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Recherche pour “le péril vieux”

TS

Publié le par Yv

TS, Fabrice Vigne, Ed. L'ampoule, 2004


TS est l'histoire de Luc, adolescent de 15/16 ans, très mal dans sa peau (TS=Tentative de Suicide) qui écrit son histoire à un adulte, M. Bernardini, probablement psychiatre ou psychologue. Luc est passionné par les mots, malgré sa difficulté à communiquer,  et se ballade toujours avec un vieux dictionnaire (édition 1940) dans son sac.
Avant d'entamer ma lecture, je dois avouer que j'avais quelques appréhensions : d'abord, le fait que ce livre soit classé jeunesse (je n'ai rien contre cette littérature, mais ce n'est pas mon rayon habituel), ensuite, l'auteur : suite à mon achat de L'échoppe enténébrée, nous avons échangé deux ou trois mails très sympathiques, et alors le risque que TS ne me plaise pas et que je devrais l'écrire me gênait un peu, et enfin, l'histoire en elle-même qui n'incite pas naturellement à la gaieté. Eh bien, une à une, mes réticences sont tombées. J'ai pris énormément de plaisir à le lire et je suis persuadé qu'il peut convenir à beaucoup d'adultes et d'adolescents. L'histoire est forte, les personnages très attachants et Fabrice Vigne a une écriture très personnelle, un style riche (j'ai cherché un autre terme, mais n'ai rien trouvé de plus adéquat), du vocabulaire, de très belles tournures de phrases, ce qui fait que j'ai lu son livre, d'environ 180 pages, assez lentement pour bien profiter de tous ses mots et du plaisir qu'ils procurent lorsqu'ils sont associés comme il le fait !

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Le jour des corneilles

Publié le par Yv

Le jour des corneilles, Jean-François Beauchemin, Les allusifs, 2004


Les Courge père et fils vivent dans une cabane au fin fond de la forêt, loin de la compagnie des hommes. Le père impose à son fils mille et une brimades (et encore le mot est léger), toutes plus cruelles les unes que les autres.  Voilà pour le résumé sommaire. Que dire de ce roman sinon qu'il est, pour reprendre des termes utilisés par une critique littéraire (en 4ème de couverture), "halluciné, un ovni littéraire". Le style d'abord : écrit dans une espèce de vieux françois (on se croirait presque dans Les Visiteurs), avec des mots et des tournures de phrases étonnantes, déroutants au premier abord, mais on s'y fait aisément, et les 159 pages (à lire quand même avec attention, pour ne rien rater) passent très agréablement. Un exemple au hasard : "Décontenu, me dressant prestement, je le vis faire de même et prendre par la sente, vert d'allure et leste d'enjambée comme s'il n'avait jamais trépassé, offrant blair aux vents et recevant à distance l'odeur du putois" . L'histoire ensuite qui oscille entre horreur et grâce et qui aborde des questions existentielles comme le sens de la vie, l'amour, la mort, ... Bref, c'est un roman très très fort qui, je pense, reste à l'esprit "long de temps" après l'avoir lu !

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La petite Française

Publié le par Yv

La petite Française, Eric Neuhoff, Albin Michel, 1997
Le narrateur, un écrivain tout juste trentenaire, en mal d'inspiration, débute une vie de vieux, en restant chez lui, ne regardant plus que Le mépris de Godard. Survient alors dans sa vie sa jolie voisine, Bébé, âgée d'une vingtaine d'années. Elle est l'inverse de lui. Toujours en mouvements, un peu folle et toujours pleine de vie et d'envies. Ils commencent une histoire d'amour dont on sent dès le début qu'elle se finira mal ou qu'elle finira, tout simplement.
Le roman est à la fois agaçant et plaisant. Agaçant, parce que la petite vie parisienne des gens en vue : journalistes, comédiens, peintres à la mode, ... est très (trop !) présente et vraiment inintéressante. On pourrait avoir parfois l'impression de lire Gala ou Voici. Agaçant aussi, parce qu'on ne sait pas où Neuhoff veut nous emmener. Les tergiversations de l'un ou de l'autre sont répétitives et longuettes.
Plaisant, parce que l'histoire d'amour que le narrateur vit avec Bébé n'est pas banale, qu'elle bouscule le narrateur. On sent aussi qu'elle prendra fin, mais on ne sait pas où et comment, ni pourquoi, ce qui maintient un léger suspense. Plaisant encore, parce que le style de l'auteur est rapide : petites phrases, vocabulaire simple qui donnent du rythme à cette histoire, le rythme que Bébé donne à leur histoire. Un livre pas inoubliable, mais pas désagréable. Prix Interallié 1997.

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La rigole du diable

Publié le par Yv

La rigole du diable, Sylvie Granotier, Albin Michel, 2011

"Catherine, une jeune avocate parisienne, doit assurer dans la Creuse la défense d'une femme soupçonnée d'avoir empoisonné son époux, un riche et vieux paysan. Tout accuse sa cliente. Mais, de manière inattendue, c'est à son propre passé que Catherine se retrouve confrontée, à travers un crime jamais élucidé : celui de sa propre mère dont elle a été, enfant, le témoin innocent." (4ème de couverture)

Quatrième livre du Prix des lecteurs de l'Express. Je finis par croire que je ne suis pas dans une bonne passe de lecture, tant ce que je lis en ce moment me déçoit. Ce livre ne m'attire pas. Je l'ai commencé, mais rien ne m'y retient. Les personnages me paraissent plats, falots, et caricaturaux. Déjà vus. Déjà lus. Même l'intrigue ne relance pas mon intérêt. Mais, ça doit venir de moi. Avant d'ouvrir un livre, quel qu'il soit, j'ai toujours des secondes de plaisir : j'ai envie d'être surpris par l'histoire, par le style, par l'originalité du propos ; j'ai envie de lire du nouveau, si ce n'est dans l'histoire, au moins dans la manière de la raconter ; j'ai envie pourquoi pas d'être choqué -mais là, il faut y aller fort- quitte à ensuite dire que je n'aime absolument pas. Ce qui peut m'arriver de pire, c'est de ne rien ressentir, d'avoir l'impression de lire des mots qui ne me racontent rien ou qui me racontent des choses qu'on m'a déjà dites. Dans ces-moments là, je referme l'ouvrage et le laisse à ceux qui sauront mieux apprécier que moi. C'est donc ce que je fais avec ce livre de Sylvie Granotier. Pas forcément mauvais. Juste pas pour moi.

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Villages

Publié le par Yv

Villages, John Updike, Seuil, 2009 (Ed. Points, 2010)

"Owen Mackenzie est un Américain ordinaire -informaticien à la retraite, marié deux fois, père de quatre enfants. Pourtant sa vie est loin d’être paisible : son passé l’aide à combler le vide absurde creusé par la vieillesse, mais lui pèse aussi. Que reste-t-il ? Les villages dans lesquels il a vécu, les femmes qu’il a rencontrées, épouses et maîtresses, ces amours crus et tendres dont il s’est nourri." (4ème de couverture)

Très tenté par ce livre, je n'ai pu que le laisser tomber après moult auto-motivations pour persévérer. Je ne réussis pas à entrer dedans. Je crois que c'est l'évocation des villages de l'enfance d'Owen, noyée entre la réalité de ce qu'il y a vécu et les rêves qu'il fait plus vieux qui me perturbe. J'ai eu aussi un peu de mal avec tous les flashbacks. Ajoutez un petit manque d'originalité dans le thème traité et voici les seuls reproches que je ferai à ce livre. Je regrette d'autant plus que l'écriture colle avec ce que j'aime : de belles phrases, longues décrivant les rues et les personnages des villages, une seule pouvant inclure plusieurs idées (la traduction est de Michèle Hechter). 

Je ne vais pas trop expliquer ce ratage, c'est juste une non-rencontre entre le livre et le lecteur.  Parfois, je n'aime pas parce que franchement le livre est mauvais, -oui, je sais, il ne faut pas dire : "c'est pas bon !", il faut dire : "je n'aime pas !" ; seulement certains bouquins sont tellement mal écrits qu'il est même charitable de dire qu'ils ne sont que mauvais- mais ici, c'est loin d'être le cas. J'essaierai à nouveau la lecture de ce grand auteur étasunien avec un autre titre.

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Mascarade

Publié le par Yv

Mascarade, Gabriel Chevalier, Le Dilettante, 2010 (1ère édition : Presses Universitaires de France, 1948)

Plus qu'un roman, Mascarade est un recueil de cinq longues nouvelles.

La première, Crapouillot, se passe dans les tranchées pendant la Grande Guerre. Crapouillot est un colonel qui trouve que son unité, bien qu'elle soit au front, ne s'engage pas assez. Il n'aura de cesse de tenter des incursions en territoire ennemi, de faire des prisonniers. Inutile de dire que Crapouillot n'est pas en odeur de sainteté auprès des hommes de troupe. Dans cette nouvelle, Gabriel Chevalier décrit un univers qu'il connait bien puisqu'il a fait la guerre 14/18 ; il fait part des pensées des soldats confrontés aux désirs de victoire et d'avancement personnel de leurs chefs : "Nous, troufions, n'y mettions pas de vanité, absolument aucune. Mais nous étions exactement placés aux endroits où des vanités supérieures se cherchaient et s’assénaient des arguments massues. Nous prenions les berlingots sur le porte-pipe. Les spectaculaires explosions, si plaisantes à observer à la jumelle, nous procuraient la sorte de malaise que peut éprouver un équipage "naviguant toutes voiles dehors avec le sacré vieux typhon qui pousse au cul du rafiot" (expression du sergent Legonnec)" (p.32). Ecrit dans un style oral, assez proche de celui de L-F Céline, c'est un petit roman rapide, qui, par son écriture et non pas par ce qu'il raconte, prête à sourire. 

La seconde, Tante Zoé, brosse le portrait d'une famille dont le père, Gilles Seringal, est fantasque. Toujours gai et entreprenant, il entraîne sa femme et ses enfants dans ses entreprises vouées à l'échec à peine mises en place. Les tantes de sa femme, vieilles, acariâtres, envieuses et argentées ne l'aiment pas du tout et auraient aimé pour leur nièce un mariage plus en vue et plus tranquille, et un mari plus docile envers elles notamment. Tante Zoé déteste particulièrement Gilles Seringal. Lui, espère qu'elle décédera vite, ainsi que les autres, pour hériter et se lancer dans d'autres aventures. Très drôle ce portrait de la vieille fille bigote, bourgeoise et coincée. Ecrit dans une langue beaucoup plus classique que Crapouillot, ce roman dont le narrateur est un fils de Gilles Seringal se déguste jusqu'à la dernière ligne.

La troisième, Le perroquet, et la quatrième, Le sens interdit sont un peu similaires. Chacune raconte l'itinéraire, d'un homme que rien ne prédestinait à devenir un salaud. Le premier, Ernest Mourier tue une vieille femme pour lui voler ses économies. Il se "rachète" et devient un employé, un mari, un père et un citoyen exemplaires, juste avant la seconde guerre mondiale. Le second, J-M Dubois, à la sortie d'un séjour en prison, en 1941, devient un des rois du marché noir et se retrouve pris entre sa femme et sa maîtresse. Chacun d'eux, prendra des positions particulièrement détestables, mais plus par contrainte que par choix. Gabriel Chevalier fait une démonstration que l'on devient parfois autre chose que ce que l'on est vraiment ; que les circonstances influencent nos décisions les plus élémentaires et nos avis. Le parcours de deux salauds ordinaires.

La cinquième, Le trésor, est l'histoire d'un vieil homme, qui au soir de sa vie, esseulé, décide de creuser un trou dans son jardin pour retrouver le trésor qu'il y a enfoui en 1910, soit 38 ans plus tôt. Ce trésor, légué par son père, il l'a enterré pour ne pas le dépenser ; depuis, toutes les décisions qu'il a prises l'ont été sachant qu'il avait sous les pieds de quoi faire face. Aujourd'hui, il veut le déterrer pour pouvoir en faire profiter deux de ses enfants, ceux qu'il préfère et qui ont le plus de difficultés dans leurs vies. C'est, pour "le vieux", le moment de repenser à tout ce qu'a été sa vie : sa femme, ses maîtresses, ses enfants, la guerre (14/18), son entreprise, et puis son détachement de tout cela, brutalement lorsqu'il est entré dans la vieillesse : "Le vieux avait vécu dans la bousculade, incapable de choisir entre ce qui était valable ou pas, se laissant duper par des obligations futiles, des prétendus devoirs et des routines dévorantes. Bon époux, bon père, bon citoyen, bon officier, bon patron, et toute la ritournelle édifiante (avec ce qu'elle suppose d'hypocrisie) qui ferait l'objet du panégyrique sur sa tombe. Il s'était parfois mutilé au nom des ces stupidités." (p.263/264). Remarquablement écrite cette histoire tranche un peu sur les autres par sa profondeur visible, recherchée.

Gabriel Chevalier, surtout connu pour son roman, Clochemerle (paru en 1934) fait un constat amer de la première moitié du vingtième siècle : "Le vieux se rappelait son orgueilleuse allégresse de jeune homme, qui avait le sentiment d'aller vers un avenir merveilleux, dans une grande fierté commune de tous les êtres vivants, d'accord pour ennoblir la condition humaine. Et il avait vu, en trente ans, la stupidité gâcher tout cela. Il avait vu reparaître la cruauté et la barbarie, munies d'instruments de destruction dont elles n'avaient encore jamais disposé dans l'histoire. Il avait vu les catastrophes se succéder, les rêves avorter, les massacres s'étendre à des continents entiers. [...] La civilisation avait levé le masque et montré son vrai visage : le sort des hommes, c'était toujours le chaos et l'épouvante.(p.265)

Je n'avais jusqu'à ce jour rien lu de cet auteur, et je déplore mon inculture, car je viens de découvrir, quarante ans après sa mort (Gabriel Chevalier, 1895-1969) un très grand écrivain -on pourrait aujourd'hui lui reprocher un brin de sexisme, mais en 1948, la société n'était pas la même- qui maniait la langue française de manière admirable : Mascarade en est un bel exemple.

 

dialogues croisés

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Poulets grillés

Publié le par Yv

Poulets grillés, Sophie Hénaff, Livre de poche, 2016 (Albin Michel, 2015)...,

Le jour où la commissaire Anne Capestan est convoquée chez le grand patron de la police suite à une mise à pied de plusieurs mois pour usage un peu prononcé de la gâchette, elle s'attend à tout, sauf à être nommée cheffe d'une brigade. A peine désignée, elle déchante puisque cette brigade qui n'a pas de nom ni d'existence pour les autres services est constituée des éclopés : alcooliques, dépressifs, flemmards, brutes, tous ceux qui encombrent les services du 36. A la tête de quarante personnes potentielles, Anne découvre les lieux attribués, un vieil appartement, meublé avec de vieux restes. Bientôt, trois, quatre collègues arrivent, tous aussi peu motivés les uns que les autres. Il faut dire qu'ils vont devoir traiter les vieilles affaires non classées, inintéressantes. Parmi elles, cependant, l'équipe découvre deux meurtres, l'un vieux de vingt ans, un marin et l'autre de huit ans, une vieille dame.

Une mise en place des personnages, des lieux, des circonstances, des affaires, un peu longue et confuse : j'ai mis beaucoup de temps à repérer qui est qui et de quelle affaire il s'occupe ; de même, j'ai galéré pour suivre les deux intrigues, à chaque fois l'une m'échappe dès que l'on passe à l'autre, et vice-versa, sachant qu'en plus entre les enquêtes on s'intéresse un peu aux raisons de chacun pour atterrir dans cette brigade d'éclopés, lorsque reprend l'enquête, je dois faire un effort pour m'en souvenir, même si Sophie Hénaff en rappelle les grandes lignes de temps en temps. Une entrée en matière un peu dure pour moi qui m'attendais à un récit plus drôle d'après ce que j'avais déjà pu en lire sur les blogs et autres supports. De fait, même si l'ambiance est bon enfant, ce roman n'est pas vraiment drôle. Certes, on sourit beaucoup notamment grâce aux personnages pittoresques, à leurs manies et difficultés à accepter de travailler dans cette brigade et vivre tous ensemble, mais pour le reste, on est dans un polar assez classique avec enquête, renseignements divers, ...

L'équipe est bien sympathique et détonne dans le flot habituel des polars où l'on croise toujours les meilleurs des meilleurs, là c'est l'inverse, on a la lie de la police, les poissards, les cossards, les parieurs, les alcoolos, les tarés, ... Cela fait un bien fou de voir que l'on peut bâtir un roman policier avec des gens comme ça. Sophie Hénaff  nous distrait joyeusement avec sa brigade et son intrigue se tient jusqu'au bout. Il existe un deuxième volume des enquêtes de Anne Capestan, Rester groupés qui ferait une bonne lecture estivale à la suite de celui-ci.

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Maus

Publié le par Yv

Maus, Art Spiegelman, Flammarion, 1987/1992

Maus est une bande dessinée ou un roman graphique comme on dit maintenant qui raconte la vie du père d'Art Spielgelman. Né en 1906 en Pologne, Vladek fait un beau mariage avec une jeune femme riche, Anja. Très vite intégré dans l'entreprise de sa belle famille, Vladek prospère. Mais un jour, les nazis envahissent la Pologne et l'histoire de la Shoah commence.

Ce livre est donc la vie de Vladek, racontée par son fils. Les deux hommes se rencontrent régulièrement et malgré sa réticence, Vladek narre sa vie dans la Pologne de ces années-là : les ghettos, les confiscations, les camps de concentration. La débrouille pour tenter de survivre au jour le jour. Le livre fait des allers-retours entre les années 80 et les années 30/40. Ce qui est frappant c'est que Vladek devenu vieux est insupportable : radin, avare, coléreux et de mauvaise foi, la femme qui partage sa vie, Mala, (Anja est morte en 1968) n'en peut plus. Même son fils ne peut pas vivre avec lui plus de deux-trois jours et encore c'est prises de bec sur engueulades. Art Spiegelman n'enjolive pas son père, c'est aussi ce qui le rend plus humain et plus réaliste. Sa survie des camps et des horreurs subies n'explique pas tout : il a un caractère de chien, il est raciste et vieux jeu.

Mais ce qui fait le cœur du livre, c'est bien sûr le récit des années 30/40.  Que dire de plus que ce qui a déjà été dit, écrit, filmé ? Avec une économie de moyens : dessins et textes simples, l'auteur montre l'horreur, l'indicible, la cruauté absolue ; je ne sais même pas quels mots utiliser qui pourrait décrire cela.

"Et ceux qui finissaient dans les chambres à gaz avant d'être jetés dans les fossés, c'étaient eux qui avaient de la chance. Les autres, dans les fossés, ils devaient sauter quand ils étaient encore vivants. Les prisonniers qui travaillaient là, sur les vivants et les morts, ils versaient de l'essence. La graisse des corps brûlés, ils la recueillaient, et la versaient à nouveau pour que tout le monde brûle bien." (p.232)

Les Polonais juifs sont représentés par des souris, les non-juifs par des cochons, les Allemands sont des chats, les Américains des chiens et les rares Français par des grenouilles, bien entendu. Le symbole déjà dans le choix des représentations !

Art Spiegelman n'est pas toujours convaincu du bien fondé de son livre : la somme de travail qu'il représente, les relations conflictuelles avec son père le font douter. Il met dans la bouche de son psy ses doutes :

"La vie est toujours du côté de la vie, et d'une certaine manière, on en veut aux victimes. Mais ce ne sont pas les MEILLEURS qui ont survécu, ni qui sont morts? C'était le HASARD ! [...] Je ne parle pas du VOTRE, mais combien de livres ont déjà été écrits sur l'Holocauste. A quoi bon ? Les gens n'ont pas changé... Peut-être leur faut-il un nouvel holocauste, plus important." (p.205)

Entre la solution finale, les grandes théories nazies, et les petites trahisons des uns ou des autres les dénonciations pour gagner un peu d'argent, de la nourriture ou un ou deux jours de survie en plus, Art Spiegelman montre tout.

Prix Pulitzer en 1992, cet ouvrage est à conseiller et même à recommander. Notamment pour ceux qui n'aiment pas lire, mais qui ne dédaignent pas ouvrir une bande dessinée : un fabuleux moyen de ne pas oublier.

Beaucoup d'autres avis sur ce livre très lu et largement commenté chez Babelio.

Merci les enfants : cadeau de fête des pères !

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Le démon dans ma peau

Publié le par Yv

Le démon dans ma peau, Jim Thompson, Gallimard, 1966 (Folio, 2010)

Lou Ford est adjoint du shérif à Central City, une petite ville du Texas qui s'est agrandie ces dernières années grâce au pétrole. Lou est un malade, un psychopathe qui n'hésite pas à tuer sa maîtresse -une prostituée- et Elmer Conway, le fils du plus riche et plus influent homme de la ville. Tout cela pour se venger de celui-ci qu'il considère être à l'origine de la mort de son frère Mike.

La bibliothèque municipale que je fréquente s'est dotée d'un comité de lecture dont je fais partie et qui nous voit nous réunir régulièrement autour de lectures communes sur un thème donné. Le précédent était la littérature italienne. Le prochain, que je prépare activement, est : littérature et cinéma. Un livre à lire et le film tiré de ce livre à visionner. J'ai déjà vu le formidable Persépolis, et là, je m'attaque donc à un polar étasunien, d'un écrivain un peu délaissé de son vivant et redécouvert au point d'être soi-disant devenu un classique.

Le livre : j'ai eu du mal à me sentir bien dans ce roman : la narration ne me convient pas, les personnages ne sont pas du tout attachants ni sympathiques -mais, bon, ça, c'est secondaire, parce qu'avec des personnages antipathiques, on peut faire de bons romans. Mais surtout, je n'y entends rien. L'enquête menée par dialogues interposés n'aide pas à ma compréhension ; certains détails importants me sont totalement passés au-dessus. Et puis, quelques flashbacks censés expliquer le comportement de Lou l'opacifient un peu plus. 

N'aimant pas voir un film puis lire le roman ensuite, je me suis quand même demandé s'il ne valait pas le coup de visionner le DVD pour ensuite, éventuellement, retourner au roman avec des explications.

The killer inside me, de Micheal Winterbottom, 2010

Le film : très très fidèle au roman, je vous laisse donc deviner quelle fut ma déception ! S'il explique certains détails mal compris dans le roman -par moi uniquement sans doute !-, il complique encore plus les flashbacks, totalement incompréhensibles. Casey Affleck qui joue le rôle de Lou Ford est coincé, imperturbable à le même visage lisse de bout en bout ; je ne saurais dire si c'est une performance, un plus pour le film et le rôle ou une marque de désintérêt total ou pire, un acteur pas très bon. Les filles, Jessica Alba et Kate Hudson (je vous donne les noms des acteurs et actrices, mais c'est pour vous, moi, je n'en connais aucun !) sont jolies et peu vêtues. Tout cela ne suffit pas à me captiver. Non pas que je n'aime pas regarder de jolies filles peu vêtues, mais il en faut un peu plus pour me retenir derrière mon téléviseur. Ou alors pas vêtues du tout ? Peut-être, mais là, c'est ma vie privée, alors si vous permettez, je vais m'arrêter là avant d'en dire trop et de passer pour un vieux satyre. Et d'abord, je ne suis pas vieux !

Allez, je referme le tout, roman et DVD, je retourne à la bibliothèque voir si un autre ensemble film+livre est disponible.

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