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Recherche pour “coup de farce au vatican”

Coup de farce au Vatican

Publié le par Yv

Coup de farce au Vatican, Jim Amorcas, LTJ éditions, 2017...,

Un papillon, que dis-je, une horde de papillons, s'est installée au Vatican. Ces lépidoptères ont pour passion de dévorer les sous-vêtements du pape, ce qui n'est pas sans poser de problème. Le fameux professeur Florimond Tutu spécialiste des petits bestiaux en question est appelé à la rescousse. Il part avec femme et assistant, Couic, charcutier du village, à bord de la Citroën Rosalie, direction le Vatican, sans oublier quelques escales gourmandes et scientifiques pour chasser des papillons locaux aux mœurs parfois étonnantes.

Tranche 3 des aventures de Couic, nous sommes toujours dans le début des années 1930 et Couic, descendant à peine légitime d'une grande famille noble française est toujours charcutier à Ladignac sur Rondelle, un village de Corrèze. Et Jim Amorcas est toujours chtarbé, il dégaine les jeux de mots comme un cow-boy son arme et décrit des situations qui me font beaucoup rire : "Voyons professeur, ce n'est pas drôle, figurez-vous que pendant la dernière bénédiction urbi et orbi, le calbute de Sa Sainteté, rongé par ces maudites bestioles, s'est rompu et a chu sur ses chevilles sous sa soutane. Le Saint-Père a dû sautiller pour se dégager de la loque qu'était devenu le sous-vêtement. Heureusement l'évêque de Saint-Flour a pu discrètement alpaguer le linge avec sa crosse et la refiler en douce, par derrière à un enfant de chœur." Il y en a tant, même en si peu de pages que c'est cruel de choisir. Tout est prétexte à la rigolade et franchement, ça fait un bien fou. Couic devra de nouveau faire preuve de courage et de sang-froid pour sauver le pape d'une situation pas glorieuse et d'ambitions des méchants, car méchants il y a...

Ne boudez pas votre plaisir, suivez Couic, même la bibliographie est épatante. Couic a sa page facebook, et même sa chaîne Youtube pour écouter les livres.

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Bilan (suite)

Publié le par Yv

En ce début d'année, je ne voulais pas vous laisser sans idée de lectures, celles de l'an dernier qui sont passées tout près du coup de cœur, je ne sais même pas pourquoi elles n'ont pas eu cet honneur, c'est tellement subjectif.

Là encore, j'ai été obligé de faire un choix terrible, mais assez varié, ce qui représente bien mes goûts. Prêts ? c'est parti :

- Autoportrait, Edouard Levé (qui est resté longtemps sur ma table de chevet, pour y piquer des phrases)

- La revue Schnok (merci Pierre du conseil)

- Toute la série Infinity 8 (je mets le lien vers mon préféré, le tome 2, Retour vers le Führer)

- Lettres d'Ogura, Hubert Delahaye (et plus globalement les éditions L'Asiathèque qui m'ont fait découvrir la littérature asiatique)

- Le cave du Vatican, Etienne Liebig 

- Amoursky boulevard, Jacques Enaux

- La voix de Cabo, Catherine Baldisseri

- Toute la série des Tonton, Samuel Sutra (je mets le lien vers le numéro sept Les particules et les menteurs, mais lisez-les tous, (ré)édités chez Flamant noir c'est un pur délice)

- Vermines, Romain R. Martin (à nouveau chez Flamant noir, maison à découvrir si ce n'est déjà fait, voilà une bonne résolution de 2018)

- Point de lendemain, Vivant Denon

- Seules les femmes sont éternelles, Frédéric Lenormand

- Le goût des jeunes filles, Dany Laferrière (et toutes les rééditions de l'auteur chez Zulma)

- Schtilibem 41, Georges Arnaud 

Cette fois-ci, j'ai fini le bilan 2017, n'hésitez pas il y a des lectures excellentes là-dedans...

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Le dernier rêve de la raison

Publié le par Yv

Le dernier rêve de la raison, Dmitri Lipskerov, Agullo, traduit par Raphaëlle Pache (première parution en français, éditions du Revif, 2008).....

Un vieux Tatare, Ilya Ilyassov, vendeur de poisson dans un magasin d'alimentation se transforme un jour en silure.

Un capitaine de police, Volodia Sinitchkine, est affublé de deux grosses cuisses qui se frottent et s'échauffent, puis de manière incompréhensible se mettent à enfler jusqu'à atteindre des circonférences inédites.

Tous deux habitent ou travaillent dans une zone d'habitation pauvre dans laquelle un grand trou rempli d'eau sert de zone de pêche à deux amis, Mitrokhine dont la fille adolescente est très délurée et un peu droguée et Mykine, qui aiment boire, pêcher et se taper dessus. Au dessus de ce lac, des nuées de corbeaux attaquent tout ce qui ressemble à de la viande, animaux et hommes et fientent sur leurs agresseurs en guise de représailles. 

Voilà un résumé qui peut paraître foutraque, barré et encore, je reste volontairement sobre. Sobre, je ne sais pas si Dmitri Lipskerov l'est mais quelle imagination, quel délire. Lorsque l'on croit qu'il a atteint des sommets dans l'art de raconter des folies pures, il en rajoute encore une couche. Ce roman est surréaliste, surnaturel, onirique, grotesque, magique, je n'en ai pas vu passer les presque cinq cents pages !

C'est une pure folie qui se déguste et se dévore. J'ai pu y trouver un discours sur la tolérance, la différence, sur la mort, l'amour, la croyance en un au-delà ou pas et une certaine philosophie zen enseignée par un homme-arbre... Ce roman se lit a plusieurs niveaux, soit comme une simple farce -on passerait quand même à côté d'une grande partie-, soit comme un roman à messages -et on perd également l'autre grande partie- soit comme je l'ai fait, comme un mélange habile des deux. 

Dmitri Lipskerov, je le disais plus haut, est habile, il construit son roman avec différents narrateurs qui s'expriment par chapitres, un coup le capitaine de police, un coup le poissonnier devenu poisson, puis d'autres intervenants au fur et à mesure que l'histoire avance. Evidemment, tout se recoupe, et même si les liens sont faciles à faire, à chaque fois, le romancier surprend ses lecteurs par des inventions, des folies inimaginables pour tout esprit sain, pas celui de l'auteur... 

C'est un roman fou comme rarement j'en ai lu, d'une folie douce et parfois plus violente qui exacerbe les passions humaines, les pulsions mais aussi les bons sentiments. J'ai peur que mon article soit pâlot, je l'écris juste après ma lecture, et qu'il ne transmette que peu la joie et l'enthousiasme avec lequel j'ai dévoré ce livre. Laissez vous tenter par ce coup de cœur, laissez-vous embarquer dans ces histoires fantasques, magiques, cocasses, tragiques, comiques, grotesques, totalement barrées -j'accumule les adjectifs, parce qu'un seul est trop réducteur et j'ai même l'impression que ma liste est trop légère, en-dessous de la réalité, c'est dire le pied que j'ai pris et que vous allez prendre...

Diable, c'est une tuerie ce bouquin !

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Une petite douceur meurtrière

Publié le par Yv

Une petite douceur meurtrière, Nadine Monfils, Pocket, 2018.....

Un soir, Porguy roule sur quelque chose. Il s'arrête et ramasse un bras de femme. Arrivé dans son taudis qu'il partage avec Marcel, un rat, il décide de garder la main, coupe donc une partie du bras qu'il donne à grignoter à Marcel.

Elisabeth, femme au foyer, peu épanouie, ne vit que pour sa fille Nina, 14 ans. Un jour, celle-ci ne rentre pas de l'école et ne donne pas de nouvelle. Les policiers pensent à un enlèvement. Dan, le mari d'Elisabeth, qui passe ses moments dans les bras de Sarah se résout à rester avec Elisabeth jusqu'à ce que Nina revienne.

Puis une multitude d'événements bizarres survient dans la ville. Un mystérieux motard tout de noir vêtu semble être le lien entre eux.

Cette petite douceur meurtrière commence comme un bonbon bien sucré, mais bientôt, le coeur que l'on croit sucré devient amer, épicé voire indigeste. Si le bonbon l'est, ce n'est pas le cas de ce roman policier.qui m'a réjouit de bout en bout. Ça débute dans un joyeux bordel délirant : sitôt qu'un événement bizarre est décrit, un autre ubuesque le suit de près. C'est très drôle, décalé, on est entre Frédéric Dard et Arto Paasilinna. Puis, la farce, je le disais plus haut vire au tragique et au glauque, alors qu'on ne s'y attend pas forcément. C'est surprenant et excellent. La succession des événements apparemment sans lien ne s'arrête jamais et le lecteur de s'interroger sur le lien entre eux, sur leur(s) auteur(s). J'avoue humblement m'être bien fait balader par Nadine Monfils, jusqu'au bout. Avec bonheur, car en plus de surprendre par son intrigue, par ses nombreux personnages tous aussi loufoques et/ou barrés les uns que les autres, elle sait tenir son lectorat avec une écriture débridée, vive et une construction en courts  chapitres qui donne du rythme et qui permet de ne pas se perdre entre tous les intervenants puisqu'ils reviennent régulièrement et rapidement.

Deux cents pages qui passent à une vitesse folle, pfff un après-midi pluvieux et le tour est joué, pour un peu on n'a même pas vu qu'il faisait gris.

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L'outil et les papillons

Publié le par Yv

L'outil et les papillons, Dmitri Lipskerov, Agullo, 2019 (traduit par Raphaëlle Pache).....

Arseni Andréiévitch Iratov, architecte, homme d'affaires, ex-trafiquant de devises  se réveille un matin très surpris que son sexe ait disparu. Aucune intervention humaine, il dispose désormais d'un orifice pour ses fonctions physiologiques. Ça tombe très mal, car Véra, sa chère Vera aimerait bien un enfant de lui. 

Loin, très loin de Moscou, mais toujours en Russie, la jeune Alissa recueille un petit bonhomme, pas plus grand qu'un jouet mais qui vit. Il grandit très vite et devient bientôt un très beau jeune homme qui file sur Moscou, à la recherche d'Iratov.

Un autre homme, mystérieux, arrive aussi en ville et espionne Iratov.

Dmitri Lipskerov est l'auteur d'un roman paru chez Agullo, l'an dernier, classé dans mes Coups de coeur, Le dernier rêve de la raison. Il récidive avec ce dernier roman, absolument génial, foisonnant, explosif. Les trois histoires, plus toutes les intrigues secondaires, qui sont nombreuses, se rejoignent évidemment. Elles se mêlent, s’entremêlent, se croisent et convergent toutes vers Arseni Iratov, le personnage principal.

Dmitri Lipskerov joue avec les genres du roman, il y a un peu de fantastique, de la saga familiale totalement déjantée, déstructurée qui explose les codes, les cadres. Il s'amuse sans doute, nous distrait sûrement. C'est le style de bouquin qui bien que comptant presque 400 pages ne se lâche pas une seconde. On a l'impression que ça part dans tous les sens, de tous les coins de la Russie, qu'énormément de thèmes y sont abordés et tout cela est vrai, sauf que c'est diablement maîtrisé. On y parle donc de paternité, de féminité, de la pauvreté en Russie, de la manière dont certains riches s'enrichissent, de politique, de religion, de l'histoire du pays. Finement, l'auteur aborde ces questions, de manière romancée et forte avec l'air d'écrire une farce. 

Le texte est formidable, le travail de la traductrice Raphaëlle Pache également, le tout donnant un livre rare et franchement barré, original et fou, drôle et absurde. J'ai lu que Dmitri Lipskerov est considéré comme l'un des écrivains les plus marquants de la Russie actuelle, je le crois sans peine tant ce qu'il m'a montré sur les deux romans parus chez Agullo -très belle jeune maison qui fait un fameux travail de découverte- est remarquable.

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Le dernier amour du lieutenant Petrescu

Publié le par Yv

Le dernier amour du lieutenant Petrescu, Vladimir Lortchenkov, Ed. Agullo, 2016 (traduit par Raphaëlle Pache).....

La Moldavie, ce petit pays totalement méconnu, indépendant depuis 1991 est en plein bouleversement. Le SIS, le KGB local, dirigé par Constantin Tanase est persuadé qu'Oussama ben Laden se cache à Chisinau, la capitale. Il coupe les légumes dans le kiosque qui vend des chawarmas. Tanase apprend qu'un lieutenant de la police serait en cheville avec la section terroriste locale, le lieutenant Petrescu. Lorsque le chef du SIS apprend qu'en plus, le jeune lieutenant a pour maîtresse Natalya, la jeune femme qui vient de le laisser tomber, il monte une opération abracadabrantesque pour tenter de se défaire de l'un et de retrouver l'autre.

Si vous ne connaissez pas encore Vladimir Lortchenkov, c'est un tort, vous n'êtes pas encore tombés sous le charme totalement déjanté de Des mille et une façons de quitter la Moldavie. Déjanté de nouveau, totalement décalé, fou, barré, barjot, cinglé, ce roman est l'œuvre d'un mec qui ne peut être lui-même que totalement dévasté. Je n'aimerais pas être dans sa tête... encore que si, à l'occasion, ça doit être un grand moment de délire...

Mais revenons à ce roman qui part dans tous les sens pour le plus grand bonheur des lecteurs. Il faut dire que les services secrets moldaves sont mal partis avec une telle bande de bras cassés. Ils ne sont pas formés, ont, pour les plus anciens les réflexes du KGB. Ils sont sous-payés, alcooliques, fainéants et lorgnent avec envie sur la place de leur supérieur hiérarchique qui, s'il disparaissait inopinément, la leur laisserait. Tout n'est que complot et complot dans le complot, bidouillages, rapports bidons, implications d'autrui si elle sert son propre avancement, ... Seul Petrescu, flic, pas espion, paraît honnête et travailleur.

Le ton du bouquin est à l'humour, l'ironie, la moquerie, la raillerie. C'est très drôle, j'ai ri souvent, Vladimir Lortchenkov ne reculant devant rien pour un bon mot, une blague. Dans le même temps, il assène quelque vacherie, toujours avec légèreté :

"Mais si tu as besoin de justice, va faire ton stage au comité des Droits de l'homme.

- Il y en a un chez nous ?

- Naturellement. Les Américains en ont ouvert un, il y a deux ans.Et juste après, ils ont fermé le bureau de la CIA en Moldavie.

- Comment ça se fait ?

- Ben, pourquoi ils auraient gardé deux organisations identiques dans un même pays ?" (p.126/127)

La farce est grosse et c'est cette grosseur qui la rend irrésistible. Vladimir Lortchenkov est en train, livre après livre, de dresser un portrait peu flatteur de son pays, mais finalement assez sympathique, on a plus l'impression d'être en Syldavie que dans un pays réel. Moi, franchement, si tous les Moldaves sont comme les décrit le romancier, je veux bien aller y faire un tour.

Question, objet, le livre est de qualité de la couverture à l'intérieur, ainsi les toutes jeunes éditions Agullo m'ont déjà habitué. La traduction n'a pas dû être aisée, mais je soupçonne Raphaëlle Pache d'avoir pas mal ri dans son travail, certains livres semblent plus agréables à traduire que d'autres.

Excellent, excellent...

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Plus puissants que les dieux

Publié le par Yv

Plus puissants que les dieux, Hugo Buan, Palémon, 2019.....

Un sarcophage en béton est repêché au pied du barrage de la Rance avec, à l'intérieur, le corps d'un homme, enfin, un cadavre saponifié, en position fœtale, ce qui laisse perplexes tous les spécialistes. La procureure Sylviane Guérin qui ne porte pas le commissaire Lucien Workan dans son coeur, lui confie l'enquête, mettant en doute ses capacités à la résoudre, d'autant plus que son équipe de bras cassés, le capitaine Frédéric Lerouyer et les lieutenants Laurent Roberto et Leila Mahir ne sont pas tellement plus appréciés par la magistrate. 

Pour son aventure précédente, Lucien Workan pèlerinait en Bretagne avec la lieutenante Mahir, également sa compagne : Requiem pour l'Ankou. Le voici revenu à une enquête plus classique si tant est que l'on puisse parler de classicisme avec cette équipe de flics assez étonnante, originale et totalement imprévisible. Il est difficile de dire si le commissaire Workan est particulièrement mauvais, bien ou mal entouré ou tout simplement génial, du genre qui cache son jeu avant le détail qui fera naître sa fulgurance et la résolution de l'énigme à lui proposée. Sans doute sont-ils, lui et sa lieutenante préférée, un mélange de tout cela, même si Leila Mahir semble moins obtuse, beaucoup plus apte à dénicher les fameux détails qui serviront à son chef, à creuser les interrogatoires. 

Hugo Buan imbrique deux récits dans ce polar. D'abord celui d'un vieil homme écrivant ses mémoires et qui raconte par le menu la construction du barrage dans les années 60, la vie des ouvriers et petit à petit sa vie personnelle qui dérive vers le jeu et sans doute des choses pas très catholiques à raconter -mais je laisse le suspense. Cette partie est sobre, documentée, et assez sérieuse. Puis, il y a la partie de l'enquête de Workan, totalement barrée. Une comédie policière, que dis-je une farce policière qui fait mouche à chaque répartie, ultra dialoguée, de vraies joutes verbales qui m'ont fait beaucoup rire, que j'ai partagées aux membres de la famille présents dans la pièce et qui veulent maintenant les lire. Par exemple et entre multiples autres :

"Ils se tassèrent dans la minuscule entrée, encombrée d'un porte-parapluies en fer forgé au récipient en porcelaine, d'un perroquet chargé de vêtements et d'une tête de taureau ou de génisse empaillée, accrochée au mur. Le regard bovin qui le dévisageait d'une façon ostentatoire agaçait Workan. La vieille s'en aperçut.

- C'est notre fils...

- Il a beaucoup changé, dit Lucien

- Non, c'est notre fils qui nous l'a offert... Il est mort

- Ça se voit, poursuivit Workan

- Non, pas le taureau, notre fils. Il travaillait dans un abattoir, il est mort la veille de son départ en retraite... je vous dis pas, un accident bête..." (p.147)

Et le dialogue de continuer sur les mêmes tempo et quiproquos, comme quasiment chacun d'eux tout au long du roman. Dire que je me suis régalé est un euphémisme. J'ai dévoré ce tome 11 de la série avec Workan et je ne peux qu'en conseiller très très fortement la lecture réjouissante et anti-stress-déprime-coup-de-mou-et tout-ce-qui-ne-va-pas...

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Haut et court

Publié le par Yv

Haut et court, Philippe Cohen-Grillet, Le Dilettante, 2012

Fait divers de septembre 2007 dans le Nord-Pas-de-Calais : une famille, le père la mère, la cinquantaine, la fille et le fils, la trentaine, sont retrouvés pendus à la poutre du salon de leur maison. Aucune explication. S'emparant de ce fait divers comme base de départ de son livre, Philippe Cohen-Grillet fait ensuite parler le fils, mort. Il raconte depuis son état de suicidé comment ils en sont arrivés là, comment la gendarmerie piétine sur l'enquête et la vie difficile de chaque membre de la famille et des gens de cette région en général.

C'est un roman qui commence très fort : "Ce jour-là, en début de soirée, un peu avant l'heure de l'apéritif que nous ne prenons jamais, papa nous a réunis dans la salle à manger et a déclaré : "Aujourd'hui, plutôt que de passer à table, on va se passer la corde au cou."

Sur le coup, j'ai un peu regretté. Non pas que je n'avais plus envie de me foutre en l'air. J'en avais autant envie que d'habitude, ni plus ni moins. Mais on était mercredi. Et le mercredi, c'est le jour où maman nous prépare des tomates farcies." (p.11) Suivent des pages sur la difficulté de coordonner les gestes (c'est presque de la danse, de la natation synchronisée ! La beauté du geste en plus, quoi !), de faire les nœuds aux cordes : pas facile lorsqu'on n'a plus d'encre dans l'imprimante et qu'on ne peut donc pas visualiser les différents tours et détours de la corde pour parvenir à un nœud fin et efficace ! C'est donc un roman qui débute par des pages drôles, désopilantes, déroutantes, d'un humour noir, décapant. Philippe Cohen-Grillet ne se donne pas de limite : tout est prétexte à faire un bon mot ou à décrire une situation de manière comique. Je n'irais pas jusqu'à dire qu'il tuerait père et mère pour un bon mot, ce serait ici, dans le contexte de son livre, une tautologie (pas une totologie, hein, attention, même si c'est une histoire drôle). Ça peut être dérangeant, ce qui, je ne vous le cache pas, rajoute à mes yeux, un petit plus : encore plus de plaisir à sourire voire rire.

En ouvrant ce bouquin, le lecteur se trouve dans la tête du fils, suicidé. Et il raconte sa famille, entre une mère fragile, un père en préretraite (licencié en fait aux alentours de 50 ans), une sœur qui voit ses heures de travail se réduire au fil des semaines, et lui-même magasinier dans une grande surface locale. Tout cela dans une région sinistrée : pas de travail ou tellement peu. Cette famille est totalement centrée sur elle-même. Pas de relation hors celles avec les collègues. C'est d'une tristesse sociale et culturelle à pleurer. Grâce à ces gens, l'auteur va dresser le portrait d'une société qui va mal, et son humour du départ devient un humour du désespoir, une farce macabre.

""Là-bas", ici, chez nous, on enfante tôt. Parce que l'horloge biologique tourne, certes. Mais aussi parce que toutes les postadolescentes poussent des landaus, par crainte d'être sinon considérées comme des "putes". Et aussi, parce que "les allocs", c'est quand même pas fait pour les chiens. Ça s'appelle "l'argent braguette". [...] J'exagérais sans doute. Mais même en noircissant le tableau de la sorte, je ne parvenais pas à me consoler de n'avoir pas "fait", moi aussi, un enfant." (p.124/125)

Il écrit quelques pages bien senties sur la grande distribution "Super-hard-discount" et ses méthodes d'encadrement, de brimades voire d'intimidations. Quelques autres sur la justice qui peut détruire des vies et puis s'en laver les mains. Un constat sévère et sans doute juste, plus qu'une dénonciation. Malgré leur isolement familial, le fils va rencontrer des gens très différents de lui, personnages secondaires bien décrits et présents.

Sans être exempt de quelques -toutes petites- longueurs, ce roman est de qualité. Bien écrit et maîtrisé, il alterne les moments durs avec d'autres pas forcément moins difficiles, mais traités plus humoristiquement, avec un détachement qui permet qu'on en rie. Et puis d'autres passages sont plus légers :

"Parfois, le dimanche matin, elle [la mère] suivait la retransmission télévisée de la messe sur le service public. "Alors, ça bigotte ?" la charriait gentiment ma sœur. " Je regarde parce que c'est tourné dans une église différente chaque semaine", se justifiait maman. " Ah bon, si c'est du tourisme ecclésiastique, c'est pas pareil..." Pince-sans-rire sœurette, comme toujours. Maman ne pratiquait pas, c'est vrai. Et alors ? On peut suivre les étapes du Tour de France sans savoir monter à bicyclette." (p.234)

Je  n'ai pas ri à gorge déployée, mais j'ai souvent et longtemps souri. J'ai été parfois gêné par ce que décrit P. Cohen-Grillet, la misère sociale, familiale, culturelle ou pécuniaire voire même toutes ensemble. Non pas que je sois d'une classe sociale supérieure (c'est d'ailleurs sans doute à cette identification possible qu'est due cette gêne), mais tant de solitude et de misères ne met pas à l'aise. Un livre qui fait sourire voire rire, et qui à certains endroits peut gêner, que demander de plus à la littérature ? Un premier roman de la rentrée à découvrir sans aucun doute.

 

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Le cave du Vatican

Publié le par Yv

Le cave du Vatican, Etienne Liebig, La Musardine, 2017.....

Lorna Wajda est flic à Paris. Elle affiche de très bons résultats dans son travail n'hésitant pas à donner de son corps pour obtenir des renseignements. Lorsque son nouveau chef lui apprend qu'elle doit aller enquêter au Vatican où le corps d'un ressortissant français bien connu des services de police et de Lorna vient d'être retrouvé, elle se fait une joie d'aller dans la ville de l'amour. Mais le commissaire lui adjoint Pierre-Paul Glossu, un collègue lourdingue, ce qui freine un peu son entrain.

Etienne Liebig  est un auteur dont je n'ai pas soupé -désolé, il fallait que je la fasse sinon, elle m'aurait pollué toute la rédaction de ma recension- et dont j'ai déjà lu et commenté Les contes de mémé lubrique eux-mêmes parus à La musardine. Après le conte, le voici dans le polar et le moins que je puisse dire c'est que ça lui réussit bien. Alors, évidemment, la première référence qui vienne en tête, c'est San-Antonio. J'imagine que c'est assumé, mais de toutes façons Frédéric Dard a tellement marqué le genre qu'à chaque fois qu'un romancier voudra écrire un polar avec de l'argot, des personnages hauts en couleurs et du sexe, il en passera sûrement par là. Maintenant qu'elle est évacuée, passons au roman lui-même. Lorna est belle, intelligente efficace et pas avare de ses charmes, mais bon, pas avec n'importe qui quand même... quoique... Imaginez-la au Vatican dans ce lieu où les femmes ne sont pas les plus représentées, très portée sur la chose surtout lorsqu'elle rencontre des hommes auxquels cette chose est normalement interdite. Ah, l'interdit ! Que ne ferait un ecclésiastique -ou un autre- pour le braver, surtout lorsqu'il prend la jolie tournure et les jolies cambrures de Lorna ! Elle va mettre le feu aux caleçons des prêtres et au sein de la cité papale. Adjoignez-lui un flic un peu bas de plafond, mais opiniâtre et finalement moins con qu'il n'y paraît et le pape lui-même devra faire une apparition contrainte -et chaste- dans cette histoire.

Un pur bonheur que de lire les aventures de Lorna et Pierre-Paul. Drôles, enlevées, peu vêtues -mais je rassure les plus puritains d'entre vous, enfin ceux qui n'ont pas encore fui ce blog, il n'y en a pas à toutes les pages, l'enquête prime. Dialogues savoureux -merci Lorna de traduire Glossu, difficile de saisir son sabir-, enquête flirtant avec le mystique -je ne suis pas fan de ce genre, mais si c'est Lorna, je veux bien- menée jusqu'au bout de main de maîtresse si je puis m'exprimer ainsi, scènes chaudes, ... Comment ? Vous voudriez passer à côté ? Mais pourquoi diable ? Etienne Liebig m'a même redonné l'envie de relire San-Antonio.

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