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La folle de la rue Guyale

Publié le par Yv

La folle de la rue Guyale, Michel Bouvier Pôle Nord-Gilles Guillon, 2019.....

Boulogne, 1901, le corps de Jules Coqueret, directeur de la fabrique de plumes, homme bon et apprécié de tous, est découvert au coin d'une rue. Le commissaire Riqueval est sur les lieux, bien décidé à confondre l'assassin. Mais il aura fort à faire entre ses préoccupations familiales -sa fille Sophie veut aller étudier la peinture à Paris-, une veuve abattue, des tables qui tournent, de mystérieuses pièces d'or russes qui circulent, une vieille folle qui prétend savoir qui a tué. Son flegme sera mis à l'épreuve.

Michel Bouvier, je le lis depuis Lambersart-sur-Deuil, paru en 2012 et dernièrement dans L'émasculé du Cran-aux-Œufs , lui aussi chez Pôle Nord, et à chaque fois, je me régale avec son écriture. Cette fois-ci encore, avec ce roman policier édité dans la collection Belle époque, qui est un délice pour les oreilles si l'on lit à voix haute et globalement pour tout le corps et l'esprit. Si j'ôte de mes louanges une double faute (pléonasme p.26 "... les histoires qui vont s'avérer vraies" et oxymore p.289 "... la seule piste que nous avions s'avère fausse."), le reste est succulent. Un roman policier littéraire qui enchaîne les tournures certes parfois désuètes, mais qui collent à l'époque décrite, les imparfaits du subjonctifs qui coulent exquisément, les dialogues et réparties tout en finesse, comme la première rencontre avec la sœur de la veuve :

"- Votre beau-frère était un homme unanimement estimé. N'auriez-vous pas, cependant, pu remarquer quelque chose de moins admirable en lui ? Une faiblesse cachée qui pourrait nous conduire à comprendre que quelqu'un eût pu lui en vouloir jusqu'à souhaiter sa mort ?

- Il y a du mystère en chacun de nous. Mais de ce mystère, c'est justement ce dont les plus proches ne savent souvent rien, sinon, serait-ce un mystère ?" (p.90)

Ah, je me pâme, je me régale, de lire un roman policier à contre courant, qui fait de cette si jolie langue son attrait principal. Et là de me dire que je n'ai parlé que de la belle écriture de Michel Bouvier et point de son intrigue, de son histoire, que dis-je de ses histoires tant il en mêle, pour, là aussi, notre plus grande joie. Sous son air bonhomme, le commissaire Riqueval est une fine mouche qui saura délier les fils parfois très emmêlés des événements, des confessions des uns et des autres. C'est également un homme de son temps qui se pose des questions très actuelles sur la condition féminine, sur la place des femmes dans la société et celle des hommes dans l'éducation des enfants, des filles notamment puisqu'il en a trois avec Albertine. 

Bath roman dans une chouette livrée orangée. Beau travail de cet éditeur nordiste, Pôle Nord-Gilles Guillon.

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Un été d'enfer

Publié le par Yv

Un été d'enfer, Vera Brosgol, Rue de Sèvres, 2019 (traduit par Alice Delarbre et lettrage par Raphaël Hadid).....

Vera à peine dix ans vient d'arriver aux Etats-Unis directement de Russie. Elle a du mal à se faire des amies et aimerait participer à une colonie, un été. Mais loin des vacances de ses copines américaines riches, elle va intégrer un camp de scouts russes. Elle part pour deux semaines avec son petit frère. Et c'est parti pour l'aventure.

Ce qui surprend d'abord dans cette bande dessinée ou roman graphique puisqu'il en prend les codes, notamment dans le format et le nombre de pages, c'est d'abord la couleur dominante : du vert, les autres étant du noir et blanc. C'est étonnant et excellent. Ensuite, cet album qui s'adresse en premier lieu à des ados est lisible et appréciable par tous, puisque moi, qui ai à peine passé cet âge, je me suis régalé. sans doute me suis-je retrouvé dans Vera qui n'est pas très liante, qui aime profiter du calme et des moments où elle est seule et qui ne se sent pas bien en groupe. C'est tout moi. Et pour ce qui est de partir en colonie ou en camp, bon, je n'ose imaginer ma réaction. 

Passons sur ces révélations sur ma légère agoraphobie -additionnée d'une non moins légère claustrophobie- et revenons à Vera qui tentera de survivre pendant ces journées de scouts, qui parfois baissera les bras avant de retenter de se faire des amis. C'est bien fait, on ressent bien toutes les phases par lesquelles elle passe et tous les sentiments qui l'habitent. C'est la simplicité du dessin -la simplicité n'est pas toujours le plus facile à obtenir-, qui fait que l'on s'attarde sur les personnages, sur leurs émotions.

Très belle surprise qu'il serait restrictif de laisser aux ados. Enfants, parents, partagez-vous cette lecture.

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La cage de l'albatros

Publié le par Yv

La cage de l'albatros, Pierre Pouchairet, Palémon, 2019.....

Léanne Vallauri, cheffe de la PJ du Finistère est sur le point d'intercepter une très grosse cargaison de cocaïne, presque une tonne, sur un tuyau de son informateur. Léanne est l'une des trois Brestoises avec Vanessa, psychologue de la police et Elodie médecin-légiste, trio qui s'est enrichi d'une quatrième, Noreen, capitaine de police, sous les ordres de Léanne, devenue la quatrième mousquetaire. Lorsque l'oncle de Noreen, sa seule famille, est retrouvé mort en bas d'une falaise, les trois autres filles la soutiennent et dès que l'une flaire un meurtre plutôt qu'un accident, elles se mettent en ordre de bataille pour trouver l'assassin.

Voilà donc le retour des trois Brestoises, au nombre de quatre cette fois-ci, pour mon plus grand plaisir, après l'excellent Haines. Le prolifique et talentueux Pierre Pouchairet remet donc en scène ses héroïnes bretonnes favorites dans cette enquête encore une fois pas avare en rebondissements. Lorsqu'on croit l'enquête close, il reste encore des pages à tourner avec pas mal de surprises. Dans ce tome, c'est Noreen, la nouvelle venue qui a la vedette et sur laquelle le romancier s'attarde pour nous la faire mieux connaître. Les vies des trois autres filles sont un peu mises entre parenthèses puisqu'elles aident leur amie. 

Cette deuxième aventure est aussi passionnante que la première et tout aussi addictive, difficile de lâcher l'affaire avant la dernière page tournée. Pierre Pouchairet est diabolique qui sait perdre son lecteur dans les multiples impasses, indices à creuser, fausse pistes, chausse-trappes. On ajoute à tout cela quatre filles aux caractères bien trempés, qui n'ont pas de mal à imposer le respect aux hommes qu'elles dirigent ou côtoient, qui n'hésitent pas à les envoyer promener au besoin, une Bretagne toujours aussi belle même lorsqu'il y pleut -rarement, il va sans dire. On met une grosse pincée de dialogues savoureux aux formules parfois expéditives, des portraits plus vrais que nature, un certain réalisme dans les situations -Pierre Pouchairet a été très longtemps flic-, un humour bienvenu et l'on obtient un roman policier excellent. Qui pourrait résister à cette entrée en matière :

"25 ans, 3 mois et 22 jours que Jean-Luc Kernivel est veuf. Les prisonniers comptent les jours d'incarcération, lui, ce sont ceux de sa liberté retrouvée. Il pourrait également quantifier les heures, il se contente d'égrener les jours. Ce compte, qui serait macabre pour certains, est heureux pour lui et a commencé dès le lendemain de la mort de sa femme." (p. 13)

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Crow

Publié le par Yv

Crow, Roy Braverman, Hugo Thriller, 2019....,

Crow, c'est un tueur en série qui tue des femmes, les éventre et glisse un corbeau mort dans leur cadavre. Aussi lorsque le FBI pense qu'il s'est éclipsé avec Hunter, un ex-prisonnier longtemps suspecté de clouer ses victimes d'un trait d'arbalète sur des troncs d'arbres et finalement innocenté mais devenu ingérable, craint-il le pire. C'est en Alaska que le duo va être traqué par toutes sortes d'individus, des flics locaux, des agents du FBI, un ex-agent accompagné de chasseurs, un collecteur de dettes. Le tout dans des paysages grandioses.

Deuxième tome de la trilogie de Roy Barverman après le très bon Hunter. Cette fois-ci, ce sont les paysages de l'Alaska, la faune et la flore qui sont le contexte géographique mais aussi tout l'environnement de cette traque. Nature omniprésente, la neige, les forêts, les ours, les loups. Roy Braverman parle de l'Amérique profonde, des campagnes et des petites villes, celles avec des shérifs élus pas toujours respectueux des lois où qui s'arrangent avec elles, celles des chasseurs-viandards qui rêvent de faire des cartons sur les animaux ci-dessus nommés, celles des homophobes, racistes, sexistes, machistes... On est loin du rêve américain. 

Il aborde aussi la question de la justice, de la loi du talion  :

"- Tu vois que ta seule idée de la justice, c'est la vengeance. La mort pour la mort. Une vie pour une vie. Si c'est ça ta justice, alors va jusqu'au bout de ton raisonnement : coupe la main au voleur, coupe la jambe au fuyard, le sexe au violeur, la langue au diffamateur, crève les yeux au voyeur...

- Ils le méritent, persiste Delesteros

- Peut-être, mais ça reste de la vengeance, pas de la justice. La justice, c'est de préserver la société de la menace. Pas besoin pour ça d'en éliminer la cause. Il suffit de la maintenir à l'écart." (p.269)

Un extrait d'un long dialogue -dans lequel, comme dans le roman précédent, l'auteur s'exprime sur la justice, la prison et leurs dysfonctionnements- entre Hunter l'innocent accusé à tort et Delesteros, l'agente du FBI. Parce que évidemment, ils se croiseront, comme tous les personnages principaux. L'histoire est noire, très noire et le bandeau de couverture assez explicite. Ici, on ne fait ni dans le détail ni dans la romance sucrée. Si vous n'aimez que les genres précédents, fuyez. Mais si vous aimez le très noir, les histoires avec des personnages pas si méchants ou si gentils qu'ils paraissent, loin des stéréotypes, des situations inédites et tout peut arriver, le pire comme le moins pire -je n'irai pas jusqu'à dire le meilleur-, l'originalité d'un romancier qui mêle tout cela avec un bon dosage et beaucoup de savoir-faire, eh bien plongez dans Crow (qui peut se lire indépendamment de Hunter, mais lire les deux, c'est mieux.

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Sous la grande roue

Publié le par Yv

Sous la grande roue, Selva Almada, Métailié, 2019 (traduit par Laura Alcoba)....

Les corps de deux adolescents gisent sous la grande roue de la fête foraine. Pajarito Tamai et Marciano Miranda, fils de deux ennemis violents. Pourtant les deux jeunes hommes furent amis, avant de se brouiller sans bien savoir pourquoi, comme leurs pères. 

Chacun, avant que la vie les quitte, repense à son enfance, revoit les gens qui ont compté.

Puis c'est l’histoire de leurs parents qui se mêle à leurs appels et leurs souvenirs.

J'ai lu la première fois Selva Almada  dans son récit sur les féminicides argentins : Les jeunes mortes. Un livre glaçant. Elle revient au roman avec Sous la grande roue. Un roman dur et âpre. La construction déroute un peu au départ, puis dès que le pli est pris et qu'on se repère bien dans les familles, impossible d'en sortir. Sur fond de misère, de galère dans les campagnes argentines, elle bâtit une tragédie dans laquelle les hommes sont comme prédestinés à payer et reproduire les actes de leurs pères. Car ce sont bien les hommes qui apportent et transmettent la violence et la haine, les femmes doivent se contenter d'élever les enfants, de faire tourner la maison lorsqu'elles ne sont pas obligées de travailler pour que leurs maris puissent sortir et aller boire avec leurs copains. Elles sont effacées et subissent le poids des traditions machistes et leurs enfants en pâtissent autant qu'elles, même si les garçons auront la chance (?) de vivre comme leurs pères.

L'ambiance est brûlante, le soleil tape fort, attise les passions. L'environnement est pauvre, la région aride. Tout cela mène doucement mais sûrement vers la tragédie, les esprits sont chauffés à blanc. Selva Almada décrit cela admirablement, on visualise très bien les scènes, le décor, même les silhouettes et attitudes de ses personnages. Une écriture simple et directe qui ne s'embarrasse pas d'effets, qui va coeur des hommes et des femmes de son histoire. On pourrait y voir un scénario de cinéma tant les images sont nombreuses, un film noir, tragique avec des gueules, des acteurs burinés, des actrices qui rêvent d'une belle vie avant de se confronter à la dure réalité. Du cinéma réaliste.

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Le fils de l'ursari

Publié le par Yv

Le fils de l'ursari, Cyrille Pomès, Isabelle Merlet, Xavier-Laurent Petit, Rue de Sèvres, 2019....

L'ursari c'est le montreur d'ours. Ciprian est le fils de l'ursari. Nomades, lui et sa famille sont mal vus des habitants de leur pays et vivent avec très peu de moyens, pas mal de débrouille. Chassés, ils se voient proposer une vie meilleure à Paris où l'argent coule à flots. Lorsqu'ils y arrivent, la vie n'est pas celle que les passeurs leur avaient fait croire. Et comme ils doivent rembourser une somme considérable qui augment de mois en mois, les solutions trouvées pour trouver des euros ne sont pas nombreuses. Dans sa tournée de pickpocket, Ciprian débarque un jour au jardin de Luxembourg et découvre fasciné deux personnes qui jouent aux échecs. 

Album adapté du roman du même titre de Xavier-Laurent Petit paru à L'école des loisirs, scénarisé et dessiné par Cyrille Pomès et mis en couleurs par Isabelle Merlet. Ce qui m'y a d'abord surpris c'est le trait des dessins qui n'est pas celui que je préfère. Et puis, très vite je n'y ai plus pensé, totalement embarqué dans cette histoire avec la famille de Ciprian. Les conditions de vie des Roms dans leurs pays et celles, une fois qu'ils sont arrivés dans un autre pays dans lequel ils espèrent vivre mieux sont décrites simplement et clairement : les destructions des camps, les relogements, les expulsions, les abris de fortune, les enfants non scolarisés qui traînent dans les rues à la recherche d'argent, les femmes qui mendient, la violence et la haine auxquelles ils doivent faire face quotidiennement, et malgré tout cela une lueur d'espoir en la personne de Ciprian. C'est grâce à ce petit garçon déluré et intelligent que l'histoire ne sombre pas dans le noir total, ainsi, elle est accessible à tous et permet à chacun de comprendre les conditions de vie de ceux dont on longe les campements lorsqu'on prend les autoroutes urbaines.

Belle adaptation à mettre entre toutes les mains, pas les tout petits, mais celles des jeunes adolescents et des plus grands.

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Abeilles, crimes et champagne

Publié le par Yv

Abeilles, crimes et champagne, Valérie Valeix, Palémon, 2019..,

Audrey, apicultrice et conférencière sur tout ce qui touche aux abeilles se rend à Reims pour parler pollen, pendant que son mari, capitaine de gendarmerie part en mission infiltrer une filière djihadiste. Audrey loge chez les Fleuriot, gros apiculteurs de la région. Pendant sa conférence, Suzanne Garcin, voisine des Fleuriot est assassinée. Les Fleuriot et les Garcin se vouent une haine féroce depuis des décennies sans que personne n'en connaisse vraiment les raisons. Nicolas Fleuriot et Chiara Garcin, petite-fille de l'homicidée s'aiment, et cette haine ne facilite pas leur relation.

Roméo et Juliette en Champagne aidés par Audrey qui va tenter de faire la lumière sur cette affaire. Bon, je ne cache pas que j'ai eu du mal à croire à cette histoire et à l'enquêtrice qui se démène pourtant pour faire sortir la vérité face à des taiseux et des renfrognés. Le roman est un peu long et bavard et pas vraiment crédible. Néanmoins, je dois dire qu'il se lui sans déplaisir et d'aucun y trouveront même de très bons moments de lecture et de détente. 

Peut-être est-ce mon chauvinisme qui me fait dire tout cela car Palémon, pour moi, est plutôt cidre que champagne ? Ou plutôt, est-ce qu'on ne peut pas plaire à tout le monde et que si Audrey ne m'a pas convaincu, elle parviendra sans peine à convaincre d'autres lecteurs, car l'enquête est bien menée, classique, doublée de la vie de l'héroïne qui prend un tour singulier avec l'envoi de son mari en Afghanistan. Valérie Valeix fait la part belle à ses personnages, des gens simples qui tentent de se débattre dans des situations pas aisées, rendues encore plus compliquées par les histoires de familles. En cela son roman est très humain, point de grosse artillerie : ADN, écoutes téléphoniques et autres technologies modernes, non Audrey, comme elle n'est pas enquêtrice officielle travaille à l'ancienne, sur les témoignanges et questions-réponses qu'elle confronte, et ça fait du bien, ça repose. En outre, le contexte est bien choisi, original, une enquêtrice apicultrice, ce n'est pas banal. Ca fait quand même pas mal de bons points pour m'auto-contrer.

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Deuxième mi-temps

Publié le par Yv

Deuxième mi-temps, Hugues Serraf, Intervalles, 2019...,

Cinquantenaire célibataire -divorcé- chauve, le héros de Deuxième mi-temps, vient s'installer à Marseille. Il a lâché sa profession de journaliste pour tenter celle d'écrivain et à lâché Paris pour Marseille pour profiter du soleil, du rythme plus lent qui siéra davantage à ses nouvelles occupations. Actuellement attelé à l'écriture d'un roman policier décalé, il espère écrire juste après son chef d'oeuvre. Mais en attendant, il profite de la vie avec ses copains et les femmes qu'il rencontre.

"Je m'habille comme un plouc. C'est mon style, où plutôt mon absence de style, mais il faut tout de même que je me méfie de ne pas trop me laisser aller. [...] A l'occasion, installé à la terrasse de mon PMU, pas rasé depuis trois jours et avec un T-shirt fripé sur le dos, je me dis que je m'intègre un poil trop bien au paysage et qu'il faudrait que je fasse un effort si je ne veux pas finir en bas de jogging Adidas et en claquettes de piscine Sergio Tacchini, avec cette petite sacoche en bandoulière pour le téléphone portable, les clés de la voiture et le portefeuille que les Marseillais affectionnent." (p.47)

Comme cet extrait le laisse penser, ce roman est plutôt léger et drôle. Hugues Serraf fait preuve de pas mal d'ironie, se moque gentiment de son double littéraire qui lui-même fait preuve d'auto-dérision. Evidemment, s'il n'y avait que cela ce serait un peu facile et vain. C'est pourquoi ces pages humoristiques parlent aussi de la seconde moitié de la vie d'un homme, de l'accès à ses envies et désirs les plus forts : vivre de ses livres, la liberté que procure une vie d'écrivain et une vie de célibataire mais aussi les contraintes et la solitude. Les compromis à faire comme écrire un polar à la fin ouverte pour se ménager une rémunération s'il se vend bien avec une série, alors que l'écrivain écrit plus aisément "une histoire d'amour de quinqua chauve qui tourne mal, ce qui est tout de même plus original." (p.112), mais qui se vend moins.

Pas d'apitoiement ni d'auto-flagellation, le tout est, comme je l'écrivais plus haut, léger et enlevé. Un roman très agréable, dans la veine du précédent de Hugues Serraf : Comment j'ai perdu ma femme à cause du Tai Chi, mais encore mieux, plus maîtrisé. Et puis, malgré le titre, "Deuxième mi-temps [...] ne parle surtout pas de foot." (4ème de couverture), ce qui, à Marseille est presque un exploit, et à mes yeux une qualité indéniable.

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Le prieuré de Crest

Publié le par Yv

Le prieuré de Crest, Sandrine Destombes, Hugo thriller, 2019....

Perceval Benoît, sous-lieutenant de gendarmerie à Crest dans la Drôme, ne croyait pas que d'un simple contrôle routier allait démarrer une enquête pour enlèvement et meurtres. Mais lorsque la conductrice qu'il stoppe après des embardées sur la route, prend la fuite et s'encastre dans un arbre, il se doute qu'elle a des choses à se reprocher, sûrement concernant la petite fille qui l'accompagne et qui dit ne pas être son enfant. 

Dans le même secteur, le cadavre d'un homme énucléé est retrouvé. Les Experts de la gendarmerie débarquent, équipe qu'aimerait bien intégrer le sous-lieutenant.

Très belle découverte -pour moi car Sandrine Destombes écrit-là son sixième polar- que ce roman. A part une réserve sur l'utilité des passages en italique qui n'ajoutent pas grand chose au suspense, qui lui nuiraient même -sauf l'ultime- et sur la redondance pléonasmique suivante : "Si toutes leurs théories s'avéraient justes, ..." (p.203), eh bien, j'ai apprécié ma lecture de bout en bout.

Outre l'enquête minutieuse dans laquelle chaque détail est noté méticuleusement, disséqué et analysé, il est intéressant de suivre Perceval Benoît qui observe et apprend les méthodes d'investigations des Experts : "Daloz afficha une mine sceptique ; de sa poche intérieure il sortit un petit carnet noir que Benoît n'avait encore jamais vu. Il observa le capitaine prendre des notes et se reprocha de ne pas en avoir fait autant depuis le début de l'enquête. S'il voulait devenir un Expert, il devait agir comme tel et être plus minutieux à l'avenir." (p.102)

Un autre point qui m'a plu et m'a sauté à l'esprit -ça se dit ça ?- est que comme on suit l'enquête pas à pas, on peut se surprendre à avoir des intuitions, des doutes, des interrogations sur tel ou tel personnage suspect ou pas encore qui sont, quelques lignes plus bas, exprimées par l'un des enquêteurs. L'impression d'être un Expert... et d'être totalement imprégné de cette histoire.

L'intrigue qui semble partir dans pas mal de directions se resserre et tient, elle est retorse, ne se laisse pas deviner aisément et ménage ses effets tout au long des 360 pages -assez aérées, ce qui est plaisant. Le rythme sans être haletant ne baisse jamais et c'est donc une lecture qui ne traîne pas jusqu'à la dernière page.

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