Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Plus puissants que les dieux

Publié le par Yv

Plus puissants que les dieux, Hugo Buan, Palémon, 2019.....

Un sarcophage en béton est repêché au pied du barrage de la Rance avec, à l'intérieur, le corps d'un homme, enfin, un cadavre saponifié, en position fœtale, ce qui laisse perplexes tous les spécialistes. La procureure Sylviane Guérin qui ne porte pas le commissaire Lucien Workan dans son coeur, lui confie l'enquête, mettant en doute ses capacités à la résoudre, d'autant plus que son équipe de bras cassés, le capitaine Frédéric Lerouyer et les lieutenants Laurent Roberto et Leila Mahir ne sont pas tellement plus appréciés par la magistrate. 

Pour son aventure précédente, Lucien Workan pèlerinait en Bretagne avec la lieutenante Mahir, également sa compagne : Requiem pour l'Ankou. Le voici revenu à une enquête plus classique si tant est que l'on puisse parler de classicisme avec cette équipe de flics assez étonnante, originale et totalement imprévisible. Il est difficile de dire si le commissaire Workan est particulièrement mauvais, bien ou mal entouré ou tout simplement génial, du genre qui cache son jeu avant le détail qui fera naître sa fulgurance et la résolution de l'énigme à lui proposée. Sans doute sont-ils, lui et sa lieutenante préférée, un mélange de tout cela, même si Leila Mahir semble moins obtuse, beaucoup plus apte à dénicher les fameux détails qui serviront à son chef, à creuser les interrogatoires. 

Hugo Buan imbrique deux récits dans ce polar. D'abord celui d'un vieil homme écrivant ses mémoires et qui raconte par le menu la construction du barrage dans les années 60, la vie des ouvriers et petit à petit sa vie personnelle qui dérive vers le jeu et sans doute des choses pas très catholiques à raconter -mais je laisse le suspense. Cette partie est sobre, documentée, et assez sérieuse. Puis, il y a la partie de l'enquête de Workan, totalement barrée. Une comédie policière, que dis-je une farce policière qui fait mouche à chaque répartie, ultra dialoguée, de vraies joutes verbales qui m'ont fait beaucoup rire, que j'ai partagées aux membres de la famille présents dans la pièce et qui veulent maintenant les lire. Par exemple et entre multiples autres :

"Ils se tassèrent dans la minuscule entrée, encombrée d'un porte-parapluies en fer forgé au récipient en porcelaine, d'un perroquet chargé de vêtements et d'une tête de taureau ou de génisse empaillée, accrochée au mur. Le regard bovin qui le dévisageait d'une façon ostentatoire agaçait Workan. La vieille s'en aperçut.

- C'est notre fils...

- Il a beaucoup changé, dit Lucien

- Non, c'est notre fils qui nous l'a offert... Il est mort

- Ça se voit, poursuivit Workan

- Non, pas le taureau, notre fils. Il travaillait dans un abattoir, il est mort la veille de son départ en retraite... je vous dis pas, un accident bête..." (p.147)

Et le dialogue de continuer sur les mêmes tempo et quiproquos, comme quasiment chacun d'eux tout au long du roman. Dire que je me suis régalé est un euphémisme. J'ai dévoré ce tome 11 de la série avec Workan et je ne peux qu'en conseiller très très fortement la lecture réjouissante et anti-stress-déprime-coup-de-mou-et tout-ce-qui-ne-va-pas...

Voir les commentaires

Merde à Vauban

Publié le par Yv

Merde à Vauban, Sébastien Lepetit, Flamant noir, 2017 (1ère édition, Nouveaux auteurs, 2013)....

Besançon, 2008, l'adjoint à la culture est retrouvé mort au pied de la citadelle Vauban. Homme pédant et méprisant, il s'était fait pas mal d'ennemis, mais de là à le tuer... La police hésite entre meurtre et suicide. La police, c'est le commissaire Bruno Morteau, pas loin de la retraite, amateur de bonne chère et surtout de bons vins qu'il absorbe en très grosse quantité, que des produits locaux. C'est aussi Fabien Monceau, jeune lieutenant affecté à Besançon, totalement dépité de s'y retrouver, loin de Paris et surtout sous les ordres d'un alcoolique notoire.

C'est la première enquête du commissaire Morteau, que j'ai découvert il y a trois ans pour sa deuxième enquête intitulée, L'origine du crime, basée sur les œuvres d'un peintre né en Franche-Comté, Gustave Courbet. Je lis à l'envers, mais ce n'est pas grave, je m'y retrouve bien quand même et je pourrai même reprendre le cours normal puisqu'un troisième titre est sorti récemment, Il y aura du sang sur la neige.

Morteau est amateur de lenteur, il accumule les indices, les informations, trie le tout et se fait une idée lorsque tout s'emboîte parfaitement, au contraire de son jeune collègue impétueux qui veut absolument échafauder des hypothèses et faire coller les faits avec icelles. Parfois, ça fonctionne, mais parfois tout accuse un innocent au mauvais endroit au mauvais moment. Donc Morteau tempère les ardeurs de Monceau en souriant parfois dans sa moustache, en s'emportant souvent avant de rejoindre son deuxième chez lui, le Petit Mont d'Or où la patronne lui sert une cuisine locale roborative et des vins locaux. Son expérience lui a appris "[qu']Il ne fallait jamais rechercher des preuves à tout prix, mais les laisser venir d'elles-mêmes, sans les forcer, sinon le risque était grand de les provoquer, voire de les fabriquer involontairement." (p.196)

Mis à part quelques rappels des faits un peu trop fréquents, ma principale gêne vient du fait que les noms des deux héros se ressemblent et qu'il m'a fallu un peu de temps et ne pas passer trop vite les lignes pour bien savoir qui parlait ou agissait -mais au bout de quelques pages, l'habitude est prise. Cette première enquête est franchement très bonne et très agréable à lire. L'opposition entre les deux flics met du sel dans l'intrigue, ajoute un peu d'humour et de légèreté, ainsi que les œillades énamourées de Monceau à toutes les femmes qu'il trouve jolies. 

C'est un polar qui prend son temps, qui ne joue pas avec les nouvelles technologies ni avec une tension terrible, des poursuites ou des rixes. C'est assez paisible, drôlement bien ficelé et maîtrisé. Un roman qui a reçu le prix  VSD du polar en 2013, coup de coeur des lecteurs. Et le deuxième tome a lui aussi reçu un prix, celui du Lion's club de Rambouillet. Non pas que j'attache énormément d'importance aux prix, mais un auteur qui en reçoit pour chacun de ses livres, c'est pas mal quand même.

Voir les commentaires

L'affaire Perceval

Publié le par Yv

L'affaire Perceval, Pascal Martin, Jigal polar, 2019....,

Perceval est un animateur de télévision, spécialisé dans l'humour, souvent au détriment des politiques, des puissants. Connu, reconnu et apprécié par tout un pays qui plébiscite ses passages dans l'émission La Grande Tchatche. Un jour, en rentrant du travail, il se fait renverser par un poids lourd car les freins de son scooter n'ont pas fonctionné. Forcé de stopper ses apparitions médiatiques, il est bientôt victime d'une agression puis d'une autre, assez pour lui mettre en tête que quelqu'un lui en veut. Il part se mettre au vert en pensant que tout va se calmer. Son ami Malone, journaliste tente de faire la lumière sur ces événements troublants.

Pascal Martin place son roman dans le monde de la télévision actuelle, dans notre société qui ne réagit qu'à l'émotion, qui ne prend plus le temps d'apprendre, de s'informer avant de s'exprimer : "BFM a rameuté tous ses spécialistes médias, ses éditorialistes, ses chroniqueurs, ses consultants et tous ceux qui ont toujours quelque chose à dire, quel que soit le sujet, pour commenter l'affaire Perceval." (p.201) J'admire -c'est ironique- ces gens qui ont un avis sur tous les sujets, qui assènent leurs opinions dont on se fout, qui ne sont là que pour faire parler d'eux. C'est de cela que parle également le romancier en choisissant un héros de cette télévision bas de gamme qui n'a peur que d'une seule chose : qu'on ne parle plus de lui et qu'il redevienne un anonyme. La critique est bien vue et le monde que décrit Pascal Martin un très beau contexte pour y placer une intrigue incroyable dans le sens premier du terme. 

Ce qui fait le plus de cette critique, ce sont bien sûr les personnages et l'intrigue. Les premiers sont hors la réalité, dans leur petit monde médiatique, ne travaillant qu'à une seule chose : leur notoriété quitte à oublier voire mépriser ceux qu'ils ne jugent pas dignes de les servir à atteindre leur objectif. La seconde est menée avec talent et maîtrise, si bien que l'on soupçonne un peu tout le monde d'en vouloir à Perceval avant que l'explication finale tout à fait en phase avec le décalage, la folie de cette histoire, n'arrive. Si à tout cela on ajoute l'écriture de Pascal Martin que j'avais déjà appréciée dans La reine noire, pleine d'ironie, de réalisme, très rythmée et qui malgré leurs défauts, aime les personnages qu'elle décrit n'en faisant pas que des méchants ou des gentils mais les exposant dans toute leur humanité -si si ils en ont, même s'ils bossent à la télé-, eh bien vous avez en mains un excellent roman noir, encore une fois chez Jigal polar.

Voir les commentaires

Duo fatal

Publié le par Yv

Duo fatal, Patrick S. Vast, Le chat moiré, 2019....

Lorsque Geneviève, assistante depuis trente ans du docteur Francis Lesigne, dentiste à Lambersart, annonce à son patron qu'elle démissionne et part s'installer avec son ami nouvellement rencontré, à Grasse, ledit patron ne peut s'y résoudre. Comme son père, prévoyant, a fait construire dans les années 60 un abri anti-atomique dans sa maison attenant au cabinet dentaire, Francis décide d'y retenir Geneviève. Mais la disparition de la quinquagénaire surprend son nouvel ami et le comportement étrange du dentiste étonne ses amis. 

Nouveau roman de Patrick S. Vast dans sa maison Le chat moiré après Potions amères et Passé double. Toujours la belle livrée jaune orangée qui recèle de belles surprises habituellement, et encore cette fois-ci. Le romancier fait la part belle aux relations entre les deux héros, cinquantenaires qui travaillent ensemble depuis trente ans. Les personnages secondaires ne sont pas en reste et chacun est bien présent dans son rôle et ses interrogations. C'est un roman noir dans lequel l'humain est le ressort, le nœud de l'intrigue : les actions ou réactions prévisibles ou imprévisibles, les actes impulsifs. Le temps qui passe, le besoin de découvrir autre chose, de continuer à vivre voire de tout quitter pour tenter une autre vie contre la routine du quotidien, le travail intéressant certes, mais anesthésiant, tout cela est la toile de fond du roman. On est loin d'un thriller, mais plutôt dans un roman à l'ancienne, qui privilégie les personnages et les relations aux avancées technologiques. Et ça fait un bien fou. 

Tout cela est bien rendu et l’histoire se déroule plaisamment et intelligemment. Patrick S. Vast raconte des histoires humaines fortement teintées de noir et de suspense, de tension. Ce Duo fatal en est une preuve supplémentaire.

Voir les commentaires

Gryyym

Publié le par Yv

Gryyym est une nouvelle revue qui va s'employer à proposer en bandes dessinées des histoires d'horreur. Ce n'est pas le thème que je préfère, mais en bande dessinée, ça va, je contrôle mon stress et mon angoisse à mon rythme. Gryyym en rapport aux frères Grimm, mais tout cela vous l'apprendrez sur le lien qui suit, car cette nouvelle revue se monte grâce à un financement participatif :  https://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/gryyym

Alors si la BD vous plaît, si l'horreur en BD vous intéresse, Gryyym est faite pour vous...

Voir les commentaires

Le loup

Publié le par Yv

Le loup, Jean-Marc Rochette, Casterman, 2019.....

Massif des écrins, Gaspard est berger. Un matin, il retrouve une grosse vingtaine de brebis mortes ou blessées par un loup. Gaspard est contraint d'achever les brebis blessées, de les laisser aux vautours qui tardent à arriver, la vallée se chargeant alors d'une odeur irrespirable. Puis Gaspard repère le loup et l'abat. C'est une louve qui laisse un petit. A peine un an plus tard, dans la vallée apparaît un grand loup blanc.

Album scénarisé et dessiné par Rochette à qui l'on doit aussi les dessins du célèbre et fameux Transperceneige, et mis en couleurs par Isabelle Merlet. Les thèmes sont sans surprise : la nature, la place de l'homme en icelle et la manière dont l'homme l'a colonisée et dont il peut vivre avec et laisser la place aux autres espèces. 

L'histoire très réaliste bascule parfois dans la fable et même si l'on sait ce qui est de l'un ou de l'autre on se voit rêver de la réalité de la fable. Rochette dessine et parle des peurs, des angoisses et des difficultés des bergers confrontés aux loups, et aussi de la vie des loups dans les Alpes, mais il ne se pose pas en juge de l'un ou de l'autre, ne prend pas parti. 

Le dessin est beau, entre un trait représentatif, figuratif et un plus abstrait. On reconnaît le loup ou Gaspard dans les gros plans, mais dès que le dessinateur s'éloigne, les traits sont plus flous, plus épurés. La montagne est belle en été et en hiver également, les couleurs rendant bien les changements de saisons. 

Un très bel album qui ne réconciliera pas les pro-loups et les anti-loups, mais le sont-ils de toute manière ? 

Voir les commentaires

Ma ZAD

Publié le par Yv

Ma ZAD, Jean-Bernard Pouy, Gallimard, 2018....

Site de Zavenghem, région des Hauts-de-France, un projet de plateforme multimodale est remis en cause par des contestataires, dont Camille Destroit, responsable des achats de produits frais dans un hyper de Cassel. Arrêté, mis en garde à vue, libéré. Son hangar dans lequel il entreposait pas mal de matériel aidant les zadistes, brûle. Puis Camille est tabassé par des fachos. Ça commence à faire beaucoup pour ce quadragénaire jusque là paisible. Heureusement, la jeune Claire est là, qui va lui redonner l'envie de lutter.

Evidemment, on ne peut pas s'empêcher de penser à la ZAD de Notre-Dame-des Landes, surtout lorsque, comme moi, on habite dans la région nantaise. La ZAD de JB Pouy est le prétexte à construire son histoire noire, à y placer des personnes simples, très réalistes, un type moins convaincu que les autres, un dilettante, Camille qui se pose pas mal de questions sur lui-même mais aussi sur le monde en général. C'est aussi l'occasion pour le romancier de nous placer quelques belles formules dont il a le secret, des tournures de phrases, des expressions imagées particulièrement parlantes et réjouissantes : "C'était ça le BTP, le Bilan Totalement Positif. Tout en bousillant les crapauds du périmètre. Et en expropriant des petits vieux, la bêche à la main. Mais une société qui, pour l'instant, avait le cul en feu à force de s'asseoir sur l'énorme projet de Zavenghem. A cause des loquedus de la ZAD." (p.32)

Puis, sur cette ZAD, pousse une histoire plus noire, plus polar. Camille, un peu perdu se laisse entourer de gens très bien et d'autres peut-être moins recommandables. Comme à chaque fois, chez l'auteur Pouy, les petites gens sont à l'honneur, ceux qui galèrent, ceux qui ont un idéal, qui se battent et rejettent pas mal d'obligations sociales et autres. C'est son côté anar qui ressort. Et comme à chaque fois, c'est vraiment bien, parce qu'on rit aux images, aux bons mots, aux expressions détournées, aux emportements des uns et des autres, tout en gardant en tête que la différence n'est pas facile à vivre. Puis, Pouy interroge sur la réussite sociale, sur les moyens de "réussir" sa vie -expression que je déteste au plus haut point. 

Son texte est bourré de références cinématographiques, picturales, musicales, littéraires qui obligent à aller voir tel ou tel tableau pour bien comprendre l'allusion, chose que j'aime beaucoup faire. S'instruire en lisant un bon roman noir, ça, ça me plait.

Voir les commentaires

Traque sur le Web

Publié le par Yv

Traque sur le Web, Didier Fossey, Flamant noir, 2017 (Ed. Les 2 encres, 2010).....

Boris Le Guenn, chef de la BAC au 36 quai des Orfèvres enquête sur un meurtre, celui d'une femme retrouvée atrocement mutilée. Aucun indice. Rien. Le tueur est méthodique et connaît les techniques policières. Lorsque d'autres meurtres tout aussi horribles se succèdent, l'équipe de Boris Le Guenn est sous tension, les chefs en émoi et le juge d'instruction pas très aidant. Le lien entre toutes les victimes apparaît bientôt : un site de rencontres sur Internet.

Bon, je vais tenter d'être clair : c'est la quatrième enquête du groupe de Boris que je lis (Burn-out, Ad unum, Artifices), mais en fait, c'est la première de la série. On assiste donc à la naissance de Boris et de son équipe. Et comme les autres titres, cet opus est excellent. J'y retrouve tout ce que j'aime dans les romans policiers de Didier Fossey. Un réalisme évident, le travail de fourmi des flics en première ligne, les relations entre eux et entre les services, leurs vies personnelles (surtout celle de Boris), un rythme et une tension qui montent de page en page, des fausses pistes, ...

Ex-flic, le romancier connaît bien le monde qu'il décrit et ça se sent, même un non-connaisseur comme moi le ressent. C'est l'une des forces de cette série ainsi que la part très grande que prend la vie des héros auxquels on s'attache tout de suite. En plus de toutes ces qualités, Didier Fossey sait construire ses histoires en ménageant le suspense, en distillant ici ou là des indices pour mettre le lecteur sur une voie, bonne ou mauvaise. Il écrit l'une des toutes bonnes séries policières qu'il serait dommage de ne pas découvrir. Ce premier tome, initialement paru en 2010 est réédité chez Flamant noir, ce qui fait que toute la série y est désormais trouvable. Très bonne idée. Et voilà, les premières phrases :

"La lumière de l'ordinateur éclairait le visage de Danièle. Ses doigts couraient fébrilement sur le clavier. L’œil fixe, un sourire nerveux figé sur les lèvres, elle répondait à son correspondant du moment." (p.11)

Voir les commentaires

Femme masquée

Publié le par Yv

Femme masquée, Anne-Laure Thiéblemont, Cohen&Cohen, 2019...,

Les sœurs Lambert, Catherine et Audrey vivent dans l'hôtel particulier hérité. Elles y sont revenues après leur divorce et y sont entourées des œuvres d'art acquises par leur père. Lorsqu'un tableau est dérobé dans leur demeure et que Catherine est agressée sans pour autant se décider à appeler la police, Audrey, intriguée, cherche à en savoir plus et découvre qu'au dos d'un Seurat laissé par les cambrioleurs figure un numéro d'inventaire nazi.

Anne-Laure Thiéblemont (1963-2015) était une journaliste spécialisée dans l'art et notamment dans le trafic d'art, elle a écrit deux autres romans chez Liana Levi.

Sur fond de spoliation des biens juifs, l'autrice écrit un roman à la fois passionnant et un tout petit peu frustrant. Frustrant parce que j'ai eu l'impression d'un roman inachevé, un peu comme un plan très très détaillé de ce qui aurait fait un livre plus dense, plus épais. Pas mal d'ellipses qui parfois surprennent et déroutent, à nous lecteurs de faire le travail de tout raccorder, mais surtout des passages -et notamment les portraits des deux sœurs- qui auraient sans doute mérité plus de profondeur, d'explications, de densité. Disons que l'intrigue et le contexte sont plus importants que les personnages qui ne sont que des faire-valoir. Néanmoins, pour tempérer et même carrément réchauffer mon propos, ce contexte de la spoliation des biens juifs est passionnant, AL Thiéblemont le racontant avec des détails par le biais des sœurs Lambert et de la collection familiale. Et elle ne s'arrête pas à cet aspect mais le prolonge avec la difficulté des familles à récupérer leurs biens souvent peu ou pas ou mal inventoriés. Et la loi, l'état et les musées français n'ont pas toujours joué le jeu des retours des œuvres à leurs propriétaires. Si l'autrice s'attarde sur les biens artistiques puisque c'était son domaine, au détour d'une phrase, elle l'étend : "On parle volontiers de la spoliation des collections artistiques de valeur, telle celle des Rotschild que vous avez sous les yeux. [...] Mais les juifs de France pendant l'Occupation étaient de condition très modeste, d'où la nécessité de regarder aussi ce pillage comme un acte symbolique, d'une radicalité sans précédent." (p.163)

J'aime la collection des romans noir autour de l'art de chez Cohen&Cohen. Quand en plus, ils se basent sur une sordide réalité qu'ils illustrent, le plaisir est doublé.

Voir les commentaires