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Recherche pour “le péril vieux”

Ça coince ! (54)

Publié le par Yv

Le complot du livret rouge, Laurent Nagy, City, 2020

1814, Louis XVIII est sur le trône, mais son pouvoir mécontente le peuple. Un ancien révolutionnaire, Joseph Chunotte est mort défenestré, un homme puissant soupçonné d'avoir en sa possession des bijoux dérobés à Marie-Antoinette, mais surtout un mystérieux livret rouge pouvant mettre encore davantage en péril le pouvoir. Le commissaire Samuel Le Mullois est mandaté pour retrouver le tout.

Ce qui est le plus compliqué pour lui, c'est de louvoyer entre les révolutionnaires, les bonapartistes, les royalistes qui cohabitent en cette période trouble sans se comprendre ni s'apprécier. Il lui faudra compter également avec ceux qui ménagent tout le monde pour être de tous les pouvoirs.

Samuel Le Mullois est un taiseux, un taciturne, un agélaste. Autant dire que la plaisanterie, la gaudriole sont absentes de ce roman policier historique. Ce n'est évidemment pas la raison de mon classement dans la rubrique Ça coince ! Non c'est que je me suis ennuyé, c'est long à la fois dans la mise en place de l'intrigue, du contexte historique et des personnages. Et l'ensemble n'apporte rien de nouveau au roman historique. Pas très original, un peu plat, ça peut néanmoins se suivre sans déplaisir. Personnellement, il m'aurait fallu un petit truc en plus, un petit grain de folie dans l'un des héros ou dans l'écriture, enfin un truc qui m'accroche.

Les lumières de l'aube, Jax Miller, Plon (traduit par Marie-Claire Clévy), 2020

"30 décembre 1999, Welch, Oklahoma. Lauria Bible et sa meilleure amie Ashley Freeman, 16 ans, passent la soirée ensemble chez les Freeman. Le lendemain matin, le mobil home familial est en feu et les deux jeunes filles ont disparu. Les corps des parents d'Ashley sont découverts dans les décombres, deux balles dans la tête. L'affaire est restée non résolue, et les adolescentes n'ont jamais été retrouvées. Que s'est-il réellement passé cette nuit-là ?" (4ème de couverture)

Alléchant sans doute et malheureusement décevant. C'est le parti pris d'interpeller le lecteur et de le noyer sous des tonnes d'informations aussi inutiles que longues qui ont eu raison de moi. Le roman ne démarre pas et sous prétexte de nous présenter les personnages, nous parle des petites fleurs et des cheveux d'unetelle... C'est franchement canulant. Je ne lis pas un polar pour des descriptions du genre ou alors faudrait-il qu'elles soient enjolivées par un style ou une écriture particuliers ou qu'elle servent le récit. Là ce n'est pas le cas. L'ensemble est fade. Voilà qui ne me réconcilie point avec les romans étasuniens, et pourtant celui-ci possède en son sein des envies d'originalité dans la forme notamment... qui tombent à plat.

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Traducteurs afghans, une trahison française

Publié le par Yv

Traducteurs afghans, une trahison française, Quentin Müller, Brice Andlauer, Pierre Thyss, La boîte à bulles, 2020.....

Après le 11 septembre 2001, les États-Unis entrent en guerre contre les talibans en Afghanistan suivis par certains pays dont la France. Sur place l'armée a besoin de traducteurs, les tardjuman. D'abord simples traducteurs, ils deviennent de vrais soldats participant à certaines opérations. Lorsqu'en 2012, la France se retire d'Afghanistan, elle les oublie, n'en rapatrie que quelques uns, les autres restant au pays au péril de leur vie et de celles de leurs proches menacés par les intégristes.

La France a la mémoire courte et soixante ans après les harkis, elle refait le même coup avec les tardjuman. Moins nombreux, environ 800, certains sont encore en Afghanistan, toujours menacés de mort. Ce roman graphique -ou plus exactement enquête graphique- dénonce ce manquement terrible des autorités françaises qui jouent avec les vies de ceux qu'elles emploient, cherchant ensuite des raisons souvent fallacieuses pour ne pas les autoriser à vivre sur notre sol.

Quentin Müller et Brice Andlauer ont mené une enquête, rencontrant des tardjuman en France et en Afghanistan, ainsi que des personnes qui les défendent. Ils construisent un scénario implacable absolument pas à l'honneur de la France.

Le dessin est sobre, pas chargé, je n'irai pas jusqu'à dire minimaliste, car il y a des décors, géométriques souvent très carrés, le trait est clair, pur, rien n'est superflu. Ce sont des dessins précis en noir et blanc qui appuient le scénario par leur simplicité et leur sobriété.

Roman graphique très documenté qui fait forte impression, qui parle du manque d'humanité et de reconnaissance d'un pays face à une grosse poignée d'hommes auxquels il aurait été tellement simple et naturel de proposer une autre vie.

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Pyromane

Publié le par Yv

Pyromane, Wojciech Chmielarz, Agullo, 2017, (Le livre de poche, 2018, traduit par Erik Veaux).....

Varsovie subit l'hiver le plus froid depuis longtemps, les températures descendent la nuit jusqu'à moins vingt. Mais la ville subit également une série d'incendies d'origine criminelle. L'inspecteur Jakub Mortka, dit Le Kub, est demandé sur le lieu du troisième, car celui-ci a fait deux victimes : un homme mort et une femme grièvement blessée en voulant échapper aux flammes. La victime, Jan Kameron est un industriel qui fraye avec la pègre locale, sa femme Klaudia qui lutte pour survivre est une ancienne miss, ex et éphémère vedette de la chanson polonaise. 

Nouveau venu en littérature policière, le Polonais Wojciech Chmielarz -pas facile à écrire et pas plus aisé à prononcer pour un Français- écrit là le premier tome d'une série avec Le Kub (ce premier, Pyromane, est paru initialement chez Agullo -et aussi cette année au Livre de poche, version dans laquelle je l'ai lu, mais je préfère la couverture Agullo, raison pour laquelle elle illustre ma recension).

La Pologne n'est pas le pays auquel on pense immédiatement lorsqu'on parle polar (sauf Les impliqués, Un fond de vérité de Zygmunt Miloszewski) et pourtant tout est juste dans ce roman, tout tourne et s'emboîte admirablement. C'est même un contexte beaucoup plus ressemblant au nôtre que ceux d'Amérique du nord. Bien ancré dans son pays et dans son époque avec un héros attachant, qui se moule dans les codes du genre : divorcé, à fond dans son travail, buvant pas mal, solitaire, ... ce roman se suit avec enthousiasme et beaucoup de plaisir. J'ai aimé suivre Le Kub, flic pas toujours sympathique, avec de grosses qualités bien sûr mais aussi des défauts qui le rendent humain, des peurs, des angoisses, des certitudes et des convictions et des envies fortes comme celle de faire son travail le plus sérieusement possible, de parvenir à résoudre ses enquêtes pour soulager -si tant est que ce soit possible- les victimes. Quitte pour cela à mettre sa vie personnelle en péril.

Roman sans temps mort, une vraie réussite qui donne naissance à un héros que j'ai très envie de suivre dans ses prochaines aventures, et mon petit doigt me dit que je ne vais pas tarder à... Suspense...

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Chez toi

Publié le par Yv

Chez toi, Sandrine Martin, Casterman, 2021

Athènes, 2016. Mona est syrienne, migrante, Monika est grecque. Mona est enceinte, Monika est sage-femme pour une ONG. Elles vont se rencontrer, leurs vies et histoires se croiser. A travers elles, c'est l'histoire de la Grèce confrontée aux difficultés économique et à l'arrivée d'un grand nombre de réfugiés. C'est aussi l'histoire de ces réfugiés qui fuient la guerre, la misère au péril de leurs vies pour être mal accueillis par les Européens.

Ce roman graphique s'inspire d'une étude anthropologique consacrée aux relations entre femmes enceintes migrantes et personnel médical. Mona et Monika, si elles sont fictives sont inspirées de femmes réelles et de leurs parcours.

Ce qui m'a frappé d’emblée en ouvrant l'ouvrage c'est le dessin et plus particulièrement, au premier coup d’œil, la couleur. Un dégradé de bleu -sur le principe d'un noir et blanc- sur lequel des couleurs vives et d'autres pastel tranchent. Le résultat est convaincant, superbe et quelques pages en case unique sont magnifiques. Sandrine Martin joue avec les codes du genre, parfois une case par pages, d'autres fois des cases en quinconce, marquées ou non. Je suis conquis.

Et maintenant que je vais vous parler de l'histoire, je ne vais pas descendre en enthousiasme. Mona et Monika sont des femmes aux parcours et investissements lourds. Elles sont terriblement humaines et réalistes, feront taire n'importe que crétin xénophobe qui n'a jamais bougé de son petit confort, mais ce crétin ne lira pas ce livre, trop peur de s'humaniser. Sandrine Martin ne fait pas dans le glauque, le noir, elle parle sans détours de la difficulté d'être migrant en ce moment, de celle d'accueillir les femmes enceintes migrantes dans de bonnes conditions, mais elle parle aussi des bons moments et reste globalement positive. Mona attend un enfant, c'est à lui qu'elle parle et l'espoir est dans la vie qu'elle et son mari pourront lui offrir.

C'est un roman graphique très beau, très profond, avec des valeurs humaines essentielles mises en avant, des femmes fortes qui ne revendiquent point de l'être mais le sont naturellement et parce qu'elles ne peuvent pas faire autrement. Un album que je classe sans hésiter dans mes coups de cœur.

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Les diaboliques de Saint-Goustan

Publié le par Yv

Les diaboliques de Saint-Goustan, Jean-Marc Perret, Palémon, 2021

Fin novembre, une femme fuyant des poursuivants fait irruption sur une petite route et est tuée par un automobiliste. Quinze jours plus tôt, Auray, Lina jeune femme, escort-girl se fait agresser au bas de son immeuble. Dans la même ville, trois hommes se rencontrent autour d'un projet commun mystérieux censé mettre en péril l'état français. Il y a le notaire Jean-Pol Forquet, le curé Tersiquel et le colonel Müller. L'adjudant Louis Kerlo reçoit à la gendarmerie un message lui indiquant que ces trois hommes préparent un gros coup. Il veut enquêter mais son supérieur l'en empêche. Malgré cela, il mène en solitaire des investigations.

Nouveau venu chez Palémon, Jean-Marc Perret signe un polar moderne et réaliste qui m'a bien plu. Deux parties assez différentes, la première avec Lina et Louis Kerlo et la seconde avec Marc Renard, enquêteur privé qui entre en scène. Très équilibré, ce roman se suit avec grand plaisir et nous fait entrevoir ce que pourrait être un complot d'envergure nationale pour faire tomber un gouvernement. Je ne cache pas que ça fait un peu flipper puisque c'est somme toute assez réaliste, surtout depuis quelque temps où les paroles se libèrent et montent en violence en agressivité. Certains en font leur fonds de commerce en vue d'une éventuelle présentation aux élections ou pour préparer le terrain à certaine qui deviendra du coup modérée aux yeux et oreilles des électeurs. Beurk...

Pas de temps mort dans le récit de JM Perret qui va de rebondissements en découvertes, qui ne ménage ni ses effets ni ses surprises. Pas mal de personnages qui cachent eux-mêmes des choses, d'autres plus lisibles, tous concourent à faire de ce roman policier, le premier d'une série si j'en juge par le numéro 1 apposé sur la tranche, un bon moment de lecture.

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RIP. Maurice

Publié le par Yv

RIP. Maurice. Les mouches suivent toujours les charognes, Gaet's, Monier, Petit à petit, 2019.....

Deuxième tome de la série qui s'intéresse cette fois-ci à Maurice, le vieux de la bande des nettoyeurs des maisons des morts. Maurice ne s'est pas toujours appelé Maurice. Avant, c'était Marcello Camperetti, et il était craint. Pas comme maintenant où personne ne le respecte où on le surnomme le Vieux et où, ouvertement, on se fout de sa gueule.

Toujours aussi bonne cette bande dessinée. Tout ce que j'ai dit pour le premier tome Derrick est vrai là encore. Le scénario est adroitement construit qui imbrique les histoires individuelle de chaque homme avec leur histoire commune, celle des nettoyeurs des maisons des morts. Bien qu'on en connaisse des bouts lorsqu'on a lu le tome précédent, le suspense et la tension sont bien présents et l'envie de savoir comme Marcello s'est retrouvé en Maurice.

Le dessin et les couleurs sont toujours formidables, cela pourrait faire penser parfois à des comics, le format s'y prête aussi. Mais là, point de super héros, ni d'humour, ces hommes sont blasés, détruits et continuent à vivre quotidiennement des horreurs, pas toutes dessinées, je rassure les plus sensibles. On plonge dans la noirceur des hommes, dans ce qu'ils ont de plus profondément enfoui et qu'il n'est pas toujours bon de remonter.

Franchement, c'est une BD qui m'a scotché, dont je sais déjà que j'irai au bout des 6 épisodes -pour l'instant- prévus. Une dernière idée cadeau...

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Pays sans chapeau

Publié le par Yv

Pays sans chapeau, Dany Laferrière, Zulma, 2018 (1ère édition, 1996).....

Dany Laferrière, dit Vieux Os en Haïti, a fui son pays au milieu des années 70 pour éviter d'être arrêté par les tontons macoutes de Duvalier. Il vit au Canada et, vingt ans plus tard, en 1996, il revient en Haïti pour la première fois, revoit sa mère, ses amis d'enfance et son pays qui, s'il semble inchangé, le laisse pourtant dubitatif. Il s'installe chez sa mère, observe et prend des notes pour son prochain livre. Puis, de rencontre en rencontre, le voilà intrigué par un phénomène purement haïtien qui se déroule dans un village au nord du pays : on y parle de zombies et du Pays sans chapeau, le nom haïtien pour l'au-delà.

Quel plaisir de retrouver Vieux Os et ses anecdotes, histoires qui s'empilent parfois comme de courtes nouvelles ayant toutes en commun des personnages ou des lieux d'Haïti. Cette fois-ci le ton est plus sombre que dans les livres précédents de Dany Laferrière (L'odeur du café, Le charme des après-midi sans fin, Le goût des jeunes filles), l'auteur a grandi, vieilli et quitté le pays de son enfance. Mais en abandonnant la légèreté il n'abandonne pas pour autant tout ce qui fait plaisir au lecteur que je suis. La langue est toujours aussi belle, très oralisée, très dialoguée. Les lieux sont toujours aussi chargés, le pays aussi plaisant à découvrir et difficile sans doute à vivre, entre l'extrême pauvreté des nombreux, la richesse de quelques uns et la crainte des entre-deux de tomber. Les personnages sont toujours aussi beaux et fous. Ils oscillent entre la dure réalité de la vie et les croyances dans les dieux vaudous, les zombies, la vie après la mort. "Je vais vous donner le secret de ce pays. Tous ceux que vous voyez dans les rues en train de marcher ou de parler, eh bien ! la plupart sont morts depuis longtemps et ils ne le savent pas. Ce pays est devenu le plus grand cimetière du monde." (p.55)

Vieux Os un peu perdu dans son pays qu'il retrouve et dont il a oublié les us et pratiques, tente à la fois de le comprendre de l'extérieur et de replonger au-dedans avec ses ami(e)s, sa famille, les rencontres fortuites ou pas qui, à chaque fois l'interrogent sur le bien-fondé de son départ et de sa longue absence, sur son retour, sur son pays natal et son évolution. Haïti, pays réel ou imaginaire ? 

Très belle idée des éditions Zulma que de rééditer les livres de Dany Laferrière que pour ma part j'ai découvert assez récemment. A chaque fois, je plonge avec bonheur et ressort avec le sourire, même lorsque le propos comme dans celui-ci est moins léger. Pour reprendre un slogan un peu ancien : tout le bien qu'il fait à l'intérieur se voit à l'extérieur. 

Et puis pour finir, une citation que j'aime bien, d'Elsie, la femme d'un des amis de Vieux Os qui parle à l'écrivain :

"C'est mon rêve d'être dans un livre. Je connais beaucoup de gens qui aimeraient écrire un livre, moi, mon rêve c'est d'être un personnage de roman. C'est le sommet pour moi. Je trouve ça d'un charme fou." (p.199)

J'avoue que je ne suis pas loin de penser comme elle. Avis aux écrivains...

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Les dessous (en dentelle) de l'Élysée, Saison 1 L'intégrale

Publié le par Yv

Les dessous (en dentelle) de l'Élysée, Le retour du Vieux, Thiébault de Saint-Amand, Éd. La Bourdonnaye, 2015...,

Le Vieux est réélu Président de la République après une interruption pour passage par la case prison pendant cinq ans. Dès sa réélection, il inaugure la VIème République. Entouré du secrétaire général de l'Élysée Stanislas Lefion et de la responsable de la communication du même lieu Alyson de Foye, il a fait racheter la dette par la Chine et l'Emir Hadj-De-Mille du Kat-Khar, Mimir de son petit nom est aussi le compagnon des coucheries du Vieux. Car il faut bien le dire, ce qui l'intéresse vraiment ce sont les femmes, si possible avec un tour de poitrine avantageux.

Les éditions de La Bourdonnaye, dans leur collection Pulp, publient de petits textes s'inspirant des pulp magazines étasuniens du XXème siècle ou encore des feuilletons français du siècle précédent dans lesquels Alexandre Dumas ou Eugène Sue entre autres s'illustrèrent. Cette intégrale de la saison 1 contient six épisodes courts, un peu comme une saison de série télévisée en DVD.

Si vous cherchez de la finesse, de l'élégance, de la délicatesse, du chic, du raffinement ou encore du savoir-vivre -oui, j'ai fait le dictionnaire des synonymes-, passez votre chemin... Non, dans cette série, on serait plutôt dans la gaudriole, la gauloiserie, la paillardise, la plaisanterie -finalement c'est simple le dictionnaire de synonymes sur Internet.

Le Vieux est un savant mélange des présidents passés et actuel et sans doute futurs -pour notre grand malheur-, mais aussi des candidats recalés, des hommes politiques qu'on voit et qu'on entend depuis longtemps et qui ne changent pas de discours. Il est malhonnête, obsédé sexuel, escroc, use de cet espèce de langage argotique et populiste mais aussi du charabia auquel on ne comprend rien, et pour cause il est totalement vide de sens. Alors, ça ne vous rappelle pas quelques uns de nos représentants ? Allez un effort, le trait est grossi bien sûr, mais il est assez amusant de tenter de retrouver à quelle situation Thiébault de Saint-Amand fait allusion : la Corona cachée, la chanteuse qui veut se faire épouser, la princesse séduite, Richelieuse la fille cachée, ...

Avant tout cette série est drôle, le choix des noms des protagonistes est déjà tout un programme (à prononcer à voix haute, c'est mieux) : Alphonse Danley-Mur, Erwan Touffry le Premier ministre surnommé Onetwo, Alyson De Foye, Éléonore Zetel-Ay-Khôron, ..., argotique, légère, décalée, obsédée. On la lit comme on peut lire un bon San Antonio, le lien est évident sans qu'il soit question de comparaison.

Un peu de fraîcheur dans ce monde politique et dans nos lectures, et bien sûr la note finale, comme précisée en fin de chaque épisode : "Toute ressemblance avec des personnages ou des faits ayant existé serait encore bien en deçà de la réalité politique. Ce sont des filous, mais ils vous font rire ? Alors, réélisez-les !"

Chez La Bourdonnaye, le livre papier existe, mais aussi les formats numériques à de tous petits prix.

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Le chien, son maître et les parents proches

Publié le par Yv

Le chien, son maître et les parents proches, Tagbumgyal, Intervalles (traduit et postfacé par Véronique Gossot), 2020

Trois nouvelles qui ont en commun de parler du quotidien des Tibétains et de leur rapport aux chiens. L'importance de ceux-ci qui gardent les troupeaux et qui vivent très proches des hommes.

- Le chien, son maître et les parents proches raconte l'histoire d'un homme qui chasse sa mère de sa maison lorsqu'il y fait entrer sa jeune et jolie épouse. Les membres de la communauté nomade traditionnelle ne peuvent y croire et tentent de le faire revenir à la raison et d'accepter que sa mère réintègre le foyer, comme il est de coutume. Les vieux le traitent de chien et l'homme prétend être alors la réincarnation de la chienne rouge, ce qui rappelle à chacun la funeste période d'élimination des chiens imposée par la Chine.

- Journal de l'adoption d'un hapa : le hapa est un petit chien, ce que nous appellerions un pékinois. L'homme l'adopte et le chien, miraculeusement doué de parole, prend de l'ascendance sur lui, lui demande de l'emmener au bureau et de lui donner un poste pour qu'il puisse se faire bien voir auprès de la secrétaire.

- Le vieux chien s'est soûlé : dans cette histoire, le vieux chien se soûle en ingurgitant le vomi imbibé d'alcool du père du jeune garçon narrateur. Il y est question d'éducation, de nomadisme et de chiens errants.

Trois nouvelles très différentes qui ont toutes en rapport de mettre en scène des chiens diablement humains. Dans la première nouvelle, c'est la Révolution culturelle qui est critiquée, ses horreurs. Dans la deuxième, c'est l'ambition, la corruption et le népotisme courants dans les administrations. Et dans la troisième, c'est à la fois l'envie de se faire bien voir des autorités et pour cela être prêt à tout et aussi la dure condition des laissés pour compte, des errants. A chaque fois, que la nouvelle soit un peu fantastique ou ancrée dans la réalité, Tagbumgyal fait mouche. Il n'use pas des mêmes styles pour chaque histoire, mais pratique assidument l'humour, l'ironie, la moquerie et parfois de vraies piques bien senties. On peut aussi lire ces nouvelles comme de simples fables mettant en scène des animaux, mais ça me semble difficile tant les traits humains sont facilement décelables et ce serait passer à côté de tout ce qui fait le sel de l'écriture de Tagbumgyal.

N'omettez point la lecture de la postface de Véronique Gossot, la traductrice qui permet de mieux comprendre les subtilités de l'auteur et le contexte politique. Je pense que c'est mon premier livre de littérature tibétaine. Tagbumgyal est né en 1966 et paraît dans la très belle collection Sémaphores des très belles éditions Intervalles.

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