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Recherche pour “le péril vieux”

La divine chanson

Publié le par Yv

La divine chanson, Abdourahman A. Waberi, Zulma, 2015....

Le narrateur est un chat. Un vieux chat roux, prénommé Paris. Il en est à sa septième et ultime vie lorsqu'il devient le compagnon de Sammy Kamau-Williams, un musicien afro-américain, né d'un père footballeur et d'une mère bibliothécaire. Sammy est un enfant précoce, particulièrement sociable qui fera une irruption très remarquée dans le monde de la musique avec le titre suivant : The révolution will not be televised, en 1971. Il a alors 22 ans. Sa vie ensuite ne sera pas une suite tranquille de disques et concerts. On ne peut aux États-Unis contester, protester et revendiquer sans s'attirer des ennuis.

Ce roman est une libre inspiration de la vie de Gil Scott-Heron, un des musiciens noirs les plus importants des ces dernières années. Il a emprunté au jazz au blues, a planté les premières graines du rap et du slam, et pourtant, comme beaucoup, je ne le connaissais pas. Enfin, ça c'est ce que je pensais avant d'ouvrir le livre et de faire des recherches sur Gil Scott-Heron. Et là, je découvre que je connais au moins deux titres : The bottle et Me and the devil. Et ces deux titres sont tellement excellents que je vais continuer à découvrir l'œuvre de cet homme.

Le roman est malicieusement construit. Le narrateur, ce vieux chat roux est un raconteur d'histoire hors pair qui n'oublie pas de raconter ses propres mésaventures, qui ressemblent à celles de beaucoup d'Etats-uniens pauvres. Très attaché à Sammy, il le suit partout : "Un jour, après une course-poursuite mémorable, à bout de souffle, il m'a confié que je suis sa lune. Je lui ai rétorqué qu'il est mon soleil. Nous avons éclaté de rire. Un rire franc et massif, sous les yeux des passants ahuris. (...) Je peux vous garantir que pas une fois je ne l'ai quitté d'une semelle car le soleil n'est rien sans la lune, et la lune rien sans le soleil". (p.31) Parfois, il s'éloigne de son soleil pour raconter ses aïeux : le père Reginald Kamau, Jamaïcain débarqué aux Etats-Unis, qui deviendra joueur de football, sera le premier joueur noir à évoluer en Écosse, puis finira sa carrière sportive au Brésil. Les pages consacrées au Brésil et à l'Afrique qui y a laissé son empreinte surtout dans certaines régions sont sublimes : poétiques, musicales, sensuelles, ... Il parlera aussi un peu de la mère de Sammy et beaucoup de Lily, sa grand-mère, celle qui l'a élevé les douze premières années de sa vie, cette femme née en Afrique et arrivée en Amérique, qui fut de toutes les campagnes menées par les noirs américains pour les droits civiques. Des pages aussi sur l'esclavage, pour bien redire que les noirs n'ont pas demandé à être envoyés en Europe ou en Amérique.

Mais bien sûr le livre s'attarde sur Sammy Kamau-Williams, nous donne envie de (re)découvrir sa musique. Sans faire une biographie complète, détaillée et linéaire, il insiste sur des points importants, des concerts mémorables, des morceaux qui ont marqué l'histoire de la musique, des descentes aux enfers, des passages à vide, de sa voix profonde, et toujours cette lumière qui émane de Gil Scott-Heron et qui illumine le roman. Normal me direz-vous pour un soleil.

Pour écouter Gil Scott-Heron, n'hésitez pas, j'ai mis des liens sur les titres des chansons.

D'autres avis : Babelio, Gangoueus

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Rhinocéros

Publié le par Yv

Rhinocéros, Eugène Ionesco, Gallimard, 1959 (mon exemplaire, Folio, 1973).....

Une place d'une ville de province, les gens y devisent, font leurs courses, boivent un coup. Il y a là, Jean et Bérenger deux amis rarement d'accord sur quelque sujet que ce soit, l'épicier et l'épicière, le patron du café, la serveuse et la ménagère, une cliente. D'autres personnes viendront au fur et à mesure de la pièce s'ajouter : un logicien, un vieux monsieur, les collègues de bureau de Bérenger. Le vie de la place s'arrête lorsqu'un rhinocéros passe au loin en courant, puis un second quelques minutes plus tard. Ils deviennent alors le centre des conversations : jamais on n'a vu de rhinocéros dans nos contrées ; et s'agit-il de rhinocéros d'Afrique ou d'Asie ? Bicornes ou unicornes ?

Je parlais récemment de Ionesco à propos de l'absurde, mais je n'avais de lui que des vieux et vagues souvenirs... alors ni une ni deux, je suis allé dans la bibliothèque de mon garçon lui piquer Rhinocéros qu'il a étudié l'an dernier pour le bac de français, que je voulais relire en même temps que lui et que je n'avais jusque là pas pris le temps d'ouvrir. De cette pièce émerge d'abord l'humour, les dialogues sont savoureux, les personnages se répondent du tac-au-tac, un vrai jeu de ping-pong verbal. Chacun y va de son opinion, de ses arguments plus ou moins fallacieux, Bérenger paraissant le plus faible, le plus discret, celui qui n'ose pas s'affirmer, surtout devant son ami Jean à l'assurance ancrée et visible et dont les propos ne souffrent d'aucune contestation selon lui. Le logicien est là également pour asséner une pensée faite de syllogismes : "Tous les chats sont mortels. Socrate est mortel. Donc Socrate est un chat." (p.46) Et puis, la fable tourne vite à un questionnement sur les régimes autoritaires, le totalitarisme. Tous ces gens qui veulent devenir des rhinocéros, suivre la masse et ne pas résister au discours ambiant populiste sont clairement les suiveurs, ceux qui deviendront les bourreaux des résistants. Ecrit en 1959, cette pièce fait sans doute référence au régime nazi et au stalinisme qui vient juste de finir (Staline est mort en 1952).

La pièce est fine, parce que sous ses dehors comiques, les discussions sans fin, elle est très sérieuse, et c'est même lorsque les dialogues deviennent les plus loufoques qu'ils sont les plus profonds, c'est là que le doute s'insinue dans le lecteur lui qui pouvait parier sur une certaine légèreté du propos : le langage très simple, basique (assez peu de mots sont utilisés, Ionesco répétant souvent les phrases et usant d'un vocabulaire très simple), le ton résolument drôle, absurde, les personnages stéréotypés à en être eux-mêmes ridicules et amusants. Ce qui est fin également, c'est le basculement imprévisible de certains d'entre eux, au détour d'une phrase, d'un mot, eux que l'on aurait pu croire sûrs d'eux, convaincus de leur forte personnalité, hop ils changent du tout au tout et versent dans l'opinion qui monte et deviennent vite des moutons... ou plutôt ici des rhinocéros qui viendront grossir les rangs du troupeau, sans réfléchir. Bérenger à l'apparente faiblesse de caractère est celui qui se révélera le plus combatif.

Bref, une très bonne idée que cette relecture estivale d'une pièce essentielle à conseiller à tous.

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Schnock

Publié le par Yv

Schnock. La revue des Vieux de 27 à 87 ans, Ed. La Tengo, rédacteurs en chef : Christope Ernault et Laurence Rémila

Connaissez-vous Schnock, la revue des Vieux (avec majuscule) de 27 à 87 ans ? Non ? Mais quelle erreur ! Bon, soyons honnête, je dois cette récente découverte au même Pierre qui me prêta Mangez-le si vous voulez de Jean Teulé (merci Pierre). Cette fois-ci, le feuilletage de cette revue à l'heure de l'apéro chez les amis susnommés (enfin, lui, elle c'est Sophie) n'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd. Oui, je sais ça ne veut rien dire, puisqu'un feuilletage -je ne suis même pas sûr du mot- certes peut faire du bruit, mais en général on ne le fait pas suivre de cette expression toute faite, mais c'est pour l'image ; remarquez bien que je parle d'image parce que je parle de sourd, si je parlais d'aveugle, eh bien, euh... je ne sais pas je sens que je m'enfonce un peu...

Pouf, pouf, revenons à cette oreille de sourd, de pas sourde d'ailleurs, qui prolongée d'un visage et d'un corps ressemble étrangement à Madame Yv qui a eu la bonne -l'excellente- idée de filer à la librairie commander trois numéros de Schnock pour me les offrir à mon anniversaire. Pas les derniers, non, ceux qu'elle a jugés les plus ciblés pour ma pomme :

- le numéro 3 (été 2012) : avec Jean Yanne en couverture et donc un gros dossier sur lui (c'est la photo qui illustre mon article)

- le numéro 6 (printemps 2013) : dossier sur Serge Gainsbourg

- le numéro 12 (automne 2014) : dossier sur Pierre Desproges

Autant dire que je valide ce choix judicieux et difficile, car si vous allez sur le site de Schnock, eh bien, vous vous apercevrez que -presque- tous les numéros sont tentants. Je n'ai lu pour le moment que celui que je présente en couverture (dessin de Erwann Terrier) et bon, y'a rien à dire si ce n'est que c'est une lecture passionnante et instructive. Ciblée années 60/70/80/90, la revue s'attarde sur les personnalités, les films, les musiques, les phénomènes de société qui ont marqué ces décennies. Beaucoup de plumes pour différents articles, toujours culturels aussi divers que Michelle Torr et son album country (raconté par Laurent Chalumeau), le lapin du métro parisien qui montre aux enfants qu'il ne faut pas se pincer les doigts dans les portes, l'invention des lunettes de soleil, les pornars (polars et pornos) de la Brigandine, ...

Pour plus de détails, je vous invite à visiter le site de la revue, à lire un exemplaire et je crains pour vous que vous ne puissiez vous arrêter à ce premier, d'autres suivront forcément... En plus, cette revue est au format livre, elle tient dans un sac aisément. Tout pour plaire.
Pour finir, ci-dessous les couvertures des deux numéros qui m'attendent et du dernier sorti (Michel Audiard)

 

Schnock
Schnock
Schnock

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Là-haut, tout est calme

Publié le par Yv

Là-haut, tout est calme, Gerbrand Bakker, Ed. Folio, 2011 (Ed. Gallimard, 2009)

Helmer, cinquante-cinq ans, vit dans sa ferme au nord de la Hollande, seul avec son vieux père impotent. Il n'a pas choisi cette vie, Henk, son jumeau devait reprendre l'exploitation, mais Henk est mort accidentellement trente-cinq ans auparavant. Depuis, Helmer subit plus qu'il ne vit sa vie. Un jour, contre toute attente, il décide de bouger : il installe son père à l'étage, brûle les vieux meubles et repeint les pièces principales de la maison. Puis, Riet, l'ancienne petite amie de Henk reprend contact avec lui.

Ça y est me voilà sur le coup ! Bien après tout le monde, je lis ce fameux roman très encensé. Me voici comblé : je n'aime pas avoir l'impression que nous lisons tous en même temps les mêmes livres ; j'ai donc pris mon temps pour accéder à celui-ci. Et bien m'en a pris, parce que du temps, il en faut pour savourer ces presque 400 pages de lenteur, de nature, de petites choses du quotidien, de questionnements. Parce qu'il ne se passe quasiment rien dans ce roman. Bon, certes, il y a des morts, mais sur quarante ans, c'est un peu prévisible, et à part une mort accidentelle, les autres sont plus normales, si je puis dire. C'est lent, c'est excessivement lent, mais ça n'est pas long. Jamais je ne me suis ennuyé à lire les journées d'Helmer. Il y a même des descriptions de gestes banals qui durent et qui se lisent très bien, notamment la préparation du café ou des repas pour le père d'Helmer avant de les lui porter dans sa chambre.

Gerbrand Bakker écrit donc sur un vieux garçon qui a toujours subi, lui "le second choix", puisque son père lui a toujours préféré Henk, et qui enfin se pose des questions qui vont le faire avancer. Ou plutôt qui ose avoir des réponses jusque là bien enfouies. Il écrit surtout sur la gémellité, sur la souffrance qu'a ressenti Helmer lorsque son frère, pour Riet, s'est éloigné de lui :

"Nous appartenions l'un à l'autre, nous étions deux garçons et un seul corps.

Mais il y a eu Riet. Lorsqu'en janvier 1966 je suis entré dans sa chambre [celle de Henk] et ai voulu me coucher près de lui, il m'a renvoyé. "Fous le camp", a-t-il fait. Je lui ai demandé pourquoi. "Idiot", m'a-t-il répondu. En quittant sa chambre je l'entendais pousser des soupirs de mépris. J'ai regagné mon lit en frissonnant. Il gelait, la nouvelle année venait de commencer et, le matin d'après, la fenêtre était couverte de haut en bas de fleurs de givre. Nous étions désormais deux jumeaux et deux corps." (p.215)

Cette séparation le met très mal à l'aise, lui, déjà pas forcément très sûr de lui. Ensuite, à la mort de Henk très proche de ce jour néfaste, Helmer sera bien incapable de s'opposer à son père lui imposant de reprendre la ferme. Il lui faudra trente-cinq années pour réagir et se rebeller. Pour prendre sa vie en mains.

Dans le même temps, l'auteur dit la différence entre ces jumeaux : pourquoi l'un est le préféré du père ? Pourquoi Riet préfère Henk à Helmer ? Sont-ils si ressemblants ? Et quid de la question importante de leur différence sexuelle : Henk était amoureux de Riet, très belle jeune femme. Helmer est beaucoup plus troublé par les hommes qui l'entourent, notamment Jaap, le garçon de ferme. Peut-être me trompé-je, mais il me semble y voir là plus que l'amitié entre deux hommes.

Très bien écrit, ce livre tient son lecteur jusqu'au bout, sans suspens, sans rebondissement, juste en racontant la vie de cet homme ordinaire. J'ai espéré tout au long du livre en un changement pour Helmer. Chaque lecteur -dont moi- a dû, j'imagine, suivre sa "quête du bonheur" (4ème de couverture) avec l'envie forte qu'il le trouve.

On dit souvent -voyons, je pourrais prendre mes responsabilités et dire : "Je dis souvent..."-des personnages qu'ils sont attachants, et c'est souvent le cas, mais s'il doit y en avoir un qui l'est un peu plus que les autres, c'est bien Helmer -dans la seconde qui suit ce que je viens d'écrire, je peux vous en trouver au moins douze autres qui le sont tout autant que lui, comme quoi, ce que j'écris n'est pas toujours vérité !

Un texte envoûtant bien que sans artifice (des phrases simples, des mots simples), des paysages et une nature nordiques très présents, des questionnements existentiels sur le sens de la vie, de la sienne et de celles des autres font que ce roman charme, captive et fascine (c'est sans doute un peu fort comme terme, mais il y a un peu de cela quand même pour nous tenir 400 pages.) Comme quoi, quand c'est bien écrit, je peux m'intéresser à des livres lents !

Beaucoup d'autres avis chez tout plein de monde : Clara, Aifelle, Cathulu, Choco, Kathel, Isa, In cold blog, ...

 

dialogues croisés

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Drôle de pistolet

Publié le par Yv

Drôle de pistolet, Francis Ryck, French pulp, 2017 (Gallimard série noire, 1969).....

Londres 1968. Yako est arrêté. Il donne des informations contre une nouvelle identité et un forte somme d'argent. Yako est un espion russe qui trahit le KGB. La chasse contre lui commence. Le KGB met des moyens pour retrouver celui qui a donné des noms sous la contrainte. Yako s'échappe en France. Pourra-t-il longtemps rester anonyme ? Lutter ? sauver sa peau d'espion ?

Francis Ryck (1920-2007) est un auteur prolixe qui a donné au cinéma certains de ses meilleurs films tirés de ses romans. Costa Gavras, Claude Pinoteau, Jean Delannoy, Robert Enrico, Gérard Pirès pour n'en citer que quelques uns ont réalisé des films dans lesquels ont joué Lino Ventura, Jacques Villeret, Louis de Funès, JL Trintignant, Philippe Noiret, JP Marielle, Johnny Halliday, Suzanne Flon, Stéphane Audran, Marlène Jobert, Fanny Ardant, Voilà pour la galerie, venons en maintenant au fait.

Pur roman d'espionnage des années 60, avant les smartphones, Internet et les objets de haute technologie, même s'il est question d'avancée dans ce domaine tout au long de l'histoire. C'est assez dépaysant de lire une intrigue dans laquelle les différents groupes ne peuvent se joindre qu'à certaines heures données dans certains endroits précis, alors dès que l'un rate le coche, eh bien toute l'organisation est à revoir, ce qui n'est plus le cas de nos jours où chacun doit être joignable instantanément. Le bon vieux temps que je pourrais dire si je ne craignais qu'on me traite de vieux con.

Je dois dire que ce roman m'a bluffé. Il est absolument passionnant. Cette fuite perpétuelle de Yako, cherchant à se cacher des Russes, soupçonnant tous les gens qu'il rencontre de n'être pas là par hasard, jusqu'au chien qui l'accompagnera ! Et ce n'est pas de la paranoïa, juste des précautions. "Tout à fait installé dans son rôle de petit-bourgeois anglais, Yako se demandait où tout cela allait aboutir. Si Barney lui aussi jouait un rôle, il le tenait à la perfection. Le double sens de certaines de ses réflexions pouvait être imputé à la seule interprétation de l'auditeur. Un auditeur fortement conditionné par sa situation." (p.150)

Le roman est vif, bien écrit. Son intérêt principal est bien sûr de savoir si Yako s'en sortira et comment, et cet intérêt ne faiblit pas du début à la fin. Je comprends aisément que des cinéastes aient pu prendre les livres de Francis Ryck comme bases de leurs films, car tout est cinématographique : le personnage principal, taiseux par nécessité l'est devenu par habitude et sans doute par goût d'un certain anonymat, les autres protagonistes sont très bien définis et des acteurs/actrices peuvent être imaginés pour leur donner chair. Les paysages sont très présents, décrits assez minutieusement pour que les décors soient plantés. L'intrigue est là, prenante et la tension monte. J'imagine un film assez lent, avec une musique simple, des acteurs avec des gueules, des femmes mystérieuses... je prends au hasard dans la liste de noms citée plus haut ou même dans les acteurs actuels. Rien que pour revoir ce genre de film, il faut relire ce genre de romans qui font passer d'excellents moments. Très belle idée que de les rééditer, notamment ce Drôle de pistolet.

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La plus jeune des frères Crimson

Publié le par Yv

La plus jeune des frères Crimson, Thierry Covolo, Quadrature, 2018.....

Dix nouvelles composent ce recueil au titre énigmatique. Dix histoires qui se déroulent aux Etats-Unis, au siècle dernier, à différentes époques et dans différents endroits du pays. 

- Billy Rank est un type super : Quand Sam traverse le pays du sud au nord pour retrouver son vieux copain Billy, les retrouvailles ne sont pas forcément à hauteur de ses espérances.

- Les bottes de Bob : lorsque sa voiture tombe en panne, Emerich est secouru par une menue jeune femme Anna-Lisa qui, étrangement, porte des bottes nettement trop grandes pour elles. Ce sont celles de Bob explique-t-elle.

- La dernière fois qu'on a vu Sam : gamins, le narrateur, sa sœur Millie et Sam sont inséparables. Ils sillonnent la forêt, les lacs de leur village. Puis, le jeune homme doit bientôt aller travailler avec son père et délaisse le trio, Sam et Millie se retrouvent souvent seuls.

- Une fille à marier : Lorsque Honk, fêtard, buveur et dragueur invétéré voit Lissia, jeune femme s'approcher de sa cabane, il ne s'attend pas à la proposition qu'elle va lui faire.

- Ma' Grossman, ça va être ta fête ! : Mo sort de prison aidé par ses deux frères aînés eux-mêmes incarcérés. Il doit s'acquitter d'une mission que les deux autres lui ont confiée, délicate et peut-être même dangereuse.

- Dernière illusion : Tom travaille dans un bar sur la route de Vegas. Amoureux éternel de Cassie qui, tous les matins vient prendre son café avec un cookie cuisiné spécialement pour elle, il ne supporte pas l'idée que Dark, son patron veuille vendre le lieu.

- Les cailloux du Petit Poucet : en panne de voiture en pleine nuit  Sally est secourue par Gus, un type étrange qui espère sans doute pas mal de cette rencontre fortuite. Il écoute les fréquences de la police qui vient de découvrir la septième victime d'un tueur en série surnommé le Petit Poucet. La tension monte dans la voiture, Sally se sent en danger.

- La plus jeune des frères Crimson : Nera et Alba sont sœurs et vivent ensemble. Mais cette nuit, encore une fois, Alba découche au grand dam de sa sœur qui subodore une relation sérieuse avec un garçon. 

- Hugo : un vieux gendarme est chargé de convoyer un déserteur jusqu'à un lieu de départ vers la guerre. Pour cela, ils doivent emprunter un itinéraire très dangereux.

- Train de vie : dans cette ville du sud, Sonny, jeune homme noir, après le travail aux champs, prend sa guitare et joue du blues pour tout son quartier peuplé exclusivement de noirs. Un jour, Donald Staunton, jeune homme blanc descend du train et demande une chambre en plein milieu du quartier de Sonny, puis il vient l'écouter jouer et chanter.

Très bonnes nouvelles étasuniennes écrites par un Lyonnais qui nous le ferait presque oublier au point d'aller chercher le nom du traducteur. Il décrit les ambiances, les paysages, les stéréotypes des classiques Américains : tueurs en série, filles perdues, taulards revanchards,  serveurs dans des cafés au bord des routes, ... On visualise parfaitement les lieux et presque les visages. Mais, parce qu'évidemment, il y en a un, Thierry Covolo en joue. Il pirouette, retourne les situations d'une simple phrase, d'un simple mot, et nos a priori explosent. J'ai beaucoup aimé l'écriture décontractée, oralisée, parfois tendue mais toujours avec un goût d'ironie, d'humour, un ton léger : "Mon Impala m'a lâché entre deux de ces bleds paumés qui jalonnaient mes tournées. A une bonne centaine de kilomètres de chez moi. La voiture a hoqueté, comme quand un truc vous reste en travers de la gorge, puis elle s'est arrêtée. Impossible de la faire repartir. J'ai soulevé le capot et ça m'a confirmé ce que je savais déjà : je n'ai jamais rien compris à la mécanique." (p.23)

Des gens simples chez Thierry Covolo, des paumés parfois, des personnes qui ne se rêvent pas un avenir radieux tant ils sont ancrés dans leurs vies paisibles, mais qui, à la faveur d'un événement changeront du tout au tout. Les nouvelles n'ont pas toujours de chute, ou alors très ouvertes, ce qui permet aux pessimistes et aux optimistes de ne pas envisager la même fin.

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Trafic sordide

Publié le par Yv

Trafic sordide, Simon Lewis, Actes sud, 2009

Lorsqu'il apprend que sa fille partie étudier en Angleterre est en danger, l'inspecteur Ma Jian du bureau de la sécurité publique de Qitaihe, au nord-est de la Chine ne réfléchit pas et prend un avion pour aller la sauver. Inconvénient majeur, il ne parle et ne comprend que le mandarin.

Ding Ming, lui, jeune paysan chinois, parlant un anglais basique, vient d'arriver en Angleterre avec sa femme Petite Yi, clandestins. Ils sont séparés dès leurs premiers pas sur cette terre tant espérée. Ding Ming ne se résout pas à cette séparation.

D'habitude lorsqu'on veut de l'exotisme, on envoie un flic bien de chez nous dans des contrées lointaines. Là, Simon Lewis fait l'inverse. Il fait venir d'une région très éloignée, un flic aux méthodes rudes, habitué à être obéi au doigt et à l’œil par des populations tenues sous le joug de l'État chinois. En recherchant Wei-Wei, sa fille, Jian va se trouver confronter au réseau de passeurs de clandestins grâce auquel Ding Ming est arrivé en Angleterre. Le jeune homme sera d'ailleurs obligé de coopérer avec le flic, bien malgré lui. Il devra fermer les yeux sur les moyens qu'emploie Jian pour arriver à ses fins. L'opposition entre les deux, le flic autoritaire et revanchard et le jeune paysan subordonné et craintif de mal faire, joue à fond tout au long du bouquin. Entre un flic blasé qui ose tout et un jeune paysan totalement inhibé par son éducation, les principes qu'on lui a inculqués et la peur de nuire.

Un polar extrêmement rapide, malgré un passage central un peu long et lent (une grosse cinquantaine de pages sans doute évitables qui n'apportent pas grand chose) qui fait la part belle à l'action franche et virile, aux coups de feu : ça canarde un peu dans tous les sens. Ça pourrait être un énième polar rapide et violent en plus. Oui, mais. Car il y a un sacré "mais". L'auteur, qui a vécu en Chine longtemps ne se contente pas d'une action pure et dure. Il raconte le sordide des passages de clandestins et de leurs vies une fois arrivés en Europe : le travail pas payé, exténuant pour les hommes, les bars à hôtesses -je reste pudique, c'est pour ne pas dire "bar à putes"- pour les femmes, la misère pour eux, la menace sur leurs familles restées au pays, et l'obligation de rembourser les passeurs de sommes astronomiques avant d'acquérir la liberté. Il dit aussi les conditions de vie en Chine qui incitent les jeunes à vouloir quitter le pays pour trouver un eldorado lointain : "Et s'ils travaillaient dur, ils pourraient se faire jusqu'à une livre de l'heure. Ding Ming fut très content. C'était l'équivalent de quatorze yens et demi, autrement dit une très grosse somme, et on pouvait les gagner rien qu'en creusant dans la boue.  [...] Si on lui permettait de travailler dix ou douze heures par jour et sept jours par semaine, comme il l'espérait, il ne se ferait pas moins de quatre-vingts livres par semaine, soit plus d'un millier de yens. Quatre mille yens par mois ! C'était à peine croyable ! Dans son village, là-bas, il n'y avait qu'un patron ou un officier pour gagner autant !" (p.123/124) (Une erreur de traduction ? Je croyais que la monnaie chinoise était le yuan et non pas le yen ?)

En outre, on a le droit aux doutes, aux questionnements de Jian, homme qui vieillit et qui se rend compte qu'il n'a pas vraiment réussi sa vie : sa femme est morte dans un accident de voiture alors qu'il conduisait ivre, sa fille le fuit et vice-versa. Même ses convictions politiques en prennent un coup :

"Il avait aimé et détesté et idolâtré Mao, sans réserve. Il y avait eu des chants et de la passion, et le sentiment d'avoir un but dans l'existence. Puis, les temps avaient changé, et on lui avait montré que les lumières vers lesquelles Il lui avait appris dès l'enfance à diriger sa vie ne menaient nulle part. Les luttes passées s'étaient révélées une monstrueuse perte de temps. Mao, son idole, un vieux chnoque et un tricheur. Bref, on ne l'y reprendrait pas. Il ne croyait plus en rien -il ne fallait compter que sur la chance ou sur l'argent, et mieux valait avoir l'un et l'autre." (p.45)

Voilà donc pour ce polar sociétal, qui décrit les désillusions des uns et des autres, les espoirs des plus jeunes en une vie meilleure et un vieux flic blasé que seul le sauvetage de sa fille en danger maintient en vie et dans l'action.

Très bon roman policer qui sait allier avec finesse les plus intimes des émotions et des questions à une violence très présente. Beau travail !

Lu sur Babelio.

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Stand-up !

Publié le par Yv

Stand-up !, Anthony McCarten, Piranha, 2015 (traduit par David Tuaillon).... 

Azime, jeune femme de vingt ans, née en Angleterre de parents kurdes est plutôt timide, sans histoire même si elle refuse les uns après les autres les prétendants que sa mère lui présente, parce qu'à son âge, il y a longtemps qu'elle devrait être mariée. Lorsque l'une de ses amies est défenestrée parce qu'elle aimait un Italien et pas un Turc, Azime se dit qu'il est temps pour elle de réagir. Ce sera par l'humour qu'elle découvre un peu par hasard grâce à son ami Deniz. Elle décide pour ne pas se montrer mais pour néanmoins s'adonner à ce qu'elle aime, de se produire en niqab. Elle sera donc la première musulmane-humoriste de stand-up. Tout s'emballe alors dans sa vie jusqu'alors si paisible.

Anthony McCarten est Néo-Zélandais, auteur de pièces et de romans à succès, c'est lui notamment qui a co-écrit Ladie's night, pièce pour laquelle il perdit un procès en plagiat contre le film The Full Monty, qui a développé le même thème 10 ans après, c'est dire s'il sait faire rire avec des sujets sérieux et graves.

Je ne suis pas fan de stand-up à la base ; si c'est pour faire rire avec un énième sketch sur les différences filles/garçons ou jeunes/vieux, si c'est pour parler de son enfance en banlieue, j'avoue qu'à part quelques rares cas, ça me gave, ils racontent tous la même chose de la même façon. C'est d'ailleurs pareil pour les humoristes en général, beaucoup font du réchauffé : les très nombreuses imitations de Nicolas Sarkozy qui bouge les épaules, évidemment à genoux ou penché pour bien montrer qu'il n'est pas grand, les imitations aphones de son épouse, ça va un moment, mais ça lasse et pourtant, "Dieu me crapahute" comme disait l'excellent Pierre Desproges, que je ne soutiens ni l'ex-président ni madame Ex. Non, moi ce que j'aime c'est la nouveauté, si possible dans le fond mais aussi dans la forme. Littéraire, provocante, poétique, gestuelle, enfin tout peut me plaire à condition de me surprendre un peu. Et là, Anthony McCarten me plaît bien parce qu'il s'empare d'un sujet grave et tout en ne le diminuant pas, bien au contraire, il assène quelques opinions très tranchées, il nous fait rire et réfléchir.

Son personnage d'Azime est très bien décrit pas physiquement (on en sait assez peu sur sa silhouette) mais sur ses questionnements, sa vie quotidienne, ses difficultés à vivre au sein d'une communauté fière de ses coutumes. Azime est Anglaise et a envie de vivre comme n'importe quelle jeune de son âge, libre de s'habiller comme elle le veut, de fréquenter qui elle veut et quand elle veut, de donner son avis sur tout et surtout son avis comme disait Coluche. Dans ses sketches et ses réflexions, elle aborde toutes les questions qui fâchent : la religion, la laïcité, l'égalité hommes/femmes, le sexe, la liberté, la montée de l'intégrisme (l'histoire est placée au moment d'un attentat dans le métro de Londres), la double appartenance à la culture kurde et à l'anglaise, ... D'emblée, j'ai pensé à Sophia Aram chez nous qui fait des spectacles sur tous ces thèmes de manière franche et nette, et je voyais bien Azime en elle.

Le roman est très agréable à lire, parce qu'abordable, même si le langage de Deniz est parfois abstrus pour un vieux comme moi, qui mélange argot, verlan et autre langage vernaculaire auquel je n'entrave que dalle. A. McCarten a le sens de la formule, comme par exemple cette sentence lapidaire après un court laïus sur les philosophes et l'humour : "Je pense qu'on peut en conclure que demander à un philosophe de définir l'humour, c'est comme de demander à Stevie Wonder de vous aider à retrouver vos clés de voiture." (p.40), il y en a plein d'autres tirées des spectacles des apprentis humoristes du livre. Il y a aussi des considération plus graves sur les sujets évoqués plus haut. L'auteur ne prend pas parti, il donne des arguments et des contre-arguments qui permettent de faire un tour assez complet de la question, qui invitent donc à la réflexion. C'est cela toute la force du livre que de nous inciter à réfléchir sur des questions essentielles dans nos sociétés, tout cela avec légèreté et humour.

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De mort naturelle

Publié le par Yv

De mort naturelle, James Oswald, Éd. Bragelonne, 2015, (traduit par Jean Claude Mallé)...,

L'inspecteur Tony McLean est un emmerdeur. Son chef, l'inspecteur en chef Duiguid ne l'aime pas surtout lorsqu'il vient marcher sur ses plates-bandes. L'inimitié est réciproque. Duguid est un ambitieux qui délègue beaucoup et récolte rapidement les fruits du travail des autres. McLean travaille dur et emmagasine les moindres détails, suit toutes les pistes, ce qui lui sert toujours en fin d'enquête. Duguid hait McLean pour sa personne et par jalousie. Mc Lean n'aime pas Duguid pour son incompétence. Lorsqu'une série de meurtres s'abat sur Édimbourg, la superintendante McIntyre préfère confier l'enquête à Duguid, laissant à McLean et sa petite équipe, le sergent Bob la Grogne, flic expérimenté et Stuart McBride, jeune recrue, un vieux dossier, le corps d'une jeune fille retrouvée dans une maison en rénovation et qui doit reposer ici depuis très longtemps. McLean qui vient d'enterrer sa grand-mère qui l'a élevé à la mort de ses parents, hérite d'une belle fortune, ce qui ne l'empêche pas de se jeter dans le travail et bien sûr d'aller fureter en plus de son enquête du côté des meurtres en série pourtant réservé à Duguid.

Précision liminaire : James Oswald est fermier en Écosse. Il élève des moutons et à ses heures perdues, il écrit. D'abord de la fantasy, puis du thriller, sur les conseils d'un collègue romancier dont il use du nom dans ce roman, Stuart McBride. Ce roman est la première enquête de Tony McLean, et pour être franc, j'espère que ce ne sera pas la dernière...

Vous voulez un thriller pour les vacances ? Eh bien en voici un. Tout ce qui fait le charme du genre est dedans : une rivalité entre flics, l'un des deux étant meurtri par un passé qu'on devine et dont on aura d'autres bribes dans les numéros suivants, un vieux sergent bougon et une jeune recrue très compétents et travailleurs -enfin, surtout le jeune-, une idylle naissante, des coupables vraiment méchants et un rien de fantastique, juste une larmichette. Secouez le tout et vous pouvez obtenir le pire des bouquins à vous tomber des mains ou alors un bon roman qui ne vous lâchera plus et vice-versa. James Oswald a choisi la seconde option, tant mieux pour nous.

Il est sympa Tony McLean. Il cherche. Il engrange. Fouille toutes les pistes. Part de très loin. Abat avec McBride et Bob la Grogne un boulot de titan. Méticuleux. Travailleur. Opiniâtre. N'hésite pas à prendre des risques pour sa carrière s'ils peuvent faire avancer son enquête ou sauver une vie. Il n'est pas dupe de l'estime en laquelle on le tient en haut lieu et sait pourquoi, lorsque la victime est un VIP on lui demande de collaborer : "McIntyre l'affectait à cette enquête parce qu'il y avait un risque très élevé d'échec. D'autres meurtres de citoyens importants par exemple. Ou la disparition pure et simple du coupable, dont on n'entendrait plus jamais parler. Si ça tournait mal, il ne fallait pas que ce soit la faute de la superintendante en chef McIntyre. Ni de l'inspecteur en chef Duguid. Si McLean était "invité" à participer, c'était pour que la police de la région du Lothian et des Marches Écossaises ait une victime expiatoire à jeter en pâture aux fauves, si ça devenait nécessaire." (p.64/65) Rien n'entame sa détermination. Dans le même temps, sa vie n'est pas folichonne, sa grand-mère meurt et sa vie sentimentale est plate pour ne pas dire creuse. Il fonctionne beaucoup à l'intuition, il comprend vite, avant tout le monde parce qu'il observe finement et se sert de chaque détail.

Thriller parfois un peu crade sur certaines descriptions de cadavres -mais on peut passer vite- qui tient en haleine jusqu'au bout et qui se lit très agréablement, notamment parce qu'il est construit en courts chapitres rapides qui permettent de lire un petit peu, de poser l'ouvrage pour préparer le repas -ce sera sans doute un peu dur- avant de le reprendre en pleine digestion pour le reposer, le temps de coucher les petits et de s'y replonger goulûment.

Une belle découverte, je suivrai très volontiers Tony McLean dans ses prochaines aventures qui ne manqueront pas de paraître, qui me permet au passage de découvrir également les éditions Bragelonne qui s'enrichissent donc d'une belle série à venir.

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