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Recherche pour “le péril vieux”

Trait bleu

Publié le par Yv

Trait bleu, Jacques Bablon, Jigal, 2015.....

Lorsque le corps de Julian McBridge est retrouvé au fond d'un lac qu'on vient d'assécher, la police sait qui aller trouver pour le mettre en taule pour meurtre. L'homme, le narrateur, y va mais ne dit pas tout. Il est libéré quelques semaines plus tard, parce que son pote Iggy est le vrai meurtrier. Iggy se pend en cellule. L'homme retourne vivre dans sa maison dévastée par des voyous, retrouve un cadavre dans son jardin et est mis à mal par quatre malfrats qui lui réclament une grosse somme d'argent qu'Iggy leur a subtilisée. Et puis, Pete, l'homme à la Harley apparaît et Big Jim et Liza et un homme qui ne dit rien ni ne bouge.

Roman déjanté qui se passe en pleine campagne profonde étasunienne. Les bars louches avec filles qui se trémoussent ou musiques traditionnelles-country, les routes défoncées, les flingues dans toutes les mains, les grands espaces, ... Les voyous aussi de tous bords, les voyous gentils un peu comme le narrateur et puis les méchants, les vrais durs qui n'hésitent pas à torturer, violenter et tuer pour récupérer leur paquet de fric. Ça déménage. Jacques Bablon ne fait pas dans le léger. Pour reprendre une image du bouquin, on n'est pas accompagné de Rachmaninov, mais plutôt d'un bon vieux groupe de Bluegrass : tendez l'oreille, vous entendez les banjos, violons et guitares et même les bruits des bottes des joueurs et spectateurs qui battent la mesure rapide sur le parquet du rade local. L'histoire va vite, à peine un problème semble-t-il résolu qu'un autre surgit, c'est même sidérant de voir qu'autant de choses peuvent arriver à un mec en seulement 150 pages ! Et je vous épargne les belles rencontres féminines pas nombreuses mais marquantes.

Passons à l'écriture, elle colle parfaitement à l'histoire : un style rapide, des phrases courtes, parfois nominales, de l'argot, du langage familier, peu de dialogues, de l'humour, du détachement, de la désinvolture, un vrai style roman noir, bien poisseux, un truc qui vous colle à la peau et ne vous lâche plus comme ce livre qui, une fois ouvert, empêchera toute velléité de le quitter avant la fin. De l'efficace, du jouissif, un pur plaisir de lecteur amateur de polar ou pas -et en plus, je confesse ne point trop aimer les romans étasuniens (mais bon, celui-ci est écrit par un Français), c'est dire s'il est bon. Pour vous mettre définitivement -sans espoir de passer à côté- l'eau à la bouche, je vous cite le tout début, qui est aussi la quatrième de couverture :

"Tout a commencé quand on a retrouvé le corps de Julian McBridge au fond de l'étang que les Jones avaient fait assécher pour compter les carpes. Ils auraient plutôt eu l'idée de repeindre leur porte de grange ou de s'enfiler en buvant des Budweiser et c'était bon pour moi. McBridge n'était pas venu ici faire trempette, ça faisait deux ans déjà que je l'avais balancé là par une nuit sans lune avec un couteau de chasse planté dans le bide. 835 carpes et 1 restant de McBridge. Les Jones avaient un cadavre sur les bras, ils ont commencé à se poser les questions qui vont avec et, de fil en aiguille, les flics ont fini par me mettre la main dessus." (p.5)

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Japonais grillés

Publié le par Yv

Japonais grillés, Carlos Salem, Editions In8, (traduit par Judith Vernant)....

Ce Japonais grillés est un recueil de cinq nouvelles, noires écrites par Carlos Salem, un auteur brésilien. Elles ont en commun certains personnages, une unité de lieu, un bar et surtout l'ambiance mi-tragique mi-drôle. On pourrait aisément imaginer une mise en images par Quentin Tarantino.

- Japonais grillés : l'histoire d'un tueur à gages qui veut prendre sa retraite et laisser son second Juan prendre la suite. Il s'en ouvre à un professeur dans un bar de l'aéroport et le vin déliant la langue lui raconte comment il fait pour que la passation se déroule le mieux possible.

- Petits paquets : Poe travaille dans un atelier clandestin pour "le mec à la Ferrari" : il coupe, colle et met en forme du plastique. Il se lie d'amitié avec l'Artiste. Mais l'atelier clandestin dénombre moult accidents, membres coupés par des machines particulièrement dangereuses.

- Comme voyagent les nuages : Poe traîne dans le bar de Lola. Tous deux se tournent autour sans oser faire le premier pas. Un jour, un type maigre arrive et raconte une histoire, d'abord celle de son suicide inévitable pour lui puisqu'il vient de fêter ses quarante ans et ensuite celle d'une vie parallèle et noire dans le métro, la nuit notamment lorsqu'il est fermé au public.

- Des marguerites dans les flaques : un vieux flic alcoolique ne peut se faire à l'idée d'enterrer une enquête concernant une jeune prostituée d'à peine vingt ans, sa fille étant morte de la même façon quelques années auparavant. Il s'en ouvre au propriétaire de son bar habituel qui l'écoute, comme toujours.

- Mais c'est toi qu'elle aimait le plus : Poe, toujours dans le bar de Lola, est contacté par Cortès un ami qu'il n'a pas vu depuis longtemps, Olga l'une de leurs ex, on ne sait pas trop lequel elle aimait le plus, est menacée par son mari pour toucher une prime d'assurance. Poe et Cortès vont veiller chez elle la dernière nuit avant son élimination.

Voilà, c'est noir, c'est sombre, c'est drôle. Les codes du polar noir sont présents, la mécanique est parfaitement huilée, implacable et la chute arrive, pas forcément surprenante mais inattendue parfois. Beaucoup de dérision, Carlos Salem raconte de la fiction et il le sait, il ne tente pas de nous y faire croire, il construit ses personnages sur les bases des grands types des protagonistes du polar : alcool, filles, bar, types au bout du rouleau, désabusés. Et c'est excellent de se retrouver dans ces nouvelles, je le disais plus haut, c'est un peu comme regarder des courts-métrages de Quentin Tarantino (du genre de Pulp Fiction, celui que je préfère sans doute), et ça fonctionne admirablement bien.

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L'assassin qui rêvait d'une place au paradis

Publié le par Yv

L'assassin qui rêvait d'une place au paradis, Jonas Jonasson, Presses de la cité, 2016 (traduit par Laurence Mennerich)...

Lorsque Johan Anderson, plus connu sous son surnom de Dédé-le-Meurtrier sort de prison, il va s'installer dans une pension qui fut peu de temps auparavant un lupanar connu sous le nom du Club Amore. La Pension La-Pointe-de-Terre, tenue par Per Persson propose des chambres au confort discutable mais pas chères. Dédé est bien décidé à ne pas retourner en prison, aussi honore-t-il quelques contrats pour la pègre, des bras ou des jambes brisées en représailles, et il se fait payer pour sévices rendus. Per Persson, rejoint depuis peu par Johanna, une pasteure défroquée parce qu'elle ne croit pas en Dieu, flairent le bon moyen de se faire de l'argent, ils organisent une entreprise chargée de collecter les fonds contre le travail de Dédé, mais s'accoquiner avec le diable n'est pas compatible avec la conversion de Dédé à Jésus, peu de temps après les débuts fracassants de cette entreprise.

C'est ma première rencontre avec Jonas Jonasson tant connu un peu partout pour Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire ou L'analphabète qui savait compter. Et je dois dire que dès les premières lignes, j'ai vu une parenté évidente avec l'excellent auteur finlandais Arto Paasilinna et que j'ai pris le même plaisir à le lire, au début au moins... parce qu'à un certain moment, j'ai quand même trouvé qu'il allongeait un peu la sauce sans lui apporter de saveur supplémentaire : les quatre-vingts premières pages sont drôles, enlevées, puis ça se dégrade parce que ça tire en longueur (environ quatre-vingts pages itou), et puis, ça repart pour ne plus s'arrêter, jusqu'à la fin, la page 380. Tout est absolument loufoque, pas crédible et l'on sourit beaucoup, voire même on peut rire à des dialogues fous ou des descriptions décalées. Le procédé dont use Jonas Jonasson est connu : il joue avec les niveaux de langage, les dialogues sont plutôt dans le familier, l'argotique et les descriptions plutôt dans le soutenu et même plus elles parlent de trivialités, plus elles sont bien écrites, le décalage est donc complet et ça fonctionne parfaitement.

"- J'ai rencontré Jésus ! C'est trop dur à piger, ça ? Et du coup, vous m'avez mis dans la merde !

Le pasteur interrompit l'embryon de querelle qu'ils n'avaient pas le temps de développer. Elle ne réfuta pas le résumé que venait de brosser Dédé, même si elle trouvait qu'il aurait pu employer un autre langage." (p.123)

En filigrane et quasiment tout au long du livre quand même, Jonas Jonasson critique la religion qui longtemps fut en Suède religion d'état, qui ne l'est plus depuis seulement l'année 2000. Il se moque, parodie l'église et son besoin d'argent, les églises de tout genre qui peuvent ouvrir et se revendiquer comme telles, ce qu'en France, on appellerait sectes.

Ce n'est sans doute pas le roman du siècle, certes non, mais je ne doute pas qu'il trouve un écho auprès des lecteurs et je le comprends bien, j'avoue moi-même avoir passé un très bon moment en Suède. Ne boudons pas notre plaisir, un roman drôle qui nous fait oublier quelques instants le quotidien, ça mérite largement le détour, comme une bonne comédie au cinéma.

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La foule

Publié le par Yv

La foule, Driss Chraïbi, Denoël, 2016 (première édition, 1961)...,

Octave Mathurin, un paisible et assez mauvais professeur d'histoire ne parvient à calmer ses élèves qu'en leur racontant des histoires drôles. C'est pourtant lui qui sera choisi pour être le prochain Président de la République. Il est acclamé par la foule qui l'aime parce qu'il n'y connaît rien, n'a pas de programme et ne fait pas partie du sérail politique, au contraire, il a limogé tous ceux qui en étaient et qui lorgnaient de belles places. Moira Cochrane est une journaliste qui veut absolument interroger un homme surnommé Pauvre Vieux, elle croise dans son voyage, à l'aéroport, deux hommes noirs, Mamadou et Mamadou, étranges journalistes analphabètes.

Que voici un roman étrange, à la fois drôle, un peu absurde dans ses personnages de deux Mamadou, pas crédible et en fait visionnaire et assez proche d'une certaine réalité, profondément moderne. Écrit en 1960/61 par un auteur marocain d'expression française, Driss Chraïbi (1926-2007), publié en 1961. Quelle belle idée de Denoël que de le re-proposer au catalogue (dans la collection Empreinte).

Je disais que l'histoire n'était pas crédible, ce petit prof effacé, mal dans sa peau, quasi humilié par ses élèves qui se retrouve au plus haut poste de son pays et pourtant, un petit homme, sans programme qui promet de changer le monde, qui met des estrades partout où il va pour ne pas paraître petit, amoureux de sa femme au point d'en oublier ses fonctions, ... ça ne vous rappelle personne ? C'est un peu un condensé de nos politiques depuis quelques années, plus occupés par leur image que par leur tâche et surtout obnubilés par leur réélection pour divers motifs (besoin de pouvoir, de montrer qu'on est le meilleur, envie d'échapper à la prison, ...)

Je parlais également de modernité, certains passages en sont criants, on les croirait écrits il y a seulement quelques semaines : "Plus on est civilisé et moins on vit. On en arrive à perdre la notion de la vie et, face à la vie, on se sent de plus en plus seul, on devient un paria de la vie. Alors on se serre les coudes, on devient grégaire et social au sein d'une nation, d'une religion, d'une idéologie ou d'un système économique donnés. La plupart du temps, on n'est même pas conscient de cette solitude. On achète des meubles et on se marie. Le problème du logement, le problème du bifteck priment les problèmes de l'âme. Et on crée des enfants qui vivront dans un monde qui sera beaucoup plus dur que le nôtre, parce que notre monde est appelé à être unifié, c'est-à-dire planifié, total. Et nos enfants créeront leurs enfants appelés à vivre dans un monde encore plus dur et plus inhumain." (p.54/55) Et c'est loin d'être le seul, un peu comme si Driss Chraïbi avait été médium et avait deviné notre avenir ou bien, sans doute fut-il un grand observateur de son temps.

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Le septième fils

Publié le par Yv

Le septième fils, Arni Thorarinsson, Métailié, 23 septembre 2010

Einar, journaliste au très controversé "Journal du soir" est envoyé par son rédacteur dans les fjords de l'ouest de l'Islande, dans la petite ville d'Isafjordur. Il doit faire un bilan économique, politique, enfin un bilan global de cette région que les Islandais quittent pour rejoindre Reykjavik, la capitale. Dès son arrivée, une ex-star du foot en visite dans le coin disparaît avec son ami d'enfance, une vieille maison du centre ville brûle, ainsi qu'un camping car volé quelques heures auparavant à un couple de touristes lituaniens. Dans celui-ci, deux corps calcinés sont retrouvés. Plus loin, à Reykjavik, c'est un député, très estimé et très en vue qui est retrouvé assassiné : il avait vécu plusieurs années à Isafjordur. Einar mène sa propre enquête au grand dam des flics des fjords et particulièrement de la commissaire Alda Sif Arngrimsdottir (Ah, le charme des noms propres islandais !).

Troisième aventure du journaliste Einar (je ne connais pas les deux précédentes) qui nous emmène dans l'Islande profonde. L'enquête est assez complexe et retorse pour nous tenir jusqu'au bout, même si le dénouement n'est pas si étonnant que cela.

Le plus intéressant, c'est la description de ce petit pays, juste avant la fameuse crise de 2009/2010 qui a vu son économie exploser et s'effondrer totalement (livre écrit en 2008). Les Islandais sont surendettés et Arni Thorarinsson cerne plutôt bien le sujet. Il expose les faits qui amèneront inévitablement à la crise : le besoin, l'envie de confort, de biens de consommation, de bien-être ; la vie à crédit pour ne jamais rien se refuser. Il explique comment les Islandais vivent la mondialisation au travers de ses personnages : la jeune fille-future-star de la chanson -du moins, le croit-elle-, le vieux flic bougon et réactionnaire et le journaliste qui observe et juge son pays et sa société.

Lors de son enquête, Einar s'oppose à la commissaire d'Isafjordur, aux habitants de cette ville qui ne voient en lui qu'un journaliste fouineur, curieux. Classique. Très crédible.

Ce n'est sans doute pas le roman policier du siècle, mais c'est un roman noir aux personnages et aux lieux très attachants. Une belle description, pas forcément pessimiste ou du genre "c'était mieux avant" d'une société et d'un pays en plein changement.

Et comme souvent dans les romans nordiques, le relief et le climat, bien décrits ici, donnent une atmosphère sombre, ouatée ; le pays, la région des fjords particulièrement devient un vrai décor très présent.

Encore un bon roman noir nordique, à lire au chaud pour contrer les effets du froid polaire.

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Haïti, le tri français

Publié le par Yv

Haïti : le tri français est le titre d'un article du journal Le Canard Enchaîné, du 29 décembre 2010, signé D.S, qui commence comme ceci :

"Tandis que Michèle Alliot-Marie, toute nouvelle ministre des affaires étrangères, la larme à l'oeil, accueillait, la semaine passée, 314 enfants haïtiens adoptés par des familles françaises, son collègue, Brice Hortefeux refusait, tout net, l'entrée en France de 70 jeunes Haïtiens dont les familles vivent ici. Tous âgés de 19 à 29 ans. trop vieux, ils n'ont pas, il est vrai, les grands yeux effarés des bébés complaisamment montrés par tous les journaux et les chaînes de télé. Ils n'en ont pas moins, eux aussi, échappé au tremblement de terre, au chaos et au choléra qui ravagent le pays."

Ces jeunes gens n'ont pas les bons papiers pour entrer en France, fameuse terre d'accueil, puisqu'ils n'ont qu'un visa pour le Bénin. Actuellement en zone d'attente des aéroports parisiens, ils attendent justement que l'on statue sur leur sort. Au ministère de l'Intérieur, selon le Canard : "Nous accueillons ceux qui respectent la loi, pas les fraudeurs. [...] cette histoire n'est pas l'événement du siècle."

Que dire de plus ? Que j'ai honte ? Que c'est lamentable ? Que nous devrions venir au secours de ces réfugiés fuyant l'horreur ?

Bien sûr, tout cela, je le dis. Ça ne fera sûrement pas avancer les choses, M. Hortefeux, n'ayant pas réalisé "ses chiffres" de reconduite à la frontière l'an dernier, il faut qu'il commence très tôt et très fort cette année. Qu'il redouble d'efforts.

Je ne prétends pas connaître Haïti, ni ses habitants, mais  j'ai eu l'occasion de lire beaucoup d'écrivains haïtiens depuis le séisme (Rodney Saint-Eloi, Yanick Lahens, entre autres) qui décrivent l'enfer qu'ils ont vécu là-bas lors de la secousse, et le chaos qui persiste depuis. La reconstruction est lente, les gens sont toujours sous des tentes, dans des conditions sanitaires déplorables, le choléra sévit, la pauvreté y est encore plus présente qu'avant, et nous que faisons-nous ? Nous disons à ces jeunes gens de rentrer chez eux dans ces conditions, sans même leur donner la possibilité de rester avec leur famille présente en France.

Je me suis toujours dit que mon blog n'était pas une vitrine pour mes opinions politiques, mais là, c'est trop ! On nous parle d'identité nationale, mais comment puis-je revendiquer cette identité si j'ai honte de ce que font mes dirigeants ? Une honte, je vous dis. Je ne reconnais pas miens ces gouvernants qui chaque jour nous font perdre la face et nous font avaler les couleuvres de la crise et de la sécurité pour mieux faire passer leurs actions dont ils ne peuvent pas se vanter, comme ces reconduites à la frontière déshonorantes. Encore qu'en les flattant un peu il trouverait moyen d'en tirer gloire, si cela pouvait servir leurs propres intérêts.

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La formule préférée du professeur

Publié le par Yv

La formule préférée du professeur, Yoko Ogawa, Actes sud, 2005 (traduit par Rose-Marie Makino-Fayolle)

Une jeune aide-ménagère est embauchée chez un professeur, chercheur en mathématiques, victime d'un accident dix-sept ans plus tôt qui lui a chamboulé la mémoire. Ses souvenirs s'arrêtent à 1975 et l'autonomie de sa mémoire ne dépasse pas 80 minutes. Petit à petit l'aide-ménagère parvient à créer du lien, le professeur lui demandant même d'amener son fils de 10 ans le soir après l'école. Une relation naît entre le vieil homme et l'enfant.

Voilà une situation assez originale pour attirer mon regard et le choisir dans la liste pour le club de lecture de la BM. Roman qui débute très bien, la rencontre entre la jeune femme et le vieux professeur est bien rendue. Elle, ne sachant pas encore comment faire avec cet homme qui ne la reconnaît pas d'une fois sur l'autre, et lui, posant toujours les mêmes questions de bienvenue, notamment celle-ci : "Quelle pointure faites-vous ?" (p.16). Pour lui, tout tourne autour des chiffres, sa vie et celles des autres. Il passe son temps à tenter de résoudre des problèmes de mathématiques sans se leurrer quant à leur utilité :

"Résoudre un problème dont la solution existe obligatoirement, c'est un peu comme faire avec un guide une randonnée en montagne vers un sommet que l'on voit. La vérité ultime des mathématiques se dissimule discrètement à l'insu de tous au bout d'un chemin qui n'en est pas un. En plus, il n'est pas sûr que cet endroit soit un sommet. Ce peut être une gorge entre deux falaises abruptes ou un fond de vallée." (p.53/54)

Yoka Ogawa réussit sur le début de son roman à rendre les mathématiques intéressantes voire poétiques. Et puis Root, le jeune garçon entre dans la maison du professeur et elles deviennent un moyen d'éducation, un but dans la vie (assez ténu au départ). La relation entre ces trois personnes si elle n'a rien de très original, est bien campée. On en voit bien l'évolution, les liens qui se tissent irrémédiablement. 

Néanmoins, et malgré ses énormes qualité, je dois bien dire que je reste un peu dubitatif ou perplexe. Le contexte après m'avoir charmé au début m'a déplu. Je n'ai rien contre les mathématiques (rien pour non plus !), mais elle prennent beaucoup de place. J'aurais pu passer outre ce contexte chiffré si un autre thème encore plus rébarbatif n'était venu s'y ajouter : le base-ball. Une addition (j'en suis resté à cette opération, c'est dire mon niveau) mathématiques + base-ball = ennui profond. Et là, je reste sobre et bien élevé, car sur mon petit papier glissé dans chacun des livres que je lis, pour y noter les pages qui me plaisent (ou non), j'ai marqué : "Ça me fait ch... !" Un cri du cœur (c'est une image, je ne pouvais pas élégamment écrire  "Un cri du colon !"). 

Décidément, la littérature asiatique, c'est pas mon truc. Vivement le prochain thème.

D'autres avis, tout plein tout plein et quasiment tous louangeurs voire dithyrambiques : Babelio.

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Tag cuisine

Publié le par Yv

Me voici tagué par Gwenaëlle, juste avant que je parte en vacances quelques jours. Un tag cuisine. Pas facile, mais je relève le défi :

 

 

La qualité que je préfère chez un cuisinier : chez une cuisinière, ça marche aussi ? Me surprendre avec des choses simples, des produits frais en associant un bon vin aux mêmes caractéristiques, simple et bon. Mais le classique, ça peut marcher aussi...

 

Le défaut que je trouve le pire chez un cuisinier : la saleté, je me souviens d'un ancien élève (du temps ou j'étais enseignant de la conduite) apprenti-cuisinier et sale mais sale comme j'ai rarement vu. Son jean devait tenir droit tout seul tellement il était noir de crasse (bleu à l'originie je subodore), ses cheveux longs étaient gras, sales et il sentait mauvais, j'ouvrais les fenêtres, même en plein hiver.... J'osais à peine l'imaginer en cuisine.

 

L'épice que je préfère : le curry. Depuis ce jour où, jeune homme en week-end chez un copain friqué, après un tour en bateau calamiteux pour mon estomac, il m'a débarqué sur une plage de Pornichet. Je suis rentré chez lui et pour le midi, sa maman avait cuisiné un poulet au curry divin et malgré mon estomac fragile, je l'ai dévoré. Je crois bien que c'était la première fois que je goûtais une épice "exotique", ce n'était pas dans les habitudes culinaires de mes parents. Ce n'était pas, plus généralement, dans les habitudes culinaires de la classe ouvrière de l'époque (années 70/80) issue de la campagne qui privilégiait le classique, roboratif, surtout dans les familles nombreuses (7 enfants quand même !)

 

Ma Madeleine de Proust : j'en ai plusieurs, sucrées et salées. Je serai grand prince, je vous en donne une de chaque, à vous de la mettre dans la bonne case (attention, il y a peut-être un piège) : 

- les tomates farcies faites maison avec du riz cuit dans la sauce

- le clafoutis aux cerises, même si je ne réussis pas à retrouver le goût exact de ceux qu'on faisait avec les cerises coeur de pigeon du vieux cerisier...

 

Ce qui me hérisse au restaurant : l'attente longue, les clients ou les employés qui râlent, les couverts, assiettes ou verres sales...

 

Trois restaurants que j'aime beaucoup :  je fréquente régulièrement un restaurant qui fait une cuisine traditionnelle avec des produits locaux, juste en accord avec le point 1 du tag, une auberge où l'accueil, le service et les lieux sont plaisants et la cuisine excellente : L'auberge de la Gaillotière, à Château-Thébaud.

Je n'ai pas d'autres adresses précises, je teste, à droite, à gauche, à Nantes, en vacances, souvent des restaurants aux spécialités asiatiques, grecques et turques, israéliennes (à Marseille cet hiver)...

 

Ma devise en cuisine : Simple et bon, entre amis, avec un bon verre de vin (rouge de préférence)

 

Bonus révélations :

- je fais la cuisine quotidienne pour 6 (je travaille à domicile, c'est normal), mais qu'est-ce-que c'est chiant ! 

- j'aime bien préparer à manger l'hiver, quand on reçoit, des plats familiaux : pot-au-feu (au boeuf, ou au canard, c'est divin), bourguignon, boeuf-carottes, poule au pot, ...

- j'adore les bretzels apéro, j'ai du mal à m'arrêter lorsque j'ai commencé

- je fais mon pain, avec un levain que je nourris et garde dans mon réfrigérateur, mais je faiblis, je ne sais pas si je vais persister

Je ne tague personne en particulier, je prépare mes valises. Qui veut prend.

Merci Gwenaëlle.

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Le bar du caïman noir

Publié le par Yv

Le bar du caïman noir, Denis Humbert, Presses de la cité, 2013

Guyane, pas loin de Kourou, dans un coin perdu, à Regina, des hommes et des femmes se retrouvent, tous venus ici pour se perdre ou se retrouver, pour oublier, pour se faire oublier, pour un sursaut... Thomas tient le bar du coin, le caïman noir. Alia la jeune chercheuse, Simon le golden boy, Frantz l'autochtone, Sofia la serveuse, Caporal Bob le physionomiste et le docteur Charpentier, tous ont une bonne raison d'être présents.

Denis Humbert a plein de très bonnes idées dans ce roman. D'abord le titre de ses chapitres : "Un an avant le jour où c'est arrivé", puis, "Huit mois avant le jour où c'est arrivé" jusqu'au dernier intitulé logiquement : "Le jour où c'est arrivé". En tout, dix chapitres en comptant le petit prologue : "Le lendemain du jour où c'est arrivé". Et voilà le lecteur ferré, conscient qu'il va se passer quelque chose. Le suspense, même s'il n'est pas le ressort principal du livre monte progressivement.

Ensuite, le paysage, la moiteur du climat, la forêt amazonienne, le coin perdu au bout de nulle part, un bar improbable comme on peut en voir dans de vieux films étasuniens, en bois dans lequel viennent se réfugier des hommes et des femmes en attente de changement ou bien au contraire des gens qui n'attendent plus rien de leur vie : "... cet endroit n'était rien d'autre qu'un cloaque putride, un mouroir marécageux infesté de moustiques. [...) Il faudrait s'en accommoder. Serrer les dents et faire bonne figure, supporter cette moiteur perpétuelle et ce sentiment d'être en train de glisser dans le conduit d'un vide-ordures." (p.78) Le livre est très imprégné de cette atmosphère humide, poisseuse qui colle aux vêtements et aux corps.

Enfin, le romancier s'intéresse à ses personnages et leur donne de l'épaisseur. Dans chaque chapitre, des paragraphes ont pour titre et pour sujet principal un ou plusieurs protagonistes du roman. On connaîtra ainsi les raisons qui les ont poussés à venir s'enterrer ici, les relations qu'ils ont entre eux, leurs envies, leurs désirs. Il y a aussi les orpailleurs : "... En Europe, lorsqu'on parle d'or, on pense au luxe, aux bijoux ou même aux cours de la bourse. Huit mille kilomètres plus à l'ouest, en Guyane, on voit les choses différemment. On pense orpaillage clandestin, pollution des fleuves et délinquance..." (p.227). La défiguration du paysage, de l'écosystème et des relations humaines vient également de cette soif de l'or. 

Le texte de Denis Humbert fait la part belle aux paysages et aux relations entre les personnages. On se projette aisément si ce n'est dans le bar, au moins dans des représentations cinématographiques qui lui collent. Un style alerte, vif qui sied aux situations et à l'histoire. Une écriture visuelle, une région parfaite en tant que contexte géographique, des personnages forts et attachants qui ont tous leurs deux faces la vitrine et le côté sombre, caché. 

Une belle réussite que ce roman qui vous dépaysera (sauf si vous êtes guyanais) et qui vous tiendra du début à la fin sans que jamais vous n'ayez vraiment envie de quitter le bar du caïman noir.

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