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bande dessinee

La fantaisie des Dieux

Publié le par Yv

La fantaisie des Dieux, Hippolyte et Patrick de Saint-Exupéry, Ed. Les Arènes, 2014.....

Du 6 avril au 4 juillet 1994, le génocide rwandais a fait huit cent mille morts. Des Tutsis, éliminés par les Hutus alors au pouvoir. C'est le génocide le plus rapide de l'histoire mené par les extrémistes Hutus du Hutu Power. Patrick de Saint-Exupéry a couvert ce massacre, et en 2013, il retourne au Rwanda avec Hippolyte dessinateur de BD. 

Cette BD reportage est un excellent moyen de revenir sur ce génocide dont on parle encore aujourd'hui et particulièrement cette année puisque des commémorations ont eu lieu et vont continuer pour ce sinistre anniversaire. Elle n'explique pas totalement pourquoi les Hutus ont massacré les Tutsis, il faudra aller chercher l'information ailleurs, même si elle explique la source de tous les maux : "Pour vous, c'est une guerre de plus en Afrique. Un conflit ethnique. Le mot ethnie n'existe même pas dans notre langue. Ce sont les colons allemands et belges qui nous ont divisés. Diviser pour mieux régner... Vous connaissez la devise ? Tout était en place." (p.33) Elle revient sur le génocide, sur l'implication ou la non action de la France dans ce pays anciennement colonie belge. La France qui n'a pas beaucoup fait pour éviter le bain de sang, mais j'ai vu sur ce sujet (lundi 7 avril) l'excellente émission d'Arte, 28 minutes, dans laquelle il était clairement expliqué qu'aucun pays n'avait bougé, ni la France, ni la Belgique, ni les Etats-Unis, ou alors trop tard ! Bill Clinton, président de l'époque, disait même en 2012 que s'il avait mobilisé 10 000 hommes et convaincu d'autres pays d'en faire autant ils auraient pu sauver 300 000 vies ! "Un génocide, c'est d'abord du silence. Un silence étourdissant" (p. 82/83) est-il écrit en fin volume. C'est effectivement ce que je ressens. Je ne me souviens plus de la manière dont on parlait du Rwanda en 1994 (mais à la même période, j'avoue que je devais avoir la tête ailleurs, puisque ma fille est née le 4 juillet 1994, mon premier enfant). Je ne regardais déjà pas beaucoup la télévision, pas les journaux télévisés, ne lisais pas la presse. C'était tellement loin de nous, de moi ; j'ai comme beaucoup eu l'information du génocide, mais c'était si loin..., et puis, il y eut le choléra qui a déboulé : "Les caméras se sont braquées dessus. Sur ce choléra qui effaçait tout. Un vrai drame, pas un génocide. Une catastrophe naturelle. Oui, naturelle. Africaine, si africaine." (p.77) 

La BD revient sur ce qu'a vu P. de Saint-Exupéry, Hippolyte le met en images ; tous deux rencontrent des rescapés, des témoins de l'époque qui racontent leur calvaire et la manière dont ils ont pu échapper à leurs bourreaux, quelques photos sont insérées pour rendre compte et donner de la réalité au propos et aux dessins. Très bien faite, cette BD est un reportage au cœur du pays. Hippolyte reproduit les paysages, les lieux aux couleurs chaudes, certaines planches sont totalement muettes et suffisent à la compréhension, d'autres expliquent par les mots des divers intervenants dans le conflit ou par une voix off, ceux qu'a récoltés P. de Saint-Exupéry. Des passages sont plus oniriques, permettant au lecteur de faire une pause, tout en lui rappelant l'immobilisme criant des politiques français (droite et gauche, c'est le temps de la cohabitation, sous Mitterrand), ou en résumant en quelques cases fortes ce qui aurait pu être trop explicatif.

La BD est un support parfait pour tout genre, humour, aventures, science-fiction, historique, ... et j'en passe plein, lorsqu'elle passe à des sujets très sérieux voire dramatiques, elle peut toucher peut-être encore plus qu'un roman ou qu'un -malheureusement- énième documentaire surtout lorsqu'elle est de très grande qualité, ce qui est le cas ici. Je ne rechigne jamais sur un bon vieil album drôle, mais j'avoue que lorsque la BD se fait reportage ou sociale (comme avec Efix, par exemple) ou aborde des thèmes actuels comme l'immigration avec Les ombres (déjà Hippolyte y dessinait), je trouve qu'elle prend une ampleur formidable et qu'elle peut parler à tous et ça me plaît terriblement.

Album instructif qui marquera sans aucun doute. A ne pas rater.

 

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Le Horla

Publié le par Yv

Le Horla, Guillaume Sorel, Éd. Rue de Sèvres, 2014 (d'après l'oeuvre de Guy de Maupassant)....,
Un homme jeune et riche vit seul sur les bords de la Seine en Normandie. Un jour, il voit passer devant chez lui un bateau qui vient du Brésil, terre fantasmée et berceau de nombreuses croyances en ce XIX° siècle. Puis, cet homme commence à mal dormir, à se sentir oppressé, remarque que l'eau de sa carafe de nuit disparaît sans qu'il y touche, du lait également. Il se sent habité par un être surnaturel.
Guillaume Sorel s'approprie ce livre extrêmement connu du Guy de Maupassant, qu'il écrivit dans les dernières années de sa vie, lorsque la folie commençait à faire son œuvre en lui. Qui ne connaît l'excellent écrivain, fin et très observateur de la bourgeoisie normande du 19ème ? J'ai vu beaucoup de ces contes ou de ses histoires joliment adaptés pour la télévision, j'en ai lus aussi, Le Horla aussi bien évidemment, sans doute l'un des plus connus de l'auteur. Et bien que nenni ! Dès que j'ouvre cette BD, je sens que je découvre une histoire, sentiment qui se confirme au fur et à mesure que je tourne les pages.
Grâce à G. Sorel, je pourrai dire que j'ai lu ce conte fantastique, paru en 1887. Le dessinateur qu'il est fait plutôt dans le dessin réaliste, qui colle parfaitement au style de Maupassant qu'on pouvait qualifier comme tel. Tons ocres de la Normandie en cet été chaud et beau (attention, contrepèterie, précision pour ceux qui ne connaissent pas ce grand classique, totalement mauvais et inutile, mais qui peut encore me faire rire) et lumineux. Tons grisés-bleutés pour les nuits agitées au sein de la maison bourgeoise. L'ambiance est au diapason de l'histoire, surnaturelle, des formes semi-humaines, sortes d'ombres sorties de l'imagination de l'homme. Cet homme qui se transforme visiblement de page en page lorsque la folie entame son travail de sape, puis s'installe durablement. On voit véritablement, l'angoisse monter dans les yeux et dans le visage de héros, la peur de la fin inéluctable pour échapper à ce qu'il pense être une possession de son corps par un être surnaturel. Tout est bien rendu.
On peut lire Le Horla de Guy de Maupassant, pour le plaisir de retrouver sa plume. On peut aussi le lire dans sa forme BD, celle de Guillaume Sorel qui en a fait un très bel album, sans trop de dialogues, certaines pages sont totalement muettes et néanmoins très parlantes pour le lecteur. Je ne suis pas forcément fan des classiques repris en BD, c'est parfois un exercice un peu casse-gueule. Guillaume Sorel s'en sort très haut la main. A conseiller à tous.

Noukette, Leiloona,  Géraldine, et sûrement d'autres en parlent

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C'est moi Pusheen le Chat

Publié le par Yv

C'est moi Pusheen le Chat, Claire Belton, Éd. Hugo et Desinge, 2014 (traduit par Arthur Desinge)..,
Pusheen est une chatte grise qui vit aux États-Unis. Imaginée par Claire Belton d'après l'animal qui vivait avec elle chez ses parents et reproduite sur un blog ; on la trouve maintenant sur Facebook, sur Twitter et Tumblr, sur Pusheen.com et depuis récemment dans ce livre ! Ouf !
Le chat est décidément un animal très BDphique. Pusheen n'a pas l'ironie, le sens de l'absurde, l'humour humain de Le Chat de Philippe Geluck ; elle n'a pas le charme et l'humour exclusivement félin de Simon's Cat ; elle est entre les deux. Grise, grosse, bavarde, paresseuse et ne pensant qu'à manger... bon sang mais c'est bien sûr, c'est Eden (ou Dédenne voire La Grosse voire même carrément La Grosse Dédenne), l'énormité qui squatte notre maison depuis deux ans, recueillie un jour de grande bonté, et plus particulièrement un fauteuil bien précis ! Avec son ventre qui ballotte, qui traîne par terre et ses pertes urinaires ou je-ne-sais-d'où qui embaument les lieux où elle est, ce n'est pas une sinécure (d'ailleurs si quelqu'un est preneur...) ! Parenthèse Dédennesque fermée, je reviens donc à Pusheen qui ne gagne probablement pas à être mise en livre, parce qu'elle perd le côté animé en GIF (sachant quand même que l'animation est très minimale), si ce n'est la possibilité de pouvoir sortir le livre plus aisément qu'un ordinateur, de suivre les quelques strips d'un seul coup d'œil.
Les dessins sont enfantins, ronds, très légers, peuvent être mis entre toutes les mains même les plus innocentes voire même celles des cathos intégristes qui n'y verront pas malice même si Pusheen est à poil (ah, ah, ah) ! Ils reproduisent bien (pas les cathos grand dieu, les dessins !) les différentes postions (non, non, toujours pas les intégristes) des chats, leurs lubies, leurs habitudes, leurs envies. Qui a un chat y verra forcément dans un dessin ou un autre le sien reproduit.
Plus de quatre millions de gens qui aiment sur Facebook, j'imagine autant de fans sur les autres réseaux sociaux, et tout plein de suiveurs sur les blogs et sites, Pusheen est un vrai phénomène assez incompréhensible, je dois dire, car si elle est bien sympathique, elle ne fait pas grimper aux rideaux, sauf elle qui aime bien en faire des dentelles. Je me demande moi, si je ne vais pas en faire autant avec ma Dédenne et avec un peu de chance, au lieu d'attirer les quolibets et les mauvaises odeurs, elle attirera les billets qui eux, sont bien connus, n'ont pas d'odeur...

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Les voleurs de cerveaux

Publié le par Yv

Les voleurs de cerveaux, Cyrille Launais, Ed. Sixto, 2013.....

Luc Renard est livreur pour la librairie Bouquain à la fin des années 50. Au volant de sa 2CV fourgonnette, il sillonne les rues de Nantes pour son travail. En arrivant chez M. Derval, client habituel, Luc le retrouve mort, un trou dans la tête. A peine a-t-il remarqué cela que Luc est assommé et laissé sur place. Lorsqu'il se réveille, les policiers sont présents. Il est entendu, relâché et ne peut s'empêcher de mener sa propre enquête avec Jeanne sa cousine. Bien mal leur en prend.

Que voilà une belle bande dessinée : couverture souple et néanmoins superbe, très réussie de mon point de vue, 100 pages si l'on excepte le dossier final intitulé Etudes graphiques, une mise en page soignée, un magnifique dessin en noir et blanc, travaillé un peu comme de la photo sur certaines cases, avec différents plans : le premier est net et le second flou, comme lorsque l'on fait le point sur une seule personne. Le dessin est très réaliste, les personnages sont très identifiables, ils ont des "gueules", un peu comme dans les films de Lautner ou dans les BD de Tardi. Les paysages sont eux aussi réalistes, identiques à ce qu'était Nantes à l'époque (d'après ce que j'en ai vu puisqu'évidemment, je n'étais point encore dans cette belle ville ni même né) ; des quartiers sont encore reconnaissables, d'autres moins, je me repère aux bâtiments qui eux sont restés. Le texte est basique, assez simple, très symbolique de l'époque entre argot et dialogues d'Audiard (les références n'y sont d'ailleurs pas cachées) et tant mieux, car il permet de rester ancré dans la réalité alors que l'intrigue flirte avec l'irréel, le surnaturel avec grand bonheur.

Un excellent moment passé en compagnie de toute cette bande, du même ordre que lorsque vous visionnez un bon vieux film de gangsters français des mêmes années : humour, parodie, langage fleuri et tronches indescriptibles, voitures oubliées, vitesse folles (au moins du 72 km/heure !), pas de prise de tête, d'intellectualisation du ou des propos, pavés des rues de Nantes, clin d'œil à la presse locale et à la star incontestée de Nantes, Anne de Bretagne (sa seule existence en son château, en cette ville prouve à elle seule son appartenance à la Bretagne ; je dis ça bien sûr juste pour attiser la querelle récurrente en nos rues nantaises) et qui est morte il y a tout juste 500 ans (le 09 janvier 1514)

Pour de plus amples informations, n'hésitez pas à aller visiter le site des éditions Sixto, collection CasaNostra (en cliquant sur le nom) spécialisée dans le genre BD polar qui se déroule dans le centre des villes. En plus, vous aurez un interviouve de l'auteur Cyrille Launais. La lecture de cet album valant mieux qu'un long discours (surtout d'un de mes discours), je vous laisse le découvrir par vous-même, ce qu'évidemment, vous ne manquerez pas de faire.

 

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La tête en l'air

Publié le par Yv

La tête en l'air, Paco Roca, Éd. Delcourt, 2013 (traduit par Carole Ratcliff)...,

Ernest, atteint d'un début d'Alzheimer fait son entrée dans une maison de retraite spécialisée. Le passage à la vie en communauté est rude, il sera aidé par Émile, son voisin de chambre, joyeux drille toujours prêt à une bonne blague voire une petite entourloupe.

Bande dessinée qui traite d'un sujet pas facile mais tellement d'actualité. On n'échappe pas aux pertes de mémoire, aux pertes d'autonomie, aux douleurs de s'en rendre compte. "La vieillesse est un naufrage" disait le Général De Gaulle, à propos du Maréchal Pétain. Tout cela est montré, mais comment passer outre ? Écrire ou dessiner un livre sur les vieux en maison de retraite et sur ceux qui souffrent de maladies dégénératives sans montrer tous les aspects négatifs serait une tromperie sur la marchandise. Rassurez-vous, tout est bien montré, mais Émile est là pour mettre un peu de gaieté et d'entrain dans la maison. Dès qu'il y a une bêtise à faire, il ne peut s'en empêcher, un peu comme Wilfred dans Quartet de Dustin Hoffman, un film dit en passant qu'il faut voir si ce n'est déjà fait. La vision de la maison de retraite n'est ni idyllique ni plombante. L'auteur, en fin de volume explique que toutes les personnes dessinées sont inspirées de parents d'amis, de gens rencontrés dans les maisons de retraite qu'il a visitées pour bien connaître son sujet. Son récit est tellement crédible que l'on pouvait presque se douter de cette précision. 

Le dessin est clair, précis, lisible ainsi que la police utilisée dans les phylactères, couleurs proches de la réalité. Un bel album dont a été tiré un film qui, au vu de la bande-annonce semble très fidèle au livre.

 

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Libfly et Babelio recensent quelques avis

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Le singe de Hartlepool

Publié le par Yv

Le singe de Hartlepool, Wilfrid Lupano et Jérémie Moreau, Éd. Delcourt, 2012.....

Au large des côtes anglaises, en 1814, près du village de Hartlepool, un navire de la flotte française, napoléonienne de surcroît fait naufrage. Seuls survivants, un singe, celui du capitaine et un mousse qui parle anglais et qui se fait passer pour tel, car, dans ce village, les Anglais haïssent les Français de manière viscérale. Lorsque le singe est attrapé, les villageois d'Hartlepool le prennent pour un Français et veulent le tuer. 

Ce qui pourrait au départ faire penser à une farce tourne très vite à la tragédie. La haine, l'intolérance aveuglent les villageois au point de ne pas entendre (et oui, on peut être aveugle et sourd !) les remarques d'une jeune fille ayant reconnu un chimpanzé. Il faut dire aussi qu'à l'époque les singes étaient moins connus, beaucoup plus exotiques que maintenant. Les messages de tolérance, de respect de la personne émanant du docteur de passage dans cette ville n'auront pas non plus le moindre effet devant la montée de la haine.

Excellente bande dessinée déjà très largement critiquée sur les blogs qui, selon la quatrième de couverture, est "inspiré[e] d'une légende tristement célèbre du Nord de l'Angleterre". Une histoire qui peut représenter tous les totalitarismes ou comment une foule éprise de haine en arrive aux pires exactions, tous les racismes du plus quotidien au plus violent mais surtout la bêtise humaine dans toute sa splendeur.

Un dessin très chouette dans lequel les émotions et les sentiments sont clairs, bien exprimés. Décors assez simples, personnages expressifs, et en plus mon exemplaire, celui de la bibliothèque municipale sentait bon l'encre et le papier. On est dans des tons verdâtres dans la première partie, puis plutôt orangés et ocres sur la fin. 

Tout est bon dans cette BD. A lire et faire lire, même aux plus jeunes tant il aborde des sujets actuels, malheureusement intemporels. A faire lire également à tous ces crétins qui ces derniers temps se sont déchaînés contre Christiane Taubira et à tous ceux qui, au quotidien, se permettent des remarques, des insultes envers ceux qui ne répondent pas à leurs critères, à ceux qui ne leur ressemblent pas. Un excellent moyen de lancer une conversation, de provoquer des questionnements et d'y répondre.

BD pas mal lue et chroniquée : Babelio, Libfly.

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François Schuiten, l'horloger du rêve

Publié le par Yv

François Schuiten, l'horloger du rêve, Thierry Bellefroid, Casterman, 2013 (graphisme, Stéphane de Groef).....

Connaissez-vous François Schuiten ? Les amateurs de BD sûrement. Les autres peut-être pas. Peut-être avez-vous lu un épisode ou plusieurs de sa série la plus célèbre, en collaboration avec Benoît Peeters, Les cités obscures ? Personnellement, je ne les ai pas tous lus, mais les quelques  albums que j'ai eu la chance de lire et regarder m'ont émerveillé, notamment par les dessins et l'univers qu'ils décrivent, un monde qui fait référence au nôtre tout en lui étant parallèle.

L'horloger du rêve est une biographie de François Schuiten. Une biographie illustrée évidemment, comment pourrait-il en être autrement ? Je dirais même plus -F. Schuiten dit de Hergé : "Hergé, c'est le père tutélaire. Quand on est auteur de bande dessinée, on ne peut pas s'empêcher, à un moment ou un autre, de faire référence à Tintin et de rouvrir un album. Il a construit les fondations de ce que nous sommes." (p.30)- richement illustrée (le dossier de presse visible chez Gilles Paris fait état de "500 illustrations dont de très nombreux dessins inédits.") Extrêmement bien documenté, ce gros livre séduira ceux qui aiment le dessinateur et ceux qui veulent en connaître un peu plus sur lui, ou simplement les curieux, comme moi. Il est très beau (le livre, pas le dessinateur, encore que je n'en sache rien, je ne le connais pas) ; une preuve de ce que je dis, je n'aime pas les bandeaux sur les couvertures des livres, en général, je les ôte et les jette, mais là, regardez bien celui-ci, ce sont les rouages (dessinés par F. Schuiten), impossible de l'enlever, il apporte un plus indéniable à la couverture. Et à l'intérieur c'est idem, certains dessins sont pareils à des toiles surréalistes. Il y a aussi des extraits de BD, des détails, des affiches, ...

Sachez également que T. Bellefroid  a travaillé son sujet et qu'on en apprend plus sur la genèse du dessinateur, sur ses premiers projets de mini-BD jusqu'à ses participations à des scénographies, des expositions itinérantes, des films, des spectacles vivants voire même des interventions sur les paysages urbains de plusieurs grandes villes (Bruxelles, Paris, Lyon, Lille notamment). 

Un (très) beau livre gros et lourd à s'offrir ou se faire offrir. Et ça tombe très bien, il y a quelque échéance de fin d'année qui se prête tout à fait à ce genre d'action.

 

rentrée 2013

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Machine Gum

Publié le par Yv

Machine Gum, John Martz, Éd. La Pastèque, 2013...

John Martz met en scène le petit robot de la couverture pour des petites saynètes dans lesquelles il se métamorphose, se brise, se décompose, se multiplie, ...

Ce n'est pas une bande dessinée à proprement parler ni ce qu'on appelle désormais un roman graphique : c'est une suite de dessins qui raconte de petites histoires sans paroles et en noir et blanc.

 

Voilà par exemple l'une des pages.

N'étant point spécialiste du genre dessin, ni des interprétations d'iceux, de ce que peut bien vouloir dire John Martz en utilisant son robot, je suis bien en peine pour faire mon billet. Peut-être suffit-il de se laisser porter, de se laisser faire et de juste apprécier le trait et l'humour qui se détache des planches. C'est ce que j'ai fait ou tenté de faire, et je peux dire que j'aime bien ce personnage aux multiples facettes, la manière qu'a J. Martz de jouer avec les formes. Le robot devient ver ou serpent, humain, se déguise en des personnages qu'on reconnaît immédiatement : Mickey Mouse et Mafalda par exemple. Un exercice qui paraît assez austère sur le papier et qui se révèle plein de trouvailles, d'astuces et de drôlerie, qui peut même faire réfléchir sur la condition humaine, mais en écrivant cela, je suis en totale opposition avec ce que j'ai noté plus haut, et je fais mon psy à deux balles. Mais bon, m'est avis quand même qu'en grattant un petit peu, on pourrait interpréter les dessins de John Martz assez finement. Mais juste les regarder et se laisser faire est déjà une bonne approche.

Un petit dernier, un de ceux que je préfère 

Un merci à Lifly et sa Voie des Indés et à l'éditeur, La Pastèque.

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Sotchi pour mémoire

Publié le par Yv

Sotchi pour mémoire, Guillaume Reynard, Jean-Claude Taki, Éd. Intervalles, 2013.....

Un mail malhabile envoyé de Russie : "29 août Olga enfonce dans la mer. L'enterrement 6 septembre." informe les auteurs du livre qu'Olga est morte noyée, près de Sotchi. Ils partent alors dans cette ville tenter de comprendre les raisons de cette noyade.

Les ceusses d'entre vous qui viennent régulièrement sur le blog vont penser que je débloque, que l'Alzheimer est là en moi, puisque j'ai déjà parlé de ce livre. Que nenni, bande de médisants ! Si j'ai effectivement déjà évoqué cette histoire, c'est dans le roman de Jean-Claude Taki intitulé Sotchi inventaire. Là, je cause d'un livre illustré basé sur le même récit. Jean-Claude Taki est au texte, beaucoup plus poétique ; il parle essentiellement d'Olga, de sa noyade de ses efforts pour ne pas sombrer, elle la fille forte toujours prête à lutter à ne pas renoncer. Il évoque les éléments ou plus précisément l'élément liquide qui aura raison de ses forces mais sans doute pas de sa volonté. Alors que dans le roman, il s'attardait sur le voyage du narrateur, Guillaume, sur son séjour à Sotchi, ses rencontres et ses dessins, là sa poésie ne parle que d'Olga. Une suite logique du roman en quelque sorte. La mise en page m'évoque des lettres, peut-être de l'alphabet russe ? Elle donne une scansion particulière, parfois un seul tout petit mot sur une ligne, parfois une grande ligne de 20 mots. Un beau poème qui, je l'avoue, m'aurait sans doute laissé pantois si j'avais débuté l'histoire d'Olga par lui, mais je ne suis pas très ouvert au genre poétique que je ne saisis pas souvent. Là, le fait d'avoir lu d'abord le roman me permet d'apprécier le rythme, le choix des mots, la mise en page car je comprends le sens. J'aime beaucoup cette suite poétique du roman, très belle idée qui est un moyen de s'exprimer autrement et de toucher des lecteurs de manière différente.

Guillaume Reynard est aux dessins. Il s'en tient beaucoup plus au voyage, au séjour, comme s'il était le Guillaume du roman (?), celui qui remplit des carnets de ses dessins de Sotchi, des lieux, des paysages et de quelques (rares) personnes rencontrées. Un dessin gris aux traits fins, fragiles qui reproduit la cabine de l'avion, les chambres d'hôtels, la plage, la cantine, ... Très réaliste, il fige les moments de doute de Guillaume avant de se rendre sur la plage sur laquelle s'est noyée Olga. C'est vraiment une excellente idée que ce livre illustré, car il me permet de visualiser tout ce que JC Taki décrit dans le roman, et ma frustration de n'avoir pas encore vu le film Sotchi 255 (réalisé sur le même thème par JC Taki) en est largement amoindrie. Et moi, je (très égocentré Yv) lis en visualisant, d'où ma difficulté parfois avec la poésie et/ou les essais. En outre, l'idée que l'on puisse à partir d'une même histoire, créer différents supports pour tenter d'en faire le tour, pour toucher tout le monde et pour tâter de différents arts me ravit, c'est un procédé qui me plaît bien. 

Un beau livre qui va naturellement rejoindre sur les rayons de mes étagères Sotchi inventaire, deux bouquins qui doivent pouvoir se lire indépendamment l'un de l'autre, ce qui m'est difficile à dire puisque j'ai lu les deux, acte intelligent que je vous conseille vivement.

 

rentrée 2013

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