Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Cyberfatale. Si ça sort, on est morts

Publié le par Yv

Cyberfatale. Si ça sort, on est morts, Clément Oubrerie, Cépanou, Rue de Sèvres, 2018.....

Lorsque la photo du président de la république française  en position délicate -et drôle- apparaît sur des sites Internet, la cybersécurité est attaquée et sur les dents. il lui faut trouver vite le point faible, et l'auteur de l'attaque virale. c'est dans cette ambiance tendue que la lieutenant Leroux est nommée au Balardgone, le centre stratégique de la cyberdéfense. Pour tenter de calmer le jeu, la conseillère en communication de la présidence propose qu'un journaliste de la célèbre émission Envoyé crucial puisse enquêter en toute indépendance dans les lieux-saints. 

Cet album, authentique fiction, plonge dans les arcanes du Web,des hackers et des cybers flics ou en l’occurrence militaires. Car depuis quelques années, il n'a échappé à personne que les menaces, les intimidations de certains pays envers d'autres naissent sur le Web et sont très réelles, bien que virtuelles. C'est cela que Clément Oubrerie dessine, fort bien d'ailleurs, un trait classique, efficace, expressif. Cépanou scénarise. Cépanou est un collectif de scénaristes experts, anonymes et très informés, il se dit même que l'un des membres oeuvre au sein de la cyberdéfense.

Très bonne bande dessinée au sujet on ne peut plus moderne. On rit aux blagues potaches, aux tentatives du journaliste de charmer et tirer des informations de la lieutenant Leroux. On peut frémir également devant l'évolution de l'intrigue qui prouve que le progrès technologique apporte aussi son lot de faiblesses voire de failles. C'est très bien vu et le côté comédie finit d'emporter mon adhésion à cet album qui eût pu sembler austère et technique traité différemment. C'est le tome 1, donc tome 2 sans doute il y aura... Cool !

Voir les commentaires

Le pèlerinage

Publié le par Yv

Le pèlerinage, Tiit Aleksejev, Intervalles, 2018 (traduit par Jean Pascal Ollivry).....

An de Grâce 1148, un vieux jardinier d'un couvent près de Montpellier raconte sa jeunesse et son départ pour Jérusalem, pour la première croisade voulue par le pape Urbain II. Tout jeune homme ignorant du maniement des armes, il se lie d'amitié avec un soldat aguerri, Dieter qui lui apprend les bases. 

Mais le jeune homme, malgré une bravoure récompensée, se pose des questions, ne se sent pas très fier de ses actions pourtant audacieuses. Dans ce monde viril, il tente de se rapprocher de Maria de Toulouse, la femme de feu son seigneur dont il est tombé amoureux, des mois auparavant lorsqu'il était chargé du service des vins à sa table.

Vous voulez du roman historique ? Ne cherchez plus, j'ai ce qu'il vous faut. Absolument génial, ce roman, écrit en 2010 par Tiit Aleksejev, écrivain estonien, est récompensé la même année par le prix de l'Union Européenne. Le travail est minutieux, documenté et extrêmement bien rendu, entre la réalité de la première croisade menée par Raymond de Saint-Gilles et son armée de Provençaux, et les personnages fictionnels dont le narrateur. Il y en a pour tous les goûts : de l'aventure, des actions d'éclat, des batailles, mais aussi de grands questionnements sur le bien-fondé d'une telle entreprise, sur la loyauté, sur l'amour, la mort, la liberté de penser, de croire et de pratiquer. Autant dire que bien que se déroulant au Moyen-Age, ce roman est d'une actualité brûlante. 

Tout au long de cette histoire, je n'ai pu m'empêcher de penser à l'intolérance des uns et des autres, à cette absurdité -à mes yeux- qu'est la religion qui pousse des hommes aux actes les plus insensés, les plus fous, et les plus meurtriers, toujours au nom de l'amour d'un dieu ; il y a là une contradiction terrible née d'on ne sait quel cerveau malade et qui perdure. 

Tiit Aleksejev raconte son histoire et l'Histoire sans diriger la pensée du lecteur, il l'aide à se poser des questions, à réfléchir. Son roman est passionnant parce que le contexte l'est bien sûr, mais aussi parce qu'il y introduit des personnages forts et en plein doute. Ils sont forts, car ils combattent dans des conditions effroyables des ennemis aussi violents qu'eux, et que le choix n'a pas lieu d'être : on tue ou on est tué. Ils doutent, notamment le jardinier-narrateur, parce qu'il est amoureux, parce que croyant il ne sait plus trop bien ou est la vérité et qui sont les infidèles, ses rencontres le font douter encore plus, même s'il continue de combattre loyalement aux côtés de son maître et seigneur. Il découvre également l'amitié virile, celle qui lie les hommes à mort dans des conditions de guerre et qui oblige à la confiance aveugle.

Un roman construit en courts paragraphes qui permettent des pauses fréquentes si besoin, car il est dense, se lit lentement pour s'en imprégner totalement. Admirablement traduite, la langue est belle et fluide, d'accès simple. J'adore ce genre de livres qui s'inscrivant dans une époque donnée, nous en apprennent beaucoup et dans un plaisir de lecture qui ne s'émousse pas du début à la fin. 

Admirable, inratable.

Voir les commentaires

Ma langue au Chah

Publié le par Yv

Ma langue au Chah, Frédéric Dard, Pocket, 2018 (1ère édition, 1970)...

Revoilà le commissaire San-Antonio, toujours affublé d'Alexandre-Benoît Bérurier. Cette fois-ci, ils sont à Téhéran, ils filent un cador du cambriolage français venu sans aucun doute, pense leur patron, y faire ses emplettes. 

Evidemment, rien ne se déroule comme prévu et certaines rencontres, notamment féminines, vont révéler aux deux hommes les faces cachées du royaume d'Iran. Les milles et Une nuits, version San-Antonio.

A l'occasion des soixante-dix ans de San-Antonio, Pocket réédite certains titres. J'ai déjà eu la chance de lire San-Antonio chez les Gones, je renouvelle donc avec cette aventure datée de 1970. Datée, c'est un peu le cas, depuis le régime du pays à changé et certaines exagérations de l'auteur en matière de sexe, puisqu'ici, il faut bien le dire, on en arrive au viol, presque consenti, sont gênantes. Bien que non bégueule -j'ai lu cette histoire avec décalage, car avec San-Antonio il faut toujours y être et avec l'idée que ce livre est écrit il y a presque cinquante ans-, il reste néanmoins que certaines scènes ne passeraient plus aujourd'hui. Est-ce mieux, est-ce moins bien ?  Je ne sais pas, je ne juge pas, surtout aujourd'hui une histoire écrite en 1970 et qui plus est une histoire de genre san-antoniesque. 

Ceci étant dit, ce n'est pas le meilleur livre de San-Antonio, c'est un peu long malgré les réparties drôlissimes de Bérurier qui ne s'encombre ni de grammaire ni de syntaxe :

"Bon, je manque à toutes mes inconvenances, déclare le radieux, que je te présente Mistresse Caroline Bitalaviock, dont j'ai eu l'honneur de rencontrer dans l'avion. C't'une femme charmante, veuve en tant que surcroît, et qu'a accepté qu'on fasse chambre commune pour écraser les frais." (p.83).

Sans oublier les géniales descriptions de Frédéric Dard qui a torturé, trituré, personnalisé, san-antonié la langue française comme pas deux : "On s'écarte devant moi. Y'a un sillage précédateur, ce qu'est extrêmement rare chez les sillages. Je tournevire avec plus d'aisance. Je périscope mieux à loisir. Tant et si bien que je finis par renoucher mon trio fantôme. Il est au bout d'un étroit boyau au long duquel se succèdent des ateliers de batteurs de cuivre." (p.40) Recopier un extrait de San-Antonio, c'est prendre le risque que le correcteur d'orthographe s'affole, et encore là, j'ai choisi l'un des moins douloureux pour lui.

Mitigé donc, mais sur la production incroyable de San-Antonio, il y a forcément des titres moins bons. De l'utilité de rééditer celui-ci comte-tenu de mes remarques de début de recension ?

Voir les commentaires

Ça coince ! (44)

Publié le par Yv

23 ans et 23 jours, Serge Berthier, L'Archipel, 2018

"Pianiccia, début du XIXe siècle. Louis, noble désargenté, ressasse ses aventures passées dans le château décrépit de ses ancêtres. Auprès de lui, Petit-Jean, un enfant qu'il élève comme son fils, et  l'ancien corsaire Mahmoud, cuisinier et barbier. Tous attendent le retour du légendaire Balthazar, dit "le Capitaine", qui sillonne  les mers du monde à bord du Liberté. Quand un matin surgit à l'horizon la voilure du fameux trois-mâts, la fine équipe décide de courir l'aventure et embarque pour la Chine lointaine. Ils sont suivis pas la jolie Margot, une prostituée dont Louis ne songe pas à se séparer. Et mes voilà partis pour Makassar et les mers d'Asie." (4ème de couverture)

Voilà un roman qui débute bien, très bien même, j'ai noté plusieurs phrases drôles, bien tournées comme par exemple celle qui parle du barbier amputé de sa main gauche : "On ne savait pas si le tremblement était le résultat de son amputation ou du ratafia. Depuis la perte de sa main, le barbier buvait deux fois plus qu'avant. Comme avant il buvait tout le temps, c'était un exploit dont le village était au demeurant assez fier." (p.10)

Et puis, ça se gâte un peu lorsque le romancier parle de l'enfance de Margot et de la pédophilie du curé qui la déflore ainsi qu'il l'a fait pour nombre d'autres jeunes filles. C'est tourné de manière humoristique, mais j'avoue que ça m'a mis mal à l'aise qu'on en puisse plaisanter. 

Puis, la suite est longue, tarde à démarrer et l'on reste à Pianiccia (en Corse, pour les ceusses, incultes comme mézigue qui ne le savaient pas) longtemps avant que le Liberté n'arrive et Serge Berthier tire sur la corde de son humour qui s’effiloche. Finalement, ce qui me retient dans ce roman me déçoit, je le quitte sans regret.

Le sauvetage, Bruce Bégout, Fayard, 2018

Leo Van Breda, jeune père franciscain arrive à Fribourd-en-Brisgau en 1938 pour consulter les archives d'Edmund Husserl, philosophe juif, père de la phénoménologie, décédé quelques mois plus tôt. Lorsqu'il voit la somme accumulée par le philosophe, il comprend qu'il lui faudra être habile et courageux pour la sauver de la folie nazie.

Autant j'avais aimé le petit livre de Bruce Bégout intitulé Chroniques mélancoliques d'un vendeur de roses ambulant, autant je me suis perdu dans Le sauvetage. Je résiste à la tentation de parler de mon propre sauvetage, tant je me suis senti hors du roman. Non pas que j'aie quelque chose à lui reprocher. L'écriture est belle, sans effet, simple et fluide. Quelques mots en allemand non traduits m'ont un peu gêné et mon manque de connaissance de l'époque, de la philosophie en général et de la phénoménologie en particulier m'ont sans doute empêché d'entrer totalement dans ce roman. Dommage, mais bon, ça arrive parfois.

Voir les commentaires

Edmond

Publié le par Yv

Edmond, Léonard Chemineau, Rue de Sèvres, 2018 (d'après la pièce d'Alexis Michalik).....

Paris, 1897, Edmond Rostand est un auteur de théâtre qui n'a écrit que des fours, même s'ils sont joués par la grande Sarah Bernhardt. Un jour, elle débarque chez Rostand et lui annonce qu'il doit écrire une pièce pour l'acteur de l'époque Constant Coquelin. Sans la moindre idée en tête, Edmond Rostand qui parvient à peine à nourrir sa femme et ses deux enfants, va voir Coquelin et, en chemin, s'arrête dans un café tenu par Honoré, un homme noir épris de poésie. C'est là, en entendant une tirade d'Honoré, puis en s'inspirant de la vie de Cyrano de Bergerac, qu'il a l'idée de ce qui deviendra le plus grand succès du répertoire français.

J'avais adoré Edmond d'Alexis Michalik, et je n'avais pas vraiment d'appréhension à l'ouverture de l'adaptation en bande dessinée. D'abord parce que Léonard Chemineau, je l'ai déjà lu en collaboration avec Matz dans l'excellent Le travailleur de la nuit et ensuite, parce que les premières pages tournées, le charme agit et je n'ai pu m'empêcher d'aller au bout rapidement, quitte à relire en prenant plus mon temps pour bien voir les détails. 

J'aime beaucoup les dessins et les couleurs qui collent parfaitement à l'époque décrite. Léonard Chemineau joue avec les tailles des cases, parfois classiques, parfois une seule par page avec un encadré à l'intérieur, ou encore, très hautes -pour la scène du balcon et même totalement libres pour la dernière scène de la pièce. 

L'histoire est donc celle de la genèse de Cyrano de Bergerac. Alexis Michalik racontait comment Edmond Rostand s'était inspiré de ce qu'il voyait et entendait autour de lui pour créer ses personnages, son intrigue. La BD rend tout cela merveilleusement bien. Tous les ingrédients sont présents : l'amour, la jalousie, l'action, l'angoisse du créateur, le stress nécessaire pour monter un spectacle en peu de temps, ... C'est virevoltant, enthousiaste, rapide, drôle, frais.

Que demander de plus ? En fait, il ne me reste plus que la pièce à aller voir, tout le reste je l'ai fait et à chaque fois, c'est un coup de coeur.

 

Voir les commentaires

Salaam

Publié le par Yv

Salaam, Omprakash Valmiki, L'Asiathèque, 2018 (traduit par Francis Évrielle, Nicole Guignon et Marguerite Gricourt).....

Dans les quatorze nouvelles de ce recueil, Omprakash Valmiki met en scène des dalits, que l'on appelait jusqu'ici les intouchables, ces personnes de basse caste, éboueurs, balayeurs, totalement méprisés par les autres castes de la société indienne.  Omprakash Valmiki, lui-même dalit, écrit sur la difficulté qui est la leur dès lors qu'ils veulent vivre parmi et comme les autres Indiens, le rejet , la déconsidération, le poids de la tradition voire la tyrannie et l'arbitraire. 

Rarement à chute, ces nouvelles tragiques sont des morceaux de vie de personnes dalites. Dans les villes, elles subissent le regard méprisant surtout lorsque leurs interlocuteurs apprennent leur condition par hasard alors qu'avant de la connaître, elles étaient très fréquentables. L'auteur parle également de ceux qui, ayant profité de la politique des quotas, les Scheduled Castes, renient quasiment leur famille et vivent dans la crainte qu'on puisse découvrir leurs origines ; ils perdraient tout, la reconnaissance professionnelle et sociale, leurs fréquentations. Ils préfèrent alors se construire une autre vie. Il y a aussi les dalits des campagnes dans lesquelles la vie est encore plus dure. Exploités, contraints aux tâches les plus basses sans gratification, au contraire, ils sont soumis à une véritable tyrannie de la part des chefs des villages et du reste de la population. Peu de personnes osent s'élever contre cette injustice, et lorsque certaines le font, c'est la communauté entière qui leur fait comprendre qu'elles ne doivent pas insister.

L'Asiathèque publie là un recueil passionnant, fort bien écrit et traduit, qui nous permet de cerner plus étroitement la société indienne. L'auteur va au plus direct, même si parfois, il emprunte les chemins de la description des lieux, des coutumes, des odeurs ; son langage est direct et clair. 

Depuis quelques années, on entend beaucoup parler de la violence dans ce pays, à travers notamment les agressions contre les femmes. Ce recueil ne traite pas directement cet aspect, mais l'on y ressent bien toute la violence des puissants envers les faibles et cette envie de révolte et d'en venir à des actes terribles des opprimés. La hiérarchisation des castes, la pauvreté parfois extrême de certains, tout cela est fort bien décrit. A défaut de prendre un livre d'histoire sur l'Inde, lire Omprakash Valmiki permet de s'en faire une idée, vue du peuple le plus humble. J'aime lorsqu'un livre m'apporte plus que le simple -ce qui peut tout à fait suffire- plaisir de la lecture. Là, j'apprends à travers des histoires, des fictions inspirées parfois de faits réels. 

Omprakash Valmiki, né en 1950 dans une famille de balayeurs-éboueurs est décédé en 2013. Outre ce livre, l'Asiathèque publie une autobiographie intitulée Joothan

Voir les commentaires

Shanta

Publié le par Yv

Shanta, voyage musical en Inde, Zaf Zapha, Charlotte Cottereau, Caroline Chotard, La CaZa musique et Tout s'métisse, 2018.....

La très belle et instructive collection Voyage musical revient cette fois-ci en Inde. Comme d'habitude Zaf Zapha est à la musique, Caroline Chotard aux textes et Charlotte Cottereau est la nouvelle illustratrice. 

Comme d'habitude, c'est très bien fait, les chansons traditionnelles du pays alternent avec des créations et des traditionnels de chez nous arrangées avec des instruments du pays, par exemple, Jean petit qui danse -qui doit être peut-être bien de tous les livres cd.

A partir de 5 ans, pour faire découvrir aux enfants les musiques du monde, qu'ils s'ouvrent les oreilles aux sonorités, rythmes -avec l'espoir qu'ils garderont cette ouverture d'esprit pus tard. Très agréable à écouter même pour une adulte et il vaut mieux, car vos bambins risquent de vouloir écouter très souvent (la bonne nouvelle, c'est qu'il y a la possibilité de télécharger une version mp3, pour l'avoir toujours sur soi).

Les illustrations sont superbes, colorées, parfois enfantines lorsqu'elles décrivent des scènes et d'autres très réalistes lorsqu'elles décrivent un objet, une fleur, ...

Les textes, comme d'habitude sont bien faits, ils parlent du pays, de ses habitants, des us et coutumes, ne passe pas sur certaines difficultés, comme le travail des enfants, la pauvreté, le système des castes. 

Bref, très bien comme pour les autres titres dont deux sont recensés sur le blog (Amanhã, Kalenda)

Voir les commentaires

Le héros et les autres

Publié le par Yv

Le héros et les autres, Antonin Crenn, Lunatique, 2018....

Martin, lycéen, vit dans une petite ville. Dans cette ville, il y a un square et dans ce square, la statue d'un jeune héros, en bronze, à la fois symbole fort des jeunes morts au combat, mais aussi poids pour  ceux qui ne sont pas des héros. Martin se pose beaucoup de questions, se fait ses propres réponses. Peu entouré, il est souvent seul et regrette que Félix ne passe pas plus de temps avec lui.

Résumé court pour ce court roman d'Antonin Crenn, ici déjà recensé pour son Passerage des décombres et Les bandits. Martin semble attiré par Félix qui ne le regarde pas plus qu'un autre. Cela lui suffit pour intérioriser encore plus -si tant est que cela soit possible-, pour se replier sur lui-même. Il est à l'âge pas facile des lycéens qui s'interrogent sur tout -amis confrontés aux ados, bonjour ! 

Dans un style délicat, fin et sensible, Antonin Crenn raconte les -peu de- faits de Martin et ses nombreuses interrogations, élucubrations, inventions, tentatives de réponses, parfois vraies, parfois totalement personnelles et sans doute loin de la réalité. C'est ce qui arrive lorsqu'on tente seul de trouver des réponses, sans se confronter à autrui pour les confirmer ou les infirmer. Martin est "quelqu'un de l'intérieur" comme le chantait Francis. Antonin raconte très bien comment une succession de petites choses, de petites frustrations, de désagréments, amène un jeune homme à prendre des décisions pas toujours bien comprises ni vraiment justifiées.

C'est un roman contemplatif qui s'attarde donc dans les pensées de Martin mais aussi dans les descriptions des lieux, de la nature omniprésente, comme si Martin avait ce besoin de se tourner vers elle lorsqu'il se sent seul. Le causse, les châteaux des alentours, la rivière froide qui serpente dans la ville, ... tout est prétexte à de belles pages. 

Un court roman que l'on déguste lentement, un brin mélancolique. "Un livre simple sur des choses compliquées" (quatrième de couverture), qui débute comme ceci : 

"Le garçon crie. Il va mourir dans un instant, il le sait, et c'est pour cette raison qu'il crie. Sa mort est imminente : elle l'est depuis près d'un siècle. Ce garçon, puisqu'il est en bronze, on ne sait pas s'il est brun ou s'il est blond. Ses cheveux sont peut-être d'une couleur changeante, comme ceux de Martin qu'on ne sait jamais comment qualifier, qui tirent vers le roux à la fin de l'été." (p.9)

Voir les commentaires

Black sands. Unité 731

Publié le par Yv

Black sands. Unité 731, Tiburce Oger et Mathieu Contis, Rue de Sèvres, 2018.....

Pacifique, 1943, un commando débarque sur une île avec une mission top secret. Bientôt, les hommes de ce commando se font attaquer par divers assaillants. Ce qu'ils vont découvrir sur ce bout de terre dépasse tout ce qu'ils ont déjà pu voir dans leurs pires cauchemars.

Volontairement succinct mon résumé pour ne rien dévoiler de ce suspense terrible, horrible. Âmes sensibles s'abstenir -bon, ça va ce n'est pas non plus totalement gore, la preuve j'ai lu et beaucoup aimé. 

Histoire folle dans tous les sens de ce qualificatif, scénario -de Tiburce Oger- solide qui installe une tension qui ne descend jamais. 

Dessin -de Mathieu Contis- très réaliste, qui fait souvent dans le monochrome : bleu pour la nuit et vert pour la vie dans l'île de jour, scènes assez violentes, dures et nécessaires au bon déroulement de l'histoire.

Très bonne bande dessinée pour laquelle je ne dirai rien de plus encore une fois, pour laisser le suspense et le plaisir de la découverte. Ne pas la lire serait une erreur.

Voir les commentaires