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Retour à Killybegs

Publié le par Yv

Retour à Killybegs, Sorj Chalandon, Grasset, 2011

Tyrone Meehan est Irlandais et militant de l'IRA. Mais il est aussi un traître à la cause : celui qui n'a d'autre alternative que celle de travailler avec les Anglais, dès les années 1980, avant le processus de paix. Fin 2006, âgé de 81 ans, il revient dans la maison de son enfance, à Killybegs, y attendre la fin. C'est aussi le moment pour lui de se raconter, de dire ce que fut sa vie, de l'enfance battue à la trahison qui l'obsédera jusqu'à la fin.

Je n'ai pas lu le roman précédent de Sorj Chalandon, Mon traître, (en fait je découvre cet auteur, si je mets à part ses papiers dans Le Canard Enchaîné) qui raconte la même histoire, mais vue du côté d'Antoine, le Français, l'ami de Tyrone et l'ami de l'IRA. Là, le narrateur est Tyrone et on entre de plein fouet dans la véritable guerre entre l'Irlande et l'Angleterre (voir l'entretien de l'auteur ici qui explique tout cela)

C'est un livre qui vous prend dès les premiers mots et qui ne vous lâche pas avant la fin. Voici d'ailleurs les phrases qui entament ce roman :

"Quand mon père me battait il criait en anglais, comme s'il ne voulait pas mêler notre langue à ça. Il frappait bouche tordue, en hurlant des mots de soldat. Quand mon père me battait il n'était plus mon père, seulement Patraig Meehan. Gueule cassée, regard glace, Meehan vent mauvais qu'on évitait en changeant de trottoir. Quand mon père avait bu il cognait le sol, déchirait l'air, blessait les mots. Lorsqu'il entrait dans ma chambre, la nuit sursautait. Il n'allumait pas la bougie. Il soufflait en vieil animal et j'attendais ses poings." (p.13)

Ensuite, on plonge en plein cœur de la guerre menée par l'IRA, cette armée secrète qui a rêvé d'une Irlande indivisible et unie. Une armée hétéroclite. "Des soldats de l'ombre, des enfants sans pères, des femmes sans plus rien. Tristes et las, nous étions une humanité sombre. Avec la pauvreté, la dignité, la mort, ces compagnes de silence." (p.258)

L'histoire de Tyrone est indissociable de celle de son pays : il n'a vécu que par lui et pour lui, jusqu'au moment de sa trahison qu'il fait encore pour tenter de le sauver, lui et ses habitants. Les interrogations sont poussées, parfaitement posées. Cet homme est pétri d'humanité bien qu'il ait mené un combat particulièrement violent. Il est rongé par le remords, par les regrets. Un vrai personnage humain, plein de contradictions, de colères, de violences et de tendresses. Un personnage travaillé en profondeur, intense, dense.

Sorj Chalandon a une écriture simple et forte. Son roman est très dialogué, très documenté : je me souviens de Bobby Sands, mort d'avoir poursuivi une grève de la faim de 66 jours avec en face de lui, une Margaret Thatcher totalement sourde aux revendications des prisonniers irlandais ; plusieurs après lui sont morts également des mêmes conséquences, sans que la dite Mme Thatcher ne fasse un geste !

C'est un bouquin qui vous prend aux tripes, qui vous remue et duquel vous ressortez à la fois avec la sensation d'avoir lu un très grand livre, mais aussi avec une sorte de gêne, de révolte, un sentiment d'injustice envers Tyrone. Un roman qui permet de se remettre en mémoire un conflit pas si vieux que cela puisque le processus de paix date des années 90, qui se passait à nos portes.

Un conseil avant que vous n'ouvriez ce livre : prévoyez du temps, parce que vous risquez de ne pas vouloir le refermer de sitôt !

Une sélection du Prix du roman de France Télévision, enfin un de bon ! Que dis-je ? D'excellent !

D'autres lecteurs : Alain, Clara, Constance

Son entretien avec Interlignes est ici

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Geluck enfonce le clou

Publié le par Yv

Geluck enfonce le clou, Philippe Geluck, Casterman, 2011

Dans la veine de Geluck se lâche, Geluck enfonce le clou ! Toujours aussi réjouissant, Geluck montre sa face cachée, son penchant naturel vers la vacherie, la grossièreté et la méchanceté, parfois gratuite (enfin, pas tout à fait puisque le livre coûte 18€).

Il aborde des thèmes divers comme l'intégrisme, la religion ou plutôt même les religions, la maladie, la mort et les enfants des autres :

"Halte au terrorisme bambinesque ! Sous prétexte que c'est mignon et que ça dit "areuh", ça ne devrait pas être autorisé à nous pourrir ces moments bénis où nous échappons, le temps d'un film, d'un navarin de homard, d'un Paris-Marseille, au tohu-bohu de notre société trépidante. Et je ne critique pas ici les petiots eux-mêmes, mais plutôt leurs infâmes géniteurs qui, non contents de s'émerveiller de leurs braillardises, en rajoutent à coups de "Voyons Thomas, calme-toi ! Tout le monde te regarde !" (p.6)

Les textes sont soignés, bien écrits et l'on se rapproche du mauvais esprit de Pierre Desproges, de Cavanna, Siné et les autres. Sans son double, Le Chat, Geluck réussit également à faire un livre drôle. Peut-être plus directement méchant qu'avec son alter ego, même si celui-ci n'est pas toujours sympathique, mais il cache bien son jeu dans ses rondeurs et sa bonhomie.

Les dessins sont encore mieux que les textes : un petit exemple ? Oh oui ! Bon allez, c'est bien parce que c'est vous !

CLOU-JOHNNY.jpg

Là, c'est plutôt marrant, mais certains dessins sont grinçants, politiquement incorrects et font passer des messages beaucoup plus clairement et facilement que des textes. Tout pour plaire quoi ! Mais je ne cache pas ma subjectivité totale, je suis totalement partial, parce que je suis fan du Chat et donc de Geluck depuis, pfuiii,... ça ne me rajeunit pas (sans commentaire, SVP).

Merci Davina, de chez Gilles Paris.

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Rouler

Publié le par Yv

Rouler, Christian Oster, L'olivier, 2011

Un jour, un homme, le narrateur, Jean, monte dans sa voiture et prend la route vers le sud, vers Marseille. Il prend les petites routes, refuse les autoroutes. Il rencontre des gens, les prend parfois dans sa voiture. Se perd au hasard de promenades à pieds, et se retrouve à demander de l'aide à des habitants. Rouler est un road-movie sur les routes de la campagne française.

Une fois que j'ai fait le résumé, j'ai tout dit du livre de Christian Oster, je peux remballer !Je développe un peu quand même. On peut trouver de beaux passages, une écriture changeante en fonction de l'activité de Jean :

- plutôt des phrases courtes lorsqu'il s'agit de ses actes : "J'ai pris le volant un jour d'été, à treize heures trente. J'avais une bonne voiture et assez d'essence pour atteindre la rase campagne. C'est après que les questions se sont posées. Après le plein, j'entends. En même temps, c'était assez simple. Comme j'avais pris la direction du sud, je me suis contenté de poursuivre. Je voulais juste éviter Lyon, de sorte que je me suis retrouvé à la tombée de la nuit perdu quelque part dans le Massif central." (p.9)

- et des phrases nettement plus longues lorsqu'il s'agit de ses interrogations, de ses doutes : "Quant à Claire, je ne savais trop quoi en penser non plus. Agréable à regarder, sans doute, me disais-je, plus qu'à entendre, quand elle veut bien ouvrir la bouche, une sorte de franchise, également, qu'il m'a semblé déceler dans le coup d’œil qu'elle m'a jeté tout à l'heure, mais quelque chose aussi, me disais-je encore, qui échappe, ou qui s'échappe, et qu'on n'identifie pas, qui la pose comme exactement à côté d'elle-même, à la manière d'une sœur boudeuse, laquelle n'en penserait pas moins." (p.50/51)

Mais cette écriture qui fait que j'ai tenté de résister à la tentation ultime de refermer ce livre devient assez vite rengaine, litanie. Par exemple, la phrase qui suit directement celle que je viens de citer ; attention : respiration avant de lire ! Êtes-vous prêts ? Je cite : "Enfin, songeais-je, avec elle je pourrais peut-être passer une heure, à l'observer, surtout, si j'avais besoin de dépaysement, mais ai-je besoin de dépaysement, ne suis-je pas assez dépaysé, déjà, n'ai-je pas mon compte de dépaysement, ne souhaité-je pas tout simplement me retrouver avec moi-même, me disais-je, dès lors que je ne m'arrête plus nulle part, désormais, et que je ne m'inflige plus mon poids à l'état de repos." (p.51)

Je vous promets, je jure et je crache que je n'ai fait que restituer le texte exact, répétitif, pas forcément adroit. Ne serait-ce la longueur de la phrase on dirait presque du C. Angot. D'ailleurs, le parallèle n'est pas si idiot -là, se cache une sorte de compliment déguisé, à peine, à moi-même, saurez-vous le découvrir ?-, puisque j'ai entendu certains journalistes dithyrambiques sur ce livre de Christian Oster comme ils le sont sur ceux de sa camarade de plume (P. Clark, entre autres, pour ne pas la nommer sur France Inter). Mais que trouvent-ils à ces écrivains qui hésitent, qui font des phrases mal tournées et qui écrivent des livres ennuyeux et creux ? Parce que celui-ci, à part, un carnet des routes que Jean emprunte, je ne vois pas ce qu'il apporte. Les personnages sont vides, jamais vraiment déterminés. Ce ne sont qu'interrogations vaines sans réponses. Si par hasard, vous voyez ce livre, n'hésitez pas, prenez celui d'à côté, l'Atlas des routes du sud de la France (ça doit bien exister, non ?) : vous aurez le même itinéraire, mais les cartes en plus !

Deuxième sélection du Prix du roman de France Télévision : décidément, ça commence bien mal pour moi ! Ils ne vont peut-être pas me garder, et je ne verrai pas Michel Drucker ! NOOOOOOOOOOOOOOOOOOOON, c'est trop horrible !

D'autres avis : Constance, Jostein, Stef, L'ivrogne, Bernhard.

Peut-être un peu plus sur son entretien avec Interlignes 

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Cyr@no

Publié le par Yv

Cyr@no, Bessora, Ed. Belfond, 2011

"Si à sa naissance l'officier de l'état civil ne s'y était pas opposé, Roxane se serait appelée Cyrano, et sans doute alors tout aurait-il été plus simple pour elle dans le milieu du théâtre... Mais Roxane s'appelle Roxane, et elle doit faire avec, comme elle doit faire avec ses jambes de Teutonne, sa poitrine de nymphette, son « cul à chier » et son nez trop long. C'est d'autant plus difficile que, dans la vraie vie, elle s'est amourachée de Christian, un bellâtre blond légèrement bedonnant qui l'a aimée un soir pour la congédier le lendemain... par mail.
Heureusement, pour remédier à ses ratages, Roxane peut compter sur son double : Cyrano, l'autre elle-même, aimante, pleine de ressources mais aussi pleine de fiel Ensemble, elles concoctent un implacable stratagème pour séduire Christian et le transir d'amour pour elle(s). Elles créent Cyr@no, avatar de Roxane et Cyrano mêlées, créature virtuelle qui va incarner l'idéal féminin de l'insaisissable Christian..." (4ème de couverture)

Autant le dire tout de suite, si j'avais eu à choisir ce livre, jamais je ne l'aurais fait : d'abord parce que le thème ne me parle pas, ensuite parce que je déteste les mots, les noms de magasins, d'entreprises, de sociétés, ... et a fortiori de roman qui utilisent l'arobase pour remplacer le "a". Je trouve cela facile, ringard et nul. Sûrement fallacieux comme argument pour ne pas choisir un livre, mais on ne se refait pas, et il faut bien des critères aussi subjectifs soient-ils !

J'ai donc reçu ce livre dans le cadre du Prix du roman France Télévision dont je vous parlais récemment.

Malgré mes a priori, j'ai ouvert ce roman de Bessora et très vite, j'ai ressenti un malaise. Le vide. Aucun intérêt pour cette histoire de double, de jeune femme voulant devenir comédienne et reconquérir son Christian, comme il se doit. Les dialogues incessants entre Roxane et son double Cyrano alourdissent le propos, le style déjà pas léger-léger. Beaucoup de néologismes -je n'ai rien contre un de temps en temps, mais là Bessora fait fort !- et d'invectives entre les deux facettes du personnage qui fatiguent plus que ne captivent.

L'auteure fait bien des tentatives intéressantes d'écriture, notamment lorsque Cyrano parle, il s'exprime en une sorte de vieux françois :

"Hoho-hô ! Dieu me damne... Versifie, pintade, on t'écoute ! Eh bien ? Rien ne vient maraude ? Prends donc ma dictée... Hum... Christian, je sais que l'an dernier, un jour, le douze mai, pour sortir  le matin, tu changeas de coiffure. Oh... j'ai tellement pris pour clarté ta chevelure que, comme lorsqu'on a trop fixé le soleil, j'ai vu sur toute chose un rond vermeil. Hoho-hô !" (p.32)

Mais tout cela reste empesé et Roxane martèle des imbécillités, des évidences et des banalités. L'écriture sous des dehors modernes est ampoulée, on sent  le travail et on le lit.

Je ne suis pas allé au bout de ce roman, qui, vous l'aurez compris ne fera pas partie des mes favoris pour ce prix. Quoique... C'est le premier que je lis, les autres seront peut-être pires. Mais la barre est haute !

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Désolations

Publié le par Yv

 

Désolations, David Vann, Gallmeister, 2011

Gary et Irene vivent ensemble depuis 30 ans, mais leur couple n'est pas au beau fixe. Gary décide de construire une cabane sur Caribou Island, un îlot isolé pour y vivre, mais Irene n'envisage ni la vie là-bas, ni la vie sans Gary. De leur côté, leurs enfants, Mark et Rhoda peinent à entrer réellement dans la vie. Si Mark pêche et se défonce au cannabis avec sa copine Karen, Rhoda, assistante vétérinaire se pose des questions sur le couple qu'elle forme avec Jim, le dentiste du coin. Toutes ces interrogations sont exacerbées par le climat et le rythme inhérents à l'Alaska.

Vais-je oser ? Me mettrais-je à dos la quantité de lecteurs de David Vann depuis son formidable succès de Sukkwan Island ? Bon, je me lance : je n'ai pas aimé ! C'est lent, c'est long, c'est prévisible ! Ouf ! Voilà, c'est dit. Maintenant je pars en courant (je suis un grand sportif) de peur de recevoir des cailloux. .................................................................................................................................

Voilà, c'est bon ? Je peux revenir ? Vous avez bien vidé vos mains et jeté les projectiles qu'il vous restait ? Sûr ? pas un qui traîne encore ici ou là ?

J'argumente : j'ai eu beaucoup de mal à entrer dans ce livre et pourtant j'avais un a priori très positif eu égard au roman précédent de l'auteur, qui malgré des longueurs, là aussi m'avait emballé. Las, je retrouve ici, en encore plus fort ce que je n'avais pas aimé dans l'autre. L'intrigue de départ est peu ou prou la même et le déroulement pareil. Le paysage est ressemblant : j'aime bien lorsque les auteurs se renouvellent, mais là ce n'est pas le cas.

J'ai été vraiment agacé par les les questionnements des personnages : toujours les mêmes tout au long des 300 pages ; ils n'évoluent quasiment pas, sauf dans les toutes dernières pages ; c'est redondant et longuet.

"Si Irene avait pu comprendre tout cela à temps, elle aurait peut-être quitté Gary à l'époque où cela était encore possible. Mais il lui avait fallu plusieurs décennies pour découvrir la vérité, pas seulement à cause de son travail et des enfants, mais parce que Gary était un excellent menteur, toujours enthousiaste à l'idée d'une nouvelle entreprise." (p.98)

Il a fallu des décennies à Irene pour comprendre, moi, en 100 pages j'avais compris qu'on tournait en rond. Pareil pour Rhoda et Jim qui se tournent l'un autour de l'autre : nous marions-nous ? Pourrais-je être infidèle ?

J'aime bien la lenteur et les paysages dans mes lectures, mais il faut que le style de l'auteur m'accroche, que j'aie du plaisir à lire ses phrases, l'enchaînement de ses mots. J'ai toujours du mal à parler style littéraire avec des ouvrages traduits, ce qui est de l'auteur, ce qui est de la traductrice (Laura Derajinski) et d'autant plus pour David Vann que son écriture n'a rien d'extraordinaire. Pas désagréable, certes non, mais point exceptionnelle non plus, avec même ça et là des phrases bizarres comme celle ci que j'ai repérée, celle du milieu  : "Elle était la plus belle femme qu'il fréquenterait jamais. Elle était certain (sic). Il n'y aurait jamais rien de mieux et il avait pourtant encore la moitié de son existence devant lui." (p.167)

Je suis un peu dur, sûrement, mais ma déception est la mesure de ce que j'attendais de ce livre. Je l'ai fini en diagonale, vite fait pour tenter de ne rien rater, mais pour ce qui est du raté, je pense que c'est David Vann qui a commencé !

D'autres lecteurs, très nombreux, je vous renvoie donc sur Babelio qui centralise.

Lu grâce au Matchs de la rentrée organisé par Price Minister (merci Rémi)

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La cité interdite

Publié le par Yv

La cité interdite, François Gibault, L’Éditeur, 2011

"A travers des textes courts et cruels, François Gibault se livre à son exercice favori, l'observation méticuleuse d'une humanité dans laquelle il ne se reconnaît pas. Une bonne dose d'ironie mâtinée d'autodérision, un soupçon de perversion et le style sec et précis de l'auteur, font de ce recueil un petit bijou d'humour noir." (4ème de couverture)

Dix-huit nouvelles de tailles différentes qui cependant ont toutes en commun de raconter des rêves, des histoires peu réalistes (mais pas forcément irréelles ou irréalisables). Assez hétérogène pour moi : certaines nouvelles m'ont convaincu, d'autres beaucoup moins. Par contre, toutes ont un autre point commun : une écriture belle, tour à tour imagée ou directe, qui décrit lieux et personnages très fidèlement au point que l'on visualise très bien les uns et les autres. Parmi mes favorites :

- A Berlin !, qui commence ainsi : "Neptune en avait marre de tout, d'être français, d'être vieux, d'être vivant et surtout d'être le mari de Françoise, 83 ans, bon pied bon œil, emmerdeuse née." (p.19)

- Un fauteuil pour deux : "Quand il posa le pied sur le trottoir d'en face, juste devant chez lui, l'accident était si présent dans sa mémoire qu'il était incapable de dire s'il était survenu ou s'il y avait échappé." (p.87)

- Julien : "Endormi sur son canapé depuis quelques secondes, une minute au plus, Julien se réveilla en sursaut, comme s'il avait dormi une nuit entière, avec dans la tête le souvenir incertain d'un rêve inouï." (p.179)

Dans ces deux dernières nouvelles, François Gibault joue avec la réalité : sommes-nous dans celle-ci ou dans le rêve du personnage ? Lui-même est-il réel ? Le principe est appliqué à d'autres nouvelles également.

L'humour est noir, grinçant, un rien macabre ; on meurt beaucoup dans des conditions qui peuvent prêter à sourirre chez F. Gibault !

Deux nouvelles moins noires :

- Un malencontreux courant d'air : "Une fois pour toutes, Maxime avait avalé son parapluie, et ses proches affirmaient qu'il allait mourir avec." (p.137)

- Les pruneaux du Caire : "Hortense Poilblanc connaissait Santa Fe, Palos Verdes, Saint-Cyr-sur-Loire, Knokke-le-Zoute, Tarascon, Noirmoutier-en-l'Île et Condé-sur-Iton, pas Le Caire." (p.149)

Plus légères, elles permettent de sourire plus franchement et d'être prêt a repartir pour une nouvelle noire. Ce recueil, s'il est à mon humble avis de lecteur, inégal recèle cependant des pages qui méritent très largement l'attention, ne serait-ce que pour l'écriture de l'auteur et pour ce monde mi-réel-mi-imaginaire qu'il explore.

PS : Sur une expression écrite par l'auteur, un doute m'habite : il écrit "on ne pouvait trouver maître queue plus raffiné" (p.96) ; n'écrit-on pas plus vraisemblablement "maître-queux" ? A moins que ce ne soit un choix délibéré ?

J'ai également une phrase à vous soumettre qui selon moi comporte une erreur, mais je ne donne pas d'indice, là encore, je ne sais si c'est une faute ou de l'humour : "... elle dégraissait et liait avec six jaunes d’œufs au lieu de quatre, et des œufs de canard au lieu de poule, ajoutait de la crème au bouillon, des herbes et du beurre fondu qui faisaient toute la différence." (p.98)

Soyez perspicaces !

Daniel Fattore et La Bouquineuse ont lu aussi

 

 

 

challenge-rentrée-littéraire-2011

 

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Close-up

Publié le par Yv

Close-up, Michel Quint, Ed. La Branche, 2011 (Collection Vendredi 13)

Miranda effectue des tours de cartes au Quolibet, un cabaret assez miteux de Lille, un numéro de close-up. Un soir, entre dans ce cabaret un groupe emmené par Bruno Carteret, magnat du BTP, la cinquantaine triomphante. Miranda reconnaît en lui celui qui dix ans plus tôt, a donné à sa vie son ton misérable. Elle décide de se venger et lui prédit sa mort avant le vendredi 13. Ce qu'elle ne prévoit pas, c'est qu'on va attenter à la vie de Bruno peu après cette soirée et qu'il viendra se réfugier chez elle. Ainsi, elle se retrouve à protéger l'homme dont elle souhaite la ruine.

Les éditions La branche lancent la collection Vendredi 13, et excusez du peu, mais ont déjà publié Michel Quint donc, J-B Pouy et Pierre Bordage ! Et sont prévus Olivier Maulin, Jean-Marie Laclavetine Patrick Chamoiseau et Alain Mabanckou, entre autres. Très alléchant !

Pour Close-up, ce qui m'a emballé tout de suite, c'est le style, la langue de Michel Quint. Je me suis régalé de ses phrases qui alternent le plus beau français, avec des expressions latines (c'est le dada, le TOC même, de Bruno) et les mots de patois lillois ou d'argot. Et ses phrases, très ponctuées, triturées, déstructurées. Quel plaisir de lecture avant tout ! Un exemple ? Allez, je suis bon :

"Ce soir, pas long après la Toussaint, quand les larmes écloses au bord des tombes n'ont pas encore séché aux joues mais que le parfum des fêtes allume déjà l’œil, marché de Noël, grande roue sur la place de la Déesse et tout le tralala, elle glisse de son tabouret, et tend le bras, paume ouverte, pour accueillir cinq hommes et une jeune femme blonde qui entrent en secouant la brume de leurs épaules." (p.9/10)

J'en ai plein d'autres que j'ai notés et notamment les descriptions des personnages qui sont absolument formidables. Lorsque Bruno fait les présentations de sa belle-famille à Miranda, lors de la soirée où elle lance sa prédiction, on a presque l'impression d'être à l'hippodrome ou à une parade hippique, avec belles dames et beaux messieurs :

"Elle s'arrête au passage dire deux mots à un vieux monsieur, tout blanc de poil, une tête de percheron sournois, les dents aussi et la carrure, les paluches comme des pâturons. [...] Miranda passe ainsi en revue, Henri Vailland, frère aîné d'Eléonore, autre cheval, plus grand que son père, les attaches plus fines, mais la gueule, la gueule, il est carnassier ce bourrin-là, et pas à son aise, mou de partout, sauf du râtelier... [...] Jeanne aussi, la cadette, moins jument, quand même de la race, costaud, en robe longue, vraisemblablement d'un jeune créateur audacieux du froufrou et belge, belge comme son mari, Charles Dierickx, "dans les affaires", exactement du négoce par ci par là, un peu de tout, un maigrelet qui respire peu pour bomber le torse, une tête de jockey de trot, avec écrit margoulin partout sur lui, même dans l'accent à la Brel qu'il n'a pas." (p.43/44/45)

Vous l'avez compris je me suis régalé de l'écriture de Michel Quint. Maintenant, qu'en est-il de l'histoire ? Eh, bien assez nébuleuse et rebondissante pour qu'on s'y intéresse aussi. L'auteur maîtrise bien ses effets et nous les distille à petites doses, pour nous garder vigilants. Je pourrais dire que la relation entre Miranda et Bruno est assez prévisible -mais pas désagréable-, mais c'est vraiment le seul reproche que je pourrais faire à Michel Quint.

Le seul ? Pas sûr, lisez plutôt cela :

"Elle sait que sa voix a grimpé dans les aigus, qu'elle fait ado hystérique à un concert de Frédéric François..." (p.114)

Qui pourra croire que Frédéric François s'attire encore des cris d'adolescentes ? Et même des adolescentes dans ses concerts  ? Et même simplement des concerts ? (Désolé, mes sœurs ! Ne lisez pas ceci, vous qui vous pâmâtes devant ce ... chanteur, pour mon grand malheur -et celui de mes frères-, nous qui fûmes obligés de l'entendre, parfois brailler depuis votre chambre, en duo ou trio avec vous-mêmes !)

Las, M. Quint, je suis désolé de vous dire que vous n'êtes point crédible, vous eûtes été plus inspiré en écrivant : " Elle sait que sa voix a grimpé dans les aigus, qu'elle fait ado hystérique à un concert de Justin Bieber..."

Mais que cela ne vous empêche pas -oh que nenni- de vous précipiter sur ce livre pour déguster, que dis-je pour vous empiffrer, de la belle langue onctueuse, pulpeuse, généreuse et plein d'autres adjectifs en "euse" de Michel Quint !

Merci Davina de chez Gilles Paris.

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L'altermanuel d'histoire de France

Publié le par Yv

L'altermanuel d'histoire de France, Dimitri Casali, Ed. Perrin, 2011

"Périodes clés, grands personnages, institutions, textes fondateurs, découvertes capitales, guerres et batailles...
Vous redécouvrirez tous ces pans de l'histoire de France qui ont été oubliés ou réduits à la portion congrue dans les programmes du collège. Comment expliquer la disparition de Clovis, Hugues Capet, Saint Louis, François Ier, Louis XIII, Richelieu ou Mazarin, des programmes du secondaire ? Comment justifier la place désormais mineure accordée à Louis XIV et Napoléon ? Comment expliquer la disparition du traité de Verdun, qui dessine les nouvelles frontières de l'Europe ? De la révocation de l'édit de Nantes ? De la découverte par Pasteur du vaccin contre la rage ? Du débarquement du 6 juin 1944 en Normandie "(4ème de couverture)

Dimitri Casali part de l'idée de remettre en avant tout ce qui a disparu des programmes scolaires. On commence avec "La naissance des royaumes barbares" et on finit par les Trente Glorieuses. Évidemment, en 340 pages, il n'est point question de faire le tour de l'histoire de France, mais justes des périodes ou des personnages désormais oubliés à l'école, parmi lesquels, on retrouve tout de même Clovis, Napoléon, Mazarin, Catherine et Marie de Médicis !

C'est un livre d'histoire extrêmement bien fait, facile à lire (texte aisé et gros caractères), illustré qui s'adresse donc au public ciblé : les collégiens !

Parfois, je me suis demandé si l'auteur n'en rajoutait pas un petit peu et si tout ce dont il parle méritait d'être dans son livre : par exemple, les Bourgeois de Calais, pendant la Guerre de Cent Ans, mais son argumentaire est bon et sa présentation ne l'est pas moins, donc, je passe au-dessus de mes réserves.

Chaque chapitre est présenté de la même manière : une petite introduction, un "Ce qu'il faut savoir", assez complet et néanmoins résumé de la question étudiée, quelques apartés, anecdotes importants pour bien comprendre l'époque, sur fond rouge et une conclusion sur fond jaune intitulée : "Ce que les collégiens n'apprennent plus"

A la maison, nous sommes amateurs d'histoire sans être des spécialistes et donc le livre a plu : il permet de se remettre en mémoire des périodes ou des personnages si ce n'est oubliés au moins passés au second plan.

Les programmes scolaires ont beaucoup changé ces dernières années, notamment dans cette matière, pour y intégrer des notions sur l'histoire de la Chine, de l'Inde ou de l'Afrique. A l'heure de la mondialisation, l'intention est louable, mais c'est au détriment de l'enseignement de l'histoire de France. 

Une petite suggestion pour finir : et si le temps pris par le retour de la morale -totalement ringarde, inutile et rétrograde- en classe était redonné à l'enseignement de l'Histoire ? Peut-être, les enfants entendraient-ils parler à nouveau de Du Guesclin, de Bayard, de Pépin le Bref, de Colbert ? 

Lu dans le cadre de masse critique de Babelio.

 

PS : si je puis me permettre M. Casali et M. l'éditeur : vous montrez, page 54, la photo d'un bronze du IXème siècle restauré au XVIIIème et vous dites que "L'identité de ce souverain est encore débattue. S'agit-il de Charlemagne ou de son fils Louis le Pieux ?" Je vous suis sur votre affirmation : l'identité est bien encore débattue, mais votre questionnement est erroné puisque la question se pose entre Charlemagne et son petit-fils Charles le Chauve. Pas de bol, une émission D'art Dare récemment diffusée y était consacrée. Plus de renseignements sur le site du musée du Louvre.

 

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Prix du roman France Télévision 2011

Publié le par Yv

prix-roman.jpg Cette année, France Télévision repart pour son Prix du roman. La sélection est la suivante :

- Bessora, Cyr@no (Belfond)

- Sorj Chalandon, Retour à Killybegs (Grasset)

- Brigitte Giraud, Pas d'inquiétude (Stock)

- Christian Oster, Rouler (L'Olivier)

- Sylvain Tesson, Dans les forêts de Sibérie (Gallimard)

- Delphine de Vigan, Rien ne s'oppose à la nuit (Lattès)

Pourquoi je vous en parle ? Et bien, tout simplement, parce que j'ai la chance d'être sélectionné avec 20 autres lecteurs pour être juré. La lecture se fera jusqu'au 3 novembre (vous aurez la primeur de mes avis sur le blog, bande de veinards !), et ce même jour aura lieu la délibération dans les locaux de France Télévision. Avec un peu de chance, je verrai peut-être Michel Drucker !

Non, j'déconne !

Non, mais on ne sait jamais, si vous regardez la télé sur un grand écran, peut-être vous pourrez voir dans le journal du midi, un petit bout de ma tête : la ratez pas, des fois que je devienne une star, après, vous pourrez dire : "je le connaissais bien avant, au début de son blog, quand il s'la pétait pas encore. Quoique..."

Ah la la, quelle médisance, voyez comme vous êtes, le petit "quoique" final n'est-il pas superflu ? J'me la pête pas du tout ! J'ai su rester humble et discret et je le resterai même si je deviens célèbre et riche. Bon, je claquerai un petit peu mon pognon, quand même. Y'a pas de raison et surtout y'a pas de mal à se faire du bien, comme on dit couramment. Mais je m'emballe, je m'emballe, pourquoi je dis tout ça moi ? Ah oui, pour mon l'éventuelle possibilité probable qu'on voie un carré de 2 millimètres sur trois de mon visage à la télé.

Bon, allez Yv, va prendre ta tisane et va te coucher t'es encore tout énervé et tu vas faire des insomnies !

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