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Galadio

Publié le par Yv

Galadio, Didier Daeninckx, Gallimard, 2010.....

Ulrich est un adolescent allemand dans les années trente qui voient la montée du national socialisme. Petit à petit, il est interdit de pratiquer son sport, de vivre comme les autres Allemands de son âge. Ulrich est métis, né de la rencontre de sa maman Irmgard, allemande et de Amadou Diallo de l'armée française chargée d'occuper Duisbourg après la première guerre mondiale. Plusieurs enfants métis sont nés de ces rapprochements, ce qui à peine vingt années plus tard est vu comme une trahison et ne colle pas au profil aryen.

Encore une fois passionnant ce roman de Didier Daeninckx, car, encore une fois, se basant sur une réalité historique un peu oubliée voire pas connue. J'avais eu connaissance du fait que les Français avaient envoyé, en application du Traité de Versailles, des régiments d'Africains dans certaines villes allemandes, comme une ultime provocation, parce qu'à l'époque, les noirs étaient à peine considérés comme des hommes. Ce que je ne savais pas et qu'explique formidablement le romancier, c'est que des enfants métis sont nés et que bien évidemment, après l'arrivée au pouvoir d'Hitler ils vivaient difficilement leur double particularité : être de sang noir et de sang français. 

Ulrich, dont le second prénom est Galadio, va vivre un destin incroyable : fuir sa ville, fréquenter le cinéma de propagande allemande, tenter de trouver sa véritable identité. Didier Daeninckx, en peu de pages réussit à construire un personnage fort et marquant. Tout est dit. Rien n'est superflu. L'auteur va au plus court, le lecteur doit bien sûr faire le reste du travail à savoir connaître un peu les années trente en Europe pour savoir qu'il ne faisait pas bon y être noir et particulièrement dans l'Allemagne nazie. 

C'est un formidable roman, et je vous conseille avant de l'ouvrir d'avoir un peu de temps devant vous car la première page débutée, vous ne pourrez pas faire autrement que de lire d'une traite les 140 suivantes. 

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Nus

Publié le par Yv

Nus, Jean-Bernard Pouy, Fayard, 2007...

Le collectif ZO, des anarchistes, organise son université d'été dans un camping naturiste près de Bordeaux. Harrar, le propriétaire du camping est un sympathisant. Entre discussions, propositions pour le mouvement, farniente, plage, amours libres, les deux semaines promettent d'être agréables. La veille de leur arrivée, Rosa, la vieille femme qui s'occupait du ménage et aidait Harrar est tuée. Harrar demande de l'aide à Calo, le responsable -temporaire- de ZO, qui accepte a contre-coeur, se substituer aux flics n'est pas vraiment dans les habitudes des anarchistes, à condition cependant que tout le groupe valide.

Lire JB Pouy, c'est souvent entrer dans un monde où l'humour est présent, décalé, noir. Mais aussi rencontrer des personnages hors normes, des anti-héros aux multiples questionnements. Cette fois-ci, il met ses personnages à poil. Une bonne façon de tracer leurs portraits au plus près. Et à travers leurs querelles, leurs rapprochements, leurs questions sur le choix de société, chacun se dévoile assez intimement. 

Puis, plus globalement, comme souvent chez l'auteur, c'est le contexte qui est le intéressant. Le groupe libertaire a décidé de s'occuper de la mort de Rosa, en partie parce qu'elle pourrait être la fille du célèbre Buenaventura Durutti, anarchiste espagnol. Et là, JB Pouy de nous instruire sur le mouvement anarchiste : je connaissais le groupe de musique The Durutti Column, mais j'avoue que je ne savais pas d'où il tenait son nom, inculture quand tu nous tiens. Puis, c'est dans les discussions, les choix, les réunions que l'on apprend la vie au sein d'un collectif libertaire. JB Pouy y met beaucoup de sympathie, se moque gentiment, mais on le sent proche de ces gens qu'il décrit. Je l'imagine aisément -pas forcément à oilpé-, au travers des lectures que j'ai pu faire de lui, flirter -ou plus- dans ce monde. 

Voilà donc une lecture fort plaisante et instructive qui saura plaire à tous ceux qui se posent des questions sur la société actuelle et qui résonne étrangement plus de dix ans après sa publication, par les événements de la fin d'année et du début de la nouvelle : les gilets jaunes bien sûr, mais aussi et surtout -pour moi- les mouvements écologistes qui tentent d’alerter l'opinion et les décideurs de la nécessité absolue de changer le monde sous peine de le voir disparaître.

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Pablo

Publié le par Yv

Pablo, Rascal, L'école des loisirs, 2019.....

Pablo est un poussin qui veut profiter de chaque instant avant de sortir de son œuf. Aussi, perce-t-il un trou d'abord pour un œil, puis un deuxième pour l'autre œil. Et ainsi de suite jusqu'à la sortie finale.

C'est un très bel album, en noir et blanc, au dessin on ne peut plus simple, minimaliste, épuré. Le texte est à l'avenant, court et va au plus direct, sans pour autant oublier de parler de choses essentielles, comme profiter de chaque instant, d'être contemplatif, heureux d'être là sur terre. Tout cela est fort beau et positif, facile et idéal à raconter à des tout-petits.

Je ne suis pas spécialiste des livres pour enfants, mais il fait partie des plus beaux que j'aie tenus entre mes mains. 

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Le spécimen

Publié le par Yv

Le spécimen, Matz, Walter Hill, Julien Ribas, Rue de Sèvres, 2019....,

Une jeune femme ukrainienne, la docteure Irina Danko est retrouvée par des services russes qui l'interrogent sur sa disparition et sa réapparition en pleine Sibérie. Irina reste muette. Elle travaillait dans un centre ultra secret, ultra protégé avec des détenus particulièrement dangereux, au profit d'un groupe pharmaceutique. 

Irina rêve aussi beaucoup, des rêves étranges dans lesquels elle remonte le temps. Un événement bientôt va bousculer sa vie de médecin, c'est ce qu'elle se rappelle mais qu'elle ne raconte pas aux Russes.

Dessin et couleurs : Julien Ribas, très bien, c'est que parfois il nous ferait peur ; il rend parfaitement les scènes angoissantes, par ses couleurs, ses planches de tailles différentes (notamment une double page en milieu de volume).

Scénario original : Walter Hill, adapté et traduit par Matz. Fou et implacable. La science fiction couplée à de la recherche scientifique, tout cela fonctionne et peut même poser pas mal de questions. Ça me fait penser à un film avec Lino Ventura qui m'avait profondément marqué (après quelques recherches, je pense qu'il s'agit de La grande menace, de Jack Gold avec également Richard Burton).  Ceux qui l'ont vu comprendront sûrement ma référence, quant aux autres, je conseille fortement et le visionnage du film et la lecture de cette bande dessinée. Les deux doubleront ce sentiment de malaise, mais c'est bon de se faire peur parfois...

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Outremer 1311

Publié le par Yv

Outremer 1311, Teodoro Gilabert, Arléa, 2013....,

Outremer 1311, comme le pigment bleu qui donnera le Bleu Klein. A partir de faits réels, de témoignages fictifs de personnages ayant existé dans l'entourage du peintre, Teodoro Gilabert raconte les années qui vont mener Klein à la reconnaissance nationale puis internationale. 

D'Yves Klein, je connaissais le fameux Bleu Klein et les monochromes, pas grand chose de plus, et surtout rien de sa vie pourtant assez romanesque. En convoquant les proches, amis, peintres, plasticiens, galeristes, les femmes -nombreuses- de la vie du peintre, les détracteurs, les admirateurs, des gens de diverses origines qui ont côtoyé Yves Klein, Teodoro Gilabert dresse un portrait à la fois fascinant et déroutant. L'homme a un immense talent, une ambition démesurée et un melon -comme on dirait de nos jours- à faire pâlir certains acteurs, chanteurs et/ou sportifs se croyant au-dessus du lot parce qu'ils ont vendu ou marqué. 

C'est un petit livre passionnant qui va au-delà de Klein, qui parle de l'art en général, de la vision de ceux qui le changeront, des sacrifices à faire pour bâtir une œuvre, d'une certaine folie pour entreprendre et supporter toutes les conséquences. Extrêmement instructif et abordable, on y croise les grands noms de l'art abstrait de la seconde moitié du XX° siècle, ce qui, parfois, nécessite de feuilleter un dictionnaire ou Wikipédia pour se remettre en tête leurs œuvres, ou mieux encore, d'aller au musée, parfois l'on trouve une toile, une installation et l'on se dit, tiens, j'ai entendu parler de cet artiste-là.

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Paris 2119

Publié le par Yv

Paris 2119, Zep, Bertail, Rue de Sèvres, 2019....

Paris dans un siècle. Plus personne n'use du métro, les déplacements se font avec le Transcore. De la téléportation. Sauf quelques uns qui résistent, tel Tristan Keys qui marche dans les rues, prend le métro, rencontre des vrais gens. Tristan vit avec Kloé, adepte des nouvelles technologies. La ville est ultra protégée, tout le monde est identifiable et localisable à chaque instant grâce à un implant. Dans l'un de ses parcours dans le métro, Tristan est témoin de faits étranges.

Dans cet album, Zep est au scénario et storyboard et Dominique Bertail dessine et colorie (avec Gaétan Georges). Les deux avaient déjà collaboré pour le tome 1 de l'excellente série Infinity 8, Romance et macchabées

Bande dessinée de science fiction, quasiment totalement déshumanisée hors Tristan et Kloé, dans des tons gris-bleus, il pleut beaucoup à Paris depuis un programme de désinfection. J'aime beaucoup le graphisme qui fait la part belle aux personnages, les arrière-plans révèlent parfois des traces du vieux Paris de 2019 et d'avant. 

Le scénario n'est pas d'une originalité renversante pour qui a déjà lu ou vu de la SF (La mouche de David Cronenberg, par exemple, qu'est ce que j'ai flippé à ce film, vu je me souviens au premier rang d'un cinéma après un repas lourd et un poil arrosé, pas les conditions idéales pour ressortir serein de la salle), mais Zep le remet au goût du jour, y ajoute des thèmes vus dans d'autres livres ou films, mélange le tout pour une histoire très plaisante, qui se suit sans aucun temps mort, qui pose la question de l'humanité, la fraternité dans un monde de plus en plus virtuel. Mais aussi celle du progrès : jusqu'où peut-il et doit-il aller ? En serons-nous les bénéficiaires ou les serviteurs ? Aurons-nous encore une part de liberté ? Il touche aussi à la question de l'aliénation des masses par les avancées technologiques, techniques et du bon usage d'icelles pour éviter les écueils.

Une histoire complète. Un très bel album, de ceux que l'on conseille aisément et que l'on prête facilement à condition qu'il revienne pour le relire.

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Rires de poupées chiffon

Publié le par Yv

Rires de poupées chiffon, Philippe Rouquier, Carnets nord, 2019.....

Louis Dames, médecin militaire dans la marine vient prendre sa retraite dans un coin reculé du Vercors, bien décidé a enfin donner libre cours à sa passion : l'étude de l'évolution des insectes en lien avec le réchauffement climatique. Au cours de sa première promenade dans une vallée reculée et abandonnée, il a une double désagréable surprise : la première, une maison ancienne, en partie rénovée gâche sa quiétude, d'autant plus que, seconde surprise, elle est habitée par un couple d'artistes Céril et Krim Lee, particulièrement déjantés. Lorsque ce premier matin, Louis voit sortir Céril de cette maison, les mains ensanglantées, le visage et le corps tuméfiés, il se dit que quelque chose ne tourne pas rond.

Avis aux amateurs d'originalité, de mélange des genres, de bordel finalement vachement bien organisé, de lecture pas reposante et fortement addictive, ce roman noir est pour vous. 

Polar rural, montagnard qui se déroule dans les pentes et vallées du Vercors, les paysages sont magnifiques. Polar nature.

Polar artistique, il y est question d'art contemporain, de performance ; jusqu'où peut aller l'artiste pour créer ? doit-il gêner, être consensuel ? doit-il même choquer ?

Polar glauque, poisseux, noir profond. Ses héros ne sont pas très recommandables, ils font passer tout après leur art, leur vie, celle des autres. Il y a pas mal de sang -mais je rassure les plus sensibles, point dégoulinant, tout cela est supportable-, de violence -supportable à lire elle aussi.

Polar atypique, original, qui mélange très adroitement des genres et des milieux rarement traités ensemble. Philippe Rouquier mène son roman dans un tempo assez rapide -même si la fin traîne un peu- et de main de maître. Il semble calé en art contemporain, en matière de création artistique, semble connaître les affres d'icelle ; il en parle admirablement bien, tant, que l'on est plongé dans ce monde de fous, de branques, de déjantés qui s'amusent avec nos nerfs. Le romancier brouille les pistes habilement dès qu'il change d'interlocuteur. Dès que l'adjudant Tainon interroge un suspect ou un témoin, l'enquête prend un autre tour et nous lecteurs, changeons de cap. En fait, nous doutons de tout et de tous, jamais sûrs ni de la culpabilité ni de l'innocence des uns et des autres.

Philippe Rouquier en est à son deuxième roman publié. Diable, on parierait en un auteur aguerri.

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Premier amour

Publié le par Yv

Premier amour, Samuel Beckett, Minuit, 1970.....

Un homme, le narrateur, se promène dans un cimetière, celui dans lequel est enterré son père. Il soliloque sur le sens de la vie, de la mort, sur les promenades dans les cimetières. Puis, il trouve un banc. Un banc bien calé entre deux arbres, adossé à un monceau de terre et face à un canal. Autant dire la tranquillité même, celle que recherche l'homme. Il s'allonge, mais bientôt une femme lui demande de faire de la place. C'est la première rencontre avec Lulu.

C'est l'une de mes premières rencontres avec Beckett. Il me semble avoir lu l'un de ses livres, il y a longtemps, et puis plus rien, une petit crainte de me confronter avec une œuvre dont j'ai entendu dire partout le plus grand bien ? Je (re)commence donc avec cette nouvelle ou ce court roman publié en 1970 chez Minuit et écrit en 1945. Tout m'y plait : le style, l'absurde, le manque quasi total d'action, la lenteur, l'ambiance. C'est un genre qui peut déplaire voire rebuter surtout de nos jours où tout va vite, très vite, trop vite. 

Je ne ferai pas de grandes phrases, je préfère citer Beckett dans l'une de celles que j'ai notées dans ce livre : "Je me rappelle seulement qu'il y était question de citronniers, ou d'orangers, je ne sais plus lesquels, et pour moi c'est un succès, d'avoir retenu qu'il y était question de citronniers, ou d'orangers, car des autres chansons que j'ai entendues dans ma vie, et j'en ai entendu, car il est matériellement impossible on dirait de vivre, même comme je vivais moi, sans entendre chanter à moins d'être sourd, je n'ai rien retenu du tout, pas un mot, pas une note, ou si peu de mots, si peu de notes, que, que quoi, que rien, cette phrase a assez duré." (p.34/35) Que voudriez-vous que j'ajoute après cela ? Rien, si ce n'est que je vais retourner vite à la bibliothèque fureter à la lettre B comme Beckett.

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Le livre de Jessie

Publié le par Yv

Le livre de Jessie. Journal de guerre d'une famille coréenne, Park Kun-Woong, Casterman, 2019 (traduit par Kette Amoruso)....

1937/1945, c'est la guerre sino-japonaise. Le Japon qui occupe déjà la Corée se sent des envies d'expansion. Les membres du gouvernement provisoire coréen, en lutte contre l'occupant sont alors réfugiés en Chine. C'est le cas des parents de Jessie qui naît en 1938, à Shanghai. L'histoire de Jessie est racontée par sa mère à sa petite fille, la fille de Jessie donc. Cette histoire fut un livre, elle est désormais un roman graphique.

Tout d'abord, ce qui surprend dans ce roman graphique, c'est le noir et blanc et les quelques très rares touches ocre et vertes pour la très courte partie contemporaine. Ensuite, c'est le graphisme : les dessins sont assez naïfs, les visages pas toujours finis, sauf pour les personnages principaux. Les cases sont parfois réduites au minimum et d'autres fois pleines voire débordantes, notamment pour ce qui concerne les bombardements, les explosions. Park Kun-Woong utilise les pages à sa guise : des petites cases, des plus grandes horizontales ou verticales, des pages entières, des doubles pages, ... Les paysages chinois sont décrits et le dessin succinct les évoque plus qu'il ne les montre. C'est un style particulier qui peut frustrer les amateurs de couleurs et de belles planches léchées, de beaux paysages de montagnes, d'eaux et d'arbres. Mais ce style est là pour montrer la violence et la cruauté de l'exil, de la guerre, des bombardements incessants, les départs précipités, les nombreux déménagements de Jessie et ses parents alors qu'elle est encore bébé et durant toute sa tendre enfance. 

J'aime beaucoup, parce que c'est très loin de mes lectures habituelles, j'ai lu quelques romans coréens mais pas de bande dessinée. Et aussi parce que j'ignorais à peu près tout de la Guerre sino-japonaise qui se conclura par la capitulation du Japon après Hiroshima et Nagasaki.  Autant dire que j'ai beaucoup appris, et j'ai poussé mes recherches plus loin, me renseignant ici ou là sur ce conflit. 

Un gros volume d'à peine 400 pages qui se lit avec beaucoup d'intérêt (même si parfois, des pages se répètent et peuvent rendre le récit un peu long), qui permet de découvrir une autre culture du dessin et une histoire terrible, finalement assez proche de ce qu'ont pu vivre les Français et d'autres pendant la guerre, sous les bombardements, avec la question de l'exil en plus. C'est aussi un livre qui parle d'humanité, d'entraide, de la famille, des traditions et de la transmission. Une très belle découverte.

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