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Jean 1er le Posthume, roman historique

Publié le par Yv

Jean 1er le Posthume, roman historique, Fabrice Vigne, Ed. Thierry Magnier, 2005

Jean 1er, né le samedi 14 novembre 1316 et mort le jeudi 19 novembre 1316 est le roi au règne le plus court. C'est lui qui est choisi par Arthur, aidé de Stan et Elsa, pour être le héros de son premier livre. Les trois co-auteurs partent alors à la recherche de documents relatifs à cet éphémère roi de France et de Navarre.

Les quatre personnages principaux sont des enfants : les trois "écrivains" et leur sujet, un bébé-roi. Je vous accorde qu'utiliser le terme "sujet" pour un roi n'est pas très habile, sauf à vouloir faire un jeu de mots -pas forcément très bon-, mais sujet, il l'est réellement. Sujet du livre d'Arthur.

Largement dialogué, ce livre laisse donc s'exprimer les enfants. Ce n'est pas mon procédé littéraire favori, mais là, ça passe bien. Ça passe parce que le livre est destiné à tous les publics : "Un roman pour les enfants qui savent lire, mais surtout pour ceux qui savent écrire"(4ème de couverture). J'ajouterai que la lecture est également conseillée aux grands qui savent lire et écrire également. Fabrice Vigne, avec son air de ne pas y toucher, réussit un joli livre sur la camaraderie, sur la filiation et la famille, sur les interrogations existentielles d'un auteur : pourquoi écrire ? A quoi cela sert-il ? Est-il utile d'écrire alors que tout a déjà été dit ? Qui peut écrire ?

Une écriture vive, simple rend ce livre très accessible à tous. De l'humour en prime. A lire en famille.

Un second "tome" vient de voir le jour Jean II le Bon, séquelle, par le même auteur, qui m'attend sur ma table de chevet - le livre bien sûr, pas Fabrice Vigne, mais qu'allez-vous imaginer ? Avec tout le respect que je lui dois, je ne ferais pas patienter F. Vigne dans ma chambre, quand même ; je suis père de famille, respectable et respecté (enfin, j'espère) !

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Point de non-retour

Publié le par Yv

Point de non-retour, André Vltchek, Ed. Yago, 2010

Karel est grand reporter au Weekly Globe. Toujours entre deux avions. Toujours sur des conflits, sur tous les continents. Il parcourt le globe du nord au sud de l'est à l'ouest, passe de temps en temps dans son appartement pied-à-terre de Lima, au Pérou. "A la fois idéaliste et désinvolte, amateur de femmes et assoiffé d'ivresse, il traverse les soubresauts de notre époque à la poursuite de la vérité." (4ème de couverture). Tout en se posant des questions sur son rôle, sa vie, il entame une histoire d'amour avec Reiko, journaliste japonaise, mariée et mère d'une petite fille.

Bon, dégageons tout de suite l'histoire d'amour qui est loin d'être le point culminant du livre : elle en est le fil rouge et le moyen littéraire qu'a trouvé l'auteur pour que les personnages abordent les questions existentielles : peut-on sacrifier sa vie personnelle pour informer et faire son travail de journaliste ? Jusqu'à quel point peut-on s'impliquer dans son travail aux dépends de sa vie privée ? Quel sens a la vie sans passion amoureuse et sans passion professionnelle ?

Cette histoire est donc le moyen de faire parler Karel et Reiko, de les faire se confronter, eux, qui sont tous les deux journalistes, mais d'horizons professionnels tellement éloignés.

Encore une fois, le contexte fait le livre. Il est tout simplement époustouflant. André Vltchek sait en plus de quoi il parle puisqu'il est lui-même "romancier, poète, essayiste, journaliste et réalisateur. Il a couvert de nombreuses zones de conflit : Bosnie, Pérou, Népal, Sri Lanka, Timor Oriental, Congo, Proche Orient ..." (4ème de couverture). C'est ce qui fait le plus peur, parce que ce qu'il raconte lui est probablement arrivé et qu'il est très crédible. Il dénoue les liens étroits qui lient les Etats-Unis avec à peu près tous les conflits possibles. Il dénonce la corruption, et la participation des pays riches à la paupérisation des autres pays : "la plupart des pays pauvres, dans le passé, ont été pillés brutalement par les puissances coloniales. Certains continuent de l'être. Souvent, l'indépendance signifie bien peu -les frontières historiques ont déjà été effacées, les gouvernements progressistes élus par le peuple ont été soudoyés, minés ou carrément renversés. [...] Les régimes corrompus -surtout sponsorisés par l'Occident- ont reçu des prêts qui ont disparu dans les poches de quelques-uns, tandis que la majorité réduite à la misère est ensuite priée de payer la note. [...] Plus le pays est pauvre et endetté, plus il y a de chances qu'il se soumette aux exigences des multinationales et aux intérêts géopolitiques du monde riche." (p.156)

Karel est désabusé, mais se refuse à croire que son travail ne sert à rien, que les gens des pays riches ne veulent pas entendre parler des conflits lointains. Pour lui, chaque homme qui paie de sa vie sa révolte est plus important que celui qui le regarde tomber quasiment en direct, en dînant en famille. Et puis, Karel, véritable alter-ego de l'auteur, (ça, je l'ai "piqué"chez Catherine), parle aussi de l'influence et de l'implication des écrivains et de la littérature, jugeant celle de notre époque, absolument plus en phase avec les événements du monde. "Pour la première fois dans l'histoire moderne, romans et poèmes sont réduits au silence. Les écrivains ont perdu tout pouvoir, toute signification. La dictature des marchands les tire vers le bas -vers son propre niveau- les forçant à accepter de nouvelles règles et à cesser de rêver à un monde meilleur. Certains de ceux qui acceptent deviennent riches. De riches amuseurs, des prostitués. D'autres, qui refusent, sont condamnés à l'exil intérieur [...] le roman, forme littéraire qui nous [est] si chère [...], paraît fini, vendu, souillé par une collaboration apparente -quoiqu'un peu hésitante- avec les intérêts commerciaux et affairistes de ceux qui dirigent nos sociétés." (p.282/283)

Vous le voyez, c'est un livre qui ne peut laisser indifférent, un bouquin riche, fort et dense, un premier roman, à se procurer absolument pour lire intelligent !

Merci, grand merci à Gilles Paris

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Croissez et multipliez

Publié le par Yv

Croissez et multipliez, Caroline Bruno-Charrier, Ed. Les deux encres, 2010

2008 : Jeanne et Pierre sont deux écologistes convaincus, animateurs de conférences, débats et invités d'émissions de radio qui tentent de promouvoir leur manière de penser et de vivre. 2058 : la vie a changé et Pauline, la fille de Jeanne et Pierre vit dans la maison familiale qui tient tant bien que mal en compagnie de son père, vieil homme fatigué.

Sur la couverture, il est noté roman de société, j'ai cru comprendre que cela signifiait que sur la base d'éléments concrets de la vie actuelle, l'auteur écrivait une fiction. Là, Caroline Bruno-Charrier part de faits avérés et de données réelles pour créer un roman d'anticipation. Elle décrit le quotidien de Jeanne et Pierre et celui d'Agathe et Jean, qui, eux, succombent aux sirènes de la consommation et achètent sans considération, produits manufacturés, voitures de luxe, et tout le confort disponible, pas forcément utile, mais tellement indispensable dans notre société de consommation.

Chacun fera sa vie en fonction des éléments météorologiques, géopolitiques qui découlent de nos modes de vie actuels.

Le roman n'est pas vraiment gai, car l'auteure pousse au paroxysme ce qui pourrait nous arriver si nous ne changeons pas immédiatement nos mentalités, notre consommation et nos actes de tous les jours : fonte des glaciers, assèchement des régions du sud, exodes des personnes, passions exacerbées (racisme, individualisme), extrême pauvreté, terrorisme, guerres de territoires entre les pays, éléments naturels totalement incontrôlables, géopolitique chamboulée et décideurs qui tentent de sauver ce qui peut l'être sans grand succès, ... 

Les cent premières pages qui installent les personnages sont un peu longues, mais le plus intéressant du roman vient ensuite. A partir de données scientifiques, Caroline Bruno-Charrier nous prévoit donc un avenir apocalyptique, mais contrebalancé par des personnages optimistes dans l'adversité qui se relèvent malgré des mésaventures et des accidents de vie très graves. Les personnages sont hyperréalistes (une certaine naïveté dans la description de leur caractères que l'on pourrait reprocher à l'auteure) : j'avoue avoir été parfois déstabilisé par une manière de présenter les choses très différente de ce que je lis habituellement, autant dans le contexte que dans l'histoire des protagonistes. Malgré tout, j'ai eu l'envie d'aller au bout de ce roman, pas vraiment pour savoir ce qu'il advenait des personnages, mais plutôt pour connaître l'opinion de l'auteure sur notre avenir.

Très sensibles à la cause que défend Caroline Bruno-Charrier depuis plusieurs années, nous essayons de privilégier les maraîchers et producteurs locaux et les magasins bio, nous rénovons notre maison avec des produits naturels et bio (laine de chanvre, liège, ouate de cellulose, ...), etc, j'ai donc un a priori positif sur la démarche de l'auteure. Je n'ai pas encore poussé le raisonnement aussi loin qu'elle, à savoir me projeter dans l'avenir, mais ce livre nous fait absolument réfléchir sur nos gestes du quotidien et sur notre implication dans la destruction de la Terre. Un bon moyen de faire passer le message nécessaire et important de la sauvegarde de la planète : à lire, ne serait-ce que pour entamer, prolonger ou approfondir cette réflexion.

Madame Yv, qui se sent bien ici et prend ses aises ne mâche pas ses mots : "je suis ravie que ce livre existe et je souhaite qu'il soit lu par beaucoup de monde. Car, comme c'est un roman, on se dit que c'est une fiction, pour se rassurer, mais il permet de nous mettre en alerte sur les données transmises par les médias, d'ouvrir nos oreilles. Je pourrais parler des heures sur le sujet, comme les personnages, mais l'espace qui m'est imparti touche à sa fin, comme on dit, alors, je finis en m'adressant à l'auteure : "Bonne continuation et que ce livre soit lu par un maximum de personnes !!!"

Grand merci à Caroline Bruno-Charrier et à l'éditeur. C'est un livre qui voyage : avis aux amateurs(trices).livre voyageur

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Pasteurs nomades de Mongolie

Publié le par Yv

Pasteurs nomades de Mongolie, Linda Gardelle, Ed. Buchet.Chastel écologie, 2010

Linda Gardelle est sociologue, spécialiste de la Mongolie qu'elle fréquente très assidûment depuis 1997. Elle connaît donc parfaitement bien son sujet, et cela se ressent à la lecture de ce livre passionnant. Fascinée par ce pays, elle a décidé, aux alentours de 18 ans d'aller y passer quelques mois. Elle y est retournée ensuite une année complète, chez les nomades dont elle a appris la langue. Moi-même très intéressé par ce pays depuis une lecture ancienne d'un dossier de l'excellente revue Animan, consacré aux chevaux des nomades mongols, je n'ai pu, depuis, que lire et regarder quasiment tout ce que je trouve sur ce pays. Je n'y suis pas encore allé, mais peut-être un jour...

Là, je tiens entre mes mains une bible, un travail complet très détaillé et fourni sur la Mongolie et les pasteurs nomades au sein de ce pays. L'histoire de ce pays est liée au nomadisme, de tout temps, autant en remontant à Gengis Khan, Le Fondateur, qu'à l'époque actuelle ; l'Etat mongol veut créer une sorte "d'identité nationale" autour des nomades, les faire symboles de la nation : "Ainsi, un large éventail de symboles patriotiques s'inscrit aux premières loges des fiertés nationales, dont le mode de vie traditionnel (le pastoralisme nomade), mais aussi la religion (le bouddhisme et le chamanisme), une écriture (le mongolo-ouïgour) et des héros flamboyants tels que Gengis Khan, autant d'éléments devenant le support du sentiment identitaire national, une mythologie propre..." (p.87)

1960, la Mongolie devient un état socialiste officiellement même si l'influence et la domination soviétiques sont beaucoup plus anciennes, et ce jusqu'en 1990, date à laquelle le Pays s'ouvre aux marchés et lâche cette emprise socialiste. On pourrait alors croire que tout ira mieux, mais c'est loin d'être le cas pour les nomades qui ont été beaucoup soutenus par l'Etat socialiste et qui se confrontent directement et brutalement au monde de l'offre et de la demande sans aide étatique. "Le système de protection qui avait cours à la période socialiste fait actuellement douloureusement sentir son absence. A cette époque, les familles les plus vulnérables étaient aidées par des prêts, des allocations et des approvisionnements en nourriture. [...] Aujourd'hui, les familles d'éleveurs pauvres en bétail consomment ou vendent peu à peu leur cheptel pour se nourrir et survivre, ce qui compromet durablement les chances d'augmenter leur patrimoine à transmettre et de pouvoir espérer sortir de la précarité". (p.37) L'adaptation au monde moderne n'est donc pas aisée et se fait dans la douleur, néanmoins, depuis la privatisation du bétail, la population nomade augmente ("28% de la population sont éleveurs en 1989, 50% quelques années plus tard en raison de la reconversion des citadins et villageois au pastoralisme". p.64)

Je pourrais vous en faire des tonnes sur ce bouquin, tellement il est fouillé, fourni et passionnant. Mais, d'un commun accord avec moi-même - je me consulte régulièrement pour savoir si je ne dis pas trop de bêtises-, je décide de m'arrêter là, parce que sinon, je vais être très très long. L'idéal pour moi, serait que je vous aie donné le désir de lire ce livre -très accessible bien que ce soit une étude sociologique poussée- qui est en plus agrémenté de quelques très belles photos qui donnent des envies d'aller rencontrer ces gens si loin de nous par leur mode de vie, mais pas tant que cela, car très soucieux de la modernité et ayant accès aux techniques nouvelles leur permettant de se tenir au courant de l'actualité de la société et du monde.

Merci à Denis Lefebvre des éditions Buchet-Chastel. A noter que Linda Gardelle est également l'auteure d'une autre étude du même genre, mais chez les Touaregs maliens : Pasteurs touaregs du Sahara malien, chez le même éditeur, qui me tente bien aussi.

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La colère du rhinocéros

Publié le par Yv

La colère du rhinocéros, Christophe Ghislain, Ed. Belfond, 2010

Gibraltar, un homme d'une trentaine d'années retourne dans le village de son enfance, Trois-Plaines, duquel il est parti presque 20 ans auparavant. Il part au volant du corbillard de l'entreprise de pompes funèbres qui l'emploie ; presqu'arrivé à Trois-Plaines, il heurte sur la route un rhinocéros, et rentre donc au village à pieds. Son retour crée des tensions, chaque habitant cachant le secret de la disparition du père de Gibraltar. Or Gibraltar est revenu pour savoir ce que celui-ci est devenu.

Roman à trois têtes : trois narrateurs qui parlent à la première personne du singulier et qui racontent tour à tour, le présent et le passé du village. D'abord Gibraltar, puis un homme mystérieux que tous appellent l'Esquimau et enfin, Emma, la petite amie de Gibraltar lorsqu'ils étaient adolescents. Ces trois points de vue nous permettent de reconstruire l'histoire pièce à pièce, comme un puzzle. Trois narrateurs qui ne s'expriment pas de la même manière. L'Esquimau par exemple écrit plutôt "oralement" : "Putain de Dieu ! que le patron a fait. Quel genre de cinglé peut avoir l'idée de se balader comme ça avec un mort ?

Sûr, monsieur Michel était quelqu'un qui avait les pieds sur terre. Pas de doute. Il n'avait pas fait d'études, n'avait suivi aucune formation particulière et n'avait ni oncle ni ami qui aurait pu le conseiller en matière d'automobile. C'était pas un intellectuel, non. Et il y connaissait à peu près rien en à peu près tout." (p.75)

Emma parle "normalement" et Gibraltar est entre les deux, si bien, que même si le nom du narrateur n'était pas noté en tête de chapitre, on saurait aisément qui parle.

Bien que l'histoire soit censée se dérouler en Europe, je n'ai pu m'enlever de la tête les paysages désertiques des Etats-Unis, tant les références au cinéma (Fellini, Scorcese, Kusturica entre autres), au western en particulier (Gibraltar surnomme le flic du village, John Wayne) sont légion. Certains noms également font référence à une culture anglo-saxonne Gibraltar Mac Adam, par exemple.

Drôlement bien bâti, le roman met à jour les faiblesses et les fêlures de ses héros, leurs questionnements existentiels et leurs errances. Les personnages sont blasés, n'attendent plus vraiment de surprise et de bonheur de la vie ; les leurs s'écoulent sans qu'il n'en profitent, accablés qu'ils sont par leur passé et leur difficulté à le surmonter. La résilience n'est pas le fond de commerce du bouquin. Néanmoins, malgré des personnages à la dérive, Christophe Ghislain réussit le tour de force de ne pas faire un roman noir opaque : des traits d'humour émaillent le récit ainsi que des situations extra-ordinaires, irréelles qui en deviennent même poétiques, comme par exemple, le souhait d'Arthur, le père de Gibraltar, de creuser un énorme trou pour faire venir la mer dans son désert et de construire un phare. Phare dont Gibraltar reprendra la construction en revenant à Trois-Plaines, ce qui ne facilitera pas ses rapports avec les habitants.

Et le rhinocéros me direz-vous ? Eh bien, il revient, très en colère pour finir cette histoire par des pages très belles, rapides qui sont pour moi les plus belles du bouquin. Une fin en apothéose donc pour un premier roman d'un jeune écrivain belge qui promet !

 

dialogues croisés 

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Les frères Rattaire

Publié le par Yv

Les frères Rattaire, Philippe Langénieux-Villard, Ed. Héloïse d'Ormesson, 2010

"Pourquoi les trois fils d'Adolphe Rattaire, héroïquement tombés au champ d'honneur en 1914-1918, ne sont-ils pas inscrits sur le monument aux morts de leur commune ? S'agit-il d'une erreur, d'une vengeance ? Cet oubli troublant méritait enquête." (4ème de couverture)

Partant donc de ce fait réel, Philippe Langénieux-Villard plonge en plein cœur de la France des années d'avant guerre jusque dans les années 20. La guerre est mondiale mais aussi très locale entre les jalousies, les inimitiés, les vengeances. Si certains envoient leurs fils à la guerre, confiants et fiers, sûrs qu'ils reviendront très vite victorieux, d'autres font tout pour les garder près d'eux. Adolphe Rattaire perd ses trois fils successivement : Honoré, Alfred et Louis, mais il continue son travail d'instituteur et de secrétaire de mairie du village du Moutaret, en cachant sa terrible douleur et en soutenant sa femme Marie-Philomène et ses filles.

Dans ce court documentaire, l'auteur décrit les difficultés de vivre une telle période dans les villages français. Comment l'intolérance et la bêtise peuvent mener à des comportement particulièrement odieux et lamentables. La période sûrement exacerbe les passions, amplifie les rivalités. C'est ce que montre très bien cet essai, très accessible, qui se lit, selon la formule habituelle, "comme un roman" ; d'ailleurs, cela pourrait être un roman !

P. Langénieux-Villard raconte aussi les tranchées, lorsqu'Honoré part au front : "Il relève pour dix jours, l'escouade qui tenait ce petit espace dans l'immense front qui traverse les Vosges jusqu'à la mer du Nord. Dix jours de canonnade, de rebords de tranchées à réparer, de chaleur et de pluies mêlées, d'installation de fils de fer barbelés, de boue rouge, de terre glissante et lourde. Dix jours sans sommeil, payés chacun, 1,25 franc : cinq fois plus qu'à l'arrière, certes, mais dix fois moins qu'un ouvrier d'usine façonnant à l'abri de tout danger les grenades et les obus destinés à faire reculer l'ennemi. Dix jours à supporter le vacarme continu, à craindre les silences. Les silences de mort mais aussi, pire, les silences de vie qui peuvent signifier l'imminence d'un assaut allemand." (p.48-49)

Et puis, la fin de la guerre arrive et débute alors celle que se livre les deux protagonistes principaux : Rattaire et le maire du village : "Entre les deux hommes s'engage dès lors la plus terrible des luttes : celle que l'on mène à visage découvert, sans uniforme ni arme. Celle qui ne craint pas la mort, mais vise à la torture permanente. [...] Celle qui alterne la cordialité d'apparence et la haine enfouie. [...] Celle qui dure à l'infini, tout simplement parce que les torts sont sans doute partagés. Celle qui fonctionne à l'orgueil des hommes, à l'amour des enfants, à la force des convictions. Celle qui ne cherche nul butin, puisqu'il n'y a d'autre trésor à atteindre que l'honneur et la réputation." (p.86-87)

Un document, sous-titré : L'affaire des oubliés de 1914-1918, qui révèle la vraie nature de certains hommes munis d'un pouvoir, si petit soit-il, qui en usent et en abusent. Mais je vous parle là d'une époque révolue, puisque bien sûr, de nos jours, personne n'oserait abuser de son pouvoir, si petit ou si grand soit-il !

Merci à B.O.B et à l'éditrice pour ce partenariat.

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Me faire ça à moi !

Publié le par Yv

Me faire ça à moi !, Pierre Grimblat, Ed. Michel de Maule, 2010

Jean-Do, célibataire de 38 ans, est un descendant assez riche d'un fabricant de robinets. Jérôme, son frère est un écrivain à très gros succès, malgré la platitude et la vacuité de ses propos. Jean-Do se promène dans la jet-set, passant de femmes en femmes, se référant à Marcel Proust pour ses questionnements personnels.

Un avertissement en guise de préambule : "munissez-vous d'un trousseau de clés pour identifier la plupart des personnages dissimulés par précaution juridique derrière des noms d'emprunt. Car ces célébrités habituées des pages people sont connues et bien réelles et leur stupidité comique ici révélée pour la première fois. Ne répétez à personne les noms de ceux que vous aurez reconnus. Ces gens-là sont procéduriers." (p.11). Merci du conseil, M. Grimblat, mais je n'ai reconnu personne ! Je suis soit totalement déconnecté du petit monde de la jet-set, soit totalement abruti, parce que tout m'est passé au-dessus sans que je ne reconnaisse qui que ce soit, sauf Tal. B. Mirg, qui est bien sûr Grimblat soi-même !

Soyons direct : je n'ai pas aimé ce livre, qui est un soi-disant journal d'un homme qui ne s'intéresse qu'à sa petite personne et aux femmes qu'il peut conquérir. Même sur le mode comique -comique que je cherche encore !-je n'ai pas su apprécier. C'est creux, vain et inutile et même pas drôle, le comble pour un livre qui se dit comique ! Mais peut-être, n'ai-je pas le sens de l'humour ? D'ailleurs, la meilleure preuve, c'est que ce billet n'est pas drôle : j'ai dû le perdre -mon sens de l'humour- au milieu des pages de ce bouquin : me faire ça à moi ! (bon d'accord, elle est facile et pas drôle non plus, mais c'est dans le ton !)

Je ne m'attarderai donc pas plus sur ce livre que vous pouvez très largement éviter. Néanmoins, je ne serais pas complet si je ne faisais pas référence à l'article de Catherine qui a aimé et si je ne remerciais Gilles Paris pour cet envoi qui n'a pas dérouillé mes zygomatiques.

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Tuer, ne pas tuer

Publié le par Yv

Tuer, ne pas tuer, Tchinguiz Aïtmatov, Ed. des Syrtes, 2005

Un train en Russie. Des soldats parqués à l'intérieur qui partent pour le front. Parmi eux, le doux et sensible Serge.

Voilà pour le début de cette nouvelle d'un écrivain que je ne connaissais pas, né en 1928 et décédé récemment, en mai 2008, et, selon l'éditeur, pressenti plusieurs fois pour le Prix Nobel de littérature.

Très beau texte, sensible qui propose le portrait d'un jeune homme de 19 ans timide, secret, objet de raillerie de la part de ses camarades de train. Tchinguiz Aïtmatov pose la question "des relations entre l'homme et le monde, et ses héros sont les porteurs d'un destin universel" (4ème de couverture). Serge part pour le front avec une recommandation de sa mère :"Seriojenka, surtout ne tue personne, ne verse pas le sang !" (p.65)

Ensuite, Serge pose sur sa mère un regard nouveau, la voit comme elle est réellement en tant que femme :

Pourquoi avait-elle dit cela ? Etait-ce dit par hasard ou mûrement médité ? Et il se souviendrait toute sa vie comment elle avait prononcé ces paroles, regardant son visage comme si elle venait juste de rentrer de quelque part au loin et de franchir le seuil de la maison pour lui dire ce qu'elle avait tout le temps pensé en chemin." (p.65)

Récit très poétique qui met en avant la valeur et la qualité de la vie. Qui pose la question sur l'intérêt et le bénéfice des guerres, pas de manière naïve mais humainement parlant : qui est réellement le vainqueur ? Celui qui a tué le plus ? L'auteur ne se pose pas en moralisateur, mais pose simplement les questions, la question essentielle : "Tuer, ne pas tuer ?"

Un très beau texte à découvrir.

 

dialogues croisés

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Mon vieux et moi

Publié le par Yv

Mon vieux et moi, Pierre Gagnon, Ed. Autrement, 2010

Le narrateur, un fonctionnaire québécois à la retraite décide d'adopter Léo, quatre-vingt-dix-neuf ans. Plutôt que de continuer à aller le voir dans sa maison de retraite, il le verra tous les jours sans faire la route.

Tout petit roman de 87 pages ; il se lit très vite. Pierre Gagnon ne fait l'impasse sur aucun des désagréments dus à l'arrivée de Léo. Mais si tout est dit sans fioriture, il n'est jamais trash, ni vulgaire ni cru. La rencontre entre Léo et son "adoptant" est belle, simple, mais confrontée aux absences de Léo, à ses dérèglements physiques et psychiques. Tous deux s'entendront bien et vivront presqu'un an dans une ambiance joyeuse et détendue. Entre eux naîtront respect et tendresse : "Sans grands discours, par des gestes et de simples intentions, cet homme m'enseigne comment vivre harmonieusement. Jamais il ne rechigne. [...] Tous les matins, il se lève avant moi et cueille le journal sur le perron. Il ne le lit pas. Il pèle son orange dessus. Je l'entends qui siffle. Une mélodie improvisée se faufile entre les dents restantes." (p.33)

Ensuite, après cette période paisible, viendront quelques moments plus difficiles : "Léo n'est plus le même. [...] Il a suffit d'une chute et il est devenu vieux, socialement vieux, avec les conséquences qui viennent avec. Comme lors d'une catastrophe naturelle, quelques secondes suffisent pour que l'amitié et le bonheur soient emportés." (p.41)

Un récit tout simple donc qui permet d'avoir une image beaucoup moins négative des vieux que celle souvent véhiculée dans les médias et dans les conversations. Pour ma part, Madame Yv travaillant avec les vieux, en maison de retraite, sans aller jusqu'à dire : "j'aime les vieux" qui est tout aussi ridicule que de dire : "je déteste les jeunes" parce que vous savez comme moi qu'il y a autant d'imbéciles chez les vieux que chez les jeunes -"Le temps ne fait rien à l'affaire, quand on est con, on est con. Qu'on ait vingt ans qu'on soit grand-père" comme disait Brassens- je trouve que notre société ne fait pas grand cas ni de nos très vieux ni des personnels qui s'occupent d'eux, souvent mal payés et mal vus des autres exerçant les mêmes professions, mais dans des domaines plus "porteurs".

Madame Yv -encore elle ! Mais c'est qu'elle prend de plus en plus de place sur mon blog ! Mon espace intime ! Ça c'est comme dans les étagères !- a lu et approuvé ce petit texte : elle le trouve très réaliste et très beau. Merci Madame Yv !

Pour revenir à Léo, prenez le temps de passer lui faire un petit bonjour en feuilletant Mon vieux et moi.

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