beauté : les lecteurs votent pour le livre qu'ils aimeraient lire et l'éditeur s'engage à le publier !

Bon, on ne va pas se mentir, l'idée est géniale du début à la fin. Je me suis pris au jeu dès le début, dès la préface, et pourtant d'habitude, les préfaces ce n'est pas mon truc -quoique avec l'âge, je les lis de plus en plus et y trouve souvent beaucoup d'intérêt.

Évidemment, les questions qui me taraudent c'est comment écrire une bonne chronique sur un livre, mais d'abord à quoi reconnaître un bon livre et qu'est-ce qu'un bon livre ? Pourquoi un écrivain prend-il la plume ? Qu'a-t-il à raconter qu'on ne sache déjà ? Comment le fait-il, avec élégance, style, originalité, avec pédanterie, en plagiant, ... ?

Pas mal d'humour et de détachement de la part de Robert Colonna d'Istria qui écrit donc sur ces cinquante-deux bouquins. Il joue avec les noms des auteurs qui semblent tous être -je n'en ai pas vérifié l'entièreté- des anagrammes de son propre nom, preuve s'il en fallait une qu'il est à la fois auteur et critique des ces œuvres pas encore nées. Il joue également avec le thème, comme cet auteur Don Isabel Torr-Catrion qui publie un guide des meilleurs restaurants... imaginaires, guide évidemment imaginaire lui aussi. Et qui est ce Bessaguet, personnage récurrent dont on ne connaît pas grand chose mais qui fait autorité dans pas mal de domaines ?

Loin d'être élitiste, son ouvrage s'adresse à tous et donne envie de découvrir certains des livres critiqués -que le vote sera dur ! Il commence très fort avec plusieurs qui me plaisent véritablement : Antonio Barlits-Records écrit des textes sur les grands auteurs qui finissent avec des mots inventés, des néologismes à peine compréhensibles mais qui apportent un rythme et du son. Ron-Aristote Binoclard reprend à son compte une anecdote racontée par Michel Déon pour en faire un roman. Orso Breton-Ti-Cardinal écrivain peu connu publie son journal finalement peu original mais d'une grande liberté. Tristan-Odilon Orbarec écrit lui sur l'attente, la contemplation pendant qu'Ariston Broint d'Arcole entreprend la biographie d'un homme de l'ombre, L'illustre Méconnu, de laquelle je tire cet extrait qui me ravit : "Être né à Romorantin n'est pas donné à tout le monde. C'est le premier cadeau que le personnage d'Ariston Broint d'Arcole reçut de ses parents. Il est né dans cette bourgade solognote, au quartier de la Tuilerie, le 11 novembre 1918 : la Première Guerre mondiale finissait, il commençait. Le reste de sa vie ne fut ainsi qu'une suite de bienheureux hasards. Certains ont le don d'être là au bon moment." (p.58).

Parfois cependant, il tombe dans certains travers qu'il décrit si bien : "Sous l'étiquette de "livre", il a réuni un fatras informe, désordonné, qu'il a dû estimer spirituel mais est en réalité lassant." (p.117). "Vaille que vaille on y trouve sa petite musique, monotone -au sens propre, qui joue toujours sur les mêmes tons-, comme un solo mélancolique, désuet et vaillant, qui parfois tourne sur lui-même..." (p.122) La critique est dure et sûrement trop pour le livre de Robert Colonna d'Istria qui a beaucoup de qualités et qui globalement m'a plu, mais certains passages, certaines chroniques sont longs et un brin répétitifs et reprendre ses propos -certes un peu forts- pour son bouquin me semblait si ce n'est original du moins logique.

Une petite remarque avant de finir tout à fait, les derniers paragraphes sont pour moi superflus, qui expliquent certaines choses que le lecteur comprend ou devine au long du texte et qu'il a même plaisir à comprendre et découvrir, se sentant hyper intelligent -enfin, là, je parle pour moi.

Il n'empêche que le livre de Robert Colonna d'Istria est à découvrir, il ne ressemble à rien de ce que j'ai lu jusqu'ici et ça me plaît bien. Et puis, la cerise sur le gâteau, c'est de pouvoir choisir un titre parmi les cinquante-deux qui sera publié. Sortir de la banalité des romans de la rentrée, c'est aussi à cela que sert cet ouvrage.

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Biographies non autorisées

Publié le par Yv

Biographies non autorisées, Jacques A Bertrand, Julliard, 2016...,

"La chronique est un art singulier. Pour ces «biographies», Jacques A. Bertrand s'est autorisé de sa seule fantaisie, poétique et drôle. Celles de Dieu ou de Lucifer, pour lesquels il éprouve une égale sympathie, celle de lui-même dont il doute de l'existence. Celles de la Vague, du Clown, de la Larme ou du Cheval exceptionnel. Sans oublier la Première Épouse, le Temps, la Joie, le Destin... Ni la Fumée, dont les fumeurs de cigarillos, mais aussi les grands prêtres, les politiques, M. et Mme Tout-le-monde, se servent volontiers comme d'un écran. Car tout a une histoire – qui se passe d'«autorisation»." (éditeur)

Comme je n'aurais pas mieux dit, eh bien je reproduis, enfin, c'est surtout parce que ce n'est pas facile de faire un résumé d'un livre de chroniques... J'aime les livres de Jacques A. Bertrand depuis que je l'ai découvert il y a vingt ans avec son très beau Le pas du loup qui racontait les moments suivant le décès de sa maman et j'avais apprécié la délicatesse de l'auteur. Depuis, je l'ai relu plus ou moins fréquemment, pas toujours chroniqué soit parce que le blog n'était pas ouvert, soit parce qu'au début, je ne parlais pas forcément de tous les livres que je lisais. Néanmoins, j'ai écrit sur J'aime pas les autres.

Biographies non autorisées est évidemment un moyen détourné de parler des autres et de lui-même, de son rapport à la vie, à l'amour, à la mort et à l'humour qui sauve -presque- de tout, de prendre soi-même ou la vie trop au sérieux, et qui par une pirouette permet de se sortir de toutes les situations , : "Le clown est un gentleman. Roger Nimier affirmait un jour à Antoine Blondin que, dans certaines circonstances, l'homme élégant se devait de porter un nez rouge. Rien n'est plus vrai. Nous en avons toujours un dans notre poche. Chacun de nous a sa douleur secrète. Le port du nez rouge est fortement conseillé. Avec une larme d'élégance." (p.120)

Chez Jacques A. Bertrand tout est élégance et légèreté qui cachent la gravité et la profondeur ; ce "nous" par lequel il se désigne pourrait être de la prétention, mais il est de la discrétion, une manière de rester incognito. Dans sa Biographie non autorisée de moi-même, il finit ainsi un paragraphe dans lequel il reconnaît ne pas aimer se mêler aux foules -et que je pourrais rependre à mon compte si je m'en souviens suffisamment longtemps : "Il n'est pas impossible que je sois un peu snob. Je ne suis personne, soit, mais je ne voudrais pas qu'on me prenne pour un autre." (p.85)

Une écriture malicieuse et joyeuse qui sait se faire mélancolique lorsqu'elle évoque justement la mélancolie, poétique ou onirique lorsqu'elle s'attarde sur l'araignée, Athéna ou la première vague, plus sérieuse lorsqu'elle parle des fondamentalistes dans une Biographie non autorisée de l'Homo Fundamentalis qui résonne fortement depuis les derniers attentats : "L'intégrisme n'est pas l'intégrité." (p.124), un auteur malin et érudit sans être pédant, des chapitres bourrés de références, enfin, bref, une lecture réjouissante.

L'art de la chronique n'est pas aisé, Jacques A. Bertrand le maîtrise parfaitement en y instillant beaucoup de lui, ce qui les rend particulièrement belles, joyeuses, enlevées, ... A déguster sans modération.

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Reconnaissances de dettes

Publié le par Yv

Reconnaissances de dettes, Fabrice Vigne, Le fond du tiroir, 2016.....

Un peu sur le modèle du Je me souviens de Georges Perec, Fabrice Vigne écrit un "Je dois à...". Une vingtaine d'années aura été nécessaire pour écrire, retoucher, faire lire, retoucher et retoucher encore puis finalement publier des chroniques personnelles, voire très personnelles, mais le personnel touche parfois à l'universel, au moins à un partage large, même si l'auteur est un type parfois étrange. Le livre est proposé en trois parties de cent paragraphes chacune : Reconnaissances de dettes, puis : Échéancier à tiroirs, nouvelles reconnaissances de dettes, et enfin : Pour solde de tout compte, dernières reconnaissances de dettes.

Le fond du tiroir est une mini maison d'édition pour ne pas dire micro voire même mini-micro, créée en 2008 par Fabrice Vigne himself, qui, à mon grand regret et au sien sûrement n'a jamais attiré si ce n'est les foules au moins assez d'acheteurs pour rentabiliser -quel vilain mot- les investissements utiles à la fabrication des bouquins. Le fond du tiroir met donc la clef sous la porte mais n'oublie pas avant de partir d'éditer un ultime ouvrage, celui qui, justement va chercher -à la faveur d'une demande estudiantine- dans les tiroirs des textes anciens lus, relus, retouchés, et reretouchés. A mon tour, bien modestement, je vais faire mon inventaire :

Je dois à Sylire d'avoir fait la connaissance de la plume de Fabrice Vigne et de l'avoir suivi en tant que lecteur dans son projet de maison d'édition.

Je dois à Fabrice Vigne d'avoir lu de bien belles pages publiées au fond du tiroir ou ailleurs.

Je dois au Fond du tiroir mes lectures les plus farfelues au moins sur la forme : j'ai monté moi-même mon livre : J'ai inauguré Ikea.

Je vais arrêter là ma tentative de coller au texte de Reconnaissances de dettes, je serai au mieux absolument pas original et au pire, ridicule.

C'est un livre très personnel et pourtant je me retrouve dans beaucoup de questionnements, d'angoisses, de situations, mais évidemment je n'ai pas le talent de l'auteur pour les écrire et sans doute pas le courage d'effectuer le travail de "recherche" en soi et sur soi et surtout pas celui de faire lire à mes proches et plus largement le récit de mes peurs, mes faiblesse voire mes hontes... Donc c'est un autre que moi qui s'y colle et tant mieux, je peux partager sans crainte.

Pour finir, je voulais dire surtout ma peine de voir s'arrêter la belle aventure du Fond du tiroir, mais également ma -grande- joie de tenir entre mes mains le numéro 1 des cinquante exemplaires de Reconnaissances de dettes, puisque j'en fus son premier souscripteur. Je voulais surtout vous dire combien, si vous n'avez pas eu le temps ou la curiosité ou même l'envie -je ne juge pas, chacun fait comme il veut et peut- d'aller sur le site de cette petite maison et de commander un -ou plusieurs- livres, vous êtes passés à côté de jolis ouvrages, originaux, toujours bien écrits, d'excellent qualité quoi... Mais peut-être si vous y allez maintenant, reste-t-il quelques exemplaires en vente ?

Cher Fabrice, au plaisir vous relire très prochainement, il fut très grand le mien de chroniquer vos œuvres fond-du-tiroiresques...

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Le cuisinier français

Publié le par Yv

Le cuisinier français, François Pierre La Varenne, Éd. Vendémiaire, 2016.....

Sous titré 400 recettes du XVII° siècle, ce livre regroupe les recettes d'un grand chef de l'époque, François Pierre La Varenne. Édité en 1651, le livre obtint un fort succès et devint une bible pour le cuisiniers de l'époque. La version ici présente est abrégée, modernisée et illustrée. Plusieurs chapitres mettent l'eau à la bouche : Potages, Entrées, Accompagnements et ornements, Entremets, Tourtes et pâtés salés, Confits, conserves et salaisons, Desserts et pâtisseries sucrées, Confiseries, confitures, curiosités et délicatesses, Quelques breuvages et agréments pour la table.

La première chose qui vient à l'esprit en feuilletant ce livre, c'est qu'il est beau, richement illustré et que la langue (pas celle de porc ou de bœuf, même s'il en est question) est datée et étrangement belle, des tournures qu'on ne retrouve plus guère maintenant ni dans les romans ni dans les livres de cuisine. Rien que les noms de certains plats ou de titres de chapitres sont dépaysants : "Entrées qui peuvent se faire dans les armées ou à la campagne", "De plusieurs sortes de choses à confire, pour garder dans le ménage de la maison ou de cabaret".

Si certaines recettes semblent encore faisables de nos jours -notamment tout ce qui concerne les confits, confitures, et boissons-, il n'en est pas de même pour toutes quoique elles pourraient endiguer la prolifération de certaines espèces non endémiques : Potage de tortues : Prenez vos tortues, coupez-leur la tête et les pieds, faites-les cuire avec de l'eau, et quand elles seront presque cuites, mettez un peu de vin blanc, des fines herbes et du lard. Lorsqu'elles seront cuites, ôtez-les de la coquille et tirez-en la bile, coupez-les par morceaux et passez-les à la poêle avec du bon beurre, puis faites-les mitonner dans un plat, ainsi que votre pain et votre bouillon. Enfin, garnissez vos tortues bien assaisonnées d'asperges coupées et de jus de citron, puis servez." (p. 21) Végétariens abstenez-vous car il est beaucoup question de viandes, de poissons, dans ces années-là, on présentait cinq plats par repas (pour ceux qui en avaient les moyens, les plus pauvres n'en avaient souvent qu'un seul, le simple potage).

Le XVII° siècle est celui où la cuisine française se modernise et acquiert ses lettres de noblesse qui en feront plus tard et pour longtemps la meilleure cuisine du monde. La Varenne fut un précurseur du livre de cuisine, de la cuisine au beurre (la recette du beurre clarifié que l'on conseille encore de nos jours est dans ce livre). Son éditeur, Pierre David, en 1659, dans la préface écrit des phrases totalement d'actualité : "Nous connaissons quantité d'ouvrages, et qui ont été bien reçus, sur les remèdes et les guérisons des maladies à peu de frais, sans avoir recours aux apothicaires. Mais celui-ci, vous enseignant les manières de corriger les qualités vicieuses des viandes par les assaisonnements diversifiés, qui n'a de même pour but que la conservation et le maintien de la bonne santé, qui ne tend qu'à donner à l'homme une nourriture solide, bien apprêtée et conforme à des appétits qui font, en beaucoup de personnes, la règle de leur vie et de leur embonpoint, ne doit pas, à mon avis, être moins considéré. En effet, il est bien plus doux de faire une dépense honnête et raisonnable, à hauteur de ses moyens, en ragoûts et autres délicatesses de viandes pour faire subsister la vie que d'employer une immense fortune en remèdes pour recouvrer la santé." (p.11)

Un ouvrage à feuilleter, qui peut donner des idées, j'en ai repéré quelques unes pour cuisiner les vieux légumes qu'on a de plus en plus sur les marchés (panais par exemple) voire même ceux qui ne sont jamais tombés en désuétude mais qu'on a tendance à toujours utiliser de la même manière. Bon, je ne dis pas que je ferai des adeptes et je croulerai sous les éloges des convives habituels, mais je vais essayer, ça me donnera la petite motivation qui me manque pour préparer les repas quotidiens.

Allez, bon appétit !

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Les euphorismes

Publié le par Yv

On ne meurt pas d'une overdose de rêve (volume bleu)

Un seul soleil, chacun son ombre (volume jaune)

On est toujours beau quand on est amoureux (volume rose)

Grégoire Lacroix, Éd. Max Milo, 2013.....

D'abord il y a Les Euphorismes de Grégoire, puis l'éditeur Max Milo a réorganisé l'ensemble en trois petits volumes traitant d'un thème différent, de 60 pages chacun. Les euphorismes, ce sont des pensées, des réflexions, des aphorismes, salués par beaucoup de personnes, Claude Lelouch a même cité Grégoire Lacroix lors de son ouverture de la dernière cérémonie des Césars : "A partir de certains "euphorismes" on pourrait construire tout un scénario".

"Merci pour votre livre, seul le mot épastouillant convient pour le décrire ; quelle fécondité" (Amélie Nothomb, qui remonte dans mon estime, peut-être un jour la lirais-je ?). "Une succession de petites pensées fabuleuses." (Gad Elmaleh, qui remonte dans mon estime, peut-être un jour réécouterais-je ses sketches ou verrais-je ses films ?). "C'est rudement bien" (Philippe Bouvard, qui ne remonte pas dans mon estime, trop bas...). "Vous lire reste un enchantement." (Jean Rochefort, qui ne peut pas remonter dans mon estime, trop haut déjà...)

Vous avez déjà rencontré Grégoire Lacroix sur le blog, avec Jazz Band, puis avec Le bictionnaire, et je récidive, c'est tellement bon de lire, relire, citer ses petites phrases vaches, drôles, tendres, philosophiques, ironiques, ... Il y en a pour tous les goûts, pour le mien assurément.

"Le manque à gagner de certains suffirait à faire vivre beaucoup de ceux qui n'ont plus rien à perdre."

"Paradoxe : il n'y a que les esprits tordus pour croire à des mondes parallèles."

"On peut s'inquiéter de la place toujours croissante que prend l'intelligence artificielle dans notre vie quotidienne. Mais rassurons-nous, la connerie, elle, sera toujours authentique."

"L'oisiveté est mère de tous les vices mais le travail n'en est pas pour autant le père de toutes les vertus."

"Les femmes ont un sixième sens malheureusement il est giratoire."

"Pourquoi l'homme tire-t-il tant de fierté de son sexe ? Un arbre se vante-t-il de la plus petite de ses brindilles ?"

Bon, je vous laisse même si je pourrais allonger la liste des extraits qui m'ont plus, avec une ultime précision : chaque petit volume ne coûte que 4,90 euros... ce serait dommage de se priver. Les couvertures des trois livres ci-dessous.

Les euphorismes
Les euphorismes
Les euphorismes

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Le bictionnaire de Grégoire

Publié le par Yv

Le bictionnaire de Grégoire, Grégoire Lacroix, Max Milo, 2015.....

Le bictionnaire c'est comme un dictionnaire mais en mieux. C'est classé par ordre alphabétique mais les définitions ne concernent que des expressions d'au moins deux mots donc, commençant par la même lettre, exemple : "Pharaon pointeur = Petankamon".

Très drôle, jamais méchant, pouvant faire appel à quelques connaissances, mais pas toujours, parfois, les définitions sont simplement simples (aïe, ça déteint) et sans sous-entendus. Parfois, bien sûr, il faut chercher un peu et se creuser le ciboulot et là, on découvre même un deuxième sens, surtout si on lit à voix haute.

J'ai noté plein d'entrées qui m'ont plu, fait rire, soulevé un "ah" un "oh" voire un "ah ah" et encore, c'est parce que je ne suis pas très démonstratif... Mon problème principal avec ce genre d'ouvrages, c'est que je ne retiens pas les passages que j'aimerais répéter pour faire rire et impressionner, alors je les ai soulignés et peux vous en proposer quelques uns pour vous mettre l'eau à la bouche :

- "Matelas Moelleux : Matelas. Mot merveilleux qui commence par "Aime" et qui finit "Paresse".

- "Fil de fer : bien que génial, le fil à couper le beurre ne vaudra jamais un string à couper le souffle..."

- "Erreur à Éviter : Traiter sa femme de mal-baisée."

- "Self Sévice : Ceux qui crient "mort aux cons !" sont rarement conscients d'avoir, alors, une attitude suicidaire."

Calembours, néologismes, logique, absurde, drôle tout cela s'applique aux définitions de Grégoire Lacroix, digne descendant d'Alphonse Allais. Un recueil à ouvrir, à lire et relire à faire connaître. A picorer partout, sur son canapé, dans le métro ou le bus, sur les toilettes, en faisant la cuisine, ... tous les endroits sont bons pour rire et sourire.

Grégoire Lacroix est aussi l'auteur du très très bon polar Jazz Band, publié chez Flamant Noir et des Euphorismes chez Max Milo, en différentes présentations. Je ne sais pas vous, mais moi, je cours les commander à la librairie...

Allez, pour vous tenter définitivement, deux petites dernières :

- "Lièvre Léthargique : Quand, volontairement ou non, un lièvre a pris la forme d'une terrine, on ne peut plus grand-chose pour lui."

- "Islam Intégriste : Agence de voilage."

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Abécédaire du Tout-Paris

Publié le par Yv

Abécédaire du Tout-Paris, Paul de Vallonges, Éd. Séguier, 2015 (illustrations de Audrey Bussi)...,

Paul de Vallonges, journaliste et écrivain parisien fait sa liste de A à Z des personnalités parisiennes qui comptent en ce moment. Acteurs, actrices, hommes et femmes importants, connus du grand public pour un bon nombre d'entre eux, beaucoup moins célèbres pour d'autres. Ils semblent faire partie du petit monde parisien qui se retrouve dans les soirées, les dîners entre-soi, tout cet univers tellement loin de mes préoccupations... Ce style de livres existe depuis longtemps ainsi qu'il l'explique dans son avant-propos, il se place dans la droite ligne des chroniqueurs mondains anciens et plus récents.

Comme je l'écris dans mon résumé, je suis à mille lieues et même dix mille -et encore c'est faible- lieues du microcosme parisien que Paul de Vallonges décrit. Si je connais beaucoup des noms des personnalités dont il parle certains me sont totalement inconnus et je connais les noms d'autres sans pouvoir les associer à un visage ou une silhouette ni à une œuvre. Néanmoins, j'aime bien l'exercice bourré d'a priori, de vacheries et de tendresse. Un pur snobisme absolument détestable et tellement réjouissant. Évidemment, le mieux c'est lorsque l'auteur de l'ouvrage étrille des personnalités que je n'aime pas ou dont je n'apprécie pas le travail:

"Guillon, Stéphane. Comique dit mordant mis à la porte de France Inter. Traînait, depuis, d'un théâtre l'autre, avec sa tête de chien battu. Apitoyé, Thierry Ardisson lui a offert une nouvelle niche." (p. 65)

"Bourdin, Jean-Jacques. Grenouille de BFM et RMC qui se voit tel un bœuf. Cultive son look de Jean-Michel Apathie chevelu. Comme ce dernier, est persuadé que les questions qu'ils posent à ses invités sont plus importantes que les réponses. Idole des taxis parisiens et des chauffeurs livreurs. Comme eux, ne déteste pas jouer les gros bras." (p.28/29)

Parfois, ça peut paraître complaisant avec d'autres que je ne trouve pas plus intéressantes, Yann Moix ou Eric Naulleau par exemple, excellents dans les réparties, les portraits au vitriol, sans doute bons écrivains, mais suffisants et méprisants envers tous ceux qu'ils n'estiment pas atteindre le niveau de leurs grandeurs, et aux fréquentations plus que douteuses pour au moins l'un d'entre eux. Mais chacun ses goûts et ses détestations.

Paul de Vallonges est drôle, fin, délicat, tout est écrit dans une belle langue jamais vulgaire, même les vacheries sont bien tournées, elles n'en sont que plus fortes. Les compliments sont directs et assumés, seuls sont voilées certaines allusions, certaines "private jokes" qui jouent sur les penchants, les fréquentations, les amours, les amitiés ou les inimitiés des uns ou des autres... Les initiés comprendront, les autres, comme moi, non, mais peu importe, c'est un recueil qui se grignote joliment et gentiment.

Les illustrations d'Audrey Bussi sont gaies, colorées, dans le ton du livre... très parisiennes.

Pour finir, une définition que j'aime bien, qui est dans le ton de tout l'ouvrage et le résume assez bien :

"Province. Enfer du Parisien. Quelques exceptions, selon les saisons : Deauville, Trouville, Guéthary, Saint-Tropez, Cannes, Porto-Vecchio, Megève etc. Des lieux "authentiques"". (p.114)

Ouf, la Bretagne est épargnée... et reste encore l'enfer des Parisiens...

Enfin, une note à l'auteur : dans votre texte sur BHL, bien vu par ailleurs, vous parlez de Pierre Botul qu'il avait pris pour un vrai philosophe alors qu'il n'est que gag littéraire (Botul, pas BHL). j'ai le regret de vous préciser que Pierre Botul existe peut-être, puisque le gag littéraire se prénomme Jean-Baptiste.

Et pour vraiment finir, une chanson de circonstance...

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Lettres contre la guerre

Publié le par Yv

Lettres contre la guerre, Tiziano Terzani, Intervalles (traduit par Fanchita Gonzalez Batlle).....

Trois jours après les attentats du 11 septembre 2001, Tiziano Terzani, grand reporter qui connaît bien le monde en général et le monde musulman en particulier, retiré depuis quelques années en Inde en quête de spiritualité, publie une lettre intitulée Une bonne occasion. Et si ces attentats étaient la bonne occasion pour tout remettre à plat, discuter et ne pas céder à le violence qui entraînera toujours une violence encore plus grande. Quelques jours plus tard, une autre journaliste italienne publie un livre d'une rare violence contre les musulmans. Tiziano Terzani décide alors de reprendre la plume dans diverses régions du monde pour lui répondre et témoigner de ce qu'il voit et vit au contact des musulmans de Kaboul, Peshawar, Quetta.

Ce livre écrit entre le 14 septembre 2001 et le 7 janvier 2002 rassemble 8 lettres prônant la paix, la tolérance et l'entente entre le peuples. Tiziano Terzani après avoir été grand reporter sur tous les grands conflits s'est tourné vers l'Inde et sa spiritualité, s'est posé et est devenu aux yeux de beaucoup d'Italiens le visage de la paix. Il est décédé d'un cancer en 2004. Ce livre a précédemment été publié chez Liana Levi en 2002.

Difficile d'aborder le thème de la tolérance, de l'amour entre les peuples, de la compréhension de l'autre alors qu'il y a quelques jours des attentats terribles traumatisaient Paris, la France entière et bien plus largement encore, quelques mois tout juste après le massacre de Charlie Hebdo. Je me permettrais donc de citer T. Terzani qui intitule sa dernière lettre Que faire ? Et maintenant allons-nous céder à une surenchère dans la violence ? "C'est peut-être ce qui m'a fait penser que l'horreur à laquelle je venais d'assister était... une bonne occasion. Le monde entier avait vu. Le monde entier allait comprendre. L'homme allait prendre conscience, se réveiller pour tout repenser : les rapports entre États, entre religions, les rapports avec la nature, les rapports entre hommes. C'était une bonne occasion pour faire un examen de conscience, accepter nos responsabilités d'Occidentaux et faire peut-être enfin un saut qualitatif dans notre conception de la vie." (p.15) Une grande partie de la réflexion de l'auteur est basée sur sa conception de la vie et des rapports entre les hommes : "... je suis vraiment convaincu maintenant que tout est un et que, comme le résume si bien le symbole taoïste du Yin et du Yang, la lumière porte en elle le germe des ténèbres et qu'au centre des ténèbres il y a un point de lumière." (p.15) Mais il ne s'est pas arrêté à sa réflexion, il est retourné sur le terrain voir comment vivaient les gens en Afghanistan, au Pakistan. Et chaque témoignage est aussi l'occasion pour le journaliste de raconter l'histoire du pays, celle qui explique pourquoi et comment on en est arrivé là. Évidemment, les États-Unis sont montrés du doigt : "Chalmers Johnson répertorie les manigances, les complots, les coups d'État, les persécutions, les assassinats et les interventions en faveur de régimes dictatoriaux et corrompus dans lesquels les États-Unis ont été impliqués ouvertement ou clandestinement en Amérique latine, en Asie et au Moyen-Orient depuis la fin de la seconde guerre mondiale." (p.40). Pour ce "vieux professeur de Berkeley University, peu suspect d'antiaméricanisme ou de sympathies gauchisantes", les attentats sont des contrecoups de cette politique étrangère agressive, les États-Unis sont devenus le Diable aux yeux du monde islamique. L'Europe étant à la remorque des États-Unis, il est loin le temps ou le ministre des affaires étrangères français osait s'opposer à une décision de faire la guerre, elle est elle aussi la cible potentielle d'attentats et l'atroce nuit parisienne du 13/14 novembre est là pour le confirmer.

A chaque fois que Tiziano Terzani apporte des informations, il les confronte à sa réflexion, à ses questions. Il ne prétend pas détenir la vérité, il pose des questions légitimes, il met en doute les certitudes des autres. Ces textes ont quasiment quinze ans et pendant ces années, rien n'a changé. Ou plutôt, si, tout a changé : les positions des uns et des autres se sont durcies. Tellement, qu'il paraît même difficile de parler de la même manière -utopiste- que le journaliste italien. Jusqu'où pourra continuer cette violence ? A-t-on le droit au nom de nos principes occidentaux de s'immiscer dans les politiques de certains pays ? Notre indépendance énergétique doit-elle primer sur la vie des habitants des pays producteurs ? Nos sociétés sont tellement différentes. Le monde que nous proposons, nous Occidentaux, globalisé, mondialisé, abreuvés que nous sommes de culture américaine -même si la France résiste encore un peu à l'envahissement par son cinéma, sa littérature, son mode de vie- est une violence faite à certains pays pas prêts et pas désireux de s'y soumettre. Et qui serions-nous pour l'imposer ?

Mon billet peut sembler brouillon, maladroit et il l'est sans doute. Lors de ma lecture j'ai sans cesse hésité entre l'admiration pour la réflexion de cet homme, sa sagesse et la peur que la violence monte toujours plus haut. J'ai fini ma lecture le 13 novembre au soir. Le matin suivant je me réveille avec les annonces des attentats parisiens et j'écris mon billet ce même jour, à chaud ; j'y mélange les réflexions de Tiziano Terzani et les miennes. J'ai apprécié que cet homme puisse me donner un autre angle de vue, me donner des informations pour continuer ma réflexion : je ne suis sûr de rien, j'écoute et lis beaucoup avant de me faire une opinion et lorsque j'y arrive elle peut encore varier en fonction de ce que je lis et entends. Ce dont je suis sûr cependant, c'est que ce bouquin va rester longtemps en moi et près de moi, je vais même le conseiller à tous ceux qui comme moi s'interrogent sur cette violence et cette haine qui explosent. Et à tous ceux qui savent déjà tout, je le leur conseille également, il les fera peut-être réfléchir et les bousculera dans leurs certitudes.

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J'ai vu la fin des paysans

Publié le par Yv

J'ai vu la fin des paysans, Éric Fottorino, Denoël, 2015 (photographies de Raymond Depardon) ....

Éric Fottorino, avant de devenir un écrivain connu et reconnu est journaliste, il est le cofondateur de l'hebdomadaire Le 1. Auparavant, il a travaillé au journal Le Monde, en a été le directeur de publication, mais ses débuts, au milieu des années 80 jusqu'au début de la décennie suivante, il les a faits à l'agriculture et aux matières premières. Ce livre est la publication des textes du journaliste de ces années-là, qui reviennent donc sur la crise de l'agriculture française et européenne, cette agriculture qui se modernise à outrance et perd petit à petit sa tradition, ses hommes, ses animaux et ses exploitations familiales.

Les agriculteurs vont mal. Certains qui se sont endettés pour agrandir ou moderniser leurs exploitations croulent sous les dettes. Ils ont dû investir pour s'installer, puis réinvestir pour produire plus, pour obtenir de nouvelles machines, de nouvelles technologies... c'est la course sans fin, le cercle vicieux : investir donc s'endetter pour produire plus et produire plus pour rembourser les dettes, mais comme les cours d'achat baissent, l'argent rentre moins. Il y a forcément un moment où le cercle grossit tellement qu'il éclate, et là, les éclats sont violents et directement pour le paysan. C'est le cas maintenant, ça l'était déjà il y a trente ans. Éric Fottorino, pendant une dizaine d'années a suivi l'évolution du métier et l'on voit bien dans ses chroniques naître l'angoisse du paysan de ne pas y arriver, son malheur de ne plus pouvoir céder son exploitation à ses enfants partis en ville, dans le même temps que les industriels du métier, les grands céréaliers usent de tous les moyens pour produire encore plus et moins cher. Les grandes entreprises états-uniennes sont très présentes également (Monsanto en tête) qui vendent des produits chimiques, des techniques nouvelles promettant monts et merveilles aux paysans qui se laissent convaincre et aux décideurs européens qui s'aplatissent devant les lobbyistes. Les États-Unis ont permis à l'Europe de se libérer du nazisme, mais ils ont profité de la brèche ouverte pour introduire leurs produits, leurs entreprises, leurs modèles d'exploitations agricoles gigantesques qui ne fonctionnent qu'aux engrais et hormones, taxant les produits européens et refusant d'être taxés sur les leurs. Avec tout le respect, les remerciements, la gratitude qu'on leur doit, il est temps que l'Europe se bouge un peu et revienne à des principes plus naturels. Début des années 90, Éric Fottorino parle du futur des paysans français, de leur obligation de se diversifier : agriculture bio, agrotourisme, pratiques saines et ancestrales qui entretenaient la terre (comme par exemple les élevages de moutons qui nettoyaient les sous-bois et limitaient les feux de forêt), ... Près de trente années plus tard, le mouvement a commencé, petitement, localement (au moins par chez moi) : les marchés avec des producteurs locaux renaissent ou reprennent vigueur (deux marchés hebdomadaires dans ma commune, et pas mal sur toute l'agglomération nantaise), de nombreuses AMAP (Association pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne) sont nées, les ventes directes ; l'agriculture biologique a progressé ; il me semble même que les paysans qui fonctionnent avec ces circuits courts s'en sortent correctement, ils ont retrouvé une culture ou un élevage en harmonie avec la nature et ne la forcent plus ; contrairement aux idées reçues, je le sais d'expérience, les denrées achetées par ces biais ne sont pas plus chères qu'au supermarché.

Ce sujet et ce bouquin sont passionnants, c'est une excellente idée que de ressortir ces chroniques d'Éric Fottorino, on mesure les tous petits pas faits et les grands qu'il faut encore accomplir. Le discours du journaliste est parfois technique, avec des chiffres, des noms qu'on a oubliés, mais le contenu est vraiment intéressant et je le rejoins sur beaucoup de points, je me rends même compte qu'il à dû se créer quelques inimitiés, car dans les années 80/90, parler de revenir à de saines pratiques, de renoncer aux rendements à outrance, chercher à favoriser l'agriculture bio n'était pas encore dans les mœurs et dans les discussions. Madame Yv et moi-même commencions à nous mettre aux produits bio, aux achats locaux, aux petits producteurs et notre démarche éveillait quelques remarques ironiques, condescendantes parfois, comme si cette lubie allait nous passer. Je me souviens même d'une connaissance qui m'avait dit : "Tu verras, quand tu seras allé deux ou trois fois à Auchan, tu n'iras plus au marché." Je ne vais jamais dans ce magasin, par contre, je visite toutes les semaines le marché "avec mon p'tit panier..." mais j'ai pas l'air d'un con ma mère... ou ce n'est pas dû à mon panier, mais là c'est un autre sujet...

Thème passionnant, je pourrais faire des pages, j'avais encore tellement de choses à dire... Le mieux ? Lisez ce recueil instructif, on en reparle dans vos commentaires.

PS : les photos sont toutes du photographe qui a fait de merveilleux films et photos sur le monde paysan, Raymond Depardon.

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