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Recherche pour “opération bella ciao”

La prophétie de Langley

Publié le par Yv

La prophétie de Langley, Pierre Pouchairet, Jigal polar, 2017.....

Ludo d'Estre est trader dans une grande banque parisienne et prêt à flirter avec les limites de la légalité pour gagner beaucoup d'argent. Un jour, il remarque une transaction douteuse sur une grande société d'énergie française. Aidé de Reda, son collaborateur, il tente d'en savoir plus et pense à un délit d'initié. La suite lui prouvera que c'est bien pire. Entre Ludo le bourgeois versaillais et Reda l'enfant des cités de Trappes, malgré les regards étonnés, le courant passe bien. Mais lorsque Ludo disparaît c'est Reda qui est suspecté. Johana Galji, commandant à police versaillaise qui mène l'enquête, pas convaincue de la culpabilité du jeune homme.

Pas de temps mort dans ce polar. il commence vite et tient le rythme jusqu'au bout voire même s'emballe encore sur la fin. On suit d'abord Reda et Ludo, puis Reda seul qui tente de faire la lumière sur la disparition de son ami  mais aussi Johana qui veut comprendre ce qui se passe. Tout tourne autour de la finance, du terrorisme, et malgré cela, les explications et la vulgarisation fonctionnent à merveille. Jamais le lecteur n'est perdu et au contraire, comprend mieux certains rouages des grandes banques et la surveillance des transactions financières et des réseaux terroristes qui cherchent à se financer en montant des opérations boursières.

C'est drôlement bien fait. Phrases courtes, vocabulaire courant, explications simples et claires. Je me suis évidemment plus attaché aux personnages principaux, Reda et Johana mais aussi Alasdair McLeod ex-légionnaire devenu banquier, les autres les politiques naviguent dans des sphères assez éloignées de nos préoccupations, même s'il faut bien le dire, les décisions doivent se prendre rapidement et auront des conséquences à court terme pour nous communs des mortels. Franchement, je n'aimerais pas être à leur place et je me demande même pourquoi il y a tant de candidats pour des postes à emmerdes, à moins qu'il y ait des gros sous à se faire facilement, il faudra demander à certain(e)s prétendant(e)s à l'élection suprême en France, s'ils veulent bien répondre aux convocations....

Enfin bref, pour revenir au roman de Pierre Pouchairet, quelques touches plus légères voire humoristiques permettent un peu de répit avant de repartir de plus belle. Je ne vais pas m'étendre plus je voudrais que chaque lecteur ait les mêmes surprises agréables que moi. Contentez-vous -c'est un conseil pas un ordre !- de mon article et de la quatrième de couverture, Jigal n'est jamais très disert dessus, ce qui préserve le suspense. Diablement efficace, instructif et bourré de personnages bien campés, ce polar est un modèle de genre qui colle à l'actualité.

NB : Pierre Pouchairet a de plus l'honnêteté de préciser en couverture que l'idée originale est d'un autre : L. Gordon avec qui il a collaboré. Excellent travail et excellent polar.

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Mon traitre

Publié le par Yv

Mon traître, Sorj Chalandon, Ed. Grasset, 2007 (Livre de poche, 2009)

Antoine, luthier parisien est à Belfast pour y voir des amis Jim et Cathy. Dans les toilettes d'un pub, un homme lui apprend à pisser, c'est Tyrone Meehan, l'un des principaux membres actifs de l'IRA. Il deviendront amis très proches. Tyrone sera aussi celui qui trahira la cause au profit des Anglais. Il sera "mon traître" pour Antoine.

Après avoir dévoré Retour à Killybegs, me voici donc avec Mon traître, roman écrit précédemment mais qui raconte la même histoire sous un angle différent. Mon souci est le suivant : je suis tout autant emballé que pour Retour à Killybegs, alors comment le dire différemment, histoire de ne pas ennuyer les quelques uns d'entre vous qui auront lu les deux billets ? Bon, je me lance, et tant pis si je me répète.

Plongée en plein coeur de l'Irlande en guerre contre l'Angleterre. Point besoin de connaissances historiques poussées, il suffit de savoir un petit peu ce qui s'est passé entre ces deux pays pour comprendre et appréhender au mieux les tensions, les amitiés, les heurts, les emprisonnements... Antoine est devenu Tony par la grâce de son amitié avec Tyrone : "Une casquette large, à bouton sur le dessus et chevrons noirs et bruns. Dans la glace, un Irlandais riait. C'était moi, exactement. Tyrone a payé. [...] Je me suis mis face à lui, mains dans les poches, veste un peu juste, pantalon aux chevilles, visière arrondie, casquette tombée sur le côté droit. Il m'a regardé et à levé le pouce.

- Tu étais Antoine, te voilà Tony, a ri Tyrone Meehan." (p.122)

Il découvre tout le combat des Irlandais et de l'IRA, prend même part à certaines opérations de passage d'argent, loge des partisans dans son petit local professionnel parisien. Et toujours, cela est fait au nom de l'amitié, de la chaleur humaine qui court dans les villes, les campagnes irlandaises. Adoubé par Tyrone, Tony est devenu le luthier français ami. Il ressent donc au plus fort sa trahison. Pour lui, c'est un monde qui s'écroule. Il se pose beaucoup de questions sur la qualité de l'amitié qui les liait plus que sur les raisons de la trahison. Ce livre ne donne pas d'explications sur ces raisons. C'est vraiment le point de vue de Tony. Pour en savoir plus sur ce qui a poussé Tyrone à trahir, il faudra se reporter sur Retour à Killybegs qui est donc la même histoire, mais vue par "mon traître"

Ecrit avec des phrases courtes, rapides, la lecture est vive, dynamique, jamais je ne m'y suis ennuyé. Un bouquin fort, qui ne peut laisser indifférent, assez visuel : on peut sans trop de peine imaginer les paysages, les visages. Un roman sur l'amitié entre deux hommes sur leur rencontre et les bons moments qu'ils passent ensemble dans un contexte dur et dangereux. 

"Et Tyrone Meehan a parlé. Il a dit que certainement des gens ici m'avaient déjà vu. Qu'ils m'avaient croisé sans trop savoir qui j'étais. Et qu'il fallait qu'aujourd'hui ils le sachent. Voilà. Je m'appelais Antoine, j'étais français et luthier. Alors que les Britanniques lui infligeaient les tortures et la mort, moi, j'offrais à l'Irlande ses plus belles musiques. Il a dit que je fermais les yeux lorsque je jouais. Et que mon violon devenait la colère. Et que c'était ma façon d'être. Et mon combat. Et ma beauté. Et mon courage. Et ma valeur. Et que chacun devait aider l'Irlande comme il le pouvait." (p96)

Beaucoup d'avis sur les blogs, Babelio en regroupe un certain nombre.

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Les nuits de laitue

Publié le par Yv

Les nuits de laitue, Vanessa Barbara, Zulma, 2015 (traduit par Dominique Nédellec).., 

Otto et Ada vivent depuis cinquante ans dans une grande maison jaune dans cette petite ville brésilienne. Ils aiment le chou-fleur à la milanaise, le ping-pong et les documentaires animaliers. Puis, Ada meurt. Otto reste seul. D'autant plus seul que c'est Ada qui participait à la vie du quartier. Les voisins d'Otto sont tous plus déjantés les uns que les autres : Nico est un préparateur en pharmacie passionné par les effets secondaires des médicaments ; Anibal est un facteur qui a une manière très originale de distribuer le courrier, il se moque des destinataires ; Iolanda est une vieille femme qui vit avec des chihuahuas encombrants ; Teresa est une dactylo à domicile qui doit surveiller sans cesse ses chiens qui fuguent et font de gros dégâts ; M. Taniguichi est un centenaire japonais arrivé au Brésil après avoir continué la seconde guerre mondiale jusqu'en 1978, seul aux Philippines ; Mariana est une jeune mariée, anthropologue que son mari délaisse souvent pour ses déplacements professionnels.

Ce premier roman d'une jeune auteure brésilienne est barré, empli de personnages loufoques, franchement déjantés. La palme revient pour moi à Nico ce passionné des médicaments et de leurs effets secondaires et des interactions entre eux tous. Il est aussi un jeune homme énamouré et timide qui évidemment a du mal à parler à l'élue de son cœur qui ne partage sans doute pas sa passion il est vrai peu commune. Otto, lui, seul dans sa maison observe tous ses voisins, il sent qu'on lui cache des choses et en bon amateur d'histoires policières, il se bâtit un scénario qui file tout le long du roman, surtout dans sa dernière partie.

C'est un roman assez inégal, qui multiplie les bonnes idées, comme les fantaisies des protagonistes, leurs lubies voire leurs délires, qui utilise la réalité (par exemple, il a bien existé un soldat japonais qui a continué sa guerre jusque dans le milieu des années 70 et est venu ensuite vivre au Brésil, Hiro Onoda), qui sait user des codes du polar pour finir en beauté. Malgré cela, il est un peu long et certains passages sont ennuyeux que j'ai passés sans état d'âme pour arriver vite à cette fin vraiment bien fichue.

Frais, original et fin ce roman aurait gagné à être élagué pour gagner en énergie. Néanmoins m'en restent un bon souvenir, la découverte d'une auteure à suivre et une recette de tisane à la laitue pour combattre les insomnies, que personnellement, bien que souffrant d'un sommeil capricieux, je ne suis pas prêt à essayer, d'abord parce que la recette ne m'apparaît pas vraiment sexy : "Après cinq minutes de cuisson [des feuilles de laitue dans de l'eau], et de silence solennel (Otto craignit que son épouse ne s'endorme sur place), l'eau prit une couleur jaune-verdâtre et Ada se félicita du succès de l'opération. Elle couvrit la solution herbacée, attendit encore un peu, puis servit son mari qui, à ce stade, s'était déjà enfui dans le jardin." (p.80), et ensuite, parce que la laitue n'est pas ma salade préféré, rien en vaut une roquette ou une mâche... nantaise bien sûr.

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Petit Piment

Publié le par Yv

Petit piment, Alain Mabanckou, Seuil, 2015.., 

Tokumisa Nzambe po Mose yamoyindo abotami namboka ya Bakoko, ce qui signifie en lingala "Rendons grâce à Dieu, le Moïse noir est né sur la terre des ancêtres" est le nom du petit garçon narrateur de ce roman. Orphelin, c'est le père Moupelo, le prêtre de l'orphelinat qui l'a baptisé ainsi, mais tout le monde l'appelle Moïse, ce qui ne lui plaît guère. Moïse donc, 13 ans, est à l'orphelinat sous la coupe d'un directeur autoritaire qui tourne sa veste dès que le régime change. Et cette année-là, c'est la révolution marxiste en République Populaire du Congo. Moïse finit par s'enfuir de l'orphelinat en direction de Pointe-Noire.

J'aime bien Alain Mabanckou, il est même l'un des quelques écrivains pour qui je regarde La Grande Librairie lorsqu'il y est invité, autrement je fuis cette émission qui invite toujours les mêmes à part les numéros spéciaux avec lecture ou choix de livres pour lire pendant les vacances. J'écrivais avant de m'auto-interrompre que j'aimais bien Alain Mabanckou. Je l'ai lu plusieurs fois avec des bonheurs divers : les très bons Black bazar et Tais-toi et meurs et le moins captivant Demain j'aurai vingt ans (d'autres aussi mais non répertoriés dans le blog, car lus avant l'ouverture d'icelui). Petit Piment tombe plutôt dans la seconde catégorie, les moins captivants au moins pour sa première partie. Ainsi que j'ai pu le dire plusieurs fois, je ne suis pas très amateur de l'enfant-narrateur qui permet selon moi de passer quelques faiblesses voire quelques facilités. Malgré mes réticences, en général, Alain Mabanckou passe l'écueil haut la main. Là, je dois avouer que je m'ennuie un peu beaucoup. Je ne retrouve pas la langue truculente de l'auteur ; c'est bien écrit, certes, mais un peu fade. Cette première partie traîne en longueurs, la description de la vie à l'orphelinat aurait pu être plus vive, plus dynamique ; l'auteur tourne en rond, se répète et nous on n'avance pas. Il faut attendre la seconde partie du roman pour qu'enfin il prenne une autre dimension, c'est un peu tard, on est déjà à la page 170 sur 270, mais ne boudons pas notre plaisir : Moïse devenu Petit Piment se lie d'amitié avec Maman Fiat 500 une maquerelle de Pointe-Noire, puis à la suite d'une opération "Pointe-Noire sans putes zaïroises", le bordel est détruit et Petit Piment se retrouve seul et erre totalement désemparé pour ne pas dire carrément barge. Et là, enfin, le récit devient intéressant. Alain Mabanckou donne libre cour à son imagination, retrouve allant, rythme et vivacité. Et ce roman qui débute poussivement finit en beauté avec une centaine de pages réjouissantes. Mon conseil à l'auteur : "Alain, lâche-toi, c'est vachement bien quand tu le fais, ne réprime pas tes pulsions d'auteur à l'imagination fertile. Sois cool, laisse-toi aller !"*

*Qu'Alain Mabanckou veuille bien m'excuser cette familiarité tant dans le tutoiement que dans les conseils d'un simple lecteur à lui, l'écrivain talentueux couronné de prix...

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Corps désirable

Publié le par Yv

Corps désirable, Hubert Haddad, Zulma, 2015..... 

Cédric est le fils du richissime homme d'affaire Morice Allyn-Weberson. Il est journaliste et très engagé contre les trusts pharmaceutiques et la finance, c'est à dire tout ce que représente son père. Il publie sous un pseudonyme, Cédric Erg et est la cible de certains groupes qui voient en lui un empêcheur de faire des affaires. Cédric est très amoureux de Lorna, très belle grand reporter ; ils vivent une histoire intense, passionnelle. Un jour, il est victime d'un accident qui le laisse cloué sur un lit d'hôpital. Sa seule chance de pouvoir continuer sa vie est de se faire greffer un nouveau corps, car cette technique est presque au point, un médecin italien la maîtrise, mais pas encore sur des humains. Cédric sera donc le premier, sa tête sera greffée sur le corps d'un donneur cliniquement mort dont personne ne sait rien.

Que voilà un roman formidable, à la fois classique : une histoire d'amour, de passion et un homme qui ne veut pas perdre la femme qu'il aime et en même temps, résolument moderne : la greffe de corps et les questions éthiques, humaines et morales qu'elle pose. Pendant la première partie du roman, j'hésitais entre la fascination pour l'exploit d'une telle opération et la peur qu'elle se réalise vraiment un jour. Un véritable malaise naît de la lecture, et franchement, un livre qui bouscule, c'est excitant.

Imaginez un roman classique d'un homme qui se pose des questions sur le sens de sa vie, qui aime profondément une femme qui veut le quitter, qui est donc prêt à tout pour la garder, qui veut continuer à se battre pour ses idées ; bon, on en a lus, ils sont parfois très bien et d'autres fois moins. Maintenant, prenez tout cela -mais un bon roman déjà- et ajoutez-y cette greffe de corps et donc les questions d'identité, du désir, de la jalousie (est-ce lui, Cédric, qui fait l'amour à Lorna ou l'autre, surtout lorsqu'elle ne regarde pas son visage ?), ... Toutes ces questions sont amplifiées par cette double identité au sein d'un même individu. Est-ce le cerveau qui a la mémoire du passé ou est-ce le corps ? Les informations passent-elles nécessairement du cerveau vers le corps, en descendant donc, ou bien, peuvent-elles remonter ? Si oui, quels sont les souvenirs, les réflexes, les apprentissages ou les choses innées qui sont de Cédric ou du donneur de corps ? Finalement, le nouveau Cédric Erg est-il le même qu'avant ou un mélange entre lui et le donneur de corps ? Et qui est ce donneur ?

Autant d'interrogations auxquelles Hubert Haddad répond ou tente de répondre dans une belle langue, comme d'habitude chez lui, absolument pas alambiquée ou artificielle ; elle est magnifique, parfois poétique -le chapitre où Cédric découvre son nouveau corps (p.103/107) est d'une grande beauté- qui use de mots savants -parfois médicaux, mais point trop, l'écueil est largement franchissable- ou de mots tombés en désuétude que l'auteur réhabilite avec talent et plaisir pour le lecteur. Les chapitres sont courts, rapides, ce qui donne à cet ouvrage un rythme de roman à suspense dont il a la densité et la force de vouloir absolument le finir vite pour connaître le fin mot de l'histoire.

Dans un thème ressemblant, n'hésitez pas à vous procurer et à lire, l'excellent roman de Roque Larraquy publié chez Christophe Lucquin, La Madrivore.

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La formule préférée du professeur

Publié le par Yv

La formule préférée du professeur, Yoko Ogawa, Actes sud, 2005 (traduit par Rose-Marie Makino-Fayolle)

Une jeune aide-ménagère est embauchée chez un professeur, chercheur en mathématiques, victime d'un accident dix-sept ans plus tôt qui lui a chamboulé la mémoire. Ses souvenirs s'arrêtent à 1975 et l'autonomie de sa mémoire ne dépasse pas 80 minutes. Petit à petit l'aide-ménagère parvient à créer du lien, le professeur lui demandant même d'amener son fils de 10 ans le soir après l'école. Une relation naît entre le vieil homme et l'enfant.

Voilà une situation assez originale pour attirer mon regard et le choisir dans la liste pour le club de lecture de la BM. Roman qui débute très bien, la rencontre entre la jeune femme et le vieux professeur est bien rendue. Elle, ne sachant pas encore comment faire avec cet homme qui ne la reconnaît pas d'une fois sur l'autre, et lui, posant toujours les mêmes questions de bienvenue, notamment celle-ci : "Quelle pointure faites-vous ?" (p.16). Pour lui, tout tourne autour des chiffres, sa vie et celles des autres. Il passe son temps à tenter de résoudre des problèmes de mathématiques sans se leurrer quant à leur utilité :

"Résoudre un problème dont la solution existe obligatoirement, c'est un peu comme faire avec un guide une randonnée en montagne vers un sommet que l'on voit. La vérité ultime des mathématiques se dissimule discrètement à l'insu de tous au bout d'un chemin qui n'en est pas un. En plus, il n'est pas sûr que cet endroit soit un sommet. Ce peut être une gorge entre deux falaises abruptes ou un fond de vallée." (p.53/54)

Yoka Ogawa réussit sur le début de son roman à rendre les mathématiques intéressantes voire poétiques. Et puis Root, le jeune garçon entre dans la maison du professeur et elles deviennent un moyen d'éducation, un but dans la vie (assez ténu au départ). La relation entre ces trois personnes si elle n'a rien de très original, est bien campée. On en voit bien l'évolution, les liens qui se tissent irrémédiablement. 

Néanmoins, et malgré ses énormes qualité, je dois bien dire que je reste un peu dubitatif ou perplexe. Le contexte après m'avoir charmé au début m'a déplu. Je n'ai rien contre les mathématiques (rien pour non plus !), mais elle prennent beaucoup de place. J'aurais pu passer outre ce contexte chiffré si un autre thème encore plus rébarbatif n'était venu s'y ajouter : le base-ball. Une addition (j'en suis resté à cette opération, c'est dire mon niveau) mathématiques + base-ball = ennui profond. Et là, je reste sobre et bien élevé, car sur mon petit papier glissé dans chacun des livres que je lis, pour y noter les pages qui me plaisent (ou non), j'ai marqué : "Ça me fait ch... !" Un cri du cœur (c'est une image, je ne pouvais pas élégamment écrire  "Un cri du colon !"). 

Décidément, la littérature asiatique, c'est pas mon truc. Vivement le prochain thème.

D'autres avis, tout plein tout plein et quasiment tous louangeurs voire dithyrambiques : Babelio.

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Ça coince ! (24)

Publié le par Yv

Comment élever votre Volkswagen, Christopher Boucher, Le nouvel Attila, 2014 (traduit par Théophile Sersiron, illustré par Matthias Lehmann).

"Un journaliste du Massachussets, traumatisé par la mort de son père, donne le jour à une Volkswagen 1971. Une Coccinelle, pour être précis : un vieux modèle en sale état, condamné à la casse et réclamant dès sa naissance réparations et pièces détachées. Voire une opération du cœur, organe malheureusement introuvable sur une Volkswagen." (4ème de couverture)

Un livre prometteur, illustré, un poster en prime reprenant en plus grand la première de couverture et la page 1. Keisha m'avait alerté sur son côté totalement barré et réjouissant. Las, ça ne marche pas. Christopher Boucher s'amuse, nul ne peut le contester, mais pas moi. L'humour peut se partager ou ne pas faire mouche, ce qui est le cas ici pour ma pomme. Je reste imperméable, imperturbable, enfin presque parce qu'un poil énervé quand je ne comprends pas ce que je lis. Là, je n'entrave que dalle et ça m'agace ! Néanmoins, je peux comprendre (comme quoi je comprends quand même des trucs) que l'on puisse adhérer au style et à l'humour de l'auteur.

Pas pour moi. Tant pis...

 

 

 

A l'orée de la nuit, Charles Frazier, Grasset, 2014 (traduit pas Brice Matthieussent)..

"Dans l'Amérique des Sixties, au fin fond des Appalaches où elle vit retranchée, loin des soubresauts de monde, Luce, jeune femme farouche et indépendante, se voit confier la charge des jumeaux de sa sœur défunte. Ayant vu leur beau-père, Bud, une brute épaisse, assassiner leur mère, les orphelins traumatisés se sont réfugiés dans un mutisme inquiétant, où sourd une violence prête à exploser à tout moment." (4ème de couverture)

Tout commence très bien, je suis accroché dès les premières phrases. L'histoire, le ton me plaisent. Luce est un personnage énigmatique, dont on apprend la vie peu à peu. Les enfants le sont tout autant. Charles Frazier procède par petites touches qui à chaque fois nous apprennent une nouveauté sur chaque personnage. Un récit lent, qui fait également la part belle à la nature, aux espaces. La relation entre Luce et les deux enfants se tisse lentement par l'intermédiaire de la nature, tout a lien avec elle. Puis, ça se gâte, de lent, le récit devient long, je passe des paragraphes, puis des pages, et lorsque je vois qu'il m'en reste encore plus de 200 à lire, je m'angoisse... Pourquoi faire de si longs bouquins (383 pages) avec de telles longueurs ? Ce qui me chagrine c'est que C. Frazier avait de quoi faire un beau, très beau roman avec Luce, les enfants et leur environnement, cette magnifique maison au bord du lac. Pourquoi a-t-il fallu qu'il rajoute Bud, qui n'apporte rien au récit, qui l'allège même. C'est fort dommage, ce livre qui partait fort aurait pu en le condensant être superbe. Il n'est finalement qu'un roman dilué, qui promet et déçoit.

 

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Intermittence

Publié le par Yv

Intermittence, Andrea Camilleri, Métailié, 06 octobre 2011

"La Manuelli, l’une des plus grandes entreprises d’Italie, est à un tournant : ses dirigeants préparent la fermeture de certains établissements en même temps que l’absorption d’une autre société, l’Artenia. A cette occasion, les cruels jeux du pouvoir et de l’argent vont voir s’affronter le vieux Manuelli, père fondateur, tout imprégné de son importance historique, son fils Beppo qu’il méprise, De Blasi, directeur, vrai patron de la société et requin impitoyable, sa secrétaire Anna, amoureuse d’un gigolo, la très troublante et ambitieuse Licia, fille du fondateur de l’entreprise absorbée, un sous-secrétaire d’Etat avide et bigot, des ouvriers en grève et des hommes de main sans scrupules." (4ème de couverture)

Brrr, qu'elle est glaçante cette plongée dans le monde économique ! Magouilles, prises illégales d'intérêts, manipulation et donc manipulateurs-manipulés et vice-versa.

Andrea Camilleri -plus connu pour ses polars avec le désormais célèbre commissaire Montalbano- s'essaie au thriller économique qui n'a rien à envier au bon vieux thriller classique avec ses tueurs en série, ses flics désabusés et ses coulées d'hémoglobine. De rebondissements en retournements de situation, il nous trimbale gentiment dans le monde des requins de la grande entreprise.

Les personnages ont quasiment tous un double visage : le patron, beau gosse, habile, à qui tout réussit, d'un cynisme exacerbé et insupportable, le vieux capitaine d'industrie, peut-être pas si amoindri que cela ; même les femmes ne sont pas épargnées : la femme docile, belle et un peu nunuche -en apparence- et la jeune femme ambitieuse et prête absolument à tout pour en tirer profit. Alors, loin de moi et loin de l'auteur -enfin, là je m'avance, parce que je ne le connais point du tout, et donc j'imagine, je devine que...- l'idée de dire "tous pourris" ou "tous les mêmes" ; il y a bien sûr des gens honnêtes, mais pas sûr qu'il faille les chercher dans les plus hautes sphères de la société civile ou politique. Alors, clichés ? Stéréotypes ? Caricatures ? Peut-être ! Sûrement même ! Mais de la même façon qu'il y a quelques années, un coureur du Tour de France disait qu'on ne pouvait pas gagner une course aussi difficile sans tricher, je me demande si l'on peut parvenir aux sommets totalement propre. Sûrement certains y réussissent-ils ! (Ne voyez dans ma comparaison avec la bicyclette aucune tentation de faire allusion à qui que ce soit. Ce n'est pas mon genre.)

Très largement dialogué, ce roman se lit sans mal et c'est dans ces passages que l'on reçoit en pleine face le cynisme et l'absence totale de scrupules des protagonistes envers ceux qu'ils licencient ou qu'ils spolient en en claquement de doigts.

"- J'ai trouvé un accord avec Pennachi [le sous-secrétaire d'Etat]

- Je n'en doutais pas, dit Marsili.

- On va fermer l'établissement de Nola.

- Et nous laisserons tourner ceux de Gallarte et Saronno, complète Marsili.

- Naturellement.

- Et pour les réductions d'effectifs ?

- Cinq cents unités, saupoudrées ici et là.

- On n'avait pas dit huit cents ?

- Oui, mais Pennachi veut limiter les dégâts. En échange, il va nous aider dans l'opération Artenia. Il m'a formellement garanti que le gouvernement ne ferait pas d'histoire.

- Comment comptes-tu procéder ?

- Toi, tu convoques qui tu dois convoquer et tu officialises la chose. Et prépare-toi à l'attaque des syndicats et aux aboiements des journalistes qui vont monter en épingle les assemblées, les banderoles de protestation, les manifs, les quatre connards qui vont monter sur une grue." (p.40)

Andrea Camilleri distille des infos deci-delà qui questionnent le lecteur et qui trouvent leur explication dans le final, méthode usitée et efficace dans le polar ; l'écriture est simple, classique : mais on ne lit pas Camilleri pour l'exercice stylistique. Ce roman manque néanmoins d'un peu de souffle qui le propulserait sur les hauteurs des 40 PAL (Piles A Lire) les plus courues (là, j'ai tenté une petite blague avec PAL 40 et CAC 40, mais je crains qu'elle ne fasse flop, que ce ne soit un krach abyssal).

Cependant, ce qui est intéressant, c'est l'angle par lequel l'auteur aborde son thème : ses personnages principaux sont des dirigeants sans vergogne, corrompus, véreux. C'est donc un anti-roman social : les ouvriers trinquent, mais on ne les voit pas ; un parti-pris original qui fait de son roman un premier du genre "thriller économique" comme le qualifie l'éditeur.

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La mer d'innocence

Publié le par Yv

La mer d'innocence, Kishwar Desai, L'Aube, 2015 (traduit par Benoîte Dauvergne)....

Simran Singh, travailleuse sociale à Delhi, passe quelques jours de vacances à Goa avec sa fille-adolescente adoptive Durga. Elle reçoit une vidéo sur son portable, celle d'une jeune femme anglaise qui se fait agresser par des hommes. Puis, c'est Amarjit, un flic de sa connaissance qui lui demande d'enquêter sur la disparition de cette jeune femme, Liza. Précisons que Simran a déjà travaillé avec Amarjit, qu'ils ont même été amants et que c'est là la troisième enquête de cette travailleuse sociale fonceuse.

Les deux tomes précédents mettant en scène Simran Singh s'intitulent Témoin de la nuit et Les origines de l'amour, mais point n'est besoin de les avoir lus pour comprendre celui-ci et suivre avec intérêt cette enquête, la preuve, je ne les ai pas lus.

Simran Singh est une femme qui a passé la quarantaine, elle vit seule avec Durga qu'elle a adoptée suite à l'une de ses précédentes enquêtes. L'intrigue présente est très ancrée dans l'Inde contemporaine. Elle mélange fiction et réalité : vous vous souvenez sans doute de cette jeune étudiante indienne agressée et violée par six hommes dans un bus (en décembre 2012, cf, l'article de Wikipedia), Kishwar Desai en parle pour dénoncer la violence extrême à laquelle sont confrontés les Indiennes et ceux qui tentent de les secourir -certains hommes qui ont tenté de les aider se sont fait tuer par les violeurs. L'action de son roman se déroule au même moment. "L'état de la jeune femme que six hommes ivres avaient sauvagement violée dans un bus en marche s'aggravait. On en savait maintenant un peu plus sur ce qui lui était arrivé. A l'aide d'une barre de fer, l'un des violeurs avait perforé ses organes reproducteurs puis arraché ses intestins à mains nues. Au cours des nombreuses opérations qu'elle avait subies, les chirurgiens n'avaient réussi à sauver que cinq pour cent de ses intestins." (p.105)

Kishwar Desai place son histoire à Goa, ancienne destination hippie pour Occidentaux en recherche d'un autre style de vie, devenue la région la plus violente de l'Inde dans laquelle la drogue circule librement et le viol est devenu presque courant : "Un ministre craignait par exemple que Goa devienne la capitale mondiale du viol. Un autre membre du Parlement déclarait qu'en trois ans, un étranger était mort presque chaque semaine dans cet État." (p.106). Et ça fait peur, les touristes sont embêtés et lorsque ce sont des femmes seules, elles peuvent être harcelées, photographiées à leur insu, photographies qui se retrouveront sur des sites Internet, ...

L'héroïne de Kishwar Desai est une femme seule, fonceuse qui ne se soucie pas vraiment des conséquences de ses actes ou des questions qu'elle pose. Ce n'est pas une enquêtrice professionnelle, elle manque de finesse et de recul. C'est évidemment ce qui fait tout son charme, elle est loin des codes des flics ou privés : elle va droit au but, se pose de multiples questions sur les personnes qu'elle rencontre et qui l'aident : sont-elles des alliées, des ennemies ? Et le lecteur ne peut pas l'aider puisqu'il n'en sait pas plus qu'elle et qu'il a exactement les mêmes interrogations.

A part quelques petites longueurs dans ces questionnements qui reviennent un peu trop souvent, le roman se suit avec plaisir et envie de connaître le fin mot de l'histoire. Simran Singh est attachante, sa naïveté et son enthousiasme en font une enquêtrice hors norme, originale. Le contexte est fort, la place des femmes dans la société indienne, la violence du pays, la corruption des élites politiques, l'attrait de l'argent facile, l'opposition entre la modernité des grandes villes et des zones touristiques et les régions rurales qui sont très traditionalistes. Une très belle découverte que cette auteure qui, par le biais du divertissement d'un roman policier ne mâche pas ses mots et met l'accent sur ce qui ne tourne pas rond en Inde, tout en restant finalement assez positive ; le roman peut être dur, mais la personnalité de l'héroïne et l'ambiance finale nous laissent sur des notes encourageantes.

PS : pas fait exprès, mais un livre écrit par une femme, qui met en scène une femme dans un pays dans lequel la vie des femmes n'est pas facile chroniqué le 8 mars, Journée Internationale des Femmes, le hasard fait bien les choses dit-on communément.

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