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Nous y sommes

Publié le par Yv

Nous y sommes,  Fred Vargas

Nous y voilà, nous y sommes.
Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l’incurie de l’humanité, nous y sommes.

Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l’homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu’elle lui fait mal.
Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d’insouciance, nous avons chanté, dansé.

Quand je dis « nous », entendons un quart de l’humanité tandis que le reste était à la peine.

Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l’eau, nos fumées dans l’air, nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout monde, nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu'on s’est bien amusés.
On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l’atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu.

Franchement on s’est marrés.
Franchement on a bien profité.
Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu'il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre.
Certes.
Mais nous y sommes.
A la Troisième Révolution.
Qui a ceci de très différent des deux premières (la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu'on ne l'a pas choisie.
« On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins.
Oui.
On n'a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis.

C’est la mère Nature qui l'a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies.

La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets.
De pétrole, de gaz, d’uranium, d’air, d’eau. Son ultimatum est clair et sans pitié : Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l’exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d’ailleurs peu portées sur la danse).
Sauvez-moi ou crevez avec moi.
Évidemment, dit comme ça, on comprend qu’on n'a pas le choix, on s’exécute illico et, même, si on a le temps, on s’excuse, affolés et honteux.

D’aucuns, un brin rêveurs, tentent d’obtenir un délai, de s’amuser encore avec la croissance.
Peine perdue.
Il y a du boulot, plus que l’humanité n’en eut jamais.
Nettoyer le ciel, laver l’eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l’avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est, – attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille, récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n’en a plus, on a tout pris dans les mines, on s’est quand même bien marrés).
S’efforcer.
Réfléchir, même.
Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire.
Avec le voisin, avec l’Europe, avec le monde.
Colossal programme que celui de la Troisième Révolution.
Pas d’échappatoire, allons-y.
Encore qu'il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l’ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante.
Qui n’empêche en rien de danser le soir venu, ce n’est pas incompatible.
A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie –une autre des grandes spécialités de l’homme, sa plus aboutie peut-être.
A ce prix, nous réussirons la Troisième révolution.
A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore.

Fred Vargas
Archéologue et écrivain

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La gifle

Publié le par Yv

La gifle, Christos Tsiolkas, Belfond, 2011

"Lors d'un barbecue entre amis, un adulte gifle un enfant qui n'est pas le sien. Un incident qui va créer une onde de choc parmi les invités et provoquer une série d'événements explosifs." (4ème de couverture)

J'attendais beaucoup plus de ce roman, annoncé comme celui qui "tient son lecteur sur la brèche, le force à repousser ses limites [...] le provoque et le fait se tortiller de malaise sous l'apparence ravissante d'une lecture passionnante"(4ème de couverture). Je suis déçu à hauteur des ambitions affichées. Si le début est correct quoique confus par l'apparition simultanée d'une multitude de personnages entre lesquels il est difficile de se retrouver, la suite est moyenne et décevante. L'auteur noie dans des anecdotes, dans l'alcool, la drogue, le sexe, omniprésents -pour tous et à tout âge- les fêlures de ses protagonistes. Délayés et traités pareillement tous les thèmes qu'il aborde sans jamais les approfondir : la réussite sociale, la jalousie, les ambitions, la violence, le racisme, la solitude, l'amour, la vie, ...

Un bon point par contre pour la construction de ce roman qui donne à chaque partie le nom de l'un des personnages : le lecteur voit alors l'évolution de la situation à travers les yeux de cette personne. Particulièrement visible lorsque le héros de la partie est Harry, le père violent, l'auteur de la gifle. Là, le style de l'auteur change et passe en mode rapide, décontracté, argotique et montre bien la violence présente et latente d'Harry. En revanche, le style des autres parties est assez neutre pour coller à tous les autres personnages, qui sans être plats ne sont pas non plus excessivement bien décrits. Caricaturaux, conformistes et surtout pas du tout attachants ; aucun d'entre eux n'attire la sympathie.

Finalement assez convenu pour un roman qui devait bouleverser, bousculer. Soi-disant moderne, ce roman un chouïa racoleur avec du sexe, de la drogue, de l'alcool, des homos, des hétéros fidèles, des hétéros infidèles ; il est même fait mention d'un homme bisexuel. Et bien sûr, toutes les communautés de l'Australie puisque comme son nom ne l'indique pas Christos Tsiolkas est Australien- sont représentées.

Ce livre fait partie de la sélection du Prix des Lecteurs de l'Express. Lu également par Sandrine49, Leiloona, Jérome, Sylvie, Isa. Sélection du Prix des lecteurs de l'Express

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Des gens très bien

Publié le par Yv

Des gens très bien, Alexandre Jardin, Grasset, 2011

Alexandre Jardin est un écrivain populaire, célèbre pour ses romans légers, des bluettes. Ce que l'on sait moins, c'est que son grand-père "Jean Jardin dit le Nain Jaune fut, du 20 avril 1942 au 30 octobre 1943, le principal collaborateur de plus collabo des hommes d'Etat français : Pierre Laval, chef du gouvernement du maréchal Pétain. Le matin de la rafle du Vel d'Hiv, le 16 juillet 1942, il était son directeur de cabinet ; son double. Ses yeux, son flair, sa bouche, sa main. Pour ne pas dire : sa conscience." (p.11)

Depuis longtemps, la famille Jardin renferme ce passé peu glorieux sous des pirouettes : même les biographes de Jean Jardin ne parlent que peu de cet épisode. Son fils, Pascal Jardin -le père d'Alexandre- a lui aussi écrit un livre sur Jean, Le Nain Jaune, dans lequel il évoque très vite, sans s'arrêter, cette période de la vie de son père. Rien n'est dit dans cette famille, sauf en rigolant. D'ailleurs, Alexandre l'avoue lui aussi : s'il a écrit des romans légers, faciles, c'est pour rester dans la ligne familiale, pour évacuer ce secret dans des éclats de rire.

Et puis, approchant de l'âge du décès de son père, Alexandre ne peut plus dissimuler. Il écrit sur son grand-père, lui qui compile depuis des années de la documentation sur la rafle du Vel d'Hiv (13 000 juifs déportés dont 4 000 enfants), sur les années de guerre et sur l'implication de son grand-père dans la collaboration active du gouvernement de Vichy.

Je n'ai lu aucun autre livre d'Alexandre Jardin, je ne peux donc pas comparer, mais j'imagine assez bien ce qu'était sa littérature avant Des gens très bien. Naïvement, je pensais qu'il écrivait comme il se doit dans ce genre de livres, légèrement et avec un vocabulaire volontairement limité. Là point ; son livre est bien écrit, beau style, quoique parfois un peu ronflant. Heureusement d'ailleurs, car le propos est fort et pesant, et sans style, le récit serait indigeste.

On pourrait lui reprocher de dénoncer et de juger 70 ans après les faits, certes. Mais ce livre, sert plus à Alexandre pour se libérer de son ascendance pesante. Il le dit d'ailleurs dans ses dernières phrases dans lesquelles il s'adresse à son père, Pascal  : "Plus tard, tu ne pourras pas vivre avec le secret des Jardin. Il te tuera. Tu feras un livre pour le camoufler. Au même âge que toi, j'en ferai un pour l'exposer. Et je vivrai la deuxième partie de ta vie... la mienne. En essayant d'aimer Jean, un jour. Dors, dors mon petit papa..." (p.295)

Dans l'ensemble, j'ai aimé ce livre, qui part très vite et annonce la couleur dès les premières pages. Cependant, je dois admettre que sur les presque 300 pages, Alexandre Jardin tourne en rond et se répète. Assez mal reçu, d'après ce que j'ai pu entendre et lire, -il est indéniable que l'auteur doit moins gêner en écrivant Fanfan- ce bouquin revient donc sur des années dont la France n'est pas fière. En outre, Alexandre Jardin, n'y va pas avec le dos de la cuillère ! Il flingue. Des critiques lui reprochent ce que d'autres approuvent (lire ici). Selon eux, qui n'est pas historien ne peut pas savoir et a fortiori écrire sur cette période. Mais Jardin écrit avec ses tripes, avec ses gènes, avec ses rancoeurs mais aussi avec l'amour qu'il a pour les siens, père et grand-père notamment.

Maladroit parfois, redondant souvent, intéressant et remuant tout du long c'est un livre qui ne laisse pas indifférent et on ne peut pas, enfin il me semble, en ressortir sans avoir rien éprouvé.

Un "livre étrange que je tiens pour mon acte de renaissance. Le cri de chagrin par lequel je me désassigne de mon passé" dit l'auteur page 271. Une renaissance pour Alexandre Jardin, qui ne pourra donc plus revenir en arrière et écrire ce qu'il écrivait précédemment.

Une sélection du Prix des lecteurs de l'Express, lue aussi par : Lili, Jostein, La Pyrénéenne, Livr-esse

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Dr. Haricot, de la Faculté de Médecine de Paris

Publié le par Yv

Dr. Haricot, de la Faculté de Médecine de Paris, Fabrice Vigne, Ed. Pré # Carré, 2011

Fabrice Vigne, en amateur éclairé des œuvres de Louis-Ferdinand Destouches, plus communément nommé Céline, lui écrit une lettre, intitulée donc : Dr. Haricot, de la Faculté de Médecine de Paris. Pour la signification du titre, je vous laisse vous reporter à la-dite lettre que vous pouvez commander ici.

Fabrice, qui permet que je l'appelle ainsi depuis nos premiers échanges de mail voilà environ 18 mois, suite à ma lecture enchantée de L'échoppe enténébrée, Fabrice disais-je donc avant de m'auto-interrompre, écrit à Céline lui disant tout le respect et la quasi dévotion qu'il porte à son oeuvre. Il lui dit tout ce que lui a apporté la lecture de ses livres :

"Aujourd'hui pourtant, je vous écris, et c'est en fin de compte la moindre des choses. Contact par les mots, au moins, et seulement. Puisque sans vous, n'est-ce pas, je n'aurais peut-être pas écrit du tout. Aussi simple que cela.

Je pense à vous, je pense à vos livres immenses et terribles, qui m'ont à jamais repeint un certain reflet dans l'oeil, et vos phrases me remontent à la surface, déformées comme un bâton brisé." (p.10)

Mais dans le même temps, l'expéditeur fait la part des choses et sait ce qu'est le personnage Céline. Il sait que tous ses écrits ne sont pas tolérables et que son antisémitisme est insupportable :

"Vous écrire cette lettre a-t-il un sens ? L'aurais-je écrite, vous aurais-je parlé, approché seulement, eussions-nous été contemporains ? Rien n'est moins sûr. Je vous l'avoue : vous ne m'êtes pas sympathique. Docteur. Ce sont les sympathiques que l'on souhaite aborder, avec qui l'on a envie de correspondre. Rien à voir, dans votre cas." (p.7)

Une manière originale de parler de et à Céline, plus intelligente que les polémiques qui reviennent périodiquement sur cet auteur, la qualité de son oeuvre et ses opinions inacceptables.

Ce petit opus (à peine 20 pages) se présente comme une vraie lettre : je l'ai reçue dans une enveloppe bleue adressée au Dr. Haricot. Un beau papier ivoire, plié en format enveloppe et relié par un brin de raphia naturel, du même coloris que le papier.

En prime, l'éditeur Pré # Carré, plutôt spécialisé dans la poésie, m'a envoyé un tout petit carnet de Franz Toussaint, La flûte de Jade. Des poèmes en prose, très inspirés de l'Orient ; par exemple celui intitulé : Souvenirs

Cette nuit, il neigeait dans le jardin Liang. J'avais froid, et tu ne t'en doutais pas. Je regardais les grands arbres sous lesquels, autrefois, je t'attendais. Toute cette neige, qui tombait sur notre passé...

Je ne suis ni féru ni fervent de poésie, mais pour les-ceusses qui le sont, je conseille d'aller faire un petit tour sur le site de ce petit éditeur.

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N'ayez pas peur, nous sommes là

Publié le par Madame Yv

N'ayez pas peur, nous sommes là, Janine Boissard, Flammarion, 2011

"Elle s'appelle Ninon Montoire, a trente ans, est sapeur-pompier.

[...] A la maison, les jours de repos, elle trouve avec Sophie, cinq ans, sa petite fille, gaieté et tendresse. Et avec Agnès, sa mère, douceur et compréhension.

L'amour ? Ninon a décidé de ne plus y croire. Mais le "soldat du feu" ne se doute pas que, bientôt, il l'embrasera à nouveau. Cet incendie-là sera-t-il le plus dur à maîtriser ?" (4ème de couverture)

Lorsque Gilles Paris m'a envoyé ce livre, je me suis demandé si c'était une blague -de mauvais goût- ou s'il m'avait ciblé comme lecteur potentiel. Je crains que la seconde hypothèse soit la bonne. Bon, j'avais décidé de ne pas lire ce livre, et puis, je l'ai passé à Madame Yv pour qu'elle le voie et elle m'a dit : "Moi, je vais le lire, et je te dirai ce que j'en pense." Mais, altruiste comme je suis, vous pensez bien que je vais vous faire part de ses remarques. Attention, désormais, c'est Madame Yv qui parle.

Janine Boissard est auteure de best-sellers et j'avais envie d'en lire un pour la connaître bien que ce type de livre ne me corresponde pas. Il se lit très vite, en une seule journée -"et s'oublie encore plus vite", ça c'est Yv qui le dit !

A travers une histoire d'amour typique des romans dits "à l'eau de rose", le livre parle du travail des sapeurs-pompiers qui n'est pas limité à l'extinction des feux, mais relève parfois du rôle de l'assistante sociale ou encore du psychologue.

Les personnages sont un peu pâlichons, falots, manquent de consistance. Ils sont stéréotypés et caricaturaux. C'est du déjà-vu-déjà-lu. C'est un livre à l'américaine -dans le mauvais sens du terme-, c'est-à-dire qu'on sait en l'ouvrant a peu près comment il finira. Voilà, vous savez tout : si vous aimez ce genre de littérature, vous ne serez pas déçus, vous aurez ce que vous attendez. Sinon, passez votre chemin et allez voir des romans plus conséquents et plus forts. Bof, bof, bof...

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Une vie plus loin

Publié le par Madame Yv

Une vie plus loin, Gracianne Hastoy, Ed. Cogito, mars 2011

"Eric, jeune cadre dynamique satisfait de sa personne, se complaît dans une existence superficielle. Un soir, alors qu'il rentre d'une soirée trop arrosée, il est victime d'un grave accident de voiture. Lorsqu'il se réveille, il découvre avec horreur qu'il se trouve dans le couloir de la mort, et qu'il va devoir affronter un tribunal constitué de proches décédés avant de pouvoir se réincarner. C'est l'occasion pour lui de se livrer à une profonde introspection et de revenir sur certains événements clés de son existence." (résumé de l'éditeur)

Envoyé par Gilles Paris bien que non demandé, je le remercie néanmoins parce que ce livre à fait une heureuse : Madame YV, qui en a fait un billet. Allez, Madame Yv, dans ma grande bonté, je te cède la place (une fois de plus serais-je tenté de dire, mais bien entendu, je ne le dirai pas, j'ai bien trop peur de me faire traiter de macho par mon très très nombreux public féminin. Merci les filles de venir si nombreuses !)

Le livre commence assez mal, le personnage principal est antipathique, et horripilant. Macho jusqu'au bout des ongles ; Yv, à côté, avec ses petites réflexions à deux balles, est un rigolo !

"J'ai rejoint mon loft parisien, très tendance avec ses murs blancs et ses meubles chromés. Le style dépouillé préconisé par les décorateurs à la mode. Quelques touches de couleur distillées sur les murs, grâce à des toiles d'art moderne. Une ou deux sculptures çà et là, que du cher, que du lourd. Les filles sont impressionnées. C'est fait pour." (p.10/11)

Et puis, au fil du roman, Eric devient attachant, humain avec ses imperfections, ses fragilités. Plutôt bien décrit, il apparait nettement plus complexe que son apparence le laisse penser.

Ce livre est drôle, pas hilarant, mais on sourit souvent. Il se base sur des croyances qui sont dans l'air du moment sur le sens de l'existence. Notamment celle qui dit que nous aurions des leçons de vie à apprendre sur terre pour nous permettre d'évoluer, et ainsi revivre plusieurs fois en plusieurs corps, jusqu'à tendre vers la sagesse et l'amour pur.

On pourrait aussi résumer la théorie par l'adage bien connu : "On récolte ce que l'on sème." Et que l'on peut prolonger par : "qui sème la haine récoltera haine et malheur et qui sème l'amour récoltera paix, sagesse et amour". Dit comme cela, ce roman peut paraître facile, et gnangnan, mais ce n'est pas le cas. Ce principe est le fil conducteur, mais Gracianne Hastoy construit une histoire vraiment plaisante et pas moralisatrice. J'ai passé un bon moment de lecture n'en déplaise à ce bégueule de Yv qui préfère des lectures plus terre-à-terre, recherchant plus une écriture qu'une histoire. Moi c'est le contraire et ce livre-là me convient donc tout à fait. En plus, il est très agréable à lire !

NB : ce livre est le premier d'une probable série, puisqu'il se finit comme cela :"FIN (allez, non, à suivre...)". Dis M. Gilles Paris, lorsqu'il sera écrit, je pourrai avoir le tome 2, s'il-te-plait ?

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Le destin du touriste

Publié le par Yv

Le destin du touriste, Rui Zink, Métailié, mars 2011

Greg arrive dans une zone sinistrée. Un territoire en pleine guerre. Dévasté. En proie aux attentats, aux assassinats, aux règlements de compte, à la justice prestement et rondement rendue et aux enlèvements des touristes libérés -ou non- contre rançon. Et justement, Greg est un touriste. Le tourisme, un nouvel Eldorado pour cette zone qui voit sa fréquentation augmenter par des voyageurs en mal de sensations fortes.

"La zone était tristement célèbre pour être fertile en disparitions, éliminations, exterminations de touristes, de journalistes, d'ONGistes. C'était d'ailleurs l'un de ses charmes, pardi. Pour les candidats au suicide qui n'avaient pas le courage de se trancher les veines comme des grands, pour les psychotiques qui aimaient jouer à la roulette russe avec leur propre vie, pour les sociopathes qui ne voulaient pas partir sans compagnie vers l'autre monde, pour les aventuriers qui étaient prêts à tenter leur chance en risquant leur peau en échange de la promesse, mirifique, de passer le reste de leurs jours à se vanter de ce moment d'héroïsme -et à en recueillir les fruits, fussent-ils une rente, un bon poste ou une hausse de leur attractivité érotique pour des tiers." (p.57) Voilà le point de départ de ce bouquin. Greg arrive dans cette zone en quête d'un suicide qu'il n'a pas le courage de s'auto-appliquer, ce qui est pourtant la règle en cas de suicide !

Poussant au paroxysme les comportements actuels de certains, Rui Zink fabrique une sorte de fable absurde. Absurde, parce que son raisonnement se heurte à nos limites, et qu'il pousse le bouchon toujours plus loin. Mais est-ce vraiment si inenvisageable ? Nos comportements individuels ou communautaires ne nous pousseront-ils pas toujours plus loin ? Toujours vers le plus de sensations ? Vers les plus d'émotions fortes ? De défis ? Pour ma part, je vous rassure, je me satisfais de ma vie quotidienne et n'ai point besoin de poussées d'adrénaline à hautes doses pour avancer. C'est probablement pour cela que je qualifie de farce absurde -une qualité pour moi, dans ce cas- le livre de Rui Zink. 

En outre, l'auteur ponctue son roman de digressions diverses sur la société, notamment sur la presse et son souci de sensationnalisme : "Et une information de dernière minute : un homme avait été trouvé dans un bunker vivant avec sa fille, devenue son esclave sexuelle qui lui avait donné quatre autres enfants (à lui) qui étaient ses frères (à elle) et donc aussi ses enfants et qui n'avaient jamais vu la lumière du jour." Cette information supplante celle de l'enlèvement de 23 touristes philippins dans la zone : "ils [les Philippins] pouvaient même désormais être découpés en morceaux et jetés aux chiens [...] qu'ils auraient du mal à surpasser ce fait divers : sadisme, pédophilie, inceste, tout ça dans un même paquet ? Un cadeau si merveilleusement empoisonné qu'aucune rédaction, douée d'une raison infaillible, ne pouvait le refuser." (p.106)

Ces remarques, pas toujours très aisées à lire ajoute cependant de la profondeur, s'il en était besoin, à ce livre. Le tout enrobé dans une écriture qui n'omet ni l'humour, ni la dérision ni le sarcasme, plutôt bienvenus pour supporter la puissance du propos.

Un autre avis : Cunéipage.

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Passagers de l'archipel

Publié le par Yv

Passagers de l'archipel, Anne-Catherine Blanc, Ed. Ramsay, 2011

Six nouvelles pour ce recueil qui ont toutes en commun le lieu : Tahiti. Pas la Tahiti touristique, celle de la côte ouest, plutôt l'autre, celle de l'intérieur et de la côte est.

Poerava: courte nouvelle qui raconte l'évolution de la société des atolls dont l'authenticité meurt de l'importation de la société de consommation."...l'alcool et les mirages d'une culture étrangère, elle-même en décadence, dont les lois étaient conçues pour s'appliquer sur de vastes étendues continentales, avaient perverti les coutumes protectrices. [...] ...sur le microcosme de l'atoll, l'adaptation n'était plus depuis longtemps, qu'un pari perdu."(p.9) Cette nouvelle est aussi l'histoire de Poerava, jeune fille pauvre qui vit avec sa mère, ses frères et son père, alcoolique et violent. Les deux femmes subissent jusqu'à l'inéluctable. Magnifique nouvelle qui ouvre le livre de façon magistrale. Écriture poétique, malgré la lourdeur du propos. Une petite jeune fille qui restera dans la mémoire du lecteur assez longtemps.

Lignes de vie: le parallèle entre un vieil épicier Chinois qui, pour passer le temps calligraphie sur de vieux annuaires, cherchant le geste pur, et le tatoueur de la boutique d'en face, qui fait de son métier un véritable art. Superbes descriptions de leurs gestes, nouvelle très lente, très belle.

Raerae: l'histoire de Herenui, "gaucher, métis et raerae"(p.49) (raerae = travesti, homosexuel). A-C Blanc explique que dans la société tahitienne ancienne, le raerae était fêté, célébré alors que de nos jours, il est dénigré, brimé sous l'influence des préjugés occidentaux.

Ces trois premières nouvelles, au moins Poerava et Raerae sont tristes, noires. C'est un constat douloureux de la vie des personnages. On sent qu'A-C Blanc a mis une sorte de distance pour mieux rapporter leurs déboires et leurs malheurs. Mais, dans le même temps, elle comme nous avons énormément d'empathie, de sympathie et d'affection pour eux. Elle les rend attachants, malgré ou grâce à leurs blessures.

Sa place au soleil: Colette est la "brave papetière, un peu timbrée, l'aventurière en pantoufles" (p.92) d'un bourg métropolitain. Depuis un voyage en Grèce, elle ne rêve que de repartir en voyage au soleil. Un jour, elle gagne un séjour pour deux à Tahiti. Dans cette nouvelle, A-C Blanc nous fait toucher du doigt la différence entre la côte ouest, les hôtels de luxe touristiques et la côte est, celle ou vivent les Tahitiens et leur vraie vie hors et loin du tourisme. Les deux premières pages de cette nouvelle décrivent les maisons du petit bourg, où "Vitres et voilages exaltent ce double jeu de l'énigme et de la transparence, proclament tout à la fois que les propriétaires n'ont rien à cacher, puisqu'ils s'exhibent, mais que ce rien même est si enviable et précieux qu'il convient de l'envelopper du plus discret des flous artistiques." (p.89) Ces deux pages sont extraordinaires de poésie, de réalisme et de mystère voilé et il m'est fort dommage de ne pas pouvoir vous les citer entières.

Le sauvetage de tonton Philibert: tonton Philibert est un buveur, qui n'hésite pas, même en état d'ébriété avancée à prendre le volant de son antédiluvienne 404. En quelques mots, l'auteure décrit Philibert et Venucia sa femme : "Tatie Venucia était une grande femme tout en rondeurs, avec un visage sans grâce qu'ensoleillait parfois encore un fragment de sourire, rescapé d'une jeunesse aussi éloignée qu'une vie antérieure." (p.144) " Il [Tonton Philibert]  étayait, sur  de maigres pattes agiles, un petit ventre rond cultivé à la Hinano [la bière locale]" (p.145)

La fourgonnette : un accident bénin de la circulation oblige deux gendarmes à aller voir la notable du coin. Une belle pirouette en guise de fin de recueil.

Ces trois dernières nouvelles sont drôles, plus légères et permettent au lecteur de finir sur un grand sourire.

Dans tout le livre d'Anne-Catherine Blanc, l'écriture est très travaillée, très belle. J'ai résisté -difficilement- à citer beaucoup de passages qui sont absolument magnifiques de justesse et de poésie, mais mon article aurait été trop long. Les descriptions de lieux, de personnages, de situations sont très réalistes. Les histoires sont fortes, elles oscillent entre tradition et modernité dans une sorte d'intemporalité.

J'avais beaucoup aimé L'astronome aveugle et Moana Blues de Anne-Catherine Blanc, tous deux très différents l'un de l'autre. Encore une fois, l'auteure change de registre, sans perdre pour autant toute la qualité de son travail et de son écriture.

Vous le savez, parfois, je m'emporte et je m'enthousiasme. Là, c'est à tête reposée que je vous dis que pour moi, très franchement et très sincèrement Anne-Catherine Blanc fait partie des plus belles plumes que j'ai lues ces dernières années. Si vous ne la connaissez pas encore, ces Passagers de l'archipel, sont un moyen de le vérifier aisément.

D'autres avis : Sarawasti, Lili Galipette, Pascale.

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Du pur amour et du saut à l'élastique

Publié le par Yv

Du pur amour et du saut à l'élastique, Frédéric Pagès, Ed. Libella-Maren Sell, 2011

Max de Kool est un philosophe, obsédé par le passage de son agrégation. Entre deux travaux sur Kant, il rencontre Blandina Blandinova, célèbre top model "doté des plus belles jambes du monde". Malheureusement pour elle, il lui arrive d'écouter Julio Iglesias auquel Max est violemment allergique. Pour faire un point sur sa vie, Max s'isole dans un hôtel qui semble être à l'abandon, en pleine montagne. Mais il est écrit que ce n'est pas lors de ce weekend qu'il aura la paix.

Attention, ce roman est drôle et gentiment intelligent. Gentiment intelligent, parce qu'il est truffé de citations philosophiques, de réflexions qui le sont tout autant et de situations qui donnent matière à penser, sans pour autant être un manuel de philosophie. Drôle parce que Frédéric Pagès se moque des puissants, des intellectuels qui se prennent au sérieux, "ces imposteurs, brasseurs de vent et marchands de prétendus "concepts", qui sont à la philosophie ce que Julio Iglesias est à la chanson" (p.130), de "cette haute société bien nourrie" qui vient dans les vernissages pour "s'empiffrer et entasser dans ses assiettes le plus de victuailles possible" (p.16). Drôle aussi parce qu'il crée des personnages et des situations auxquels on ne s'attend pas.

Venons-en maintenant au titre quelque peu énigmatique qui pourrait se retranscrire de la manière suivante : comment en ne cherchant même pas le pur amour, mais en craignant de le perdre, on peut se retrouver à faire un saut à l'élastique du haut d'un pont. Tout un programme !

C'est aussi, même pas déguisée, une critique de ceux qui veulent laisser la philosophie comme un pré carré aux seuls philosophes, à la seule élite capable de l'entendre. L'auteur prouve -c'est sûr puisqu'il l'a écrit !- que tout le monde philosophe, du moindre quidam à l'agrégé de philosophie, même si Max "n'est pas loin de penser que, si on n'a pas son agrégation à cinquante ans, on a raté sa vie." (p.26)

Plein de références à l'actualité, aux anecdotes plutôt qu'aux grands faits, le livre nous fait sourire -voire rire- tout du long. Max aura énormément de mal à poursuivre sa réflexion personnelle, tant les rencontres -de femmes surtout- le perturbent. Ah Bintou, la sublime Bintou ! "... sublime ? Quelle erreur conceptuelle ! Cette fille est sexy, je veux bien le croire mais sublime, non ! La contemplation d'une bombe sexuelle ne peut pas ouvrir sur l'Infini, mais seulement sur la fornication. Or le sublime est contradictoire avec toute idée de consommation." (p.168)

J'ai aimé ce roman écrit par Frédéric Pagès, journaliste au Canard Enchaîné, connu aussi comme le créateur du désormais célèbre et vivant philosophe, cité par les plus grands (?), Jean-Baptiste Botul. D'ailleurs, l'un des brefs personnages du roman se nomme Tonio Botul et l'une des citations mises en exergue à chaque chapitre est de J-B Botul. Botul dont l'oeuvre contient des titres tels que La Métaphysique du mou, Landru, précurseur du féminisme, entre autres.

Ce roman fait partie de la sélection du Prix des Lecteurs de l'Express, et tant mieux ! Enfin un livre drôle, un peu "barré" il faut bien le dire, mais de qualité avec lequel on passe un très bon moment.

 

rire-copie

 

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