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Recherche pour “le péril vieux”

Trop

Publié le par Yv

Trop, Jean-Louis Fournier,  Ed. La différence, 2014…,

C’est trop. Une expression courante désormais. C’est trop bien, c’est trop beau, c’est trop bon, … Et le "trop" perd de son sens. Le trop c’est l’indigestion, le choix démultiplié, la surabondance, la surenchère,… Jean-Louis Fournier dresse une carte de ses "trop" : beurre, tableaux, yaourts, médicaments, journaux, radios, savons, livres, …

Jean-Louis Fournier, ex-complice de Pierre Desproges, connu pour ses livres drôles ou tendres ou durs, Où on va papa ?, La servante du Seigneur, Il a jamais tué personne mon papa, entre autres. Il est très fort pour les petits textes, ceux qui font mouche en peu de signes, parfois légers, d’autres fois beaucoup moins, toujours avec de l’humour, noir, de désespoir, ironique, décapant, …

Trop, c’est le livre contre la surconsommation de  tout poil. Celle qui nous fait acheter des yaourts à tous les goûts et à tous les coups, des appareils de plus en plus petits  et  puissants dont on n’utilisera même pas le quart du tiers des capacités. D’un homme qui lui parle de ses clefs USB sur lesquelles il peut mettre 8 000 livres, 2 000 chansons et 1 400 films, et qu’il emporte en vacances, JL Fournier constate : "J’ai fait un petit calcul : finalement, pour la semaine, ça ne lui fait que 1142 livres à lire par jour, 285 chansons à écouter par jour et 200 films à voir par jour." (p.26) Tout est sujet à consommation à outrance, les denrées alimentaires, les produits de beauté, la culture, les 17 000 places du Palais Omnisports de Paris Bercy qui sont de la démesure telle qu’on regarde les artistes sur les écrans géants, les 600 livres de la rentrée littéraire qui se musellent les uns les autres, les plus de 200 chaînes de télévision pour ceux qui ont des bouquets satellites, …

J’aime quasiment tout dans ce bouquin, je suis en phase totale avec JL Fournier au risque de passer pour des vieux cons ou pour des apôtres –moi, un anticlérical convaincu !- de la décroissance. On marche complètement sur la tête, et malgré ma volonté de ne pas exagérer, de faire attention, comme tout le monde je consomme voire surconsomme, je me crée des besoins  dont je ne peux plus me dépêtrer.

Avec son style très personnel entre humour, tendresse, ironie et vacherie, JL Fournier sait me parler directement, ses chroniques sont justes, certaines carrément exactement ce que je pense, notamment "Trop d’infos" : "Les stations de radio et les journaux bégayent. Toute la journée, ils répètent les mêmes informations. "Le public a besoin d’être informé", prétendent les journalistes. Je n’ai pas envie de tout savoir. Pas envie d’être déformé." (p. 49). Et plusieurs autres, mais je ne peux pas tout citer.

D’autres sont légères, ou commencent légèrement, construites un peu comme un poème de Jacques Prévert : "Chaque quart de seconde sur la terre, une femme met un enfant au monde. Il faut absolument la retrouver pour lui dire qu’elle arrête." (p. 139) ou celle intitulée "Trop de beautés" et qui met en scène le prince qui ne sait laquelle de ses 400 femmes choisir.

Enfin, tout cela pour dire que le dernier JL Fournier vient de sortir et qu’il est bon. Que dis-je ? Il est trop !

 

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Ça coince ! (24)

Publié le par Yv

Comment élever votre Volkswagen, Christopher Boucher, Le nouvel Attila, 2014 (traduit par Théophile Sersiron, illustré par Matthias Lehmann).

"Un journaliste du Massachussets, traumatisé par la mort de son père, donne le jour à une Volkswagen 1971. Une Coccinelle, pour être précis : un vieux modèle en sale état, condamné à la casse et réclamant dès sa naissance réparations et pièces détachées. Voire une opération du cœur, organe malheureusement introuvable sur une Volkswagen." (4ème de couverture)

Un livre prometteur, illustré, un poster en prime reprenant en plus grand la première de couverture et la page 1. Keisha m'avait alerté sur son côté totalement barré et réjouissant. Las, ça ne marche pas. Christopher Boucher s'amuse, nul ne peut le contester, mais pas moi. L'humour peut se partager ou ne pas faire mouche, ce qui est le cas ici pour ma pomme. Je reste imperméable, imperturbable, enfin presque parce qu'un poil énervé quand je ne comprends pas ce que je lis. Là, je n'entrave que dalle et ça m'agace ! Néanmoins, je peux comprendre (comme quoi je comprends quand même des trucs) que l'on puisse adhérer au style et à l'humour de l'auteur.

Pas pour moi. Tant pis...

 

 

 

A l'orée de la nuit, Charles Frazier, Grasset, 2014 (traduit pas Brice Matthieussent)..

"Dans l'Amérique des Sixties, au fin fond des Appalaches où elle vit retranchée, loin des soubresauts de monde, Luce, jeune femme farouche et indépendante, se voit confier la charge des jumeaux de sa sœur défunte. Ayant vu leur beau-père, Bud, une brute épaisse, assassiner leur mère, les orphelins traumatisés se sont réfugiés dans un mutisme inquiétant, où sourd une violence prête à exploser à tout moment." (4ème de couverture)

Tout commence très bien, je suis accroché dès les premières phrases. L'histoire, le ton me plaisent. Luce est un personnage énigmatique, dont on apprend la vie peu à peu. Les enfants le sont tout autant. Charles Frazier procède par petites touches qui à chaque fois nous apprennent une nouveauté sur chaque personnage. Un récit lent, qui fait également la part belle à la nature, aux espaces. La relation entre Luce et les deux enfants se tisse lentement par l'intermédiaire de la nature, tout a lien avec elle. Puis, ça se gâte, de lent, le récit devient long, je passe des paragraphes, puis des pages, et lorsque je vois qu'il m'en reste encore plus de 200 à lire, je m'angoisse... Pourquoi faire de si longs bouquins (383 pages) avec de telles longueurs ? Ce qui me chagrine c'est que C. Frazier avait de quoi faire un beau, très beau roman avec Luce, les enfants et leur environnement, cette magnifique maison au bord du lac. Pourquoi a-t-il fallu qu'il rajoute Bud, qui n'apporte rien au récit, qui l'allège même. C'est fort dommage, ce livre qui partait fort aurait pu en le condensant être superbe. Il n'est finalement qu'un roman dilué, qui promet et déçoit.

 

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Les six compagnons à Scotland Yard

Publié le par Yv

Les six compagnons à Scotland Yard, Paul-Jacques Bonzon, Hachette, 1968 (2010 pour la présente édition)

Les six compagnons, Gnafron, Le Tondu, Bistèque, Corget, Mady, Tidou et son chien Kafi reviennent d'un pique nique aux abords de l'aéroport de Lyon lorsqu'ils découvrent une voiture accidentée avec une personne à l'intérieur. Vite, ils lui viennent en aide, arrêtent une voiture qui va chercher des secours. L'homme est sauvé. Sur les lieux, Kafi trouve une montre anglaise qui ne peut pas être au blessé, anglais lui-aussi parce qu'il en a déjà une. La bande de "gones" commence alors son enquête qui la mènera jusqu'à Londres.

Et là, certains d'entre vous se demandent si je ne suis pas retombé en enfance. Qu'ils se rassurent, je crois n'en être jamais réellement sorti et ce livre est là pour me le rappeler. Depuis une année, je co-écris sur un blog collectif, les huit plumes, né de notre participation au jury du Prix de l'Express en 2011. Pour fêter le premier anniversaire de notre collaboration l'un des nôtres, Éric pour ne pas le nommer, a eu l'idée d'un jeu. Ma récompense fut donc ce livre, le tome 4 de la série. Pour expliquer cet envoi, sur la route des vacances, nous nous sommes arrêtés à Lyon, ville que nous ne connaissions pas et Éric fut notre éminent guide. Lorsque nous fûmes à la Croix Rousse, je lui fis part de ma connaissance de ce lieu par Les Six compagnons, lecture de ma jeunesse. Et voilà donc comment, quelques semaines plus tard, grâce à un jeu et à son créateur qui a de la suite dans les idées, je me suis retrouvé dans Lyon puis à Londres.

Ce préambule fait, ma première surprise fut de voir que la série que je lisais en bibliothèque verte est désormais rose. Un coup dur ! Excusez du peu, mais moi, je lisais de la verte , la rose c'était pour les filles ou les petits ! Non mais ! A part ça, eh bien, c'est comme il y a ... ans (je laisse le suspense sur mon âge, c'est pour élargir mon public : ramener et/ou garder les jeunes et ne pas faire fuir les (plus) vieux !). J'ai descendu les pentes de la Croix Rousse à vélo (les descendre, c'est facile, j'y arrive, c'est les remonter qui me pose un problème) avec toute la bande et Kafi qui court derrière. D'ailleurs, Kafi, c'est le seul de toute l'équipe qui était encore très présent à ma mémoire, les autres j'avais un peu oublié leurs noms ou leurs caractéristiques physiques. Tout est resté comme avant, l'amitié, la gentillesse, la joie de vivre des enfants et leur enthousiasme. Peut-être un rien désuet pour des enfants d'aujourd'hui qui préfèrent les mangas ? Mais ils ne savent pas ce qu'ils ratent. Les Six compagnons, quand même ! Tiens d'ailleurs, j'en ai deux à la maison qui sont dans le bon âge, je vais laisser traîner ce livre sur la table de salon, ça ne m'étonnerait pas qu'ils le feuillettent et le lisent. Peut-être même que les plus grands... 

Un très beau retour en enfance (si tant est, comme je le dis plus haut, que j'en sois sorti) que je dois à Éric, le Lyonnais. Sois-en mille fois remercié, parce que de moi-même, je n'aurais sans doute pas accompli cet acte de régression littéraire, qui m'a oh combien ravi.

PS : un livre que je classe, bien évidemment, dans la communauté "Culure Polar".

 

thrillers

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La nuit en vérité

Publié le par Yv

La nuit en vérité, Véronique Olmi, Albin Michel, 2013..,

Enzo, 12 ans est un garçon en surpoids qui vit seul avec sa mère, Liouba, dans les beaux quartiers parisiens. Liouba est femme de ménage et occupe à ce titre une chambre dans un très bel appartement de gens riches qui n'y sont que très peu souvent. La cohabitation n'est pas évidente entre cette jeune femme, "toujours dans les vingt" (qui n'a donc pas trente ans) et ce garçon qui entame sa période adolescente dans des conditions exécrables : il est le souffre-douleur silencieux de ses camarades de classe : son poids, son odeur, sa mère-une-bonne, son origine sociale, tout cela le désigne comme tel à leurs yeux d'enfants nantis.

Beaucoup de questions sont abordées dans ce roman, entre autres, la maternité, la condition sociale, l'adolescence, la recherche de ses origines, la paternité, la mort, la vie, ... et tant d'autres. Tous les questionnements qu'un garçon mal dans sa peau, mal aimé -pas du tout par ses collègues de classe, trop exclusivement par sa mère- peut se poser. Véronique Olmi s'empare d'une période pas facile pour nos enfants, le passage par le collège, ces quatre années où tout sera scruté, observé, moqué : l'habillage, la coupe de cheveux, le poids -ou surpoids, où un rien, une différence crée un gouffre infranchissable entre la masse et l'élève isolé. "Enzo sentit la classe, tout autour de lui, une agrégation indifférenciée qui s'appelait : les autres. [...] Il était plus utile à la classe que n'importe qui, la bêtise des autres s'appuyait sur lui, il était la cariatide de leur désœuvrement, et il sentit le crachat dans son cou." (p.81)

C'est un roman qui verra Enzo quitter l'enfance, se détacher de sa mère décalée pour sans doute mieux la retrouver. Un roman d'introspection, dans lequel Enzo se cherche, se trouvera en partie grâce à ses rêves qui le font avancer, découvrir ou deviner ses origines (ses lectures inspireront ses songes, ainsi que des lieux). 

Véronique Olmi écrit bien, alterne des passages vifs, notamment des descriptions qui habituellement sont plus lentes : "L'appartement était très grand. Très vieux. Refait à neuf. Il était en plein cœur de Paris, derrière les jardins du Palais-Royal, tout près des Tuileries. Un Paris idéal. Entre le Louvre et la Comédie-Française." (p.11) et des phrases plus longues lorsque Enzo est plongé dans ses réflexions, ses questionnements.

 

Ceci étant dit, elle n'évite pas les clichés sur le personnage d'Enzo, gros et décalé socialement, ce qui énerve au plus haut point ses camarades et sur les situations. Du gros, du lourd, si je puis me permettre ce malencontreux télescopage de mots ! Un écrivain parfois en gros sabots, comme on dit par chez nous. Pas mal de longueurs également, des étirements du texte ou des situations dont on se passerait bien et qui n'apportent rien au livre si ce n'est 100 ou 150 pages en plus. Disons pour être franc et court que, hormis les paragraphes concernant les soldats russes pendant la guerre de 14/18, leur rébellion en 1917 lorsqu'ils apprennent la Révolution dans leur pays (plus de renseignements ici), rien dans ce livre n'est neuf ou inoubliable. Ma première expérience de lecture de Véronique Olmi ne fut donc pas une grande réussite.

Libfly recense des avis, Babelio également.

 

rentrée 2013

 

région-copie-1

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Les voleurs de cerveaux

Publié le par Yv

Les voleurs de cerveaux, Cyrille Launais, Ed. Sixto, 2013.....

Luc Renard est livreur pour la librairie Bouquain à la fin des années 50. Au volant de sa 2CV fourgonnette, il sillonne les rues de Nantes pour son travail. En arrivant chez M. Derval, client habituel, Luc le retrouve mort, un trou dans la tête. A peine a-t-il remarqué cela que Luc est assommé et laissé sur place. Lorsqu'il se réveille, les policiers sont présents. Il est entendu, relâché et ne peut s'empêcher de mener sa propre enquête avec Jeanne sa cousine. Bien mal leur en prend.

Que voilà une belle bande dessinée : couverture souple et néanmoins superbe, très réussie de mon point de vue, 100 pages si l'on excepte le dossier final intitulé Etudes graphiques, une mise en page soignée, un magnifique dessin en noir et blanc, travaillé un peu comme de la photo sur certaines cases, avec différents plans : le premier est net et le second flou, comme lorsque l'on fait le point sur une seule personne. Le dessin est très réaliste, les personnages sont très identifiables, ils ont des "gueules", un peu comme dans les films de Lautner ou dans les BD de Tardi. Les paysages sont eux aussi réalistes, identiques à ce qu'était Nantes à l'époque (d'après ce que j'en ai vu puisqu'évidemment, je n'étais point encore dans cette belle ville ni même né) ; des quartiers sont encore reconnaissables, d'autres moins, je me repère aux bâtiments qui eux sont restés. Le texte est basique, assez simple, très symbolique de l'époque entre argot et dialogues d'Audiard (les références n'y sont d'ailleurs pas cachées) et tant mieux, car il permet de rester ancré dans la réalité alors que l'intrigue flirte avec l'irréel, le surnaturel avec grand bonheur.

Un excellent moment passé en compagnie de toute cette bande, du même ordre que lorsque vous visionnez un bon vieux film de gangsters français des mêmes années : humour, parodie, langage fleuri et tronches indescriptibles, voitures oubliées, vitesse folles (au moins du 72 km/heure !), pas de prise de tête, d'intellectualisation du ou des propos, pavés des rues de Nantes, clin d'œil à la presse locale et à la star incontestée de Nantes, Anne de Bretagne (sa seule existence en son château, en cette ville prouve à elle seule son appartenance à la Bretagne ; je dis ça bien sûr juste pour attiser la querelle récurrente en nos rues nantaises) et qui est morte il y a tout juste 500 ans (le 09 janvier 1514)

Pour de plus amples informations, n'hésitez pas à aller visiter le site des éditions Sixto, collection CasaNostra (en cliquant sur le nom) spécialisée dans le genre BD polar qui se déroule dans le centre des villes. En plus, vous aurez un interviouve de l'auteur Cyrille Launais. La lecture de cet album valant mieux qu'un long discours (surtout d'un de mes discours), je vous laisse le découvrir par vous-même, ce qu'évidemment, vous ne manquerez pas de faire.

 

polars

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La fin de l'âge déterminé

Publié le par Yv

La fin de l'âge déterminé, Michel Colin, Ed. Lectures Multiples, 2011

"Ils veulent la supprimer ! La nouvelle fait bientôt la une des journaux. Beaucoup de Français se mobilisent pour la sauver. Grèves, manifestations, débats, témoignages se succèdent. Rien n’y fait.

Un homme doit la rencontrer au plus tôt. Auparavant, il lui faut liquider toutes celles se trouvant sur sa liste. De nombreux obstacles sont placés sur sa route pour retarder le moment du rendez-vous. De plus en plus étonné, il décide de mener sa propre enquête sur la vie méconnue de la victime. Il va aller de surprise en surprise.

Fait exceptionnel, la victime, condamnée au silence, réussit néanmoins à parler à l’enquêteur et à lui faire des révélations étonnantes. Stupéfié, il doit se rendre à l'évidence. Pour certains sujets, les modes actuels de diffusion de l’information ne sont pas suffisants." (4ème de couverture). Ou les tribulations d'un homme voulant faire valoir ses droits à la retraite.

Après Alex et Mélusine, me voici confronté au départ en retraite. Non pas que nous ayons l'âge idoine, mais le bouquin idéal, oui ! Enfin, idéal pour elles, moi j'avoue n'avoir goûté ni l'humour ni les descriptions des difficultés à obtenir dossiers, informations et paiements. Ce livre est entre le roman et l'essai, c'est d'ailleurs sans doute sa construction ou sa mise en page qui m'ont dérouté. L'auteur ne choisit jamais vraiment son camp : écris-je un roman ou écris-je un essai ? Ce n'est pas aisé de choisir d'ailleurs puisque le sujet abordé se prête plus aisément à l'essai qu'au roman, mais bon, c'est pas moi qui aie choisi de traiter ce thème !

Je me suis perdu dans les textes, les références et les méandres des recherches effectuées par M. Leretraité (ce qui me fait craindre le pire pour la vraie recherche dans quelques années).

De bons passages alternent avec d'autres plus confus ou moins intéressants. J'ai eu parfois l'impression que l'auteur dressait des listes de faits sans vraiment les lier entre eux. Déplaisant et rien de tel pour perdre mon oeil attentif -je me disperse très vite, que voulez-vous, je ne suis pas un bon élève. Et puis, l'âge venant, ma concentration baisse !

Ceci étant, je ne voudrais pas décourager les ceusses d'entre vous qui peuvent être intéressés par ce sujet : les diverses lois prolongeant la durée de travail et repoussant de facto l'âge de départ à la retraite rendent ce petit livre très actuel (encore plus proche depuis quelques temps, depuis le budget de rigueur du gouvernement). Michel Colin l'aborde de manière originale, et d'ailleurs, je suis le seul à n'avoir pas apprécié cette lecture, ce qui prouve, s'il était nécessaire, mon mauvais goût ou alors, mon désir de rester jeune et de ne pas trop penser à mes vieux jours. Le chapitre le plus abscons est celui intitulé  : "Vers la polypersonnarisation d'un polyvalent polyponctionné devenant polyactif" (p.35) et ça me glace le sang, puisque je crains bien être dans ce cas précis !

Je salue le travail, même s'il ne me correspond pas !

PS : je vais quand même garder ce bouquin pas trop loin, des fois que d'ici quelques années, je veuille me plonger dans mon dossier retraite, j'ai comme dans l'idée qu'il pourrait me servir !

Petit éditeur, Les Editions Lectures Multiples entrent dans le cadre du Challenge Les Agents Littéraires !

 

challenge-rentrée-littéraire-2011

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La mort n'est pas un jeu d'enfant

Publié le par Yv

flavia.jpgLa mort n'est pas un jeu d'enfant, Alan Bradley, Ed. Le masque, 2011

Deuxième tome des aventures de Flavia de Luce. Cette fois-ci, la jeune demoiselle veut éclaircir le mystère autour de la mort de Rupert Porson, marionnettiste de son état, tué en pleine représentation. Mais Flavia "devra prendre garde à ne pas s'approcher trop près de celui qui tire secrètement les ficelles de cette danse macabre..." (4ème de couverture)

Lorsque Anne, des éditions Lattès et Le masque m'a envoyé ce livre, j'ai à peine eu le temps d'ouvrir le paquet que Mlle Yv l'a emporté avec elle. J'ai donc pensé que le mieux était qu'elle vous en parle elle-même, mais elle est timide, alors, elle m'a glissé ses impressions et m'a autorisé à les reproduire. Je vous soumets donc le fruit de notre collaboration et de nos conversations :

"- Eh bien ce livre il est drôlement bien et même que Flavia elle enquête sur le meurtre d'un marionnettiste qu'a été tué tout près de chez elle."

Non, j'rigole, en fait Mlle Yv, étant âgée de 17 ans, elle parle trop pas comme ça !

"- Oh papa, arrête, t'es relou là ! Tu veux me faire passer pour qui ? Je ne suis plus une gamine !

- Mais tu ne parles pas comme ça à ton père, s'il te plait ! Non mais c'est quoi cette éducation ?"

Après bien sûr, c'est l'escalade et le pugilat assuré, et puis Madame Yv entre en scène et puis Junior Yv aussi et les deux petits, alors je vous dis pas la journée...

Comme je ne vous la dis pas, je vais en profiter pour revenir à Flavia et aux raisons qui ont poussé Mlle Yv a lire et aimer ce roman :

"D'abord l'héroïne -mais non, pas la drogue papa, là t'es lourd !- est sympa, espiègle. Toujours prête à jouer des mauvais tours à ses soeurs et à se rendre intéressante. Le livre est aussi intéressant que le premier et toujours autant accessible. Moi, qui n'ai jamais été fan des Harry Potter -en fait je n'ai pas aimé-, là, j'ai pris du plaisir aux aventures et mésaventures de Flavia. L'intrigue m'a tenu en haleine et les méthodes de Flavia pour la résoudre sont réjouissantes et efficaces. Mais, je pense que ce livre est destiné à un public de jeunes et d'ados et qu'il ne conviendra pas aux adultes ou aux vieux comme papa, ou alors à ceux qui ont l'habitude de lire ce genre de romans. Pour ceux qui lisent des choses plus sérieuses, ce sera sans doute un bouquin un peu léger. Quoiqu'il puisse être aussi un moment de détente.

Alors, ça te va papa, j'ai été bonne ?

- Mais oui, ma fille, très bonne. Ton texte est digne de figurer sur mon blog, il en a l'étoffe !

- Ça va bien, comment tu t'la pètes ! Tiens, pour ta peine, j'espère que j'aurai plus de commentaires que toi. Filles à papa et tous les autres, aidez-moi ! Laissez vos commentaires et ensemble, nous battrons tous les papas trop fiers d'eux (et en plus, ça fera de la pub au blog de mon papa qu'il est trop bon -mon papa, pas le blog, bien sûr ; quoique, les deux finalement !)"

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La cité interdite

Publié le par Yv

La cité interdite, François Gibault, L’Éditeur, 2011

"A travers des textes courts et cruels, François Gibault se livre à son exercice favori, l'observation méticuleuse d'une humanité dans laquelle il ne se reconnaît pas. Une bonne dose d'ironie mâtinée d'autodérision, un soupçon de perversion et le style sec et précis de l'auteur, font de ce recueil un petit bijou d'humour noir." (4ème de couverture)

Dix-huit nouvelles de tailles différentes qui cependant ont toutes en commun de raconter des rêves, des histoires peu réalistes (mais pas forcément irréelles ou irréalisables). Assez hétérogène pour moi : certaines nouvelles m'ont convaincu, d'autres beaucoup moins. Par contre, toutes ont un autre point commun : une écriture belle, tour à tour imagée ou directe, qui décrit lieux et personnages très fidèlement au point que l'on visualise très bien les uns et les autres. Parmi mes favorites :

- A Berlin !, qui commence ainsi : "Neptune en avait marre de tout, d'être français, d'être vieux, d'être vivant et surtout d'être le mari de Françoise, 83 ans, bon pied bon œil, emmerdeuse née." (p.19)

- Un fauteuil pour deux : "Quand il posa le pied sur le trottoir d'en face, juste devant chez lui, l'accident était si présent dans sa mémoire qu'il était incapable de dire s'il était survenu ou s'il y avait échappé." (p.87)

- Julien : "Endormi sur son canapé depuis quelques secondes, une minute au plus, Julien se réveilla en sursaut, comme s'il avait dormi une nuit entière, avec dans la tête le souvenir incertain d'un rêve inouï." (p.179)

Dans ces deux dernières nouvelles, François Gibault joue avec la réalité : sommes-nous dans celle-ci ou dans le rêve du personnage ? Lui-même est-il réel ? Le principe est appliqué à d'autres nouvelles également.

L'humour est noir, grinçant, un rien macabre ; on meurt beaucoup dans des conditions qui peuvent prêter à sourirre chez F. Gibault !

Deux nouvelles moins noires :

- Un malencontreux courant d'air : "Une fois pour toutes, Maxime avait avalé son parapluie, et ses proches affirmaient qu'il allait mourir avec." (p.137)

- Les pruneaux du Caire : "Hortense Poilblanc connaissait Santa Fe, Palos Verdes, Saint-Cyr-sur-Loire, Knokke-le-Zoute, Tarascon, Noirmoutier-en-l'Île et Condé-sur-Iton, pas Le Caire." (p.149)

Plus légères, elles permettent de sourire plus franchement et d'être prêt a repartir pour une nouvelle noire. Ce recueil, s'il est à mon humble avis de lecteur, inégal recèle cependant des pages qui méritent très largement l'attention, ne serait-ce que pour l'écriture de l'auteur et pour ce monde mi-réel-mi-imaginaire qu'il explore.

PS : Sur une expression écrite par l'auteur, un doute m'habite : il écrit "on ne pouvait trouver maître queue plus raffiné" (p.96) ; n'écrit-on pas plus vraisemblablement "maître-queux" ? A moins que ce ne soit un choix délibéré ?

J'ai également une phrase à vous soumettre qui selon moi comporte une erreur, mais je ne donne pas d'indice, là encore, je ne sais si c'est une faute ou de l'humour : "... elle dégraissait et liait avec six jaunes d’œufs au lieu de quatre, et des œufs de canard au lieu de poule, ajoutait de la crème au bouillon, des herbes et du beurre fondu qui faisaient toute la différence." (p.98)

Soyez perspicaces !

Daniel Fattore et La Bouquineuse ont lu aussi

 

 

 

challenge-rentrée-littéraire-2011

 

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Madame Diogène

Publié le par Yv

Madame Diogène, Aurélien Delsaux, Albin Michel,2014..,

Une vieille femme vit recluse dans son appartement. A l'intérieur, elle s'est construit un abri fait de bric et de broc :  des vieux journaux, des immondices qui traînaient, un vrai terrier. Elle ne sort plus de chez elle, est harcelée par les voisins qui ne supportent plus ni les odeurs absolument nauséabondes qui sortent de l'appartement ni la prolifération des cafards et autres vermines qui pullulent et visitent tous les appartements.  

Petit roman (heureusement !) fort bien écrit, même si quelques phrases m'ont posé question, que je trouve bancales, mal construites ou pour le moins maladroites, comme par exemple : "... elle est montée sur une pile de cageots, sur quoi elle avait jadis posé le yucca. Il est tombé voilà longtemps, le pot se brisa." (p.21) Le reste est franchement travaillé, de longues phrases (ce qui peut sans doute expliquer les maladresses dont je parle, écrire une longue phrase n'est pas toujours aisé), très ponctuées, comme j'aime. 

Mais le propos est sombre, gris comme la poussière et le moisi de l'appartement, rouge comme le sang que la vieille voit s'étaler sur la route suite à un accident et noir. Franchement noir. Pas d'espoir. Madame Diogène sombre dans la folie, la paranoïa la plus totale, pas une once de lumière dans ce récit, parfois, rarement, un simple rai sous la porte. Notons tout de même de belles pages sur la perte de l'écriture, du langage :

"Elle voudrait y dessiner les lettres du tract abandonné, non les mots qu'elle n'a pas lus, mais la forme des caractères, traits croisés, superposés, ronds, lignes courbes, diagonales, droites perpendiculaires ou parallèles, et la verticalité des points d'exclamation, et le soleil noir abandonné à leur base, comme une larme, comme un cratère, comme le trou où tout finit. Elle joint ses doigts, sa main contractée fait une grosse araignée, elle trace des lignes verticales, épaisses et grasses. Ce sont des barreaux, des poteaux électriques, des potences, des chemins qui tombent sans aller vers rien, des troncs nus, sans branche ni racine." (p.87/88)

Même lorsque les phrases sont belles, l'ambiance est délibérément noire, opaque, glauque dirais-je même, si l'on isole les mots ou les expressions de ces deux phrases, on flirte avec le désespoir total, le néant : "soleil noir", "larme", "cratère", "trou où tout finit", "barreaux", "poteaux", "aller vers rien", "des troncs nus". Et ce ne sont que deux phrases, longues certes, mais on est loin de la totalité du livre ! Il faut avoir bon moral pour aller au bout de cette lecture, c'est la raison pour laquelle je disais "heureusement" tout à l'heure pour le petit nombre de pages (138), plus serait un calvaire ! Déjà que j'ai failli abandonner avant la fin, mais je me suis accroché ; ça m'a rappelé une lecture terrible que j'avais faite -pas jusqu'au bout- de Chloé Delaume, Dans ma maison sous terre, un des rares bouquins que je crois même avoir jeté !

Madame Diogène ne met pas à l'aise, ce livre dérange, déstabilise, et je ne le conseille qu'aux gens optimistes de nature, comme moi. Une femme qui me hantera sans doute dans un bouquin qui laisse comme un goût de "je ne sais pas si j'ai aimé" et qui devrait faire sensation dans cette rentrée littéraire. Aurélien Delsaux signe là son premier roman. Et il a une belle plume.

 

 

rentrée 2014

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