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Paris mutuels

Publié le par Yv

Paris mutuels, Jean-Marie Laclavetine, Ed. La Branche, 2012

Vincent est flambeur. Il tient un club de boxe qui sert également de tripot clandestin. Il joue aux courses. Un jour à l'hippodrome, à l'arrivée d'une course qui l'a rendu encore un peu plus chanceux, il rencontre Léa. La suite, il la raconte. Totalement aveuglé par l'amour qu'il porte à cette femme, il tombera de très haut, fera même de la prison par amour ou par lâcheté. Pourra-t-il tomber encore plus bas ? Eh bien, oui !

Nouveau numéro de l'excellente collection Vendredi 13. Il trouve naturellement sa place parmi les autres très bons titres. Vincent raconte ses malheurs, mais c'est tellement gros, impensable que c'en est drôle. JM Laclavetine se moque gentiment de son héros, le faisant passer pour un gentil, un peu naïf qui gobe tout, même le plus incroyable, par amour et pour les quelques et de plus en plus rares moments d'intimité avec Léa. Léa dont il est totalement sous la coupe. Léa qui fait ce qu'elle veut de cet homme qui se laisse facilement mener, par fainéantise ou par confort. Léa qui le ruine. Léa qui vit lorsque lui ne fait que l'attendre. (Z'avez vu ? J'use de l'anaphore, genre très couru depuis le débat d'entre les deux tours de la présidentielle, et qui a priori fonctionne bien ; je tente, on ne sait jamais, ça peut me rapporter des voix à moi aussi)

La première partie du livre est drôle, j'avoue avoir beaucoup souri aux mésaventures de Vincent. En même temps, je me disais que c'était un peu de sa faute s'il se faisait avoir comme cela malgré les conseils de son ami Angelo. Jusqu'au mariage, journée très particulière comme il se doit : "La cérémonie à la mairie fut expédiée sans tralala, suivie d'une verre au café de l'Europe et d'une promenade dans le square Marcel-Pagnol jonché de crottes de chiens, on a déjà fait plus romantique. La mariée était pressée, et nos deux témoins, Fred et Angelo, n'avaient pas grand-chose à se dire. Le temps de signer le registre sous l’œil du greffier, de boire un coup, et nous nous sommes retrouvés seuls. [...] Mon épouse m'accordé une fantaisie : faire un détour par les rues de Vienne et de Madrid pour contempler d'en haut les voies ferrées avant de rentrer à la maison : ce fut notre voyage de noces." (p.46/47) 

Malgré cette superbe journée, inoubliable, comme il se doit pour un mariage, Vincent ne voit rien, et continue de ne vivre que pour Léa. Mais il n'a pas encore atteint "son" pire : le moment culminant de cette idylle particulièrement romantique, la naissance de Violette, qui ressemble étrangement à Fred, le frère de Léa. Car Vincent n'aime pas les enfants, ce qui nous vaut une tirade de l'auteur particulièrement vacharde :

"On devrait naître à dix-huit ans. Treize quatorze, à la rigueur. Tout ce qui se passe avant est nul et non-avenu, stupide, superficiel, inintéressant. [...] On fait semblant de trouver merveilleuse cette époque où l'on ne savait parler que par borborygmes et où l'on ne maîtrisait pas ses sphincters, où l'on se cassait la figure toutes les cinq minutes faute de savoir poser un pied devant l'autre et où l'on se fourrait la cuiller de purée dans le nez. [...] Période qui se prolonge avec l'adolescence, où l'on commence à s'intéresser à l'autre sexe et où tout se termine dans des foirades poisseuses et grotesques, des chocs d'appareils dentaires et des rougeurs de peaux acnéiques. Franchement. Ne me dites pas que vous avez vraiment aimé ça." (p.69)

La seconde partie est moins humoristique, Vincent survit plus qu'il ne vit sans Léa, abruti par un travail original qu'il ne fait pas avec plaisir. L'heure est grave, et l'auteur fait une pause dramatique, noire dans son roman. Puis, la fin redevient plus enlevée, plus joyeuse et JM Laclavetine conclut son livre dans une belle pirouette réjouissante à souhait. 

Belle écriture de JM Laclavetine, qui met ce bouquin pour moi au niveau de celui de Michel Quint que j'avais adoré surtout pour ses qualités littéraires. Beaucoup d'humour, d'ironie, d'auto-dérision, de situations "abracadabrantesques". Vincent est "un cave" comme on disait dans les films noirs des années 50/60. A propos de cinéma, il serait très bien ce livre, adapté à ce format.

Merci Pauline, de chez Gilles Paris

Même plaisir que chez moi, chez Action-Suspense.

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Mon père, c'était toi ?

Publié le par Yv

Mon père, c'était toi ?, Vincent Pichon-Varin, Le Cherche midi, 2012

Gilles, vendeur de chaussures le jour et transformiste dans un cabaret de Montmartre le soir reçoit un jour une lettre d'un notaire normand assez mystérieuse. En fait, Gilles hérite d'une propriété en Normandie, somptueuse maison avec terres, de son père jusqu'ici inconnu de lui. Il est né d'une brève liaison entre sa mère et son complice d'alors au cabaret (et oui, le cabaret est dans leurs gènes), Fred Ginger. Accompagné de son épouse, des colocataires de sa mère, tous les six entre 65 et 89 ans, il décide d'aller voir cette maison et d'en apprendre plus sur son père.

Un livre-comédie dans l'air du temps : les personnages secondaires mais très fortement présents sont une bande de personnes âgées, toutes colocataires à Paris, dotées d'une énergie et d'une volonté de bouger et faire bouger les autres assez peu communes. Ils dynamisent le récit nettement. C'est un livre léger, amusant, souriant, primesautier. La première partie est vraiment agréable et très légère, puis l'histoire se tend un peu -juste un peu, le sourire et la sensation de bien-être perdurent- lorsque Gilles émet des doutes quant à la paternité de l'homme dont il hérite. Un petit suspense se fait alors jour, qui aura son explication en toutes dernières pages.

On est dans une période idyllique, "tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil" (Jean Yanne) : Paris est un rêve, la campagne un havre de bonheur, un rien kitsch, "comme au bon vieux temps". C'est coquet, joyeux, désuet. Vincent Pichon-Varin plonge la tête la première dans tous les clichés sur les Provinciaux (il met un accent au paysan normand "à y accrocher son pardessus" comme disait Coluche)

"- Vous allez me goûter çô, il faut goûter, c'est moi qui l'ai fait et ce pommeau il est impeccab'. Un an de fût de chêne, c'est pô pour de rien, c'est sûr çô y fait au goût. Allez, à la bonne vot' et bienvenue dans not' campagne. Elle est-y pas belle not' verdure . Gadez-moi çô ! Jolie, hein ?" (p.145)

Le cafetier n'est pas mal non plus dans son genre qui s'exprime à la troisième personne "Qu'est-ce qu'il boit ?" (p.33) (ce que personnellement, je jugeais être l'apanage des garçons de cafés parisiens, comme quoi, chacun ses stéréotypes). La confrontation entre les Parisiens, artistes et les habitants du petit village donne lieu à des quiproquos, des blagues un peu éculées, au mieux prévisibles, mais qui étonnamment passent plutôt bien.

L'auteur est parfois dans la caricature, comme ce portrait d'un journaliste local :

"Le rédacteur en chef de L'Eveil est un vrai Normand, jovial et bon vivant. Ses grosses moustaches en bataille peinent à masquer de bonnes joues rougeaudes, gonflées aux escalopes à la crème, au cidre et au camembert au lait cru. Il promène sur sa silhouette épaisse toute la définition du mot "bonhomie"." (p.211)

Si l'histoire s'était déroulée en Corse, il eut été "élevé au fromage de chèvre et à la cochonnaille, un visage en lame de couteau, dur avec des yeux qui, néanmoins inspirent la confiance et l'honnêteté", et en Bretagne : "Un vrai Breton, le teint rougeaud par l'abondance de sa consommation de cidre et en même temps buriné par les embruns, comme si les galettes de blé noir ingurgitées en nombre se reflétaient sur son visage à la fois expressif et fermé". Je vous passe le Berrichon, le Vendéen et le Ch'ti !

Voilà donc pour ce livre qui regorge de clichés, d'évidences et de facilités, mais qui dans le même temps vous fait passer un moment de lecture agréable, sans aucune arrière pensée : un livre qui ne prend pas le chou (normal, il ne se passe pas en Auvergne !) L'auteur sait faire passer les faiblesses de son bouquin au second plan : on les oublie (ou on les range dans un coin) au profit de l'histoire, et de la joyeuse aventure.

C'est bon comme une journée ensoleillée à la campagne entre amis, un pique-nique légèrement arrosé d'un rosé frais, une nappe à carreaux, des gens beaux qui jouent et rient et ne se prennent pas au sérieux. Bon comme un pub pour un fromage ou tout autre produit qui veut vanter ses mérites paysans, "de terroir".

Lu -et finalement approuvé- un après-midi d'un temps on ne peut plus pourri  : idéal pour rester quand même de bonne humeur !

Merci Pauline de chez Gilles Paris.

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Un ange meilleur

Publié le par Yv

Un ange meilleur, Chris Adrian, Albin Michel, 2012

Recueil de nouvelles qui ont toutes en commun de traiter de sujets difficiles comme la mort, la maladie, le 11 septembre ou la folie. Toutes ont également la particularité de mettre principalement en scène des enfants et d'ajouter une dose de surnaturel.

J'ai été cueilli à froid dès la première nouvelle, L'arme blanche dans laquelle une petite fille s'amuse, les nuits, à tuer avec une dague de petits animaux (écureuils, chats,...) et à les laisser bien en évidence pour créer un climat de tension dans sa petite ville. Elle entraîne avec elle un jeune garçon, le narrateur.

Bon, je me dis que cette nouvelle ouvrant l'ouvrage se doit d'être marquante et que l'auteur nous emmène vers des histoires plus douces, plus calmes. Que nenni ! Si la suivante La somme de nos parties, est plus médicale, on pourrait presque se croire dans un épisode d'Urgences (enfin, je dis ça, mais je n'ai jamais vu d'épisode de cette série, ni d'une autre se passant dans l'univers médical : Madame Yv travaillant dans le milieu, elle ne veut pas "rapporter du travail à la maison" ; de même pour moi avec Famille d'accueil : on est synchro, c'est pas mal après quelques années de mariage, n'est-il pas ?), la troisième nouvelle, Excès de vitesse repart sur les chapeaux de roues avec un gamin bizarre et son institutrice qui ne va pas vraiment mieux que lui.  Là, c'est lui qui parle : "A la récréation, je grimpe au sommet d'une cage à écureuil que tout le monde évite quand je m'y trouve. Je regarde en bas les enfants qui jouent et je me dis Toi ! Maria Josiah ! Mort à toi ! Un coup de rasoir dans ton oeil, Maria ! Buddy Washington, un grand coup de pelle dans ta gueule, si fort que tu pisseras de la gelée de framboise par le nez !

Et Molly LaRouche, ta tête dans un étau ! Sammy Fie, tartiné de miel et en pâture aux abeilles ! Rosetta Pablo, en charpie sous les crocs d'un chien ! Je passe toute la classe en revue. Ma manière à moi d'occuper ma récréation." (p.78/79)

J'ai moins goûté aux deux suivantes (La vision de Peter Damien et Un ange meilleur), en fait je suis passé à côté et n'y ai rien compris. Puis, un lot de trois nouvelles intéressantes, moins marquantes que les trois premières (Le changelin, Le héros de Chickamauga et La maladie et la mort expliquées aux enfants).

Et cerise sur le gâteau, un final en apothéose avec Antéchrist, pourquoi ? : deux adolescents, un garçon et une fille se rapprochent notamment parce qu'ils sont orphelins de pères. Une touche d'ésotérisme, une folie totale.

Chris Adrian aborde frontalement des thèmes plombants, lourds. Ses histoires ne sont pas drôles ou légères et ses personnages sont ou totalement barrés, fous ou en passe de le devenir. Dans ses récits, les Etats-Unis font face à ce qu'ils ont engendré : violence (voire violence extrême), haine, peur des autres mais aussi à ce qui est inévitable : maladie, mort (et particulièrement celles des enfants), folie, l'auteur y ajoutant une dose loin d'être homéopathique de surnaturel, d'irrationnel, de religieux (il y est beaucoup question d'Enfer, de Diable) : des thèmes finalement assez classiques mais traités d'une manière originale. Ce sont des textes forts, qui ne laissent pas insensibles. Clara dit qu'elle est "sortie sonnée" de cette lecture et comme je la comprends ! J'avoue -bien que je sois un grand garçon, viril, musclé, costaud, et tout et tout (comment ça j'en rajoute ?)- que parfois la lecture est difficile parce qu'elle nous met face à des réalités qu'on préfère occulter autant qu'il nous est possible.

Pour résumer : une lecture pas facile (mais on n'est pas là que pour rigoler, non ?) mais salutaire et très originale, qui peut heurter mais qui fait forcément réagir. Allez-y, c'est du bon !

D'autres billets : Jérome, Babelio.

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Eros (4 histoires brèves et intenses)

Publié le par Yv

Éros (4 histoires brèves et intenses), Collectif, Ed. de l'Atelier in8, 2012

"Vous qui pensiez avoir tout lu, tout vécu... Effeuillez donc habilement cette beauté, écartez voiles et couvertures, et parcourez le grain velouté de ce papier qui vous embarque dans quatre histoires audacieuses et surprenantes. Vous goûterez une littérature libertine et racée, suivrez de fougueux personnages, succomberez aux ensorcellements de la langue et à l'attrait puissant de désirs profondément enfouis... Des enchantements au parfum de soufre, de poudre, de gouffres. Plongez !" (4ème de couverture)

Comme le titre de cet ouvrage collectif et le descriptif ci-dessus le suggèrent, il s'agit d'un coffret de quatre nouvelles érotiques. Procédons par ordre :

- Le comparse, de Jacques Abeille : ou comment la création littéraire est directement liée au sexe, et plus particulièrement ici à des "jeux sexuels débridés". Très belle nouvelle, sans doute la plus osée (ou directe) des quatre. Écrite dans un langage châtié, très recherché parfois : j'aime bien le contraste entre ce langage un rien aristocratique qui donne une certaine distance vis-à-vis des choses basiques de la vie et celui plus direct et cru des échanges sexuels des trois partenaires. Lorsque J. Abeille parle de "dard", je fais mon miel (désolé, je n'ai pas pu m'empêcher). Ainsi commence cette histoire : "L’œil d'un vert marin éteint, le visage chevalin encadré de mèches pâles qui déjà se givraient, une longue silhouette oscillante, Henri de Hère deux fois la semaine traversait avec une mélancolie hautaine la salle de rédaction pour déposer dans la corbeille de notre chef sa chronique culturelle." (p.7)

- La féticheuse, d'Emmanuel Pierrat : un collectionneur d'art africain, avocat d'affaires, tombe sous le charme, la coupe et la croupe d'une superbe vendeuse d'objets vaudou. "Victor avait quitté l'Afrique trop jeune pour s'y attacher. Son ingénieur de père avait travaillé à l'aménagement du port de Lomé à la fin des années 60." (p.7) Un texte qui parle beaucoup plus du désir que de l'acte lui-même. Il monte, il monte jusqu'à l'apothéose. Envoûtante, sensuelle, directe et terriblement bandante, si je puis m'exprimer ainsi, pour une fois, la femme domine. 

- Monde profond, de Eric Pessan : un jeune garçon connait son premier orgasme à neuf ans, "engoncé dans un tuyau étroit, à près de vingt-cinq mètres sous terre" (p.7), dans une grotte. Il n'aura de cesse de retrouver cette sensation de plénitude en entrant dans d'autres grottes mais ne le retrouvera pas. Mais lorsque 30 ans plus tard, avec son épouse, il visite une grotte dans les Pyrénées, il sent qu'il va se passer quelque chose, dès l'entrée. La nouvelle la plus étonnante, la plus symbolique, la plus irrationnelle, comment dire, la moins "quotidienne" même si sans doute aucun de ces termes n'est vraiment adéquat, dans laquelle tous les mots sont choisis, pesés, peuvent être pris pour leurs sens multiples. Sensuelle, moite, humide, elle débute comme cela : "Le plus bouleversant, c'est l'odeur : ce mélange de glèbe et d'humidité, une odeur profonde et ancienne. Géologique. L'odeur brune et intime de la terre, une odeur d'entrailles froides qui saute au visage, se dépose en sédiments lourds dans les narines, sur la langue, saisit le corps entier." (p.7)

- Les filles d'Eve, de Frédérique Martin : dans un futur qui paraît proche, les femmes, espèce en voie de disparition, sont vendues comme des animaux lors d'un salon. Mais la révolte gronde, filmée par un cameraman loin d'être insensible aux charmes de l'une d'entre elles. ""Parfaite." Claque et mot sont assénés en même temps. Satisfait, l'homme laisse sa paume sur la croupe blanche. Caméra sur l'épaule, le reporter zoome sur les doigts, avant de remonter le long du bras jusqu'au visage glabre en plan serré." (p.9) Une histoire de révolte des femmes qui veulent prendre le pouvoir sexuel, entre autres, mais qui veulent surtout échapper au pouvoir masculin. Revendicatrice, la seule nouvelle des quatre écrite par une femme.

Loin de la pornographie, nous voici donc dans des textes érotiques, qui s'ils n'évitent pas les scènes osées, chaudes (et tant mieux, y'a pas de mal à se faire du bien, et puis, je suis venu pour ça, non ?) inspectent plutôt la montée du désir, de la puissance, du pouvoir de l'un(e) sur l'autre (et vice-versa). Très bien écrits, dans des styles différents pour les quatre, mais toujours opposant un vrai style littéraire digne des meilleurs romans classiques à des passages crus et directs. Autant j'avais été déçu par "le nouveau roman pornographique" autant là, je suis encore sous le coup de l'émotion d'avoir lu toutes ces histoires émoustillantes et sous celui de la (relative) déception d'avoir déjà fini le coffret. Si ma délicatesse naturelle et mon éducation ne me retenaient pas, je dirais bien : "tiens je remettrais bien le couvert !"

Mesdames, qui passez par ici de temps en temps et qui certains mardis osez lire des livres érotiques dans une rubrique que je suis régulièrement ("Le premier mardi, c'est permis"), et pour tou(te)s les autres aussi, bien entendu, voilà donc pour vous un coffret qui saura allier le plaisir d'une lecture osée et celui de la Littérature ! 

PS : chaque nouvelle est indépendante, éditée dans un petit livre, ce qui en fait donc quatre dans ce coffret très bien présenté. Vous pouvez donc acheter soit l'une ou l'autre nouvelle, ou deux, ou trois, ou alors le coffret avec les quatre ; un bel objet à lire ou à offrir. Sur le site de l'éditeur, vous pouvez tout savoir : atelier in8.

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C'est beau une ville la nuit (blues)

Publié le par Yv

C'est beau une ville la nuit, Richard Bohringer, Ed. Flammarion, 2012 (Ed. Denoël, 1988)

"C'est beau une ville la nuit n'est pas à proprement parler un roman autobiographique, mais bien plutôt l'écriture d'une errance et d'une quête. [...] Ce livre est un fragment d'itinéraire de l'homme Bohringer avant même que les écrans renvoient cette image d'une "gueule" de cinéma et que celle-ci s'impose par la forte présence d'un comédien dont les valeurs personnelles ne se réduisent pas à sa profession et au narcissisme qu'elle entretient." (note de l'éditeur)

Flammarion ré-édite ce premier livre de Richard Bohringer, et c'est donc une belle occasion pour moi de reprendre mon vieil exemplaire (de 1988) et de le relire. Un petit changement dans le titre, dans la version originale, le mot "Blues" était en sous-titre : il ne l'est plus. Autrement, rien ne change, mais qu'est-ce-que c'est bien de lire du Bohringer ! Certes, j'en ai relu depuis (d'ailleurs, je crois que j'ai lu quasiment tout de cet auteur). Je me souviens l'avoir découvert avec C'est beau une ville la nuit et avoir adoré ce bouquin, pour l'écriture, pour l'auteur qui se met à nu ne passant rien de ses faiblesses, pour tout en fait. Mais comme à l'époque, je n'avais pas de blog, et pour cause, Internet n'existait pas ("Je vous parle d'un temps que les moins de vingts ans ne peuvent pas connaître..." (C. Aznavour), ou du moins pas sous la forme actuelle, eh bien, j'en parle aujourd'hui !

A la relecture, presque 25 ans plus tard, j'adore aussi. D'ailleurs, je me souvenais encore des premières phrases, pas au mot près mais pas loin : "Je m'étais endormi. La cloche de cette putain d'église m'a réveillé. Les chiens dorment sur les fauteuils, la tête dans leurs couilles. Au chaud." (p.7) C'est tout cela que j'aime chez R. Bohringer : l'écriture est directe, sèche, poétique (bon là, d'accord, ce n'est pas le meilleur exemple de poésie), certains textes de chansons sont en fin de chapitres. L'auteur crie son désespoir, son malheur, la boisson, la drogue, mais avant cela, l'abandon des parents, le sentiment de ne jamais être vraiment à sa place, l'amour qu'il cherche, trouve parfois, laisse partir aussi et retrouve, l'amitié forte et deux personnes importantes de sa vie : sa grand-mère et sa fille. Tout cela dans un style cahoté, haché que le lecteur prend en pleine face. On peut détester et/ou ne rien comprendre, c'est tout à fait exact, mais quand on a accroché on reste jusqu'à la fin et on ne peut sortir de ce livre.

J'ai relu depuis d'autres livres de R. Bohringer, et chaque fois, il refait le même coup, et chaque fois, je me fais avoir de bonne grâce et avec un plaisir que je ne renie pas du tout, au contraire, je le revendique. L'auteur n'a pas changé, identique dans ses combats, dans ses colères, dans ses amitiés, dans ses valeurs, peut-être plus revendicatif maintenant qu'il y a 25 ans (lire Les nouveaux contes de la cité perdue).

Faites-vous ou refaites-vous un Bohringer, n'importe lequel, ils sont tous excellents. Une belle idée de ré-éditer C'est beau une ville la nuit, pour que certains p'tits jeunes, pas nés ou pas encore en âge de lire en 1988, ou d'autres qui auraient pu le rater  puissent entrer dans le monde de cet écrivain avec son premier livre.

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La Cordillère des Landes

Publié le par Yv

La Cordillère des Landes, François Graveline, Ed. Nicolas Chaudun, 2012

"Ce n'est pas le dénivelé qui fait la difficulté d'une ascension, mais la force et la contrariété des vents. Quand François Graveline décide de s'aventurer sur la Cordillère des Landes, au-delà des vagues de l'Atlantique, c'est à l'assaut de celles des souvenirs, des espoirs et des remords qu'il part. L'altitude s'y mesure en négatif. Il s'agirait plutôt d'une descente intérieure où la contrée à découvrir est soi-même." (4ème de couverture)

Troisième et dernier (provisoirement) titre de la collection Philéas Fogg des éditions Nicolas Chaudun. Contrairement aux deux autres livres, celui-ci est écrit récemment et son auteur n'est pas académicien. C'est un très beau texte dans lequel un homme entreprend un voyage qui lui rappelle son passé. On comprend assez vite que c'est une sorte de pèlerinage suite à la disparition d'un être cher. Disparition totale ou simple éloignement ? Le texte est plus précis en dernières pages. L'auteur avance à pas feutrés et masqués. On devine plus qu'on lit la réalité. Moi, qui suis très prosaïque, j'avoue avoir eu des moments de doute, d'absence, mais la qualité du texte est bien présente et empêche de sombrer (rapport aux épaves que le narrateur jeune et son "ami" visitent) . Par moments, j'ai pu me retrouver dans un livre de Charles Juliet, notamment par le tutoiement utilisé, par le style, phrases courtes, directes mais néanmoins empreintes de poésie.

La jeunesse du narrateur défile sous nos yeux, les rapports avec la personne manquante et ce qu'il est devenu, la manière dont il s'est construit dans le manque :

"Ceux que tu avais pris pour des hommes n'en étaient pas vraiment. Tu les as rejoints, tu leur as donné des gages de bonne conduite. Ils t'ont bardé de certitudes raisonnables, t'ont adoubé domestique. Ce que tu perdis au change : la folle vérité de l'existence. Tu n'étais pas devenu un homme, seulement un réducteur de rêves. L'âge d'homme, si l'on n'y introduit en contrebande la sauvagerie, l'immensité de l'adolescence, n'est qu'un âge sans importance." (p.46)

Un livre à la belle couverture, à la mise en page soignée et très agréable qui n'est pas exempt -pour moi- d'un petit ventre mou, mais qui a un final excellent, émouvant. Attention lectrices et lecteurs sensibles, vous pourriez bien voir ces dernières pages se mouiller de quelques larmes en provenance directe de vos yeux humides. Moi qui suis -sniff- un Homme, un vrai, un dur, j'ai bien sûr évité-sniff- l'écueil, mais de peu !

Encore une bonne pioche de cette collection qui mérite d'être découverte.

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So British !

Publié le par Yv

So British, Paul Morand, Ed. Nicolas Chaudun, 2012

Petit livre qui regroupe des textes de Paul Morand parlant de son plaisir d'aller en Angleterre, de son amour pour ce pays. C'est un recueil de 7 textes parus pour certains dans des revues, pour d'autres inédits, écrits entre 1935 et 1972.

J'ai en ma possession trois petits (par la taille) livres de la même collection (éditions Nicolas Chaudun, collection Philéas Fogg) qui méritent chacun un billet ; je me fends donc (avec un plaisir à peine dissimulé) d'un article pour chacun d'eux, mais comme ils risquent d'être courts (nonobstant mes digressions qui m'emmènent parfois sur des chemins que je ne maîtrise pas), et connaissant la soif pour mes critiques des quelques rares (mais forcément exceptionnels) lecteurs de ce blog , je m'en vais donc en faire un par jour. Comme je vous sais plus littéraires que matheux, je fais donc le calcul pour vous (que ne ferais-je pas pour vous fidéliser) : trois livres + un article par jour = trois articles à paraître successivement et rapidement.

Début avec ce livre de Paul Morand. Très bel ouvrage, autant par la couverture, par le soin apporté à la mise en pages que par le format poche (il tient réellement dans une poche !). J'avais déjà apprécié le travail des éditions NC avec l'excellent La folie Giovanna d'Elise Galpérine (sur lequel vous pouvez toujours vous jeter même si vous avez raté mon billet qui lui est consacré -même si ce n'est pas une preuve de fidélité, ça, n'est-il pas ?-, c'est un conseil d'ami, vous ne le regretterez pas !) ; je note donc avec grand plaisir qu'elles continuent dans le bel objet.

Dois-je l'avouer ici ? A ma grande honte, dans ma grande inculture et aussi loin que remontent mes souvenirs, je n'ai jamais lu Paul Morand. C'est désormais chose faite, et si je n'ai pas vraiment adhéré à tous les textes, je me dois de dire que l'écriture, classique est agréable et permet une lecture aisée, parfois drôle de ces textes consacrés à la chasse à courre anglaise, le yachting, la langue ou encore Oscar Wilde, entre autres. Trois d'entre eux ont particulièrement retenu mon attention :

- Fox-Hunting, qui ouvre le livre en parlant de la chasse à courre (ou plutôt chasse au renard) en Angleterre : décalé, un peu vieillot (old-school), mais charmant.

- Quand la France et l'Angleterre font leurs comptes : sur les interactions entre les deux pays, les deux cultures. Ou comment elles se sont mutuellement et consécutivement enrichies l'une et l'autre notamment grâce aux mots, dans un sens comme dans l'autre. "Les mots, c'est ce qui nous coûte le moins ; nous en avons à revendre. Mais les mots représentaient à cette époque [1066, l'invasion de l'Angleterre par Guillaume le Conquérant] de véritables cadeaux : les envahis n'utilisaient que des mots simples, concrets, les envahisseurs leur apportèrent tous ceux qui permettent d'avoir des idées et de les relier entre elles ; les mots nouveaux, c'étaient des outils pour dominer la matière, des instruments de connaissance, des clés à comprendre la vie : la chevalerie, le droit, le commerce, la guerre, l'histoire, les merveilles du monde, le cadastre, la loi écrite, le sens de l'universel et le goût des belles images pénétrèrent en Angleterre grâce aux mots des Normands." (p.64)

- Souvenirs d'Oscar Wilde, qui clôt l'ouvrage et qui raconte les relations difficiles de ce grand écrivain avec son pays d'origine et son attrait pour la France.

Conclusion : lisez ou relisez Paul Morand (1888-1976), oublié sans doute. Faites fi de ces accointances avec le régime de Vichy ; il a été réhabilité et élu à l'Académie Française en 1968. A demain.

Merci Agathe.

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On a retrouvé l'histoire de France

Publié le par Yv

On a retrouvé l'histoire de France, Jean-Paul Demoule, Robert Laffont, 2012

Jean-Paul Demoule, archéologue et professeur s'appuie sur les recherches et les fouilles les plus récentes pour revoir en profondeur certains pans entiers de notre histoire. L'Histoire telle qu'on nous l'a enseignée à l'école et telle qu'on continue à l'enseigner est pour lui à revisiter en grande partie. Il commence son livre par les hommes préhistoriques pas si sauvages que cela, nés en Afrique et qui ont ensuite émigré vers d'autres contrées : "Ces "premiers Français" sont des immigrants. Ils sont venus, en lentes étapes, d'Afrique ou leur espèce a émergé progressivement il y a environ un million et demi d'années, se différenciant des Homo habilis, les premiers à fabriquer des outils indiscutables." (p.22/23) Nous descendons donc tous d'une Africaine et d'un Africain émigrés. Nous sommes donc tous une seule et même espèce : "Aucun biologiste sérieux ne peut plus répartir l'espèce humaine en "races" homogènes" (p.36), nos différences physiques les plus immédiatement visibles viennent uniquement d'une adaptation de la peau pour se protéger de l'ensoleillement. Comme c'est bon de pouvoir le rappeler preuves à l'appui en ces jours où comme je le disais dans un billet précédent -au risque de paraître redondant voire lourd- certains prônent la haine et le mépris des différences, sous couvert de partis soit-disants démocratiques et républicains (à l'heure où j'écris ce billet, la course aux électeurs du parti arrivé troisième de l'élection est tout simplement écoeurante, je ne sais pas jusqu'où vont aller les deux finalistes et un en particulier qui surenchérit sans cesse sur ses propres paroles histoire de s'assurer quelques votes de plus. Lamentable et honteux !)

Je vous passe ensuite quelques pages pour sauter directement sur les Gaulois, qui sont une grande partie du livre. Alors, barbares nos ancêtres ? Pas si sûr et même pas du tout répond JP Demoule. Ils étaient plusieurs clans, pas un vrai peuple uni, ce qui a facilité la victoire de Jules César dans sa conquête des Gaulles. Les notables se sont soumis au vainqueur et par force, les paysans, les petites gens ont suivi. Il y a bien eu ça et là des combats, notre Vercingétorix a bien existé, mais il n'a jamais jeté ses armes aux pieds de César. De même, les Gaulois n'ont pas été civilisés par les Romains, ils l'étaient avant. Ce sont les deux cultures qui se sont mélangées, chacune profitant de l'autre. "Ce ne sont pas des Gaulois hauts en couleur mais barbares, vivant dans des huttes au milieu des forêts, qui auraient été civilisés par leurs vainqueurs ; ce sont des sociétés prospères, à l'économie et aux techniques inventives et dynamiques, possédant villes et battant monnaie, qui furent intégrées avec succès dans un empire naissant, qu'elles fécondèrent d'autant." (p.129)

Voilà pour quelques points importants qui sont développés et argumentés magistralement dans cet essai. A la portée de tout lecteur curieux et intéressé par l'histoire, il recadre pas mal de nos idées reçues et permet de se faire une idée plus précise de la manière dont vivaient nos aïeux. Quelques répétitions et longueurs sur la difficulté du travail de l'archéologue ; pas vraiment son travail d'ailleurs, mais plutôt la prise en compte par les politiques du bien-fondé, de la nécessité et de l'apport des fouilles qui retardent certains chantiers, un parking, un centre commercial ou encore un centre aquatique. 

Un essai vraiment passionnant qui permet  d'enfoncer le clou de la diversité, puisque l'auteur nous dit que les Français sont sans doute l'un des peuples aux origines les plus diverses, les plus variées : beaucoup de brassages ethniques ont eu lieu en France dernier territoire de l'Europe de l'Ouest avant l'Océan. Les personnes qui arrivaient jusque sur ces terres y restaient parce qu'elles ne pouvaient aller plus loin. Ce métissage obligé fut sans doute ce qui fit la force, la puissance et la renommée de la France dans les siècles qui suivirent dans nombre de domaines. On ne s'enrichit que dans la connaissance de l'autre et de la différence. 

Bizarrement, livre assez peu commenté sur les blogs : les blogs de Mediapart, de Libération en parlent. 

Allez, sur ce, comme on dit chez moi, je vous laisse avec ce dernier message : dans deux jours allez voter, c'est important !

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Une conspiration de papier

Publié le par Yv

Une conspiration de papier, David Liss, Ed. Lattès, 2001 (Ed. du masque, 2012)

Benjamin Weaver se décide à raconter sa vie aventureuse dans le Londres des années 1720. Ce qui au départ devait être des mémoires se révèle être son rapport de l'enquête qu'il a menée sur la mort de son père. Fâché avec lui depuis une dizaine d'années, certains indices lui laissent croire que son père a été assassiné pour de sombres histoires de spéculation boursière. Il se lance véritablement dans ces investigations tel l'ancien pugiliste à mains nues qu'il est sans se soucier dans un premier temps des coups bas et des peaux de bananes qu'on lui glisse sous les semelles.

J'avais beaucoup aimé L'assassin éthique de David Liss et je ne savais pas ce qu'il avait pu écrire avant ce roman ; eh bien, maintenant je sais. C'est un gros, très gros roman policier (710 pages dans sa version poche) extrêmement documenté, fouillé et intéressant. Il raconte la vie dans le Londres de 1719, cette grande ville sale, dangereuse où l'on peut se faire dépouiller -voire pire- à n'importe quel coin de rue.

David Liss place son roman dans une époque historique réelle : la première crise boursière européenne, la crise de la Compagnie des mers du Sud (ou South Sea Bubble). Dans son roman, interviennent des personnages ayant réellement existé (dont les noms peuvent être changés) et d'autres totalement fictifs. A l'époque, une véritable guerre se livrait entre la Banque d'Angleterre et la Compagnie des mers du Sud pour le contrôle des finances du pays. Benjamin Weaver est au cœur de ce scandale qu'il permet de dévoiler. Trop long à vous expliquer les arcanes et les méandres des tractations financières, des corruptions, des spéculations et des malversations, David Liss y revient en long en large et en travers, ce qui est d'ailleurs un peu le bémol de ma critique : beaucoup de répétitions sur cette affaire, sur le statut des juifs de l'époque (j'y viens un peu plus loin) qui certes enfoncent le clou, mais qui appuient un peu trop le propos. Un certain allègement -voire un allègement certain- sur tous ces paragraphes  eût été de bon aloi et de nature à rendre le livre moins lourd à porter. Mais que ceci ne vous retienne pas de vous plonger dans cette aventure passionnante, car on peut survoler si ce n'est parfois sauter quelques passages sans nuire à la bonne compréhension de l'histoire et du contexte.

Ce livre (écrit en 2000) a de curieuses répercussions de nos jours ; c'est un étrange télescopage entre Histoire et réalité actuelle : la crise, la finance, les spéculateurs, les actionnaires, les riches, les pauvres, les travailleurs, ... : "La presse unanime dénonçait le poids de la dette nationale, qui, disait-on, ne pourrait jamais être remboursée, et ne cessait d'augmenter... C'était une époque d'exubérance et de tumulte, de prospérité et de débauche." (p.8/9) On pourrait presque réécrire cette phrase maintenant, dans un ouvrage politique, et elle serait crédible ! Douze ans après sa première publication ! 300 ans après le premier krach boursier européen !

L'autre thème, outre l'intrigue dont je reparle tout à l'heure, qui sonne vrai et actuel, c'est le traitement fait aux juifs en particulier et plus généralement aux miséreux de Londres. Les juifs -Benjamin en est un quoiqu'ayant pris quelque recul avec la religion et ses préceptes- sont tolérés mais n'ont pas le droit d'être propriétaires de maisons, sont accusés de tous les maux et vivent à part, hors de la société des Anglais, ne pouvant bien évidemment pas accéder au statut qui fait les grands du pays : "Si tu venais travailler avec moi, tu deviendrais riche, mais tu comprendrais aussi les dangers d'être un Juif fortuné dans ce pays. Nous n'avons pas droit à la propriété, nombre de secteurs d'activité nous ont été interdits. Depuis des siècles nous avons été contraints de nous occuper de leur argent, et dans le même temps, nous sommes honnis parce que justement nous pratiquons la seule activité qu'ils nous ont concédée" (p.605) Ils veulent s'intégrer aux gens de ce pays, mais ne le peuvent parce qu'on les en empêche. Très près de nous, récemment, la France n'a pas eu à s'enorgueillir du résultat du premier tour des élections présidentielles : presque 20% pour un parti qui prône la haine de l'étranger, de la personne différente et le repli sur soi -et dans quelques interviews "off" de son ex-Président, le racisme et l'antisémitisme-, pour bien rester entre soi sans ouvrir les portes à ce que l'on ne connaît pas et qui pourrait déranger. Aisé de se rendre compte que certains parmi nous n'ont pas plus d'ouverture d'esprit que nos aïeux qui malgré leur rejet des autres (probablement excusable par une moindre information, des croyances plus largement répandues et encore très ancrées) n'ont pas réussi à sauver leurs pays des guerres, des krachs et d'autres horreurs. Rester entre soi ne garantit donc pas une totale sécurité tant financière que des personnes !

Revenons donc pour finir plus légèrement à l'intrigue : un vrai sac de nœuds : tout le monde paraît être en cheville avec tout le monde et plus Benjamin avance et plus la solution s'éloigne et le mystère s'épaissit. Comme le dit l'un des protagonistes, cette histoire est un labyrinthe dans lequel on avance, mais que certains -les meneurs- voient du haut et s'ingénient à rendre de plus en plus ardu, opaque et flou, si tant est que l'on puisse dire d'un labyrinthe qu'il est flou et opaque.

Belle, belle et longue surprise que ce roman policer historique : une preuve ? Je déteste les gros livres, eh bien celui-ci je l'ai lu en entier sans barguigner (sauf sur quelques pages de techniques financières ), et croyez-moi sur parole, 710 pages pour moi, c'est quasi un exploit !

Avis totalement différent chez Akialam

Merci Audrey.

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