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Recherche pour “le péril vieux”

Le péril vieux

Publié le par Yv

Le péril vieux, Lætitia Coryn, Ed. Hugo&Desinge, 2014..

Janvier 2019, l'âge de la retraite est repoussé à 79 ans après 57 ans et 2 trimestres de cotisation. Attention, les seniors sont prêts à reconquérir le monde du travail et à reprendre en mains la société qui va mal.

Mes enfants sont prévenus, je veux vivre vieux. Très vieux. Centenaire. Au moins... Je veux être doyen de l'humanité. Et en bonne santé. Et, parce que "et" il y a, je veux vieillir et devenir un vieil emmerdeur. Je m'entraîne. Beaucoup. J'ai aujourd'hui un niveau très honorable. Mais je dois m'améliorer. Encore et toujours pour tenter de pulvériser mes objectifs. Je me vois bien, cheveux et barbe blancs -bon, la barbe, est déjà sérieusement blanchie, ce qui évidemment ajoute à mon charme naturel. Mais si l'on me demande de travailler jusqu'à 79 ans, je devrais revoir mes ambitions à la baisse. Et puis, ça ne me va pas, moi je veux profiter, me reposer pour mourir vieux et en pleine forme. Non, mais. Le péril vieux est donc a priori tout indiqué pour moi, pour peaufiner mon entraînement. Mais... (Quelle introduction ! Quel talent ! Quel suspense !)

Si l'idée de départ est excellente, le traitement par la BD est décevant, nettement sous la ceinture, les blagues scatophiles succèdent aux blagues sexuelles pas très drôles. Quelques gags ont réussi à me tirer un sourire, mais l'éclat de rire fut loin, très loin et ne me frôla quasi jamais. Le dessin est bien, la mise en page itou, mais les chutes font flop ou pschitt, selon votre goût ou votre humeur et/ou la capacité du dentier à laisser passer ce genre d'onomatopée. La couverture et les premières pages laissaient imaginer un scénario du genre "la révolte des vieux" ou "les vieux contre attaquent", avec de belles idées, des détournements de films de zombies, d'histoires de ce genre, mais en fait, Lætitia Coryn tombe très vite dans le graveleux, le pipi-caca un poil lourdingue.

Et pourtant, à bien la regarder, cette couverture ferait presque peur, pas de regard, des sourires inquiétants, elle laisse envisager une histoire, mais celle-ci ne se déroule pas, l'auteure aurait dû continuer et approfondir ce thème. Elle aurait pu, aurait dû partir dans un délire plus décalé, loin de toute réalité, un truc vraiment barré qui aurait collé à son titre et à sa feuille de route. Une prise de pouvoir par les vieux, en y ajoutant des gags inattendus, de la nouveauté, de la fraîcheur... Une sorte de Hot Fuzz -si vous ne connaissez pas ce film d'Edward Wright, c'est une énormissime faute de goût, de toute urgence, regardez-le ainsi que son précédent Shawn of the dead ! Je ne suis fan ni de thrillers ni de films de zombies, mais là, on nage en plein délire hilarant-, mais on en est très loin. C'est fort dommage. Une déception très nette.

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Priscilla

Publié le par Yv

Priscilla. On choisit pas sa famille, Lætitia Coryn, Glénat, 2020

Priscilla, 6 ans et demi, fillette épanouie et enjouée grandit entre son père et sa mère, euh, comment dire ?... bas de plafond. Dans l'entourage de Priscilla il y a aussi son oncle, veuf, homophobe, sexiste, raciste et papa d'un garçon malade ; Jean-Mi un copain de son père, trentenaire qui aime les jeunes femmes, et Tarek et son fils Mehdi, le fiancé de Priscilla, au grand dam de ses parents.

Ouh la, ça commence très fort... Dès le premier gag on est dans le bain de l'humour trash et noirissime. Tous les sujets sont abordés par les parents de Priscilla et leurs amis, beaufs parmi les beaufs : le racisme, l'homosexualité, la sexualité tout court ouvertement expliquée à Priscilla (qui, je le rappelle a 6 ans et demi), la pédophilie, le sexisme, ... Enfin aucun sujet n'est tabou. C'est méchant, sale et on rit, jaune, parce que ces propos, on peut les avoir déjà entendus dans la vraie vie.

Autant je n'avais pas aimé Le péril vieux de l'autrice, autant là j'ai aimé. Ça dépote et décoince, ça fait du bien de rire de tous ces sujets politiquement incorrects. Certes, on s'abstiendra de rire avec certaines personnes : celles qui ne goûteront pas les détails de certaines cases : poster de L. Wauquiez dans une chambre d'hôpital, à côté d'une affiche contre l'avortement et du dernier livre d'E. Zemmour, tout un environnement explicite des personnages de Lætitia Coryn.

Préférez ne pas mettre ce livre entre toutes les mains, même si l'héroïne est une fillette de 7 ans à la fin du volume (elle a fêté son anniversaire dignement), il s'adresse à un public averti qui saura lire au-delà du premier degré.

Sélection pour le Prix BD des Lecteurs.

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Ça coince ! (53)

Publié le par Yv

Un paquebot dans les arbres, Valentine Goby, Actes sud, 2016..

"Au milieu des années 1950, Mathilde sort à peine de l'enfance quand la tuberculose envoie son père et, plus tard, sa mère au sanatorium d'Aincourt. Cafetiers de La Roche-Guyon, ils ont été le cœur battant de ce village situé à une cinquantaine de kilomètres de Paris. Doué pour le bonheur mais totalement imprévoyant, le couple aimant est ruiné par les soins tandis que le placement des enfants fait voler la famille en éclat. En ce début des Trente Glorieuses au nom parfois trompeur, la Sécurité sociale protège presque exclusivement les salariés, et les antibiotiques ne font pas toujours de miracle" (4ème de couverture)

Orages intimes, Jeanne Benameur, Actes sud, 2015..

"Photographe de guerre, Étienne a été pris en otage dans une ville à feu et à sang. Quand enfin il est libéré, l'ampleur de ce qu'il lui reste à réapprivoiser le jette dans un nouveau vertige, une autre forme de péril. De retour au village de l'enfance, auprès de sa mère, au contact d'une nature sauvage et familière, il tente de reconstituer le cocon originel depuis lequel reprendre langue avec le monde. Dans ce progressif apaisement se reforme le trio de toujours. Il y a Enzo, le fils de l'Italien, l'ami taiseux qui travaille le bois et joue du violoncelle. Et Jofranka, "la petite qui vient de loin", devenue avocate à La Haye pour les femmes victimes de guerre." (4ème de couverture)

Deux écrivaines, deux fois actes sud et deux ratages. Je regroupe ces deux romans car les raisons de mes abandons sont les mêmes. Je ne suis pas parvenu à croire à leurs histoires.  Je ne m'y suis jamais senti impliqué. Chez Jeanne Benameur, j'y ai même lu quelques facilités de phrases ou expressions toutes faites qui m'ont parfois déçu.

Jamais désagréables, mais jamais convaincants. Je reste en dehors et ça je n'aime pas du tout. Je sais que ces deux écrivaines reconnues sont très appréciées et sûrement à raison. Si j'avais déjà lu Valentine Goby, je découvrais Jeanne Benameur. Bon, rendez-vous raté, qui, je tiens à le préciser avant de me faire agonir ne tient qu'à ma perception de leurs écrits. "Parfois ça marche, parfois ça marche pas" disait Garcimore -que les plus jeunes veuillent bien m'excuser de cette référence de vieux, là ça ne marche pas.

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Le vieux qui voulait tuer le président

Publié le par Yv

Le vieux qui voulait tuer le président, Céline Barré, Ed. de la commune (auto-édition), 2017....

Théodore de la Morne, aristocrate tout juste septuagénaire, habitant de Tresville-sur-Mer en Normandie envisage sérieusement de tuer Francis Ollanzi, le président de France réélu à quelques voix près. Pour mener à bien son projet, il s'adjoint les services de Gérard, commerçant de Tresville récemment quitté par sa femme qui devra voler un camping-car et le conduire jusqu'à Marseille, lieu arrêté du présidenticide et de Killian, vingt ans adepte de la marie-jeanne et à la jeunesse un peu agitée qui pourra fournir l'arme et appuyer sur la gâchette. Voilà la théorie.

Évidemment, en pratique, rien ne se déroule comme prévu...

Céline Barré m'a ravit et fait rire avec ses précédents opus, les premiers tomes de sa série intitulée Les Farfelus : Quel pétrin ! et Péril au fournil ! A noter que si l'on peut lire la série entière sans risque de s'ennuyer, je le recommande donc, on peut lire chaque livre séparément. Les personnages sont les mêmes : les seconds rôles deviennent des premiers et inversement et tout est réexpliqué et resitué. Aucun problème de compréhension.

Ce road-trip (marijuana oblige) est, contrairement aux tomes 1 et 2, très masculin, puisque les trois hommes seront seuls dans leur camping-car. Il y a du Paasilinna chez Céline Barré dans ses délires et les situations farfelues et abracadabrantesques, notamment l'excellent Petits suicides entre amis. C'est excessif, irréaliste et forcément très drôle. Les trois mecs d'âges différents qui pourraient voyager en tant que grand-père, père et fils ne s'aiment pas au départ voire se méprisent ce qui réserve quelques belles réparties et surprises. Avis aux légalistes, le pétard circule joyeusement et abondamment ainsi que l'alcool, ils délient les langues et désinhibent. C'est une comédie qui, comme souvent dans ce genre, ne se prive pas d'aborder des thèmes lourds, tels la solitude, le chômage, la mort, la perte d'autonomie liée à la vieillesse et à la maladie. Céline Barré -qui porte bien son nom tant ses livres le sont- est habile à nous faire toucher du doigt les doutes, craintes et peurs de ses personnages qui sont ceux de nous tous face aux événements tristes de nos vies. Mieux vaut en rire, ça évite de s'apitoyer. J'opine -non ce n'est pas grossier et au contraire de Théodore, je n'inverse pas encore les mots sous l'effet des substances illicites-, j'acquiesce.

Je conseille très fortement cette série Les Farfelus, auto-éditée, disponible sur Amazon en format papier ou numérique et sur Kobo. Bon, c'est bien parce que ces livres sont bons que je mets un lien vers ce site vers lequel je ne recommande pas d'aller habituellement, préférant la librairie locale. A ce propos, je voudrais souligner la qualité de la mise en page, de l'excellente couverture, certains éditeurs ne font pas du travail aussi bon.

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Mon vieux et moi

Publié le par Yv

Mon vieux et moi, Pierre Gagnon, Ed. Autrement, 2010

Le narrateur, un fonctionnaire québécois à la retraite décide d'adopter Léo, quatre-vingt-dix-neuf ans. Plutôt que de continuer à aller le voir dans sa maison de retraite, il le verra tous les jours sans faire la route.

Tout petit roman de 87 pages ; il se lit très vite. Pierre Gagnon ne fait l'impasse sur aucun des désagréments dus à l'arrivée de Léo. Mais si tout est dit sans fioriture, il n'est jamais trash, ni vulgaire ni cru. La rencontre entre Léo et son "adoptant" est belle, simple, mais confrontée aux absences de Léo, à ses dérèglements physiques et psychiques. Tous deux s'entendront bien et vivront presqu'un an dans une ambiance joyeuse et détendue. Entre eux naîtront respect et tendresse : "Sans grands discours, par des gestes et de simples intentions, cet homme m'enseigne comment vivre harmonieusement. Jamais il ne rechigne. [...] Tous les matins, il se lève avant moi et cueille le journal sur le perron. Il ne le lit pas. Il pèle son orange dessus. Je l'entends qui siffle. Une mélodie improvisée se faufile entre les dents restantes." (p.33)

Ensuite, après cette période paisible, viendront quelques moments plus difficiles : "Léo n'est plus le même. [...] Il a suffit d'une chute et il est devenu vieux, socialement vieux, avec les conséquences qui viennent avec. Comme lors d'une catastrophe naturelle, quelques secondes suffisent pour que l'amitié et le bonheur soient emportés." (p.41)

Un récit tout simple donc qui permet d'avoir une image beaucoup moins négative des vieux que celle souvent véhiculée dans les médias et dans les conversations. Pour ma part, Madame Yv travaillant avec les vieux, en maison de retraite, sans aller jusqu'à dire : "j'aime les vieux" qui est tout aussi ridicule que de dire : "je déteste les jeunes" parce que vous savez comme moi qu'il y a autant d'imbéciles chez les vieux que chez les jeunes -"Le temps ne fait rien à l'affaire, quand on est con, on est con. Qu'on ait vingt ans qu'on soit grand-père" comme disait Brassens- je trouve que notre société ne fait pas grand cas ni de nos très vieux ni des personnels qui s'occupent d'eux, souvent mal payés et mal vus des autres exerçant les mêmes professions, mais dans des domaines plus "porteurs".

Madame Yv -encore elle ! Mais c'est qu'elle prend de plus en plus de place sur mon blog ! Mon espace intime ! Ça c'est comme dans les étagères !- a lu et approuvé ce petit texte : elle le trouve très réaliste et très beau. Merci Madame Yv !

Pour revenir à Léo, prenez le temps de passer lui faire un petit bonjour en feuilletant Mon vieux et moi.

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Le film va faire un malheur

Publié le par Yv

Le film va faire un malheur, Georges Flipo, Ed. Castor astral, 2009
Alexis est un jeune réalisateur. Il rencontre Sammy, truand qui rêve qu'on tourne un film sur sa vie. S'imposant dans la vie d'Alexis, il l'entraîne sur une pente dangereuse. Alexis, pusillanime et velléitaire n'ose pas s'opposer, par définition, et laisse planer le doute quant à sa participation dans ce film, mettant en péril sa carrière et ses amours avec Clara.
Roman d'humour noir et grinçant. Bien écrit, avec une intrigue et des personnages  sortant de l'ordinaire : Alexis, arriviste et détestable et Sammy, truand sensible et au grand cœur. Aucun n'est tout blanc ou tout noir. Leur évolution n'est pas linéaire, des surprises les attendent à chaque chapitre, ou presque.
Néanmoins, malgré ses qualités, ce n'est pas le roman du siècle, celui qui reste longtemps en mémoire. Georges Flipo écrit sur les moeurs, us et coutumes sévissant dans la publicité et le cinéma. Je ne connais pas ces milieux -Flipo, lui les connait ! Il est publicitaire et nouvelliste pour la radio- si propices à des intrigues pas toujours reluisantes. Roman très fréquentable, distrayant et plaisant, et ce n'est déjà pas si mal !
J'avais lu de cet auteur son formidable recueil de nouvelles Qui comme Ulysse, beaucoup plus érudit, parlant de voyages et de personnes ordinaires, mais tellement bien décrites, d'où une certaine toute petite déception, mais ce n'est pas le même exercice dans les deux cas et ce roman vaut quand même qu'on s'y arrête un instant.

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Péril au fournil !

Publié le par Yv

Péril au fournil !, Céline Barré, Éd. de la Commune (auto-édition), 2016...,

Dans une France dirigée par un Président incapable, plus occupé de sa propre personne, de son bien-être voire de la satisfaction de tous ses désirs, Francis Ollanzi de son nom, qui prend des décisions qui fâchent, comme celle de regrouper des communes, Jocelyne Lamaseau boulangère de son état et habitante d'une de ces communes appelées à disparaître, se rebelle. Elle décide de mener une véritable révolution contre l'Élysée et compte bien sur le soutien de tous les habitants de Tresville-sur-Mer et des autres villes et villages de France bientôt disparus. Mais la révolution nationale passe aussi par des révolutions locales et personnelles, et c'est tout le village et chaque habitant qui se trouvent chamboulés.

Je vous ai dit tout le bien que je pensais du roman précédent de Céline Barré, Quel pétrin !, et combien il m'a plu grâce à la bonne humeur qu'il dégage et la galerie de personnages tous plus fous les uns que les autres. Bis repetita. On reprend les mêmes et on rebâtit une autre histoires, car et c'est un point positif, si les personnages et les lieux sont identiques, on peut lire ces deux romans indépendamment l'un de l'autre. Je vais passer très vite sur mes toutes petites réserves : quelques longueurs, des passages que je passe plus vite que d'autres car moins intéressants, pour vous parler de l'essentiel : le plaisir de retrouver la fine équipe de purs Français franchouillards. Ils sont excessifs, caricaturaux, se mettent dans des situations ubuesques, loufoques et c'est exactement pour cela qu'on les aime. Céline Barré l'est totalement -je ne crois pas que ce soit un pseudonyme, sinon, il est bien choisi... je pencherais plus vers l'aptonyme.

A propos d'aptonyme, l'auteure s'en sert beaucoup : Kevin Laverge, réalisateur de films porno, Jean-Michel Bowy, patron d'une boîte de nuit, ..., elle use aussi d'un procédé assez drôle qui est de calquer ses personnages secondaires et néanmoins célèbres sur certaines vraies célébrités : Francis Tatanne chanteur has-been, Patrick Truelle autre chanteur, Thierry Stan Koch (TSK) politique obsédé sexuel et ex-candidat à l'élection suprême... On reconnaît les vrais derrière leurs doubles du roman. Les situations dans lesquelles elle place ses personnages sont totalement improbables, décalées, et encore une fois, c'est cette exagération qui fonctionne : son roman est excessif et tant mieux. Même si parfois, on se dit qu'une révolte serait la bienvenue et que ses descriptions des hommes et femmes politiques ressemblent un peu sans doute à ceux qui nous gouvernent depuis des années. Tout est puisé dans la vie actuelle et passé au tamis de l'imagination et du délire de l'auteure. C'est une farce, féroce si l'on y cherche des points communs à la réalité.

Beaucoup d'humour dans ces pages, comme par exemple dans le "personnage" du GPS d'un car qui s'exprime ainsi : "Alors, grand fou, tu vas me prendre la première à droite sinon tu auras une fessée. Virage imminent ! Magne-toi Steve ! T'es un blaireau ou quoi ?" (p.198/199) Et Céline Barré de continuer ensuite avec l'étonnement de Jocelyne quant au langage de Tamara la voix du GPS.

J'ai passé un très bon moment à Tresville-sur-Mer, je ne doute pas qu'il en sera de même pour vous, il reste encore quelques jours de vacances, profitez-en.

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Le vieux qui lisait des romans d'amour

Publié le par Yv

Le vieux qui lisait des romans d'amour, Luis Sepulveda, Métailié, 1992
El Idilio est un village d'Amazonie dans lequel arrive un jour en pirogue, le cadavre d'un "gringo" blond. Le maire, surnommé "La Limace" accuse les Indiens (les "Shuars") de l'avoir tué. Heureusement pour eux, le vieil Antonio José Bolivar Proano affirme qu'il a été tué par un félin. Un peu plus tard, un second cadavre apparait tué de la même manière. S'ouvre alors une chasse au félin tueur, emmenée par La limace et le vieil Antonio. Entre temps, Antonio aura raconté sa jeunesse, son mariage avec Dolores Encarnacion del Santisimo Sacramento Estupinan Otavalo (ça en jette, un nom pareil !) et sa vie avec les Shuars.
Lorsque j'ai lu et chroniqué mon premier Sepulveda (L'ombre de ce que nous avons été), j'ai eu quelques remarques du style : "comment, tu n'as pas encore lu Le vieux qui lisait des romans d'amour ?" J'ai donc filé vite et droit vers la bibliothèque municipale et l'ai emprunté. Et je reconnais bien volontiers et humblement que j'étais passé à côté d'un très bon roman et d'un auteur intéressant avec une imagination fertile. Il crée des situations et des personnages attirants qui nous entraînent dans leur monde. Par moments, dans ce roman, je me suis cru au temps de Christophe Colomb, par d'autres revenus en des temps plus modernes. On ne sait plus trop à quelle époque on est et ce sentiment est étrangement très agréable. Sepulveda est un vrai raconteur d'histoires qui sait, en outre, placer adroitement des arguments bien sentis sur la démocratie, le respect de la nature et des animaux, la tolérance entre les peuples et l'acceptation des différences.

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Geluck se lâche

Publié le par Yv

Geluck se lâche, Philippe Geluck, Casterman, 2009

Sous-titré : "Textes et dessins impolis", ce livre porte bien son nom. Contrairement aux livres concernant le héros fétiche de l'auteur, Le Chat, cet ouvrage est plein de textes. Quelques dessins, pas toujours bien pensants voire franchement politiquement incorrects et tellement drôles. J'avoue un penchant -très honorable- très fort vers Geluck et son chat : j'ai tous les exemplaires dans ma bibliothèque et j'adore les rouvrir de temps en temps.

En lisant ce dernier livre, je ne suis pas vraiment surpris du ton général, parce que Le Chat est parfois méchant, parfois dérangeant et met le doigt là où ce n'est pas toujours bon de le mettre.

Dans Geluck se lâche, ce qui peut surprendre, c'est la succession des vacheries et autres méchancetés, mais que "c'est bon de rire parfois",comme disaient Les Nuls. Enchaînant anachronismes, détournements, réécritures de grands textes, métaphores, néologismes, horreurs, loufoqueries, "absurderies", extravagances, inventions, bizarreries, Geluck écrit des textes drôles, absurdes juste comme j'aime : "Mettons-nous quelques instants à la place d'un glaçon dans le congélateur (en n'oubliant pas d'enfiler un bon pull pour ne pas attraper froid, ah ! ah ! ah !). C'est quoi, la vie d'un glaçon ? Durant toute la gestation, c'est-à-dire depuis la conception (l'instant où le papa-robinet féconde la maman-moule-à-glaçons en la remplissant d'eau) jusqu'à la naissance (le moment où le volume d'eau froide devient glace), le glaçon aura sans doute vécu la plus belle partie de son existence."(p.51) Je vous conseille d'ailleurs la lecture de cette histoire absurdo-comique du glaçon jusqu'à sa fin : "Il [le glaçon] s'endort et se dilue, un peu pété, en voyant défiler toute sa vie, c'est-à-dire surtout de l'obscurité avant d'y plonger définitivement."

Dans d'autres textes, il aborde des thèmes plus actuels, tragiques et réels, mais toujours par l'angle de l'humour, par exemple lorsqu'il parle du traitement médiatique des morts plus ou moins important selon qu'ils sont riches ou pauvres, jeunes ou vieux, connus ou inconnus : "Mais tous les vieux qui sont morts depuis [la canicule], ça n'intéresse plus vraiment. Sauf s'ils étaient connus. Aaaaah, là, je ne dis pas ! Du vieux qui décède à Monaco ou à Rome, ça c'est intéressant ! Ça madame, ça se trouve tout en haut du classement. C'est de l'occidental, du très connu et du très vieux et ça mérite qu'on s'en gave. Mais de l'enfant esclave en Amérique du Sud ou en Asie de Sud-Est, ça vit et ça meurt sans que ça nous concerne vraiment. Le jeune bougnoule de là-bas ne fait pas le poids face au people bien gras d'ici. Que voulez-vous, c'est la loi des médias." (p.111)

Et puis, au milieu de toutes ses bétises, Geluck glisse un petit texte, une parabole racontée par un vieux Chinois, racontant qu'une année est comme un mur que l'on monte, même si l'on y met des fenêtres, on ne pourra plus le franchir pour revenir en arrière : on pourra éventuellement  regarder son passé, mais le plus important est de penser au prochain mur, celui que l'on commence le 1er janvier à 00h01 et qui nous permettra d'avancer.

Qu'on se le dise, Geluck a des talents multiples et n'est pas un gentil, un béni-oui-oui, un dessinateur mièvre !

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