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Le monde du Douanier Rousseau

Publié le par Yv

Le monde du Douanier Rousseau, Yann le Pichon, CNRS Editions, 2010

Yann le Pichon est historien de l'art, spécialiste de Henri Rousseau (1844-1910). Il est également le légataire universel du peintre. Ce livre est une réédition complétée et rajeunie, dixit l'éditeur. Du Douanier Rousseau, je ne connaissais que les scènes dans la jungle, j'ai pu parfaire ma culture en regardant tout ce qu'il a fait avant et après qui n'a absolument rien à voir. Il a peint des vues de villes, des scènes paysannes, des portraits, des natures mortes. Son oeuvre est beaucoup plus vaste que ce que l'on peut imaginer. Merci à Gilles Paris pour mon enrichissement personnel.

Rousseau, qui doit son surnom de douanier au fait qu'il travaillait à l'Octroi de Paris, est un autodidacte. Il n'a jamais maîtrisé les perpectives ni les volumes ; sa peinture "répète les "défauts" qui ne sont que les revers des médailles des enfants : excès de spontanéité, égocentrisme candide, goût accusé pour l'anecdote, simplification caricaturale des sujets, manque de maîtrise des proportions et des volumes, incapacité à rendre la perspective et la profondeur, abus des contrastes de couleurs, application laborieuse dans les détails ... Comme eux aussi [les enfants], il est mû par le sentiment d'appartenir à la nature même, et d'en être partie prenante." (p.100) Il exposera aux salons des Indépenadnts pendant des années suscitant toujours les mêmes critiques rigolardes et moqueuses d'une grande partie des journalistes ; malgré tout, certains d'entre eux, ainsi que d'autres peintres verront d'un très bon oeil la peinture de Rousseau.

Il est remarqué et fêté sur le tard par la bande du Bateau Lavoir : Picasso, Max Jacob, et surtout Guillaume Apollinaire dont il deviendra l'ami et qu'il peindra en compagnie de sa muse Marie Laurencin.

L'intérêt de ce livre est bien sûr de faire connaître la peinture du Douanier Rousseau, mais aussi de juxtaposer à ses oeuvres, celles dont il s'est inspiré et celles qu'il a inspirées. Ainsi, Yann le Pichon met face aux tableaux de Rousseau, les cartes postales, les gravures qu'il a copiées ou qu'ils l'ont influencé mais aussi les tableaux d'autres peintres très inspirés de ceux de Rousseau. Il est intéressant de voir par exemple, que le célèbre Guernica de Picasso est inspiré d'une toile de Rousseau : La guerre. Elle passe effrayante, laissant partout le désespoir, les pleurs et la ruine (1895), qui elle même est une interprétation d'une gravure de Goya, Los desastres de la guerra (1810).

Un bouquin assez exhaustif de l'oeuvre du peintre Naïf le plus célèbre de nos jours, car de son vivant, il n'a pas vécu de son art, et qui montre que cet homme doux, naïf et crédule (il ira même en prison pour avoir cru aider un jeune homme, qui en fait montait une escroquerie à son insu !) a été "l'un des principaux parrains [de trois grands mouvements de l'art moderne] : le surréalisme, le cubisme et bien entendu, l'art naïf." (note de l'éditeur)

Vous n'avez pas d'idée de cadeau pour les fêtes : en voici une.

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L'hiver des lions

Publié le par Yv

L'hiver des lions, Jan Costin Wagner, Ed. Jacqueline Chambon, 2010

Depuis la mort de sa femme, le commissaire Joentaa passe son temps au travail, notamment la nuit de Noël. Cette nuit, une jeune femme vient déclarer un viol, mais finalement s'en va sans porter plainte. Le lendemain, on retrouve le corps du médecin légiste, puis quelques jours plus tard celui d'un fabricant de mannequins, tous deux tués de la même manière. Un seul lien entre eux : ils ont participé à un talk-show télévisé.

Nouveau venu dans les polars nordiques : Jan Costin Wagner est Allemand, mais vit en Finlande, ses histoires se déroulent donc dans ce froid pays du nord. Son flic, Kimmo Joentaa fait là sa seconde enquête, la première, Le silence, est paraît-il en cours d'adaptation cinématographique.

J-C Wagner reprend ce qui fait le succès des polars froids : les paysages de neige, la lenteur, les moindres pistes suivies qu'elles donnent un résultat ou non. Un peu comme Wallander, Joentaa prend des bribes, des mots ou des attitudes des gens qu'il interroge et des gens qu'il côtoie. Des idées, des images naissent en lui, insaisissables, indicibles, mais palpables. Ensuite, l'intuition, l'écoute approfondie de ceux qui souffrent, tout cela lui permet de replacer toutes les pièces du puzzle, de faire de ces morceaux et de ses sensations une image nette des faits. Il procède donc plus par intuition, parfois en totale opposition à ce que voudraient ses chefs et collègues. " [...] c'est l'empathie du commissaire envers ceux que la perte d'un être cher a rendus inconsolables et qui vivent dans l'obsession de la mort qui va le mettre sur la voie. Rarement un roman policier aura montré un visage aussi humaniste et une si grande délicatesse de sentiments." (4ème de couverture)

Néanmoins, rien de bien nouveau : un flic solitaire, désabusé, qui pratique l'écoute et qui donne la direction de l'enquête. Mais bon, Joentaa n'est pas si solitaire que cela, puisque la jeune femme qui vient déclarer un viol est une personnalité compliquée, qui ne laisse pas insensible le flic, et vice (sans jeu de mots) versa.

Pour qui n'aime pas les polars de Mankell ou Indridason, passez votre chemin, vous n'aimerez pas non plus Wagner !  

Pour qui aime ce genre de littérature, il ne sera pas déçu : la Finlande n'est pas moins un paysage saisissant que la Suède ou l'Islande, Joentaa est un flic attachant ; ses collègues mériteraient de prendre un peu d'ampleur, mais ça viendra peut-être. J'attends la suite !

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Bashung l'Imprudent

Publié le par Yv

Bashung l'Imprudent, Bruno Lesprit et Olivier Nuc, Ed. Don Quichotte, 2010

Les deux auteurs, tous deux journalistes retracent le parcours d'Alain Bashung, mort le 14 mars 2009. Ils parlent de ses disques, de ses débuts dans le métier, de son enfance, entre Boulogne Billancourt et l'Alsace. Comment d'un garçon, plutôt timide et effacé, Bashung a pu réussir à devenir une rock star qui a plongé dans tous les abus dès les débuts de son succès pourtant tardif et chèrement acquis, quasiment sans concession, pour finir en artiste unanimement considéré comme le dernier rockeur français et comme celui qui aura toujours cherché à se renouveler.

Avant de commencer cette biographie, gentiment envoyée par Gilles Paris, j'avais déjà lu celle de Marc Besse consacrée au même Bashung. Je n'apprends rien de bien nouveau, si ce n'est tout de même que les auteurs de ce livre ont le recul important et nécessaire pour ce genre de livre qui manquait un tantinet à Marc Besse. Ils ne sont pas dans une admiration sans borne et  n'hésitent donc pas à parler des côtés négatifs du personnage : sa manière de couper court certaines relations, même si elles ont été productives, ses débordement alcooliques, ...

Le livre est bâti comme une biographie autour des disques du chanteur : ses premiers 45 tours de chanteur yé-yé et puis, très vite ceux beaucoup plus rock'n'roll. La carrière de Bashung peine à décoller et après quelques succès critiques, personne en France ne le connait réellement. Il faut attendre Gaby oh ! Gaby en 1980 pour que tout le monde entende parler de lui. Ce titre d'ailleurs sauvera sa carrière qui aurait pu s'arrêter là sans ce succès. Bis repetita quelques années plus tard avec Vertige de l'amour. Enfin, le véritable Bashung se dessinera avec l'album Novice (1989), mais surtout avec Osez Joséphine (1991). Suivront l'excellent Chatterton, le non moins superbe Fantaisie militaire, puis, L'Imprudence, plus noir, plus dur et le plus consensuel Bleu pétrole.

Le livre est un peu difficile à suivre, beaucoup d'allers/retours entre les époques, j'aurais aimé plus de linéarité. Le propos est parfois confus, mais ce n'est pas un roman et on trouve toujours des anecdotes ou des histoires autour de la fabrication des disques qui plaisent.

Et puis, comme moi, les deux auteurs ont comme albums préférés dans la discographie d'Alain Bashung Fantaisie militaire et L'imprudence, auquel personnellement je rajouterai Chatterton, donc on se retrouve forcément.

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Je m'en vais

Publié le par Yv

Je m'en vais, Jean Echenoz, Editions de Minuit, 1999

Ferrer est galeriste à Paris. Lorsqu'on fait sa connaissance, au début du livre, il dit à Suzanne, sa femme : "Je m'en vais, je te quitte. Je te laisse tout mais je pars." (p.7) On le retrouve ensuite dans sa galerie qui ne marche pas fort, passant de conquête féminine en conquête féminine. Un jour, Delahaye, un homme qui travaille avec lui, l'informe que des objets de grande valeur, rarissimes sont quelque part enfouis dans les glaces du grand nord. Ferrer décide de partir les chercher.

Lorsque j'ai dit cela, on pense que c'est un roman à suspense alors que non. C'est l'histoire d'un homme qui essaie de sortir de l'impasse, qui tente de sauver sa galerie, qui en même temps cherche sans arrêt des femmes dont il ne peut se passer. Pas une grande histoire d'aventures, ni un polar, mais les aventures d'un homme lambda. Ce qui compte, dans ce livre, qui, entre parenthèses, a reçu le Prix Goncourt 1999, c'est le style, l'écriture de Jean Echenoz. Il nous trimballe du début à la fin, il nous impose force détails n'ayant aucune importance pour le déroulement de l'histoire, tous aussi inutiles qu'indispensables pour la qualité et le ton du livre. Par exemple, lorsque Ferrer fait une attaque cardiaque, les pompiers sont appelés :" Les pompiers sont des beaux jeunes hommes calmes, rassurants et musclés, ils sont équipés de tenues bleu marine, d'accessoires en cuir et de mousquetons à leur ceinture. C'est en douceur qu'ils installèrent Ferrer sur une civière, c'est avec précision que la civière s'introduisit dans leur camion." (p.161/162) Le texte est constellé de ces détails qui lui donnent un côté détaché et ironique.

Le livre est écrit à la troisième personne du singulier, Ferrer étant le personnage principal. Parfois, on voit le monde selon Ferrer, mais l'auteur utilise aussi beaucoup le "on", qui s'il déstabilise un peu au départ augmente encore ce que j'appelais plus haut le détachement et l'ironie : on ne sait jamais vraiment si Jean Echenoz a de la sympathie voire de l'empathie pour Ferrer ou s'il se moque de lui. Pour ma part, la moquerie me semble plus présente, c'est du moins de cette manière que j'ai lu ce roman.

Parfois aussi, Jean Echenoz nous prend à témoin, nous lecteurs, par exemple, lorsqu'une jeune femme rejoint Ferrer dans des toilettes "et se mit à vouloir le griffer et le mordre puis, abandonnant toute retenue, le dégrafer tout en s'agenouillant en vue de va savoir quoi, ne fais pas l'innocent, tu sais parfaitement quoi." (p.239) Tellement d'autres écrivains auraient sauté le pas, si je puis m'exprimer ainsi, pour balancer une vulgarité ou pour décrire l'acte, car ça peut faire vendre.

Vous l'aurez compris, j'ai passé un très bon moment avec Ferrer et Jean Echenoz pour ce roman Prix Goncourt 1999 ; Jean Echenoz que j'ai découvert avec Ravel, livre dans lequel il raconte les derniers moments du compositeur,  et dont je compte bien continuer de découvrir l'oeuvre.

 

dialogues croisés

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TAG 15

Publié le par Yv

Tagué par Lystig, je me dois de vous livrer quinze noms d'écrivains :

A tout Seigneur, tout Honneur :

Victor Hugo : pour l'ensemble de son oeuvre

Puis, en vrac sans classement particulier :

Boris Vian : lectures adolescentes et jeune adulte

Pierre Desproges : mon remède anti-morosité

Henning Mankell : Je prends tout Wallander et presque tous les romans sans lui.

Voltaire : ça, c'est pour la frime ! Non, j'aime bien ses contes philosophiques

Eric Pessan : une vraie plume avec de vrais thèmes

Raymond Queneau : le plaisir des mots

Annie Ernaux : l'écriture brute

Andrée Chédid : la poésie

Luis Sepulveda : les belles histoires

Edgar Allan Poe : le mystère

Eric Orsenna : un raconteur d'histoires avec du style

Julien Gracq : une révélation tardive, mais réelle. Une claque styllistique.

Louis-Ferdinand Céline : dans un genre différent une vraie claque styllistique aussi

Ali Bécheur : pareil que pour les précédents, dans un autre genre

En voilà quinze, mais j'aurais pu en mettre tellement d'autres...

Qui veut prend ce Tag !

 

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Celles qui attendent

Publié le par Yv

Celles qui attendent, Fatou Diome, Flammarion, 2010

Niodior, île du Sénégal, Arame, Bougna, Coumba et Daba sont celles qui attendent. Elles attendent leurs fils ou leurs maris partis chercher fortune et réussite en Europe. Lamine et Issa, les deux hommes laissent donc dans leur île et dans la pauvreté leurs mères et épouses se débrouiller avec le quotidien pendant qu'ils tentent de s'arranger avec les désillusions de l'immigration : la recherche d'un travail, de papiers, "la peur au ventre devant les flics de Sarkoland, sommés de tenir les infâmes chiffres du ministère Briceric Nettoyeurs." (p.316) Pendant ce temps, les femmes triment et espèrent en la revenue des leurs qui leur apporteront l'aisance financière et l'amour qui leur manque tant.

Jusqu'à ce livre, je n'avais pas lu Fatou Diome et la première chose qui me frappe c'est la qualité de l'écriture. Non pas que je doutais de ses capacités, puisque je ne la connaissais que de nom, mais souvent, les livres dont on parle beaucoup sont des livres un peu faciles. Et là, point du tout. Fatou Diome aligne les mots très élégamment -vocabulaire recherché mais pas pédant- et les très jolies phrases naissent pour le plus grand plaisir du lecteur.

Le récit est dense, les personnages formidablement décrits. Les femmes sont courageuses, travailleuses, souvent co-épouses et doivent donc cohabiter avec les autres épouses et les nombreuses progénitures de leurs maris, qui eux, après une vie de travail se coulent une paisible retraite. "Chacune était la sentinelle vouée et dévouée à la sauvegarde des siens, le pilier qui tenait la demeure sur les galeries creusées par l'absence. Outre leur rôle d'épouse et de mère, elles devaient souvent combler les défaillances du père de famille, remplacer le fils prodigue et incarner toute l'espérance des leurs." (p.11)

Les garçons partis tentés l'aventure européenne sont bien mal lotis eux-aussi. "Tiraillé entre deux rives, le destin de l'immigré l'inscrit toujours dans un double désir : ceux qu'il a laissés souhaitent le revoir ; ceux qu'il rencontre tentent de le garder." (p.238) Ils se doivent de revenir en ayant réussi et ne peuvent donc rentrer chez eux sans argent, mais la vie sans papiers en Europe est plus dure en réalité que dans les rêves des jeunes Africains.

Le roman de Fatou Diome raconte donc la vie de ces gens sur les îles sénégalaises et leurs espoirs en une vie un peu meilleure et moins difficile. Mais en plus, l'auteure glisse nombre de réflexions personnelles sur la polygamie, l'économie de la pêche ruinée pour nourrir les pays occidentaux, les fantasmes de l'immigration, la non scolarisation des filles qui entraîne le rôle soumis et dévoué des femmes, le comportement des immigrés ayant réussi lorsqu'ils reviennent dans leur village, ... Toujours bien vues, elles n'empèsent pas le roman proprement dit. Au contraire elles l'éclairent de la vision d'une femme, Fatou Diome, très légitime pour les formuler puisque née dans cette île de Niodior et élevée dans la tradition qu'elle décrit. Ces ajouts ne sont pas péremptoires, catégoriques : ils nous permettent à nous Européens de mieux comprendre le raisonnement des Africains, leur manière de nous voir et d'espérer en l'Europe.

J'aurais pu, tellement l'écriture est belle et les propos sensés allonger mon billet de nombreuses citations ; j'ai préféré n'en faire que quelques unes, vous laissant le soin et la joie de découvrir par vous-même ce très bon roman.

Merci à Gilles Paris. D'autres avis : Catherine, Stephie, Clara, ...  

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Centaure

Publié le par Yv

Centaure, Valéry Meynadier, Ed. Chèvre-feuille étoilée, 2010

Anne-Marie est victime d'un viol. Mathieu, son frère, son seul soutien, préfère qu'elle oublie et qu'elle vive avec cela enfoui en elle. Il minimise l'acte invoquant le nombre important des femmes violées : révéler le crime, pour lui, ne résoudrait rien. C'est alors que dans la personnalité d'Anne-Marie naît Centaure, la part d'elle qui n'admet pas, qui la pousse toujours plus loin, jusqu'à aller se prostituer à Cologne, en Allemagne.

Soyons franc, je n'ai pas acroché : je me suis perdu entre les multiples personnalités et la schizophrénie d'Anne-Marie, et n'ai pas été sensible à la manière de présenter les choses de la part de Valéry Meynadier. J'ai donc proposé à Madame Yv de lire ce livre et de me donner ses impressions que je vous livre ci-après :

C'est un livre très dur, qui parle d'un crime qui détruit la narratrice. Centaure grignote petit à petit Anne-Marie, qui se laisse mener jusque dans les bas-fonds de cette ville allemande. L'auteure a des propos très difficiles à lire et à supporter ; trop crus pour moi lorsque Centaure parle de ses expériences de prostituée, ils me mettent mal à l'aise. Par contre, lorsqu'Anne-Marie tente de se confier au psychiatre, les mots sont beaux, moins crus même s'ils expriment la même douleur :

"- J'ai la mémoire blanche, docteur Retbel. je ne veux pas me souvenir. J'ai eu la force de subir. Je n'aurai pas la force de me souvenir. Vous me condamnez si je rencontre le souvenir de cette souffrance.

C'est le prix de ta guérison Anne-Marie.

Alors, on ne veut pas guérir." (p.104)

En résumé, le livre balance entre la violence et la vulgarité de certains passages et la beauté d'autres phrases qui permet de reprendre son souffle. Livre pas facile d'accès mais qui délivre un vrai message et qui fait réfléchir sur la situation des femmes face à la violence des hommes.

Partenariat B.O.B/éditeur 

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Demain j'aurai vingt ans

Publié le par Yv

Demain j'aurai vingt ans, Alain Mabanckou, Gallimard, 2010

Michel, un jeune garçon d'une dizaine d'années vit à Pointe-Noire, capitale économique du Congo dans les années 70. Il habite avec sa maman, "maman Pauline", et "papa Roger", il est amoureux de Caroline et son plus grand ami est le frère de celle-ci, Lounès. Papa Roger est le père adoptif de Michel ; il a aussi une autre femme, "maman Martine" et d'autres enfants. Michel grandit au milieu de cette grande famille et de cette ville foisonnante.

Michel est le narrateur et Alain Mabanckou adopte un style littéraire collant à un enfant de dix ans. Bel avantage pour ce qui concerne la naïveté de la compréhension du monde : les moyens de diffusion de l'époque en Afrique sont limités : papa Roger est quasiment le seul du quartier à posséder une radio. Je n'ai pas grandi au Congo, mais j'imagine assez bien que la découverte du monde se faisait par ces seuls moyens parcimonieux et que l'imaginaire des enfants s'est forgé à cette lumière. Aujourd'hui, une nouvelle est sur le Net en un temps record, l'imaginaire des enfants en pâtit-il ?

Le parti pris narratif apporte aussi une fraîcheur au récit, l'étonnement de Michel envers le comportement des adultes, ses défis et ses espoirs, son idylle avec Caroline, son amitié avec Lounès, ...

Mon bémol, parce que, bien sûr, j'en ai un vient du fait que je ne suis pas très fan des enfants-narrateurs. Souvent utilisés pour infantiliser ou pour faciliter le discours ce n'est pas toujours une réussite. Là, j'ai hésité entre amusement, frustration et agacement : le style oral de Michel, sur la durée me fatigue un peu. J'avoue avoir passé vite certains chapitres, pour accélérer ma lecture.

Ceci étant dit et malgré mes réserves, j'ai bien aimé l'ambiance, le contexte congolais et communiste dans lequel il ne faisait pas bon être traité d'impérialiste. Alain Mabanckou oublie un peu sa truculence des précédents romans -c'est d'ailleurs un peu dommage !- pour un peu plus d'émotions et de beaux personnages, des femmes notamment : maman Pauline et maman Martine, mais aussi Geneviève, une des petites amies du grand frère de Michel.

Pour finir je ne résiste pas au plaisir de citer l'auteur : "... notre président de la République [...] est à la fois président, Premier ministre, ministre de la Défense et président du Parti congolais du travail, le PCT. C'est vrai qu'on peut vite croire qu'il est trop gourmand puisqu'il occupe ces postes lui-même. Les gens racontent d'ailleurs que lorsqu'il y a une réunion du président de la République, du Premier ministre, du ministre de la défense et du président du PCT, notre président reste tout seul dans la salle pour discuter avec lui-même et il parle d'abord en tant que président de la République, puis en tant que Premier ministre, puis en tant que ministre de la défense, et enfin en tant que président du PCT. Voilà pourquoi cette réunion dure plus longtemps que lorsqu'il est avec ses ministres." (p.69). Toute ressemblance avec des personnages existant en France est sûrement fortuite.

Livre lu grâce à la librairie Dialogues. Stéphie a à peu près le même avis.

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La veuve du Christ

Publié le par Yv

La veuve du Christ, Anne-Sylvie Sprenger, Fayard, 2010

Lena Rochat se fait enlever lorsqu'elle a environ 10 ans, elle est ensuite séquestrée pendant une dizaine d'années par son ravisseur, pharmacien dans un village, Victor Julius Lehman de Calberère. "Ensemble, le soir, ils entonnent cantiques et louanges. Mais pour qui Lena chante-t-elle vraiment ? Pour Dieu, ou pour Victor ? Car Victor est son Dieu. Et d'un rapt, elle vit un ravissement..." (4ème de couverture)

Tout petit roman dérangeant, par le thème abordé bien sûr, mais surtout par le parti pris de la romancière de faire de ce rapt une histoire d'amour. Elle pousse à fond le fameux "syndrome de Stockholm" rendant Lena amoureuse et vraiment dépendante de son ravisseur. Qui au final, pendant ces dix années a profité de l'autre ?

Certes, Victor en se rendant coupable d'un enlèvement et de l'enfermement d'une fillette devenue femme a débuté les hostilités. En l'empêchant de sortir, il en a fait "sa chose" qui, au lieu de lui en vouloir, l'adule. Mais Lena contraint Victor à une histoire d'amour physique, lui qui recherche la pureté des corps et donc l'absence de relation charnelle.

Librement inspiré de la célèbre histoire de Natascha Kampusch, le roman de Anne-Sylvie Sprenger explore les troubles de l'attachement et notre fascination pour les faits divers.

Néanmoins, après ces critiques positives, je dois dire que je crois être passé un peu au travers de cette histoire. Pas vraiment passionné par ces personnages, comme je ne l'avais d'ailleurs pas été pour Natascha Kampusch et son ravisseur. Peut-être mon indifférence au fait divers dirige-t-elle mon manque d'attrait pour ce livre ? J'aurais préféré que l'auteure noircisse un peu plus des nombreuses pages blanches présentes dans son roman, pour épaissir encore ses personnages.

Et puis, je finis par croire que je suis allergique aux fins de livres ou de films : Anne-Sylvie Sprenger finit par une espèce de pirouette inattendue, mais pas totalement imprévisible tout autant inutile à mon sens que caricaturale.

Un autre livre reçu avec l'amabilité de la librairie Dialogues.

 

dialogues croisés

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