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Les rois d'Islande

Publié le par Yv

Les rois d'Islande, Einar Már Guðmundsson, Zulma, (traduit par Eric Boury), 2018...,

"Le clan Knudsen règne depuis plus de deux siècles sur Tangavίk -petit port de pêche battu par les vents ou fief d’armateurs, question de point de vue. Chez les Knudsen, on est potentiellement marin de père en fils, sauf à faire carrière à la caisse d'épargne. On compte dans la famille de grands hommes, des hôtesses de l'air et de gentils simplets. Ils ont été ministres, bandits, avocats, ivrognes patentés et parfois tout cela en même temps. Les Knudsen ont bâti des empires et les ont perdus avec le même panache. Ils ont monté des conserveries de harengs, composé des symphonies, roulé en belle américaine et sacrément magouillé. Ils ont été portés au pinacle et mis au pilori. Toujours persuadés, de génération en génération, d'être les rois d'Islande." (éditeur)

J'aime beaucoup les couvertures Zulma -signées David Pearson-, un peu moins certaines qui peuvent irriter mes yeux, mais celle-ci est particulièrement réussie, sans doute, pour moi, l'une des plus belles de la maison d'édition. Mais arrivons au sujet qui nous intéresse, ce roman de Einar Már Guðmundsson, écrit en 2012. Sa lecture est assez déroutante surtout, si comme moi, vous êtes vite perdus dans une accumulation de personnages. Le romancier construit son histoire en retours en arrière et avancées rapides, il nomme ses héros quasiment à toutes les phrases, et croyez-moi, les noms islandais, ce n'est pas évident à prononcer ni à lire : Arnfinnur, Ástvaldur, Haraldur, Gunnar, Ingólfur, ... et là, je ne mets volontairement que les plus faciles, les prénoms, pas les noms de famille ni ceux des lieux. Ceci étant dit, il fait bien de le renommer souvent, car à chaque fois, d'une courte description, il replace chacun dans sa lignée, si bien que je ne suis pas tant perdu que cela et que je me suis repéré assez aisément dans les époques et les familles.  mais ce procédé a un défaut, celui de la répétition et donc de longueurs un peu lassantes. Néanmoins, le pli pris, j'ai pu passer outre et apprécier cette critique à peine masquée de la société et de la politique islandaises. Critique très largement  applicable à d'autres pays. Einar Már Guðmundsson sait être léger et drôle tout en étant lucide et profond. J'ai appris pas mal sur l'Islande et ses traditions tout en me distrayant. Son roman que l'on pourrait qualifier de saga n'est pas construit linéairement comme souvent dans le genre, ce qui, si j'oublie les longueurs évoquées plus haut, rend son livre plus original, plus barré. Ajoutons qu'il peut être lu comme une simple saga, mais ce serait dommage de se priver de la part critique évidente et claire, bien menée, finement et intelligemment, Einar Már Guðmundsson ne se contente pas de dire, les politiques sont tous des nuls ou des pourris.

Une très belle découverte, à tous les niveaux, puisque au risque de me répéter -mais j'ai l'habitude- cette couverture est magnifique !

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Le cas singulier de Benjamin T.

Publié le par Yv

Le cas singulier de Benjamin T., Catherine Rolland, Les escales, 2018....,

Benjamin Teillac, ambulancier à Lyon se retrouve seul. Sa femme l'a quitté pour le patron de la société d'ambulance et son fils ne veut plus le voir. Benjamin accuse le coup et son épilepsie se rappelle à son souvenir. De crise en crise, il risque d'abord de perdre son travail incompatible avec cette maladie et ensuite, il a des visions étranges d'un autre Benjamin vivant en 1944 dans le maquis de Haute Savoie. Pour tenter de guérir, Benjamin accepte un traitement expérimental, mais celui-ci rend ses rêves très réalistes et bientôt Benjamin vit dans deux époques en même temps, dans deux identités différentes. Les nombreux allers-retours l'épuisent et inquiètent son entourage proche.

Divine surprise que ce roman de Catherine Rolland. Je me suis fait happer par ces histoires entremêlées, emmêlées, dans lesquelles je ne me suis jamais perdu, même si parfois, l'auteure change d'époque et de lieu dans un même paragraphe voire dans une même phrase. Exercice pas aisé mené habilement. A peine débuté, je me suis retrouvé dans l'un de ces bouquins où l'histoire à la fois réaliste et irréelle, surnaturelle, accroche et passionne. Difficile de le lâcher tant je voulais connaître tout des personnages et de leurs vies. Catherine Rolland sème dans son texte moult petits détails qui s'avéreront n'en être pas, mais plutôt des indices pour Benjamin, des points de repère, de doutes, de questionnements. Car évidemment, il interroge ce roman : pourquoi Benjamin voyage-t-il dans le temps ? Quels sont les liens, s'il en existe, entre les deux Benjamin ? Peut-on changer le passé sans risque pour l'avenir ?

Catherine Rolland, je l'écrivais plus haut, est habile et maîtrise son sujet. Elle est très agréable à lire et les pages se suivent avidement. Un roman qui ne bouleversera pas la face du monde certes, mais qui remplit tout à fait la glorieuse mission de divertir et passionner. Très convaincant. Franchement, éviter de le snober vous passeriez à côté de très bons moments, notamment pour la partie dans le maquis qui est celle qui m'a le plus touché.

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Jaune soufre

Publié le par Yv

Jaune soufre, Jacques Bablon, Jigal, 2018.....

Une très jeune femme, pas encore sortie de l'adolescence, 16 ans, se présente à la clinique pour accoucher. Caroline donne naissance à Rafa, son fils. Quelques années plus tard, Rafa, jeune homme peine à trouver du travail. 

Dans le même temps, Warren traverse la France pour chercher sa sœur : leur père est mort assassiné longtemps auparavant déchu de ses droits parentaux, ses deux enfants ne se sont jamais vus. Mais Marisa, la sœur n'a aucune envie de se coltiner un frangin.

Regarder la couverture d'un roman de Jacques Bablon c'est déjà avoir la surprise de l'association de la couleur : Trait bleu, Rouge écarlate, Nu couché sur fond vert. Ouvrir un roman de Jacques Bablon, c'est avoir l'assurance que rien ne nous fera le refermer avant sa fin. C'était vrai sur les trois premiers en lien ci-dessus, c'est le cas également sur Jaune soufre. Ça commence avec une image forte, très forte et donc dès les premières lignes j'ai su que ça le ferait. Ensuite ça continue comme ça : "Elle se rappela qu'on lui avait demandé ce qu'elle préférerait manger au petit-déjeuner, pas si elle avait répondu viande ou poisson, et ce qu'on lui servit dans une barquette cartonnée ne l'aida pas à retrouver ce qu'avait été son choix." (p.11) Alors qu'eussiez-vous voulu que je fisse d'autre que continuer ? (bon, là, je suis pas sûr des temps verbaux ni des formes, mais ça sonne bien !)

J'aime beaucoup l'écriture de Jacques Bablon, unique, personnelle et assez déroutante. Avec lui, on ne sait jamais où ni quand surviendra le rebondissement, la seule chose sûre c'est qu'il arrivera. Ce qui est bien également, c'est de tenter de comprendre comment tous les protagonistes vont, à un moment ou un autre, se rencontrer ou comment le romancier va faire pour qu'ils se croisent, se frôlent parfois simplement. C'est un vrai bonheur, du grand art. Jacques Bablon sait indéniablement raconter des histoires noires dans lesquelles cependant l'espoir réside. Car tous ses personnages ne sont pas perdus. Certains pètent un câble de manière inattendue, d'autres résistent. Ils sont issus de milieux pas favorisés, des arnaqueurs à la petite semaine, des galériens du boulot qui veulent s'en sortir et qui hésitent à passer la ligne de la légalité. Crédible, réaliste, le roman parle des laissés pour compte, des abandonnés qui tentent de se refaire. C'est un roman noir selon la définition de JB Pouy, avec du social dedans, de vrais morceaux d'humanité et de constat que notre société ne va pas si bien que cela. 

Jacques Bablon : quatre bouquins chez Jigal, quatre réussites. J'attends les autres qu'ils soient violets, pourpres, orange, ou de n'importe quelle couleur.

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Evangelia

Publié le par Yv

Evangelia, David Toscana, Zulma (traduit par Inés Introcaso) 2018...,

Lorsqu'il y a environ deux mille ans, Gaspard, Melchior et Balthazar arrivent à Bethléem de Judée, ils sont épuisés, amaigris et ne trouvent pas l'enfant qu'ils sont venus honorer. Et pour cause, l'archange Gabriel s'est un peu précipité et ne s'est pas préoccupé du sexe du divin enfant. Et patatras, c'est une fille, prénommée Emmanuelle, ce qui à cette époque est étrange. Joseph, le beau-père d'Emmanuelle est un peu vert et prétend que c'est Jacob, son fils, qui est le premier né et veut en faire Jésus, mais Marie soutient Emmanuelle. Et si Emmanuelle devenait l’Élue, la face du monde en serait sans doute changée ?

Drôle ? Assurément. Fou ? Indubitablement. Blasphématoire ? Sans doute, s'il est blasphématoire de dire que les femmes n'ont pas de place dans la religion, quelle qu'elle soit. C'est quand même une histoire de mecs dominateurs qui relèguent les femmes au rang de mères -voire carrément de pondeuses puisqu'il faut assurer la descendance et l'influence de la croyance- et d'épouses dévouées, s'occupant des maisons, des enfants, des maris, ... David Toscana insiste évidemment sur l'égalité des sexes et c'est très drôle de lire ce qu'il fait faire et dire à ses personnages ; les hommes sont machistes, veulent le pouvoir, la puissance et jouir du confort, et les femmes prônent l'égalité, veulent qu'on les regarde comme des être humains, histoire de bien se souvenir que l'égalité des sexes est un combat vieux comme le monde loin d'être gagné. Dit comme cela, ça peut paraître un peu léger, mais toute la nuance est dans les personnages secondaires (les apôtres, les disciples, les riches et les pauvres des pays traversés) et dans les réflexions des deux principaux protagonistes, Emmanuelle et Jacob-Jésus. 

Il est aussi question de la filiation, de la fraternité et de la sororité, des liens familiaux, et bien sûr de la croyance en un dieu. Je ne suis pas spécialiste de la question, même si j'ai été élevé dans une famille chrétienne. Je me suis émancipé et me considère désormais comme un athée convaincu -j'ai même demandé à être débaptisé, et j'ai réussi à me faire rayer des registres de l'église catholique. Néanmoins, j'ai trouvé intéressantes les questions qu'aborde David Toscana. Son roman est profond, empli d'humanité et irrésistible, certes parfois un peu long et répétitif, mais il lui sera pardonné -ah, les réflexes de l'éducation ! Le romancier aurait pu faire une grosse farce, une pochade, mais il ne tombe pas dans ce piège, il ne cherche ni à démontrer, démonter ou convaincre, il imagine ce qu'aurait pu être une Emmanuelle fille de Dieu. Il peut être cinglant, sensible, il est toujours profondément humain et respectueux des croyances de tous.

Un roman fort drôle mais qui est, vous l'avez compris bien plus que cela, qui pourra faire grincer quelques dents -car s'il parle d'Emmanuelle à la place de Jésus, il est assez aisé de transposer aux autres religions toutes aussi masculines et machistes-, ce seront sans doute les dents de ceux qui restent coincés dans leur vision étriquée du monde et qui ne le regardent qu'au travers du prisme des livres sacrés. Ceux qui ont de la tolérance, de l'humour et qui ont envie que leur religion avance au rythme de la société y verront sans doute une belle matière pour réfléchir. 

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L'enfer du dossier Li

Publié le par Yv

L'enfer du dossier Li, Grégoire Lacroix, Flamant noir, 2018.....

Après Eros Héros Sept, retour de Gibson Greg le pseudonyme de guitariste de Gil Robson, agent de SORG (Service Opérationnel des Services Généraux), un agent secret, un espion quoi ! Cette fois-ci, alors qu'il roule tranquillement, une Tesla lui fait une queue de poisson à un feu et ne redémarre pas, normal son conducteur est mort. Banal infarctus ? Sans doute, mais Gil Robson flaire une embrouille et embarque Basile Duglandier son fidèle second dans une enquête qui ménagera quelques surprises.

J'ai adoré Eros Héros Sept, je réitère mon adoration pour cet opus. Tout ce qui fait que j'ai aimé le premier se retrouve là et ce serait sûrement plus facile pour moi que de vous demander de lire mon article à icelui consacré, je me fatiguerais moins à tenter de ne pas m'auto-plagier.

Grégoire Lacroix est le roi des aphorismes, pardon des Euphorismes, il en a d'ailleurs fait des petits recueils très drôles -mais pas seulement- que je vous recommande -c'est juste parce que je ne peux pas vous obliger à les lire, ils devraient être étudiés dans les écoles !-, il en use et en abuse pour notre plus grand plaisir. Gibson Greg est un surdoué autoproclamé, un fat qui ne jure que par ses capacités de déduction, son intelligence et son succès auprès des femmes -pour cette dernière qualité (?), il dit vrai. Evidemment, il faut lire ses réparties, puisque c'est lui le narrateur, avec un second voire troisième -au moins- degré et en rire. Un type comme ça dans la vraie vie, à part qu'il est beau gosse et qu'il joue super bien de la guitare jazz, il est imbuvable. A fuir absolument.

Son adjoint, Basile Duglandier qu'il se plaît à traiter comme un imbécile l'est sans doute beaucoup moins qu'il n'en a l'air. Amoureux et aimé d'une très jolie journaliste qui n'a pas cédé aux avances de Greg, celui-ci ne s'en remet pas et aime à tenter de déstabiliser Basile sur son couple. Il le vanne sans cesse : "Je te connais, Dugu, dès que tu as découvert que l'inertie était une force tu as eu tendance à en faire une arme de dissuasion ; si je te couvrais de lauriers, t'en ferais une litière pour t'endormir dessus, alors j'aime mieux faire un petit flash-back sur notre collaboration..." (p.49)

Le roman est très dialogué, mais c'est pour la bonne cause, pour les bons mots, les excellentes réparties, j'ai ri, j'ai ri... Grégoire Lacroix à une plume qui rend heureux, un talent fou pour camper des personnages totalement barrés et décalés, drôles, des caricatures, qu'on suit avec bonheur au bout du monde, juste pour suivre leurs aventures quelles qu'elles soient. Et on en redemande.

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Tuez-les tous... mais pas ici

Publié le par Yv

Tuez-les tous... mais pas ici, Pierre Pouchairet, Sang neuf (Plon), 2018.....

Lorsque leur fille Julie disparaît, Louis et Martine Loubriac, divorcés, sont loin de penser qu'elle a pu partir en Syrie pour rejoindre son petit ami radicalisé. C'est Louis, ex-flic, ex-journaliste, guitariste et chanteur de blues dans le bar de sa compagne, qui va tenter de suivre la piste de Julie, aidé par un mystérieux commandant de la DGSI qui lui donne pas mal de renseignements tout en lui demandant de ne point trop en faire. Mais Louis et Martine sont prêts à tout pour revoir leur fille en vie.

Si jusqu'ici la collection Sang neuf de Plon ne m'avait pas totalement convaincu (sauf Justice soit-elle, de Marie Vindy), je dois dire que ce dernier polar m'a tenu en haleine voire éveillé jusqu'à ses ultimes lignes et que jamais je n'ai eu l'envie de le refermer, ce qu'il a pourtant bien fallu faire à contre-cœur, car je n'ai pas trouvé la possibilité de lire 460 pages d'une traite !

Entre Quimper et l'île Tudy où habitent les Loubriac  (et le lieu d'écriture du roman)  et la Turquie et la Syrie, Pierre Pouchairet nous fait voyager dans des conditions éprouvantes et angoissantes. Très documenté, ce polar est habilement construit, le lecteur en sait plus que les parents de Julie mais se pose beaucoup de questions sur les rôles de tous les protagonistes. Entre vengeance, manipulations des services de renseignements, pontes qui tirent des ficelles ensanglantées et qui ne craignent pas quelques morts en plus, secrets d'état et guerre contre le terrorisme, l'intrigue est touffue, dense à tel point que je me suis demandé comment le romancier allait pouvoir nous l'expliquer aisément. Pierre Pouchairet, ex-flic, qui a publié pas mal chez Jigal -dont La prophétie de Langley- s'en sort haut la main et tout est limpide malgré un nombre d'intervenants important, des connexions entre certains que je n'imaginais pas et des enjeux lourds et graves. 

Bluffé, je l'ai été tout au long du livre. Je me suis laissé embarquer dans la fiction construite par l'auteur et la partie "réelle", celle de l'extrémisme et des réseaux permettant à des jeunes radicalisés de partir en Syrie est passionnante. Tout est plus compliqué que les journaux papiers ou radio et télé veulent -et peuvent- nous l'expliquer -enfin, pour ceux qui les regardent ou les lisent-, même si évidemment, je mesure bien que Pierre Pouchairet construit une oeuvre de fiction et que toute ressemblance de ses personnages et situations avec des personnages ou situations existantes ne saurait être que fortuite. 

Ce roman noir sorti mi-janvier est excellent, passer à côté serait une erreur monumentale.

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Un océan d'amour

Publié le par Yv

Un océan d'amour, Lupano et Panaccione, Delcourt, 2014....

Un coin de Bretagne, un matin dès potron-minet, un petit homme se lève, prend son petit-déjeuner préparé par sa femme qui arbore la toilette traditionnelle du pays, se douche et rejoint son bateau de pêche, puis, avec son matelot part sur la mer. La suite est une ribambelle d'aventures pour lui et elle, incroyables et drôles.

Après tout le monde, je dégaine Un océan d'amour, qui fit grand bruit à sa sortie. Grand bruit, d'abord parce que cette bande dessinée est excellente et ensuite parce qu'elle est sans parole. Tout passe par le dessin de Grégory Panaccione absolument génial, n'ayons pas peur des mots. Ses personnages sont très expressifs et l'on comprend bien tous les sentiments et les sensations par lesquels ils passent. Le dessin est assez sobre, qui fait la part belle aux hommes et femmes. Le scénario de Wilfrid Lupano n'est pas en reste et si les situations tragi-comiques prêtent évidemment à rire, certaines cases parlent d'écologie, de pollution des océans, des pétroliers qui dégazent, ... C'est tendre, beau, profondément humain, aventureux, il y a plein de sardines en boîtes, une mouette gourmande, et des invités suprises.

Je ne vais pas en faire des caisses sur cet album, écrire trois pages sur un album muet, ce serait un comble, mais franchement, s'il y a encore, en France -et ailleurs- des gens qui ne l'ont pas lu, un bon conseil : qu'ils courent à la bibliothèque ou à la librairie et se jettent dessus. Coup de cœur assuré.

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San Antonio a du monde

Publié le par Yv

On t'enverra du monde, San Antonio (Frédéric Dard), Fleuve noir, 1959...,

La tuile, l'énorme tuile. Madame Béru, Berthe de son petit nom a disparu. Le Gros est dans tous ses états et San Antonio qui ne le prend pas au sérieux, qui pense que la Berthe est partie se réfugier dans les bras d'Alfred, son amant régulier, coiffeur de son état. Mais Béru et Alfred sont unanimes, Berthe a disparu, et les deux hommes de ne pas parvenir à se consoler. Lorsque Berthe réapparaît, elle dégoise une drôle d'histoire qui, si elle ne parvient qu'à peine aux oreilles de ses deux réguliers, mari et amant, titille celles du commissaire San Antonio qui y verrait bien là le début d'une nouvelle aventure.

 

 

Meurs pas, on a du monde, San Antonio (Frédéric Dard), Fleuve noir, 1980...,

En voyage à Genève, San Antonio, dès l'aéroport tombe sur un cadavre, celui du préposé aux bagages, mais n'étant pas du coin, laisse les autorités helvètes s'occuper du macchabée. Puis, intrigué par une étrange valise, il la suit, se fait repérer et se retrouve dans une nouvelle histoire, un sac de noeuds ou de serpents puisque nombreux sont-ils de ce genre à fréquenter les pages de ce volume. Par hasard, San Antonio rencontre la délicieuse Marie-Marie, celle pour qui il pourrait bien renoncer à pas mal de ses habitudes...

Je profite d'une disette en nouveautés ou au moins d'un manque d'attrait pour icelles -sauf celles qui précèdent cet article et celles qui le suivent, of course- pour me (re)faire des classiques. Bon, certes, on n'est pas dans Molière, Marivaux ou Balzac voire Proust et d'aucuns ne qualifieraient pas les San Antonio de classiques, mais arrêtez-moi si j'me goure, San Antonio, c'en est bien du classique, non ? 

Ces deux numéros, écrits à vingt ans d'intervalle ont en commun un titre (ou quasiment, on ne va pas chipoter), et évidemment les personnages. Dans le second, la galerie est plus étoffée avec Félix et Marie-Marie. Que dire, que dire ? Si ce n'est que lire un Frédéric Dard de temps en temps, ça ne fait pas de mal. C'est même tout le contraire, ça détend les zygomatiques, ça permet de renouer avec une langue absolument magique et fleurie, argotique et inventive. Alors deux à la suite, vous imaginez la gymnastique faciale...

Les enquêtes finalement, je m'en moque, ce qui me plaît le plus, ce sont les saillies de l'auteur, ses  digressions et les rapports que tous ses personnages entretiennent entre eux. Et là, je suis aux anges, je ris, je savoure, je me gausse... Rien à dire San Antonio, c'est du classique, du (pas) sérieux. 

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Une verrière sous le ciel

Publié le par Yv

Une verrière sous le ciel, Lenka Horňáková-Civade, Alma, 2018...,

Fin 1988, une jeune femme, Ana, dix-huit ans à peine, tchèque, sur le quai de la gare de l'est à Paris au retour d'une colonie organisée par le parti, décide de ne pas rentrer chez elle. Elle part, erre dans les rues de la capitale, se retrouve au Père Lachaise, sur la tombe d'Amedeo Modigliani. C'est là que Grofka, une femme belle et étrange lui vient en aide et lui propose d'être hébergée dans l'arrière salle d'un café tenu par Bernard. C'est donc dans ce café que Ana apprendra les coutumes et les habitudes françaises. Sur les conseils de Grofka, elle restera muette, aidera Bernard au café et rencontrera les piliers de ce petit bistrot de quartier. 

Un peu long et traînant parfois, ce roman gagne cependant à être découvert et son auteure à être lue. Je l'avais déjà rencontrée dans son précédent et très bon opus Giboulées de soleil. Cette fois-ci encore elle décrit une femme, Ana qui va se découvrir et se révéler au fil des pages. De jeune femme fragile et timide, elle devient une femme avec des envies, des désirs qu'elle compte bien réaliser. Elle s'y autorisera et l'on sent bien, une fois le livre fermé qu'à l'aube de ses vingt ans, l'avenir lui appartient et qu'elle fera tout pour le façonner à ses souhaits. 

Lenka Horňáková-Civade écrit de très belles pages sur la création qu'elle soit littéraire ou picturale, car l'un de ses personnages est peintre et la verrière du titre protège son atelier autant qu'elle y fait entrer la lumière. A noter que l'auteure est aussi peintre et née dans l'actuelle république Tchèque, elle parle donc ce de ce qu'elle connaît bien. J'ai bien aimé également les pages sur la manière dont l'éducation, les règles de la société dans laquelle on vit nous forge ; comment ce qui nous est inculqué nous reste à vie, mais que tout cela peut être tempéré ou accentué par les rencontres, ce que l'on apprend des autres. Elle explique bien aussi comment un symbole, une date, un rite particulier d'un pays n'est pas le même dans un autre. Elle prend l'exemple du 1er mai en France et en ex-Tchécoslovaquie où là-bas, il fallait défiler à la gloire du pays. 

C'est bien vu, cela permet de changer un peu sa manière de voir les choses, et de se rappeler tout ce que peut nous apporter l'autre, surtout lorsqu'il est étranger, un formidable contre-pied au discours de peur et de haine contre les réfugiés actuels passés et futurs.

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