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Hound dog a fait un rêve

Publié le par Yv

Hound dog a fait un rêve, Marc Villard, Éd. Invenit et musée des confluences, 2016.....

États-Unis, pendant la fameuse conquête de l'ouest, Hound dog est un jeune Indien Ojibwa qui participe à une attaque contre un convoi de blancs. Il refuse d'achever une jeune fille rousse prénommée Maggie et la ramène dans le camp. Après le rite de passage à l'âge adulte, devenu, Eagle Man, il épouse Maggie devenue Red Hair Woman qui lui offrira un sac de guerrier garnis de perles qu'elle aura elle-même confectionné. Un sac identique se retrouve en 2001 dans les mains d'une avocate pour assurer la défense de John Moon, d'origine indienne, accusé à tort de meurtre.

Ce sac offert par Red Hair Woman est la base du roman de Marc Villard, car les éditions Invenit et le musée des confluences de Lyon s'associent en demandant à des auteurs d'écrire un texte en rapport avec une œuvre exposée. Marc Villard a choisi ce sac Ojibwa datant de la fin du 19ème siècle ; six autres livres ont déjà été publiés dans cette collection, Récits d'objets.

Comme toujours Marc Villard excelle dans le court roman : il écrit une histoire complète avec des personnages bien décrits et profonds sans avoir besoin d'en faire 500 pages, mais si un jour, il écrit un pavé je le prendrais volontiers, histoire de voir ce qu'il peut ajouter. Il va au plus direct, et l'on est tout de suite dans cette tribu Ojibwa avec ses rites, ses traditions que l'on devine plus qu'on ne les lit (toujours faire confiance au lecteur).

Puis on fait un grand saut jusqu'en 2001 et John Moon accusé d'un meurtre qu'il n'a pas commis. Là encore, on comprend assez vite la situation et les personnages, ce qui les amène à agir pas toujours lucidement.

Je ne connaissais pas les éditions Invenit qui ont fait de ce petit livre un bel objet, le sac est représenté sur le rabat de la première et toutes les informations sur icelui, sur l'auteur, sur la collection Récits d'objets sont dans les pages suivantes ou sur le rabat de quatrième de couverture. Par contre, j'ai eu l'occasion cet été de visiter le musée des confluences, grâce à mon ami lyonnais Éric (qui débredine à l'occasion, voyez son blog). Nous -Madame Yv et moi-même- avons passé un après-midi entier dans ce bâtiment moderne et beau, placé tout pile à la confluence -vous voyez le lien avec le nom...?- de la Saône et du Rhône, les deux fleuve et rivière qui passent à Lyon. Très bel endroit, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur, et belles collections.

Mais revenons à ce court roman écrit par un auteur que j'aime beaucoup à partir d'une belle idée et co-édité par un musée que j'ai apprécié, comment aurais-je pu l'éviter ? Et en plus, il est excellent...

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La Toubabesse

Publié le par Yv

La Toubabesse, Louis-Ferdinand Despreez, La Différence, 2016.....

Esther, sud-africaine, blanche et prostituée par fainéantise et nécessité, est une jeune femme sublime dont tous les hommes rêvent. Elle, fait son travail consciencieusement et, de relation en relation, elle va s'exiler dans une ville du bord de mer et devenir la maîtresse puis la femme du Président à vie d'un pays d'Afrique. Esther, pas très finaude et surtout pas très au fait des questions de politique, de détournements des fonds, de versements de pots-de-vins et de toutes les magouilles politico-financières va vouloir se mêler des affaires d'état, jouant de ses charmes.

Louis-Ferdinand Despreez est le pseudonyme d'un romancier sud-africain, engagé auprès de Nelson Mandela, qui a été aussi conseiller auprès de chefs d'état africains. c'est dire s'il connaît et maîtrise son sujet. Il écrit en français qui n'est pas sa langue natale, et c'est un vrai bonheur que de lire sa prose absolument truculente, haute en couleur, remuante et métissée. Difficile de ne pas voir dans le choix de son pseudonyme un hommage à l'autre Louis-Ferdinand de la littérature française, Céline.

Bien sûr, le parcours d'Esther est intéressant. Bien sûr les allusions à peine voilées à la Françafrique, et aux arrangements de tous les Occidentaux avec les potentats africains qui font souffrir leurs peuples mais qui laissent aux blancs, les toubabs, la jouissance de pas mal de matières premières et qui s'enrichissent en détournant l'argent censé servir aux habitants, aux magouilles qui n'ont rien à envier à celles des politiques de chez nous, tout cela est présent dans ce livre, puisque l'auteur le connaît bien qui l'a vécu de près ; il le dit d'ailleurs : "Pourtant, j'ai longtemps marché dans les clous, dit ce qu'il fallait comme il fallait quand il fallait, appelé un sourd un malentendant, dit un Black plutôt qu'un Noir, fait le tolérant compréhensif éclairé et aimable en tous lieux en respectant les innombrables encycliques de la pensée correcte. J'ai même feint d'accepter le Ramadan arriéré des uns, les mezouza superstitieuses des autres et les prétendues bénédictions Urbi et Orbi du grand chef de ceux qui ont tenté de m'élever !" (p.11) Oui, tout cela est présent, mais le plus grand bonheur de ce roman en est sa langue, un argot mâtiné d'expressions africaines, de vocabulaire vernaculaire que les sept pages finales recensent : "Blanc-raté : métis ; Bilongoter : jeter un sort ; Banyamulengué : étranger africain qui s'immisce dans la vie publique ; Tais-toi : billet de 10 000 CFA..."

LF Despreez est impertinent, insolent et ne respecte plus rien, il se lâche totalement. Il dit tout avec une fraîcheur de ton... j'allais dire rafraîchissante, mais j'ai craint le pléonasme. Et tout passe, l'histoire de Bokassa, des Chinois qui financent l'Afrique "à taux zéro en échange d'une indulgence au rayon des droits de l'homme des Nations Unies" (p.28).

Ce roman est pour moi un hommage à toutes ces femmes qui tentent de faire des choses pour le bien de leurs concitoyens, qui ne cherchent pas à s'enrichir et n'ont rien à faire des signes extérieurs de bien portance et de richesse. Esther est maladroite, veut aller trop vite, mais elle ne voit pas son intérêt seul. Pour finir, je citerai la fin de la quatrième de couverture qui devrait faire fléchir les derniers indécis (ne retenez que les adjectifs, vous verrez, vous ne pourrez que céder) :

"Dans une langue "de malpoli", sorte de pidgin franco-africain exubérant et imagé, Louis-Ferdinand Despreez brosse le tableau très incorrect d'une Afrique excessive en tout, indocile et braillarde. Un roman cruel, grinçant et terriblement réjouissant."

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Le dentier du maréchal, madame Volotinen et autres curiosités

Publié le par Yv

Le dentier du maréchal, madame Volotinen et autres curiosités, Arto Paasilinna, Denoël, 2016 (traduit par Anne Colin du Terrail)...

Volomari Volotinen naît en 1942 dans un village de Finlande. A vingt ans, il travaille déjà pour une compagnie d'assurances et il rencontre Laura le double de son âge dont il tombe amoureux. Il l'épouse et tous les deux se vouent à leur passion des antiquités, profitant de chaque voyage, vacances ou déplacement professionnel de Volomari qui monte dans la hiérarchie de la compagnie d'assurance, pour chiner des objets bizarres, saugrenus, improbables. La vie de Volomari se partage entre cette première passion et la seconde, son épouse qu'il défend âprement lorsqu'on l'attaque sur son âge.

Ce qu'il y a de bien avec les romans d'Arto Paasilinna c'est qu'outre des titres souvent longs et tarabiscotés, le contenu est fou et barré. Encore une fois ce roman écrit en 1994 débute avec pas mal de sourires, même lorsque les héros sont malheureux ou qu'ils traversent des périodes difficiles, parce que le romancier se décale et d'un coup tout devient risible et futile, même l'abandon de Laura, jeune épouse d'un premier mari escroc qui la laisse sur un quai de gare ou la rencontre de Laura et Volomari autour d'un trio de dentiers...

Construit en courts chapitres qui se lisent presque plus comme des nouvelles, ce roman est plaisant et finalement... un peu vain. Car, amateur des vrais grands romans de Paasilinna (Petits suicides entre amis, Le lièvrem> de Vatanen, La douce empoisonneuse ou encore Le bestial serviteur du pasteur Huuskonen, ...), je n'y retrouve pas le sel et la folie totale de l'auteur en même temps que l'ancrage dans la société finlandaise, qui est dans Le dentier du maréchal, moins présent, plus anecdotique. J'avais déjà été un peu déçu avec le précédent roman paru de l'auteur, Moi Surunen, libérateur des peuples opprimés, un peu comme si le filon Paasilinna était épuisé avec les romans traduits en français (toujours excellemment par Anne Colin du Terrail) et que l'on piochait maintenant dans ses autres écrits, moins bons, moins percutants (à peine la moitié a été traduite) pour entretenir la flamme des amateurs de l'auteur finlandais. Ce dernier roman traduit est un peu décousu, un peu long et chaque personnage vit seul, il n'y a que peu d'interactions entre tous les protagonistes comme sait si bien le faire habituellement Paasilinna, c'est aussi ce qui me plaît chez lui et me déplaît dans le cas présent. Là, on lit un inventaire des trésors découverts par Volomari et des quelques relations qu'il entretient avec autrui, Laura est en second rôle, effacée. Néanmoins, Le dentier du maréchal, madame Volotinen et autres curiosités fonctionne grâce au savoir-faire et au talent de l'écrivain, talent qu'il ne force pas trop présentement.

Une petite déception pour moi, même si toute proportion gardée, une légère déception sur un Paasilinna vaut souvent mieux que bon nombre de romans qui sortent tous les ans.

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La lettre et le peigne

Publié le par Yv

La lettre et le peigne, Nils Barellon, Jigal polar, 2016.....

Avril 1945, Berlin est bombardée par les Alliés. Anna trouve à se réfugier dans une cave avec d'autres personnes. Mais bientôt, les Russes, libérateurs de la ville parviennent à entrer dans l'abri, choisissent quatre femmes et les violent. Huit ans plus tard, Anna confie à son cousin une lettre qu'elle lui demande de remettre à son fils Josef si un jour il la lui demande.

Septembre 2012, dans un musée de Berlin, un peigne célèbre, en ivoire est volé, le capitaine Anke Hoffer enquête. Même époque, Jacob Schmidt est violemment agressé par deux hommes cagoulés. Choqué, pas vraiment pris au sérieux par la police, il décide de mener son enquête et de retrouver la lettre dont son père Josef lui a parlé il y a longtemps.

Jimmy Gallier, l'éditeur, a l'habitude de trouver des auteurs très différents et tous très talentueux, presque tous Français preuve que le polar est bien ancré chez nous et que nous avons de très bons écrivains qui n'ont rien à envier aux auteurs de romans policiers étrangers. Cette fois-ci, l'auteur est lyonnais, mais son intrigue se déroule pour très grande partie en Allemagne. A coups de retours en arrière, entre les années d'après-guerre, puis celles qui ont suivi la chute du mur de Berlin et 2012, il bâtit une histoire aux racines profondes et historiques. Ce n'est pas un énième roman qui place son intrigue dans la guerre, non, icelle n'en est que le terreau dans lequel elle poussera pour n'éclore qu'en 2012. Disons sans rien dévoiler que la théorie nazie en est la base : "Anke avait stocké toutes les infos collectées dans un dossier et, quand elle éteignit son portable vers deux heures du matin, il affichait deux cents mégaoctets de données. Cependant, si elle avait eu à le résumer, elle aurait dit ceci : il y avait une montée de la pensée nazie qui, si elle n'avait jamais disparu, semblait se structurer sur la dernière décennie. Et ce, à l'échelle mondiale." (p.37) Et force est de constater que Nils Barrellon a raison, la théorie nazie resurgit et se structure depuis quelques années. L'un des deux plus grands totalitarismes de l'histoire -avec le stalinisme- qui a quand même conduit à un génocide et à une barbarie sans nom a encore des adeptes partout dans le monde... c'est totalement inimaginable.

J'ai adoré cette histoire et la façon de la raconter, par petits chapitres revenant parfois sur un même événement mais vu par un personnage différent et donc raconté différemment. J'ai aimé également ces allers-retours dans le passé qui expliquent la personnalité de chacun, qui permettent au lecteur de comprendre ce qu'est l'héritage des non-dits familiaux et comment ils influencent la vie. Plus globalement, l'enquête est passionnante, et si l'on voit se profiler une théorie folle un peu avant la fin, celle-ci réserve quand même une belle surprise. De manière générale, ce polar est un très belle surprise. Vif, palpitant sans faire l'impasse sur la construction psychologique des personnages, il se lit sans temps mort, avec avidité.

Une très belle réussite, efficace et percutante.

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Petit Chat et la neige

Publié le par Yv

Petit Chat et la neige, Joel Franz Rosell, Constanze Von Kitzing, Éd. HongFei, 2016.....

La maman de Petit Chat lui demande de sortir jouer dehors avec son amie Petite Lapine. Il neige. Petit Chat est tout noir et très visible. Petite Lapine est blanche et se cache donc facilement.

Petit Chat est une série qui compte déjà deux numéros, Petit Chat et le ballon et Petit Chat et les vacances, à offrir dès trois ans. Dans Petit Chat et la neige, il est question de différence de couleur et comment cette différence n'est qu'une apparence vite gommée par les circonstances. Autant vous dire qu'il est donc urgent de se procurer ce livre pour parler aux petits de ce qui n'est qu'une caractéristique particulière propre à chaque être humain et non pas une preuve d'un certain classement de la hiérarchie humaine. Bon, peut-être le dire avec des mots plus simples... d'où l'intérêt du livre que l'on peut aussi lire très innocemment, juste pour l'histoire de deux enfants qui aiment jouer ensemble.

Je le disais il y a peu de temps (hier, pour les moins fidèles d'entre vous), je n'ai pas l'habitude de parler de littérature enfantine, mais octobre de cette année est un mois pendant lequel une charmante petite fille de trois ans vient à la maison, ça me paraissait donc tout indiqué pour parler de ce qui l'intéresse.

Joel Franz Rosell écrit les textes. Il est inspiré par ses voyages et par les autres. Cubain qui a vécu dans divers pays, il vit désormais à Paris.

Constanze von Kitzing est illustratrice. Ses dessins sont épurés, simples et vraiment très beaux.

Pour plus de précision et pour combler votre légitime curiosité, je vous invite à visiter le site de l'éditeur, HongFei Culutures.

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Kalenda

Publié le par Yv

Kalenda, voyage musical dans le monde créole, Zaf Zapha, Laura Guéry, Caroline Chotard, Tout s'métisse, LaCaza Musique, 2016.....

La Kalenda est une danse d'Haïti et plus largement dans le monde créole. A travers 16 chansons, ce livre-CD permet une découverte de la musique, des instruments, des animaux, des traditions et des différents pays du monde créole. S'instruire en musique, tel est l'idée de cla série de livres-CD et de celui-ci particulièrement.

Zaf Zapha est auteur-compositeur qui a collaboré avec des grands noms de la chanson française (Higelin, Tryo, Bob Sinclar, Lavilliers, Brigitte Fontaine, ...). Laura Guery est illustratrice. Caroline Chotard a écrit les textes.

Je ne parle pas souvent de livres jeunesse dans ce blog, ce qui est sûrement un tort, mais mes enfants sont grands... ahla la, on vieillit... Mais ce mois d'octobre est aussi l'occasion d'accueillir une petite fille de trois ans à la maison, alors, même si ce livre est conseillé à partir de 5 ans, je n'ai pas résisté, sachant qu'elle aime beaucoup la musique et notamment celle-ci qui fait danser inévitablement -enfin, elle, pas moi qui ressemble plutôt à un bout de bois, même (qui a dit surtout ?) sur une piste de danse. La musique, elle adore. Le texte à l'intérieur est encore un peu dur d'accès, mais on le lui lit et lui montre les illustrations, ce qui lui plaît bien, preuve s'il en était besoin que ce livre est fait pour les enfants. Et nous les plus grands, on peut écouter le CD sans s'arracher les cheveux, la musique est entraînante, agréable et les chants d'enfants itou. Bon, je n'écouterai pas cela à longueur de journée, mais la demoiselle si...

Belle initiative de l'association Tout s'métisse qui a déjà plusieurs livres de ce genre à son actif : Yemaya pour l'Amérique latine, Dalaka pour l'Afrique de l'ouest, Dounia pour le Maghreb, Nola pour la Nouvelle-Orléans... Faites votre choix, vous pouvez écouter des extraits sur le site de Tout s'métisse. Très beau livre. Une belle occasion de cadeau, ou simplement le plaisir de partager et d'échanger autour des différentes cultures, dès le plus jeune âge, ce qui, de nos jours, est plus qu'important, nécessaire, que dis-je, primordial.

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Les pouvoirs du chat noir

Publié le par Yv

Les pouvoirs du chat noir et autres vertus animales, Anne Marie Lauras, Gilles Macagno, Delachaux et Niestlé, 2016....

Partout dans le monde, les animaux sont associés à des croyances, des vertus ou des peurs. Savez-vous que manger des toiles d'araignée permet de lutter contre les rhumatismes ? Que si une souris couine près d'un malade, il ne faut pas espérer en sa guérison ? Que des vers de terre réduits en cendres et appliqués sur une molaire gâtée aide à la faire sortir sans douleur ni instruments de dentiste ? Tiens, j'en parlerai au mien...

Précisons tout de suite que ce petit livre fait partie de la collection L'humour est dans le pré qui a déjà dans ses rangs des titres aussi sérieux et évocateurs que : Faut pas pousser mémé dans les orties, La fourmi cro-onde, Safari dans la bouse, La vie rêvée des morpions ou encore Le sex-appeal du crocodile. C'est drôle, très drôle et en plus Anne Marie Lauras écrit avec légèreté et beaucoup d'élégance et en énumérant les croyances et recettes de cuisine pour soigner les maladies ou éloigner les maux, elle se permet quelques remarques humoristiques, des décalages et de la bonne humeur. Les dessins de Gilles Macagno ne sont pas en reste, les hommes comme les animaux souvent perdus et perturbés par ce que le texte suggère... Tous les animaux y passent du plus domestique au plus imprévisible : chat, chien, ver de terre, blaireau, crapaud, vipère, ... A propos de cette dernière, AM Lauras parle de cette pratique qui consiste à insérer une vipère vivante dans une bouteille qu'on remplit ensuite d'eau-de-vie (chez moi on appelle cela de la vipérine) et qui soigne divers maux et rend irrésistible : chouette, j'en ai bu, il y a longtemps certes, mais quand même, je savais que j'avais kekchose en plus... J'ai aussi bu dans le même genre de la crapaudine, j'espère que ça n'altère pas les effets de la vipérine...

Mais pas de long discours, un extrait :

"Si vos qualités naturelles ne suffisent pas à vous faire aimer de l'élu-e de votre cœur, il existe un truc : pourfendez par le milieu du corps un rat mâle vivant, prélevez les rognons que vous porterez une journée entière sous l'aisselle gauche ; après ces vingt-quatre heures de grand confort, faites-les sécher sur une pelle (je n'ai pas d'explication quant au pourquoi de la pelle) ; réduisez-les en poudre, et faites-les prendre à la personne aimée avec du tabac." (p.27)

Vous trouverez aussi comment et pourquoi manger des crottes de chien, à jeun ou séchées et réduites en poudre dans du Muscadet (pratique, je suis pile dans les vignes du dit vin). Vous découvrirez une espèce de vautour blanc, appelé sarcos "qu'on appelle aussi "harpie" et qui vit dans les forêts d'Amérique tropicale (pas de rapport avec un autre drôle d'oiseau plus proche de nous donc)." (p.61) Et que dire du hérisson, de la taupe, du renard, du canard, de l'ours, de l'hirondelle, ... ?

Un livre à mettre entre toutes les mains.

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Au fil de l'eau

Publié le par Yv

Au fil de l'eau, Juan Diaz Canales, Rue de Sèvres, 2016 (traduit par Sophie Hofnung).....

Espagne contemporaine, un groupe de vieux arrondit ses fins de mois en pratiquant diverses petites magouilles. Parmi eux, Niceto, un peu plus de quatre-vingts ans, qui s'est fait pincer plusieurs fois par la police et est toujours libéré par son petit-fils, Alvaro, qui s'en porte garant et s'amuse plutôt des frasques de son grand-père. Lorsque plusieurs membres de ce petit groupe meurent assassinés, plus personne ne rit. Encore moins lorsque Niceto disparaît. Son fils, jeune retraité, et son petit-fils, futur papa, se mettent à sa recherche.

Juan Diaz Canales est connu pour être le scénariste de l'excellente série-BD Blacksad. Cette fois-ci, il se met en plus au dessin et choisit un éditeur, Rue de Sèvres, qui depuis, quelques années qu'il est arrivé sur le marché, publie des albums très beaux, très réussis : Le château des étoiles, Le Horla, Le sculpteurAu revoir là-haut, Frères de terroir, Une histoire d'hommes, Un bruit étrange et beau, entre autres...

Dessin noir et blanc qui fait la part belle aux personnages plus qu'aux décors ou aux paysages. Les vieux Espagnols sont dans la tourmente. Communistes, ils ont lutté contre la dictature de Franco et se retrouvent maintenant avec à peine de quoi vivre, parfois pas assez. Juan Diaz Canales parle de la société de son pays qui ne va pas très bien -qui n'est pas la seule. Il en parle à travers ceux qui ont été à l'origine de la fin de la dictature, ceux qui ont toujours lutté et doivent encore le faire lorsqu'ils sont âgés. Ses personnages sont profonds, et sans doute le choix du noir et blanc et le trait particulier de son dessin permettent de ressentir encore mieux cette profondeur. Ils se posent des questions sur divers sujets, sur la vie. Et l'on tient en main une bande dessinée à l'intrigue philosophico-policière originale -je dirais bien inédite, mais comme je n'ai pas tout lu, loin s'en faut, peut-être le sujet a-t-il déjà été abordé par le même biais.

Rue de Sèvres prouve une fois de plus que son choix est bon, excellent même. Je vous invite très vivement à découvrir cet ouvrage.

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La forêt des renards pendus

Publié le par Yv

La forêt des renards pendus, Nicolas Dumontheuil, Futuropolis, 2016.....

Finlande, 1981, Raphaël Juntunen monte dans le grand nord, pour cacher des lingots d'or et échapper à son complice bientôt libéré de prison. Mais même en cet endroit, il n'est pas tranquille. Le Major Remes qui veut prendre une année sabbatique et reprendre des études et éventuellement limiter sa consommation d'alcool et accessoirement s'éloigner de sa femme, l'y rejoint, car par hasard il a entendu parler de ce touriste, et par curiosité. Bientôt ils s'installent tous les deux dans une cabane de bucherons vide, et la vie s'organise.

Pour être complet, je dois préciser que cette bande dessinée est l'adaptation d'un roman d'Arto Paasilinna (traduit par sa traductrice quasi attitrée Anne Colin du Terrail), ce qui de fait d'elle une BD drôle, avec des personnages farfelus aux aventures folles. Les livres du romancier et donc cette BD fourmillent de trouvailles, de folie, de rebondissements et de personnages inattendus qui peuvent parfois arriver inopinément pour le plus grand bonheur du lecteur que je suis qui, je le confesse, serait un poil déçu si aucune de toutes ces surprises n'arrivait.

BD de la découverte de la relation amicale, de la mise en avant de la nature, du grand nord, de la neige, des traditions finlandaises, un peu secouées quand même par des trublions et les événements. 144 pages en bichromie, non pas noir et blanc, mais brun et blanc. Le trait est appuyé, net, un rien enfantin, ce qui rajoute une dose humoristique. Des passages franchement hilarants comme celui où Raphaël parle de son aversion pour le travail : "Je trouve les emplois honnêtes détestables. C'est humiliant de bosser pour quelqu'un qui vous paie, en plus. et puis, c'est fatigant. Les bourreaux de travail m'ont toujours fait pitié." (p.52). Et la suite du dialogue n'est pas mal non plus sur son manque totale de conscience : "Je peux voler n'importe quoi à n'importe qui sans aucun remords. Bien sûr, je ne volerais pas une petite vieille ou un clochard, mais c'est surtout parce qu'il n'y a rien à prendre." Ce qui rend ces propos encore plus drôles c'est l'espèce de candeur et d'honnêteté -si si- qui se dessine sur les traits de Raphaël à ce moment-là.

Excellent album à mettre entre toutes les mains. Franchement j'adore, l'histoire bien sûr, mais aussi le dessin et tout ce qui s'en dégage et quelle belle idée que d'adapter les romans fous d'Arto Paasilinna.

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