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Recherche pour “le péril vieux”

Lonesome George

Publié le par Yv

Lonesome George, Fabrice Vigne et Jean-Pierre Blanpain, Le fond du tiroir, 2012

Georges est un petit garçon gardé par son oncle un après-midi. Seulement voilà, Georges n'est pas un exalté, un hyperactif et son oncle a bien du mal à l'intéresser à un jeu ou même à une émission de télévision. Mais George (sans "s") c'est aussi le dernier représentant d'une famille de tortues. Lorsque Georges voit George en images, le lien se fait.

Lonesome George est un petit livre paru au Fond du tiroir qui a vécu moult péripéties. Il aurait dû paraître, puis non. Son auteur, Fabrice Vigne, l'a donc offert à la lecture aux internautes visiteurs de son blog. Puis finalement, ce livre est publié dans cette toute petite maison d'édition qui mérite votre visite -et plus si affinités. Toutes les aventures de Georges et George sont à lire ici.

Ceci étant dit, me voici donc avec dans les mains ce livre mort-né puis ressuscité. "Mais pourquoi donc ne l'auriez-vous point édité cher Fabrice ?" me dis-je en le lisant. Cette jolie histoire sur la difficulté de communication entre un adulte et un enfant lent mérite d'être lue à tout âge. Je sais d'expérience pour avoir à la maison un enfant à la lenteur d'exécution exacerbée que parfois, lorsque les contraintes sont présentes, il est difficile de rester zen. Mais d'un autre côté, pourquoi aller vite ? Moi qui ai adopté un rythme personnel très en deçà des standards de la société, je peux vous dire que j'en profite pleinement, quotidiennement.

Cette histoire de la relation entre deux êtres est aussi celle de notre principal moyen de communication : l'information. Il n'est point aisé de la laisser à côté de nos vies. Elle occupe nos conversations, les initie, les engraisse. Souvent triste, dramatique, guerrière, lorsque surgit une information jugée mineure par les adultes, comme celle de George la tortue, l'enfant s'en empare comme d'un fait essentiel qui se rapporte directement à sa vie. 

Fabrice Vigne comme à son habitude soigne son texte, mi-sérieux-mi-drôle :

"Ils ne se regardent pas, mais sans le savoir ils regardent dans la même direction. Quatre yeux perdus dans le même coin corné d'une affiche punaisée sur le mur d'en face, une vieille affiche d'un vieux concert d'un vieux chanteur, une affiche datant du roi-du-disco. Tonton y était, à ce vieux concert, c'est un souvenir aux coins cornés.

Tonton commence à se balancer de gauche et de droite, mais il est difficile de savoir si c'est pour bercer Georges ou pour se bercer lui-même. Georges trouve que ça sent la cigarette, mais au moins, au creux de son tonton, il est au chaud" (p.18)

Livre de qualité tant par le contenu que le contenant au format et mise en page originaux. Beau texte, belles illustrations de JP Blanpain -le même JP Blanpain que pour Double tranchant-, donc beau livre à commander sur le site du Fond du tiroir.

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Quasi-lipogramme en A minor

Publié le par Yv

Quasi-lipogramme en A minor, ou La réintroduction, Emmanuel Glais, Ed. Maïa, 2020....,

Hubert-Félix, jeune Breton hésite sur son avenir. Il veut entreprendre, gagner de l'argent. Natif de Pontivy, il vit à quleques kilomètres, à Montfort-sur-Meu, petite localité dans laquelle l'esprit d'entreprise ne peut pas être aisément assouvi. Un peu misanthrope, un peu râleur, un peu pessimiste, il livre ses pensées et ses doutes.

Le lipogramme est une figure de style qui consiste à produire un texte d'où est exclue au moins une lettre. L'exemple le plus connu -de moi- et pas le plus aisé à lire est La disparition de Georges Perec, sans la lettre e. Emmanuel Glais s'y essaie sans la lettre a. Néanmoins, il prévient dès le titre, c'est un quasi lipogramme, donc avec apparition possible de la lettre interdite, mais ça, je n'en dirai rien.

Pour ce qui est de ce roman, je l'ai beaucoup aimé, même si par moments, la mauvaise humeur, l'agacement et les diatribes de Hubert-Félix contre l'Europe, l'écologie, le travail, la routine, l'abrutissement du métro-boulot-dodo, la politique m'ont un peu gavé. Je comprends ses hésitations, ses interrogations, ses craintes et ses doutes, son inaction pour ne pas faire comme tout le monde, ses tergiversations, ... C'est le jeu et le but du roman que de montrer un jeune homme qui ne sait pas comment avancer, qui ne veut pas reproduire le modèle des aînés, mais ses envolées sont parfois un peu pompeuses et irritantes, un peu comme celles d'un ado qui sait tout sur tout et qui, même quand il ne sait rien un avis. Finalement, je peux dire que le portrait du jeune homme est parfaitement réussi, Emmanuel Glais a su décrire même l'irritation des autres face à Hubert-Félix. Il provoque et parfois touche lorsqu'il aborde un sujet sensible. Pas mal de réflexions sensées, de celles dont on se dit qu'elles sont frappées au coin du bon sens.

J'ai beaucoup aimé le texte., je pensais qu'avec un lettre en moins et pas n'importe laquelle, il serait plus nébuleux. Or, que nenni ! On y trouve des passages très bons et même excellents :

"Noël. Son lot d'hypocrisies. Le ventre plein, le nez poudré de truffes, les Européens, qui le reste du temps ne font rien ni pour leurs droits ni pour les désespérés, refont le monde." (p. 31)

"Ce qui est sûr, c'est que je suis né vieux, grincheux et cynique. Comprenez donc mon empressement de rester jeune -entre guillemets- je veux dire mon désir de vieillir moins vite, pour mourir moins vieux que prévu. En quelques mots, voici mon credo :

Être vieux jeu.

Vivre lentement.

Refuser le progrès.

Honnir le présent." (p. 72)

Mais ce livre n'est pas qu'une suite d'avis, d'emportements, de colères, il est un vrai roman sur le passage à l'âge adulte -que je n'aime pas cette expression, disons à une forme de responsabilisation. Hubert-Félix (hommage à Thiéfaine ?), s'il est parfois énervant est un vrai jeune homme de son époque qui offre de multitudes opportunités mais aussi un fort prix à payer. Le monde actuel nécessite une reconstruction, un changement radical. Avoir vingt ans, c'est se poser des questions sur son avenir c'est désormais également se poser des questions sur l'avenir du monde, de la planète.

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Proprio

Publié le par Yv

Proprio, Vincent Ravalec, Ed. Au diable vauvert, 2012 (suivi ou précédé de Comment financer sa retraite en devenant (un bon) propriétaire ?)

L'auteur prend la future réalité de sa prochaine retraite de plein fouet : points retraite x prix de point = 1880€, ce n'est pas mal, certes, mais quand c'est pour une année entière, les perspectives sont ternes et peu enviables. Lui qui souhaite pourvoir accéder à toutes sortes de plaisirs lorsque la bise sera venue cherche LA solution pour arrondir ses vieux jours. Propriétaire de logements à louer. Voilà la bonne affaire pense-t-il, mais c'est bien sûr sans songer aux méandres administratifs, financiers et aux difficultés de trouver de bons locataires. 

Vincent Ravalec s'enquiert donc de meilleur emplacement, d'une ville rentable, ... de la bonne affaire, celle sensée lui permettre de satisfaire ses futures envies de vieux :

"Et si je voulais aller aux putes ? J'avais toujours détesté la prostitution. Oui, mais ça c'était bon quand, la blague aux lèvres, j'arrivais à harponner quelques pétillantes ingénues pour leur expliquer à quel point une relation plus approfondie nous conduirait immanquablement vers une plus-value littéraire. Vieux et croulant, je serais peut-être bien content de trouver un peu de réconfort même tarifé. Seulement encore fallait-il que je puisse m'acquitter du tarif en question." (p.15/16)

Ce livre n'est pas à proprement parler un roman, c'est plutôt l'itinéraire d'un homme en butte aux demandes diverses des banques, des notaires, des artisans, qui doit faire face à des situations qu'il n'imaginait pas lorsqu'il n'était pas encore propriétaire. Comme dirait l'autre : "Ça sent le vécu !". Toujours V. Ravalec garde le sourire -jaune parfois. Son récit est traité sur un ton humoristique, un rien détaché, quand bien même en tant que futur proprio, il est très attentif aux démarches, visites et tracasseries diverses. Ce n'est pas un vrai guide d'un professionnel de l'immobilier, mais c'est plus réel et plus drôle ! Si vous avez vu la pièce ou le film de et avec Dani Boon, La maison du bonheur, qui n'est pas un chef d'oeuvre je vous l'accorde, mais qui réussit très largement à me faire rire, les prestations offertes par les ouvriers -les excellents Zinedine Soualem et Laurent Gamelon- et l'atmosphère d'amateurisme -et c'est un euphémisme- qu'ils dégagent ne sont pas très loin des situations que peut décrire l'auteur.

La seconde partie du bouquin, elle, est un guide pour devenir un bon propriétaire. Je dis seconde partie, mais ce n'est pas si clair que cela si je m'arrête un instant sur le livre en tant qu'objet. D'abord, la couverture entière -les quatre pages- sont soignées : dessins de l'illustrateur du livre Jean-C. Denis et photos des deux auteurs en pages intérieures. Qualité habituelle chez cet éditeur. Ensuite, lorsque j'ai eu le livre entre les mains, je me suis demandé par quel bout le commencer. Car il est fait en deux parties : Proprio dans un premier temps -ou pas- et si l'on retourne le livre comme une crêpe eh, bien on tombe sur la seconde partie-ou la première ?- Comment financer sa retraite en devenant (un bon) propriétaire ? : les deux parties sont tête-bêche. Un livre original par la forme qui préfigure l'originalité du fond. Un contenant qui ravit autant que le contenu.

Voilà donc une lecture qui sort de l'ordinaire, à la fois drôle et sérieuse, très bien écrite et intelligente qui me sort un peu des romans qui font ma pratique de lecture principale. Que demander de plus ? 

 

                                            dialogues croisés

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Miséricorde

Publié le par Yv

Miséricorde, Jussi Adler-Olsen, Le livre de poche, 2013 (Albin Michel, 2011, traduit par Monique Christiansen)

Merete Lyyngaard est retenue depuis cinq ans dans une pièce vide, nourrie grâce à des seaux que ses ravisseurs lui passent par un sas. Mais pourquoi, nul ne le sait. Cette ancienne espoir de la politique danoise a disparu du jour au lendemain.

Carl Morck, flic de Copenhague, revient au travail après une interruption due à une fusillade subie par ses collègues et lui. L'un est mort, l'autre est sur un lit d'hôpital, paralysé et Carl est le seul à s'en être sorti. Il emmerde tout le monde. Pour s'en débarrasser, la police crée le Département V chargé d'enquêter sur de vieux dossiers pas encore clos. A la tête de cette unité, Carl, assisté de Hafez al Assad, un Syrien, homme à tout faire. Leur première affaire sera par hasard celle de la disparition de Merete Lyyngaard.

Pas mal du tout ce premier volume des aventures de Carl et Assad. On assiste à la naissance du Département V, à leur première collaboration. Le lecteur suit en parallèle, les tergiversations de Carl pas très emballé pour se coltiner de vieux dossiers avec un homme de ménage réfugié politique au passé inconnu (songez, qu'il porte le même nom que l'ancien dirigeant autoritaire de la Syrie, le père de l'actuel qui ne fait pas mieux voire pire que son papa !) et les souffrances de Merete enfermée dans un caisson pendant cinq longues années. Si l'on peut deviner rapidement les raisons de son rapt, puis celles de sa séquestration et les auteurs, l'intérêt du livre consiste au raisonnement des enquêteurs pour parvenir aux bonnes conclusions et à la relation qui s'instaure entre Carl et Assad. 

Carl est un vieux flic à l'ancienne, désabusé, démotivé depuis cette fusillade, qui vit dans une modeste maison en banlieue avec son beau-fils et un locataire éternel étudiant qui le materne. Son ex-femme l'a quitté pour aller vivre ses passions amoureuses dans... l'abri de jardin !

Assad est recruté comme homme de ménage, préposé au café ; il s'avère précieux, doté d'un sens de la réflexion affiné et sensé et malgré quelques initiatives maladroites, très utile :

"Assad avait sûrement extrapolé un peu en remplissant sa mission, mais à quoi fallait-il s'attendre de la part d'un assistant, docteur ès gants de caoutchouc et seau en plastique ? Il faut bien ramper avant d'apprendre à marcher." (p.93)

Cette enquête qui commence en dilettante petit à petit se professionnalise, car Carl reprend goût à son travail, Assad n'y étant pas étranger. Un duo très improbable qui fonctionne. Assad ajoute le côté décalé, humoristique qui fait que l'on ne s'ennuie pas du tout au long de ces 526 pages (version poche). A tel point, pour ne rien vous cacher, bande de petits veinards, que Délivrance, le troisième opus de cette série qui vient de sortir, m'attend gentiment et que je viens d'acquérir la deuxième aventure du Département V, Profanation,  dont je parlerai bientôt.

Merci Anne.

 

thrillers

 

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Porteurs d'âmes

Publié le par Yv

Porteurs d'âmes, Pierre Bordage, Au diable vauvert


Ah que voilà un bon livre ! Enfin un thriller fantastique intéressant ! Pourtant, mes penchants naturels ne vont pas vers ce genre de littérature, mais, là, j'avoue que j'ai beaucoup aimé. Trois histoires, trois personnages très différents, Edmé, vieux flic blasé, Cyrian, jeune homme d'un milieu aisé et très favorisé et Léonie, jeune femme d'origine africaine au passé très lourd. Tous se retrouveront finalement, mais après des péripéties et des aventures extra-ordinaires. Pierre Bordage nous livre en cours de lectures quelques opinions bien senties sur la société.
A savoir quand même que quelques scènes sont assez violentes et très minutieusement décrites : ne pas forcément mettre en toutes les mains. Livre lu, dans le cadre du prix inter C-E.
Bonne lecture.

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La robe

Publié le par Yv

La robe, Robert Alexis, José Corti, 2006


L'histoire se déroule dans un pays qui n'est pas clairement cité, probablement en Europe de l'est, à une époque floue entre XIXe et XXe siècles. Nous suivons un jeune officier qui tombe amoureux d'une Italienne mystérieuse et troublante, Rosetta . Cette dernière l'entraîne dans une villa où se jouent de curieux rituels sexuels dont son père est l'instigateur. Au centre du texte apparaît bientôt une robe rouge, aux dimensions étonnantes, objet plein d'une histoire incroyable pendu derrière la vitrine d'un vieux tailleur.
La robe est un petit roman dense. Très belle écriture, très agréable à lire, beaucoup de passages vraiment beaux. L'histoire monte en puissance pendant tout le roman. Elle est originale, envoûtante et... très troublante. A conseiller !
PS : Robert Alexis a écrit un an après un autre très beau roman : La véranda, également aux très belles éditions José Corti.

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Les cinq quartiers de l'orange

Publié le par Yv

Les cinq quartiers de l'orange, Joanne Harris, Quai Voltaire, 2002


Françoise Simon revient s'installer dans le village de son enfance sur les bords de Loire, en Anjou. Elle y ouvre un restaurant qui connaît rapidement le succès. Cependant, un secret, vieux de cinquante ans, lié à son véritable nom (Framboise Dartigen) et à sa famille l'empêche de se dévoiler au grand jour.
Ce livre assez formidable fourmille de très belles descriptions des paysages ligériens et des personnages. Des intrigues se croisent, s’entremêlent. Framboise raconte son enfance, pendant la guerre, ses baignades dans la Loire omniprésente, et relate aussi sa vie actuelle. L'auteure oscille entre présent et flash-backs pour notre plus grand plaisir.
En débutant ce livre, conseillé par Flora, je croyais avoir à faire à une gentille histoire, légère. Or c'est tout le contraire : complexe dans le déroulement et brillant à souhait.

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Par effraction

Publié le par Yv

Par effraction, Hélène Frappat, Ed. Allia, 2009
Aux puces, un acheteur, pour 40 euros prend possession d'un vieux carton contenant des films de famille. Il commence à les regarder ; tous concernent une jeune fille, A., télépathe ; ils sont dans le désordre. Le visionnage passe de l'adolescence à l'enfance, revient à l'adolescence, ... La vie de A. se reconstruit de cette manière, bancale, décalée, jusqu'à un événement que l'on pressent sans rien en savoir.
Très petit roman, très étonnant, par sa construction : courts chapitres alternant la vie de A. avec des rêves parfois très brefs qui n'expliquent rien - ou dont je n'ai pas saisi la signification !- mais donnent au livre un ton onirique et poétique. L'écriture est à l'avenant, pleine de belles phrases, longues et courtes. Hélène Frappat crée une ambiance un peu désuète qui sied admirablement à l'histoire que chacun pourra interpréter selon son envie ou son ressenti. Auteure que je vais suivre.

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Atelier d'écriture

Publié le par Yv

Hier, chez Gwenaelle, dans son atelier d'écriture, il était question de Patrick Modiano. De faire de la poésie avec les titres de ses bouquins (en gras et italique, comme ça vous pouvez pas les rater, dans le texte). Bon, moi la poésie, c'est pas trop mon truc, alors... 

 

Lycée Patrick Modiano

 

Lycéen, je ne vais pas beaucoup aux cours. Le lycée Patrick Modiano de Caen, rue des boutiques obscures ne connaît pas vraiment mon visage. Non, moi, je me fais des tunes, je deale. Mais attention que de la bonne. Je vends l’herbe que je fais pousser, et je l’ai même baptisée : L’herbe des nuits, parce qu’après l’avoir fumée, on se sent bien, comme après une bonne nuit de sommeil.

Ce soir, je m’suis fait gauler. Les flics de la ronde de nuit, m’ont piqué tout mon stock. Ils ne m’ont pas embarqué au poste, non, ils m’ont emmené dans un rade d’un pote à eux, celui qu’ils fréquentaient avant de devenir ripous, dans le café de la jeunesse perdue. La leur, moi j’ai encore de beaux jours. J’ai réussi à me tirer, mais j’ai plus rien à vendre. Un manque à gagner.  Heureusement, j’ai une réserve dans un endroit connu de moi seul. Un vieux gymnase désaffecté, qu’on fréquentait gamins, avec les potes, Le vestiaire de l’enfance quoi ! J’y vais, décidé, j’y cours même. Je croise personne, juste un clebs qui me course, le chien de Printemps. Printemps, c’est le nom du mec qui tient le café près du vieux gymnase. On sait pas son nom, mais son café, il s’appelle Le café du printemps. Alors tout le monde l’appelle Printemps. Bon j’arrive à le semer, c’est pas très dur, parce qu’il est vieux le chien de Printemps : en fait, nous pour se marrer, on l’a surnommé Hiver, parce qu’il est tout blanc, qu’il tousse et qu’il tremble tout le temps, c’est pour ça qu’il est pas dur à semer.

Bon, j’arrive au gymnase et là, j’entends du bruit, ça gueule, ça hurle. Une voix de fille et des voix de mecs. Je speede et je tombe sur des gars que je connais, des mecs à pas fréquenter. Ma mère elle dit de mes potes que ce sont de si braves garçons. Mais ceux-là, ils sont pas braves du tout , ils sont tout sauf cool. Et avec eux, qui crie, je vois la petite Bijou. Madeleine Bijou. La Bijou. En voilà une fille qui porte bien son nom. Elle est au lycée. Elle passe tous les jours devant moi, ne s’arrête jamais. Elle consomme pas. Mais, moi, pour elle, j’arrêterais mes conneries. Je dealerais plus. Il suffirait qu’elle me parle et je retournerais –ou plutôt je débuterais-  en cours. Elle est en mauvaise posture. Pas encore à poil, parce que je suis arrivé à temps, mais c’est bien parti pour. Ils sont trois dessus à essayer de la déloquer, et je pense pas que c’est pour lui faire du bien après. Enfin, eux, ils pensent que si, mais je crois qu’elle est d’un avis totalement contraire.

Bon, les mecs c’est pas des flèches. Ils comprennent pas tout. Si je parle bizness, ça va leur connecter leurs deux neurones :

- Qu’est-ce tu fous là ? ils me disent. Tire-toi t’as rien vu !

- Eh les mecs, à trois sur une gonzesse et vous y arrivez pas, z’êtes pas fortiches ! J’ai mieux pour vous. 

- Eh l’avorton, tire toi on t’a dit !

- La fille contre L’herbe des nuits (je le dis sans modestie, mais mon herbe, elle est connue et réputée).

- Hein, qu’est-ce-que tu dis ?

- Je te propose de l’herbe et tu me laisses la fille, je dis à leur chef. Il dit plus rien. Un silence froid, total. « Un cirque passe » dit l’un des autres mecs. On dit : « Un ange passe, connard », lui dit son chef, ce qui me fait penser que les deux neurones, ils sont sûrement à  lui.

Bon, je vous passe les longues minutes de sa réflexion. Il accepte. Je leur file de l’herbe, et moi je repars avec Madeleine. Sauvée. On décarre vite fait tous les deux, histoire que les mecs y changent pas d’avis, même si après avoir fumé mon herbe, ils auront plus la tête à ça. Mon herbe elle rend sympa. Bon avec Madeleine on s’grouille quand même. Et là, en tournant la tête, je vois une tâche rouge sur un mur, vaguement éclairée par un vieux réverbère. J’m’arrête et je cueille les deux Fleurs de ruine, c’est comme ça que Madeleine les appelle  et je lui offre. Elle sourit et son visage s’approche du mien. Après ce baiser, elle me dit des trucs à l’oreille, mais je les garde pour moi, c’est mon jardin secret. Vous m’en voulez pas ? J’espère, sinon, tant pis pour vous. En plus, je vais être obligé d’abréger, parce que faut pas déconner, demain, y’a cours !

 

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