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Le grand loin

Publié le par Yv

Le grand loin, Pascal Garnier, Zulma, 2010

Marc Lecas est un homme d'une soixantaine d'années qui mène une double vie. D'un côté, il est marié-divorcé-remarié, a des amis. De l'autre côté, il n'aspire qu'à une seule chose : devenir transparent, insignifiant, quelqu'un que personne ne voit et dont personne ne se souvient. Marc tend vers un véritable suicide social. Un jour cependant, sur un coup de tête, il demande à sa fille Anne, internée en psychiatrie, si elle veut partir avec lui. Et les voilà donc tous les deux partis sur les routes, avec Boudu, le chat amorphe, sorte d'image féline de ce que voudrait devenir Marc. Mais Anne est une forte fille, au caractère très tranché et au comportement imprévisible, et la vie à deux devient vite difficile.

Ultime livre de Pascal Garnier, décédé le 5 mars dernier. Différent tout en gardant la même trame : des êtres "normaux" qui se rencontrent ou qui vivent ensemble jusqu'à une explosion ou un effondrement. On sent bien qu'à continuer leur périple, Marc et Anne vont droit dans le mur, mais on sait aussi qu'ils en sont conscients et que rien ne les détournera de ce mur.

J'aime la description du suicide social de Marc, sa descente vers l'absence de personnalité. On a tous -enfin, j'imagine, rassurez-moi, on a bien tous ?- des moments ou l'on décroche totalement de ce qui se passe autour de nous, où l'on se pose des questions existentielles (A quoi bon tout cela ? Qui'est-ce que je vais faire chez ces gens ? Pourquoi se donner tant de mal ? ...). Eh bien, Marc c'est cela, mais porté au paroxysme. Certaines scènes de régression, en début de livre (par exemple, Marc à quatre pattes à scruter le tapis avec une loupe) sont irrésistibles, non pas de rire, mais de décalage et de sensibilité.

J'ai croisé dans mes lectures des personnages sans personnalité, mais c'est la première fois que je lis que l'un d'entre eux veut perdre sa personnalité pour devenir anonyme pour tous. Cela va à contresens de la société qui veut au contraire que chacun puisse avoir son quart d'heure de célébrité. Encore une fois Pascal Garnier fait mouche avec ses personnages qui pètent un câble contre toute attente.

Jusqu'ici, j'avais une petite préférence pour L'A 26 du même auteur ;  Le grand loin le rejoint largement sur le podium. Dernier détail, mais qui a son importance pour moi, le livre est dédié à Samuel Hall, personnage misanthrope (un peu comme Marc) d'une chanson d'Alain Bashung, et la citation de début de livre : "On est loin des amours de loin. On est loin." est également tirée d'une chanson d'Alain Bashung, comme sur le précédent roman de Pascal Garnier, Lune captive dans un œil mort ; il devait être fan, ce qui nous fait un point commun. 

 

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La mer engloutie

Publié le par Yv

La mer engloutie, Taras Grescoe, Ed. Noir sur blanc, 2010

"Taras Grescoe nous entraîne dans un périple sur les mers du monde, de port en port, sautant d'une barque sur un navire-usine, d'un hydravion sur un chalut. Une année durant, fourchette à la main et micro en poche, il remonte de bas en haut la chaîne alimentaire, goûtant aussi bien le concombre de mer que la bouillabaisse ou le thon le plus rare, et ce dans un seul but : savoir si oui ou non il peut continuer à déguster ces mets délicats la conscience tranquille." (4ème de couverture)

Loin, très très loin de mes lectures habituelles, puisque c'est une enquête très sérieuse sur la dégradation et le devenir de nos mers et océans. Partant des Etats-Unis, passant par le Canada, la France, l'Angleterre, l'Inde, le Portugal, la Chine et le Japon, sans oublier quelques autres escales, Taras Grescoe dresse le bilan des années de surpêche, des diverses pollutions dues à l'homme. Il dit aussi comment certains pays qui se focalisent sur une seule espèce (La lotte aux Etats-Unis ou le thon rouge au Japon, par exemple) participent très activement à la raréfaction de ces poissons, voire à leur disparition, et inventent ensuite nombre prétextes pour ne pas voir la vérité en face.

Pas bien rose ni très optimiste, cette enquête ; le sous titre Le poisson de nos assiettes aura-t-il la peau de la planète ? ne donne pas le sourire. Néanmoins, elle a l'avantage de nous faire bien prendre conscience que nos ressources, qu'elles soient terrestres ou marines ne sont pas éternelles. Deux citations tirées de ce livre :

- "Gandhi a dit que nous avions assez de ressources pour satisfaire les besoins de tous, mais pas la cupidité de chacun."

- "La vie de la planète et la santé de l'humanité qui en dépend ne peuvent être sacrifiées pour la rapacité de quelques uns" Thomas Kocherry (prêtre qui vit au milieu des pêcheurs en Inde)

Ce livre est une mine de renseignements, concernant le poisson certes, mais il fourmille aussi d'information sur les lieux que T. Grescoe visite : à chaque étape, il fait le guide et nous en raconte l'histoire et la géographie. Extrêmement instructif, très plaisant à lire, parce qu'écrit simplement -à part quelques mots spécifiques aux habitants sous-marins dont il faut aller chercher la définition dans le dictionnaire -et émaillé de réflexions drôles et de descriptions de situations cocasses.

"L'auteur relève l'influence directe de nos choix alimentaires sur la dégradation de l'environnement. Mais il ne se contente pas de lancer des accusations : il pose les bases d'une attitude responsable pour gourmands et gourmets." (4ème de couverture)

A la fin du livre, pour nous aider dans nos choix, Taras Grescoe regroupe les espèces en trois catégories ("Non jamais", "Parfois, ça dépend", "Toujours, et sans hésitation".), nous aidant ainsi dans nos achats, à la fois pour ne pas dégrader plus les mers et pour ne pas acheter de poissons ou fruits de mer pollués.

Enquête formidable, assez longue à lire, mais on peut alterner avec des romans, plus légers, lue grâce au partenariat B.O.B et Noir sur Blanc. Grand merci à eux.

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Contretemps

Publié le par Yv

Contretemps, Charles Marie, Ed. Aux forges de Vulcain, 2009

Melvin Epineuse se voir confier la tâche par un commanditaire secret de retrouver la trace de Bruno Bar. Partant du principe que l'on ne trouve jamais que ce que l'on ne cherche pas, il erre dans les rues de Florence à la vague recherche de Bruno Bar. Il fait la connaissance de la belle Lorraine, entre dans la Catacombe, ...

Mango, qui n'a pas aimé a fait de ce livre un livre voyageur et je me suis alors lancé dans cette aventure qui me semblait bien étrange.

Je fus d'abord emballé par l'écriture, le monde étonnant et les personnages lunaires, décalés de Charles Marie. J'ai même vu une analogie avec des écrits de Boris Vian (notamment dans Troubles dans les andains).

Et puis, une certaine lassitude m'a pris aux alentours du milieu du livre. L'écriture me plait toujours autant, mais l'histoire n'avance plus et devient confuse et pour tout dire beaucoup moins intéressante.

Alors, finalement, que croyez-vous qu'il arriva ? Eh bien, je reposai gentiment le livre sans l'avoir fini (lu environ 100 pages sur 160).

Néanmoins, malgré ce relatif échec de lecture, je reste persuadé que cet auteur à ce qu'il faut (écriture et imaginaire) pour bâtir des histoires plus denses et qui me plairont. A suivre donc.

Qui est tenté par cette lecture originale et gratuite puisque je rappelle que ce livre a pour vocation de voyager ?

D'autres avis ? Armande, Keisha, et bien sûr BOB en ont !

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Moana blues

Publié le par Yv

Moana blues, Anne-Catherine Blanc, Ed. Au vent des îles, 2002

"Moana, c'est le bleu absolu que prend l'océan quand le regard plonge vers l'abysse, vers le vertige sans fond qui s'ouvre au-delà du lagon [...]. Moana, c'est la matière bleue [...]. Plonger dans le bleu, c'est la petite mort, le renoncement à l'être. [...] Au-delà du moana le bleu devient noir. C'est "'ere'ere", le bleu noir qui précède les ténèbres [...]. Moana, c'est aussi un prénom." (extrait du prologue) Moana c'est le prénom du fils de Malinda, épouse de Paulot. Paulot, le déraciné. Paulot, le métropolitain, pied-noir d'origine, débarqué un jour à Tahiti pour tenter de s'y enraciner justement. Il a épousé Malinda, maman de deux garçons, Moana et Félix. Ensemble, ils ont fait la petite Urahei, la petite sœur. Moana c'est l'adolescent fou du surf, qui sans accepter son beau-père Paulot, ne le rejette pas. Et puis, à force de patience et grâce à la plongée sous-marine, ces deux-là vont s'apprivoiser et s'apprécier et devenir inséparables. Aussi lorsque Moana meurt d'un accident de plongée et que toute sa famille est inconsolable, Paulot se sent étranger, père illégitime et a peur de se sentir rejeté.

Moana blues se passe le jour de l'enterrement de Moana et c'est le déroulement de la journée de Paulot, ses questions, ses pensées, ses réflexions qui nous expliquent son arrivée sur l'île, sa rencontre avec Malinda et avec ses enfants.

Roman intérieur, très fort. L'emploi alterné des deuxième et troisième personnes du singulier donne une proximité avec Paulot, avec son discours et ses émotions. Il est  pudique envers les autres, mais dans ses réflexions intimes il se livre, se découvre. Un homme simple confronté à une douleur qu'il ne peut ni partager ni diminuer. Moana, était devenu son fils ; une vraie complicité et un vrai amour père-fils étaient nés. Trop vite arrêtés, puisqu'ils n'ont pu en profiter que quelques petites années, d'où une douleur encore plus vive.

L'écriture de Anne-Catherine Blanc provoque des sensations, elle prend au ventre. J'ai compati -ce que je pouvais faire de mieux- à la douleur de Paulot et des autres membres de la famille, je me suis senti concerné et me suis même revu dans des circonstance analogues, ayant des pensées identiques à lui, des moments de solitude et des instants où j'avais l'impression de ne pas être à ma place.

Un roman très beau, très fort sur les tourments d'un homme confronté au deuil de son récent-fils adolescent. Très différent du roman suivant d'A-C Blanc, L'astronome aveugle que j'avais également beaucoup aimé. Ce qui prouve que cette auteure a beaucoup de talent et qui me donne très envie de découvrir son prochain livre.

Merci à B.O.B et à l'éditeur pour ce magnifique partenariat.

 

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Vies minuscules

Publié le par Yv

Vies minuscules, Pierre Michon, Gallimard, 1984

Premier livre de Pierre Michon, il raconte les vies de gens ayant croisé sa route ou celle de ses parents ou grands-parents. Celle d'un aïeul qui aurait pu partir aux Etats-Unis, y faire fortune, ou peut-être à Cayenne, forçat.  Celle de sa petite sœur morte. Celle d'une de ses compagnes. Ce que l'auteur ne connait pas de ces gens, il l'invente, le crée. Huit chapitres, ou parties, ou nouvelles -c'est comme on veut- dans ce livre. Elles n'ont pas toutes le même intérêt pour moi, mais c'est très subjectif, puisque celle qui me plait le plus peut ne pas convenir à d'autres lecteurs et vice versa.

Dans son style inimitable et si particulier, fait de longues, très longues phrases, usant parfois de mots désuets, oubliés ou savants, Michon dresse donc tous ces portraits de gens simples. Ces vies minuscules, terme utilisé non pas pour rabaisser les personnes, mais parce que ce sont des récits brefs.

Une lecture qui ne laisse pas insensible ; elle peut irriter, je le comprends : j'ai lu ici et là que le style est très -trop ?- travaillé ; mais bien sûr, qu'il l'est ; qui de nos jours, où il est de bon ton d'écrire comme on parle, parlerait avec ces phrases si longues, remplies d'adjectifs, d'adverbes, de subordonnées, ...? Elle peut aussi charmer et apporter émotions et émerveillement. Pour moi, bien sûr c'est le second choix. Je reconnais cependant, que parfois, sur certaines parties, j'ai décroché du texte, mais je m'y suis rattrapé quelques lignes plus loin, pour retomber dans des passages formidables.

J'ai lu Michon à l'envers en ayant commencé quasiment par son dernier roman. Ces Vies minuscules préfigurent ce que seront les autres en qualité d'écriture et en plaisir de lecture. A chaque fois, je suis emballé par ses textes.

Lu en version folio, je sais que certaines de ces nouvelles ont été éditées séparément les unes des autres dans la même collection, pour qui veut un premier contact avec Michon, plus modéré.

Sylvie a beaucoup aimé aussi.

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L'attentat

Publié le par Yv

L'attentat, Yasmina Khadra, Julliard, 2005

Amine Jaafari est chirurgien à Tel Aviv. Réputé, compétent, il a adopté la nationalité israélienne, a des amis bien et haut placés. Marié à Sihem, il vit tranquille une vie de riche dans une région particulièrement explosive. Le jour où un attentat se produit près de l'hôpital, Amine opère, répare les corps sans écouter sa fatigue. Lorsqu'elle finit tout de même par le gagner, il rentre chez lui retrouver Sihem, tout juste rentrée d'un court séjour chez sa grand-mère. Seulement, Sihem n'est pas rentrée, et pour cause, puisque c'est elle la kamikaze, celle qui a provoqué cet attentat particulièrement meurtrier. Déboussolé, rejeté, Amine cherche à comprendre son geste ; pourquoi et comment une femme ne manquant de rien peut en arriver à cette extrémité ?

Avec ce roman, je découvre cet auteur très connu et qui manque à ma culture. Et quelle découverte ! C'est un roman fort et formidable sur la remise en cause d'un homme, sur son sentiment de culpabilité, sur les raisons qui peuvent pousser des gens a priori pas intégristes à perpétrer un attentat. Khadra ne juge pas. Il commence par décrire les pertes et la difficulté pour les Israéliens de vivre ces odieuses agressions : la paranoïa ambiante et la vie qui continue malgré tout. Ensuite, dans sa recherche, Amine va découvrir la dure réalité des Palestiniens : leur vie pauvre, les brimades et les lois qui leur sont imposées. La situation dans cette région semble inextricable, les dirigeants de chaque pays se renvoyant la balle. Au milieu, les gens, Israéliens et Palestiniens, juifs et musulmans subissent et tentent de vivre avec une menace permanente au dessus d'eux.

Extrait  : " -Tout Juif de Palestine est un peu arabe et aucun Arabe d'Israël ne peut prétendre ne pas être un peu juif.

- Tout à fait d'accord avec toi. Alors, pourquoi tant de haine dans une même consanguinité ?

- C'est parce que nous n'avons pas compris grand-chose aux prophéties ni aux règles élémentaires de la vie. [...]

- Alors, qu'est-ce-qu'il y a lieu de faire ? [...]

- D'abord rendre sa liberté au bon Dieu. Depuis le temps qu'il est l'otage de nos bigoteries."

Ecrit dans une langue simple, précise et directe, on trouve dans ce roman "toute la générosité d'un écrivain qui n'en finit pas d'étonner par son imaginaire et son humanisme." (4ème de couverture)

Catherine et Florinette ont aimé elles aussi ce livre à lire absolument. 

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Les aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec

Publié le par Yv

Les aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec, film de Luc Besson, d'après la BD de Tardi, 2010

Paris, 1911, un œuf de ptérodactyle éclot mystérieusement ; le volatile préhistorique sème la panique autour de lui. La Présidence est en émoi et l'enquête atterrit sur le bureau de l'inspecteur Caponi.

Pendant ce temps, Adèle Blanc-Sec est en Egypte, à la recherche de la momie du médecin de Ramsès qu'elle croit capable de sauver sa sœur prostrée dans un état végétatif depuis un accident, cinq ans plus tôt.

"Gentillet", c'est ce que me disait le projectionniste de mon petit cinéma de quartier après la séance, alors que restés seuls dans la salle à regarder se dérouler le générique final nous devisions sur ce que nous venions de voir. Voilà un des avantages des cinémas de quartier, outre leur prix souvent plus avantageux, on peut discuter autour des films avec les projectionnistes, les vendeurs(euses) de billets. Il y a même des vendeurs de friandises qui viennent dans la salle avec leur petit chariot, après la projection des bandes annonces et avant celle du film !

Bon, revenons à nos moutons, ou plutôt à notre ptérodactyle. Gentillet, donc, parce qu'à partir d'une BD farfelue, délirante et très imaginative, Luc Besson fait un film familial, tout public, avec des personnages lisses, interchangeables : au début j'ai même cru qu'il allait nous faire un Indiana Jones au féminin. Alors, certes, on trouve des ingrédients de la BD, mais pas tout ce qui fait le charme de celle-ci et qui fait de gens comme moi des fans d'Adèle Blanc-Sec, version papier. Et puis, avec tout le respect que je lui dois, je trouve Louise Bourgoin peut-être encore un peu légère et surtout j'ai beaucoup de mal à supporter sa voix criarde (bon, là d'accord, c'est très subjectif, mais ça compte.)

Par contre, reconnaissons à Besson la prouesse d'avoir su restituer les "tronches" bizarres que Tardi donne à ses personnages (Mathieu Amalric est méconnaissable et il faut savoir qu'il est au générique pour le retrouver dans le film). Le pari de l'adaptation n'était pas aisé ; les vrais fans de la BD ne s'y retrouvent sans doute pas. C'est un spectacle trop étasunien, calibré comme un produit prêt à l'exportation. Ça reste un film très fréquentable, en famille, mais il manque l'étincelle de folie de la BD.

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Selon les premiers éléments de l'enquête

Publié le par Yv

Selon les premiers éléments de l'enquête, Stéphane Pajot, D'Orbestier, 2009

"En exhumant les archives de la police de Nantes, un journaliste, passionné par l'histoire, met la main sur des dizaines de meurtres inexpliqués avec pour dénominateur commun une série d'assassinats qui s'étale sur près de cent cinquante ans. Comment les autorités de la Justice n'ont-elles pas fait le lien entre ces affaires sordides en dépit des rapports secrets répétés et pressants de nombreux commissaires de police ?" (4ème de couverture)

Surtout, ne lisez pas le reste de la 4ème de couverture, au risque d'en savoir trop !

Stéphane Pajot est journaliste à Presse-Océan, un journal basé à Nantes. Il a écrit pas mal de livres sur la région. Cette-fois-ci, il met en scène des faits-divers réels et fictifs pour installer son intrigue. Pour qui connait Nantes, c'est un plaisir de déambuler dans ses rues, même si elles sont jonchées de cadavres. Pour qui ne connait pas Nantes, gageons que ce sera une envie de découverte de cette très belle ville. On croise au fil des pages, les anciens caïds de la ville, les forains, les phénomènes de foire : femme à barbe et autre fakir, qui ont tous réellement existés, mais que l'auteur se plait à mettre dans des situations fictives.

Ce livre est construit comme une succession de rapports de commissaires de police, de 1831 à 2009 ; on voit se dessiner une trame "roman-policier" au fur et à mesure de la lecture. Tous ces faits éparpillés dans les rues de Nantes et dans différentes époques se lient très bien. On peut être parfois un peu perdu dans la diversité des noms des personnes, mais tout rentre dans l'ordre avec l'explication ultime que je vous laisse découvrir par vous-même.

Polar original dans la forme, et dans le fond parce que le dénouement est pour le moins étonnant.

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Mille crétins

Publié le par Yv

Mille crétins, Quim Monzo, Ed. Jacqueline Chambon, 2009

Recueil de nouvelles sur la mort, le désamour, les disputes, la douleur et la vieillesse. La première partie contient des histoires assez longues (10/20 pages) et la seconde, des nouvelles très courtes (1 page, 2 pages). Quim Monzo est un écrivain catalan, né en 1952 à Barcelone.

M. Beneset : Un homme va voir son père dans sa maison de retraite. Celui-ci enfile des vêtements de femme, sans que personne ne s'en émeuve.

L'amour est éternel : un homme rencontre par hasard son ex-petite-amie et recommence une histoire avec elle, presque par pitié, car elle est gravement malade.

Samedi : une femme se débarrasse de tout ce qui appartenait à son mari qu'on devine parti loin d'elle.

Voilà pour les trois premières nouvelles ; dans toutes, à partir d'une situation banale, Monzo part dans des digressions loufoques, irréelles ou oniriques. Ce qui devait se dérouler tranquillement, dérape et dérive bizarrement.

J'avoue une nette préférence pour les deux premières longues nouvelles et surtout pour la seconde partie du livre contenant les très courtes histoires, plus percutantes. Beau choix de la phrase en exergue de cette partie et signée Roland Topor (tirée de Alibi d'enfant) : "Maman, a dit le petit Serge en se réveillant, un monsieur est venu et il a fait pipi dans mon lit."

A découvrir, même si, comme dans quasiment tous les recueils de nouvelles, on n'accroche pas à toutes.

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