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Recherche pour “le péril vieux”

Mort aux vaches/Geronimo/Montana 1948

Publié le par Yv

Mort aux vaches, François Ravard, Adrien Ducoudray, Futuropolis, 2016....

Après un braquage réussi, quatre malfaiteurs, trois hommes et une femme vont se mettre au vert à la campagne chez le cousin de l'un d'entre eux. Un mois pour se faire oublier et pouvoir partir chacun de son côté. Mais en ce milieu des années 1990, l'épidémie de la vache folle traîne et les pandores aussi, ce qui ne fait pas le bonheur des quatre brefs néo-ruraux.

Très bonne bande dessinée avec des tronches, des truands et les autres qui ont vécu et ça se voit. Le dessin en gris est excellent et le scénario n'est pas en reste. On se balade dans cette campagne se demandant ce qu'il va arriver aux uns et aux autres et comment ils vont s'en sortir ou se faire gauler. 

Très bel album qui multiplie les rebondissements et surprises. 

Geronimo, Matz, Jef, Rue de Sèvres, 2017...,

Geronimo, qui ne s'appelait pas encore comme cela est né en 1829 dans la tribu apache au Nouveau-Mexique. Quelques années plus tard, les Mexicains massacrent son village, sa femme et ses trois enfants. Geronimo n'aura alors de cesse de se venger et de tenter de reconquérir les terres des tribus indiennes que les Mexicains d'abord puis, les Américains leur volent. Il s'allie à d'autres, Cochise, Mangas Coloradas pour la lutte.

C'est l'histoire de ce chef apache légendaire que raconte Matz et dessine Jef et plus globalement l’histoire de la colonisation puis de l'élimination des Indiens d'Amérique. Dans certains vieux westerns, le message véhiculé est celui des méchants Indiens contre les bons blancs venus s'installer dans le nouveau monde. Il est bon de connaître les vraies raisons de la violence de Geronimo et autres chefs indiens qui, simplement, luttaient pour leur survie.

L'album joue avec les tailles de cases, les couleurs et si j'ai eu un peu de mal au début avec le dessin, je m'y suis habitué. Une belle manière de revoir l'histoire du grand guerrier Geronimo.

Montana 1948, Larry Watson, Nicolas Pitz, Sarbacane, 2017 (roman traduit par Bertrand Péguillan, Gallmeister, 1996)....

David est un jeune garçon qui vit dans le Montana. Son père y est shérif. C'est un coin paisible qui ne nécessite que peu d'interventions. L'oncle de David, le frère de son père, héros de la guerre, médecin est soupçonné d'abuser de ses patientes indiennes. Le shérif, qui n'a pas l'aura de son frère, réformé suite à un accident qui l'oblige à user d'une canne, doit intervenir. Il tergiverse.

Je ne connais pas le roman de Larry Watson, ce que je peux dire c'est que cette bande dessinée est très bien. L'histoire paisible au départ s'active et les tensions montent ainsi que les haines et peurs entre blancs et Indiens. David est au milieu de tout cela, qui entend et voit et ne peut agir. il voit son père hésiter entre la justice et l'amour pour son frère et la volonté de ne pas se mettre sa famille et toute la ville à dos.

Le dessin  a des côtés naïfs qui me plaisent beaucoup, une douceur même pour raconter des faits terribles. C'est un bel album, une BD à découvrir, et peut-être même le roman.

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TAG, ce que les livres disent de vous

Publié le par Yv

Tagué par Aliénor, je me dois de répondre à ces 14 questions : ce que les livres disent de vous ...


1/ A quel livre dois-tu ton premier souvenir de lecture ?
Vieux souvenir : La jonque mystérieuse de D. Toury. Un tout petit moins lointain : Les Misérables, de Victor Hugo.


2/ Quel est le chef d'oeuvre "officiel" qui te gonfle ?
Tout Balzac. Je suis d'un naturel entier ...


3/ Quel classique absolu n'as-tu jamais lu ?
La liste peut être très longue. Balzac, donc, mais aussi Flaubert (quasi en entier, lui aussi). Ouh, que j'ai honte !


4/ Quel est le livre, unanimement jugé mauvais, que tu as honte d'aimer ?
 Aucun ! J'assume !


5/ Quel est le livre que tu as le sentiment d'être le seul à aimer ?
En parlant un peu on est rarement seul à aimer un livre !


6/ Quel livre aimerais-tu faire découvrir au monde entier ?
Si ce n'est déjà fait, un livre de Gracq. Ou alors, dernièrement lu : Le passage du col d'Alain Nadaud, ou encore Nueva Königsberg, de Paul Vacca, très connu des internautes. Mais tellement d'autres encore !


7/ Quel livre ferais-tu lire à ton pire ennemi pour le torturer ?
N'importe lequel d'Amélie Nothomb. Si en plus sa photo est en couverture, le supplice est bien pire !


8/ Quel livre pourrais-tu lire et relire ?
Nombreux sont ceux que j'ai déjà lus et relus, mais le plus probable : Le dernier jour d'un condamné de Victor Hugo.


9/Quel livre faut-il lire pour y découvrir un aspect de ta personnalité ?
Un de Pierre Desproges, de préférence parmi : Chroniques de la haine ordinaire, Manuel de savoir-vivre à l'usage des rustres et des malpolis, Dictionnaire superflu à l'usage de l'élite et des bien nantis


10/ Quel livre t'a fait verser tes plus grosses larmes ?
Harry Potter : j'ai essayé quelques pages et j'ai dû renoncer tellement ce n'est pas ma tasse de thé. Du coup, j'ai pu me moquer et en rire, peut-être pas jusqu'aux larmes, mais pas loin ...


11/ Quel livre t'a procuré ta plus forte émotion érotique ?
Émotion érotique, peut-être pas, mais La Robe de Robert Alexis est un roman sensuel et troublant.


12/ Quel livre emporterais-tu sur une île déserte ?
Un livre dense et conséquent, un livre de Julien Gracq, ou bien, je relirais Les Misérables.


13/ De quel livre attends-tu la parution avec la plus grande impatience ?
Aucun.


14/ Quel est selon toi le film adapté d'un livre, le plus réussi ?
Assez peu d'expérience dans le domaine. Deux exemples de polars me viennent à l'esprit : Pars vite et reviens tard, de Fred Vargas adapté par Régis Wargnier et Ne le dis à personne de Harlan Coben adapté par Guillaume Canet.

Je ne passe ce TAG à personne en particulier, mais qui veut le prend à son compte.

 

 

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La baie de Hanalei

Publié le par Yv

La baie de Hanalei, suivi de Les crabes, Haruki Murakami, Audiolib, textes lus par Irène Jacob

Deux nouvelles de Haruki Murakani extraites de son livre Saules aveugles, femme endormie, paru en français en 2005.

Une femme japonaise apprend la mort de son fils, surfeur, suite à l'attaque d'un requin, dans la baie de Hanalei. Elle prend l'avion pour reconnaître le corps et faire le nécessaire pour l'inhumation.

Plus que du livre, je voudrais parler ici du procédé audiolib, qui consiste comme chacun le sait à écouter sur CD un livre lu. Celui-ci, je l'ai gracieusement reçu en lot de consolation suite à ma participation à un jeu sur le site facebook d'audiolib. C'est ma première expérience récente d'écoute d'histoire. Ah, comme beaucoup, j'ai bien entendu Pierre et le Loup lorsque j'étais petit avec des redites lorsque mes enfants sont passés au même âge. J'ai même eu droit -et encore maintenant avec le plus jeune-, aux CD de J'aime lire, écoutés si possible bien forts pour que toute la maison -pourtant grande- en profite !

Bon, alors de retour de vacances, car l'enveloppe contenant ce CD m'attendait sagement, je me suis précipité (enfin, comme on peut se précipiter lors d'un retour de vacances, c'est-à-dire, très lentement. Vous visualisez bien le concept de précipitation la plus lente possible ?) sur le lecteur CD d'un des deux petits -comme ça, je me venge un peu de ses écoutes fortes de ses CD, non mais, qui c'est qui commande ?-, j'insère l'objet et appuie sur le bouton "play" et alors,  Irène Jacob me susurre l'histoire de Haruki Murakami dans les oreilles.

Je ne sais si c'est l'expérience ou le livre en question, mais je ne suis pas convaincu pour ma propre utilisation. J'aime prendre un livre, le lâcher exactement au moment où moi je veux et non pas à la fin d'une plage de CD. Parfois même, il m'arrive de prendre mon bouquin et de ne lire qu'une dizaine de phrases, ce qui est difficile avec l'audiolib. J'adore lire des passages rapidement parce qu'ils ne me plaisent pas vraiment et revenir sur d'autres, voire m'y arrêter, les lire, les relire, les re-relire parce qu'ils me bluffent totalement. Pas très aisé avec un livre-CD.

Je reste donc à mes bons vieux livres papier que je peux triturer, lire à mon rythme ; je peux même écrire mes notes dedans, mes remarques, etc, etc. Mais comme il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis, rien ne dit que je ne retenterai pas l'expérience avec bonheur.

Reste que le principe est plaisant et j'en discute très souvent avec un ami malvoyant qui ne jure désormais que par des livres lus. Il en est fan et n'a jamais autant lu que depuis qu'il connaît soit l'audiolib soit d'autres moyens à disposition des malvoyants. Et l'audience est beaucoup plus large que ces seules personnes. Je connais certaines personnes qui, depuis, qu'elles ont mis le doigt dans l'engrenage du livre-CD ne peuvent plus s'en passer, même si elles prennent un livre-papier de temps en temps également, les deux ne sont donc point incompatibles ! Au contraire.

Un grand merci à Audiolib et Télérama, partenaires de ce jeu qui m'ont permis cette expérience de livre lu.

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Kuessipan

Publié le par Yv

Kuessipan, Naomi Fontaine, Le serpent à plumes, août 2015..., 

"Kuessipan est le récit des femmes indiennes. Autant de femmes, autant de courages, de luttes, autant d'espoirs. Dans la réserve innue de Uashat, les femmes sont mères à quinze ans et veuves à trente. Des hommes, il ne reste que les nouveaux-nés qu'elles portent et les vieux qui se réunissent pour évoquer le passé. Alors ce sont elles qui se battent pour bâtir l'avenir de leur peuple, pour forger jour après jour leur culture, leur identité propre, indienne." (4ème de couverture)

Premier roman de Naomi Fontaine qui raconte son peuple, son enfance dans la réserve canadienne des Innus. Kuessipan qui en innu, signifie "à toi" ou "à ton tour" est publié au Canada en 2011 par Mémoire d'encrier.

L'ouvrage se présente comme une suite de tous petits textes, les plus longs font cinq pages et les plus courts une demie-page. Le livre est très court, à peine plus de cent pages, qui se lisent en prenant son temps. D'abord pour bien saisir et relier l'ensemble car c'est le lecteur qui fait le travail de boucher les trous : Naomi Fontaine va à l'essentiel, son texte est épuré, tout est dit mais il faut parfois deviner, faire appel à ses connaissances pour que tout se mette en place, c'est du moins comme cela que j'ai lu ce livre, et j'ai trouvé que c'était une démarche très agréable, je ne suis pas resté passif mais j'ai participé activement à ma lecture grâce à l'intelligence que me prête l'auteure -bon, parfois, je dois bien avouer qu'elle m'en a prêté un peu trop et que j'étais perdu. Ensuite, parce qu'il peut être bon de ne pas tout le lire d'un coup, profiter d'un temps d'infusion avant de s'y replonger : c'est un livre qui doit se déguster et qui agit encore après qu'il soit fini. Et enfin, parce que le lire trop vite serait une offense faite à la qualité de l'écriture. Les textes les plus longs sont descriptifs, s'attardent sur les lieux, les personnages, jamais nommés sauf par leur fonction (grand-mère, mère, ...), les conditions de vie ; les textes plus courts sont plus introspectifs, plus forts, parfois il faut les lire comme de la poésie en prose, ce sont ceux qui m'ont le plus touché.

On sent dans le roman de Naomi Fontaine tout l'amour qu'elle a pour son peuple malgré les ravages de l'alcool et de la drogue parmi les hommes ; les femmes en sont la fierté, la clef de voûte, elles sont dignes et respectables bien que leurs conditions de vie soient particulièrement difficiles.

La force de ce livre, c'est que malgré un format court, un style épuré, l'auteure réussit à faire passer les émotions et les sentiments, elle en fait naître également. Pour finir, je citerai juste l'un des passages qui m'a le plus emballé, espérant qu'il en sera de même pour tous les lecteurs :

"Pourquoi. La nuit, elle dort d'un sommeil lourd qui lui enfouit le front jusque dans les dunes de son oreiller. Son visage tremble dans la noirceur de sa chambre close. Elle se raidit dès que quelqu'un hausse la voix. La peur la pourchasse dans ses cauchemars de mère. Elle pleure et personne ne la console. Elle oublie. Elle rit.

Je voudrais lui dire que je sais. Pourquoi je me tais.

Le silence. Je voudrais écrire le silence." (p.15)

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Les filles oubliées

Publié le par Yv

Les filles oubliées, Sara Blaedel, Éd. Terra Nova, 2015 (traduit par Martine Desoille)...

Le corps d'une femme défigurée est retrouvé dans une forêt du Danemark, près du lac d'Avnso. Louise Rick vient de prendre la direction du Département des Personnes Disparues. Elle hérite de cette enquête puisque le corps retrouvé n'est pas identifié. Aidée par Eik, un flic porté sur la bouteille, elle réussit à retrouver une vieille dame qui reconnaît la victime mais qui soutient qu'elle est morte, enfant, trente ans auparavant. Elle se prénommait Lisemette et était pensionnaire d'un hôpital psychiatrique. Elle avait également une sœur jumelle.

Pas mal de similitudes avec le Département V de Jussi Adler-Olsen, un service dédié aux vieilles affaires non closes, des flics peu motivés pris par leurs vies personnelles, il me semble même me souvenir d'un épisode de cette série traitant d'un sujet proche : des jeunes filles abandonnées dans des centres glauques ; ou alors c'était un autre écrivain danois, je ne sais plus, mais j'ai déjà lu un polar là-dessus. Malgré tout, je dois dire que j'ai bien aimé cette lecture, assez tranquille au départ, il faut attendre les toutes dernières pages pour bien sentir toute l'horreur de l'histoire. Ce n'est donc pas un thriller qui prend aux tripes dès le début et sans vous lâcher vous dégoûte un peu par les descriptions des victimes ou des actes violents, le sang qui coule ou les interventions paranoïaques ou psycho-sociopathes du tueur en série. Non, le rythme est plutôt calme, les investigations sont menées à tous petits pas. Il faut dire que Louise enquête dans la petite ville de son enfance et qu'elle n'y a pas que de bons souvenirs, un certain Ole Thomsen y a fait régner une loi personnelle et brutale lorsqu'ils étaient au collège et l'ombre de ses exactions rode encore. Louise y a aussi vécu un deuil, celui d'un petit ami dont elle a eu du mal à se remettre, une des raisons pour lesquelles elle a quitté la ville. Elle vit avec son fils adoptif, Jonas, adolescent et apprécie l'amitié avec un vieux voisin qui les chouchoute, Melvin. A quarante ans, sa vie sentimentale est dans un creux, alors que sa meilleure amie, Camilla file le parfait amour avec un riche héritier qu'elle va épouser. Voilà, tout n'est donc pas pour le mieux, surtout que cette enquête fait remonter des souvenirs qu'elle voulait enfouir une bonne fois pour toutes.

Tous ces ingrédients mélangés font passer un très bon moment. Franchement, je pourrais largement me laisser tenter par la suite, puisque Louise est une héroïne récurrente et que ce roman n'est pas le premier ni le dernier de la série ; peut-être aurait-il été plus judicieux de commencer par le numéro 1 d'ailleurs ?

Présentation minimaliste, sobre, aérée, ce roman de 317 pages n'est jamais long ou ennuyeux. En poche, avec des caractères plus petits et une mise en page plus resserrée, allez, je vous le fais à 250 pages, très abordable quoi, la bonne longueur.

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Les aliénés

Publié le par Yv

Les aliénés, Espedite, Christophe Lucquin, 2015.....

Kenza, à peine vingt ans, rate son suicide avec l'arme de son père et s'en tire avec une greffe et un œil articulé. Loin d'être abattue par cette tentative ratée et la défiguration qui s'ensuit, elle continue au contraire à se détruire, petit à petit : alcool, drogue, sexe. Elle est aide-soignante en maison de retraite auprès de vieux déments.

Dalton est pompier, chargé de nettoyer les lieux après les tragédies, c'est lui qui sauve Kenza, il tombe amoureux de ce corps mort-vivant. Dalton fabrique aussi une nouvelle drogue, la schizoïne qu'il vend notamment à la jeune femme.

Le moins qu'on puisse dire c'est que ce roman n'est point amusant. Si vous recherchez de la détente pure, euh.., passez votre chemin. Mais si vous recherchez un beau texte, un roman original tant dans le fond que dans sa forme, restez ici, ou plutôt courez voir votre libraire pour acheter Les aliénés. Les personnages d'Espedite sont hors normes, même ceux qui n'interviennent que très peu sont quand même assez barrés, par exemple Jenny, cette femme âgée démente : "Jenny s'est fait refaire les seins et le visage à soixante-neuf ans, avant d'être frappée par une démence sénile. Le haut de son corps ressemble à la statue de cire d'une bourgeoise de quarante ans, le sourire figé par une peau hyper-tendue dont les rides sont absentes, mais sur laquelle se remarquent de nombreuses tâches de vieillesse. Le décolleté, opulent, tombe sur deux protubérances mammaires en plastique bien rondes qui lui compriment les poumons et l'empêchent visiblement de respirer correctement." (p.59). Imaginez maintenant le bas du corps, comme celui de la femme de presque 70 ans qu'elle est et vous avez une image assez nette. Les portraits des autres personnages ne sont pas mal non plus, Espedite a le sens de la formule et de l'image. Ils sont vraiment barrés, aliénés, doublement à la fois à la drogue, la schizoïne dont ils ne peuvent plus se passer et parce qu'ils sont totalement fous. Kenza se détruit, essaie toute sorte de moyen de s'enlaidir, de disparaître. Dalton et elle recherchent des sensations fortes qu'ils ne trouvent que dans la drogue qui les désinhibe ; ils ne se souviennent que rarement de ce qu'ils ont fait sous l'effet de la schizoïne.

Un roman dur et violent qu'on ne ressent pas comme tel, sûrement grâce à l'écriture de l'auteur, qui prend des distances, qui use d'humour, de poésie, de détachement et de mélancolie. On peut le lire comme un polar puisqu'il y a des morts, mais sa construction ne permet sans doute pas de le classer comme tel, de ne pas le limiter à ce genre. Espedite révèle des pans de son histoire grâce à des personnages annexes, qui ne restent pas longtemps en scène, une jolie manière de surprendre le lecteur et de le tenir jusqu'aux révélations finales. Les vies de tous les intervenants croiseront à un moment ou un autre celles des deux "héros" Kenza et Dalton, c'est un puzzle qu'il est aisé de construire et surtout particulièrement agréable à suivre.

Encore un titre fort original et fort bien chez Christophe Lucquin chez qui je trouve toujours des textes forts et qui peut compter sur mon soutien dans des moments difficiles pour sa jeune et fragile maison : une contribution est ouverte sur Ulule.

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Kidnapping

Publié le par Yv

Kidnapping, Maryline Gautier, La Différence, 2015.....

Henri Lethuillier est un paisible et jeune retraité de la Compagnie du Gaz. Depuis qu'il a cessé son activité professionnelle, il se consacre à l'écriture de guides qui sont des grands succès de librairies. Habitant de la petite ville de Plessy-sur-Blières, il s'y promène quotidiennement, aussi n'est-il pas difficile de connaître les habitudes de cet homme méthodique. Un après midi de juin, il se fait enlever par deux personnes. Que veulent-elles ? Une rançon ? Qui sont-elles ? Des jaloux de son succès ? L'un des maris qu'il a cocufiés allègrement ? Il est emmené dans une grange retapée par des citadins en mal de verdure, et là, il voit très vite qui sont ses ravisseurs.

Maryline Gautier écrit là son premier roman fort prenant et fort bien mené. Le genre de livre qu'une fois ouvert on ne peut plus refermer avant la fin. Elle se met en partie dans la tête d'Henri, homme qui semble paisible et qui est en fait ce que l'on a coutume d'appeler un pervers narcissique. Un homme dur et froid auquel on ne doit ni ne peut résister, surtout sa femme Adèle et ses deux enfants-jumeaux Jacques et Annabelle âgés d'à peine vingt ans. M. Gautier se met aussi à la place d'observatrice, notant les faits et gestes de chacun, la vie de la famille Lethuillier et ses relations avec les voisins, les habitants du village. Son roman commence avec Henri qui paraît être un homme sage et paisible et qui s'avère être un tyran familial, comme les pages suivantes, très vite nous le décriront. Lorsqu'il se retrouve seul dans cette grange, Henri doit faire une sorte d'auto-analyse, exercice pas aisé pour lui qui ne plie jamais et onques ne se remet en cause.

Le roman est admirablement construit, un début quasi anecdotique - la balade d'Henri à travers champs et le changement de physionomie de nos campagnes-, puis très vite la tension s'installe et ne redescend point. Ce type est ignoble, mais on ne comprend pas vraiment qui lui veut du mal et pourquoi. En fait, on devine, ou plutôt on croit deviner mais des doutes subsistent, et lorsqu'on le sait on attend les raisons du kidnapping, les vraies, les profondes. Car chacun à tour de rôle s'interroge sur l'isolement d'Henri, lui bien sûr, mais aussi ses enfants et Adèle son épouse qui se reproche beaucoup de choses, qui se remet en cause, elle elle peut le faire contrairement à lui. Et au lieu d'une introspection du kidnappé, on assiste à celles de tous les membres de la famille.

C'est aussi un roman rural, dans nos compagnes changeantes et profondes qui gardent néanmoins de vieux réflexes : tout se sait par le commérage, les peurs des uns devant la différence des autres (Adèle est la fille d'une sorcière qui soignait tous les habitants qui eux niaient avoir recours à ses services ; Adèle a préféré taire la transmission de ce don), les jalousies...

Écriture rapide et prenante qui permet d'aller au plus profond des êtres. Peu de fioriture, simplicité et efficacité avant tout, pas toujours le plus facile à obtenir surtout sur un premier roman ; Maryline Gautier entre en littérature en frappant un coup qui devrait laisser quelques traces, du moins, je le lui souhaite.

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La belle affaire

Publié le par Yv

La belle affaire, Sonia Ristić, Intervalles, août 2015... 

Nadja, la quarantaine à peine entamée, mariée à Paul, deux enfants des jumeaux Marie et Jo, passe tous ses étés depuis quelques années loin des siens à donner des cours sur le cinéma dans une université du Vermont, États-Unis. Comme à chaque fois, elle coupe totalement les liens, oublie jusqu'aux prénoms de son mari et ses enfants pendant cette période, même si elle les aime profondément. Elle débutera an affair, comme on dit aux États-Unis, entre une aventure et un adultère avec Patrick, un autre professeur. C'est aussi le moment pour elle de faire le point sur sa vie, sur son enfance particulière, en Afrique, cette enfance brutalement stoppée.

Voici un roman qui me laisse une sensation bizarre : je suis à la fois sûr que j'avais en mains un livre intéressant, bien écrit, très plaisant et jamais je n'ai vraiment réussi à enter en contact avec Nadja, à la comprendre ni même à vraiment croire à sa transformation. Rien ne nous montre quels sont les ressorts qui lui font prendre conscience de sa vie ou alors, je suis passé à côté. Nadja, prénom référence à André Breton -vieux souvenir de lecture- ne m'a pas totalement convaincu. Elle est comme absente de sa vie, même si elle est omniprésente dans le roman. Elle avance sans vivre sa vie, la traverse, telle une somnambule, oublie les événements aussitôt qu'elle les a vécus aussi forts soient-ils et l'on sait que tout cela est lié à une histoire vieille de vingt-cinq ans, lorsque ses parents ont quitté avec elle précipitamment le pays d'Afrique dans lequel ils vivaient. Petit à petit, on comprend, tout s'éclairera en fin d'ouvrage. "A quinze ans, Nadja avait eu l'impression d'aller à sa propre rencontre, dans ce mélange d'excitation, de rage et d'apathie propre à l'adolescence. Puis les choses s'étaient enchaînées comme elles s'étaient enchaînées, l'excitation et la rage avaient pâli, l'apathie avait pris toute la place, d'autres avaient commencé à décider pour elle, ses parents d'abord, puis le docteur Cohen, puis Paul, et elle avait tout le temps froid, elle avait tout le temps peur, elle s'était mise à tout oublier, tout sauf ce dont on lui avait interdit de se souvenir." (p.30)

Nadja est comme un cerf-volant, elle subit les vents, suit les courants ceux que lui impose son travail d'écrivaine et de cinéaste, son fil qui la retient et la relie à la terre c'est Paul, son mari. Je m'intéresse alors au manque de réaction de Nadja, à son manque d'ancrage dans sa vie plus qu'aux raisons de son état, et le roman m'apparaît comme celui d'une femme qui tente de sortir d'une longue léthargie, d'une déprime, ou plutôt qui en sort presque malgré elle, car encore une fois, elle n'est pas actrice de cette guérison.

Courts chapitres qui donnent un peu de rythme, court roman (146 pages) qui permet de ne pas avoir de longueurs, car malgré mes réserves, je n'ai jamais ressenti de lassitude de tenir ce livre dans mes mains, je l'ai toujours repris avec plaisir lorsque je l'avais posé auparavant. L'écriture sûrement y est pour une grande partie, simple, accessible, mais aussi l'envie de savoir si enfin Nadja allait prendre sa vie en mains.

A découvrir, j'ai hâte de lire les autres articles sur ce roman, je le ferai avec attention et grand intérêt

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Cyr@no

Publié le par Yv

Cyr@no, Bessora, Ed. Belfond, 2011

"Si à sa naissance l'officier de l'état civil ne s'y était pas opposé, Roxane se serait appelée Cyrano, et sans doute alors tout aurait-il été plus simple pour elle dans le milieu du théâtre... Mais Roxane s'appelle Roxane, et elle doit faire avec, comme elle doit faire avec ses jambes de Teutonne, sa poitrine de nymphette, son « cul à chier » et son nez trop long. C'est d'autant plus difficile que, dans la vraie vie, elle s'est amourachée de Christian, un bellâtre blond légèrement bedonnant qui l'a aimée un soir pour la congédier le lendemain... par mail.
Heureusement, pour remédier à ses ratages, Roxane peut compter sur son double : Cyrano, l'autre elle-même, aimante, pleine de ressources mais aussi pleine de fiel Ensemble, elles concoctent un implacable stratagème pour séduire Christian et le transir d'amour pour elle(s). Elles créent Cyr@no, avatar de Roxane et Cyrano mêlées, créature virtuelle qui va incarner l'idéal féminin de l'insaisissable Christian..." (4ème de couverture)

Autant le dire tout de suite, si j'avais eu à choisir ce livre, jamais je ne l'aurais fait : d'abord parce que le thème ne me parle pas, ensuite parce que je déteste les mots, les noms de magasins, d'entreprises, de sociétés, ... et a fortiori de roman qui utilisent l'arobase pour remplacer le "a". Je trouve cela facile, ringard et nul. Sûrement fallacieux comme argument pour ne pas choisir un livre, mais on ne se refait pas, et il faut bien des critères aussi subjectifs soient-ils !

J'ai donc reçu ce livre dans le cadre du Prix du roman France Télévision dont je vous parlais récemment.

Malgré mes a priori, j'ai ouvert ce roman de Bessora et très vite, j'ai ressenti un malaise. Le vide. Aucun intérêt pour cette histoire de double, de jeune femme voulant devenir comédienne et reconquérir son Christian, comme il se doit. Les dialogues incessants entre Roxane et son double Cyrano alourdissent le propos, le style déjà pas léger-léger. Beaucoup de néologismes -je n'ai rien contre un de temps en temps, mais là Bessora fait fort !- et d'invectives entre les deux facettes du personnage qui fatiguent plus que ne captivent.

L'auteure fait bien des tentatives intéressantes d'écriture, notamment lorsque Cyrano parle, il s'exprime en une sorte de vieux françois :

"Hoho-hô ! Dieu me damne... Versifie, pintade, on t'écoute ! Eh bien ? Rien ne vient maraude ? Prends donc ma dictée... Hum... Christian, je sais que l'an dernier, un jour, le douze mai, pour sortir  le matin, tu changeas de coiffure. Oh... j'ai tellement pris pour clarté ta chevelure que, comme lorsqu'on a trop fixé le soleil, j'ai vu sur toute chose un rond vermeil. Hoho-hô !" (p.32)

Mais tout cela reste empesé et Roxane martèle des imbécillités, des évidences et des banalités. L'écriture sous des dehors modernes est ampoulée, on sent  le travail et on le lit.

Je ne suis pas allé au bout de ce roman, qui, vous l'aurez compris ne fera pas partie des mes favoris pour ce prix. Quoique... C'est le premier que je lis, les autres seront peut-être pires. Mais la barre est haute !

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