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Minuit dans le jardin du manoir

Publié le par Yv

Minuit dans le jardin du manoir, Jean-Christophe Portes, Le masque, 2019.....

Une tête sur un pique en bois est trouvée dans le jardin du manoir de Colette Florin, vieille femme excentrique. Son petit-fils, Denis, notaire réservé, gauche, passionné par les armes et batailles anciennes -il reconstitue soldat après soldat celle de Marignan- passe pour une sorte d'idiot du village. Il fait un suspect idéal, surtout lorsque, pris de panique, il s'enfuit. Jean-Michel Trividec bellâtre de la police de Rouen mène l'enquête qui s'épaissit bientôt avec la disparition de Colette.

Excellent roman policier contemporain de Jean-Christophe Portes, plutôt spécialisé dans le policier historique avec son héros Victor Dauterive, gendarme qui officie pendant la Révolution. Mais chassez le naturel, il revient à un moment ou un autre, puisque ce roman a pour base l'Histoire ancienne et plus récente, formidablement décrite.

Au moins quatre narrateurs très identifiés, qui alternent leurs points de vue. D'abord Trividec, le flic sûr et content de lui, un peu bas de plafond fort heureusement bien secondé par Miss Je-sais-tout ainsi qu'il l'a nommée. Puis, Denis Florin, le notaire-suspect à qui il va arriver pas mal d'aventures. Ensuite, Monroy, un richissime homme d'affaires dont on se demande bien -au début- ce qu'il vient faire là. Et enfin, Nadget Bakhtaoui, journaliste habituée aux situations de guerre qui, par hasard, se retrouve embarquée dans cette intrigue.

Habilement, JC Portes construit son roman en petits chapitres qui donnent du rythme et permettent au lecteur d'être toujours en haleine et en alerte. Ça va très vite, on ne s'ennuie jamais puisque l'on saute de surprises en rebondissements et de rebondissements en surprises. Pas un seul temps mort, les personnages se révèlent, changent sans que cela ne soit gênant ou grotesque. L'auteur mène là un récit léger, c'est de l'aventure avant tout, donc tout -ou presque- est possible. Il y glisse des remarques bien senties sur notre monde actuel : les chaînes d'informations continues qui brodent souvent, extrapolent, font leur beurre sur les faits divers les plus sordides possibles, les talk-shows (comment dit-on en français : les causeries ?) dans lesquels des chroniqueurs donnent leurs avis nullement argumentés -et qui n'ont qu'à peine la valeur de ceux du célèbre café du Commerce- et dont on se fout sur tous les sujets et qui vont même jusqu'à s'auto-estampiller spécialistes.

Bref, voici un roman policier qui saura détendre et intéresser les moins ardents des lecteurs et aussi les lecteurs plus avertis ; chacun passera un vrai bon moment dans cette histoire virevoltante, énergique, légère et toujours surprenante. Vous aimez l'aventure ? En voilà ! Et quelque chose me dit qu'on pourrait bien revoir quelques uns des personnages rencontrés ici dans une série...

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Demande à la savane

Publié le par Yv

Demande à la savane, Jean-Pierre Campagne, Jigal polar, 2019.....

Cœur léger était flic. Il a été viré et s'est établi en tant que privé. Jane, sa sœur, son amour de jeunesse, son amie, journaliste, lui demande de l’assister lorsqu'elle doit s'entretenir avec un informateur sur le trafic d'ivoire qui continue au Kenya. Lenos, garde forestier est le témoin du massacre de trois éléphants tués pour leurs défenses. Cette chasse aux trafiquants d'ivoire croise celle d'un terroriste, donnant à cette histoire un ton plus que terrible.

N'y allons pas par quatre chemins, j'ai adoré !

Quelle claque ! Ce roman de 150 pages est d'une originalité et d'une force incroyables, et je pèse mes mots. L'écriture de JP Campagne est un régal qui oscille entre poésie, brutalité, descriptions des lieux et des personnes qui pourraient paraître courtes et qui pourtant sont juste suffisantes. Une langue au minimum. "Cœur léger a vieilli, il a pris du poids, il a déjà un pli à la nuque quand il porte la veste. Le jour où il en aura deux, si ce jour arrive, il rejoindra la bande des gonflés, des réussis, des pas crève-la-faim, pas crève-de-palu, pas crève-du-sida." (p.7/8)

Une langue qui dit tout sans détour, qui ne digresse pas. Sans doute faut-il entrer dedans et prendre le pli de lire entre les lignes tout ce qui y est clairement noté et si tel est le cas, ce roman noir devient tout simplement l'un des tout meilleurs lus dernièrement. JP Campagne joue avec les images, les mots, c'est un peu comme quand un taiseux s'exprime, il ne lui faut que quatre mots pour se faire comprendre là où le bavard moyen a besoin d'une page entière.

J'en suis encore sur le cul. J'aime beaucoup le travail de la maison Jigal, j'y ai lu beaucoup d'excellent romans, celui-ci entre dans mon panthéon jigalien. Croyez-moi sur parole : inévitable, chaud, poisseux, lourd, râpeux, la violence y est présente sans être décrite on la ressent, noir, très noir, éléphantesque si je puis me permettre.

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Un élément perturbateur

Publié le par Yv

Un élément perturbateur, Olivier Chantraine, Folio, 2019 (Gallimard, 2017)....,

Serge Horowitz a l'inconvénient avantage d'être le frère du ministre du budget et des finances. Celui-ci, très ambitieux, trouve toujours du travail à Serge, toujours une mission en rapport avec ses ambitions. Serge, 44 ans, vit chez sa sœur Anièce. Il est loin, très loin du caractère du ministre et souffre d'aphasie, c'est-à-dire qu'à certains moments, imprévisibles, il ne peut plus parler, ce qui ne l'aide pas dans son travail lorsqu'il doit être présent dans des négociations où des millions sont en jeu. Lorsqu'il fait capoter l'une d'elles avec des investisseurs japonais, son frère, furieux, le somme de réparer cette énorme bourde. Serge tente de rattraper le coup avec l'aide de Laura, sa superbe collègue, elle-même prête à presque tout pour réussir.

Roman qui m'était totalement inconnu, dont je n'avais jamais entendu parler et dont j'espère que la sortie en poche sera une occasion d'en (re)parler beaucoup. Sur fond de politique actuelle : un fringant ministre qui se rêve Président et qui pour cela n'hésite pas à sortir les arguments massue dont on nous rebat les oreilles depuis des décennies, mais un peu modernisés, de la politique-spectacle pour reprendre un terme qui fait désormais partie de notre quotidien, des affaires politico-financières, des trahisons, des familles qui dysfonctionnent, des gens ambitieux prêts à tout pour amasser du pognon, même à écraser autrui et le laisser professionnellement mort, enfin que des bons sentiments... Heureusement, il y a Serge. Serge est un doux-rêveur, un mec qui n’aime pas le travail plus que cela, qui le fait parce qu'il obéit à son grand-frère, à qui la sœur prépare encore le café, l’œuf et les mouillettes chaque matin, un mec hors du temps, pas matérialiste, qui préfère le silence au brouhaha incessant : "Comme si l'absence de paroles était devenue l'une des denrées les plus rares sur terre, l'arme ultime de résistance face aux dérives du monde moderne. Notre société se noie dans un océan de bavardages, des news radio du matin assénées d'un ton faussement enjoué aux débats stériles des présentateurs de chaînes d'infos botoxés comme de vieilles Californiennes, surjouant la complicité jusqu'à l'outrance..." (p. 250) Je l'aime bien Serge et le rejoins sur plein de points (pas tous, parce que parfois on a quand même l'envie de le secouer un peu et qu'à 44 ans, il prenne enfin des décisions pour lui et cesse de se faire porter par ses frère et sœur). Il m'est sympathique et Olivier Chantraine le rend comme tel, grâce à son écriture vive, drôle, ses digressions épatantes -mises dans la bouche de Serge- sur le bruit permanent (cité plus haut), sur les liens politique-finance, sur la géopolitique, ...

La vie de l'anti-héros Serge ne sera jamais plus la-même après cette négociation ratée avec les Japonais. Son équilibre professionnel, sentimental (Ah Laura et ses longues jambes...) sera chamboulé. Lui, le nonchalant va devoir se bouger un peu et agir... "Aujourd'hui peut-être, ou alors demain..." baillait il y a déjà longtemps un chanteur et même son fils un peu après si mes sources sont bonnes.

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France Bloch-Sérazin, une femme en Résistance

Publié le par Yv

France Bloch-Sérazin, une femme en Résistance, Alain Quella-Villéger, Des femmes-Antoinette Fouque, 2019.....

Franche Bloch naît en 1913. C'est la fille de l'écrivain-journaliste Jean-Richard Bloch. Milieu intellectuel, elle côtoie enfant tout ce que la France fait d’écrivains, penseurs, journalistes : Colette, André Gide, Darius Milaud, Tristan Bernard, Louis Jouvet, Stefan Zweig, André Maurois son oncle. Milieu aisé, bourgeois. La jeune femme est une brillante étudiante en chimie qui adhère jeune au Parti Communiste.

Exclue du laboratoire dans lequel elle travaille pare qu'elle est juive, elle participe aux premiers groupes de résistance. Elle sera arrêtée en 1942, déportée en Allemagne et guillotinée le 12 février 1943.

Voilà brièvement résumée la vie de cette jeune femme qui a eu le tort de naître juive et de vouloir défendre des valeurs républicaines. La biographie de Alain Quella-Villéger est précise, très documentée, à l'aide d'archives, de courriers envoyés ou reçus  par France. On dirait d'elle aujourd'hui qu'elle était pétillante, vive, qu'elle aimait la vie. Le biographe sait faire ressentir la vivacité, l'envie et la joie de vivre de France Bloch-Sérazin (elle s'est mariée en 1939 à Fredo Sérazin, communiste et résistant).

La grande qualité de ce livre est de la faire revivre et à travers elle, toutes les femmes qui ont œuvré dans la Résistance mais qui sont restées anonymes tant les hommes ont imposé leurs noms. Elles ne furent pas moins courageuses, moins téméraires, elle furent femmes simplement donc plus aisément oubliables dans et par notre société patriarcale.

Il n'est pas innocent que cette biographie sorte chez Des femmes-Antoinette Fouque, maison qui porte haut la parole des femmes, ni qu'elle paraisse aujourd'hui le 7 mars, veille de la Journée Internationale des Droits des Femmes. Deux raisons supplémentaires s'il en fallait de lire l'excellent travail de l'auteur et la vie de cette femme admirable.

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Max Jacob dans tous ses états

Publié le par Yv

Max Jacob dans tous ses états, Linda Lachgar, Ed. du Canoë, 2019..... 

Ce petit livre contient, outre une discussion imaginaire entre Max Jacob et Mademoiselle Infrarouge, autrement dit Linda Lachgar, 15 croquis de Max Jacob et un récit  inédit de Pierre Colle sur le poète corrigé par Max Jacob lui-même. 

Cette courte discussion entre Max Jacob et Linda Lachgar, grande admiratrice et spécialiste du poète, elle-même poète, aborde tous les thèmes chers à Max Jacob : l'homosexualité, le judaïsme et sa conversion au catholicisme au point de vivre une vie monacale, rattaché à l'abbaye de Fleury à Saint-Benoît-sur-Loire sur les dernières années de sa vie (merci Wikipédia). Il parle aussi de ses amitiés avec Picasso, Apollinaire, de peinture, de poésie, du surréalisme dont il fut un des précurseurs sans pour autant y adhérer. Il aime vivre et flâner à Paris mais aime aussi sa Bretagne natale (Quimper, en 1876, il meurt déporté à Drancy en 1944).

Linda Lachgar lui fait dire tout cela de manière élégante, vacharde, humoristique, cultivée, charmante, tout ce qui devait faire sa personnalité. Il fait le cabot, aime qu'on l'aime, dit du bien -mais pas seulement- de lui. Ce sont de courts dialogues, parfois de simples phrases :

- "A une lointaine époque, Picasso et moi avons partagé le même lit, mais pas aux mêmes heures. Dommage !"

- "Pisser dans la rue va devenir un acte surréaliste, savoir chiner aux puces aussi."

- "Je suis très attaché à ma célébrité !"

Pour continuer à découvrir ce poète, peintre, romancier et critique sans doute pas assez connu, après un autre livre de la même auteure déjà à lui consacré : Arrestation et mort de Max Jacob.

Ce 5 mars 2019 est le 75ème anniversaire de la mort de Max Jacob, une occasion saisie par Linda Lachgar et les éditions du Canoë pour lui rendre un bel hommage.

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Des coccinelles dans des noyaux de cerise

Publié le par Yv

Des coccinelles dans des noyaux de cerise, Nan Aurousseau, Folio, 2019 (Buchet-Chastel, 2017).....

François est un demi-sel, un petit voyou parisien, incarcéré à Fresnes. Il partage sa cellule avec Le Vieux, un malfrat de la même envergure, fatigué. Pour leurs derniers mois, c'est Mehdi qui viendra faire le troisième dans leur neuf mètres-carrés, et là ce n'est plus le même sirop. Mehdi, c'est le grand banditisme, l'élite de la profession, braquage en tous genres et magot bien planqué, que personne n'a trouvé, ni les flics ni ses complices. François a un plan, un gros coup à Paris, un truc auquel il cogite depuis longtemps et si Mehdi lui tendait la paluche, ça aurait de la gueule.

Il m'a suffit de ce titre énigmatique pour me tenter. Et qu'est-ce que j'ai bien fait de céder ! Ce roman qui débute comme un petit polar un peu pépère s'emballe et se punchise pour enthousiasmer ses lecteurs. Je ne savais pas à quoi m'attendre et même si j'avais eu une petite idée, j'aurais été surpris, alors dire que je me suis régalé est un euphémisme. 

D'abord, il y a François, un personnage pâlot, qui se met en ménage avec une pièce spéciale : "J'ai quand même une amie, une femme, ma femme, elle est pas trop vieille mais elle est laide, c'est une vraie conne et elle m'aime." (p.14). Les portraits sont réjouissants, pas ragoûtants, on ne fréquente pas la crème de la crème. Et avec tout cela, Nan Aurousseau construit un roman noir excellent. Ensuite, il y a la langue qui fait qu'on s'y plaît, une langue de voyou, crue, directe, argotique, violente. Et puis il y a le crescendo de l'intrigue qui m'a cueilli et m'a empêché de regarder un bon gros navet à la télé puisque je devais absolument en connaître le fin mot. Pour tout cela, que Nan Aurousseau soit remercié. Quel pied !

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La bête de l'Aven

Publié le par Yv

La bête de l'Aven, François Lange, Palémon, 2019....,

Été 1858, l'inspecteur François Le Roy s'ennuie un peu dans la ville de Quimper lorsqu'il est intrigué par trois personnages patibulaires installés au fond d'une taverne. Il les écoute et comprend vite qu'ils projettent d'attaquer la malle-poste. Désœuvré, il commence alors à étudier le trajet du fourgon postal et les raisons pour lesquelles ces trois malfrats envisagent leur mauvais coup.

Mais bientôt, Faňch Le Roy est obligé de se rendre à Pont-Aven, petite commune dans laquelle officie son ami gendarme Corentin Kerloc'h et qui compte déjà trois jeunes filles sauvagement assassinées sans que le meurtrier ait pu être arrêté.

Nouvelle enquête de Faňch Le Roy, après le très bon Le manuscrit de Quimper. Et cette fois-ci encore, très bon moment passé dans la Bretagne du XIX° siècle. François Lange écrit ses enquêtes en à peine 200 pages, ce qui est très bien, rien ne manque, rien n'est en trop. Peut-être lui faudra-t-il néanmoins décrire plus intimement son héros, mais cela viendra, pour le moment, il parle admirablement de la région, de ses us et coutumes et des gens de l'époque. C'est vraiment très agréable, car bien écrit, fluide, limpide. L'histoire se suit très facilement et l'on se prend au jeu de savoir qui a commis les crimes et comment Faňch et Corentin vont conclure les deux affaires qui les lient.

Et ces deux intrigues, si elles ne révolutionnent pas le genre, sont mises en scène fort habilement et encore une fois, dans un cadre original et fort présent. Pas de temps mort dans ces pages. On y croise des personnalités réelles qui elles, rencontrent des personnages de roman -à chaque fois, une note de bas de page indique que telle ou telle personnalité a vraiment vécu et parle de son lien avec la Bretagne. J'aime beaucoup ce genre de romans qui nous font passer un très bon moment en s'échappant quelques instants de notre réalité, de nous rappeler comment vivaient nos aïeux. La mission est très largement remplie, j'en redemande, car je suis certain que Faňch va revenir. Il ne peut en être autrement.

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Funérailles molles

Publié le par Yv

Funérailles molles, Fang Fang, l'Asiathèque, 2019 (traduit par Brigitte Duzan assistée de Zhang Xiaoqiu)....

Ding Zitao est une jeune femme retrouvée nue dans une rivière, le corps blessé, meurtri par les chocs contre les rochers. Amenée à l'hôpital, à son réveil, elle ne se souvient de rien. C'est le docteur Wu qui la soigne et qui se prend d'affection pour elle. C'est lui qui la nomme Ding Zitao, qui lui trouve une place de servante dans une bonne famille, puis qui, quelques années plus tard, l'épouse. Longtemps après, Qinglin, leur fils qui a une très bonne place au sein d'une entreprise chinoise, installe sa mère, veuve depuis plusieurs années, dans une grande maison, près d'un lac. Mais Ding Zitao, d'un coup s'enfonce dans une sorte de paralysie mentale à la grande inquiétude de son fils.

Assez gros roman de presque 500 pages qui pourtant se lit vite, tant il est écrit simplement, comme quelqu'un qui nous raconterait une histoire. Si l'on met de côté quelques répétitions superflues, des circonvolutions pour décrire des situations, des faits, qui me gênent moi qui aime bien la ligne directe -mais qui semblent être la marque de la littérature et de la culture chinoises-, de nombreux patronymes qui se ressemblent -qui parfois ne diffèrent que d'une lettre ou d'un signe- et de multiples personnages qui me perturbent m'obligeant à faire de gros efforts pour savoir de qui on parle, eh bien disais-je si l'on met cela de côté, on a en mains un roman particulièrement intéressant et attachant.

Il commence avec la vie de cette femme qui a oublié son enfance et qui, petit à petit renonce à la retrouver : "Oublier n'est pas forcément une trahison, c'est souvent ce qui permet de vivre, lui avait le docteur Wu." (p.12) Quelques phrases font mouche et touchent tels des aphorismes. Puis, l'auteure oublie un peu Ding Zitao pour s'intéresser à son fils et l'on peut imaginer que leurs deux histoires se rejoindront sur les thèmes  principaux du livre : l'oubli et le devoir de mémoire.

Le roman aborde aussi la Réforme agraire des années 50 pendant laquelle, les propriétaires terriens furent parfois obligés de se donner la mort pour éviter les séances de luttes autrement dit des séances publiques d'accusation se finissant souvent mal pour eux. Un pan connu mais pas dans les détails de l'histoire de la Chine dont parle Fang Fang, considérée comme l'une des grandes écrivaines de Chine même si ce roman, pourtant primé, a choqué les ultraconservateurs du pays. Il est vrai qu'il montre bien les exactions commises au nom de la doctrine communiste qui n'a pas toujours profité aux plus pauvres. 

Exotique, historique, instructif, et en guise de conclusion, le court dialogue extrait du livre et qui, en quatrième de couverture -ne lisez que cela, pas la suite qui divulgue trop de l'intrigue- explique le titre étrange de ce roman :

"Je veux être enterrée dans un cercueil, dit la grand-mère.

- On n'a pas de cercueils prêts, que va-t-on faire ? demanda la troisième tante.

- Des funérailles molles, répliqua tout bas le beau-père de Daiyun, la mine soudain très sombre.

- Je ne veux pas de funérailles molles, s'écria la belle-mère de Daiyun en pleurant encore plus fort, si on est inhumé ainsi, on ne peut pas se réincarner."

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Une famille presque parfaite

Publié le par Yv

Une famille presque parfaite, Dimitris Sotakis, Intervalles, 2019, (traduit par Françoise Bienfait)....,

Dans un pays et une ville jamais nommés réside Zerin, rentier quarantenaire, à la vie codifiée et un rien routinière. Zerin a une passion inexpliquée pour tout ce qui touche à la Roumanie. Aussi lorsqu'une famille de Roumains s'installe dans une petite maison pas loin de chez lui, tente-t-il de tisser des liens. La famille d'abord surprise accepte de se lier avec cet homme affable, autant Flaviu le père qui cherche désespérément un travail que Ionela la mère et les deux enfants Anna et Ilia. 

Qu'il est étrange et bon ce roman qui débute par une description assez précise de la vie très rangée et rituelle de Zerin. Dimitris Sotakis décrit par le menu ses habitudes, ses faits et gestes sans jamais nous ennuyer, au contraire, on sent dès le début que cet homme va changer, qu'il va faire des choses inattendues. Et on n'est pas déçu. Je n'en dirai pas plus pour ne rien divulguer, même si, ne vous méprenez pas, nous ne sommes ni dans un thriller ni dans un polar. Néanmoins, l'auteur est habile à nous mettre dans une situation dont on sent bien qu'elle va exploser ou au minimum qu'elle ne pourra pas se finir de façon normale. 

Il décortique les relations entre ce riche rentier et cette famille qui lui est vite redevable comme personne avec un humour noir très présent. Lire ce roman est un ravissement, Dimitris Sotakis ne se départit jamais de l'humour précédemment cité et d'une certaine normalité pour décrire des événements assez terribles. Iceux sont décrits comme naturels, et ils les alterne avec des faits on ne peut plus banals comme le fait d'aller acheter son pain, par exemple. Son roman est traversé de part en part par une ambiance noire.

Pas de tension, de ressort de polar dans ce roman qui, je vous l'ai écrit plus haut, est un pur moment de plaisir. Franchement, si vous aimez être surpris par une ambiance un peu bizarre, des personnages pas très recommandables et/ou pas prévisibles, dont on a de la peine à deviner les futurs agissements -ce qui augmente la sensation de bizarrerie-, par une écriture ciselée, précise, n'hésitez pas, j'ai le livre qu'il vous faut !

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