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Recherche pour “le péril vieux”

Stand-up !

Publié le par Yv

Stand-up !, Anthony McCarten, Piranha, 2015 (traduit par David Tuaillon).... 

Azime, jeune femme de vingt ans, née en Angleterre de parents kurdes est plutôt timide, sans histoire même si elle refuse les uns après les autres les prétendants que sa mère lui présente, parce qu'à son âge, il y a longtemps qu'elle devrait être mariée. Lorsque l'une de ses amies est défenestrée parce qu'elle aimait un Italien et pas un Turc, Azime se dit qu'il est temps pour elle de réagir. Ce sera par l'humour qu'elle découvre un peu par hasard grâce à son ami Deniz. Elle décide pour ne pas se montrer mais pour néanmoins s'adonner à ce qu'elle aime, de se produire en niqab. Elle sera donc la première musulmane-humoriste de stand-up. Tout s'emballe alors dans sa vie jusqu'alors si paisible.

Anthony McCarten est Néo-Zélandais, auteur de pièces et de romans à succès, c'est lui notamment qui a co-écrit Ladie's night, pièce pour laquelle il perdit un procès en plagiat contre le film The Full Monty, qui a développé le même thème 10 ans après, c'est dire s'il sait faire rire avec des sujets sérieux et graves.

Je ne suis pas fan de stand-up à la base ; si c'est pour faire rire avec un énième sketch sur les différences filles/garçons ou jeunes/vieux, si c'est pour parler de son enfance en banlieue, j'avoue qu'à part quelques rares cas, ça me gave, ils racontent tous la même chose de la même façon. C'est d'ailleurs pareil pour les humoristes en général, beaucoup font du réchauffé : les très nombreuses imitations de Nicolas Sarkozy qui bouge les épaules, évidemment à genoux ou penché pour bien montrer qu'il n'est pas grand, les imitations aphones de son épouse, ça va un moment, mais ça lasse et pourtant, "Dieu me crapahute" comme disait l'excellent Pierre Desproges, que je ne soutiens ni l'ex-président ni madame Ex. Non, moi ce que j'aime c'est la nouveauté, si possible dans le fond mais aussi dans la forme. Littéraire, provocante, poétique, gestuelle, enfin tout peut me plaire à condition de me surprendre un peu. Et là, Anthony McCarten me plaît bien parce qu'il s'empare d'un sujet grave et tout en ne le diminuant pas, bien au contraire, il assène quelques opinions très tranchées, il nous fait rire et réfléchir.

Son personnage d'Azime est très bien décrit pas physiquement (on en sait assez peu sur sa silhouette) mais sur ses questionnements, sa vie quotidienne, ses difficultés à vivre au sein d'une communauté fière de ses coutumes. Azime est Anglaise et a envie de vivre comme n'importe quelle jeune de son âge, libre de s'habiller comme elle le veut, de fréquenter qui elle veut et quand elle veut, de donner son avis sur tout et surtout son avis comme disait Coluche. Dans ses sketches et ses réflexions, elle aborde toutes les questions qui fâchent : la religion, la laïcité, l'égalité hommes/femmes, le sexe, la liberté, la montée de l'intégrisme (l'histoire est placée au moment d'un attentat dans le métro de Londres), la double appartenance à la culture kurde et à l'anglaise, ... D'emblée, j'ai pensé à Sophia Aram chez nous qui fait des spectacles sur tous ces thèmes de manière franche et nette, et je voyais bien Azime en elle.

Le roman est très agréable à lire, parce qu'abordable, même si le langage de Deniz est parfois abstrus pour un vieux comme moi, qui mélange argot, verlan et autre langage vernaculaire auquel je n'entrave que dalle. A. McCarten a le sens de la formule, comme par exemple cette sentence lapidaire après un court laïus sur les philosophes et l'humour : "Je pense qu'on peut en conclure que demander à un philosophe de définir l'humour, c'est comme de demander à Stevie Wonder de vous aider à retrouver vos clés de voiture." (p.40), il y en a plein d'autres tirées des spectacles des apprentis humoristes du livre. Il y a aussi des considération plus graves sur les sujets évoqués plus haut. L'auteur ne prend pas parti, il donne des arguments et des contre-arguments qui permettent de faire un tour assez complet de la question, qui invitent donc à la réflexion. C'est cela toute la force du livre que de nous inciter à réfléchir sur des questions essentielles dans nos sociétés, tout cela avec légèreté et humour.

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De mort naturelle

Publié le par Yv

De mort naturelle, James Oswald, Éd. Bragelonne, 2015, (traduit par Jean Claude Mallé)...,

L'inspecteur Tony McLean est un emmerdeur. Son chef, l'inspecteur en chef Duiguid ne l'aime pas surtout lorsqu'il vient marcher sur ses plates-bandes. L'inimitié est réciproque. Duguid est un ambitieux qui délègue beaucoup et récolte rapidement les fruits du travail des autres. McLean travaille dur et emmagasine les moindres détails, suit toutes les pistes, ce qui lui sert toujours en fin d'enquête. Duguid hait McLean pour sa personne et par jalousie. Mc Lean n'aime pas Duguid pour son incompétence. Lorsqu'une série de meurtres s'abat sur Édimbourg, la superintendante McIntyre préfère confier l'enquête à Duguid, laissant à McLean et sa petite équipe, le sergent Bob la Grogne, flic expérimenté et Stuart McBride, jeune recrue, un vieux dossier, le corps d'une jeune fille retrouvée dans une maison en rénovation et qui doit reposer ici depuis très longtemps. McLean qui vient d'enterrer sa grand-mère qui l'a élevé à la mort de ses parents, hérite d'une belle fortune, ce qui ne l'empêche pas de se jeter dans le travail et bien sûr d'aller fureter en plus de son enquête du côté des meurtres en série pourtant réservé à Duguid.

Précision liminaire : James Oswald est fermier en Écosse. Il élève des moutons et à ses heures perdues, il écrit. D'abord de la fantasy, puis du thriller, sur les conseils d'un collègue romancier dont il use du nom dans ce roman, Stuart McBride. Ce roman est la première enquête de Tony McLean, et pour être franc, j'espère que ce ne sera pas la dernière...

Vous voulez un thriller pour les vacances ? Eh bien en voici un. Tout ce qui fait le charme du genre est dedans : une rivalité entre flics, l'un des deux étant meurtri par un passé qu'on devine et dont on aura d'autres bribes dans les numéros suivants, un vieux sergent bougon et une jeune recrue très compétents et travailleurs -enfin, surtout le jeune-, une idylle naissante, des coupables vraiment méchants et un rien de fantastique, juste une larmichette. Secouez le tout et vous pouvez obtenir le pire des bouquins à vous tomber des mains ou alors un bon roman qui ne vous lâchera plus et vice-versa. James Oswald a choisi la seconde option, tant mieux pour nous.

Il est sympa Tony McLean. Il cherche. Il engrange. Fouille toutes les pistes. Part de très loin. Abat avec McBride et Bob la Grogne un boulot de titan. Méticuleux. Travailleur. Opiniâtre. N'hésite pas à prendre des risques pour sa carrière s'ils peuvent faire avancer son enquête ou sauver une vie. Il n'est pas dupe de l'estime en laquelle on le tient en haut lieu et sait pourquoi, lorsque la victime est un VIP on lui demande de collaborer : "McIntyre l'affectait à cette enquête parce qu'il y avait un risque très élevé d'échec. D'autres meurtres de citoyens importants par exemple. Ou la disparition pure et simple du coupable, dont on n'entendrait plus jamais parler. Si ça tournait mal, il ne fallait pas que ce soit la faute de la superintendante en chef McIntyre. Ni de l'inspecteur en chef Duguid. Si McLean était "invité" à participer, c'était pour que la police de la région du Lothian et des Marches Écossaises ait une victime expiatoire à jeter en pâture aux fauves, si ça devenait nécessaire." (p.64/65) Rien n'entame sa détermination. Dans le même temps, sa vie n'est pas folichonne, sa grand-mère meurt et sa vie sentimentale est plate pour ne pas dire creuse. Il fonctionne beaucoup à l'intuition, il comprend vite, avant tout le monde parce qu'il observe finement et se sert de chaque détail.

Thriller parfois un peu crade sur certaines descriptions de cadavres -mais on peut passer vite- qui tient en haleine jusqu'au bout et qui se lit très agréablement, notamment parce qu'il est construit en courts chapitres rapides qui permettent de lire un petit peu, de poser l'ouvrage pour préparer le repas -ce sera sans doute un peu dur- avant de le reprendre en pleine digestion pour le reposer, le temps de coucher les petits et de s'y replonger goulûment.

Une belle découverte, je suivrai très volontiers Tony McLean dans ses prochaines aventures qui ne manqueront pas de paraître, qui me permet au passage de découvrir également les éditions Bragelonne qui s'enrichissent donc d'une belle série à venir.

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Le jaguar sur les toits

Publié le par Yv

Le jaguar sur les toits, François Arango, Métailié, février 2011

1996, Mexico, un homme d'affaires mexicain, responsable d'un laboratoire pharmaceutique disparaît. Quelques jours plus tard, sa famille reçoit son cœur dans un paquet, probablement arraché de sa poitrine selon un vieux rite aztèque. Alexandre Gardel, journaliste français est détaché par son journal pour suivre cette affaire. Il faut préciser qu'il est l'auteur d'un livre : Racines mythologiques et religieuses des crimes rituels, ce qui fait de lui un spécialiste de ce genre de crimes. Il fera équipe avec le chef de la crim' de la ville, vieux flic bourru, Rodolfo Suarez,  et une jeune femme anthropologiste, Catarina Marin. Sur fond de révolte des Indiens, de la corruption des élites mexicaines, de la recherche de la jeunesse éternelle, quelques autres morts viendront émailler l'enquête et la relancer.

Thriller très atypique. Loin d'une construction-type d'un thriller états-unien. Tout d'abord, François Arango part très vite avec la restitution du coeur de la victime à sa famille. Ensuite, il prend le temps de placer le décor : le Mexique, les légendes, traditions aztèques, la révoltes des Indiens extrêmement pauvres et qui agonisent. Tout au long du livre, viennent s'intercaler des paragraphes entiers qui nous racontent tout cela, ce qui fait qu'on est totalement plongé au coeur de ce pays, avec ses habitants. Un contexte magistralement décrit.

Ensuite, l'histoire proprement dite est menée assez vite, mais point trop pour qu'on puisse en comprendre toutes les subtilités. Heureusement d'ailleurs, parce que l'intrigue est fouillée et plutôt maîtrisée : entre pillage des coutumes indiennes, bio-piraterie, trafic de médicaments et bien sûr gros sous, toujours dans les parages.

Enfin, les personnages, l'auteur ne s'arrête pas trop sur les détails croustillants : on sent bien, dès le début que Catarina et Alexandre vont avoir une relation beaucoup plus que professionnelle, mais cela se fait  presque naturellement, sans que François Arango ne soit pesant sur le sujet. Par allusions, plus que par phrases directes, on sait le moment où les deux protagonistes passent aux choses sérieuses, physiques, pour être plus direct. Parents, soyez rassurés, pas de sexe dans ce livre !

De même, à part une ou deux descriptions de cadavres ou de mutilations -mais très supportables-, l'hémoglobine ne coule pas à flots continus. Tout le talent de l'auteur est de créer du suspense sans décrire de situations insoutenables. A nous d'imaginer les scènes avec nos propres images, ce qui, de mon avis, est bien plus efficace.

J'ai cependant une petite réserve : la dernière partie n'est à mes yeux pas indispensable. Ces 30 dernières pages expliquent précisément les causes, conséquences et raisons de l'intrigue, avec force détails médicaux, chimiques, hormonaux. Somme toute, ce n'est pas bien grave, parce qu'à ce niveau du livre, l'enquête est bouclée, on a bien compris de quoi il retournait. C'est une espèce d'épilogue redondant que l'on peut passer vite sans rien perdre du bouquin.

Très bon bouquin, bien écrit : les descriptions des personnages sont assez fameuses, par exemple celle de Suarez : "Le petit homme en civil à demi assis sur l'arête de son bureau portait son ventre comme une majesté et un pantalon pratiquement remonté jusqu'au sternum. Une cravate à pois barrait sa chemise avec autant d'incongruité qu'un bandeau Miss Amérique latine. Surtout, un nez vermillon séparait  sa fine moustache de son front, un tout petit front planté de cheveux drus et calamistrés. Au milieu, un sourcil broussailleux reliait les deux tempes d'un seul trait. L'exemplaire unique, pensa Gardel, à mi-chemin entre l'homme des cavernes et le sybarite recuit par le mezcal." (p.78) Alors, ça ne fait pas envie de faire sa connaissance ? Au moins de l'auteur qui réussit à placer dans une seule phrase "calamistrés" et "sybarite". Chapeau !

Premier roman de François Arango, qui "dans le civil" est chef de service de réanimation dans un hôpital parisien.

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Mémoires d'un appui-tête

Publié le par Yv

Mémoires d'un appui-tête, Marc Jolivet, Ed. de l'Aube, 2014....

Pierre Blistrac est en colère. Il a fait Paris-Marseille en TGV pour aller passer une audition de Premier violon pour l'orchestre philarmonique PACA. Son voyage fut exécrable, la faute au manque d'appui-têtes latéraux dans les trains : il n'a pas pu suffisamment se reposer et a raté son audition. Pierre organise la résistance, et bientôt se retrouvent autour de lui beaucoup de personnes, oubliés de la société. Le combat prend forme. 

Sait-on qu'on est devenu un vieux con lorsque les humoristes du moment ne nous font plus rire ? Personnellement, mes zygomatiques restent au repos assez souvent lorsque j'écoute la palanquée de nouveaux auto-proclamés humoristes qui, en fait, ne font que se refiler des expressions et des bonnes blagues entre eux : il suffit que l'un trouve un bon truc pour que tous foncent dessus : n'a t-on pas dépassé l'overdose sur la petite taille et les talonnettes de l'ancien Président, le manque de voix de sa dame, les rondeurs de notre actuel Président et sa supposée mollesse, ... ? Il me faut toute l'absurdité d'un Ben ou d'un Arnaud Tsamère pour me réconcilier avec la génération actuelle des rigolos, sinon, je tape dans les vieux pots : les excellents Frères Taloche -que je vais voir en fin d'année-, les inégalables François Morel et Stéphane de Groodt -qui, vous l'avez remarqué sont des acteurs-chroniqueurs- et mon chouchou depuis longtemps, que j'ai eu la chance de voir en spectacle, il y a pfff, quelques années, l'auteur de ce livre burlesque, Marc Jolivet !

En lisant cette histoire, on entend la voix de l'auteur qui nous la raconte à l'oreille. A partir d'une mésaventure banale, il construit une mécanique implacable, des enchaînements de faits qui montent crescendo. Un peu comme le livre ou le film La vague, mais en jouant sur l'humour, l'exagération, le burlesque : rappelez-vous que le combat est : "Des appui-têtes latéraux dans tous les trains du monde !" Un point de départ loufoque qui prend forme dans la tête de Pierre, qui attire et devient très vite un joyeux bordel, un amas foutraque d'idées venant des extrêmes droite et gauche, mais aussi de l'écologie et des diverses opinions courantes et/ou plus confidentielles : pour réussir, il faut faire plaisir à tous, promettre et ne pas tenir. Au départ, il s'agit quand même de défendre les plus faibles face aux plus forts qui leur demandent toujours de plus en plus en les payant moins. Marc Jolivet pousse le bouchon et l'on sourit... jaune lorsqu'on repense aux propositions récentes du Medef pour créer des emplois : abolir le SMIC, supprimer des jours fériés, revoir les différentes aides sociales et notamment la sécurité sociale et bien sûr revenir aux 39 heures sans augmenter les salaires... Qui finalement de Marc Jolivet ou des responsables du Medef est le plus excessif ?

J'ai ri. J'ai ri franchement. J'ai ri, plus inquiet. Dans son délire, Pierre marie Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon pour une démonstration politique que ses suiveurs accueillent avec liesse, il met aussi en scène un journaliste, directeur du journal L'express, qui se fait appeler CB -pour info, Christophe Barbier signe la préface de ce livre- et qui demande à Pierre s'il se présentera à l'élection présidentielle : "Vous auriez une chance : vous avez le vent en poupe. Nos dirigeants sont tellement mauvais qu'aujourd'hui, tout le monde a une chance." (p. 148)

Marc Jolivet signe là un roman barré, rocambolesque, critique et méchant, un probable exutoire à sa colère contre le monde politique actuel très en-dessous de nos attentes et des contraintes mondiales. Je parlais récemment politique avec un ami et je faisais référence à un bouquin que j'ai lu il y a longtemps, Le principe de Peter de Laurence J Peter et Raymond Hull que l'on peut résumer très succinctement à cette phrase : "Tout homme tend à s'élever jusqu'à son niveau d'incompétence." Je crains que nos élites politiques y soient parvenues, il ne vient plus rien d'eux ni idées nouvelles ni réelle volonté de bouger et ce n'est pas le retour en politique -plus que prévisible- d'un ex qui changera la donne, il a largement participé à vérifier le fameux principe ci-dessus évoqué.

Sur ce, je vous laisse avec ce dernier avertissement :

"Ami lecteur, devant ces pages, ne te gausse point trop. Cette histoire se déroulera très prochainement. 2016 ? 2017 ? 2018 ? Seras-tu toujours présent ?" (p. 189) 

 

 

 

rentrée 2014

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Les hauts du bas

Publié le par Yv

Les hauts du bas, Pascal Garnier, Zulma, 2003 (Zulma poche, 2016).....

Edouard Lavenant, soixante-quinze ans, veuf, méchant et fortuné, mais aussi victime d'un AVC a dû se résigner à s'éloigner de ses affaires et à faire appel à une infirmière qui s'occupe de lui 24h/24h, depuis un an. Thérèse est aussi gentille qu'il est dur, aussi bonne qu'il est cassant... Bref, la cohabitation n'est pas de tout repos. Puis, petit à petit, Edouard change et finit par s'attacher à Thérèse. Ils vivent retirés dans un village de la Drôme, seuls, jusqu'au jour où leur solitude est perturbée d'abord par les égarements d'Edouard, puis par l'arrivée d'un homme prétendant travailler pour la société du vieil homme.

Pascal Garnier, décédé en 2010 a construit une œuvre littéraire discrète et savoureuse. John Banville écrivain irlandais -que je n'ai jamais lu- dit de lui que "Simenon a trouvé son véritable héritier." Eurêka, c'est exactement cela, comme Simenon, ses personnages sont des gens normaux, des sortes d'archétype du type sympa ou pas, de la dame de compagnie dévouée, du mec cassant et imbu, de tous ceux qu'on rencontre tous les jours et sans doute de nous-mêmes aussi.

Dans cet opus, Edouard est un vieux aigri et désagréable qui s'adoucit au contact de Thérèse son infirmière. Ils se rapprochent bien que ne faisant pas partie du même monde. Jusqu'à ce qu'un événement a priori fortuit ne vienne tout remettre en cause. C'est alors l'escalade et nos personnages paisibles s'enfoncent dans une aventure peu banale. En fait en lisant ou regardant des polars, on s'aperçoit qu'il en faut peu pour basculer du mauvais côté : une soirée arrosée, un énervement, de la fatigue et un coup malencontreux ou un simple accident fait pencher la balance. Pascal Garnier provoque cet incident qui transforme notablement et durablement la vie de ses héros.

Comme à chaque fois, il nous mène pile là où il le voulait et on se laisse guider avec grand plaisir, on en redemande même. Il écrit des romans qui paraissent faciles, simples et qui par certains aspects le sont vraiment... à lire car parvenir à tant de simplicité pour un écrivain demande -j'imagine- pas mal de travail, même si "Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement. Et les mots pour le dire arrivent aisément.", comme disait Nicolas Boileau. (Eh, pas mal quand même de conclure mon billet sur une citation de Boileau, n'est-il pas ?)

Je ne saluerai jamais assez la belle initiative des éditions Zulma de rééditer les livres de Pascal Garnier tant lire cet auteur est salutaire et une excellent idée. N'hésitez pas, ces rééditions sont en poche, donc pas chères.

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Le camion

Publié le par Yv

Le camion, Neige Sinno, Christophe Lucquin, 2018..,

Des copains, aux alentours de Marseille, se retrouvent régulièrement autour ou dans un vieux camion qu'ils ont retapé, qui roule tant bien que mal, qui parfois, reste dans un parking ou pas loin d'une plage. Ce camion est leur lieu de rencontre, là où ils parlent des voyages que la mécanique du véhicule restreint aux rêves. Il est aussi question de leurs vies, leur vie d'aujourd'hui, celle d'hier et leur avenir.

Nouveau titre chez Christophe Lucquin qui élargit ainsi son catalogue à un roman français, contemporain et moins barré que ceux des auteurs de langue espagnole qui me l'ont fait découvrir. Ce roman de Neige Sinno est celui d'une génération de copains désœuvrés, qui se cherchent tant professionnellement que personnellement, amoureusement qu'amicalement, et surtout eux-mêmes. 

Je suis resté un peu au-dessus de ce livre : les questionnements et aventures des uns et des autres ne m'ont pas scotché ni même ému. Je ne saurais dire pourquoi, peut-être un problème de génération, ce roman parlant des jeunes adultes qui craignent d'entrer dans les vies professionnelle et familiale de la même manière que les ont menées leurs parents. Néanmoins, malgré le fait que je ne sois pas parvenu à vraiment entrer dans ce roman, je lui ai trouvé plein de qualités. D'abord, il parlera sans doute à des gens plus jeunes que moi. Ensuite, il est bien mené ; j'ai aimé le talent avec lequel Neige Sinno passe d'un narrateur à un autre, très rapidement, sans que le lecteur ne se perde,  je me rends compte que lorsque tout est bien amené, je peux suivre plusieurs personnages et leurs vies et leurs soucis, de front. Presque un exploit pour moi qui suis monotâche et qui ai du mal avec le roman choral surtout lorsque la chorale est vaste. La langue est vive, fluide, les références culturelles y sont assez nombreuses, la lecture très agréable.

Malgré mes réserves toutes personnelles, je vous conseille vivement ce roman moderne qui ne devrait pas vous laisser insensible, qui vous fera rencontrer des jeunes gens attachants, en plein doute et qui débute par ces mots :

"Ils ont un fourgon quatre portes qui a été utilisé pour faire des livraisons. Ils l'appellent le camion et s'en servent pour voyager. Ils disent qu'ils vont aller jusqu'en Inde avec. Ils ne savent pas s'ils arriveront jusqu'à l'Inde, mais le Pakistan au moins, ce serait bien." (p.5)

PS : ce livre, pour diverses raisons, prévu en janvier ne sortira finalement qu'en mai, mais sur le site de l'éditeur (CLE) vous pouvez en savoir plus et même sans doute le pré-commander. Bonne nouvelle, n'est-il pas ?

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Passé double

Publié le par Yv

Passé double, Patrick S. Vast, Le chat moiré, 2018.....

Cindy zone à Paris. Lorsque Marie, une vieille dame lui propose un emploi en tant que dame de compagnie chez une de ses amies, Rosemonde Busine,  à côté de Berck-sur-Mer, la jeune femme accepte pour changer d'air, dormir dans un vrai lit et économiser pour pouvoir partir en Australie. 

Gérard Alvès, constructeur de maisons individuelles est, pour la seconde fois de sa vie, au bord du dépôt de bilan. Il est aussi en proie à des cauchemars en lien avec un accident de voiture vieux de cinq ans qui a coûté la vie à sa compagne d'alors et un an de coma et de rééducation pour lui. 

Très vite, le lien entre les deux personnages apparaît, mais quel rôle Rosemonde veut-elle faire jouer à Cindy ? Et jusqu'où cette histoire ira-t-elle ?

Roman à tiroirs, qui, dès que l'on en ouvre un en fait découvrir d'autres insoupçonnés, surprenants. Fort bien mené, avec des rebondissements, des arnaqueurs-arnaqués voire des arnaqueurs d'arnaqueurs arnaqués, on ne sait plus où donner de la tête. Dans la folie de son imagination, Patrick S. Vast n'oublie pas de faire passer le tout avec une écriture directe, simple et fluide. Une mécanique bien huilée dit-on couramment. On ne se demande même pas comment d'une situation certes originale mais assez paisible on peut en arriver à cet entremêlement de situations qui se croisent pour le bonheur des uns mais surtout le malheur des autres.

On ne sait jamais si les personnages sont totalement sincères ou s'ils ont une idée qui germe dans leurs esprits torturés. Chacun d'entre eux a sa part de raison mais aussi sa folie ou son désir de se sortir de sa situation difficile par n'importe quel moyen, d'où ce questionnement. Ils sont imprévisibles, et c'est formidable parce qu'ils ne sont pas là où on les attend. 

Je me suis fort régalé avec ce deuxième titre des éditions Le chat moiré. Patrick S. Vast sait construire des histoires rocambolesques, des polars à tiroirs, à rebondissements et comme il a le talent de savoir également les raconter, le plaisir est forcément au rendez-vous. Encore un polar pour cet été me demanderez-vous, haletants ? Et oui, vous répondrai-je enthousiaste. Et celui-ci à la particularité d'être édité par une toute petite et toute jeune maison de Béthune, qui met joliment en avant la région -que je ne connais pas, mais j'irai un jour, j'irai- et d'être à un prix très abordable. Idéal donc pour les vacances dont il ne grèvera pas le budget.

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Ma ZAD

Publié le par Yv

Ma ZAD, Jean-Bernard Pouy, Gallimard, 2018....

Site de Zavenghem, région des Hauts-de-France, un projet de plateforme multimodale est remis en cause par des contestataires, dont Camille Destroit, responsable des achats de produits frais dans un hyper de Cassel. Arrêté, mis en garde à vue, libéré. Son hangar dans lequel il entreposait pas mal de matériel aidant les zadistes, brûle. Puis Camille est tabassé par des fachos. Ça commence à faire beaucoup pour ce quadragénaire jusque là paisible. Heureusement, la jeune Claire est là, qui va lui redonner l'envie de lutter.

Evidemment, on ne peut pas s'empêcher de penser à la ZAD de Notre-Dame-des Landes, surtout lorsque, comme moi, on habite dans la région nantaise. La ZAD de JB Pouy est le prétexte à construire son histoire noire, à y placer des personnes simples, très réalistes, un type moins convaincu que les autres, un dilettante, Camille qui se pose pas mal de questions sur lui-même mais aussi sur le monde en général. C'est aussi l'occasion pour le romancier de nous placer quelques belles formules dont il a le secret, des tournures de phrases, des expressions imagées particulièrement parlantes et réjouissantes : "C'était ça le BTP, le Bilan Totalement Positif. Tout en bousillant les crapauds du périmètre. Et en expropriant des petits vieux, la bêche à la main. Mais une société qui, pour l'instant, avait le cul en feu à force de s'asseoir sur l'énorme projet de Zavenghem. A cause des loquedus de la ZAD." (p.32)

Puis, sur cette ZAD, pousse une histoire plus noire, plus polar. Camille, un peu perdu se laisse entourer de gens très bien et d'autres peut-être moins recommandables. Comme à chaque fois, chez l'auteur Pouy, les petites gens sont à l'honneur, ceux qui galèrent, ceux qui ont un idéal, qui se battent et rejettent pas mal d'obligations sociales et autres. C'est son côté anar qui ressort. Et comme à chaque fois, c'est vraiment bien, parce qu'on rit aux images, aux bons mots, aux expressions détournées, aux emportements des uns et des autres, tout en gardant en tête que la différence n'est pas facile à vivre. Puis, Pouy interroge sur la réussite sociale, sur les moyens de "réussir" sa vie -expression que je déteste au plus haut point. 

Son texte est bourré de références cinématographiques, picturales, musicales, littéraires qui obligent à aller voir tel ou tel tableau pour bien comprendre l'allusion, chose que j'aime beaucoup faire. S'instruire en lisant un bon roman noir, ça, ça me plait.

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L'inspecteur Dalil à Paris

Publié le par Yv

L'inspecteur Dalil à Paris, Soufiane Chakkouche, Jigal polar, 2019....

L'inspecteur Dalil coule sa retraite dans sa maison bringuebalante de bord de mer, entre la pêche et les dialogues avec sa Petite Voix, omniprésente. Lorsque les services secrets marocains lui font comprendre qu'il est fermement invité à se rendre à Paris pour enquêter en collaboration avec le chef de la Crim, le commissaire Maugin, il y va contraint, mais sans réel enthousiasme. Quelques jours plus tôt, Bader Farisse, un étudiant en transhumanisme, un petit génie qui vient d'inventer une puce révolutionnaire a été enlevé. Les autorités craignent que ce soit l'oeuvre de terroristes islamistes.

Un polar comme je les aime. Court, avec des héros rugueux, pas forcément sympathiques, ni antipathiques. Ils ont des humeurs, des emportements, des avis tranchés et restent avant tout des professionnels de la traque des malfrats. Dalil a ce petit plus d'avoir sa Petite Voix qui lui parle et à laquelle il répond. Un peu désabusé, un peu à côté, un peu vieux, un peu has-been, c'est l'image qu'il donne aux autres, qui devraient se méfier, car la nonchalance de Dalil cache une grande réflexion, une capacité de déduction et une intelligence de haut vol.

Soufiane Chakkouche a la bonne idée d'enjoliver son texte, déjà fort plaisant, décalé, de réflexions drôles, de remarques qui jouent sur les mots, les expressions, Dalil parle certes bien le français mais pas parfaitement l'argot ni même le jargon des flics parisiens. Et dès le début, dès que je lis le portrait suivant de Dalil, je sais que la suite sera à mon goût :

"A vrai écrire, Dalil était à l'adolescence de la vieillesse ; il entrait dans sa soixante et unième année, mais il en faisait 51, et il s'en foutait éperdument. "Comment peut-on ressembler à un chiffre ?" avait-il l'habitude de répondre à ceux qui le saupoudraient d'un tel compliment. Cette illusion physiologique était principalement due à deux attraits de son physique : sa ligne et ses cheveux." (p.8)

Et la suite ne m'a pas déçu, bien au contraire. J'ai pu visiter Paris avec les yeux de Dalil, qui fait un peu comme quand moi j'y vais avec mes yeux de Provincial : une certaine innocence et un émerveillement évident en même temps qu'un agacement de la pollution et du bruit. Voilà un roman qui met le terrorisme en fond sans pour autant être plombant, angoissant. Une belle enquête d'un flic atypique à qui on ne la fait pas. Un héros qui gagnera à être rencontré de nouveau et qui, très franchement, sans jamais faire qu'on veuille le revoir -il cultive sa liberté, sa solitude et une certaine agoraphobie-, donne au lecteur très envie de le revoir.

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