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beaux livres

C'est ça Pierre Etaix

Publié le par Yv

C'est ça Pierre Etaix, Odile et Marc Etaix, Ed. Séguier et Arte éditions, 2015.....

Résumer Pierre Etaix à un livre est totalement impossible : clown, photographe, peintre, écrivain, metteur en scène, acteur, dessinateur, affichiste, magicien, roi français du slapstick (gags impliquant une violence physique volontairement exagérée, merci Wikipédia) que Buster Keaton a popularisé. Qui n'a jamais vu les films de Pierre Etaix ou de Jacques Tati dont il fut assistant pendant quelques années ne sait pas ce qu'est l'humour que j'aime par-dessus tout, pour sa naïveté, sa beauté, son apparente facilité qui cache souvent du travail, du travail et du travail, ...

Je me souviens avoir vu il y a quelques années -sur Arte sûrement qui est co-éditeur de ce très beau livre- deux des films de Pierre Etaix, Le grand amour (ah, la scène du lit roulant sur une route de campagne !) et Le soupirant (avec une petite préférence pour ce dernier). Deux films co-écrits avec Jean-Claude Carrière s'il vous plaît, ce puits de connaissance qui me surprend et me fascine à chaque fois que je l'entends par son aisance à parler de tout avec une simplicité déconcertante.

Pierre Etaix, c'est avant tout un clown. Il a créé avec Annie Fratellini, sa femme de cirque, l'École Nationale de cirque dans les années 1970. Tout cela je le savais, et l'ouvrage en parle joliment et largement. On peut aussi aisément deviner l'admiration d'Etaix pour les stars du slapstick et du cinéma muet états-unien : Buster Keaton, Les Marx Brtothers, Laurel et Hardy, mais aussi plus bavard, Jerry Lewis. Par contre, j'ignorais les talents de dessinateurs, peintre ou affichiste de l'artiste : certains dessins représentants ses idoles sont absolument fabuleux. L'un deux en quelques coups de pinceau et peu de détails représentent on ne peut mieux le duo Stan Laurel et Oliver Hardy (p.85). Un autre, sur une double page est l'affiche de "Jerry at zi Olympia 1971" ( p.138/139) : de simples traits de pinceaux, une tête reproduite plusieurs fois, des mains et hop on voit Jerry Lewis dans ses sketches. Et je passe des détournements de tableaux, des photographies, des poèmes, des affiches, des hommages aux gens qu'il a croisés et qui lui ont appris une technique, un art, un gag, ...

Un beau livre à la couverture magnifique qui vous fera découvrir le monde d'un homme discret et à mon goût trop méconnu. En même temps que ce livre sort un coffret avec tous les films en DVD, courts, moyens et longs métrages. Qui a dit chouette ? Moi évidemment ! Puissé-je vous donner envie de (re)découvrir l'œuvre de ce grand créateur... Pour ma part une envie à peine soutenable naît en moi : voir et revoir les films de Pierre Etaix (et je me referais bien aussi ceux de Jacques Tati).

Une petite bande annonce sur le site des éditions Séguier et la même sur celui d'Arte éditions; double chance de faire le bon choix.

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Soulages. Les papiers du musée

Publié le par Yv

Soulages. Les papiers du musée, Pierre Encrevé, Gallimard, 2014.....

Inauguré en mai 2014 en présence du président François Hollande, le musée Soulages trône en plein cœur de Rodez, près de la cathédrale, dans un quartier rénové et très agréable pour la balade. Je le sais j'y étais en juillet, en vacances. La visite du musée m'a paru indispensable. Grand bâtiment de métal et de verre, salles sombres pour voir les premières œuvres du peintre, beaucoup plus claires pour les dernières, les outrenoirs. Ce livre est d'abord une explication de la création du musée et ensuite une présentation des premières peintures de Pierre Soulages, ses encres, gouaches ou brous de noix. Il est un excellent rappel des premières salles du musée qui présentent ces papiers, et même des quelques derniers brous de noix ou gouaches réalisés fin des années 90 et début des années 2000 exposés dans les dernières salles.

Vous dire que j'ai aimé ma visite serait une litote, je me suis régalé tout du long avec une nette préférence pour les brous de noix -j'ai eu diverses occasions de travailler avec cette matière, notamment pour colorer des meubles et je comprends l'attrait du peintre pour icelle qui en plus de donner des teintes magnifiques, sent bon- et les eaux-fortes -autant les plaques de métal que les papiers- et bien sûr les grands tableaux plus connus, les outrenoirs avec les reliefs et reflets de lumière. Ce qui est formidable c'est qu'en n'utilisant qu'une seule couleur Pierre Soulages réussisse à procurer tant de plaisir et de lectures de son œuvre. Il joue des épaisseurs, parfois lavis, parfois plusieurs couches faisant relief, qui donnent de la profondeur, du mouvement, de la vie. Malgré le noir ou le brun foncé pour les brous de noix, la lumière est présente, certaines fois une luminosité exceptionnelle.

Je ne suis pas spécialiste de peinture, j'ai même du mal parfois à dire plus que "j'aime" ou "je n'aime pas", mais je sais que j'aime voir des tableaux, j'aime aller dans les musées -nous avons profité de notre courte et chaude escapade parisienne pour se mettre au frais au musée Carnavalet et admirer la collection des tableaux de la vie parisienne et aussi au musée d'art moderne du Palais de Tokyo avec son exceptionnelle collection de Dufy (La fée électricité entre autres), beaucoup de Robert Delaunay, de Van Dongen, Fernand Léger, André Derain et tellement d'autres connus et moins célèbres.

Conclusion, si vous allez à Rodez, ne manquez surtout pas le musée Soulages d'abord pour son architecture et ensuite pour les trésors qu'il recèle -il n'y a pas que du Soulages, des expositions temporaires y sont organisées. En prime, n'hésitez pas à passer par Conques, petit village aux belles pierres connu pour son abbatiale dont les vitraux ont été réalisés par Pierre Soulages. Du blanc, de la lumière et un travail qui éclaire l'intérieur de l'édifice.

PS : un grand merci à nos hôtes ruthénois, ou plus exactement salarsipontains qui se reconnaîtront et qui nous ont permis d'une part un très agréable séjour en leurs lieux et d'autre part de pouvoir garder une trace de notre passage au musée Soulages.

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Le monde du Douanier Rousseau

Publié le par Yv

Le monde du Douanier Rousseau, Yann le Pichon, CNRS Editions, 2010

Yann le Pichon est historien de l'art, spécialiste de Henri Rousseau (1844-1910). Il est également le légataire universel du peintre. Ce livre est une réédition complétée et rajeunie, dixit l'éditeur. Du Douanier Rousseau, je ne connaissais que les scènes dans la jungle, j'ai pu parfaire ma culture en regardant tout ce qu'il a fait avant et après qui n'a absolument rien à voir. Il a peint des vues de villes, des scènes paysannes, des portraits, des natures mortes. Son oeuvre est beaucoup plus vaste que ce que l'on peut imaginer. Merci à Gilles Paris pour mon enrichissement personnel.

Rousseau, qui doit son surnom de douanier au fait qu'il travaillait à l'Octroi de Paris, est un autodidacte. Il n'a jamais maîtrisé les perpectives ni les volumes ; sa peinture "répète les "défauts" qui ne sont que les revers des médailles des enfants : excès de spontanéité, égocentrisme candide, goût accusé pour l'anecdote, simplification caricaturale des sujets, manque de maîtrise des proportions et des volumes, incapacité à rendre la perspective et la profondeur, abus des contrastes de couleurs, application laborieuse dans les détails ... Comme eux aussi [les enfants], il est mû par le sentiment d'appartenir à la nature même, et d'en être partie prenante." (p.100) Il exposera aux salons des Indépenadnts pendant des années suscitant toujours les mêmes critiques rigolardes et moqueuses d'une grande partie des journalistes ; malgré tout, certains d'entre eux, ainsi que d'autres peintres verront d'un très bon oeil la peinture de Rousseau.

Il est remarqué et fêté sur le tard par la bande du Bateau Lavoir : Picasso, Max Jacob, et surtout Guillaume Apollinaire dont il deviendra l'ami et qu'il peindra en compagnie de sa muse Marie Laurencin.

L'intérêt de ce livre est bien sûr de faire connaître la peinture du Douanier Rousseau, mais aussi de juxtaposer à ses oeuvres, celles dont il s'est inspiré et celles qu'il a inspirées. Ainsi, Yann le Pichon met face aux tableaux de Rousseau, les cartes postales, les gravures qu'il a copiées ou qu'ils l'ont influencé mais aussi les tableaux d'autres peintres très inspirés de ceux de Rousseau. Il est intéressant de voir par exemple, que le célèbre Guernica de Picasso est inspiré d'une toile de Rousseau : La guerre. Elle passe effrayante, laissant partout le désespoir, les pleurs et la ruine (1895), qui elle même est une interprétation d'une gravure de Goya, Los desastres de la guerra (1810).

Un bouquin assez exhaustif de l'oeuvre du peintre Naïf le plus célèbre de nos jours, car de son vivant, il n'a pas vécu de son art, et qui montre que cet homme doux, naïf et crédule (il ira même en prison pour avoir cru aider un jeune homme, qui en fait montait une escroquerie à son insu !) a été "l'un des principaux parrains [de trois grands mouvements de l'art moderne] : le surréalisme, le cubisme et bien entendu, l'art naïf." (note de l'éditeur)

Vous n'avez pas d'idée de cadeau pour les fêtes : en voici une.

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