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Gaston 3. Gala de gaffes

Publié le par Yv

Gaston 3. Gala de gaffes, Franquin et Jidéhem, 2018.....

Réédition de tous les albums de Franquin. Toutes les planches, certaines inédites ont été remastérisées et recoloriées. 

J'ai reçu cette bande dessinée par le site Lecteurs.com, il me semble que j'avais joué il y a quelques semaines. C'est un site de partage autour du livre, qui, en plus, permet de s'inscrire au Prix Orange auquel j'ai eu la chance de participer pour sa première édition que j'ai beaucoup aimée.

Que dire des albums de Gaston, si ce n'est que ça me rappelle ma jeunesse ? Gaston, cet éternel fatigué et fainéant, inventeur de trucs inutiles donc indispensables comme disait un animateur-télé il y a longtemps. Gaston qui cherche toutes les parades pour ne pas bosser, et qui, même lorsqu'il cherche à bien faire, gaffe. 

C'est drôle forcément, inventif, jamais méchant, même Fantasio, le malchanceux collègue de Gaston, lui en veut mais oublie vite ses mésaventures. Dans cet album, pas encore de mademoiselle Jeanne, ni de voiture a damiers jaunes et noirs. Gaston, Fantasio et M. de Mesmaeker -qui a quand même très envie de les signer ses contrats, puisqu'il revient souvent-, ainsi qu'un hérisson, un Gaston latex et divers animaux.

Un plaisir régressif, oui, mais un très bon moment et un album qui va se lire et se relire et qui fait rire tout le monde, même les plus jeunes...

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Là où vivent les loups

Publié le par Yv

Là où vivent les loups, Laurent Guillaume, Denoël, 2018.....

Priam Monet, presque deux mètres de haut et plus de 150 kilos, d'humeur invariablement de chien, misanthrope, commandant à l'IGPN -la police des polices-, détestant être loin de Paris, débarque à Thyanne vallée perdue des Alpes, pour faire un audit de la police locale. Bien accueilli par Claire, jeune flique sympathique, mariée à un garde forestier, deux enfants. Lorsqu'un migrant est retrouvé au bas d'une falaise, mort, seul Priam comprend qu'il ne s'agit pas d'un accident. En tant qu'ex de la crim' la substitut du procureur lui donne la direction de l'enquête.

Tout pour plaire ce Priam : son physique, sa misanthropie, sa quasi perpétuelle mauvaise humeur. Les mots les plus usités au début de l'ouvrage sont "il déteste", "il n'aime pas", c'est presque un inventaire. Enfin, un héros qui sort de l'ordinaire. Je sens que je vais me régaler. Et ça commence très fort. Antipathique et attachant, Priam s'accorde les grâces de Mona, la fillette de Claire sa collègue qui n'a pas la langue dans sa poche. Le duo Claire/Priam fonctionne parfaitement et Laurent Guillaume évite le piège de la fliquette qui apprend tout du super commandant ; chacun y va de ses bourdes, mais aussi de ses réflexions et recherches qui font avancer l'enquête. 

Les personnages sont fouillés, travaillés et le contexte géographique et économique entre en interaction avec leurs rôles, leurs attitudes : Priam que rien ne lie au lieu n'hésite pas à donner un coup de pied dans la fourmilière -même si lorsque c'est Mona qui lui en montre une vraie, devant la petite, il n'ose pas- lorsque Claire habitante du lieu hésite, ne veut pas se mettre à dos les gens qu'elle connaît depuis longtemps et avec lesquels elle continuera de vivre après l'enquête. La montagne est très présente, l'ambiance, presque un huis-clos dans cette vallée, pas vraiment joyeuse. L'air est lourd. Le romancier, ex-flic, décrit très bien cette atmosphère tendue, sous pression qui joue pour beaucoup dans l'absolue nécessité de tourner les pages vite sans pour autant en rater une seule. 

L'intrigue tient la route, même si l'on peut se douter assez vite du rôle de certains, c'est le huis-clos qui veut cela, mais des détails qui s’avéreront n'en être pas forcément viendront ajouter du piment et du suspense. Jusqu'au bout, j'ai lu avec plaisir et avidité. Le ton adopté par Laurent Guillaume y est aussi pour beaucoup. Priam a un langage fleuri, son côté ours parisien se heurte à tout ce qu'il voit et à ceux -et surtout celles : Claire, Mona la petite fille et Marie la journaliste- qu'il rencontre et qui l'humanisent un peu. Ce polar tourne admirablement bien et c'est une divine surprise, de celle qui lorsqu'on ne s'y attend pas -c'est le principe de la surprise- laisse un goût de revenez-y -et oui, je verrais bien Priam revenir dans une autre aventure, c'est dire si j'ai aimé- et surtout de "mais-pourquoi-c'est-déjà-fini ?". Et pourtant, 300 pages, j'ai pu en profiter, n'est-il pas ? Oui, mais j'aurais bien pris du rab, comme Priam lorsqu'il est à table...

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L'Arménien. Nuits nantaises

Publié le par Yv

L'Arménien, Carl Pineau, Librinova, 2017....

1989, Luc Karzian dit L'Arménien est retrouvé mort, mutilé dans une forêt des alentours de Nantes. Son ami, Bertrand, coiffeur et sa psychiatre Françoise de Juignain racontent les circonstances de leur rencontre avec Luc puis, les années qui ont suivi. Alors se dessine le portrait d'un homme à l'enfance difficile qui, arrivé à Nantes, bien vite se retrouve à traficoter dans le milieu de la ville. Greg Brandt, inspecteur de police enquête sur la mort mais aussi sur la vie de L'Arménien.

Avec ce titre, je fais mes grands débuts de lecteur sur liseuse. J'ai emprunté celle de Madame Yv. Cette expérience restera expérience tant je n'ai pas aimé. D'abord, télécharger -légalement il va sans dire, eu égard à l'auteur- le livre est déjà galère, il faut le bon format, puis le retrouver dans la liseuse... pfff, déjà ça m'a agacé. Puis, une fois que j'ai réussi, il m'a fallu m'habituer aux fonctionnalités dudit appareil, bien compliqué pour un type aux gros doigts et petites capacités dans les nouvelles technologies comme moi. Et hop, dès que je rate mon coup me voilà au début ou à la fin du livre alors que je n'ai demandé à tourner qu'une page. Non, y'a pas à dire, je préfère le papier, je peux revenir en arrière et retrouver vite la page que je veux. Je hume, je tourne, je prends-pose-reprends le livre sans attendre que la liseuse s'allume ni veiller à sa charge... Heureusement pour moi L'Arménien est un bon livre, sinon...

D'ailleurs, revenons-y à ce polar dans lequel l'enquête est menée par un coiffeur et une psychiatre. Original. Même si le flic est sur le coup également. On plonge dans le Nantes des années 70/80, j'ai reconnu plein d'endroits bien sûr, mais pas l'environnement du livre que je ne fréquentais pas : le milieu nantais de la drogue et des bars de nuit. Bien construit, on avance pas à pas dans l'histoire, en apprenant des bribes d'information sur les intervenants principaux. Iceux sont d'ailleurs assez fouillés, complexes et torturés par de multiples questions et traumatismes pour noircir le tableau déjà sombre. L'ensemble fonctionne, la mécanique est bien huilée comme l'on dit couramment, tout s'enchaîne sans temps mort. Roman assez dialogué, vif, qui malgré quelques erreurs récurrentes -de l'usage du verbe s'avérer- qui peuvent être pardonnables puisque le livre est auto-édité et ne bénéficie donc pas des services de correction, est vraiment une bonne surprise qui m'a tenu quelques heures (la liseuse tient les comptes) étalées sur deux ou trois jours. En ce début d'été et de vacances, si votre liseuse craint les grains de sable ou l'eau de mer, préférez L'Arménien dans sa version papier, sinon, tentez la version e-book, elle n'est pas chère.

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L'Irlandais

Publié le par Yv

L'Irlandais, Maurice Gouiran, Jigal polar, 2018...,

Zach Nicholl, dit l'Irlandais, à peine sexagénaire, peintre travaillant et vivant à Marseille est retrouvé dans son atelier, le crâne fracassé. Sans être un intime de Clovis Narigou, journaliste de son état, ils se connaissaient. Aussi lorsque Aileen, la veuve demande à Clovis de l'accompagner à Belfast pour enterrer Zach, celui-ci accepte-t-il avec l'envie de faire un reportage sur les ex de l'IRA, et surtout tenter de comprendre pourquoi l'Irlandais est venu en France et peut-être même élucider les raisons de son assassinat.

Remarque liminaire à ma chronique. J'aime bien Clovis Narigou que je suis depuis un moment et dont je n'ai appris que récemment qu'il était le "double" de l'auteur, vu que les prénoms se ressemblent et que les deux noms sont des anagrammes, c'est même l'auteur lui-même qui l'a dit alors... et j'aime sa bergerie La Varune, isolée sur les hauteurs de Marseille. Je me suis même pris plusieurs fois à rêver d'y passer du temps, tranquille, sans les bruits de la ville, juste la nature, un feu de bois et des bouquins (en fait, j'ai cherché ce genre de location pour cet été, avec en tête l'image que j'ai de la bergerie de Clovis, sans trouver). La tranquillité, c'est ce qu'a fait le journaliste tout l'hiver qui précède cette histoire. Même Emma la fliquette-punk avec qui il partage son lit et et sans doute plus que ce qu'il veut bien s'avouer n'a pas pu l'en faire sortir, ni même monter à la bergerie. Alors, lorsqu'il sort enfin de son hibernation, la mise en route est un peu longue. C'est un peu mon -petit-reproche : le livre tarde à vraiment démarrer là où Clovis m'avait habitué à prendre ses sujets de reportage à bras le corps dès le début de son aventure, des thèmes souvent durs, complexes qu'il sait parfaitement nous décortiquer (L'hiver des enfants volés, La mort du scorpion, Les vrais durs meurent aussi, Maudits soient les artistes). Là, il tergiverse. Certes, à Belfast le sujet des Troubles est encore chaud (un peu comme si l'on allait parler des "Evénements" en Algérie), mais j'ai senti qu'il était un peu fatigué Clovis. Heureusement, après une première partie un peu molle, l'histoire s'emballe enfin. Je ne regretterai donc pas La Varune dans laquelle Clovis ne sera pas beaucoup présent, car les pubs les paysages irlandais ne sont pas mal non plus. Le suspense monte -néanmoins, on n'est pas dans un thriller pétaradant et haletant- sur fond de guerre IRA- armée anglaise ou même entre les factions de l'IRA. 

Si je connaissais un peu la question irlandaise, j'ai appris encore, notamment sur ces hommes qui peignaient sur les murs la lutte contre les Anglais, qui se faisaient parfois tirer dessus par des snipers du camp d'en face et parfois tuer, mais qui continuaient à peindre ; sur le rôle des femmes irlandaises souvent cantonnées aux tâches ménagères et à l'éducation des enfants et qui, lorsqu'elles se mettaient en tête de faire comme les hommes étaient mal vues, injuriées. 

Pour résumer après un début dans lequel Clovis reprend ses marques tranquillement, le charme du journaliste et de ses enquêtes agit pleinement, encore une fois plongé dans une page de l'Histoire un peu oubliée et pourtant importante, dans un "pays [qui] est une terre de secrets" (p.187) et donc dans lequel il faut donner de sa personne pour se faire accepter et collecter des informations.

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Pseudo

Publié le par Yv

Pseudo, Ella Balaert, Myriapode, 2011...,

Trois amies, Sophie bourgeoise quarantenaire rigide, Alice trentenaire accro au poker et Jeanne vingt-cinq ans, harpiste fleur bleue décident de créer le personnage d'Eva, leur avatar qui répondra aux courriels d'Ulysse, un homme rencontré à la faveur d'une annonce d'antiquaire. Ce qui, au départ, est conçu par Alice et Sophie pour aider Jeanne à oublier son ex, Yves, devient vite une correspondance soutenue, un jeu de séduction. Comment agir pour qu'à trois amies très différentes, elles ne fassent pas douter leur interlocuteur de l'existence d'une seule Eva ?

Je ne suis pas très amateur des romans épistolaires, mais la forme du courriel modernise un peu le genre avec des échanges qui peuvent être parfois longs et parfois très courts, des réponses rapides. Il faut bien prendre l'habitude de lire les en-têtes avec le nom de l'expéditeur celui -ou ceux- des destinataires, l'objet du message et la date et l'heure, Ella Balaert joue aussi avec ces informations. Une fois le pli pris, la lecture est plaisante, même si l'exercice ne me permet pas de jouir autant de la belle plume de l'auteure que dans ses autres ouvrages ; le style est plus oral, plus dialogué et il est intéressant de remarquer les différences d'écriture entre les trois femmes, et l'évolution de Jeanne notamment. 

Dans cette construction un peu particulière, ces trois femmes se révéleront, elles parleront de leurs doutes, de leurs peurs par l’intermédiaire d'Eva et entre elles, chacune en fonction de son caractère. Sophie reste la bourgeoise aux principes, un peu donneuse de leçons, qui dit pas mal de sa vie. Alice est une jouisseuse, elle ne cache pas ses gains ou ses pertes au jeu, ses amours tumultueuses et son envie de liberté, de profiter des hommes. Jeanne est romantique, peine à oublier Yves et un peu naïve, elle ne comprend pas toujours le double sens dans le jeu d'Ulysse. Et icelui d'être l'accoucheur, celui qui, bien qu'invisible, donnera naissance à la parole libre et franche des trois femmes. 

Encore une fois, Ella Balaert crée de beaux personnages de femmes, de celles qui luttent tous les jours pour s'affirmer devant les hommes, qui jouent avec eux, qui osent ou au contraire qui peinent à s'imposer, qui, par peur du qu'en-dira-t-on, des apparences, préfèrent se cantonner à ce qu'elles pensent qu'on attend d'elles. Elles évolueront grâce à Ulysse et à leurs échanges à elles trois, mais aussi au gré des coups durs de la vie ou des coups de chance. 

Décidément, Ella Balart est une écrivaine à découvrir pour ceux qui ne la connaissent pas encore. Pour les autres, il suffit de continuer à la lire pour se délecter à chaque fois de ses pages.

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Octobre noir

Publié le par Yv

Octobre noir, Didier Daeninckx, Mako, Ad libris, 2011.....

1961, Vincent est le chanteur d'un groupe de rock prometteur qui doit auditionner pour un tremplin et un éventuel passage à l'Olympia. Dans le civil, Vincent est Mohand, un Algérien qui, comme tous les Algériens depuis quelques jours, doit respecter le couvre-feu imposé par le préfet Maurice Papon. Le mardi 17 c'est le grand jour pour son groupe. Mais c'est aussi la date choisie par le FLN pour manifester en silence et en paix contre les actes anti-algériens et pour la libération de l'Algérie. Manifestation qui sera violemment réprimée par Papon, des manifestants seront molestés, tabassés, jetés dans la Seine. Là où la préfecture ne comptera que quelques morts, les organisateurs en dénombreront deux cents et plus de deux mille blessés.

Bande dessinée préfacée par Benjamin Stora, historien qui explique en détails dans son texte les événements de cette nuit d'octobre. La lire permet de se placer dans le contexte, de mieux comprendre les raisons de la manifestation et réaliser l'ampleur de la violence à l'égard des Algériens manifestants.

Puis, la bande dessinée, dans ce contexte raconte une histoire, celle de la famille de Mohand. Comme à son habitude, Didier Daeninckx place ses personnages dans des situations historiques et/ou sociétales fortes, des événements parfois oubliés ou dont on ne parle pas beaucoup, pour mieux les remettre en tête. Il faut dire que la guerre d'Algérie n'est pas un événement qui sert de base à beaucoup d'histoires en France. Ce n'est qu'en 1999 qu'elle est enfin reconnue comme une guerre par le Parlement et pas seulement des événements comme l'on disait prudemment jusqu'à cette date.

L'association avec Mako fonctionne très bien et cet album est instructif et intelligent. La BD sert à divertir mais elle est aussi un excellent moyen de faire passer de la culture, de l'histoire à tous les publics et lorsque Daeninckx, Mako et Stora s'y collent, nul doute que le message est fort et pertinent.

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Le jeu de la défense

Publié le par Yv

Le jeu de la défense, André Buffard, Sang neuf, 2018....,

"A Lyon, une jeune magistrate est découverte battue à mort sous une porte cochère alors qu'elle venait rejoindre son amant. Ce dernier est rapidement soupçonné, d'autant que ses mensonges, et plusieurs éléments matériels, l'accablent et en font le coupable idéal. Cet avocat connu, futur candidat à la mairie, décide de confier sa défense à David Lucas, un pénaliste réputé, qui va tout tenter pour le faire acquitter." (4ème de couverture)

Ce gros roman policier d'un peu plus de 400 pages réussit l'exploit de passionner de bout en bout sans en faire des tonnes. Pas de sexe, ou très peu (ça c'est pour maintenir le suspense pour les plus libidineux), pas de sang qui coule à toutes les pages, pas de descriptions à peine soutenables de cadavres ou autres tortures. Peu d'action finalement, un peu quand même mais surtout du concret, du réaliste, du "vécu". André Buffard, avocat depuis 1972, qui a défendu quelques grands noms (Carlos -le terroriste, pas le chanteur-amuseur-, Pierre Chanal -les disparus de Mourmelon-, JC Romand, ...) est très précis, clair, net. Il détaille les faits. On sent qu'il connaît bien les rouages et les arcanes de la justice. Il explique les dessous de sa profession sans rien omettre. A la fois cette distance qu'il faut avoir avec les actes commis -ou pas- par la personne qu'il défend, sachant que tout homme a le droit d'être défendu. Par l'intermédiaire de son héros, David Lucas, il donne un point de vue intéressant de celui qui peut défendre n'importe quel accusé sans pour autant épouser sa cause ou même comprendre ou excuser les actes commis, il donne sa position et laisse le lecteur se faire son opinion, ne cherche pas à le convaincre. Son récit, parce que parfois, ce polar peut ressembler à un récit, est minutieux, on a l'impression de vivre la justice de l'intérieur.

David Lucas est le personnage principal, le narrateur également, celui par qui on avance dans cette histoire a priori simple pour les enquêteurs et pourtant complexe puisqu'il faudra l'entièreté du roman pour tout comprendre. Il n'est ni sympathique ni antipathique, c'est le genre de personnes de bon conseil, pointu dans son domaine qui aime son boulot, avec qui on pourrait passer des heures autour d'un bon verre -pas de whisky, au contraire de lui, je n'aime pas ça- pour en parler, écouter sa position sur le métier d'avocat et poser des questions, argumenter... 

David Lucas-André Buffard n'hésite pas non plus à parler de la médiatisation des avocats, notamment lorsqu'ils sont sur des affaires qui défrayent la chronique et font la une des journaux. Défendre celui que tout le monde accuse est payant médiatiquement, il ne s'en cache pas, surtout lorsque le verdict est favorable à la défense. Certains ténors du barreau comme on a coutume de dire, soignent leur image, jouent avec les médias, font leur pub qui fonctionne bien mieux que s'ils louaient de grands panneaux publicitaires.

J'ai beaucoup aimé ce polar pour toutes les raisons évoquées, pour l'écriture d'André Buffard, directe, précise, pour l'intrigue également et les rebondissements, les à-côtés liés au métier d'avocat. Vraiment une très belle surprise que ce roman-policier original puisqu'on n'est pas dans une enquête proprement dite, ni dans un roman de procès, l'auteur puise dans tous les genres pour sortir son histoire qui pourrait bien vous tenir en haleine cet été, puisque la saison des lectures estivales approche.

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La dernière couverture

Publié le par Yv

La dernière couverture, Matthieu Dixon, Jigal polar, 2018...

Raphaël est photographe de presse, cornaqué, épaulé par Bernard, un ancien dans le métier, ex-militaire -comme Raphaël. Bernard est réputé, a pris des photos qui ont la une de plusieurs magazines. Du pipole, du politique, du politico-judiciaro-financier, il a touché à tous les domaines assurant sa notoriété et son aisance pécuniaire. Mais ce qui paraît simple pour les lecteurs et pour le public, l'est nettement moins lorsque, comme Raphaël, on pénètre dans ce monde i particulier. Aussi, lorsque Bernard est victime d'un accident d'hélicoptère, le jeune homme commence-t-il à éplucher la vie de son mentor et comprend-il que l'accident n'est est peut-être pas un.

Roman d'espionnage plus que roman policier, Matthieu Dixon plonge dans les coulisses de la presse. Le constat n'est pas très glorieux, entre les vrais-fausses photos volées, les arrangements entre amis pour relancer une carrière, pour en couler une autre qu'elle soit artistique mais surtout politique. Si le pipole nourrit son photographe, Raphaël va assurer ses arrières en y prenant sa place, mais s'intéresser surtout au politique et aux drôles de relations qu'entretiennent certains membres de ce monde avec des hommes d'affaires douteux (le vendeur d'armes qui s'appelle Michel Dossa et qui n'a pas changé sa monture de lunettes depuis les années 80,  je dis bravo). Dès lors, la réflexion sur le rôle de la presse, sur son supposé pouvoir, le quatrième paraît-il, vont émailler et donner l'ossature de ce texte :

"- Tu ne t'es pas demandé si toutes les informations devaient être publiées ? Peut-être qu'il y a des choses que le public ne doit pas savoir ? Dont il faut le protéger ? [...] Cette photo. Tu t'es demandé qui ça servait de la publier ? Quand une information va à l'encontre des intérêts de ton pays, de ses citoyens, des lecteurs, tu fais quoi ? [...]

- Un journaliste n'a pas à prendre parti." (p.138/139)

Tout au fond du livre, Raphaël reste tiraillé entre les deux options : publier vaille que vaille ou ne publier que ce qu'il juge utile, sans nuire aux intérêts de son pays. J'imagine que c'est une discussion fréquente entre journalistes, que les deux options ont leurs défenseurs emplis d'arguments. Son intrigue repose sur cette question et sur le choix à faire. 

J'ai trouvé ce roman original, d'une part parce qu'il me semble que le roman d'espionnage est un peu tombé en désuétude et c'est fort dommage, ensuite par le ton adopté, celui d'un novice qui découvre les arcanes de ce milieu. Matthieu Dixon use d'une écriture simple, qui, en même temps qu'elle explique les découvertes de son héros, fait part de ses doutes, ses peurs. Il écrit de belles phrases sur le deuil, la mort d'un proche et le vide qu'il laisse.

Le roman est foisonnant, parfois trop même -il faut quelques références sur les personnalités politiques et des affaires de ces dernières années , et m'a semblé un peu long au démarrage, mais petit à petit le rythme s'installe et si le suspense n'est pas à la hauteur d'un thriller classique, ce livre que l'éditeur nomme un thriller politique tient la route et ne ménage ni ses personnages -héros compris- ni ses lecteurs qui le refermeront avec l'envie de poursuivre la discussion sur les différents thèmes abordés. Lisez-le et faites-le lire à vos proches, que chacun affute ses arguments.

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En route vers l'extinction ! Et si on misait plutôt sur la biodiversité ?

Publié le par Yv

En route vers l'extinction ! Et si on misait plutôt sur la biodiversité ?, Gilles Macagno, Delachaux et Niestlé, 2018.....

"La biodiversité, c'est entre 2 et 50 millions d'espèces. Si on en découvre tous les jours, il en disparaît aussi énormément, à une vitesse alarmante par rapport aux extinctions qui ont eu lieu à l'échelle des temps géologiques. 

Chasse et pêche ultra-performantes, agriculture intensive, domestication, urbanisation, pollution, réchauffement climatique, surpopulation : quelle est notre responsabilité d'être humain ? Et que faire ? Protéger ? Sanctuariser ? Reconstituer ? En tout cas, il ne faut pas regarder ailleurs, et c'est ce que propose de faire En route vers l'extinction finale !, pour informer sans perdre le sens de l'humour." (4ème de couverture)

Gilles Macagno, je l'ai découvert avec ses illustrations pour Les pouvoirs du chat noir. Cette fois-ci il est seul aux commandes de ce livre-guide-écolo très bien fait. D'abord parce qu'il part d'un constat, celui du bouleversement climatique, de la disparition de multiples espèces animales et végétales due aux actions humaines. Il revient un peu aux origines de la terre, puis remonte vers notre époque et l'accélération de ces disparitions. Il ne se contente pas de ce constat noir mais explique ce qu'il faudrait faire et pourquoi la biodiversité est plus qu'importante, vitale pour tous les vivants, humains compris. Pour qui s'intéresse aux questions écologiques, rien n'est très nouveau. mais pour les autres, les plus réticents à l'idée de changer un peu leurs habitudes pour protéger les espèces et eux-mêmes, le livre est très bien fait, facile d'accès et clair. La grande et excellente idée est de le mettre à la portée de tous. La biodiversité pourrait être un sujet abscons et difficile à traiter, Gilles Macagno résume et va à l'essentiel. En outre, il a la bonne idée de faire dans le dessin humoristique même si le sujet est dur et franchement pas joyeux et d'ajouter ici ou là des blagues, des bons mots ; ça dédramatise tout en gardant le fond.

Toujours persuadé que le message est plus fort lorsqu'il est véhiculé dans la bonne humeur voire dans l'humour, je ne peux que souscrire aux idées de l'auteur et invite fortement à la lecture de ce livre qui pourra être largement partagé dans la famille... tiens, d'ailleurs où est mon exemplaire ? M'est avis qu'un des ados l'a embarqué. L'autre suivra, je ne suis pas sûr de le revoir de sitôt (le livre, parce que l'ado se nourrit et vient donc chercher quotidiennement sa pitance -toute prête bien sûr- dans des lieux que je fréquente aussi)

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