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De l'art de ne pas plaire à tout le monde

Publié le par Yv

Le 26 mars dernier, j'écrivais un article sur La gifle de Christos Tsolkias. Un article dans lequel je disais ma déception pour ce livre que je trouvais, malgré une construction intéressante, confus et un brin racoleur. Je n'y ai pas vu ce que d'autres y ont décelé : une brillante étude de mœurs de la société australienne. Bien mal m'en a pris. Depuis, un charmant garçon -enfin, ça je ne peux pas le prouver, même s'il écrit en tant que tel et que tant d'agressivité ne peut être que masculine !- m'envoie des commentaires tous plus gentils, constructifs et tolérants les uns que les autres. Je ne vais tous vous les reproduire là, ce serait faire trop d'honneur à M. Fl.....

Naïvement, je pensais que lire et dire ce qu'on pensait étaient des activités paisibles. Eh bien, je me trompais. Mais merci cher Fl....., je vous pardonne, car grâce à vous, j'ai pu faire une analyse et je sais que je suis désormais -attention, je vous le fais dans le désordre- : raciste, ignorant, petit-bourgeois, méprisant, Victor Hugo -quand même !-, vaniteux, suffisant, cuistre, superflu, vulgaire et asocial. Ouf ! J'en ai peut-être oublié ou il se peut même que je n'ai pas compris certains termes, parce que si je ne suis pas non plus assez intelligent pour comprendre un tel chef d'oeuvre que La gifle, je peux avoir du mal à comprendre la prose de mon cher ami Fl..... Tant de compliments pour un seul homme, vous me flattez, je sens que je vais rougir ! Ajoutez à cela une mauvaise foi exceptionnelle que je travaille quotidiennement -mais pas sur cet article, désolé Fl..... !- et vous aurez une image complète de Yv.

Je ne reporterai pas les commentaires de Fl..... sur cet article, ce serait bien trop long, mais je vous en prie, celles et ceux qui veulent se faire une idée de la chose suivent le lien vers l'article La gifle.

PS : cher Fl....., je n'attends pas moins de vous que vous vous arrêtiez à nouveau chez moi pour commenter et démentir tout ce que je viens de dire avec la bonne foi et la tolérance qui vous caractérisent !

 

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Colères

Publié le par Yv

Colères, Lionel Duroy, Julliard, 2011

Un écrivain, Marc, voit que sa vie de famille explose. Son fils, d'un premier mariage part, lui laissant d'abord un mail accusateur et désagréable et ensuite ses dettes à honorer. Marc, qui se met en quatre pour ses filles, qui fait les courses en fonction de ce qu'elles aiment manger sent qu'elles s'éloignent de lui, qu'elles se jalousent. Même sa femme, Hélène lui dit qu'elle ne le désire plus.

Rien ne va plus. Malgré tous ses efforts, Marc ne maîtrise plus rien de sa vie. Et c'est bien là le problème ! Manifestement, il ne maîtrise pas non plus ce qu'il dit. Quelle lecture rasoir ! Jamais je n'ai eu d'empathie ni même de sympathie pour cet écrivain. Jamais je n'ai réussi à entrer dans ce bouquin. Il parle de choses intimes, très personnelles mais qui pourraient être universelles. Il est très proche d'une possible réalité. Mais je trouve qu'on reste au-dessus sans vraiment pouvoir trouver une ouverture pour s'immiscer dans la vie de Marc et des siens. Et puis, franchement, j'ai eu envie moult fois de lui dire : "Mais bouge-toi ! Impose-toi ! Tes filles, elles sont sûrement admirables, mais se faire mener par des adolescentes est-ce vraiment du rôle du père ? Le père -et les parents en général- ne doivent-ils pas fixer les règles, les limites ? 

Ce livre porte très bien son titre puisqu'il m'a mis en colère contre ce type pas capable de prendre des initiatives, qui subit sa vie plutôt que de la vivre. Qui subit sa famille plutôt qu'il ne vit avec elle. Et je sais de quoi je parle, je travaille à la maison et j'assume mes deux enfants et même deux en plus -et ma femme pourrais-je dire, mais bon ça ferait macho, donc je ne l'ai pas dit.

Bon, je vais me calmer, arrêter les points d'interrogation et d'exclamation, histoire de faire plus zen. J'inspire, j'expire, je fais le vide, je me calme. Ne manque plus qu'un disque sur les chants des dauphins et des baleines pour atteindre le Nirvana. Voilà, ça va mieux.

"Pouf, pouf."(comme disait P. Desproges). C'est donc tout particulièrement reposé, calme, frais et dispos que je  vous livre ma conclusion sur cet ouvrage de Lionel Duroy. Vous êtes déprimé, vous n'allez pas bien, vos enfants vous agacent vous horripilent vous prennent pour des moins-que-rien, votre conjoint(e) ne veut plus que vous la (le) touchiez, vous n'êtes pas au top au travail, alors lisez Colères de Lionel Duroy, vous verrez, il y a pire que vous ! (Ah mince, j'avais dit plus de point d'exclamation ; allez un p'tit coup de dauphins et baleines).

Si vous allez bien ou pas trop mal, évitez ce livre, choisissez un bon polar ou reprenez mes articles depuis le début de l'année, vous trouverez un livre qui vous siéra mieux (tout à fait entre nous, j'en ai deux vraiment superbes à vous conseiller ici et . Vous m'en direz des nouvelles).

Sélection du Prix des lecteurs de l'Express.

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Charlotte Isabel Hansen

Publié le par Yv

Charlotte Isabel Hansen, Tore Renberg, Mercure de France, 2011

Jarle, 24 ans voit un jour arriver dans sa vie d'étudiant chercheur une petite fille de 7 ans, Charlotte Isabel Hansen. Sa fille. Conçue lors d'une soirée très arrosée, avec Annette Hansen qu'il n'a ensuite jamais revue. Lui, l'intellectuel, très loin du monde réel, qui fait une étude sur l'onomastique (=science qui étudie les noms propres, merci M. Larousse) proustienne se trouve alors confronté à cette petite fille qui risque bien de chambouler son existence.

Ce livre débute bien, le premier chapitre, celui dans lequel Jarle apprend qu'il est père, est plutôt drôle et amène bien le personnage principal, sa vie, son œuvre :

- d'abord, le futur père pas préparé à l'être, pas motivé pour l'être et mis devant le fait accompli s'interroge sur sa paternité, puis une fois celle-ci avérée, sur ses capacités à y faire face, à s'occuper de sa fille, lui qui n'a d'expérience des enfants que sa propre enfance ;

- ensuite, le périple de Jarle pour arriver jusqu'à l'aéroport émaillé de rencontres et enfin la première fois qu'il voit sa fille et que Charlotte Isabel (dite Lotte) le voit. Voilà par exemple ce que ça donne lorsqu'il reçoit la lettre contenant le résultat du test de paternité :

" Jarle inspira et expira avec anxiété.

Il s'assit et ouvrit l'enveloppe.

Jarle lut.

Il lut et en resta bouche bée de stupeur.

Quoi ?

Était-ce possible ?

Il lâcha la lettre, la reprit immédiatement, et la relut.

Était-ce vraiment possible ?

Un enfant ?

Un petit enfant ?

Est-ce que lui, Jarle Klepp, avait un enfant ?

Est-ce que lui, Jarle Klepp, était père ?

D'un enfant ?" (p.30)

Et puis, dès le second chapitre, le livre revient en arrière, repose les mêmes questions sur la paternité, etc (pour la suite, prière de vous reporter plus haut). Il exploite le filon du premier chapitre, entre drôlerie et gravité, mais les blagues répétitives sont parfois lassantes.

Tore Renberg nous présente un héros peu sympathique, une espèce d'intellectuel élitiste qui comprend théoriquement qu'il peut y avoir des gens qui n'ont pas son intelligence et qui sont obligés de travailler de leurs mains, des manuels quoi, mais qui pratiquement les méprise. Le monde qui gravite autour de lui, des étudiants chercheurs eux aussi, des professeurs n'est pas plus gouleyant. Alors, certes, c'est de l'humour, de l'ironie, mais j'ai un peu de mal avec ce genre d'humour qui "généralise" et qui sous prétexte de faire rire stigmatise toute une catégorie. Ça peut être drôle à condition que ça ne dure pas. Hors, là, ça dure. Et c'est le plus gros reproche que je fais à ce bouquin : "Allez, Tore, c'est bon, fais-nous ton bouquin en 70 pages et c'est marre ! Après tu te  répètes et tu n'es plus crédible !" Et oui, je suis comme ça, je le tutoie moi, le Tore. Mais si en Norvège, c'est comme en Suède, il paraît que c'est l'usage !

Et Lotte me direz-vous -si, si je compte bien que vous me le disiez, donc je réponds avant même que vous ne m'eussiez posé la question ? Et bien Lotte, elle est là pour faire exploser la vie de Jarle. C'est le détonateur, le candide qui remet tout le monde dans le droit chemin. Tout est tellement prévisible ! On sait en gros en ouvrant le livre comment il finira. Si j'avais mauvais esprit, j'userais des deux adjectifs suivants : caricatural, stéréotypé et téléphoné. Quoi ? J'en ai écrit trois ? Ah, c'est que j'ai encore plus mauvais esprit que je ne pensais.

La magie n'opère pas. Peut-être ai-je perdu l'innocence nécessaire à ce genre de lecture ? Et pourtant, je travaille avec des enfants de cet âge 24h/24h, ce qui devrait me permettre de rester jeune. Qui sourit ? Attention, je prends les noms !

Sélection du Prix des Lecteurs de l'Express.

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Pizzicato

Publié le par Yv

Pizzicato, Yaël König, Ed. Yago, 2011

"Jean Bertini, célèbre violoniste est assassiné à Nice. Jeune inspecteur, Nathan Godfine mène l'enquête, mais l'affaire ne sera jamais résolue. Quinze ans plus tard, le ténor Isaac van Jong est tué avant d'entrer en scène. A côté de son cadavre gît une poupée mutilée." (4ème de couverture). Cette poupée Nathan l'avait déjà vue près du cadavre de Bertini. Commence alors une enquête dans le milieu de l'opéra, de la musique classique.

Pas mal du tout ce roman policier. D'abord pour le milieu qu'il décrit, pas très courant dans ce genre de littérature. Ensuite pour les personnages campés qui sont attachants. Alors, certes, les héros ont tendance à être tous très beaux, tous très intelligents, une sorte d'élite culturelle-physique-musicale, mais je n'ai pas boudé mon plaisir à voyager en leur compagnie à Nice. Yaël König offre une belle visite de l'opéra de cette ville, nous guide dans tous ses recoins et nous promène dans cette vile, que personnellement, je ne connais pas du tout. C'est bien, ça change des visites de Paris, et en plus, "il y a le ciel, le soleil et la mer..."

Revenons à nos meurtres et à notre inspecteur Godfine, devenu entre temps commissaire. Il est amateur de grande musique et d'opéra. Avec son copain journaliste musical, Baptiste Del Chiappo, ils vont régulièrement aux concerts, et Baptiste peaufine les connaissances de Godfine en la matière. Baptiste est aussi d'un grand secours lorsqu'il s'agit de faire le portrait des plus grands chanteurs, dont Isaac van Jong et la cantatrice qui suivra dans la liste macabre.

Nathan travaille à l'ancienne : il a un cahier dans lequel il écrit "Ce que je sais" en noir sur une page  et "Ce que je ne sais pas" en rouge sur l'autre page. Les éditions Yago et l'auteure ont inséré dans le livre des paragraphes dans lequel le meurtrier s'exprime -sans que l'on ne connaisse son identité- écrits en rouge, comme dans le cahier de Godfine. Bien vu ! Ces incursions de l'assassin font bien sûr monter le suspense, puisque l'on sait clairement ses motivations. En outre, aucun indice ne nous met la puce à l'oreille quant à son identité ; personnellement, j'avais plusieurs suspects, mais tout au long du livre, ce n'est pas le bon, qui dans mon esprit tient la corde.

Bien écrit, très agréable à lire, ce roman policier, en plus de nous tenir en haleine nous présente, comme je l'ai dit plus haut, des personnages très attachants. En premier lieu, Nathan Godfine -mais comment prononcer son nom ? Pendant toute ma lecture, je me le suis demandé : à l'anglaise "Godfaïne" ou à l'italienne "Godfiné" ou tout simplement à la française ? Ça m'a turlupiné, ça me turlupine encore. J'ai opté pour la version italienne, ne réussissant pas à me faire à la française et compte tenu de la proximité de ce pays lorsqu'on est à Nice. Bon parenthèse fermée. Yaël König décrit bien ses personnages, même -et surtout serais-je tenté de  dire- les "seconds rôles". Elle écrit des biographies complètes des victimes, de certains témoins et de suspects. On pourrait penser que c'est vain puisqu'ils ne font qu'une courte apparition, mais au contraire, je trouve que cela donne une humanité au récit, par ailleurs pas drôle du tout, surtout que les cadavres sont mutilés atrocement. Et puis, pour des gens comme moi, assez inculte voire ignare en opéra, Yaël König parle de cet art de manière qui donne envie de l'écouter. "Aussi ne t'interroge pas sur l'étiquette à donner à ta voix. Travaille-la, préserve-la, puis ne crains pas de la laisser jaillir lorsque c'est nécessaire. Le chant est séduction parfaite ; il est bonheur. Parfois même guérison." (p.148)

Bien écrit, contexte merveilleusement et sensuellement décrit, récit maîtrisé et judicieusement construit, faites vous plaisir !

Merci à Gilles Paris.

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Horreur boréale

Publié le par Yv

Horreur boréale, Asa Larsson,  Folio 2011, (Gallimard 2006)

Viktor Strandgard, le Pèlerin du Paradis, surnommé ainsi depuis qu'il a survécu à un accident et qu'il est revenu des morts meurt une seconde fois. Cette fois-ci, c'est la bonne, il est retrouvé sauvagement assassiné dans l'église de la communauté que sa résurrection précédente vue comme un miracle déclencheur d'une ferveur religieuse a aidé à rendre prospère. Sa sœur, Sanna, est accusée du meurtre. Elle appelle à la rescousse son ancienne amie Rebecka Martinsson, ancienne membre de l'Église, désormais avocate fiscaliste à Stockholm, pour la défendre. Mais une amitié brisée ne se ressoude pas d'un simple claquement de doigts.

Ça tarde à démarrer, les personnages sont à peine crédibles, notamment Rebecka Martinsson, et  l'intrigue traîne en longueur. Il faut attendre une bonne moitié du livre pour qu'il devienne enfin intéressant et que le suspense monte. Bon, la policière, enceinte jusqu'aux yeux, aidée d'un collègue aux moustaches de morse, je peux y croire ; le substitut du procureur, irascible, en colère perpétuelle de se retrouver dans ce trou de Laponie alors qu'une telle intelligence doublée d'un tel charisme pourrait faire de lui un procureur très en vue dans la capitale, je veux bien aussi, bien que je sente poindre une légère caricature ; mais l'avocate fiscaliste, limite anorexique qui trouve des forces surhumaines pour affronter ses propres démons internes et externes et ceux de l'église de la Force originelle et qui dans le même temps doit s'occuper de deux fillettes, elle qui peut à peine s'assumer, là, je n'adhère plus. Pas crédible, même pour un roman policier dans lequel, on sait bien qu'on risque de trouver des situations exagérées, voire totalement fantaisistes. Mais le propre des polars nordiques, c'est justement de confronter ce genre à une réalité tangible ; là, Mlle Martinsson n'est pas réelle !

A part ça, et bien, on retrouve, les joies du climat frisquet -enfin, totalement glacial- de la Laponie, les paysages de neige, de glace, les voitures qui ne veulent pas démarrer, les motoneiges, ... On découvre aussi une description des églises dites libres de Suède qui fait froid dans le dos et qui n'incite pas vraiment à la gaudriole. Mieux vaut les éviter que d'affronter leur courroux. "Comme dans tout pays protestant, l'Église officielle (qui vient seulement d'être séparée de l'État) se double d'une  foule de confessions indépendantes (dites "Églises libres") souvent beaucoup plus critiques envers elles que les agnostiques." (note du traducteur, Philippe Bouquet en bas de la page 26). Le contexte de la toute puissance de ces très fortes et très implantées églises libres est très intéressant. Il est bien rendu et crée un climat de tension palpable. Je pourrais dire qu'il rafraîchit le climat, mais vues les températures du pays, ce n'est guère possible. Néanmoins, c'est pour moi le bon point du bouquin.

Pour finir, si je mets dans la balance mes réserves et mes bons points, je ne pèse, en sortant de ce livre pas vraiment plus lourd qu'en y entrant. Concrètement : Pas mal, mais peut mieux faire !

D'autres avis : Cunéipage, Cryssilda. Et merci à la librairie dialogue.

 

dialogues croisés

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Que reste-t-il de nos divorces ?

Publié le par Yv

Que reste-t-il de nos divorces ?, Valérie Pineau-Valencienne et Corinne Bellier, Ed. France-Empire, 2011

"Comment refaire surface quand votre mari est parti en prenant soin de vous mettre la tête sous l'eau ?

Marie et Catherine, mères solitaires, poursuivent leurs trajectoires amoureuses entre humour grinçant et amitié indéfectible. L'une, Catherine, vient d'être abandonnée par son mari après vingt ans de vie conjugale. L'autre, Marie, vit seule avec ses deux enfants depuis bientôt dix ans ; deux femmes qui ne sont pas au même chapitre de leur existence." (4ème de couverture)

Livre trouvé dans ma boîte à lettres, envoyé par Gilles Paris. Le roman est construit comme une suite de chapitres dans lesquels à tour de rôle, Marie et Catherine s'expriment. Chacune est donc séparée de son mari. Chacune a deux enfants. Ce qui est intéressant est de voir la manière différente dont elles vivent leur célibat. En effet, Marie est séparée depuis plusieurs années et après deux ans très difficiles a pu reprendre le dessus. Par contre, Catherine est dans les trente sixième dessous après le départ de son mari avec une femme plus jeune, plus dynamique, plus fringante, plus etc, etc .... Toutes les deux se rencontrent, deviennent amies et se serrent les coudes lorsque ça va mal.

Le livre n'est pas désagréable à lire, il est très accessible et très... féminin. Je suis passé à côté sans vraiment rien éprouver pour ces deux femmes. Elles ne m'ont pas vraiment touché. Je peux compatir à leurs malheurs, à leurs histoires, mais c'est tout. Il est vrai qu'en tant que garçon, je n'ai pas la part belle dans ce livre. J'ai eu l'impression de m'être immiscé dans une conversation de filles sans y être vraiment invité. Vous savez mesdames, celles dans lesquelles, vous dites pis que pendre des hommes, mais dans lesquelles vous dites également que sans nous, ce serait moins bien ! (Soyez rassurées, nous les hommes, nous disons en gros les mêmes choses, mais on ne l'avouera que sous la torture !)

Assez grand guignolesques tout de même les chapitres consacrés à l'angoisse de ces deux femmes, quarantenaires, qui ont peur d'avoir contracté le Sida parce que leurs amants n'ont pas su se retenir et pratiquer le "coïtus-interruptus". M'est avis que si le monsieur est séropositif, le virus n'attend pas la libération des spermatozoïdes pour se transmettre. J'ai parfois eu la sensation de lire une liste de clichés sur les femmes quarantenaires délaissées, sur les hommes du même âge et de la dizaine au-dessus, mais encore une fois, je ne suis qu'un homme qui ne doit pas sentir toutes les subtilités de l'âme féminine.

Mesdames qui passez par là, en lisant ce livre, je pense que vous pourrez vous y retrouver en partie. Messieurs, lisez-le si vous voulez savoir ce que nos femmes pensent de nous et si vous n'avez pas peur d'affronter la réalité en face.

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Nous y sommes

Publié le par Yv

Nous y sommes,  Fred Vargas

Nous y voilà, nous y sommes.
Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l’incurie de l’humanité, nous y sommes.

Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l’homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu’elle lui fait mal.
Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d’insouciance, nous avons chanté, dansé.

Quand je dis « nous », entendons un quart de l’humanité tandis que le reste était à la peine.

Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l’eau, nos fumées dans l’air, nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout monde, nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu'on s’est bien amusés.
On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l’atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu.

Franchement on s’est marrés.
Franchement on a bien profité.
Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu'il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre.
Certes.
Mais nous y sommes.
A la Troisième Révolution.
Qui a ceci de très différent des deux premières (la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu'on ne l'a pas choisie.
« On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins.
Oui.
On n'a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis.

C’est la mère Nature qui l'a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies.

La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets.
De pétrole, de gaz, d’uranium, d’air, d’eau. Son ultimatum est clair et sans pitié : Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l’exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d’ailleurs peu portées sur la danse).
Sauvez-moi ou crevez avec moi.
Évidemment, dit comme ça, on comprend qu’on n'a pas le choix, on s’exécute illico et, même, si on a le temps, on s’excuse, affolés et honteux.

D’aucuns, un brin rêveurs, tentent d’obtenir un délai, de s’amuser encore avec la croissance.
Peine perdue.
Il y a du boulot, plus que l’humanité n’en eut jamais.
Nettoyer le ciel, laver l’eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l’avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est, – attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille, récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n’en a plus, on a tout pris dans les mines, on s’est quand même bien marrés).
S’efforcer.
Réfléchir, même.
Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire.
Avec le voisin, avec l’Europe, avec le monde.
Colossal programme que celui de la Troisième Révolution.
Pas d’échappatoire, allons-y.
Encore qu'il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l’ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante.
Qui n’empêche en rien de danser le soir venu, ce n’est pas incompatible.
A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie –une autre des grandes spécialités de l’homme, sa plus aboutie peut-être.
A ce prix, nous réussirons la Troisième révolution.
A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore.

Fred Vargas
Archéologue et écrivain

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La gifle

Publié le par Yv

La gifle, Christos Tsiolkas, Belfond, 2011

"Lors d'un barbecue entre amis, un adulte gifle un enfant qui n'est pas le sien. Un incident qui va créer une onde de choc parmi les invités et provoquer une série d'événements explosifs." (4ème de couverture)

J'attendais beaucoup plus de ce roman, annoncé comme celui qui "tient son lecteur sur la brèche, le force à repousser ses limites [...] le provoque et le fait se tortiller de malaise sous l'apparence ravissante d'une lecture passionnante"(4ème de couverture). Je suis déçu à hauteur des ambitions affichées. Si le début est correct quoique confus par l'apparition simultanée d'une multitude de personnages entre lesquels il est difficile de se retrouver, la suite est moyenne et décevante. L'auteur noie dans des anecdotes, dans l'alcool, la drogue, le sexe, omniprésents -pour tous et à tout âge- les fêlures de ses protagonistes. Délayés et traités pareillement tous les thèmes qu'il aborde sans jamais les approfondir : la réussite sociale, la jalousie, les ambitions, la violence, le racisme, la solitude, l'amour, la vie, ...

Un bon point par contre pour la construction de ce roman qui donne à chaque partie le nom de l'un des personnages : le lecteur voit alors l'évolution de la situation à travers les yeux de cette personne. Particulièrement visible lorsque le héros de la partie est Harry, le père violent, l'auteur de la gifle. Là, le style de l'auteur change et passe en mode rapide, décontracté, argotique et montre bien la violence présente et latente d'Harry. En revanche, le style des autres parties est assez neutre pour coller à tous les autres personnages, qui sans être plats ne sont pas non plus excessivement bien décrits. Caricaturaux, conformistes et surtout pas du tout attachants ; aucun d'entre eux n'attire la sympathie.

Finalement assez convenu pour un roman qui devait bouleverser, bousculer. Soi-disant moderne, ce roman un chouïa racoleur avec du sexe, de la drogue, de l'alcool, des homos, des hétéros fidèles, des hétéros infidèles ; il est même fait mention d'un homme bisexuel. Et bien sûr, toutes les communautés de l'Australie puisque comme son nom ne l'indique pas Christos Tsiolkas est Australien- sont représentées.

Ce livre fait partie de la sélection du Prix des Lecteurs de l'Express. Lu également par Sandrine49, Leiloona, Jérome, Sylvie, Isa. Sélection du Prix des lecteurs de l'Express

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Des gens très bien

Publié le par Yv

Des gens très bien, Alexandre Jardin, Grasset, 2011

Alexandre Jardin est un écrivain populaire, célèbre pour ses romans légers, des bluettes. Ce que l'on sait moins, c'est que son grand-père "Jean Jardin dit le Nain Jaune fut, du 20 avril 1942 au 30 octobre 1943, le principal collaborateur de plus collabo des hommes d'Etat français : Pierre Laval, chef du gouvernement du maréchal Pétain. Le matin de la rafle du Vel d'Hiv, le 16 juillet 1942, il était son directeur de cabinet ; son double. Ses yeux, son flair, sa bouche, sa main. Pour ne pas dire : sa conscience." (p.11)

Depuis longtemps, la famille Jardin renferme ce passé peu glorieux sous des pirouettes : même les biographes de Jean Jardin ne parlent que peu de cet épisode. Son fils, Pascal Jardin -le père d'Alexandre- a lui aussi écrit un livre sur Jean, Le Nain Jaune, dans lequel il évoque très vite, sans s'arrêter, cette période de la vie de son père. Rien n'est dit dans cette famille, sauf en rigolant. D'ailleurs, Alexandre l'avoue lui aussi : s'il a écrit des romans légers, faciles, c'est pour rester dans la ligne familiale, pour évacuer ce secret dans des éclats de rire.

Et puis, approchant de l'âge du décès de son père, Alexandre ne peut plus dissimuler. Il écrit sur son grand-père, lui qui compile depuis des années de la documentation sur la rafle du Vel d'Hiv (13 000 juifs déportés dont 4 000 enfants), sur les années de guerre et sur l'implication de son grand-père dans la collaboration active du gouvernement de Vichy.

Je n'ai lu aucun autre livre d'Alexandre Jardin, je ne peux donc pas comparer, mais j'imagine assez bien ce qu'était sa littérature avant Des gens très bien. Naïvement, je pensais qu'il écrivait comme il se doit dans ce genre de livres, légèrement et avec un vocabulaire volontairement limité. Là point ; son livre est bien écrit, beau style, quoique parfois un peu ronflant. Heureusement d'ailleurs, car le propos est fort et pesant, et sans style, le récit serait indigeste.

On pourrait lui reprocher de dénoncer et de juger 70 ans après les faits, certes. Mais ce livre, sert plus à Alexandre pour se libérer de son ascendance pesante. Il le dit d'ailleurs dans ses dernières phrases dans lesquelles il s'adresse à son père, Pascal  : "Plus tard, tu ne pourras pas vivre avec le secret des Jardin. Il te tuera. Tu feras un livre pour le camoufler. Au même âge que toi, j'en ferai un pour l'exposer. Et je vivrai la deuxième partie de ta vie... la mienne. En essayant d'aimer Jean, un jour. Dors, dors mon petit papa..." (p.295)

Dans l'ensemble, j'ai aimé ce livre, qui part très vite et annonce la couleur dès les premières pages. Cependant, je dois admettre que sur les presque 300 pages, Alexandre Jardin tourne en rond et se répète. Assez mal reçu, d'après ce que j'ai pu entendre et lire, -il est indéniable que l'auteur doit moins gêner en écrivant Fanfan- ce bouquin revient donc sur des années dont la France n'est pas fière. En outre, Alexandre Jardin, n'y va pas avec le dos de la cuillère ! Il flingue. Des critiques lui reprochent ce que d'autres approuvent (lire ici). Selon eux, qui n'est pas historien ne peut pas savoir et a fortiori écrire sur cette période. Mais Jardin écrit avec ses tripes, avec ses gènes, avec ses rancoeurs mais aussi avec l'amour qu'il a pour les siens, père et grand-père notamment.

Maladroit parfois, redondant souvent, intéressant et remuant tout du long c'est un livre qui ne laisse pas indifférent et on ne peut pas, enfin il me semble, en ressortir sans avoir rien éprouvé.

Un "livre étrange que je tiens pour mon acte de renaissance. Le cri de chagrin par lequel je me désassigne de mon passé" dit l'auteur page 271. Une renaissance pour Alexandre Jardin, qui ne pourra donc plus revenir en arrière et écrire ce qu'il écrivait précédemment.

Une sélection du Prix des lecteurs de l'Express, lue aussi par : Lili, Jostein, La Pyrénéenne, Livr-esse

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