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Recherche pour “le péril vieux”

Giovannissima !

Publié le par Yv

Giovannissima ! Tome 3, Giovanna Casotto, Éd. Dynamite, 2015, (traduit par Studios Marmo)...

Giovanna Casotto fait paraître ces courtes histoires entre 1996 et 2001 dans le journal Selen. Elles sont reprises ici par les éditions dynamite dans un bel album. Ce sont des nouvelles érotiques en bande dessinée. Les femmes y sont belles, calquées sur le modèle pin-up des années 50, elles ont donc des formes et aussi du tempérament ; dessinées et scénarisées par une femme, elles ont l'avantage d'être dotées d'un esprit et même capables de réfléchir.

Je ne suis pas un grand connaisseur en matière de nouvelles en bande dessinée et encore moins en bande dessinée érotique -quelques vieux souvenirs des BD de Manara feuilletées je ne sais plus où-, c'est dire si le mot découverte s'applique totalement à mon cas lorsque j'ouvre cet album. Ce qui saute aux yeux, c'est la belle place faite aux femmes, ce qui est sans doute moins le cas dans les ouvrages scénarisés et dessinés par des hommes. Bon, je ne m'appesantirai pas sur les scenarii qui ne brillent pas par leur originalité, mais dans les interviouves reproduites en fin de volume, Giovanna Casotto explique qu'elle s'attache beaucoup plus aux dessins parce qu'elle-même fonctionne comme cela lorsqu'elle regarde une BD. Et c'est vrai que les dessins sont beaux, des personnages essentiellement, nus souvent. Il y est question de plaisir entre femmes, ou entre homme et femme, de séduction, de jalousie voire même de tueur à gages pour se venger, de fantasmes, tous les ingrédients de l'érotisme, tout ce qui fait prendre la sauce, si je puis me permettre. C'est léger ou drôle, pas pesant du tout avec le charme supplémentaire du temps qui passe, sans doute ces femmes mode années 50 y sont-elles pour quelque chose.

Pas de perversions du genre que l'on peut malheureusement trouver sur de nombreuses pages Internet, non, du classique, du bon qui fait "AHHHH", "MMMHH", "NON, NON... OHHH OUI, OUI" voire des OOH... C'EST BON" ou des "SLURP... SLURP",... Nous voilà presque dans Comic strip de Gainsbourg... (ci-dessous en cadeau, ne me remerciez pas, ça risque de vous rester en tête toute la journée)

Néanmoins, c'est un ouvrage qu'il faut garder et ne pas forcément mettre entre toutes les mains, surtout les innocentes, ça reste un album de Bande dessinée adulte, à réserver donc aux adultes.

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Un polar mineur

Publié le par Yv

Un polar mineur, Sven Andersen, Bord du Lot, 2021

Bruxelles, 1986, Hans Nollomont, la quarantaine est détective privé, anar qui assume ses contradictions puisqu'il aime les belles voitures -il roule en BMW série 5- et vit dans un quartier chic de la ville. Deux ans auparavant, Carole, fille de bonne famille est retrouvée morte dans un entrepôt et depuis, l'enquête est au point mort, les flics ne s'y intéressent plus. Alexandra, la sœur de Carole, fait appel à Hans.

Premier polar pour Sven Andersen qui a déjà sévi dans Anarphorismes et Manifeste schizo-réaliste, deux livres de chroniques qui fourmillent de bons mots, de bonnes idées marquées d'anarchisme, de liberté, d'athéisme...

Le détective de Sven Andersen, Hans Nollomont, sur ses vieux jours, lira sûrement ces deux livres tant ils résument bien ses idées. Anarcho-communiste ou l'inverse, anarcommuniste en quelque sorte, il distille ses réflexions, ses remarques, ses pensées et opinions tout au long du livre. C'est assez savoureux lorsqu'il croise, à plusieurs reprises, des militants d'extrême-droite dont l'un a des capacités de réflexion et de la culture, comme quoi, tout peut arriver. Ces apartés, nombreux et denses sont parfois répétitifs et un peu longuets, comme les considérations automobilistiques et la supériorité de la BMW sur Mercedes ou autre, mais aussi les conditions d'entrée dans les boîtes de Bruxelles (interdites aux porteurs de basket et aux personnes qui ont la chance d'être davantage brun de peau qu'un Bruxellois lambda, si en plus ils portent des baskets...). Malgré mes bémols, ce polar est intéressant, une plongée dans le Bruxelles des années 1980, dans les quartiers chauds, plutôt la nuit, peuplés de gens qu'on ne voit pas la journée. Et puis, il est bien sympathique ce Nollomont, j'aime l'entendre évoquer ces thèmes favoris. Anar, bouffeur de curé, un peu alcoolo, fidèle en amitié, persévérant, cynique, ironique, se faisant peu d'illusion sur la capacité des hommes à résister à la société de consommation mais énonçant tout de même ses doutes et ses craintes. Un détective atypique, un polar atypique qui ravira davantage ceux qui aiment découvrir un univers, des personnages bien décrits qu'ils soient les "gentils" ou les "méchants", même si, évidemment, Sven Andersen est moins manichéen que cela, qui se posent des questions, se remettent en cause et tentent d'avancer avec ce qu'ils sont et ce à quoi ils croient, que les amateurs d'une énigme tortueuse qui leur fera chauffer les méninges.

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Brèches

Publié le par Yv

Brèches, Olumide Popoola et Annie Holmes, Belleville, 2021 (traduit par Étienne Gomez)

Olumide Popoola est une autrice germano-nigériane. Annie Holmes est autrice, réalisatrice et productrice. Elles vivent toutes les deux à Londres et, dans le cadre d'une résidence, elles ont écrit sur la "jungle de Calais", ce recueil de nouvelles qui ont toutes comme point d'arrivée ou de départ ce lieu.

Comme d'habitude, chez Belleville, un soin particulier est apporté à la couverture qui est une photo gracieusement offerte par Bruno Serralongue.

Le ton de l'ouvrage n'est pas pessimiste contrairement à ce que nous pourrions redouter. Les deux autrices dressent des portraits de jeunes gens -souvent- qui ont tellement vu et vécu de tragédies pour en arriver là, qu'ils sont prêts à tout pour s'en sortir et vivre enfin. Elles ne font pas l'impasse sur les difficultés avec les habitants de la ville, ni sur celles qui existent dans le camp. Ces histoires ont pour énorme avantage de nous présenter des personnages, des individus réalistes parce que sûrement copiés sur des garçons et des filles que les deux autrices ont rencontrés ce qui nous change des chiffres et statistiques. N'en déplaise à certains, ils ne sont pas des tueurs, des violeurs ou des délinquants, mais des jeunes gens qui ont fui leurs pays et ont voyagé dans des conditions effroyables, mais ces "certains" ne liront pas cet ouvrage qui risque trop d'humaniser ceux qu'ils préfèrent nommer du terme générique de migrants.

"J'aimerais que tu sois là, dit-elle à son père intérieur. Franchement, si tu voyais le comportement de ces gens, tout le respect qu'ils ont les uns envers les autres, tu cesserais de parler comme tu le fais tout le temps." (p.69)

Difficile de faire ressortir une nouvelle ou un personnage du lot, parce qu'ils sont tous forts, mais j'avoue une petite préférence pour :

- Enquête : une calaisienne vieillissante accueille chez elle un frère et une sœur avec beaucoup de méfiance, puis le temps fait son œuvre

- A bientôt : un vieux britannique très ordonné et à cheval sur les principes de la loi donne des cours d'anglais gratuits à un jeune homme tout juste débarqué

Un recueil à lire et faire lire pour un regard différent sur tous ces gens obligés de fuir leurs pays. Important dans cette période d'élections où le parti et les idées extrêmes n'ont jamais eu autant d'exposition médiatique ni jamais autant rencontré d'approbation de la population. Beurk !

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Sur le balcon

Publié le par Yv

Sur le balcon, Ren Xiaowen, L'Asiathèque, 2021 (traduit par Brigitte Duzan)

Shanghai, dans le début des années 2000, les vieux quartiers sont prisés des autorités qui veulent y construire des immeubles. Les habitants qui vivent dans de vieilles maisons sont expropriés et touchent parfois à peine de quoi se reloger. C'est le cas de Zhang Suqing, le père de Zhanh Yingxiong qui refuse les offres qu'il trouve trop justes. Son décès brutal met fin aux négociations et sa femme et son fils sont contraints de quitter les lieux. Zhang Yingxiong est persuadé que le fonctionnaire qui a malmené son père est responsable de sa mort. Il va chercher à se venger.

Court roman ou longue nouvelle, cet ouvrage paraît dans la collection Novella de Chine, et comme toujours à L'Asiathèque, c'est une très belle découverte. Ren Xiaowen dont c'est le premier titre traduit en français se révèle être une auteure douée qui, en peu de mots, raconte une histoire complète dans laquelle rien ne manque. Certaines choses sont davantage suggérées qu'écrites, le tout dans un style élégant, fluide et moderne, ce qui n'est pas toujours le cas de la littérature chinoise qui use parfois d'images pas évidentes pour qui n'a pas les références nécessaires. Là, tout coule et c'est un plaisir, l'auteure joue également avec les prénoms de ses personnages Zhang Yingxiong veut dire Zhang le héros, la première fonctionnaire à venir faire une offre aux familles expropriées se nomme Qian Li (Le bel argent) et le fonctionnaire qui mettra fin aux négociations est Lu Zhiqiang (Qui a une forte volonté).

Ren Xiaowen décrit ses personnages dans les rues de Shanghai, la ville en pleine transformation. Elle parle des petites gens, de ceux qui triment, qui vivotent sans savoir de quoi seront faits les jours suivants, des changements urbains à tous prix et notamment à celui de la santé des habitants.

Très bien construit, ménageant un certain suspens quant à la vengeance voulue par Zhang Yingxiong, ce court roman se lit vite et peut même se relire. Le genre de petit livre que l'on a plaisir à offrir et faire découvrir.

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Rien à perdre

Publié le par Yv

Rien à perdre, Roberto Montaña, Métailié, 2021 (traduit par René Solis)

Trois amis, à peine cinquantenaires, qui se sont connus dans un lycée de Buenos Aires, puis perdus de vue, puis retrouvés lors d'une fête des anciens, décident de faire une virée sur une plage en Uruguay. Il y a Wave, rocker has-been qui rêve d'un retour, marié mais bon c'est pas terrible, une petite fille ; Le Nerveux, qui porte bien son surnom, en instance de divorce et Mario célibataire qui vit encore chez sa mère. Ils partent tous les trois vers la frontière dans la vieille Ford Taunus de Mario vers ce qui pourrait n'être qu'un week-end entre vieux potes.

Voilà un roman noir comme je les aime. Court, rythmé, parfois drôle, avec des dialogues qui rajoutent une couche à tout ce que je viens d'écrire. Les trois copains sont fatigués et ne se connaissent pas si bien que cela. Chacun a, dans sa vie, des soucis, des emmerdes qui refont surface au moment où ils aimeraient se détendre. Ils ne sont pas taillés pour être des héros de polar : ils boivent du maté, sont trop englués dans leurs histoires de famille et loin d'être prêts à affronter le genre de méchants que l'on trouve dans ce genre de roman.

Roberto Montaña écrit des nouvelles et l'on sent qu'il maîtrise bien le genre, son roman court est efficace et ne s'embarrasse pas de fioritures, de détails qui ne servent pas son histoire. Là où certains commencent systématiquement leurs chapitres par la description du paysage, des ciels... lui va au plus direct, parlant plutôt de ses personnages, usant néanmoins de belles formules, par exemple, les premières lignes du livre : "Une ride. C'est la première chose qu'il voit quand il passe la main sur le miroir embué : une ligne fine qui naît à l'angle de son œil droit pour disparaître deux centimètres plus bas, traçant une courbe descendante et définitive. L'espace d'un instant il se dit que c'est seulement une illusion d'optique, un effet de la lumière, mais quand il s'approche du miroir il a la confirmation que ce n'est pas une ride mais plusieurs, disséminées sur tout le visage, en train de grandir autour des lèvres, dans les plis du front, aux contours du nez." (p.7)

Un roman qui débute ainsi présage de bons moments qu'il confirme au long des 160 pages.

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SkilledFast 1

Publié le par Yv

SkilledFast (tome 1), Hachin, Ed. H2T, 2021

"En 2097, les humains désormais augmentés utilisent des Skilledfast : un implant dans leur nuque permettant d'acquérir de nouvelles compétences tout en améliorant considérablement leurs capacités et leurs aptitudes. Eva Steins, commandant de la police de Central City, enquête sur une série de meurtres dont les victimes sont retrouvées mises en scène, leur SkilledFast arraché. Au point mort dans ses investigations, elle reçoit l'aide providentielle de Roman Kirkegaard, un ancien policier reconverti en détective privé, lui-même sur les traces de cet étrange serial killer pour des raisons clairement plus personnelles." (4ème de couverture)

N'étant pas un féru de science fiction ni de manga, j'ai été intrigué par ce résumé et par l'auteur un jeune mangaka français, Hachin lorsqu'on m'a proposé cet ouvrage. Car on me l'a proposé et fort heureusement, sinon, j'aurais sans doute passé mon chemin sans un regard ce qui eût été une erreur. Une fois passé l'écueil de la lecture de droite à gauche, pas très pratique pour un vieux lecteur comme moi, je me suis laissé embarquer dans cette histoire très intrigante et surtout pas si irréaliste que cela lorsqu'on entend ce que certains -tel Elon Musk- veulent nous implanter dans nos cerveaux, enfin, plutôt dans ceux de nos descendants, parce que m'augmenter moi, ça ne sert à rien : d'une part je suis au sommet (pour les grincheux, je déconne) et d'autre part, je n'ai pas très envie qu'un type en blouse blanche vienne farfouiller dans ma boîte à idées.

Bon, revenons à nos implants SkilledFast qui sont la cible du tueur fort justement prénommé Noskill et qui défie toutes les polices. Le dessin est sobre, très manga de ce que j'en connais : beaucoup de gros plans, des personnages aux expressions presque caricaturales tant elles sont exprimées, sauf Roman Kirkegaard -la philosophie n'est pas mon fort non plus (mais en qui qu'il est bon ce mec ?), mais il y a peut-être un rapprochement à faire avec Søren du presque-même nom a un "e" près ? -qui est imperturbable. Des décors limités, un petit format, tout cela pour une histoire qui est bien scénarisée et bien posée, le contexte est planté dans ce premier tome et l'enquête débute, avec des flics qui ont toujours un temps de retard et de beaux questionnements sur la liberté de choix, sur la capacité à réfléchir par soi-même, à ne pas avoir recours à des aides systématiquement, à se faire une opinion, à se confronter à autrui -ah, c’est peut-être là qu’on place Søren ?

La suite est faite de deux numéros puisque c'est une trilogie et dès que je peux, j'y plonge.

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Le sommeil délivré

Publié le par Yv

Le sommeil délivré, Andrée Chedid, Flammarion, 1952
Samya, jeune femme égyptienne tue son mari de deux coups de revolver. Elle est handicapée, ne peut marcher et garde le lit depuis plusieurs années. Ainsi débute le roman. Ensuite, flash-back, Samya raconte son histoire de petite fille en Egypte, puis de très jeune femme -15 ans- mariée de force à un homme beaucoup plus vieux qu'elle, qui la délaisse et préfère de loin la gestion de son domaine.
Andrée Chedid raconte une vie tragique, un destin de femme brimée, obligée au silence et à l'obéissance aveugle aux hommes : père, frères ou mari. C'est terrible parce qu'on sent que Samya a de nombreuses envies, beaucoup de rêves et des capacités à les réaliser, mais rien ne pourra lui permettre de passer outre les choix de son père d'abord et de son mari ensuite. Ce roman écrit en 1952 a de cruels retentissements en ce début de XXIème siècle !
Dans une langue classique, qui décrit admirablement le pays, les odeurs et les personnages -notamment les femmes, parce que malgré ce que croient les hommes, ce sont elles qui font la vie des villages-, l'auteure livre un roman prenant, "pur et sobre", dans la lignée de ce que j'ai déjà lu d'elle, il y a longtemps : L'enfant multiple (très bon et très beau roman) et surtout : L'autre (absolument magnifique et gracieux) ; j'ai d'ailleurs maintenant très envie de les relire.
Andrée Chedid sait décrire les petites gens du Moyen-Orient, les situations tragiques (femmes brisées, guerres, attentats, ...). La lecture de ses livres me laisse toujours une impression de mélancolie, de "tristesses surannées" comme dit Bashung dans Tant de nuits (dans l'album Bleu Pétrole). Pas le côté plombant de certaines œuvres d'autres auteurs, mais cette petite musique à la fois belle et mélancolique qu'on a envie de retrouver. Un peu comme dans les chansons de Bashung pour reprendre ma citation musicale.

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Le dernier procès de Victor Melki

Publié le par Yv

Le dernier procès de Victor Melki, Sandrine Destombes, Hugo thriller, 2021

De nouveau en disponibilité, de la brigade criminelle, la commissaire Maxime Tellier reçoit un courrier étrange la conviant à un enterrement à Grenoble, d'un homme qu'elle ne connaît pas. Intriguée, elle s'y rend, fait des recherches sur le défunt et ne trouve rien. Puis d'autres messages sous diverses formes lui parviennent. N'ayant plus accès à son bureau ou ses collègues, elle fait appel au capitaine de gendarmerie Antoine Brémont, expert en profilage, avec lequel elle a déjà travaillé et qui accepte de l'aider. Lorsqu'ils découvrent qu'ils sont sur la piste d'un tueur en série qui suit les préceptes de l'ordalie, le jugement de Dieu, vieux principe de l'inquisition duquel il est difficile de sortir acquitté, il est temps pour eux de rendre l'enquête officielle et de bénéficier de moyens performants.

Ah, la voilà la suite de Ainsi sera-t-il, récemment chroniqué sur le blog. Et quelle suite ! Sandrine Destombes avance doucement et sûrement, installe son intrigue et ferre le lecteur qui sera bien incapable de sortir du roman tant la tension et le suspense montent habilement.

Lorsqu'on lit beaucoup de polars, on s'aperçoit que les intrigues se ressemblent souvent, ce qui différencie les romans c'est la manière de raconter, les personnages ou le contexte. Chez Sandrine Destombes, c'est évidemment Maxime Tellier avec son côté fonceur, ses doutes, ses emportements. Maxime a ses limites : elle est proche du burn-out, est parfois trop directe ce qui lui joue des tours mais malgré ses fragilités, elle est pugnace, ne lâche jamais rien. Elle est très réaliste, se pose des questions qui peuvent faire écho, notamment sur les personnes qui ont commis un crime qui jugées irresponsables et qui ne font qu'un court temps en hospitalisation psychiatrique. Antoine Brémont, son pragmatisme et son respect de la loi et des décisions prises permet de faire le pendant, de se poser la question sous l'angle de la loi et de la justice et donc d'avoir une vue d'ensemble. Sandrine Destombes n'est pas manichéenne, elle laisse le choix à ses lecteurs, elle apporte des arguments.

Sandrine Destombes c'est aussi une manière de raconter, de laisser monter le suspense, d'insérer de la légèreté dans les rapports entre collègues alors que l'enquête sur laquelle ils travaillent n'incite pas à la gaudriole. Celle-ci est originale, fort bien construite, sans hémoglobine donc très supportable par les âmes sensibles et addictive. On ne sait pas trop comment va finir cette histoire ni qui est (sont) le (la-les) coupable(s) et l'on cogite, au moins autant que les enquêteurs. J'ai beaucoup aimé. J'en redemande, oui je veux d'autres enquêtes de Maxime Tellier.

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L'inspecteur Dalil à Paris

Publié le par Yv

L'inspecteur Dalil à Paris, Soufiane Chakkouche, Jigal polar, 2019

L'inspecteur Dalil coule sa retraite dans sa maison bringuebalante de bord de mer, entre la pêche et les dialogues avec sa Petite Voix, omniprésente. Lorsque les services secrets marocains lui font comprendre qu'il est fermement invité à se rendre à Paris pour enquêter en collaboration avec le chef de la Crim, le commissaire Maugin, il y va contraint, mais sans réel enthousiasme. Quelques jours plus tôt, Bader Farisse, un étudiant en transhumanisme, un petit génie qui vient d'inventer une puce révolutionnaire a été enlevé. Les autorités craignent que ce soit l'oeuvre de terroristes islamistes.

Un polar comme je les aime. Court, avec des héros rugueux, pas forcément sympathiques, ni antipathiques. Ils ont des humeurs, des emportements, des avis tranchés et restent avant tout des professionnels de la traque des malfrats. Dalil a ce petit plus d'avoir sa Petite Voix qui lui parle et à laquelle il répond. Un peu désabusé, un peu à côté, un peu vieux, un peu has-been, c'est l'image qu'il donne aux autres, qui devraient se méfier, car la nonchalance de Dalil cache une grande réflexion, une capacité de déduction et une intelligence de haut vol.

Soufiane Chakkouche a la bonne idée d'enjoliver son texte, déjà fort plaisant, décalé, de réflexions drôles, de remarques qui jouent sur les mots, les expressions, Dalil parle certes bien le français mais pas parfaitement l'argot ni même le jargon des flics parisiens. Et dès le début, dès que je lis le portrait suivant de Dalil, je sais que la suite sera à mon goût :

"A vrai écrire, Dalil était à l'adolescence de la vieillesse ; il entrait dans sa soixante et unième année, mais il en faisait 51, et il s'en foutait éperdument. "Comment peut-on ressembler à un chiffre ?" avait-il l'habitude de répondre à ceux qui le saupoudraient d'un tel compliment. Cette illusion physiologique était principalement due à deux attraits de son physique : sa ligne et ses cheveux." (p.8)

Et la suite ne m'a pas déçu, bien au contraire. J'ai pu visiter Paris avec les yeux de Dalil, qui fait un peu comme quand moi j'y vais avec mes yeux de Provincial : une certaine innocence et un émerveillement évident en même temps qu'un agacement de la pollution et du bruit. Voilà un roman qui met le terrorisme en fond sans pour autant être plombant, angoissant. Une belle enquête d'un flic atypique à qui on ne la fait pas. Un héros qui gagnera à être rencontré de nouveau et qui, très franchement, sans jamais faire qu'on veuille le revoir -il cultive sa liberté, sa solitude et une certaine agoraphobie-, donne au lecteur très envie de le revoir.

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