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Les vrais héros ne portent pas de slip rouge

Publié le par Yv

Les vrais héros ne portent pas de slip rouge, Axel Sénéquier, Quadrature, 2014...

Ce recueil contient une douzaine de nouvelles. Toutes ont en commun de parler de gens simples et normaux, qui, à un moment donné, pour beaucoup d'entre eux agissent d'une manière totalement étonnante. Voici mes préférées :

Avant-première : Jean-Claude, vigile, fan de films d'action étasuniens a la chance et le privilège d'assister à l'avant-première du dernier film de Steven Seagal. Mais l'irruption de gangsters dans la salle va changer la physionomie de la soirée.

La source et l'estuaire : Lindsay se prépare à sa course, celle qui va le consacrer, mais en attendant celle-ci, derrière les starting-blocks, il s'allonge et des images surviennent en lui.

Mille étoiles et un soleil : Augustin vit à Djibouti, il a sept ans et sa copine Héloïse est très malade, elle vient d'être opérée et il va lui rendre visite à l'hôpital.

Pour commencer mon billet,  je vais émettre une réserve qui vaut pour plusieurs nouvelles. Axel Sénéquier écrit des histoires dites "à chute", c'est bien, mais lorsque celle-ci est prévisible, le plaisir du lecteur est quelque peu émoussé. L'exercice est difficile et le lecteur sans pitié lorsque la chute censée être le clou de l'histoire tombe à plat, sans effet. Reste à travailler encore les chutes ou bien à écrire des nouvelles sans chute, des bouts de vie, ce qui, je l'avoue, est, dans la nouvelle, mon genre préféré. Néanmoins, ce qui sauve l'auteur -lorsqu'il est magnanime, le lecteur saura même lui pardonner-, c'est que les pages qui précèdent sont très agréables. Les personnages sont travaillés, les relations entre eux également et leurs forces et faiblesses apparaissent nettement, leur donnant un vrai caractère, ce qui n'est pas toujours évident dans la nouvelle. 

Mes trois nouvelles préférées se détachent du recueil, pour l'humour dans Avant-première, ce décalage entre la vraie vie et les films d'action quand même assez loin du quotidien. Jean-Claude est un type sympa, un peu lourdaud qui ne pense qu'à vivre comme ses héros et n'a que cela en tête. La source et l'estuaire est beaucoup plus profonde, très belle en écriture et l'on entre dans l'espace de quelques pages dans le plus intime de Lindsay, c'est remarquablement fait. La nouvelle est plus elliptique, plus onirique bien qu'ancrée dans la réalité. Mille étoiles et un soleil est basée sur la maladie d'un enfant et sur une très belle légende racontée par le jardinier de l'ambassade, Babacar. Je ne sais pas si cette légende existe ou si elle sort du cerveau d'Axel Sénéquier, mais elle est formidable et rend cette nouvelle irrésistible. Que me restera-t-il de ces histoires ? Je ne sais pas, mais la lecture du recueil est agréable et fait passer de bons moments. 

Belle découverte que ce recueil au titre évocateur qui résume bien le contenu : des gens simples qui à un moment donné, agissent d'une manière étonnante.

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Les oiseaux de Paul Géroudet

Publié le par Yv

Les oiseaux de Paul Géroudet, illustré par Jean Chevallier, Delachaux et Niestlé, 2016.....

Paul Géroudet naît en 1917 à Genève. Instituteur, il enseigne pendant plus de vingt ans, mais continue de s'adonner à sa passion de la nature et des oiseaux apparue dès ses quinze ans. Totalement autodidacte, il deviendra l'un des plus grands ornithologues francophones et donnera l'envie à beaucoup de le suivre dans cette voie. Ce beau livre est un hommage à Paul Géroudet décédé en 2006 : il comprend une biographie, un interviouve, des hommages et une publication de ses textes poétiques sur les oiseaux illustrés par Jean Chevallier.

Très beau livre pour qui s'intéresse aux oiseaux, les illustrations sont superbes et les textes de Paul Géroudet également : de vrais poèmes en prose qui parlent des oiseaux, de la manière dont il les a vus, photographiés, des environs, du temps, des paysages. Une ode à la nature et aux oiseaux. Je me suis plus particulièrement attardé sur cette grosse partie, magnifique qui parle des oiseaux que l'on peut voir dans nos jardins (rouge queue, chardonneret, sitelle torchepot, mésange, ...) et d'autres que l'on voit moins souvent (aigle royal, grand duc, ...)

On en apprend également plus sur la vie de Paul Géroudet qui la consacra à écouter, photographier, répertorier et même à "écrire" le langage des oiseaux. Son œuvre est vaste et reconnue, publiée chez Delachaux et Niestlé qui font paraître là, un ouvrage absolument superbe.

En prime, et parce que je sais que ça fera plaisir, n'hésitez pas à écouter les "chanteurs d'oiseaux" (Jean Boucaut et Johnny Rasse) que j'ai découverts dans les émissions de Jean-François Zygel et qui, à chaque fois me ravissent 

 

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La mort nomade

Publié le par Yv

La mort nomade, Ian Manook, Albin Michel, 2016.....

Yeruldelgger n'est plus flic. Viré parce que trop dérangeant et violent. Il s'est isolé dans la steppe, dans sa yourte pour tenter de retrouver les valeurs traditionnelles, canaliser sa violence et participer à un naadam en tant qu'archer. Bientôt, Tsetseg, une femme de son âge s'approche de sa yourte et lui demande de retrouver sa fille disparue. Puis c'est au tour d'Odval, une jeune femme dont l'amant français est mort et sa yourte brûlée, de venir chez Yeruldelgger pour demander de l'aide. Le lendemain, c'est Ganbold, un gamin des steppes qui se présente chez l'ex-flic pour lui montrer un charnier. Et Yeruldelgger qui voulait de la tranquillité pour méditer se retrouve à la tête d'une troupe étonnante.

Du changement dans la continuité pour Yeruldelgger. De la continuité, parce qu'il est toujours question dans cet excellent polar de la société mongole écartelée entre la tradition représentée par les nomades et la plus grande modernité sous les traits des hommes et femmes qui ont "réussi". Les nomades résistent, difficilement certes, puisque les steppes diminuent, fouillées, creusées, remblayées, défigurées par les exploitants miniers étrangers. Certains urbains reviennent même au mode de vie de leurs ancêtres, ceux que Ian Manook appelle les bonos (bourgeois nomades), Yeruldegger en tête et Tsetseg. Mais les nomades ont quasiment disparu, étouffés par l'ancien régime qui ne voulait plus des traditions ancestrales. Du changement parce que Yeruldelgger n'enquête pas, les affaires arrivent à lui et il se contente de les attirer et de faire le lien entre elles, involontairement : c'est lui qui permettra de relier entre eux tous les morts de la steppe et les disparitions de jeunes femmes. Il n'est plus flic, n'en a plus envie même s'il a gardé d'anciens automatismes, mais il lutte durement avec lui-même pour ne plus céder à la violence. 

Ce sont donc d'autres flics qui vont se charger d'enquêter un peu partout dans le monde tant les intérêts financiers sont désormais internationaux ; en Australie, aux États-Unis, au Canada et en France où l'on retrouvera avec plaisir Zarzavadjian dit Zarza, le flic-barbouze ami de Yeruldelgger. Le roman est toujours dur comme l'est la société mongole décrite par Ian Manook, la violence y est omniprésente, la corruption, toutes les magouilles possibles et imaginiables -voire même des inimaginables-, l'extrême pauvreté côtoie la plus indigne richesse ; mais cette fois-ci, ce n'est pas Yeruldelgger qui est à l'origine du déferlement de fureur. Ian Manook apporte beaucoup d'humour grâce aux enquêteurs extérieurs -parce que Yeruldelgger il faut bien l'avouer n'est pas franchement un comique. Le duo le plus drôle est le new-yorkais, Pfiffelman et Donelli qui s'affrontent à coup d'informations diverses et variées sur l'origine de la ciboulette, la vraie recette du cheesecake, ... Les autres ne sont pas mal non plus, l'humour est parfois direct, d'autres fois à lire entre les lignes, l'ironie est bien là, présente dans le name-dropping (le "lâcher de noms") de marques, importantes pour ceux qui veulent paraître. 

J'ai eu peur de ne pas aimer ce dernier opus puisque son héros récurrent -qui m'a fait grand effet depuis le début- est en second plan, or, j'ai adoré, je vais même tenter de rester sobre pour ne pas sombrer dans un dithyrambe qui ne le servirait pas, mais sachez quand même qu'une fois ouvert, ce roman est impossible à lâcher, vous l'emporterez partout avec vous. Sans rien vouloir dévoiler, je peux dire que c'est sans doute mon tome préféré des trois déjà parus (mais, je dis cela sous toute réserve, car si je relisais les deux premiers, peut-être je réviserais mon jugement). Je le trouve beaucoup plus fort, il va encore plus loin dans le constat de la société mongole qui part à vau-l'eau sans que personne ne réagisse sauf pour piller ses richesses. Je ne sais pas ce qui est de la réalité et de la fiction, mais traduit en mongol, je ne suis pas sûr que ce livre plaise aux dirigeants du pays... Je ne sais pas si Yeruldelgger reviendra pour une autre aventure -ou alors totalement changé, soit une sorte d'enquêteur-nomade, soit encore plus énervé qu'avant-, je ne parierais pas sur son retour ; j'en serais désolé, mais dans le même temps, il se dégage de ce troisième tome une telle atmosphère, un tel sentiment de boucle bouclée, une telle force, que finir dessus me paraîtrait presque naturel.

Cette troisième aventure de Yeruldelgger pourra dérouter pas mal de lecteurs, tant je la trouve différente des autres, et c'est exactement cela qui me plaît : ne pas réécrire sans cesse le même roman, changer tout en gardant l'essentiel. 

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Avenue nationale

Publié le par Yv

Avenue nationale, Jaroslav Rudis, Mirobole, 2016 (traduit par Christine Laferrière)...

Vandam est peintre en bâtiment. Il doit son appellation à sa passion pour JC Vandamme et pour la pratique du sport : deux-cents pompes par jour répète-t-il. Vandam est un ancien toxico et taulard qui a participé à la révolution de velours de 1989, celle qui a doucement extrait la Tchécoslovaquie du bloc communiste de l'est. Vingt-cinq ans plus tard, amoureux de Lucka la serveuse du bar dans lequel il passe beaucoup de temps, il parle de tout, de son fils qu'il ne voit presque plus, de la révolution, de l'Europe, de Hitler, déverse des considérations poilitico-philosophiques tirées de ses expériences. 

 

Ce qui marque avant toute chose, c'est le style de l'auteur. Résolument moderne et oral. Brutal parfois, direct et poétique. J'ai peu de références en la matière, mais je le rapprocherais d'un écrivain étasunien dont j'ai lu quelques livres, Larry Fondation (ici, ici, et). C'est âpre, rugueux et ça dérange. Heureusement que le livre est court et aéré, 500 pages du même calibre et j'aurais sans doute abandonné, mais je dois dire que le rythme, le style, et l'énergie qui se dégage m'ont largement tenu jusqu'au bout. 

Ce sont les propos et la vie d'un homme qui a sans doute eu de l'espoir en 1989 et qui n'en a plus. Il a toujours vécu dans le lotissement préfabriqué, n'en est que peu sorti et n'espère plus grand chose de la vie. Les espoirs sont derrière lui, oubliés avec la came et la taule. Lorsqu'il parle avec ses copains de boisson, on se rapproche des brèves de comptoir, qui parfois sont plus profondes qu'il n'y paraît : "Quand t'es jeune, tu détestes ton père. Et plus tu vieillis, plus tu lui ressembles. Et pour finir t'es la même brute que lui. La vie, c'est rien que des mystères cosmiques, pas vrai ?" (p.85)

Voici donc la vie d'un néoextrémiste, mal dans sa peau, violent et irritable. Un type ordinaire totalement perdu dans le monde contemporain qui va trop vite pour lui. Il sait d'où il vient, mais tout a tellement changé vite qu'il ne sait plus où il est, où il va et ce qu'il va transmettre à son fils. Alors, il transmet ce qu'il connaît bien : la peur de l'autre, la violence : frapper avant de se faire frapper. Pour lui la paix n'est qu'une période entre deux guerres. Il s'inscrit totalement dans la montée des fanatismes et des extrémisme à laquelle on assiste depuis plusieurs années un peu partout en Europe, en France itou, puisque nous avons l'un des -sinon le- partis d'extrême droite le plus fort. 

Jaroslav Rudis met tout cela en mots très brillamment. Vandam n'est pas tout noir, ce serait trop facile.  Il n'est pas vraiment fréquentable, certes, il est perdu, largué. La lecture est dure mais belle et rapide, et si certains passages sont un peu longs, eh bien on les passe vite pour se retrouver quelques pages plus loin. 

Mirobole m'a habitué à des textes forts, barrés, décalés, ce roman ne déroge pas à cette règle. Dérangeant et pas confortable. Bonne pioche pour la maison d'édition.

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Mes plus belges années

Publié le par Yv

Mes plus belges années, Mathieu Ortlieb, auto-édition, 2016.....

Mathieu Ortlieb est réalisateur, documentariste. Il a participé pendant dix ans à l'émission devenue culte -et pourtant disparue des écrans- Strip tease. L'émission débarque de Belgique en France au mitan des années 1990, et pour beaucoup c'est un choc. On n'est pas habitué à un tel ton, à de tels reportages, sans voix off, simplement portés par les images, les personnes filmées et leurs propos. Mathieu Ortlieb sent qu'à travers cette émission il pourra s'exprimer et laisser libre cours à ses envies. Il fera tout pour intégrer l'équipe.

 

Je me souviens de ma première impression à la vue de cette émission totalement originale pour l'époque. Je me souviens encore de quelques personnages totalement barrés ou décalés, de ses images qui pouvaient paraître volées ou montées de manière particulière. Comme beaucoup, je suis passé par le stade où je pensais que c'était un peu trash, une émission pour voyeurs, parce qu'on nous montrait quand même des gens particuliers, originaux... Et puis, entre les périodes où je regardais régulièrement strip tease, assidument même, et celles où je ne la regardais presque plus -de fait, je ne regardais presque plus la télévision-, celles où je la regardais de nouveau pour finir par l'oublier, au hasard des horaires de programmation, il me reste de cette émission, une image d'humanité, parce que les personnes hors normes qui y étaient présentées étaient avant tout humaines. C'est là-dessus qu'insiste Mathieu Ortlieb. Sur le temps qu'il lui faut en repérages et donc en relation avec ses "sujets", sur la confiance réciproque entre le réalisateur et les personnes filmées, jamais à leur insu. On n'acquiert pas cette confiance en claquant des doigts et plusieurs semaines de repérages étaient nécessaires et parfois, au bout de ces journées, le sujet s'avérait impossible à tourner.

Mathieu Ortlieb parle des rencontres les plus marquantes : Dr Lulu un faux-sdf et faux-médecin, ou encore ce couple de bourgeois de Neuilly (pléonasme ?) qui déménage après avoir vendu son hôtel particulier... Beaucoup d'autres encore qui vous donneront l'envie d'aller les voir (sur Youtube, on trouve très aisément). Mathieu Ortlieb parle aussi des relations avec les créateurs de l'émission, Jean Libon et Marco Lamentsch, pas toujours faciles d'abord et avec lesquels il n'est pas toujours en phase, mais qui tenaient leur émission avec des choix de reportages souvent décapants. 

Strip tease s'est arrêté en 2012, j'avoue avoir quasiment cessé de la regarder avant cette date, sauf un ou deux films de temps en temps... Cependant, après avoir revisionné des sujets sur la chaîne youtube strip tease officiel, je me sens d'humeur à en regarder encore beaucoup d'autres et même à signer pour son retour à la télé.

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Ad unum

Publié le par Yv

Ad unum, Didier Fossey, Flamant noir, 2016.....

Le commandant Boris le Guenn, chef de groupe de la BAC parisienne, au 36 quai des orfèvres, hérite d'une enquête pas banale. Une mystérieuse bande de tueurs exécute après une parodie de procès des hommes ayant eu affaire à la justice et s'en étant sortis avec de simples injonctions. Lorsque Boris le Guenn est mis sur l'affaire, on dénombre trois victimes, toutes pendues avec en prime une inscription sur le front : "Ad unum", "Jusqu'au dernier...". Tout le groupe du commandant commence alors un travail long et fastidieux espérant une erreur du -ou des- tueur(s), une petite brèche dans laquelle s'insérer et pouvoir enfin avancer.

Retour de l'équipe de Boris le Guenn découverte il y a dix-huit mois dans Burn-out. Enfin, retour, pas vraiment puisque Ad unum se déroule avant Burn-out et a préalablement été publié aux éditions Les 2 encres en 2011. Comme Burn-out est un très bon roman, l'idée de rééditer -après révision par l'auteur- de Ad unum est excellente, et je félicite l'éditrice de l'avoir eue. 

Assez classique dans la forme, d'un côté les policiers qui travaillent dur et avancent lentement et de l'autre côté le "chef" des tueurs qui se dévoile par retours en arrière, ce roman se suit sans problème, la tension monte, et plus on avance plus l'intrigue se dévoile en même temps que des points obscurs apparaissent, qui seront bien sûr éclaircis par les policiers. Si vous aimez les polars bien construits, réalistes, menés de bout en bout par un écrivain qui sait nous balader et nous raconter son histoire, n'hésitez pas, vous en avez un là.

Mais ce qui fait la force des récits de Didier Fossey, c'est que c'est un ancien flic et qu'il sait de quoi il parle, les termes sont clairs et précis -pas question de mandat par exemple, mais plutôt de commission rogatoire-, on est donc en plein réalisme, pas de risque de se croire dans un énième roman policier calqué sur un autre énième... L'autre point important dans les deux romans de Didier Fossey, c'est que la plus belle partie de ses écrits est consacrée à ses personnages. L'humain avant tout, le travail d'équipe, les relations entre les flics, entre les flics et la magistrature, entre les flics et leurs familles. A quelques détails, on sent le vécu, comme les croissants apportés par le chef pour consolider l'esprit d'équipe, mais bien d'autres encore... Une bien belle équipe que l'on a plaisir à retrouver même si l'on lit ses aventures à l'envers -en fait, chaque opus peut se lire indépendamment. 

Un polar sérieux, réaliste, mené à un rythme assez rapide pour plaire à tous, des beaux personnages bien décrits dans leurs forces et leurs faiblesses, je dis bravo et vivement la suite -ou le début parce que je crois qu'il y en a encore un avant...

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Culottées

Publié le par Yv

Culottées, Pénélope Bagieu, Gallimard, 2016....

Pénélope Bagieu est active sur un blog hébérgé par Le Monde et qui s'appelle Culottées. Elle y raconte la vie de "femmes qui ne font que ce qu'elles veulent". Une femme à barbe, une Apache guerrière, Joséphine Baker, une travailleuse sociale, une gardienne de phare, ... Toutes ont en commun de ne s'être pas résignées et d'avoir combattu les préjugés masculins sexistes. Cette bande dessinée est la version papier du blog pour des gens comme moi qui préfèrent lire avec la bonne vieille méthode.

Bon, je dis des gens comme moi, mais en fait cet album ne m'appartient pas, c'est mademoiselle ma fille qui l'a rapporté en rentrant un ouiquende. J'aime beaucoup la couverture et aussi l'intérieur du livre. De toutes ces femmes, je n'en connaissais que très peu, Joséphine Baker et c'est à peu près tout. Puis, en lisant, je me suis souvenu de certaines d'entre elles : Annette Kellerman (sirène), Leymah Gbowe (travailleuse sociale) et Wu Zetian (impératrice). Pour les autres, eh bien j'ai appris leur existence en même temps que leur parcours.

Pour chacune de ses héroïnes, Pénélope Bagieu dessine une courte biographie, souvent drôle, parce qu'il n'y a pas de raison d'informer dans la tristesse et le solennel. C'est ça qui est bien chez la bédéiste, c'est qu'à chaque fois, elle réussit à nous faire sourire avec des vies de femmes qui se sont élevées et ont combattu souvent contre les hommes, simplement pour exister et vivre ce qu'elles avaient envie de vivre. Si le propos n'est pas drôle, alors c'est le dessin qui fait sourire. Mais qu'on ne s'y trompe pas, Pénélope Bagieu ne se moque pas d'elles, au contraire, elle les met en avant et montre bien qu'une femme dès lors qu'on lui en laisse la possibilité réussit aussi bien qu'un homme dans tous les domaines. J'aime bien le ton général des BD de Pénélope Bagieu, j'avais aimé Joséphine, et aussi les films avec Marilou Berry dans lesquels le ton y était.

Une bande dessinée excellente, féministe diront certains avec ce petit air ironique, moi je dirais simplement humaniste, puisque comme pour les grands hommes on dit qu'il y avait des femmes derrière eux, eh bien derrière ces grandes femmes, il y avait un homme derrière elles... ou d'autres femmes d'ailleurs dont l'auteure parle aussi.

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Ça coince ! (35)

Publié le par Yv

Portrait de groupe avec parapluie, Violette Cabesos, Albin Michel, 2016.

"Marthe Botorel, soixante-dix ans, s'est prise de passion sur le tard pour l'histoire de l'art : de musées en cours de dessin, l'autodidacte plonge dans un monde qui la fascine. Un dimanche lors d'un concours de peintres amateurs, elle découvre le corps d'une femme assassinée selon un rituel aussi macabre que spectaculaire. Le premier d'une longue série... En compagnie de deux autres mamies aussi déjantées qu'elle et d'un policier mélomane, Marthe décide de démasquer le talentueux tueur." (4ème de couverture)

Long, très long le début de ce roman. Je sais bien qu'il faut présenter les personnages et leurs occupations, les lieux qui seront ceux de l'intrigue, mais je m'ennuie, bon sang, je m'ennuie. Elle est bien gentille Marthe, mais sa vie de veuve-quincaillère entourée d'animaux et de ses deux copines ne parvient pas à me captiver. Et déjantée, puisqu'elle est présentée ainsi, elle ne l'est point. Et puis, nous avons aussi celle d'un personnage anonyme que l'on pressent bien être le tueur qui n'est pas aussi originale qu'on nous le présente. Rien de folichon, rien de rédhibitoire, juste, pour moi un ennui qui me fait fuir...

Le garçon qui rêvait de voler en Cadillac, Alice Quinn, City éditions, 2016..

"Un père inconnu, une mère en prison : la vie de Ranko, treize ans, ressemble à un mélodrame. Décidant un jour de prendre son destin en main, il fugue de la DDASS de Paris, avec un seul objectif : rejoindre l'île de la Réunion où il croit que son père exerce le fascinant métier de... pirate !" (4ème de couverture)

Léger, très léger ce roman, non pas pour les thèmes qu'il aborde, mais plutôt pour un ensemble de choses qui ne m'a pas emballé. L'écriture d'abord. Bon, d'accord, j'admets que les jeunes de treize ans ne s'expriment pas comme dans les livres, mais est-il besoin de changer l'orthographe écrite, par exemple "wikenne", pour week-end ou encore le fabuleux "J'attends qu'y z'aillent dans une banque." (p. 34) ? Personnellement, je ne pense pas qu'il faille passer par ses facilités, mais je peux me tromper. Je pourrais ajouter des incohérences, des inexactitudes, comme ce centre dans lequel est Ranko et où la classe est faite, un peu comme dans les années 40 ou 50, alors que les enfants placés sont maintenant intégrés dans les écoles classiques et non pas laissés entre eux, ou encore cette interdiction faite aux enfants de monter à l'avant d'une voiture, qui existe certes, mais jusqu'à 10 ans, hors Ranko en a 13 ! Et d'autres que je ne note pas car certaines raconteraient un peu de la fin du roman et si je ne l'ai pas aimé, ce n'est pas une raison pour le spoiler comme on dit en bon français.

Et puis, j'ajouterai que les personnages ne sont pas attachants, que je me moque un peu de leur destin, ils sont prévisibles. Tant pis.

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Les hauts du bas

Publié le par Yv

Les hauts du bas, Pascal Garnier, Zulma, 2003 (Zulma poche, 2016).....

Edouard Lavenant, soixante-quinze ans, veuf, méchant et fortuné, mais aussi victime d'un AVC a dû se résigner à s'éloigner de ses affaires et à faire appel à une infirmière qui s'occupe de lui 24h/24h, depuis un an. Thérèse est aussi gentille qu'il est dur, aussi bonne qu'il est cassant... Bref, la cohabitation n'est pas de tout repos. Puis, petit à petit, Edouard change et finit par s'attacher à Thérèse. Ils vivent retirés dans un village de la Drôme, seuls, jusqu'au jour où leur solitude est perturbée d'abord par les égarements d'Edouard, puis par l'arrivée d'un homme prétendant travailler pour la société du vieil homme.

Pascal Garnier, décédé en 2010 a construit une œuvre littéraire discrète et savoureuse. John Banville écrivain irlandais -que je n'ai jamais lu- dit de lui que "Simenon a trouvé son véritable héritier." Eurêka, c'est exactement cela, comme Simenon, ses personnages sont des gens normaux, des sortes d'archétype du type sympa ou pas, de la dame de compagnie dévouée, du mec cassant et imbu, de tous ceux qu'on rencontre tous les jours et sans doute de nous-mêmes aussi.

Dans cet opus, Edouard est un vieux aigri et désagréable qui s'adoucit au contact de Thérèse son infirmière. Ils se rapprochent bien que ne faisant pas partie du même monde. Jusqu'à ce qu'un événement a priori fortuit ne vienne tout remettre en cause. C'est alors l'escalade et nos personnages paisibles s'enfoncent dans une aventure peu banale. En fait en lisant ou regardant des polars, on s'aperçoit qu'il en faut peu pour basculer du mauvais côté : une soirée arrosée, un énervement, de la fatigue et un coup malencontreux ou un simple accident fait pencher la balance. Pascal Garnier provoque cet incident qui transforme notablement et durablement la vie de ses héros.

Comme à chaque fois, il nous mène pile là où il le voulait et on se laisse guider avec grand plaisir, on en redemande même. Il écrit des romans qui paraissent faciles, simples et qui par certains aspects le sont vraiment... à lire car parvenir à tant de simplicité pour un écrivain demande -j'imagine- pas mal de travail, même si "Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement. Et les mots pour le dire arrivent aisément.", comme disait Nicolas Boileau. (Eh, pas mal quand même de conclure mon billet sur une citation de Boileau, n'est-il pas ?)

Je ne saluerai jamais assez la belle initiative des éditions Zulma de rééditer les livres de Pascal Garnier tant lire cet auteur est salutaire et une excellent idée. N'hésitez pas, ces rééditions sont en poche, donc pas chères.

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