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La ferme aux poupées

Publié le par Yv

La ferme aux poupées, Wojciech Chmielarz, Agullo, 2018 (traduit par Erik Veaux)....,

Muté, dans le cadre d'un échange de compétences, dans la petite ville de Kretowice, l'inspecteur Jakub Mortka est en fait sanctionné après une sale affaire qu'il a traitée à Varsovie (voir Pyromane).

Kretowice, petite ville sans histoire, sauf que bientôt, une fillette de onze ans disparaît, sans doute enlevée et tuée par un pédophile. Icelui est très vite arrêté mais ce qui semblait être une enquête rapide révèle d'autres aspects lorsque l'inspecteur Mortka, dit Le Kub entre dans les mines d'uranium à l'abandon.

Fin du suspense initié ici même il y a deux jours (voir Pyromane), voici donc le tome N°2 de la série avec Le Kub, dans sa livrée verte fluo, du meilleur effet et très simple à retrouver lorsqu'on ne sait plus trop où on l'a posé, si tant est que l'on se permette de le poser avant de connaître le dénouement. J'avoue l'avoir fait, car il souffre d'un très léger embonpoint pas rédhibitoire certes, mais un petit régime eut été une bonne idée. Ceci étant dit, Pologne oblige, le dépaysement est assuré, mais dans un cadre bien connu celui du roman policier. Vrai polar avec les codes du genre, le flic un peu bourru et solitaire, tête de mule, obstiné et parfois mal embouché, ce deuxième tome de la série ne remet en rien mon envie de continuer à lire les aventures de Mortka, au contraire, je sens qu'il y a là, un vrai bon filon. En plus de filer son enquête, de nous embrouiller, de nous perdre et dans le même temps de nous glisser des indices nous posant question, l'auteur a la bonne idée de parler de son pays. La domination russe est encore très présente dans les esprits, notamment lorsqu'un narrateur s'exprime sur l'histoire de Kretowice et de ses mines d'uranium largement exploitée par l'ex-URSS. L'intrigue est importante, les personnages aussi, chacun, même celui qui n'intervient que peu a le droit à quelques lignes descriptives et la Pologne l'est aussi, plutôt d'un point de vue social, ce que vivent au quotidien les Polonais, leurs humeurs, leurs idées, parfois reçues, parfois dures, mais assez parlantes quant à leur état d'esprit. J'aime bien lorsqu'un polar s'appuie sur un contexte qu'il explique ou qu'il expose. 

Un conseil pour finir ? Voilà, nous sommes au mois de juin, l'été arrive bientôt, et les vacances, commandez ou allez acheter les deux tomes de Wojciech Chmierlaz car ils pourraient bien être vos polars de l'été, et cette couverture verte fluo qui fera sensation sur les serviettes sur la plage ou sur les transats, enfin partout où vous serez, à tel point qu'il vous faudra en conseiller l'achat, chose aisée à faire puisque vous inspirerez alors un excellent moment de lecture.

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Pyromane

Publié le par Yv

Pyromane, Wojciech Chmielarz, Agullo, 2017, (Le livre de poche, 2018, traduit par Erik Veaux).....

Varsovie subit l'hiver le plus froid depuis longtemps, les températures descendent la nuit jusqu'à moins vingt. Mais la ville subit également une série d'incendies d'origine criminelle. L'inspecteur Jakub Mortka, dit Le Kub, est demandé sur le lieu du troisième, car celui-ci a fait deux victimes : un homme mort et une femme grièvement blessée en voulant échapper aux flammes. La victime, Jan Kameron est un industriel qui fraye avec la pègre locale, sa femme Klaudia qui lutte pour survivre est une ancienne miss, ex et éphémère vedette de la chanson polonaise. 

Nouveau venu en littérature policière, le Polonais Wojciech Chmielarz -pas facile à écrire et pas plus aisé à prononcer pour un Français- écrit là le premier tome d'une série avec Le Kub (ce premier, Pyromane, est paru initialement chez Agullo -et aussi cette année au Livre de poche, version dans laquelle je l'ai lu, mais je préfère la couverture Agullo, raison pour laquelle elle illustre ma recension).

La Pologne n'est pas le pays auquel on pense immédiatement lorsqu'on parle polar (sauf Les impliqués, Un fond de vérité de Zygmunt Miloszewski) et pourtant tout est juste dans ce roman, tout tourne et s'emboîte admirablement. C'est même un contexte beaucoup plus ressemblant au nôtre que ceux d'Amérique du nord. Bien ancré dans son pays et dans son époque avec un héros attachant, qui se moule dans les codes du genre : divorcé, à fond dans son travail, buvant pas mal, solitaire, ... ce roman se suit avec enthousiasme et beaucoup de plaisir. J'ai aimé suivre Le Kub, flic pas toujours sympathique, avec de grosses qualités bien sûr mais aussi des défauts qui le rendent humain, des peurs, des angoisses, des certitudes et des convictions et des envies fortes comme celle de faire son travail le plus sérieusement possible, de parvenir à résoudre ses enquêtes pour soulager -si tant est que ce soit possible- les victimes. Quitte pour cela à mettre sa vie personnelle en péril.

Roman sans temps mort, une vraie réussite qui donne naissance à un héros que j'ai très envie de suivre dans ses prochaines aventures, et mon petit doigt me dit que je ne vais pas tarder à... Suspense...

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Je suis un guépard

Publié le par Yv

Je suis un guépard, Philippe Hauret, Jigal polar, 2018....

Lino, au service militaire, assiste à un tragique accident qui coûte la vie à Tony avec qui il avait créé des liens amicaux. Vingt années plus tard, Lino végète dans son boulot, au 37ème étage d'une tour, classant et rangeant de la paperasse dans une sale ambiance. Lino est un solitaire, il n'a pas d'amis, rentre chez lui après son taf, picole le ouiquende et repart le lundi matin à peine remis de sa gueule de bois.  Lorsque Jessica vient squatter devant sa porte pour se réchauffer un peu et éviter de se faire agresser dans les rues où elle dort et fait la manche, Lino ne peut s'empêcher de lui filer un coup de main.

Après Je vis, je meurs un peu plat et Que Dieu me pardonne, nettement plus convaincant, retour de Philippe Hauret, toujours chez Jigal polar, pour un troisième titre qui serait un peu le mélange des deux précédents mais un mélange riche qui puiserait dans ce qu'ils ont de meilleur. Lino et Jessica sont des personnes cassées par des événements qui les ont détruits et qu'ils ne parviennent pas à surmonter. Leur drôle de rencontre leur fera connaître des gens de la bonne société, des gens riches qui n'ont que la préoccupation de dépenser leur argent alors qu'eux peinent à en gagner.

Philippe Hauret écrit un roman sur notre société qui ne va pas bien, qui laisse se paupériser un tas de travailleurs et de gens qui vivent avec très peu d'argent pendant que d'autres se goinfrent. Il bâtit son histoire à partir de petits faits qui semblent des détails et qui peuvent devenir importants quelques pages plus loin. Ils s'imbriquent, se jouent des hommes et des femmes, des destins, pour arriver au pire, bien que le meilleur ne soit pas si inaccessible. Ce pire qui n'est jamais loin et qui, souvent lorsqu'il advient, aurait pu être évité de très peu. La vie des personnages de Philippe Hauret se joue à un cheveu, à une seconde près.

Dans ce roman noir l'auteur évite les stéréotypes des riches méchants et pauvres gentils. Tous, qu'ils aient du pognon ou non ont des failles, des fêlures, et subiront les conséquences de leurs actes ou de ceux d'autrui ou de leur inertie. C'est bien vu, bien fait. De la belle ouvrage qui se lit d'une traite tant on se sent happé par ces personnages, leurs vies et la crainte de ce qu'il vont faire. On aimerait leur dire de ne pas se lancer dans telle ou telle entreprise vouée à l'échec et aux terribles conséquences comme on le fait à des gens qu'on aime bien. Parce qu'on les aime bien Lino et Jessica, et Melvin et Charlène aussi -mais comme je ne vous ai pas dit qui étaient ces deux derniers, à vous de les découvrir dans ce très bon roman noir, qui, comme dans les précédents livres de Philippe Hauret recèle néanmoins une once, et même un peu plus, d'espoir. C'est du noir, certes, mais avec des touches de couleurs plus chaudes.

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Les adultes n'existent pas

Publié le par Yv

Les adultes n'existent pas, Sylvia Hansel, Intervalles, 2018....

Julie, trentenaire, célibataire depuis peu, elle vient de quitter Milan mais continue à habiter avec lui -les logements pas cher ne pullulent pas à Paris- est hôtesse d'accueil. Un pis aller. Son rêve est de faire de la photographie mais malgré quelques tentatives assez réussies, elle sait que cette activité ne nourrit pas son homme ni sa femme. Résignée, Julie, tous les jours rejoint son poste d'accueil. Un jour, Joël, un photo-reporter passe la porte, elle tombe sous son charme et sans doute vice-versa, elle n'en sait trop rien. Alors, sans prévenir, les grands moments d'interrogations, d'introspection naissent en Julie. Toutes ses copines et copains commencent à se ranger, à ne plus boire, à manger équilibré et faire des enfants, pourquoi n'en a-t-elle pas envie ? A trente ans est-on adulte ?

Sylvia Hansel a déjà écrit un roman, Noël en février. Celui-ci est son deuxième. Elle est aussi journaliste, chanteuse et bassiste dans un groupe de rock indé et a publié des albums solo on peut se faire un idée et se renseigner ici)

C'est sur un ton résolument libre, je ne dirais pas féministe que Julie s'exprime : elle dit qu'elle vit comme elle le veut et que les opinions et regards des autres ne l'intéressent pas, elle pratique l'égalité des sexes comme si ce n'était même pas une question, car ça ne devrait pas l'être.

C'est aussi sur ce ton résolument libre, moderne, léger et assez drôle que l'auteure bâtit son roman. Je ne sais pas pourquoi, je pensais au départ à un roman de souvenirs d'enfance. Mais que nenni ! On est en pleine introspection et interrogations existentielles comme je l'écrivais plus haut. Entre Bridget Jones et Joséphine et son chat Bradpitt, mais beaucoup plus française que la première -et c'est un compliment- et beaucoup plus sexe alcool et rock'n'roll que les deux précédentes, et son chat à Julie se nomme Pablo Escobar (et le chien de sa copine c'est Alain Prost). Ce serait un mélange des deux filles précédentes, mais beaucoup moins bru idéale. 

Entre deux bières, elle réfléchit, se pose des questions : "Le concept d'adulte serait-il monté de toutes pièces pour impressionner les enfants, comme le Père Noël ? Adulte, on n'est jamais qu'un gamin à qui on a confié des responsabilités, avec lesquelles on se démerde comme on peut." (p.106)

Plutôt et enlevé ce roman. J'ai aimé passer ces moments en compagnie de Julie, même si sa vie est loin de la mienne, j'ai aimé la voir avancer, se poser des questions trouver ses réponses. Sylvia Hansel mène son propos joliment et sans ennui pour le lecteur plus vraiment trentenaire que je suis. Désinvolte, pas politiquement correct, effronté, en même temps que facétieux, pétillant et volontiers goguenard, c'est un roman très agréable qui m'a fait passer de très bons moments.

PS : j'écoute ses albums solo en écrivant ce billet, bon choix, très bonne BO. 

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Au pays des barbares

Publié le par Yv

Au pays des barbares, Fabrice David, sang neuf, 2018...,

Awoise-Gelle dans les Ardennes, le club de foot local qui joue en cinquième division est avant-dernier et menacé de descendre, ce qui signifierait sa fin. Moïse, supporter assidu ne peut se résoudre à cette option et est prêt à tout pour faire mentir les pronostics. Mais son projet mal ficelé risque bien de lui attirer de très gros ennuis... dans le meilleur des cas.

Magguy et Annie vivent ensemble à plusieurs centaines de kilomètres d'Awoise-Gelle. Un traumatisme subit par Magguy remonte à la surface et pourrait bien lui faire croiser la route de Moïse.

Mises à part quelques maladresses et erreurs, je dois dire que ce polar ne laisse pas insensible. Évacuons les erreurs : la nourrice d'un garçonnet qui va jouer un rôle important est une fois asiatique et quelques pages plus loin antillaise..., la voiture du papa est lorsqu'il arrive à un rendez-vous une Mercedes et deux pages plus loin, lorsqu'il repart, une Audi. Les maladresses, maintenant ou plutôt la maladresse qui est de parler dans le couple lesbien d'une des deux qui fait l'homme, ou alors c'est moi qui suis trop politiquement correct.

Ces réserves dites, j'ai passé un moment particulier avec ce roman qui met mal à l'aise tant les personnages décrits et les situations sont réalistes et glauques. Fabrice David parle d'arnaques de pauvres types, prêts à tout pour sauver un obscur club de foot d'une obscure petite ville sinistrée. De l'arnaque à la petite semaine où l'on craint pour sa vie pour moins de cent euros et où 500€ représentent une somme impossible à réunir, même à plusieurs. On est loin des polars qui brassent des centaines de milliers d’euros et des joueurs de foot stars qui empilent les millions pour taper dans la baballe (et non, je n'aime ni le foot ni surtout le fric qui corrompt tout et notamment le sport et qui est désormais un but à atteindre pour beaucoup de jeunes qui voient ces "stars" comme des héros et des modèles).

Le polar de Fabrice David est rural -Awoise-Gelle est une petite ville-, humide, froid, pisseux. On y ressent et/ou sent et/ou voit la crasse, les odeurs, les taudis, les gens à 50€ près pour qui la grande Histoire de France n'est pas la préoccupation principale -cf notre Président méprisant les petites gens- leur souci quotidien est de pouvoir se nourrir et trouver de quoi tenir jusqu'à la fin du mois.

Le romancier est journaliste sportif, travaille pour "Téléfoot", bon, personne n'est parfait. Il bâtit un roman avec différents narrateurs, seul Moïse dit "je", alterne les chapitres avant que tous ne se mêlent très adroitement je dois dire. La tension est nette et monte au point de ne pas se coucher tôt pour connaître le dénouement.

Noir, sombre, ne donne pas forcément une belle image de la région qui est un contexte fort et qui participe de cette ambiance froide et humide où les hommes font ce qu'ils peuvent pour vivre ou survivre dans des boulots mal payés, purement alimentaires et où gagner 2000€ mensuels vous fait passer dans la catégorie des riches. Très bon roman, à ouvrir si l'on n'est pas submergé par des envies suicidaires. Frissons et tension garantis.

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Le pays d'où l'on ne revient jamais

Publié le par Yv

Le pays d'où l'on ne revient jamais, Julien Thèves, Christophe Lucquin, 2018...,

Le narrateur revient à H. la ville dans laquelle il a grandi, dans le Pays Basque. Il égrène les souvenirs d'une enfance pas très heureuse dans cette petite ville dont il n'est pas originaire. Entre des parents qui semblent unis et qui se sépareront quelques années plus tard, un petit frère peu bavard contrairement à lui et le sentiment de n'être jamais à sa place. Le pays d'où l'on ne revient jamais, c'est l'enfance, celle qu'évidemment jamais aucun de nous ne revivra. 

J'ai été assez dérouté par la première partie, par sa forme faite de répétitions de bouts de phrases, comme certains poèmes, mais sans forcément retrouver la grâce d'iceux. Et puis, arrive la deuxième partie, plus linéaire qui explique  les pages précédentes et permet de se situer dans ce récit. Puis les parties qui suivent continuent sur le même mouvement. C'est donc plutôt circonspect que j'ai débuté ce livre qui m'a gardé les bonnes surprises sur la fin.

L'enfance du narrateur ne fut pas joyeuse, malgré certains moments de partage avec d'autres enfants. Le déracinement, le fait de n'être pas d'ici, qu'il ressent fortement dans les discours et les actes des autres, la séparation des parents, la ville qu'il n'aime pas. Le ton est mélancolique, nostalgique. Les souvenirs sont faits de faits réels mais aussi de choses racontées, imaginées et c'est ce mélange dont parle Julien Thèves. On sent une tristesse chez l'homme qui raconte son enfance et chez ses parents. C'est beau, un peu plombant, mais heureusement ce n'est pas un pavé. 

Une belle écriture qui joue sur les répétitions, sur les ruptures temporelles et dans l'enchaînement des faits, d'où les répétitions pour se resituer. On peut ne pas aimer. C'est un style particulier qui change des productions courantes. Un conseil : tester pour se faire sa propre idée.

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Tête en l'air

Publié le par Yv

Tête en l'air, Richard Gaitet, Paulsen, 2018...,

Motivé pour être le premier écrivain dans l'espace, projet qu'il explique aux éditrices de Paulsen, Richard Gaitet se voit proposer plutôt d'être le premier à écrire un livre sur le mont Blanc du point de vue d'un novice. Son guide sera René Ghilini, un alpiniste réputé, chasseur de cristaux. C'est l'histoire de la préparation à cette ascension que Richard Gaitet raconte, puis en apothéose, cette fameuse montée jusqu'au sommet.

Génialement sous-titré par une longue phrase qui résume fond et forme : "Récit authentique et déséquilibré d'une ascension du mont Blanc par un blanc-bec à lunettes inexpérimenté qui, au cours de son voyage, réapprit à marcher.", ce livre est aussi l'occasion pour Richard Gaitet d'en appeler aux écrivains majeurs qui ont écrit sur les grands espaces, la montagne, les voyages, les sensations fortes et aux pionniers de l'alpinisme, à ceux qui ont découvert le mont Blanc et d'autres sommets. Très documenté et très drôle l'histoire de la préparation de ce "sportif proche de zéro, bigleux comme pas deux, finaliste annuel des championnats du monde des empotés, fêtard gourmand doté d'un charmant petit ventre à bière, descendant d'une longue lignée de cardiaques et intello poli du 20e arrondissement de Paris" (p.13)

Le décor planté, je dois dire que j'ai apprécié ma lecture bien que je sois très loin de la montagne, que je n'y sois allé qu'à de très rares occasions et que l'exploit sportif est aussi loin de moi qu'un saucisson pur porc d'un musulman (très) pratiquant. Ma relation avec le sport est conflictuelle, je ne l'aime pas et il me le rend bien.

Le plus de ce livre par rapport à tout autre, c'est évidemment le ton, entre le sérieux de la préparation et la fanfaronnade quasi permanente. Et puis un peu de lyrisme dans les descriptions des paysages et dans la fin lorsque l'objectif est atteint, sans doute le manque d'oxygène, le fameux mal des montagnes qui touche le romancier-alpiniste bien qu'il soutienne ne pas en avoir souffert, mais nous à le lire, on le ressent bien, ou alors c'est l'euphorie d'avoir réussi, c'est même sûrement cela, les deux causes ayant les mêmes conséquences.

C'est aussi une histoire de rencontres, avec René Ghilini et sa femme Petra bien sûr, mais aussi de plus éphémères avec des compagnons d'ascension ou d'entraînement, tous des gens fous de montagne, qui mesurent les risques tout en sachant que parfois, la montagne n'en fait qu'à sa tête, surtout maintenant avec le dérèglement climatique qui gêne les prévisions météorologiques et bouleverse fondamentalement la nature. 

Récit musical aussi, Richard Gaitet met en exergue -entre autres- une phrase tirée d'une chanson d'Alain Bashung, de son excellent et noir album L'imprudence. D'autres groupes et chanteurs sont cités. Personnellement, je n'ai pu me défaire, à chaque fois que je lisais le titre du livre, de la chanson de Jacques Higelin, qui porte le même nom. Allez, je suis bon, la voici.

 

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Petit bouton de nacre

Publié le par Yv

Petit bouton de nacre, Ella Balaert, Cours toujours, 2018.....

1992, Poéma assiste à un défilé de mode et s’apprête à commettre le pire lorsqu'elle tire un pistolet de son sac. 

1970, Monique-Mohéa travaille à la chaîne dans une entreprise qui fabrique des boutons de nacre, en Picardie. Purement alimentaire, son travail la mine.

1947, atoll des Tuamotu, Hérémiti attend qu'Aumoé, son mari rentre. Il est pêcheur d'huîtres, de celles qu'on envoie en métropole pour en faire des boutons de nacre.

Trois femmes liées par le sang et par la nacre, trois époques et deux univers : l'atoll des Tuamotu pour la pêche des huîtres, et la Picardie, la ville de Méru, capitale de la nacre. 

Avez-vous déjà pensé à la manière dont on fabrique les boutons de nacre ? Avez-vous même déjà réalisé que certains boutons étaient en nacre ? Moi pas. Alors, c'est dire si je rentre dans un monde inconnu duquel j'ai tout à apprendre. Et j'ai appris (rien n'empêche ensuite de pousser la recherche sur les procédés de fabrication des boutons de nacre). Même si ce court roman n'est pas un manuel de fabrication desdits boutons, ils sont en toile de fond, le contexte et les causes des enchaînements de tous les événements. Pour être complet sur ce sujet, les éditions Cours toujours ont demandé à des écrivains d'écrire sur des choses ou des objets emblématiques du nord de la France. Pour Ella Balaert c'est le bouton de nacre. Le livre est illustré d'un dossier iconographique final. 

Comme à son habitude, Ella Balert parle des femmes avec sa sensibilité, la grande tendresse qu'elle a pour ses héroïnes et que l'on ressent nous aussi lecteurs. Son écriture est à la fois directe et poétique, plonge dans les cœurs et les questionnements de ces femmes mais ne néglige pas la description des paysages, notamment ceux de l'atoll des Tuamotu.

Fin et délicat, touchant et beau tout simplement. Ce roman a fait l'objet d'une lecture au Musée de la nacre et de la tabletterie de Méru en avril de cette année. Contrairement à d'habitude, j'ai fait court, mais tout est dit en peu de mots, tout le bien que je pense de cette écrivaine et que répète de livre en livre

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Hunter

Publié le par Yv

Hunter, Roy Braverman, Hugo thriller, 2018.....

Hunter est incarcéré depuis plus de dix ans pour une série de meurtres commis à Pilgrim's Rest, une vallée perdue des Appalaches. Cinq hommes assassinés et leurs femmes disparues. Hunter s'évade et revient dans la vallée pour se venger et trouver celui pour qui il a payé, car il se dit innocent. Mais il est suivi de près par Freeman, le père de l'une des femmes disparues qui l'enlève et veut lui faire avouer ses crimes et l'emplacement du corps de sa fille. Mais une série d'événements, et parmi eux la neige qui tombe en abondance et le froid extrême, vient chambouler les plans de tous les acteurs de ce polar.

Roy Braverman écrit là son premier thriller sous ce nom puisqu'il est plus connu sous un autre pseudonyme, celui de Ian Manook auteur de la trilogie avec Yeruldelgger, le flic mongol. J'ai tellement aimé cette série que j'hésitais un peu avant de me lancer dans une autre, enfin pas trop longtemps et tant mieux parce que Hunter -qui devrait aussi être une trilogie- est captivant, haletant. On est loin, très loin de la série précédente, tant géographiquement que pour l'écriture et l'intrigue. 

Le lecteur est placé en connaisseur de quasi -parce qu'une surprise n'est pas à exclure- toute la situation et en sait donc plus que les policiers et que chacun des protagonistes, sans que cela ne nuise à son plaisir de voir l'intrigue se dérouler. Habilement construit, le récit alterne les narrateurs et revient sur des faits à travers différents points de vue ce qui nous permet de mieux les comprendre et d'envisager la situation globale. Courts chapitres qui permettent de souffler dans cette histoire dure, violente et froide. Tout est hostile : le climat, les habitants du coin, le flic local, les agents du FBI qui tardent à arriver, bref une ambiance délétère pour qui viendrait paisiblement en ce lieu isolé. Ce presque huis clos est oppressant, tendu de bout en bout. Une tension qui ne retombe pas, pas même à la fin, cardiaques attention exigez la pose d'un pacemaker avant d'en commencer la lecture. Roman noir, très noir, d'un noir très sombre pourrais-je écrire si je ne craignais pas les pléonasmes. 

Entre deux traques, deux engueulades entre mecs et deux rebondissements -qui ne manquent pas-, Roy Braverman en profite pour placer des banderilles contre le système étasunien qui laisse des centaines de personnes innocentes en prison et dans les couloirs de la mort, contre l'extrême violence qui règne dans les lieux de détention, la privation de liberté certes, mais aussi la privation de l'humanité. Son propos est fort et virulent, à l'image de tout son livre qui pourra peut-être gêner les plus sensibles d'entre nous, mais j'ai souvenance que Yeruldelgger n'était pas un tendre non plus. Tout le talent de l'auteur réside dans le fait de nous faire oublier la Mongolie, ses us et coutumes et de nous plonger totalement dans un thriller étasunien. Tout change, les lieux, les paysages, les personnages mais aussi l'écriture de Roy Braverman, je ne saurais dire comment, il faudrait que je relise la série précédente, mais aucun doute possible on est bien aux Etats-Unis dans un coin perdu, rural et pas très accueillant.

Est-il besoin de préciser que j'attends la suite avec impatience ?

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