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La centrale

Publié le par Yv

La centrale, Elisabeth Filhol, P.O.L, 2010
De missions intérimaires, en missions intérimaires, le narrateur nous plonge dans le travail au sein des centrales nucléaires françaises.
C'est un roman étonnant. Par le thème d'abord : la centrale nucléaire et son environnement -non, pas l'écologie ! L'environnement humain plutôt ! Peu de technique nous est épargnée et c'est là que j'ai un peu décroché : la fission, l'explication de Tchernobyl et toutes les manipulations des uns et des autres ne m'ont pas plu.
Par contre, tout ce qui concerne le questionnement des employés sur le fait d'aller bosser dans ces centrales dangereuses, dans des conditions pas toujours enviables est vraiment bien rendu.
Par le style ensuite : Elisabeth Filhol fait preuve d'une belle écriture : elle use de phrases très longues dans certains chapitres, de phrases très courtes dans d'autres. Elle alterne brillamment. Cela donne des rythmes différents, un vrai intérêt, plus que l'intrigue elle-même.
Pour résumer : je n'ai pas  aimé le thème  du livre, mais par contre, j'en ai vraiment apprécié le style. Heureusement d'ailleurs, parce que sans cela, j'aurais reposé le livre avant la fin. Auteure qui écrit là son premier roman, mais qui j'espère en écrira d'autres que j'ouvrirai avec grand intérêt.

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L'oeil postiche de la statue kongo

Publié le par Yv

L'oeil postiche de la statue kongo, Anne-Christine Tinel, Ed. Elyzad, 2010
Emna B. est retrouvée noyée dans la Saône. Lucie Clos, l'ex-femme du mari d'Emna, est accusée du meurtre. Anna Cabane est chargée de faire l'enquête de personnalité de l'accusée pour le procès. "Est-ce parce qu'elle est enceinte [qu'elle] constate des correspondances préoccupantes entre ses enquêtes et sa vie privée : la frontière n'est plus étanche ?" (4ème de couverture). Commence alors son enquête largement perturbée par sa quête personnelle.
Attention pure merveille que ce livre. D'abord, l'objet lui-même : une mise en page très soignée sur un papier qui respire la qualité, épais, légèrement rugueux et jauni. Les jeunes éditions Elyzad, basées à Tunis ont fait un travail remarquable.
Ensuite, l'histoire, ou plutôt les histoires, puisque Anne Cabane mène une véritable enquête policière en même temps qu'elle s'interroge sur ses origines et sa future descendance. L'auteure mèle donc habilement un roman policier à une quête beaucoup plus personnelle, si bien que l'on ne sait plus dans quel genre on navigue. Ce n'est pas vraiment un polar, ce n'est pas non plus vraiment un roman de recherche des origines et de questionnements personnels. Et quel plaisir de ne pas savoir exactement où l'auteure nous emmène et de ne pas pouvoir cataloguer ce livre !  
Enfin, l'écriture, originale, qui enchevêtre différents styles : classique, style beaucoup plus moderne avec des phrases aux mots tronqués, omis et de véritables poésies qui finissent les chapitres ou s'intercalent entre les paragraphes (la belle mise en page facilite ces insertions de poèmes). 
Seule fausse note : à la fin du livre Anne Cabane, se prépare un petit-déjeuner, beurrant une tartine et y ajoutant de la confiture d'orange. Je déteste la confiture avec du beurre dessous !
Soyons sérieux : j'avoue rechercher, dans un livre, plutôt un style d'écriture qu'une histoire, mais lorsqu'un ouvrage m'offre les deux -et d'aussi belle manière-, alors je ne peux que me réjouir. Avis aux amateurs, je me répète : ce livre est une pure merveille à ne pas rater !
Merci à Elisabeth Daldoul des éditions Elyzad.

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La commissaire n'aime point les vers

Publié le par Yv

La commissaire n'aime point les vers, Georges Flipo, Ed. La table ronde, 2010
Ce vendredi 18 janvier, le lieutenant Monot , de la 3ème DPJ prend la déposition d'un témoin dans l'agression d'un SDF. Ce SDF, ancien professeur de lettres, amateur de Victor Hugo a poussé sa passion hugolienne jusqu'à lui ressembler trait pour trait. Si l'on ajoute à cela sa manie de déclamer les vers du grand poète, on comprendra pourquoi les habitants du quartier et ses compagnons de la rue l'appellent Victor Hugo. Dans sa sacoche, la commissaire Viviane Lancier, chef de la 3ème DPJ découvre un sonnet que Monot, fin lettré pense être de Baudelaire. Commence alors une enquête dont la commissaire ne veut pas, mais qu'on lui impose. Des agressions et même des meurtres toutes liées au fameux sonnet émaillent le récit et la progression de l'enquête.
Un roman policier littéraire ? Vous en réviez, Georges Flipo l'a fait ! Un vrai régal de lecture pour qui aime l'un des genres ou les deux réunis. Un mort qui se prend pour Victor Hugo, un lieutenant de police connaisseur de Baudelaire, l'Académie Française en cause dans un assassinat et beaucoup de références littéraires, on sent que l'auteur s'est fait plaisir sans jamais devenir pédant.
En changeant de style et en abordant l'écriture d'un roman policier -même si sa bibliographie fait apparaître des écrits policiers pour une émission de radio-, Georges Flipo ne laisse pas de côté ce que j'aime bien chez lui : une vraie maîtrise de son sujet et une vraie écriture. Pour le premier point, on sent qu'il s'est documenté sur les procédures judiciaires, sur le fonctionnement d'une DPJ. Il reste aussi fidèle à sa critique féroce et probablement réelle -et tellement savoureuse- du monde de la télé, des gens qui y travaillent ou gravitent autour et de son pouvoir d'attirance extrêmement fort  envers nous, simples citoyens ; le "vu à la télé" étant de nos jours une marque de "qualité".
Pour le second point, Georges Flipo use d'un vocabulaire à la fois riche et simple, varié, dans un style personnel assez reconnaissable. J'ai beaucoup ri lors de cette enquête -un peu comme dans certains romans policiers d'Exbrayat- La confrontation entre la commissaire qui "n'aime point les vers" et son adjoint, le lieutenant Monot féru de littérature est fine et délectable. J'ai lu et pris du plaisir, beaucoup plus pour l'ambiance et les personnages que pour l'enquête, même si celle-ci n'a rien à envier à d'autres polars. Mais bon, on est loin d'un thriller étasunien sanglant, avec des rebondissements toutes les deux pages. Et c'est tant mieux ! On peut regretter que la commissaire soit un peu trop embarrassée de ses problèmes personnels (rupture amoureuse proche et douloureuse, et quelques kilos en trop) et qu'elle néglige un peu son enquête : elle a parfois l'air d'une débutante, mais je pardonne aisément. Et non seulement je lui pardonne, mais en plus, étant donné qu'elle est bien partie pour faire d'autres enquêtes (La commissaire n'a point l'esprit club est prévu pour 2011), j'attendrai avec une certaine impatience de replonger dans cette atmosphère policière "flipoenne". Que l'auteur veuille bien m'excuser ce néologisme !
Merci à Nadine Straub des éditions La Table Ronde pour cet envoi.

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Gagner sa vie

Publié le par Yv

Gagner sa vie, Fabienne Swiatly, Ed. La fosse aux ours, 2006
Fabienne Swiatly raconte les divers petits métiers et autres moins "petits" qu'une femme a exercés pour "gagner sa vie". Fille d'ouvrier, pour qui un bac commerce était déjà bien assez, elle passera par de la comptabilité, du tri de dattes, du tri de photos, ...
Petit livre qui raconte la vie quotidienne en un minimum de mots. Une économie qui touche directement au but. Efficace. Réaliste. Je ne sais pas si l'auteure a vécu ces situations, la question n'est pas là d'ailleurs, mais elle décrit admirablement le monde du travail pour une personne qui se cherche, qui n'a pas encore trouvé sa voie et qui rate tout ce qu'elle entreprend et qui ne lui correspond pas. Le parcours est étonnant, atypique, et les expériences professionnelles -notamment les dernières, en ateliers d'écritures en prison et en hôpital psychiatrique- sont particulièrement enrichissantes.
A la lecture de ce roman, j'ai tout de suite pensé à deux autres écrivains que j'aime beaucoup et qui ont eux-mêmes un style direct : Annie Ernaux et Charles Juliet. La comparaison n'est pas dans mon habitude et c'est donc plutôt dans une référence qu'il faut voir ces noms : si vous aimez ces deux auteurs, vous pouvez ouvrir le livre de Fabienne Swiatly, sinon, je crains que vous vous ennuyiez. Personnellement, j'aime beaucoup. J'ai d'ailleurs emprunté un autre titre que je chroniquerai plus tard : Une femme allemande.
Cécile parle de Boire, un autre livre de l'auteure.

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Je sauverai le monde

Publié le par Yv

Je sauverai le monde, Alain Lasverne, Ed. Kyklos, 2009
"La terre est à l'agonie [...]. Ultime recours, deux super-héros aussi célèbres qu'invincibles. Un seul suffirait naturellement, mais "on" a décidé d'en réveiller deux pour optimiser les chances des terriens et créer une saine émulation."(4ème de couverture)
Je n'ai pas fait le résumé moi-même, bien incapable que j'en étais tellement j'ai détesté ce livre. J'ai même failli écrire que j'étais moi aussi, comme la terre, "à l'agonie", mais ce n'aurait pas été très gentil de ma part.
Le style est lourd, empesé : une suite de mots, de tournures de phrases qui se veulent drôles, originaux mais qui ne sont qu'incompréhensibles et qui n'ont pas réussi à dérider mes zygomatiques. C'est pompeux : on sent que l'auteur cherche à créer un "style", mais c'est laborieux. Des parenthèses, des digressions mal venues -n'est pas Jaenada qui veut !
J'ai tenté de résister à l'envie de refermer ce livre sans le finir. J'ai réalisé l'exploit plusieurs fois, mais l'envie était vraiment trop puissante - ou plus exactement, l'ennui était trop puissant.
Désolé B.O.B et désolé les éditions Kyklos pour ce partenariat raté pour moi, mais vous m'avez demandé un effort trop dur pour moi !

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La face cachée de la lune

Publié le par Yv

La face cachée de la lune, Martin Suter, Ed. Christian Bourgois, 2000
Urs Blank est un avocat d'affaires brillant, promis à un avenir enviable et associé d'un des plus grands cabinets d'avocats du pays (la Suisse). Il est le spécialiste des fusions de sociétés. Il a quarante cinq ans, vit avec Evelyne, galeriste. Ils jouissent d'une vie très confortable. Un jour, Urs rencontre Lucille, jeune hippie vendeuse d'encens sur un marché. Ils commencent une relation qui va emmener Urs sur les terrains des drogues dites douces qui ne seront pas sans conséquences pour lui.
Deuxième roman de Martin Suter après l'excellent Small world. Tout aussi bon, bien que très différent. Suter explore les domaines de la finance (c'est le côté un peu ardu et abscons du livre, mais qu'on peut passer un peu vite sans nuire à l'histoire), celui des drogues douces (sa documentation sur les champignons hallucinogènes est très poussée et semble exhaustive, mais bon, je ne suis pas spécialiste), et celui de la vie en forêt. Dit comme cela, on se demande comment ces trois domaines peuvent se rejoindre ; Suter les relie admirablement bien. C'est "un hymne à la forêt, un roman policier de l'âme humaine." (4ème de couverture) Des passages liés à la vie en forêt d'un réalisme efficace, tout comme ceux qui concernent ces fameux champignons servis par
une écriture rapide, qui fait mouche, extrêmement détaillée et précise.
Ajoutez un bon suspense, des personnages tous plus retors les uns que les autres : aucune oie blanche dans le lot et vous obtenez un roman à lire absolument !

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Pope-corn

Publié le par Yv

Pope-corn, Gabriel Boccara, La table ronde, 2010
"Pope-corn est un divertissement orthographique. Le principe du jeu ? Inclure en totalité ou en partie un mot dans un autre pour en former un troisième, exclusivement homophone ou homographe du terme hôte.
Exemples :
Roturier + hauturier = rhauturier (homophone)
frimousse + mousse = frimousse (homographe)"

Voilà pour l'explication donnée par Gabriel Boccara en première page de ce recueil qui a pour sous-titre "Petits éclats de mots.".
C'est un vrai plaisir et un vrai exercice (pour tous) que de lire ce livre. On suit l'ordre alphabétique, ou on prend les mots au hasard. A chaque fois, la définition fait mouche. Elle est drôle, ou fine ou plus grave. Parfois tout en même temps.
Exemples pour vous donner envie :
"Euthanazie (n.f.) : Purification ethnique
Présidanse (n.f.) : Valse des dirigeants
Pissine (n.f.) : Grand bassin dans lequel il est d'usage d'uriner discrètement en nageant
Seinthétique (adj.) : Se dit d'une poitrine qui a reçu des implants mammaires"

Ce petit livre contient 130 définitions comme celles-ci . A garder près de soi, pour piocher un ou plusieurs mots, de temps en temps.
Merci aux éditions de la Table ronde.

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Ballon mort

Publié le par Yv

Ballon  mort, Marc Villard, Le castor astral, 2008
Stéphane Miller, enquêteur pour les assurances les Mutuelles réunies doit retourner dans sa ville natale pour tenter d'élucider la disparition d'un ami d'enfance, gloire du football. Ce qu'il ne sait pas c'est qu'il va devoir partir avec son fils et loger chez son père. Ce qu'il sait, par contre, c'est qu'il va revoir toute la bande de ses anciens copains et remuer des affaires sordides.
Roman policier de Marc Villard dont on m'a conseillé la lecture ; je reste sur ma faim. Certes, je ne m'attendais pas à un roman anglo-saxon avec un rebondissements prévisibles toutes les 3 pages, mais là, c'est franchement assez mou, prévisible et un peu ennuyeux. Tous les clichés sur les notables de Province sont écrits, mais ce sont des choses que l'on a déjà lues ou vues. Pas assez incisif. Le livre démarre quand même vers la page 100 (sur 168 !). Heureusement que Villard possède une écriture qui retient, parce que sinon, j'aurais refermé ce livre presque sitôt ouvert. Ajoutez à cela que je m'attendais à une bonne dose d'humour noir et décalé comme on peut le trouver dans des romans noirs français et que rien n'arrive. Vous comprendrez alors ma déception. Pas mal, sans plus !

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Le cri du peuple

Publié le par Yv

Le cri du peuple, Jean Vautrin, Jacques Tardi, Casterman
Je continue sur ma lancée pour parler de ce dessinateur de bande dessinée que j'aime beaucoup : Tardi. Cette fois-ci, il a collaboré avec Jean Vautrin et adapté à la bande dessinée le roman de ce dernier. Tout se passe dans le Paris de La Commune de 1870. On suit les aventures de différents personnages pris dans la tourmente des événements : le Capitaine Tarpagnan, passé du côté communard et amoureux de la belle CafConc', Grondin, ancien bagnard à la recherche de celui qu'il pense être le meurtrier de sa fille, Hippolyte Barthélémy, policier avide d'avancement tentant de résoudre son enquête.

Contrairement à Adèle Blanc-sec, le dessin est en noir et blanc. La ville des Paris, ses rues, ses bâtiments sont toujours aussi présents. On croise dans ce recueil aussi bien Jules Vallès que Gustave Courbet. Tardi dessine des personnages reconnaissables, de vraies "tronches", pour la majorité, abîmées, mais aussi quelques belles "gueules" : Tarpagnan ou CafConc'. Pour moi, jusqu'à présent, c'est la BD de l'auteur que je préfère et probablement la BD que je préfère tout simplement. Ce pur moment de félicité (j'exagère à peine !) existe en 4 volumes, mais il existe aussi en une seule pièce de 312 pages que j'ai le plaisir d'avoir dans ma bibliothèque personnelle.

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