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chroniques

Bilan 2018

Publié le par Yv

Traditionnel bilan de fin d'année. Moins de coups de coeur cette année, sans doute par plus d'exigence ou moins d'emballements, la sagesse vient en lisant... Très réducteur sûrement car j'ai aimé beaucoup d'autres livres que j'ai recensés. Voici les plus marquants :

- Les choses, Georges Perec, chez 10/18. Pas une nouveauté, mais du Perec, c'est forcément bon.

- Le dernier rêve de la raison, Dmitri Lipskerov, chez Agullo. Barré, délirant.

- Un océan d'amour, Lupano et Panaccione, chez Delcourt. Une BD muette, profondément humaine.

- Tuez-les tous... mais pas ici, Pierre Pouchairet, chez Plon. Polar au coeur des réseaux terroristes syriens. 

- Vies volées, Matz et Mayalen Goutz, chez Rue de Sèvres. Une BD superbe sur les enfants disparus d'Argentine.

- Prenez soin d'elle, Ella Balaert, chez Des femmes-Antoinette Fouque. Un roman profond d'une beauté rare.

- Quichotte, autoportrait chevaleresque, Eric Pessan, chez Fayard. Un livre inclassable qui prend le prétexte de Quichotte pour interroger la société contemporaine.

- Le rêve armoricain, Stéphane Pajot, chez D'Orbestier. Un polar finement construit mêlant archives nantaises et présent.

- Edmond, Léonard Chemineau, chez Rue de Sèvres. La pièce d'Alexis Michalik superbement bédéisée. 

- Le pèlerinage, Tiit Aleksejev, chez Intervalles. Le roman de la première croisade à la fin du XIème siècle. Aventures garanties. 

- Le goût de la viande, Gildas Guyot, chez In8. Un premier roman noir, très noir.

 

Bonnes fêtes, je reviens en janvier

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Anarphorismes

Publié le par Yv

Anarphorismes, Sven Andersen, Les éditions du monde libertaire, 2018.....

Prière -mot choisi à dessein pour agacer un peu l'auteur- de bien lire le titre, ce ne sont pas de simples anaphorismes, mais bien des anar-phorismes, car Sven Andersen est anar... et belge. J'ai déjà lu et apprécié son Manifeste schizo-réaliste, et je réitère donc avec ce recueil de petits paragraphes bien sentis, d'une mauvaise foi ou plutôt d'un franc parler assumé qui me ravit, d'un athéisme qui me convainc -ce n'est pas dur, convaincu, je l'étais avant-, d'une haine du travail qui me réjouit et d'un doute certain sur l'économie, le capitalisme à outrance qui ne fait qu'enfoncer le clou de mes propres pensées et/ou interrogations.

Hommage revendiqué à Cioran dont une citation est en exergue du livre, ce petit livre risque de rester longtemps proche de mes mains et de mes yeux pour y piocher des phrases ; tiens en voici une qui me correspond au moins à son début : "J'ai été baptisé de force comme beaucoup. L'Eglise prétend que l'on demeure à jamais baptisé. Quelle horreur ! J'aimerais par conséquent être excommunié, ce qui pour ces sauvages doit être la seule façon de quitter leur secte obscuranto-pédophile. Qui pourra me dire comment procéder ?" (p.47). Pour ma part, je suis un apostat, ravi et fier de l'être, même si pour bien faire, il faudrait que mon nom soit totalement rayé des registres de l'église, mais là, c'est compliqué, peut-être comme Sven Andersen, penser à l'excommunication...

Plein d'autres textes, sur des thèmes différents me plaisent, mais je ne pourrai pas tous les citer : 

"Droit à la paresse, voilà une nouvelle matière juridique enthousiasmante qui mériterait une stricte codification." (p.22). (Re)lisez Paul Lafargue !

"Du devoir d'être politiquement infect et non correct." (p.30)

"Il faut bien mourir un jour. Personnellement, je préférerais une nuit." (p.34)

Je disais donc, plein d'anarphorismes à garder en tête, parfois des calembours assumés. C'est drôle, violent, "politiquement infect", fortement décalé, ... Bref, tout cela me plaît énormément. Je ne sais pas si je peux me qualifier d'anar, ou alors anar écolo, mais je partage pas mal des idées énoncées par Sven Andersen. De la lecture qui fait du bien, pour pas cher, seulement 5€, à voir sur le site des éditions du monde libertaire.  

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"Françaises, Français, Belges, Belges"

Publié le par Yv

"Françaises, Français, Belges, Belges", Pierre Desproges, Points, 2018.....

En 1982, à quelques jours d'intervalle, l'équipe du Tribunal des flagrants délires, sur France Inter, reçoit Daniel Cohn-Bendit (le 14 septembre) et Jean-Marie Le Pen (le 28 septembre). Pierre Desproges est le procureur de l'émission, celui qui accuse, et pour ces deux invités, le moins qu'on puisse dire c'est qu'il n'y va pas avec le dos de la cuillère (ce qui est sans doute une expression que ne comprendront que les plus âgés de mes lecteurs), raison pour laquelle, ces deux réquisitoires restent parmi les plus célèbres. Imaginez, de nos jours, un humoriste disant cela, dès le début de son sketch :

"Je n'ai rien contre les rouquins. Encore que je préfère les rouquins bretons qui puent la moule aux rouquins juifs allemands qui puent la bière. D'ailleurs, comme disait à peu près Himmler : "Qu'on puisse être à la fois juif et allemand, ça me dépasse." C'est vrai, faut savoir choisir son camp." Outre se fâcher avec les Bretons et les rouquins, il serait taxé d'antisémite, de collabo, surtout sur les réseaux sociaux où l'anonymat rend les insultes plus aisées... de tout ce qu'on veut, sauf d'humoriste. Desproges, en bon anar de droite -ou de gauche, ça dépend de qui il a en face de lui-, se plaît donc à méchamment brocarder les gauchistes (si si, à l'époque Daniel Cohn-Bendit en était) et encore plus les extrémistes de droite et à l'époque -comme maintenant et comme toujours, droit dans ses bottes à bouts pointus- JM Le Pen en était itou. Voici d'ailleurs comment il débute le réquisitoire à icelui consacré :

"Françaises, Français,

Belges, Belges, 

Extrémistes, extrémistes,

Mon président français de souche [Claude Villers],

Mon émigré préféré [Luis Rego],

Mesdames et messieurs les jurés,

Mademoiselle Le Pen, mademoiselle Le Pen,

Mademoiselle Le Pen, madame Le Pen [qu'on imagine toutes dans le public],

Public chéri, mon amour."

C'est court, mais déjà on sent que le texte sera fort et drôle. Il l'est incontestablement, c'est dans celui-ci qu'il fera sa démonstration aujourd'hui reconnue par tous : "On peut rire de tout mais pas avec tout le monde."

Bonne idée que de sortir en très court volume, pas cher, ces réquisitoires de Pierre Desproges, qui me font toujours autant rire. Et quelle langue, quelle écriture lorsqu'il part dans ses envolées lyriques ou lorsqu'il assène quelque propos tranchant ! (désolé, m'sieur Desproges, j'ai usé du point d'exclamation que vous dénonciez en ces termes : "ponctuation facile dont le dessin bital et monocouille ne peut qu'heurter la pudeur")  Oui, c'est dur, oui c'est parfois méchant, non ça ne passerait sans doute plus maintenant. Quel dommage qu'on ait perdu tant de liberté dans l'expression. Lisons et écoutons Pierre Desproges, tout Desproges, ça requinque notre humour et ça nous permet de ne pas trop désespérer des humoristes de maintenant...

PS : les deux textes sont suivis de citations de l'humoriste-auteur, du genre :

"Il y a plus d'humanité dans l’œil d'un chien quand il remue la queue que dans la queue de Le Pen quand il remue son œil."

"Réfléchissons : qu'est-ce qui différencie un Noir d'un Blanc à part la couleur de la peau et l'intelligence qui n'est pas la même chez Denise Fabre et Léopold Sédar Senghor ?"

"Dire que les Juifs ont de l'humour c'est aussi raciste que de dire que les Arabes sont des fainéants."

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Quichotte, autoportrait chevaleresque

Publié le par Yv

Quichotte, autoportrait chevaleresque, Eric Pessan, Fayard, 2018.....

"S'est-on jamais demandé ce que ferait Don Quichotte aujourd'hui ? 

Accablé par les nouvelles venues des quatre coins du monde, toutes plus terribles les unes que les autres, l'auteur de ce livre ne trouve de consolation que dans la littérature. Là se trouve l'ultime façon de résister au monde tel qu'il est. Là se trouvent les héros. Là se trouve le fabuleux chevalier à la triste figure, que l'auteur invite à revenir parmi nous. 

Notre triste époque ne fourmille-t-elle pas d'éplorés à protéger, de torts à redresser ?

Et si, mieux encore que la consolation, de la littérature venait le salut ?" (4ème de couverture)

Eric Pessan, écrivain prolifique et néanmoins auteur de romans excellents que je ne pourrais pas tous citer ici (allez voir  et encore ce ne sont que ceux que j'ai lus...) écrit, un jour où l'actualité le blesse encore plus que d'habitude, sur son écran d'ordi DON QUICHOTTE. Et de ce nom part cette idée de construire un roman qui entremêlerait une vie du héros de Cervantès toujours accompagné de Sancho Panza de nos jours et les réflexions de l'écrivain sur la vie, l'écriture, la littérature, l'économie, la géopolitique, le monde étrange dans lequel nous vivons qui marche sur la tête, qui ne reconnaît plus l'humanité, la fraternité, la liberté, sur les hommes qui  vivent aliénés par le travail, l'argent à gagner pour vivre, survivre ou amasser : "J'ai l'impression que ce livre doit être écrit ainsi, mêlant les aventures du Quichotte à mes questionnements d'écrivain. Et, surtout, j'en ai le désir. J'ai envie d'écrire, j'ai envie d'essayer, j'ai envie de tester cette structure, j'ai envie de me frotter au Quichotte, j'ai envie de faire vivre ma bibliothèque, j'ai envie de shooter dans ce qui m'étouffe, de prendre le réel entre deux mains et de le tordre jusqu'à en faire un nœud, comme les athlètes de cirque font d'une barre de fer. Et j'ai envie qu'il soit possible d'écrire juste parce que l'on en ressent le désir." (p.136)

Il est beaucoup question de littérature, des grands noms, de ceux qui ont écrit des livres importants, universels, qui ont donné le goût de la lecture à beaucoup et à Eric Pessan en particulier. Il est aussi question d'écriture, de ce travail dont beaucoup considèrent qu'il n'en est pas un, des efforts même corporels qu'il implique, des choix de vie sachant que peu d'écrivains vivent de leurs livres. Puis Eric Pessan parle aussi de ses indignations, de ses nausées lorsqu'il lit ou écoute ou regarde un journal d'actualité. Alors, il convoque Don Quichotte et Sancho Panza pour réparer les injustices, ce qui donne lieu à quelques passages épiques et drôles.

Certes, le livre n'est pas exempt de quelques longueurs et de répétitions dues à la manière dont l'auteur l'a écrit, sans relire la première partie avant d'aborder la seconde. Mais, malgré cela, je me suis régalé. D'abord parce que je partage beaucoup des points de vue, des indignations, des dégoûts et même des émotions et des sentiments de l'auteur. Ensuite, parce que ce livre n'a pas une forme qui permettrait de le ranger dans telle ou telle catégorie. Il est inclassable, perturbe donc un lecteur qui n'aimerait pas ne pas trouver de repères. J'adore ça quand un écrivain me trimbale loin des règles, des carcans et qu'il se joue des codes en abordant l'autobiographie, le roman d'aventures, la poésie, l'essai, le roman d'introspection, la farce, ... tout cela en un seul volume. Le texte coule aisément et l'on passe des aventures de Quichotte aux réflexions de l'auteur sans souci de compréhension ; les articulations se font naturellement comme si nous étions dans la tête d'Eric Pessan, ou dans la nôtre qui, parfois aussi saute d'une idée à une autre sans apparemment -mais il y en a- de lien. La seule difficulté éventuelle pourrait être dans le fait que ce-dit roman n'en est pas vraiment un tout en en étant un. Mais cette difficulté se transforme vite en découverte, puis en curiosité -ou vice-versa- et en réel plaisir de lecture.

Dire que je conseille ce livre serait un euphémisme, il faut le lire absolument, on cerne mieux après le travail d'un écrivain, un de ceux qui chaque jour se mettent à leur table de travail pour nous donner à nous lecteurs des moments inoubliables -ou pas-, du rire, de la joie, de l'émotion, ... Je pense avoir pris autant de joie à lire ce Quichotte, autoportrait chevaleresque qu'Eric Pessan à l'écrire.

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les patates parlantes

Publié le par Yv

Les patates parlantes, Grégoire Lacroix, la lucarne des écrivains, 2017.....

Grégoire Lacroix, connu pour ses excellents Euphorismes et pour son non moins excellent Jazz Band Eros heros sept revient, avant un deuxième tome de Jazz Band, avec une mise en dessins de certains euphorismes et d'autres inédits. Et pour les annoncer, des patates se parlent. Et oui, ces tubercules qui font la joie des repas des plus petits et des plus grands aussi, surtout en fin de mois... 

J'aime beaucoup Grégoire Lacroix, son humour, son élégance même dans des propos pas toujours au-dessus de la ceinture. Ses Patates me font penser au Chat de Geluck -ou vice-versa- et pour moi c'est un compliment, puisque ceux qui me suivent savent combien j'aime Le Chat.

Je ris, je souris et parfois, je réfléchis -si si cela m'arrive-, pas trop longtemps non plus, ce n'est pas faire injure à Grégoire Lacroix que de dire que ces phrases n'ont pas la vacuité, euh pardon profondeur -et surtout pas la polémique voulue et systématique- de celles d'A. Finkielkraut par exemple ; je le cite lui, mais j'aurais pu citer d'autres : BHL, ah non, pas lui, il nous fait rire avec JB Botul, M. Onfray, ah non pas lui, je l'aime bien et puis, il risque de dire du mal de moi à la télé, même s'il y va beaucoup moins maintenant, bon en fait, il va beaucoup moins sur chaque chaîne, mais comme il y en a de plus en plus, ça compense...

Mais revenons à Grégoire Lacroix et ses Patates, qui vous feront rire par leurs propos, mais regardez aussi leurs expressions, ça paraît simple à faire, ça l'est peut-être, mais moi je n'y parviendrais pas, alors je préfère savourer le travail bien fait, je n'aimerais pas qu'on puisse dire de moi -même si je me fous assez largement de l'opinion que l'on peut avoir de ma petite personne- : "Quand on vise la médiocrité... c'est elle qui vous atteint." (p.56)

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Journées perdues

Publié le par Yv

Journées perdues, Frédéric Schiffter, Séguier, 2017...,

Frédéric Schiffter vit à Biarritz. philosophe, il a longtemps enseigné et a publié pas mal d'essais sur la philosophie et des livres de chroniques. Journées perdues est plutôt dans la seconde case mais avec beaucoup de réflexions autour de son thème de prédilection. A moins que ce thème ne soit simplement lui-même, ou bien ses journées à contempler et faire la sieste... Il est question de tout cela dans cet ouvrage qui est son journal des années 2015 et 2016.

Inégal comme souvent ce genre de livres qui recueillent les pensées du jour, les réflexions et les remarques sur tout sujet. J'ai été emballé dès le départ, et puis mon enthousiasme est retombé au fil des pages. Deux ans, c'est long, j'aurais préféré moitié moins ou dix-huit mois. L'humour et la légèreté qui ouvrent le livre ne le referment pas, il est devenu plus grave, mais il est vrai que les deux années évoquées furent malheureusement riches en actes meurtriers perpétrés par des extrémistes religieux. Frédéric Schiffter en parle beaucoup, d'une manière peu entendue ailleurs : "Une fois de plus, et sans doute pas la dernière, la France a été attaquée par ce que Wilhelm Reich appelait des "petits hommes " atteints de "peste émotionnelle". Ces jeunes pestiférés portent en bandoulière des bombes mais en eux un mélange explosif de hontes : honte de leurs pères, honte de leur situation sociale, honte de leur origine d'ex-colonisés, honte de leur frustration sexuelle, honte de leur religion même -ayant conscience que l'Islam est antinomique avec toute forme de glamour. Comme la voie de la délinquance ne leur a pas donné satisfaction, il leur restait l'option de la vengeance terroriste. Sans cette peste émotionnelle qui les ronge, les sergents recruteurs du djihad n'auraient aucune emprise sur eux. Quand le ressentiment aspire à la grandeur héroïque, ou au martyre, l'ère des carnages commence." (p.79)

Il est aussi beaucoup question de philosophie, et là, je décroche un peu, ce n'est pas le sujet que je préfère, sûrement par manque de culture, je ne vais donc pas en faire plus dessus, sauf citer sa définition du nihiliste qu'on lui reproche parfois d'être : "Je ne dis pas que rien n'existe mais que rien (nihil) n'a d'être, c'est-à-dire de permanence ou de solidité ontologique parce que tout ce qui existe est voué au hasard, au temps, à la mort." (p.103).

J'évoque plus volontiers, la paresse, la flemme, le farniente -ça me parle plus- élevé à un art : "Ce que les embesognés appellent paresser n'est qu'une séance de repos bien mérité avant d'entreprendre la moindre tâche." (p.17) Ce philosophe balnéaire tel qu'il se nomme lui-même aime ne rien faire -et je partage sa passion- non pas par fainéantise mais par goût de la tranquillité, du calme, d'un rythme différent. Il aime aussi les repas entre amis, la littérature, les arts en général. 

Le livre de Frédéric Schiffter est à la fois futile et profond, inutile et indispensable. Drôle aussi : "Dimanche, la Schiffterina reçoit un "SMS" de Khadidja, notre femme de ménage, qui lui fait part de sa décision de démissionner. Motif : "Votre mari est toujours dévêtu à la maison et cela m'empêche de travailler." Réponse de la Schiffterina : "Je vous comprends. Ça me fait le même effet." (p.66)  Il est l'oeuvre d'un auteur que j'imagine dandy, snob, mais prenez ces termes dans un sens positif, décalé, intemporel, un petit côté désuet qui sied parfaitement à un intellectuel qui, même en prenant position sur des faits actuels se met toujours de côté et exprime une opinion à part, soutenue par ses connaissances et ses lectures des philosophes et des romanciers classiques. 

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L'humour juif expliqué à ma mère

Publié le par Yv

L'humour juif expliqué à ma mère, Franck Médioni, Chiflet et Cie, 2017...

Préfacé par Boris Cyrulnik en personne, cet ouvrage, en sept chapitres prétend expliquer ce qu'est l'humour juif. Vaste programme. Hubert Bonnisseur de la Bath (OSS 117) ne dit-il pas que "L'humour juif, c'est quand ce n'est pas drôle et que ça ne parle pas de saucisses." ?

Franck Médioni démarre chaque partie avec un texte de son cru, s'adressant à sa mère, juive bien sûr, et aborde toutes les idées reçues ou pas sur les mères juives ultra possessives, sur les juifs et le pouvoir, les juifs et l'argent... Puis, viennent les citations, parfois juste des aphorismes des plus grands dans le genre : Woody Allen (et celle-ci une des rares que j'ai retenue de lui, il y a bien longtemps et que j'ai retrouvée avec plaisir dans ce livre : "Non seulement Dieu n'existe pas, mais essayez de trouver un plombier pendant un week-end."), Tristan Bernard, Pierre Dac... parfois ce sont des extraits de livres, ceux de Philippe Roth, de Franz Kafka, de Romain Gary... 

L'ensemble est assez inégal parce que l'humour, eh bien ça ne fonctionne pas à tous les coups. Le côté mère juive étouffante qui revient à toutes les pages est lassant et même plus drôle -en fait c'est drôle lorsque c'est Marthe Villalonga qui la joue face à son fils Guy Bedos (Un éléphant ça trompe énormément et Nous irons tous au paradis), après elle, c'est nettement moins bon-, je sais que le comique de répétition est une sorte d'humour, mais bon, parfois ça fatigue, du moins ça me fatigue. Et puis cette notion d'humour lié à une communauté, ça me gave un peu. En fait, le mieux dans ce livre ce sont les citations qu'elles soient de petites phrases, des blagues ou des extraits de livres, souvent drôles mais bien plus que cela : "L'homme a créé des dieux ; l'inverse reste à prouver." (Serge Gainsbourg), "Dieu a offert aux hommes un cerveau et un pénis, mais pas suffisamment de sang pour que les deux fonctionnent en même temps." (Robin Williams), "Groucho Marx à un club WASP interdit aux juifs : - Ma fille étant chrétienne par sa mère, pourrait-elle se baigner dans la piscine jusqu'à la taille ?", "Il ne faut pas avoir peur du bonheur, c'est juste un bon moment à passer." (Romain Gary), ou encore celle-ci, macabre, du même Romain Gary : "Du savon ? Pourquoi du savon ? Non ! Il y a vingt-deux ans que je ne touche plus du savon, on ne sait jamais qui est dedans !" (La danse de Gengis Cohn).

Ce livre est à feuilleter, les phrases à retenir sûrement, mais ça j'ai du mal ; allez pour finir, d'autres citations qui vous donneront l'envie de vous parfaire en humour juif :

"Les murs de mon appartement sont si minces qu'à chaque fois que mes voisins font l'amour, j'ai un orgasme." (Linda Herskovic). Peu de femmes citées, sans doute n'ont-elles pas d'humour, ou alors elles sont trop occupées avec leurs fils, c'est sans doute la seule place qu'on leur laisse  ?

"Mieux vaut qu'il pleuve aujourd'hui qu'un jour où il fait beau." (Pierre Dac)

"Je ne crois pas en l'au-delà, mais j'emporte toujours un caleçon de rechange." (Woody Allen, sans doute le plus cité dans ce recueil -et celui qui me plaît le plus- avec Groucho Marx, et franchement, c'est une bonne idée)

Allez, cette fois-ci c'est fini, mais le bouquin est gros et plein de belles phrases pour rire et faire rire. Et je m'aperçois que je n'ai pas été très drôle pour parler d'humour, mais comme je n'ai pas parlé de saucisses, j'ai peut-être fait de l'humour sans le savoir...

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Autoportrait

Publié le par Yv

Autoportrait, Edouard Levé, P.O.L, 2013.....

Edouard Levé, né en 1965, le premier jour de l'année et suicidé en 2007, le 15 octobre, est un artiste conceptuel, peintre, photographe et écrivain. Autoportrait est une suite de phrases sans lien toujours évident entre elles, qui, cependant, mises bout à bout dessine un portrait assez précis de l'auteur. 

 

C'est en lisant Charlie Hebdo à la bibliothèque municipale que j'ai découvert le nom de cet écrivain. Dans un article signé Yannick Haenel, icelui expliquait que lors de ses lectures publiques, il finissait toujours par des extraits d'Autoportrait d'Edouard Levé qui faisaient rire, mais il notait que depuis quelques temps, les passages qui habituellement faisaient rire avaient perdu cet effet et résonnaient étonnamment dans notre monde actuel. Muni de tous ces excellents arguments, je vais à la librairie et explique mon choix à la libraire qui paraît surprise qu'Edouard Levé puisse faire marrer, elle a lu Suicide et l'on se rapproche plus de Cioran que de Bigard. Un clin d'œil plus tard assorti d'une demande "tu me diras si tu as ri.", je sors de la boutique et quelques semaines plus tard, je me lance dans la lecture. Et surprise, j'ai ri. Mais pas seulement. Edouard Levé écrit des phrases souvent courtes qui s'enchaînent parfois sans lien apparent. Le procédé peut paraître déroutant mais on parvient cependant aussi bien que dans un autoportrait détaillé à se faire une idée précise de l'auteur. Car il n'élude rien, n'évite aucun sujet et va au plus court, à la phrase épurée, sèche a priori sans émotion -mais sait-on jamais, il y a celles qui résonnent dans le lecteur justement par cette simplicité. Au lecteur justement de faire le lien entre toutes les informations données ou de ne pas le faire et de lire ce court livre comme une suite de faits. Personnellement, j'ai lu ce bouquin, crayon à la main soulignant à tour de bras toutes les phrases qui me ressemblent, me correspondent ou dont j'aime le son, le ou les sens ou la consécution. 

En ce grand jour -le plus grand de l'année, eh oui, le 14 janvier est le jour qui a vu la naissance de gens vachement bien dont moi- je vous livre ici, en vrac, certaines de ces phrases qui m'ont plu pour les raisons ci-dessus évoquées :

"J'oublie ce qui me déplaît.

La compétition ne me stimule pas.

Je ne m'aime pas. Je ne me déteste pas. Je n'oublie pas d'oublier.

Je préfère m'ennuyer seul qu'à deux.

Je n'ai besoin de rien.

Je ne cherche pas les honneurs, je ne respecte pas les distinctions, je suis indifférent aux récompenses.

Je suis irrégulièrement intelligent

Le manque de sommeil me gêne moins lorsqu'il fait beau que lorsqu'il pleut.

Je trouve parfois le juste mot d'esprit une heure plus tard.

Le niveau sonore trop élevé d'un restaurant gâche mon plaisir.

J'utilise la première moule pour décortiquer les suivantes.

En me contredisant, j'éprouve deux plaisirs : me trahir, et avoir une nouvelle opinion.

Adolescent, le nazisme me paraissait appartenir à un autre temps, mais plus je vieillis, plus ce temps semble proche."

Une petite préférence pour ces deux dernières dont la pénultième que je ne me suis pas contenté de souligner, mais que j'ai encadrée. 

Voilà pour cette lecture réjouissante et cette très belle découverte, merci donc Yannick Haenel -un jour il faudra que je le lise lui-aussi-, que je vous recommande chaudement -et jour de mon anniversaire, vous ne pouvez pas refuser-, en plus, en sa version poche chez P.O.L, il ne coûte que 5€. C'est cadeau pour un tel bouquin, que je relirai et que j'offrirai sûrement.

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Les pouvoirs du chat noir

Publié le par Yv

Les pouvoirs du chat noir et autres vertus animales, Anne Marie Lauras, Gilles Macagno, Delachaux et Niestlé, 2016....

Partout dans le monde, les animaux sont associés à des croyances, des vertus ou des peurs. Savez-vous que manger des toiles d'araignée permet de lutter contre les rhumatismes ? Que si une souris couine près d'un malade, il ne faut pas espérer en sa guérison ? Que des vers de terre réduits en cendres et appliqués sur une molaire gâtée aide à la faire sortir sans douleur ni instruments de dentiste ? Tiens, j'en parlerai au mien...

Précisons tout de suite que ce petit livre fait partie de la collection L'humour est dans le pré qui a déjà dans ses rangs des titres aussi sérieux et évocateurs que : Faut pas pousser mémé dans les orties, La fourmi cro-onde, Safari dans la bouse, La vie rêvée des morpions ou encore Le sex-appeal du crocodile. C'est drôle, très drôle et en plus Anne Marie Lauras écrit avec légèreté et beaucoup d'élégance et en énumérant les croyances et recettes de cuisine pour soigner les maladies ou éloigner les maux, elle se permet quelques remarques humoristiques, des décalages et de la bonne humeur. Les dessins de Gilles Macagno ne sont pas en reste, les hommes comme les animaux souvent perdus et perturbés par ce que le texte suggère... Tous les animaux y passent du plus domestique au plus imprévisible : chat, chien, ver de terre, blaireau, crapaud, vipère, ... A propos de cette dernière, AM Lauras parle de cette pratique qui consiste à insérer une vipère vivante dans une bouteille qu'on remplit ensuite d'eau-de-vie (chez moi on appelle cela de la vipérine) et qui soigne divers maux et rend irrésistible : chouette, j'en ai bu, il y a longtemps certes, mais quand même, je savais que j'avais kekchose en plus... J'ai aussi bu dans le même genre de la crapaudine, j'espère que ça n'altère pas les effets de la vipérine...

Mais pas de long discours, un extrait :

"Si vos qualités naturelles ne suffisent pas à vous faire aimer de l'élu-e de votre cœur, il existe un truc : pourfendez par le milieu du corps un rat mâle vivant, prélevez les rognons que vous porterez une journée entière sous l'aisselle gauche ; après ces vingt-quatre heures de grand confort, faites-les sécher sur une pelle (je n'ai pas d'explication quant au pourquoi de la pelle) ; réduisez-les en poudre, et faites-les prendre à la personne aimée avec du tabac." (p.27)

Vous trouverez aussi comment et pourquoi manger des crottes de chien, à jeun ou séchées et réduites en poudre dans du Muscadet (pratique, je suis pile dans les vignes du dit vin). Vous découvrirez une espèce de vautour blanc, appelé sarcos "qu'on appelle aussi "harpie" et qui vit dans les forêts d'Amérique tropicale (pas de rapport avec un autre drôle d'oiseau plus proche de nous donc)." (p.61) Et que dire du hérisson, de la taupe, du renard, du canard, de l'ours, de l'hirondelle, ... ?

Un livre à mettre entre toutes les mains.

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