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La revue dessinée

Publié le par Yv

La revue dessinée, Printemps 2018.....

Connaissez-vous La revue dessinée, revue d'informations en bandes dessinées ? Pour ma part, je l'ai découverte, il y a quelques semaines, chez l'un de mes frères, je l'ai feuilletée et évidemment en ai acheté un numéro, celui représenté ci-contre, le numéro du printemps (mars-avril-mai) 2018. Quatre numéros par an, plus de renseignements sur le site www.larevuedessinee.fr

Si comme moi les journaux d'actualité qu'ils soient télévisuels, radiophoniques ou papier vous agacent notamment parce qu'ils jouent sur le sensationnel, les émotions et oublient vite une information au profit d'une autre plus vendeuse, si donc comme moi, vous les fuyez et cherchez un moyen de vous tenir au courant des grands événements, de les comprendre, sans forcément vous cogner des sommes de spécialistes compétents certes, mais parfois abstrus, eh bien vous avez ici, sous vos yeux ébahis, l'un de ces moyens (que cette phrase fut longue !). Interviennent dans la revue, des bédéistes, des journalistes, sur des thèmes forts et parfois complexes : la Turquie d'Erdogan, le monde très particulier et fermé des abattoirs français, le Liban après toutes les années de guerre, l'agriculture et le label bio, les déserts médicaux, ... mais aussi des thèmes culturels et plus légers : Brigitte Fontaine, la Hoop-dance, le cinéma, ...

Beaucoup de bons points à cette revue : creuser certains sujets de manière pédagogique et instructive ; rendre les sujets même ceux qui nous intéressent a priori moins plus attractifs par le biais de la BD ; découvrir des auteurs, des dessinateurs, différents traits et/ou manières de dessiner. 

Bref, vous l'aurez compris, cette revue est à s'offrir, se faire offrir ou offrir. Tout renseignement sur le site indiqué plus haut. 

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Au-dessous du calvaire

Publié le par Yv

Au-dessous du calvaire, Hervé Jaouen, Presses de la cité, 2018 (première édition, 2005)...,

"Les Kermanac'h, cinq frères célibataires et leur sœur Naïg, exploitent en commun la ferme léguée par leurs parents. Pendant l'Occupation, tandis que la jeune Naïg vit son premier amour avec un soldat allemand, la fratrie se divise. D'un côté, il y a les pacifistes, de l'autre les partisans de la lutte armée dans des camps radicalement opposés : la Résistance et les milices nationalistes bretonnes que dirige le curé de la paroisse, collaborateur notoire." (4ème de couverture)

Avec habileté et en divers allers-retours dans le temps, Hervé Jaouen raconte le destin d'une fratrie dans les années de guerre. Bon, les sagas, ce n'est pas trop mon truc, mais lorsque c'est écrit par ce romancier, je prends. Malgré des longueurs évidentes, ce roman est intéressant à plus d'un titre. D'abord, comme à son habitude, Hervé Jaouen use d'une langue qui prend à tous les registres et qui est vive, jamais ennuyeuse ou pédante, jamais non plus racoleuse. Ensuite, à travers sa fratrie, il dresse le portrait de tous les gens de l'époque : ceux qui ont collaboré très activement, ceux qui ont résisté, ceux qui se sont contentés de vivre sans nuire aux uns ou aux autres et qui furent probablement la majorité des Français, celles qui ont aimé des Allemands et qui furent humiliées à la fin de la guerre.  D'autres personnages s'invitent dans son roman, tel le curé, Suzanne la maîtresse de Corentin, l'un des frères Kermanac'h,  la postière du village qui lit les courriers et informe la résistance, Momo le maquereau parisien venu se refaire la santé en Bretagne, et le plus marquant, un général allemand celtophile avéré, fin lettré, cruel, absolument détaché de la notion de vie humaine, décalé, drôle dans ses réparties tant elles sont dures, violentes et inattendues.

Et enfin, le plus présent dans ce roman, c'est la Bretagne, celle des Monts d'Arrée. Huelgoat et surtout Saint-Herbot. Les descriptions sont détaillées : paysages rudes et magnifiques, à tel point que l'envie d'y aller naît immanquablement, ainsi que celle de visiter la chapelle de Saint Herbot. Hervé Jaouen parle aussi d'histoire, et l'on apprend celle des milices nationalistes bretonnes, les bagadou stourm, mais aussi la vie difficile des Bretons de l'époque.

Comme d'habitude avec Hervé Jaouen, c'est l'assurance de passer d'excellents moments en Bretagne. 

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"Françaises, Français, Belges, Belges"

Publié le par Yv

"Françaises, Français, Belges, Belges", Pierre Desproges, Points, 2018.....

En 1982, à quelques jours d'intervalle, l'équipe du Tribunal des flagrants délires, sur France Inter, reçoit Daniel Cohn-Bendit (le 14 septembre) et Jean-Marie Le Pen (le 28 septembre). Pierre Desproges est le procureur de l'émission, celui qui accuse, et pour ces deux invités, le moins qu'on puisse dire c'est qu'il n'y va pas avec le dos de la cuillère (ce qui est sans doute une expression que ne comprendront que les plus âgés de mes lecteurs), raison pour laquelle, ces deux réquisitoires restent parmi les plus célèbres. Imaginez, de nos jours, un humoriste disant cela, dès le début de son sketch :

"Je n'ai rien contre les rouquins. Encore que je préfère les rouquins bretons qui puent la moule aux rouquins juifs allemands qui puent la bière. D'ailleurs, comme disait à peu près Himmler : "Qu'on puisse être à la fois juif et allemand, ça me dépasse." C'est vrai, faut savoir choisir son camp." Outre se fâcher avec les Bretons et les rouquins, il serait taxé d'antisémite, de collabo, surtout sur les réseaux sociaux où l'anonymat rend les insultes plus aisées... de tout ce qu'on veut, sauf d'humoriste. Desproges, en bon anar de droite -ou de gauche, ça dépend de qui il a en face de lui-, se plaît donc à méchamment brocarder les gauchistes (si si, à l'époque Daniel Cohn-Bendit en était) et encore plus les extrémistes de droite et à l'époque -comme maintenant et comme toujours, droit dans ses bottes à bouts pointus- JM Le Pen en était itou. Voici d'ailleurs comment il débute le réquisitoire à icelui consacré :

"Françaises, Français,

Belges, Belges, 

Extrémistes, extrémistes,

Mon président français de souche [Claude Villers],

Mon émigré préféré [Luis Rego],

Mesdames et messieurs les jurés,

Mademoiselle Le Pen, mademoiselle Le Pen,

Mademoiselle Le Pen, madame Le Pen [qu'on imagine toutes dans le public],

Public chéri, mon amour."

C'est court, mais déjà on sent que le texte sera fort et drôle. Il l'est incontestablement, c'est dans celui-ci qu'il fera sa démonstration aujourd'hui reconnue par tous : "On peut rire de tout mais pas avec tout le monde."

Bonne idée que de sortir en très court volume, pas cher, ces réquisitoires de Pierre Desproges, qui me font toujours autant rire. Et quelle langue, quelle écriture lorsqu'il part dans ses envolées lyriques ou lorsqu'il assène quelque propos tranchant ! (désolé, m'sieur Desproges, j'ai usé du point d'exclamation que vous dénonciez en ces termes : "ponctuation facile dont le dessin bital et monocouille ne peut qu'heurter la pudeur")  Oui, c'est dur, oui c'est parfois méchant, non ça ne passerait sans doute plus maintenant. Quel dommage qu'on ait perdu tant de liberté dans l'expression. Lisons et écoutons Pierre Desproges, tout Desproges, ça requinque notre humour et ça nous permet de ne pas trop désespérer des humoristes de maintenant...

PS : les deux textes sont suivis de citations de l'humoriste-auteur, du genre :

"Il y a plus d'humanité dans l’œil d'un chien quand il remue la queue que dans la queue de Le Pen quand il remue son œil."

"Réfléchissons : qu'est-ce qui différencie un Noir d'un Blanc à part la couleur de la peau et l'intelligence qui n'est pas la même chez Denise Fabre et Léopold Sédar Senghor ?"

"Dire que les Juifs ont de l'humour c'est aussi raciste que de dire que les Arabes sont des fainéants."

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Quichotte, autoportrait chevaleresque

Publié le par Yv

Quichotte, autoportrait chevaleresque, Eric Pessan, Fayard, 2018.....

"S'est-on jamais demandé ce que ferait Don Quichotte aujourd'hui ? 

Accablé par les nouvelles venues des quatre coins du monde, toutes plus terribles les unes que les autres, l'auteur de ce livre ne trouve de consolation que dans la littérature. Là se trouve l'ultime façon de résister au monde tel qu'il est. Là se trouvent les héros. Là se trouve le fabuleux chevalier à la triste figure, que l'auteur invite à revenir parmi nous. 

Notre triste époque ne fourmille-t-elle pas d'éplorés à protéger, de torts à redresser ?

Et si, mieux encore que la consolation, de la littérature venait le salut ?" (4ème de couverture)

Eric Pessan, écrivain prolifique et néanmoins auteur de romans excellents que je ne pourrais pas tous citer ici (allez voir  et encore ce ne sont que ceux que j'ai lus...) écrit, un jour où l'actualité le blesse encore plus que d'habitude, sur son écran d'ordi DON QUICHOTTE. Et de ce nom part cette idée de construire un roman qui entremêlerait une vie du héros de Cervantès toujours accompagné de Sancho Panza de nos jours et les réflexions de l'écrivain sur la vie, l'écriture, la littérature, l'économie, la géopolitique, le monde étrange dans lequel nous vivons qui marche sur la tête, qui ne reconnaît plus l'humanité, la fraternité, la liberté, sur les hommes qui  vivent aliénés par le travail, l'argent à gagner pour vivre, survivre ou amasser : "J'ai l'impression que ce livre doit être écrit ainsi, mêlant les aventures du Quichotte à mes questionnements d'écrivain. Et, surtout, j'en ai le désir. J'ai envie d'écrire, j'ai envie d'essayer, j'ai envie de tester cette structure, j'ai envie de me frotter au Quichotte, j'ai envie de faire vivre ma bibliothèque, j'ai envie de shooter dans ce qui m'étouffe, de prendre le réel entre deux mains et de le tordre jusqu'à en faire un nœud, comme les athlètes de cirque font d'une barre de fer. Et j'ai envie qu'il soit possible d'écrire juste parce que l'on en ressent le désir." (p.136)

Il est beaucoup question de littérature, des grands noms, de ceux qui ont écrit des livres importants, universels, qui ont donné le goût de la lecture à beaucoup et à Eric Pessan en particulier. Il est aussi question d'écriture, de ce travail dont beaucoup considèrent qu'il n'en est pas un, des efforts même corporels qu'il implique, des choix de vie sachant que peu d'écrivains vivent de leurs livres. Puis Eric Pessan parle aussi de ses indignations, de ses nausées lorsqu'il lit ou écoute ou regarde un journal d'actualité. Alors, il convoque Don Quichotte et Sancho Panza pour réparer les injustices, ce qui donne lieu à quelques passages épiques et drôles.

Certes, le livre n'est pas exempt de quelques longueurs et de répétitions dues à la manière dont l'auteur l'a écrit, sans relire la première partie avant d'aborder la seconde. Mais, malgré cela, je me suis régalé. D'abord parce que je partage beaucoup des points de vue, des indignations, des dégoûts et même des émotions et des sentiments de l'auteur. Ensuite, parce que ce livre n'a pas une forme qui permettrait de le ranger dans telle ou telle catégorie. Il est inclassable, perturbe donc un lecteur qui n'aimerait pas ne pas trouver de repères. J'adore ça quand un écrivain me trimbale loin des règles, des carcans et qu'il se joue des codes en abordant l'autobiographie, le roman d'aventures, la poésie, l'essai, le roman d'introspection, la farce, ... tout cela en un seul volume. Le texte coule aisément et l'on passe des aventures de Quichotte aux réflexions de l'auteur sans souci de compréhension ; les articulations se font naturellement comme si nous étions dans la tête d'Eric Pessan, ou dans la nôtre qui, parfois aussi saute d'une idée à une autre sans apparemment -mais il y en a- de lien. La seule difficulté éventuelle pourrait être dans le fait que ce-dit roman n'en est pas vraiment un tout en en étant un. Mais cette difficulté se transforme vite en découverte, puis en curiosité -ou vice-versa- et en réel plaisir de lecture.

Dire que je conseille ce livre serait un euphémisme, il faut le lire absolument, on cerne mieux après le travail d'un écrivain, un de ceux qui chaque jour se mettent à leur table de travail pour nous donner à nous lecteurs des moments inoubliables -ou pas-, du rire, de la joie, de l'émotion, ... Je pense avoir pris autant de joie à lire ce Quichotte, autoportrait chevaleresque qu'Eric Pessan à l'écrire.

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Coupable

Publié le par Yv

Coupable, Jacques-Olivier Bosco, Robert Laffont, 2018.....

Lise Lartéguy est lieutenante à la crim'. Lise est aussi une jeune femme très tourmentée, en proie à des crises d'une violence extrême qu'elle canalise avec La Méthode, celle que son père ex-flic lui a apprise : punir ceux qui commettent des crimes terribles mais échappent à la justice. Alors, certaines nuits, Lise enfourche sa moto, se faufile dans des lieux connus d'elle seule et des criminels qui s'y cachent et elle les corrige. Puis, sa vie reprend son cours. Lorsqu'une nuit, sa correction prend une mauvaise tournure et qu'elle reçoit une dose de drogue par l'une de ses victimes, elle part en vrille et ne sait plus ce qu'elle fait. Le lendemain, son parrain et protecteur, ami de son père, chef de la police, est retrouvé mort. Seule Lise, en voyant le cadavre, reconnaît sa méthode, et dès lors comprend qu'elle-même, en colère contre son parrain a pu le tuer. 

Retour de la lieutenante Lise Lartéguy après ses aventures vitaminées de Brutale. Lise est toujours en proie à ses actes de violence qu'elle réserve la nuit et à des êtres malfaisants, violeurs, tabasseurs voire les deux en même temps. Des mecs qui n'ont pas eu à subir les foudres de la justice ou si peu et qui ont laissé des victimes traumatisées à vie, des mecs qui persistent dans leurs actes horribles. Mais Lise est aussi flique et une pugnace qui ne craint ni le danger ni les pires des voyous. Ce second tome des aventures de Lise Lartéguy est comme le premier, dynamique, extrêmement rapide, vif. Pas une seule seconde d'ennui. La violence est parfois difficile à soutenir, mais elle sert le récit et Jacques-Olivier Bosco (JOB) raconte comment Lise en est arrivée à ces crises et comment elle tente de les intégrer à sa vie. Coupable complète donc Brutale de fort jolie manière. Lise est une jeune femme très attachée à ses proches, ses deux collègues, Brigitte et Paupiette, à son amoureuse, Solveig. C'est dans ces relations qu'elle puise sa force de continuer. 

Outre un rythme effréné, JOB nous régale avec des intrigues qui se mêlent, certaines venues du passé de Lise, et il sème des indices qui nous mettent sur la voie ; jamais le plaisir de lecture ne s'émousse. Dans ce roman, il laisse une plus grande part à la personnalité de Lise rendant son polar moins tendu -encore que...- mais tout aussi passionnant. 

J'aime lire JOB parce que ses polars sont efficaces, énergiques, balayent tout sur leur passage, même les envies de dormir ou d'allumer le téléviseur, ce qui est bien, ça l'est un peu moins lorsque je dois préparer le repas du soir (euh, ce soir c'est coquillettes au beurre !). Je ne citerai pas d'extrait, tout simplement parce que je n'ai pas eu le temps d'en prélever un, ça va trop vite. 

Je ne sais pas si Lise reviendra, j'ai l'impression que cette série est un diptyque, que JOB n'a pas voulu prolonger les aventures de son héroïne. Si néanmoins, prend à Lise l'envie de revenir raconter ses enquêtes, nul doute que je les lirai avec attention.

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C'est une pastèque ? Non, c'est un chien

Publié le par Yv

C'est une pastèque ? Non, c'est un chien, Pierre Charentus, Ed. Margot, 2018.....

"Vous vous demandez ce que peuvent bien se raconter Miranda le chameau et Jean-Michel l'oie lorsqu'ils se croisent ? Vous avez toujours rêvé d'assister à la rencontre entre Zorro et un type déguisé en le Mont-Blanc ?

Interrogations existentielles, discussions autour du pâté végétal, tranches de vie et aventures épiques... Plongez les yeux fermés dans ce bain d'humour et de poésie !" (4ème de couverture)

Plongez, certes, mais les yeux fermés, ça risque d'être compliqué pour lire les textes et apprécier les dessins. Facile -mais inévitable- comme blague, je le sais, je me mets au diapason de ce drôle de livre. Drôle par le titre, par la préface de l'auteur et par son contenu dans lequel on passe de gamineries, de blagues potaches à des questions philosophiques, des remarques qui interpellent. Si vous connaissez l'expression "avoir un dialogue de sourd", sachez que Pierre Charentus l'illustre parfaitement, ses personnages, parfois humains, parfois animaux, parfois un mélange des deux ne s'écoutant pas toujours, voire presque jamais. Il doit être un frère ou un fils caché de Philippe Katerine tant leurs univers se télescopent. Cette manière de ne rien prendre au sérieux, de dire des banalités, des conneries et au détour de l'une d'elles, hop, l'illumination pour le public de se dire, pas con, il vient de dire un truc profond, en quelques mots simples et une pirouette ou une boutade. De même que la voix du chanteur est fragile, le dessin de Pierre Charentus est volontairement (?) enfantin, malhabile, un peu comme si c'était moi qui avais pris le bic effaçable -et même les pires dessins de vos enfants ramenés de l'école vous apparaitraient alors comme des chefs d'oeuvre. 

Franchement très drôle, très décalé, loufoque, burlesque, ubuesque, au-delà de l'absurde, je dirais absurdissime. Je découvre aussi les éditions Margot grâce à ce titre qui en plus ne coûte pas très cher. Aucune raison de se priver.

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L'amour propre

Publié le par Yv

L'amour propre, Olivier Auroy, Intervalles, 2018.....

"Au salon de massage de M. Victor, rue de Courcelles, Waan semble jouir d'un statut de favorite. Est-ce parce que le propriétaire des lieux l'a vue grandir ?

Depuis qu'elle est devenue orpheline, Waan sait gré à M. Victor de lui avoir évité la fin tragique de la plupart des filles de sa condition en Thaïlande. Mais toute protection a un prix, et si l'écrin somptueux dans lequel elle pratique aujourd'hui n'a rien à voir avec les arrière-cours miséreuses de Chiang Rai, depuis quelques semaines Waan ressent une inquiétude diffuse." (4ème de couverture)

On entre de plein fouet dans ce roman et bien malheureux  serait celui -ou celle- qui ne parviendrait pas à s'intéresser à icelui, car il passerait à côté d'un roman noir étonnant, original et captivant pour ne pas dire envoûtant, de bout en bout. Envoûtant sans doute par le lieu central, le salon de massage. Le travail de Leïla la Marocaine, Katia la Russe et Waan la Franco-Thaïlandaise est minutieusement décrit et concourt pour beaucoup dans la sensualité, l'ambiance très particulière, ouatée mais aussi dure notamment lorsque le désir des hommes est abordé. Ceux qui avec arrogance et suffisance méprisent les masseuses et s'attendent à des extras sexuels. Ceux qui, pourtant pas très attirants sentent que le pouvoir qu'ils exercent dans la société les rend désirables, alors que les trois jeunes femmes ne voient que des corps. L'écriture d'Olivier Auroy est fine, délicate, directe ; s'il sait décrire les corps, les massages sensuellement ou cliniquement, il sait aussi dire les violences que ces femmes ont subies, psychiques, physiques. 

Rendu à la moitié du volume, soit environ à la page 130, je me suis fait la réflexion que je n'étais pas vraiment dans un thriller, que l'histoire avançait doucement, mais en fait, c'est juste que j'étais déjà totalement en empathie avec Waan et que son histoire m'habitait au point de ne pas m'apercevoir que la tension montait irrémédiablement. L'autre raison pour laquelle je me sentais bien dans ce roman, c'est l'ambiance que je décrivais plus haut et les personnages d'Olivier Auroy, très fouillés, les trois masseuses du salon de M. Victor notamment. Chacune d'elle a des raisons de se retrouver à exercer ce job dans des conditions de soumission et de "semi-captivité". De très belles pages leurs sont dédiées, elles-mêmes parfois violentes, dures, mais aussi pleines de tendresse, d'amour et de respect. Et encore ont-elles eu un peu de chance, elles auraient pu se retrouver dans des réseaux de prostitution sans doute encore plus mal loties que dans ce salon. 

La force de ce roman est d'allier "l'univers clos et énigmatique des salons de massage" (4ème de couverture) à une intrigue policière beaucoup plus terre à terre et de nous faire voyager entre la France et la Thaïlande. Je sors de ce roman chamboulé, nul doute que me resteront longtemps en tête Waan et ses collègues, mais aussi tout ce que j'ai pu lire sur les conditions de vie des femmes en Thaïlande (notamment les très jeunes), des femmes dans certains salons de massage attirant des hommes de pouvoir, des femmes en général soumises au désir des hommes et à leur violence. 

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Confucius toute une vie

Publié le par Yv

Confucius toute une vie, Chun-Liang Yeh, Clémence Pollet, HongFei, 2018..... 

551 avant notre ère, Qiu Kong naît dans un pays gouverné par les Zhou depuis des siècles. Celui qui deviendra Confucius va à l'école, apprend à compter, à écrire et aime aller au temple. Bref, Confucius, sa vie son oeuvre. Texte de Chun-Liang Yeh et illustrations de Clémence Pollet pour ce très bel album, beau-livre illustré, pas une bande dessinée. 

Livre destiné à la jeunesse pour mieux savoir qui était Confucius, comment il est devenu ce grand penseur et lire quelques unes de ses maximes. Un dossier final permet aux plus grands de préciser la vie du philosophe chinois et pourra servir de base de réponses aux questions des plus jeunes.

C'est un album très instructif et très beau. Les dessins sont colorés, réalistes, magnifiques, ils attireront l’œil et illustrent un texte simple qui permet de raconter l'histoire du penseur aux plus jeunes. Les éditions HongFei publient là, un très joli livre.

Pour finir, je ne peux résister à placer une citation de Fucius qui avait oublié d'être con (dixit Pierre Desproges) : "Les seules richesses des gouvernants doivent être la justice et l'équité." A bon entendeur...

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The end

Publié le par Yv

The end, Zep, Rue de Sèvres, 2018.....

Théodore Atem intègre en Suède, l'équipe de recherche du professeur Frawley qui "tente de démontrer que les arbres détiennent les secrets de la terre à travers leur ADN, leur codex." (4ème de couverture)

Quelques jours auparavant, dans une forêt d'Espagne, des voyageurs sont morts mystérieusement. Théodore fait un lien entre ces morts, l’apparition de champignons toxiques et une usine pharmaceutique située pas loin de son lieu d'études. Le professeur Frawley n'y croit pas, Théodore insiste et continue ses recherches.

Très loin de Titeuf ou de l'excellent Captain Biceps, Zep dessine et scénarise des albums fort réussis sur des thèmes actuels et toujours liés à l'homme, sa vie son oeuvre. Cette fois-ci il est question de la relation homme nature et du mal que celui-ci cause à icelle. J'aime bien la théorie du professeur Frawley qui dit que les dinosaures ont disparu de la terre parce qu'ils ont "cessé de participer à l'équilibre général" en dévorant "les ressources terrestres et [n'apportant] rien en retour", alors que nous les Hommes sommes encore inexplicablement sur cette planète bien que nous fassions pire que les dinosaures puisque "nous, nous créons le déséquilibre." (p.36)

Cet album est tout de cases monochromes, mais alterne les couleurs : vert, bleu, sépia, gris, ocre. Je n'ai pas cherché à savoir s'il y avait une signification à chaque teinte, peu importe, je me suis laissé embraquer dans cette histoire militante qui prône le respect de la Terre et de la nature, qui met en images les valeurs écologiques, sans pour autant tout rejeter de ce qui fait nos vies actuelles. Zep ne fait pas dans le manichéisme de mauvais aloi, les bons écolos et les mauvais sur-consommateurs, il pousse à réfléchir à travers une fable, un conte pas drôle du tout, qui flirte avec le surnaturel, la science fiction mais qui pourrait bien être dans pas très longtemps réaliste si rien n'est fait pour réduire l'impact et le déséquilibre de l'homme sur la planète.

Et le titre, emprunté aux Doors que le Pr Frawley écoute en boucle.

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