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Recherche pour “le péril vieux”

Pour rire un peu

Publié le par Yv

Il y a quelques jours, j'ai eu une excellente idée, et comme ce n'est pas si fréquent que cela, je vous raconte. Figurez-vous qu'à côté de mon lit, qui est aussi celui de Mme Yv, pas le côté, juste le lit, parce qu'on a bien sûr chacun son côté, j'avais une pile de livres, des dossiers lus que je gardais au cas où. J'ai tout trié et rangé, j'en ai profité pour ouvrir le tiroir du chevet. J'ai jeté, classé, changé de place, donné ou prêté des ouvrages et j'ai retrouvé dans tout ce fatras (en fait dans le tiroir du chevet) deux vieux livres qui étaient à mon papa, que j'avais récupérés et pas forcément lus :

- Pour rire un peu, Histoires plaisantes et jeux d'esprit par Charles Cloix, illustré par JJ Roussau, Éd. Spes, 1939

- Le numéro 83 de la Revue mensuelle intitulée 100 blagues, Rédacteur en chef, Roger Sam, Éd. EGE, 1969

Pas en très bon état, ce sont en fait pour le second, des blagues, courtes, les favorites de gens connus, comme par exemple celle de R. Queneau :"Un explorateur blanc a été capturé par une tribu d’anthropophages ; on le juge à point et on l'installe dans une grande marmite. Au moment d'allumer le feu, le cuisinier s'approche et demande :

- Comment te nommes-tu ?

- Je ne vois pas ce que cela peut te f... rétorque l'explorateur, en haussant les épaules.

- C'est pour le menu..." (p.47)

Pour le premier livre cité, le début est construit avec des textes d'auteurs connus, comme G. Courteline, T. Bernard, M. Twain, et d'autres oubliés ou moins connus. De petites nouvelles à chute, drôles. La grosse seconde partie du livre est consacrée à des histoires drôles, des devinettes, des charades, des histoires racontées par Alphonse Allais par exemple :

"Alphonse Allais, apercevant un jour devant un café un brave homme qui avait toutes les apparences d'un provincial, s'approche de lui, le chapeau à la main, et lui demande :

- Monsieur, pourriez-vous me prêter dix louis ?

Le provincial, stupéfait :

- Mais, monsieur, je ne vous connais pas !

- C'est bien à cause de cela que je m'adresse à vous, réplique Allais avec flegme. ceux qui me connaissent ne veulent plus rien me prêter." (p.147/148)

C'est évidemment daté voire très daté et démodé, mais ça me rappelle les Almanachs Vermot que je lisais gamin, pendant les vacances, et ce genre de vieux livres qu'on trouvait dans les greniers ; on s'amusait avec mes frères et sœurs à se poser les devinettes, à se lire les histoires drôles, et aussi à regarder les dessins humoristiques et un peu sexy dans lesquels des femmes adultères, nues, aux formes généreuses se faisaient surprendre par leur mari en pleins ébats et ne manquaient jamais d'aplomb. L'amant était souvent un jeune homme un peu naïf et couard au contraire de sa maîtresse. Les cougars avant l'heure qui pouvaient s'écrier évidemment : "Ciel, mon mari !"

Voilà voilà voilà pour cet article nostalgique qui risque de me faire passer pour un vieux schnock auprès de tous les très nombreux jeunes qui lisent mon blog (il y en a quelques uns si j'en juge par les mots-clefs utilisés pour accéder à mes billets, du genre "résumé La folie Giovanna" ou "explication de texte Agota Kristof" ou encore, très récemment, "commentaire composé Charles Juliet l'année de l'éveil"), mais tant pis j'assume mon côté vieux con et ma minute nostalgique. Alors, si vous avez un grenier ou si vos parents -voire vos grands-parents pour les plus jeunes d'entre vous- ont un grenier, n'hésitez pas, allez le fouiller, il y a des petits trésors de drôleries désuètes à relire le sourire aux lèvres.

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Le crépuscule du mercenaire

Publié le par Yv

Le crépuscule du mercenaire, André Fortin, Jigal Polar, 2014...

Stanley est un petit voyou qui pratique le vol à l’arrachée de colliers en or, sacs à mains. Il est repéré à la gare Saint Charles de Marseille par Ange Simeoni, un autre voyou, rangé, mais qui ne rechigne pas au coup ponctuel qui lui rapportera de quoi contenter la belle Marie-Lou, sa femme. Ange est aussi un indic, celui du commissaire Juston, le principal collaborateur d’un juge d’instruction qui a hérité d’une affaire de blanchiment d’argent, qui tourne vite à l’affaire politique lorsqu’un membre du cabinet d’un ministre se fait voler sa mallette pleine d’argent sale à nettoyer, gare Saint Charles. Par Stanley, pour une collaboration avec Ange qui lui-même n’est qu’un sous-traitant.

On suit également Marc Kervadec, agent de la DGSE, dans les années 1990, lorsque de temps en temps il revient en France et qu’il tombe amoureux de Margot, puis sous un autre nom quelques années plus tard en plein cœur de la françafrique en tant que conseiller pour des chefs d’état.

André Fortin a été juge, c’est dire s’il connaît les arcanes du système judiciaire. Pour le reste, j’imagine qu’il s’est documenté, et fort bien pour donner à son histoire autant de réalisme. On se croirait en plein dans une affaire dont on nous rebat les oreilles depuis trente ans et un peu plus en ce moment, car il faut bien dire que certains se gavent un peu plus que les autres et ont carrément non plus des casseroles aux fesses mais carrément des batteries de cuisine entières. Je ne comprends pas comment les politiques, des gens normalement sensés et censés être l’élite de notre pays peuvent encore croire qu’ils pourront impunément piquer dans les caisses pour leurs comptes personnels ou pour se faire réélire.

Quand on ouvre un polar d’A. Fortin, on ne lit pas un livre duquel on ressort groggy par le rythme imposé. Au contraire, le juge prend son temps et l’auteur également, celui de nous expliquer les détails, les dessous des affaires. Le contraire serait totalement irréel lorsqu’on connaît le rythme de la justice française. Néanmoins, pour donner de la cadence à son livre, la construction en courts chapitres alternant les protagonistes est une excellente idée : un pour le juge et le flic, un pour les voyous Stanley et Ange, un autre pour Marc Kervadec et ses amours et un pour le barbouze qui conseille les chefs d’état africains pour le compte de l’état français. Malgré cela, je dois dire que parfois, c’est un peu long, le roman peine à vraiment démarrer et il faut un premier fait commun à deux histoires pour que ça commence à bouger réellement. 

Amateurs de sensation forte, préférez par exemple les livres de Jacques-Olivier Bosco chez le même éditeur -son prochain m'attend. Mais si vous avez plutôt le goût pour les grandes enquêtes, longues, compliquées et très bien expliquées –on comprend tout, parce qu’André Fortin est un excellent pédagogue-, très réalistes, assez loin de nous, mais en même temps proches puisqu’on en parle beaucoup dans les actualités, laissez-vous charmer par l’écriture et les romans d’André Fortin dont ce dernier qui parle par exemple très bien de ce qu'on nomme toujours la françafrique malgré la promesse d'un ancien Président de ne plus se mêler des histoires des pays de ce continent -je vous rappelle que selon lui "l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire-", promesse qu'il s'est empressé d'oublier dès lors que des richesses -ressources exploitées par des entreprises françaises en l’occurrence- étaient en péril. Double discours dont parle André Fortin en ces termes : "Un gisement d'uranium découvert quelques mois auparavant constituait la pomme de discorde entre la France et son ancienne colonie. Paris s'était rendu compte, trop tard, que Cyrille Soumaré n'était peut-être pas l'homme de la situation. Mieux aurait valu un dictateur cupide, ç'aurait été tellement plus simple..." (p. 162) C'est cynique, totalement amoral, mais les intérêts financiers de quelques sociétés cotées en bourse prévalent sur la qualité de vie de quelques Africains...

Le mieux, si vous hésitez entre punch et enquête plus pointilleuse, c’est d’essayer les deux et ainsi de varier les plaisirs, Jigal a un catalogue divers et étoffé…

 

rentrée 2014

polars 2015

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La vie est un tango

Publié le par Yv

La vie est un tango, Lorenzo Lunar, Éd. Asphalte, 2013 (traduit par Morgane Le Roy)

Léo Martin est commissaire dans le quartier de son enfance dans la ville de Santa Clara, à Cuba. Il s'occupe des petits trafics en tout genre, ferme souvent les yeux pour ne pas léser ses copains d'enfance et pour que chacun puisse vivre et gagner quelques malheureux pesos. Léo tente également de vivre entre Luisa sa compagne, Mariana son ex-femme et Mayita, une prostituée pour qui il éprouve un désir et un sentiment ambivalents. Lorsqu'un jeune homme est assassiné dans le quartier, César, son chef lui demande d'enquêter dessus et sur la cause présumée de ce meurtre, un trafic de lunettes.

Après une ou deux rencontres ratées entre les éditions Asphalte et moi sans lien avec la qualité des livres qu'elles proposent, mais juste parce qu'ils ne me convenaient pas, en voici une belle, réussie. Je suis entré tout de suite dans ce roman noir et ne l'ai plus lâché jusqu'au bout : tout me va : le thème, le contexte géographique, l'écriture et le format condensé, 158 pages. Le thème : roman noir, policier sans violence, sans hémoglobine ou cadavre décrit avec minutie. Léo n'intervient que sur des petits trafics, ne voit pas tout ce qui se passe autour de lui, parce qu'il idéalise son quartier et qu'il vit sur ses souvenirs d'enfance. Il a été placé à ce poste de commissaire par un des cadres du parti, a été formé à La Havane puis est revenu travailler à Santa Clara. Son emploi n'est pas de tout repos, seul dans son quartier à en assurer la sécurité, qui lui a déjà valu la séparation d'avec Mariana et de ne plus beaucoup voir leur fille Yanet. Il est en train également de mettre en péril sa relation avec Luisa qui lui reproche ses absences et ne sait pas prendre de décisions quant à sa malsaine relation avec Mayita, la prostituée. Outre ces questionnements, Léo doit faire face à l'enquête demandée par son chef et va découvrir une facette de son quartier qu'il ne connaissait pas ou qu'il ne voulait pas voir. Cette enquête et la vie de Léo tiennent le lecteur jusqu'à la fin sans jamais d'ennui, d'envie de passer des pages, et lui permettent d'améliorer sa connaissance de Cuba. Le contexte géographique est finement décrit, on comprend aisément la difficulté de vivre dans un pays en crise dans lequel on ne peut pas toujours tout dire, dans lequel certains ne peuvent vivre que grâce aux trafics, au travail au noir, où la prostitution est quasiment le seul moyen pour certaines femmes de s'en sortir et de faire vivre leur famille. Fela, la mère de Léo est celle qui fait le lien entre l'avant 1959 et la vie actuelle sous Castro : les idéaux oubliés, la misère pour beaucoup : "Avant, une prostituée était mal vue. Sa famille la reniait. Elle devait oublier père, mère, frères et sœurs et faire sa vie seule, jusqu'à la fin. Maintenant, il faut voir avec quel toupet les mères racontent que leurs filles font le trottoir." (p.48), celle qui tente d'ouvrir les yeux de son fils sur l'état du pays, sur sa vie.

L'écriture est directe, va droit au but et s'attarde peu sur les descriptions des paysages et des personnages, tout juste sait-on qu'untel est dégingandé ou bien au contraire gras ou qu'unetelle a un beau cul et de grandes jambes (les prostituées qui traversent le livre sont les plus décrites). Les tourments de Léo sont écrits également franchement : "Parfois, je me dis que mon problème, c'est la peur. La peur peut être héréditaire. Oui, j'ai la trouille. La trouille depuis cette fameuse nuit où j'ai vu le corps de Pinky porté à bout de bras, dans la foule, atteint par le coup de poignard mortel d'un délinquant. J'ai peur de subir le même sort. Peur de crever. Et peur de tuer aussi, parce que je suis convaincu que cela peut arriver un de ces quatre. Il suffit d'une détente sur laquelle appuyer ou d'une prise de karaté." (p.41/42)

Pas de chichi dans le discours, le langage peut être cru, la violence est décrite, présente, quotidienne, celle des hommes frappant les femmes, celle des gens ne trouvant pas de quoi manger, celle des envieux de ceux ou celles qui "réussissent" fut-ce en vendant leurs charmes, ...

C'est un roman noir social duquel sort peu d'espoir, les personnages semblent résignés, désabusés, englués dans des vies difficiles, dans un pays qui ne bouge pas. On ne peut pas dire que Cuba soit à la pointe de la démocratie et que les Cubains vivent dans l'aisance, ce qui ressort très bien de ce livre. Un très bon roman noir dans la lignée de ce que j'ai pu lire de Leonardo Padura, avec un côté plus actuel notamment dans le langage ; vous auriez tort de passer à côté.

Merci Estelle.

 

thrillers

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Petit guide des transports à l'usage du trentenaire amoureux

Publié le par Yv

Petit guide des transports à l'usage du trentenaire amoureux, Manu Causse, Ed. D'un noir si bleu, 2011

Recueil de nouvelles qui toutes parlent d'amour. De rencontres qui augurent de beaux jours et de séparations, parfois définitives et tragiques. Il y est beaucoup question de très belles femmes venant de Hollande et d'hommes, qui pas très glorieusement envisagent de quitter leurs femmes pour elles.

Je me dois de dire, pour être totalement honnête et donc ressembler à "Fred le Fidèle" ou "Fred l'Honnête" voire à "T'aurais-mieux-fait-de-fermer-ta-gueule Fred" (p.133) que lorsque j'ai reçu ce livre non demandé, (merci Davina) je me suis dit : "Encore un livre sur des trentenaires qui ne veulent pas grandir, qui hésitent à s'engager. Pas pour moi !" Et puis, je l'ai ouvert, et l'ai commencé. Eh bien, vous me croirez si vous voulez, mais je me suis bien fait avoir. Certes, on y trouve des trentenaires comme sus-décrits, mais pas que ! On y trouve un papy touchant, attachant qui oubliant un peu son quotidien, raconte son passé, dans la nouvelle Promenade, qui est celle que j'ai préférée. Cet homme fait le bilan de sa vie et entre autre, se remémore tout ce qu'il n'a jamais pu et su dire :

"Maintenant, je vais mourir. Je ne veux pas mourir. Même si mon corps est à bout, même si mes pensées sont inertes, je ne veux pas renoncer. J'aimerais vous dire que je n'ai plus peur, mais ce n'est pas vrai. Je crève de trouille.

Et pourtant, ce n'est pas grave. Parce que je n'avais rien, rien que ce putain d'amour à vous donner. Et même si je n'y ai pas toujours cru, si je n'ai pas toujours eu la force, je vous ai offert tout ce que je pouvais.

Pardon, mes amours." (p.98/99)

La nouvelle qui suit, La Fête à Fred, est une autre de mes préférées : un homme se saoule dans une fête de famille : "Ce soir, je finis en planche !" annonce-t-il. Tout cela pour cacher une nouvelle qu'il craint d'annoncer aux siens, lui dont je reproduisais plus haut les surnoms "Fred le fidèle" ou Fred l'Honnête" ne peut s'empêcher de dire ce qu'il pense, ce qu'il va ou veut faire au risque de mettre en péril son couple, sa vie, ...

Écrites dans des styles différents, en fonction du narrateur ces histoires savent attirer et retenir le lecteur. Par exemple, là où, Promenade est écrite classiquement, pleine de tendresse pour ce vieil homme, La Fête à Fred est plus actuelle et plus directe dans le langage ; elle débute comme ceci :

"Dans une fête, c'est toujours au moment où tu pisses que tu te rends compte à quel point tu es bourré.

Tu t'es éloigné du bruit, de la musique, du bar et des discussions de fin de soirée. Et là, tu te retrouves tout seul, face à toi-même, avec les jambes plus ou moins assurées, en train de pisser sur un sapin, ou sur la fontaine, ou derrière un mur, ou sur une voiture... En suivant ce qui te passe par la tête, tu sais où tu en es. Si tu tiens la grande forme, ou si tu as déjà basculé du côté grave. Ou, des fois, s'il ne te reste plus qu'à te pencher en espérant ne pas te vomir dessus" (p.105)

D'autres nouvelles souffrent peut-être, en première lecture, d'un peu de longueurs, mais Manu Causse sait ménager ses effets, et à chaque fois les chutes les closent de manière inattendue. A chaque fois, lorsque je me disais que cette histoire était un peu longuette, un peu rallongée inutilement, délayée, à chaque fois disais-je donc, la chute est venue me cueillir et me faire réviser mon jugement, puisqu'alors les propos tenus prenaient une autre dimension, une autre signification.

Donc, en résumé, ne vous fiez pas à une première éventuelle mauvaise impression (ne faites pas comme moi, ne soyez pas énervés par ces trentenaires. Ou jaloux. Jaloux, moi ? Non, bien sûr que non, même si j'ai passé allègrement la trentaine, mais je dispose encore de quelques années pour commencer et finir le Petit guide pour les quarantenaires, s'il est écrit quelque part !) et laissez-vous tenter par cette lecture à la fois rafraîchissante, actuelle et loin d'être superficielle, Manu Causse nous présentant des personnages en proie aux doutes, aux interrogations et pour certains totalement perdus.

Petit éditeur, donc livre qui entre dans le challenge des Agents Littéraires

 

 

challenge-rentrée-littéraire-2011

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Léviathan : la chute

Publié le par Yv

Léviathan : la chute, Lionel Davoust, Ed. Don Quichotte, 2011

"1984, au large des côtes canadiennes. Surpris par une redoutable tempête, le ferry Queen of Alberta fait naufrage. Parmi les rares rescapés, le petit Michael Petersen, sept ans, a vu ses parents disparaître dans la tourmente.

2011, Los Angeles. Michael, désormais adulte et père d’un petit garçon, nourrit à l’égard de cette mer qui lui a tout pris une fascination mêlée de peur. Devenu chercheur en biologie marine, il se porte volontaire, malgré l’appréhension et la culpabilité d’abandonner les siens, pour une mission dans les glaces de l’Antarctique. 

Or, il est loin de se douter que cette expédition suscite l’inquiétude au sein d’une mystérieuse organisation séculaire, le Comité, dont les membres ont développé au fil du temps des pouvoirs supérieurs aux capacités humaines. Un de leurs agents, Masha, est personnellement chargé de veiller à la bonne marche d’une machination que le chercheur risquerait de mettre en péril. Ses directives sont claires : Michael ne doit jamais atteindre l’Antarctique." (4ème de couverture)

Autant le dire dès le début, je ne suis pas rentré dans ce roman. C'est un thriller scientifico-futuriste qui ne laisse aucune chance au lecteur qui ne réussit pas à adhérer tout de suite au propos. Il démarre très lentement -mais ce n'est pas un critère, un thriller n'est pas obligatoirement rapide-, et aligne les répétitions de situations, de questionnements d'une manière un peu agaçante ; par exemple, il est répété au moins cinq ou six fois en une trentaine de pages que Masha a mal au dos suite à "sa chute dans la benne à ordures" et qu'elle n'a plus vingt ans pour encaisser ces coups ! C'est à mon sens inutile et ça rallonge le livre loin d'être léger (400 pages). Et en plus, c'est un peu dur à entendre pour un quarantenaire, même si je ne saute pas du 5ème étage dans la benne à ordures tous les jours !

Ceci étant dit, l'auteur décrit bien ses personnages (remarquez qu'à force de répétitions, même le lecteur le plus obtus -donc moi- réussit à faire rentrer dans sa caboche les traits de caractères de tous) et les situations ne sont pas dénuées d'intérêt. Un peu prévisibles pour certaines, mais pas mal amenées et l'on a envie de savoir où tout cela va nous emmener. Personnellement, pas très loin pour moi, puisque j'ai lu ce thriller dans un aller/retour Nantes-Paris.

Mais ce qui m'a définitivement embrouillé, c'est le monde que Lionel Davoust décrit scindé en deux groupes dirigeants et opposés : la Main droite et la Main Gauche (au moins, il n'est point Manchot ! Ah, ah, je me gausse, mais où vais-je chercher tout cela ?) :

"La Main Droite croyait à un ordre absolu, supérieur à la volonté de l'homme et ineffable, auquel il convenait de se soumettre sans condition. Or les adeptes de la Main Gauche, guerriers de la connaissance, mages, initiés, quel que soit le nom qu'on leur attribue, n'avaient d'autres règles que celles qu'ils se fixaient individuellement. Certains l'exprimaient avec violence et entraient dans la vaste partie d'échecs qu'était le Jeu Supérieur ; d'autres se retiraient du monde et vivaient dans l'errance." (p.95)

C'est pour moi un charabia qui ne monte pas jusqu'à mes deux neurones encore disponibles (parce que là, ce n'est qu'un extrait ; il y a d'autres pages du genre). Mais il est vrai, je le confesse, et oui mon Père (merci mon Fils : des restes de mon éducation religieuse depuis longtemps enfouie sous mon ironie et mon athéisme convaincu !) que je ne suis pas un liseur de SF et que c'est même un domaine qui m'est étranger. Je ne suis probablement pas le public ciblé. Définitivement pas pour moi. Mais bon, essayez, vous verrez !

Merci Davina de chez Gilles Paris, mais pour les deux tomes suivants, ce sera sans moi.

Pour encore quelques jours le Challenge des Agents Littéraires est ouvert, j'en profite.

challenge-rentrée-littéraire-2011

 

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L'alphabet du polar

Publié le par Yv

L'alphabet du polar, Jean-Bernard Pouy, Marc Villard, José Correa, Éd. In8, 2014.....

Vingt-six lettres dans l'alphabet. Vingt-six courtes histoires, également réparties entre les deux écrivains JB Pouy et M. Villard et illustrées par J. Correa. Les mots ? Amphétamines. Balance. Copropriétaires. Daïquiri. Évasion. Flic. Gériatrie. Hold-up. Immigrés. Jivaro. Kafka. Lame. Maniaque. Nibards. Outing. Panique. Quéquette. Rafle. Satanique. Taxi. Uchronie. Vivisection. Warhol. Xylophone. Yakusa. Zone.

Beau livre, format 17x24 illustré dans des tons noirs, gris, blancs et ce qu'on nomme aujourd'hui taupe. Dessins qui tournent évidemment autour du polar mais aussi autour du jazz, notamment pour Hold-up et Xylophone, parmi mes préférés avec Flic, Outing, Uchronie, Warhol et Yakusa. José Correa s'est approprié chaque histoire : une histoire/un dessin qui colle parfaitement, qui en quelques traits la résume, affirme l'ambiance ou y met le point final. J'aime beaucoup. Les illustrations et la mise en page, sur papier blanc ou sur des variations du "taupe", donnent à cet ouvrage un aspect beau livre, de ceux que l'on lit, que l'on a plaisir à montrer -à prêter un peu moins.

Les deux auteurs, JB Pouy et Marc Villard sont des spécialistes ès polar. Encore une fois, ils montrent que l'atmosphère polar est dans la vie quotidienne, qu'il n'y a pas besoin de créer des personnages hors normes pour écrire des nouvelles ou des romans policiers. Une assemblée de copropriétaires, quelques mots doux échangés, et le petit truc qui fait que ça part en vrille. La nuit, la ville, le métro, le club de jazz sont des contextes évidents pour le genre, mais la maison de retraite (pour l'excellent nouvelle Gériatrie), le zoo peuvent l'être aussi. La preuve ici. 

Des vingt-six nouvelles, aucune n'est à jeter, à chaque fois, la chute fait mouche, même si parfois on peut s'en douter, elle arrive pile au bon moment. Les auteurs savent être légers, drôles, inattendus, sombres, noirs, tristes, moqueurs, ironiques, tendres, parfois plusieurs qualificatifs en même temps. En deux-trois pages, ils réussissent à planter un décor, des personnages crédibles et faire naître des images fortement inspirées des dessins de J. Correa mais il est vrai qu'ils excellent tous deux dans les nouvelles -et dans le romans aussi bien sûr. Ils abordent beaucoup de thèmes : l'immigration, la vieillesse mais non pas la renonciation à la vie, la prostitution, la vengeance, la violence gratuite, la mort, la musique, ... De ces vingt-six histoires, une m'a particulièrement plu -c'est vraiment pour citer un extrait, pour vous allécher, vous mes lecteurs (si si, il paraît qu'il y en a), car les vingt-cinq autres sont excellentes itou- ; ce n'est pas la plus poignante, ni la plus noire, c'est probablement la plus légère, qui m'a touché notamment par son style -signée JB Pouy-, Outing :

"Les de Bournion-Gallibert formaient une belle et digne famille respectée de tous et du moins admirée par les plus passéistes et réactionnaires de leurs amis et connaissances. [...] Cela dit chez les de Bournion-Gallibert, tout n'était pas nimbé de rose. Pour l'anniversaire de la grand-mère, qui allait fêter ses nonante, tout le monde serait réuni, y compris le cadet absent qui avait prévenu qu'il serait là, et bien là, et un peu là, et qu'il en profiterait pour faire à tous une révélation qui mettrait en péril le bel équilibre familial, voire qui saperait durablement les certitudes de ce beau monde béat." (p.89/90)

Voilà, je vous laisse avec cette digne famille vendéenne que l'auteur se plaît à égratigner. J'espère que vous irez à sa rencontre et à celle de tous les personnages de JB Pouy, M. Villard et J. Correa. A lire ou à offrir aux amateurs de polar ou non -c'est une belle entrée dans le genre pour ceux qui hésitent à ouvrir un roman-, aux petits lecteurs qui pourront lire à leur rythme et aux autres qui pourront le dévorer et le redévorer.

Claude en parle aussi.

 

 

polars 2015

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Au fil de l'eau

Publié le par Yv

Au fil de l'eau, Juan Diaz Canales, Rue de Sèvres, 2016 (traduit par Sophie Hofnung).....

Espagne contemporaine, un groupe de vieux arrondit ses fins de mois en pratiquant diverses petites magouilles. Parmi eux, Niceto, un peu plus de quatre-vingts ans, qui s'est fait pincer plusieurs fois par la police et est toujours libéré par son petit-fils, Alvaro, qui s'en porte garant et s'amuse plutôt des frasques de son grand-père. Lorsque plusieurs membres de ce petit groupe meurent assassinés, plus personne ne rit. Encore moins lorsque Niceto disparaît. Son fils, jeune retraité, et son petit-fils, futur papa, se mettent à sa recherche.

Juan Diaz Canales est connu pour être le scénariste de l'excellente série-BD Blacksad. Cette fois-ci, il se met en plus au dessin et choisit un éditeur, Rue de Sèvres, qui depuis, quelques années qu'il est arrivé sur le marché, publie des albums très beaux, très réussis : Le château des étoiles, Le Horla, Le sculpteurAu revoir là-haut, Frères de terroir, Une histoire d'hommes, Un bruit étrange et beau, entre autres...

Dessin noir et blanc qui fait la part belle aux personnages plus qu'aux décors ou aux paysages. Les vieux Espagnols sont dans la tourmente. Communistes, ils ont lutté contre la dictature de Franco et se retrouvent maintenant avec à peine de quoi vivre, parfois pas assez. Juan Diaz Canales parle de la société de son pays qui ne va pas très bien -qui n'est pas la seule. Il en parle à travers ceux qui ont été à l'origine de la fin de la dictature, ceux qui ont toujours lutté et doivent encore le faire lorsqu'ils sont âgés. Ses personnages sont profonds, et sans doute le choix du noir et blanc et le trait particulier de son dessin permettent de ressentir encore mieux cette profondeur. Ils se posent des questions sur divers sujets, sur la vie. Et l'on tient en main une bande dessinée à l'intrigue philosophico-policière originale -je dirais bien inédite, mais comme je n'ai pas tout lu, loin s'en faut, peut-être le sujet a-t-il déjà été abordé par le même biais.

Rue de Sèvres prouve une fois de plus que son choix est bon, excellent même. Je vous invite très vivement à découvrir cet ouvrage.

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Lettres d'Ogura

Publié le par Yv

Lettres d'Ogura, Hubert Delahaye, L'Asiathèque, 2017...,

"C'est un monde en miniature non loin de Kyoto, où une vingtaine de maisons se serrent sur l'ubac d'un seul côté de la route qui ne mène nulle part, afin de laisser place à une vingtaine de rizières grandes comme la main. On les inondera bientôt, avant le repiquage, et les grenouilles folles de joie sortiront de la rivière pour y faire leur vie et leurs têtards." (4ème de couverture)

L'Asiathèque est, comme son nom l'indique, un éditeur spécialisé dans les ouvrages d'apprentissages des langues d'Asie. Mais la maison publie également des romans et des nouvelles d'auteurs locaux et des petits textes d'auteurs français connaisseurs des pays d'Asie dans la jolie collection Liminaires. Ce fut le cas avec le très beau Halabeoji, de Martine Prost ; c'est de nouveau réussi avec Lettres d'Ogura. Cette fois-ci, le Japon. Mais pas celui qu'on nous montre partout, ultra-connecté, moderne, à la pointe du progrès. Hubert Delahaye s'intéresse à un petit village et plus particulièrement à une vieille dame qui y habite. Comme chez nous, ce village éloigné est déserté par les jeunes, des maisons sont abandonnées et ne restent quasiment plus que des vieux voire des très vieux qui s'aident, se parlent.

Le texte est beau, lent, très lent, contemplatif, décrivant admirablement la nature, la faune et la flore. Il colle parfaitement au rythme de vie du village. Dès le début je suis sorti des mes lectures habituelles et me suis retrouvé plongé dans un monde qui n'a pas mes codes. C'est troublant parce le texte n'est pas écrit par un Japonais et que pourtant tout pourrait le faire croire. Cent-vingt pages de zen, de calme, de beauté, de fréquentation de cette vieille dame charmante qui ne se plaint pas. Cent-vingt pages positives teintées d'un léger humour qui font sortir du quotidien. 

Belle collection à la couverture et la mise en pages soignées qui a les bonnes idées d'abord d'insérer dans le texte français des mots écrits en japonais, non pas que je les comprenne, mais ça permet d'entrer encore plus dans le monde décrit par Hubert Delahaye et ensuite de n'être pas chère. Si vous ne connaissez pas encore L'Asiathèque -ce n'est pas bien parce que j'en ai parlé, toujours conquis (Le phare, Histoire de dame Pak, L'art de la controverse, Halabeoji, Le magicien sur la passerelle)-, passez le cap, regardez attentivement le catalogue et n'hésitez pas à en parler à votre libraire préféré(e). Je me permets ce conseil, car j'ai toujours eu un peu de mal avec la littérature asiatique -et particulièrement la japonaise- et grâce à L'Asiathèque entre autres -mais aussi Intervalles-, j'apprends à la connaître et à l'apprécier.

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Sur la route avec Jackson

Publié le par Yv

Sur la route avec Jackson, Marc Villard, Cohen&Cohen, 2018.....

1951, Jackson Pollock se rend à Gallup, Nouveau-Mexique pour assister à une cérémonie de peinture de sable faite par Sam Begay, indien navajo.

1956, Patti et Dan Fraser, frère et sœur, cambriolent une banque, parviennent à prendre la fuite avec du pognon mais aussi deux toiles de Pollock. 

Court récit noir, comme souvent avec Marc Villard, qui -comme toujours chez Marc Villard- fait le tour de la question sans tergiverser et s'embarrasser de circonvolutions oiseuses. Les deux malfrats sont des gens simples, pas vraiment des cadors, juste une sœur entraînée par son frère paumé et qui, tous deux vont très vite se retrouver aux prises avec des gens d'une catégorie supérieure dans le crime. Marc Villard écrit là, une histoire à la Bonnie and Clyde (moins hémoglobinesque tout de même, cette référence m'est venue plutôt dans les descriptions de Patti et Dan), autour de l'oeuvre de Jackson Pollock. Un bref portrait de l'artiste est dressé, de sa personnalité plus que de ses toiles, alcoolique invétéré mondialement connu, qui a révolutionné l'art abstrait. 

C'est très bien fait, rien de superflu, et l'auteur en plaçant son histoire à l'époque de Pollock nous évite les références aux portables, à l'ADN, à tout ce qui abonde dans les polars d'aujourd'hui et qui, gâche parfois mon plaisir. Donc rien de gâché, au contraire, une plongée dans l'Amérique des années 50. Bon comme un vieux polar que l'on reprend de temps en temps. Bon comme un vieux film de ces mêmes années. Tout est là pour le plaisir du lecteur.

A noter que ce titre, édité chez Cohen&Cohen est agrémenté de détails de la Composition N°16 de Jackson Pollock et que la collection Art noir de l'éditeur, toute en couverture et tranches de pages noires, change pour cause de fragilité, les romans noirs adoptent une présentation plus classique qui, si elle est moins marquée et originale, n'enlève rien au plaisir de lire des polars dans le monde de l'art.

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