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Pizzicato

Publié le par Yv

Pizzicato, Yaël König, Ed. Yago, 2011

"Jean Bertini, célèbre violoniste est assassiné à Nice. Jeune inspecteur, Nathan Godfine mène l'enquête, mais l'affaire ne sera jamais résolue. Quinze ans plus tard, le ténor Isaac van Jong est tué avant d'entrer en scène. A côté de son cadavre gît une poupée mutilée." (4ème de couverture). Cette poupée Nathan l'avait déjà vue près du cadavre de Bertini. Commence alors une enquête dans le milieu de l'opéra, de la musique classique.

Pas mal du tout ce roman policier. D'abord pour le milieu qu'il décrit, pas très courant dans ce genre de littérature. Ensuite pour les personnages campés qui sont attachants. Alors, certes, les héros ont tendance à être tous très beaux, tous très intelligents, une sorte d'élite culturelle-physique-musicale, mais je n'ai pas boudé mon plaisir à voyager en leur compagnie à Nice. Yaël König offre une belle visite de l'opéra de cette ville, nous guide dans tous ses recoins et nous promène dans cette vile, que personnellement, je ne connais pas du tout. C'est bien, ça change des visites de Paris, et en plus, "il y a le ciel, le soleil et la mer..."

Revenons à nos meurtres et à notre inspecteur Godfine, devenu entre temps commissaire. Il est amateur de grande musique et d'opéra. Avec son copain journaliste musical, Baptiste Del Chiappo, ils vont régulièrement aux concerts, et Baptiste peaufine les connaissances de Godfine en la matière. Baptiste est aussi d'un grand secours lorsqu'il s'agit de faire le portrait des plus grands chanteurs, dont Isaac van Jong et la cantatrice qui suivra dans la liste macabre.

Nathan travaille à l'ancienne : il a un cahier dans lequel il écrit "Ce que je sais" en noir sur une page  et "Ce que je ne sais pas" en rouge sur l'autre page. Les éditions Yago et l'auteure ont inséré dans le livre des paragraphes dans lequel le meurtrier s'exprime -sans que l'on ne connaisse son identité- écrits en rouge, comme dans le cahier de Godfine. Bien vu ! Ces incursions de l'assassin font bien sûr monter le suspense, puisque l'on sait clairement ses motivations. En outre, aucun indice ne nous met la puce à l'oreille quant à son identité ; personnellement, j'avais plusieurs suspects, mais tout au long du livre, ce n'est pas le bon, qui dans mon esprit tient la corde.

Bien écrit, très agréable à lire, ce roman policier, en plus de nous tenir en haleine nous présente, comme je l'ai dit plus haut, des personnages très attachants. En premier lieu, Nathan Godfine -mais comment prononcer son nom ? Pendant toute ma lecture, je me le suis demandé : à l'anglaise "Godfaïne" ou à l'italienne "Godfiné" ou tout simplement à la française ? Ça m'a turlupiné, ça me turlupine encore. J'ai opté pour la version italienne, ne réussissant pas à me faire à la française et compte tenu de la proximité de ce pays lorsqu'on est à Nice. Bon parenthèse fermée. Yaël König décrit bien ses personnages, même -et surtout serais-je tenté de  dire- les "seconds rôles". Elle écrit des biographies complètes des victimes, de certains témoins et de suspects. On pourrait penser que c'est vain puisqu'ils ne font qu'une courte apparition, mais au contraire, je trouve que cela donne une humanité au récit, par ailleurs pas drôle du tout, surtout que les cadavres sont mutilés atrocement. Et puis, pour des gens comme moi, assez inculte voire ignare en opéra, Yaël König parle de cet art de manière qui donne envie de l'écouter. "Aussi ne t'interroge pas sur l'étiquette à donner à ta voix. Travaille-la, préserve-la, puis ne crains pas de la laisser jaillir lorsque c'est nécessaire. Le chant est séduction parfaite ; il est bonheur. Parfois même guérison." (p.148)

Bien écrit, contexte merveilleusement et sensuellement décrit, récit maîtrisé et judicieusement construit, faites vous plaisir !

Merci à Gilles Paris.

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Horreur boréale

Publié le par Yv

Horreur boréale, Asa Larsson,  Folio 2011, (Gallimard 2006)

Viktor Strandgard, le Pèlerin du Paradis, surnommé ainsi depuis qu'il a survécu à un accident et qu'il est revenu des morts meurt une seconde fois. Cette fois-ci, c'est la bonne, il est retrouvé sauvagement assassiné dans l'église de la communauté que sa résurrection précédente vue comme un miracle déclencheur d'une ferveur religieuse a aidé à rendre prospère. Sa sœur, Sanna, est accusée du meurtre. Elle appelle à la rescousse son ancienne amie Rebecka Martinsson, ancienne membre de l'Église, désormais avocate fiscaliste à Stockholm, pour la défendre. Mais une amitié brisée ne se ressoude pas d'un simple claquement de doigts.

Ça tarde à démarrer, les personnages sont à peine crédibles, notamment Rebecka Martinsson, et  l'intrigue traîne en longueur. Il faut attendre une bonne moitié du livre pour qu'il devienne enfin intéressant et que le suspense monte. Bon, la policière, enceinte jusqu'aux yeux, aidée d'un collègue aux moustaches de morse, je peux y croire ; le substitut du procureur, irascible, en colère perpétuelle de se retrouver dans ce trou de Laponie alors qu'une telle intelligence doublée d'un tel charisme pourrait faire de lui un procureur très en vue dans la capitale, je veux bien aussi, bien que je sente poindre une légère caricature ; mais l'avocate fiscaliste, limite anorexique qui trouve des forces surhumaines pour affronter ses propres démons internes et externes et ceux de l'église de la Force originelle et qui dans le même temps doit s'occuper de deux fillettes, elle qui peut à peine s'assumer, là, je n'adhère plus. Pas crédible, même pour un roman policier dans lequel, on sait bien qu'on risque de trouver des situations exagérées, voire totalement fantaisistes. Mais le propre des polars nordiques, c'est justement de confronter ce genre à une réalité tangible ; là, Mlle Martinsson n'est pas réelle !

A part ça, et bien, on retrouve, les joies du climat frisquet -enfin, totalement glacial- de la Laponie, les paysages de neige, de glace, les voitures qui ne veulent pas démarrer, les motoneiges, ... On découvre aussi une description des églises dites libres de Suède qui fait froid dans le dos et qui n'incite pas vraiment à la gaudriole. Mieux vaut les éviter que d'affronter leur courroux. "Comme dans tout pays protestant, l'Église officielle (qui vient seulement d'être séparée de l'État) se double d'une  foule de confessions indépendantes (dites "Églises libres") souvent beaucoup plus critiques envers elles que les agnostiques." (note du traducteur, Philippe Bouquet en bas de la page 26). Le contexte de la toute puissance de ces très fortes et très implantées églises libres est très intéressant. Il est bien rendu et crée un climat de tension palpable. Je pourrais dire qu'il rafraîchit le climat, mais vues les températures du pays, ce n'est guère possible. Néanmoins, c'est pour moi le bon point du bouquin.

Pour finir, si je mets dans la balance mes réserves et mes bons points, je ne pèse, en sortant de ce livre pas vraiment plus lourd qu'en y entrant. Concrètement : Pas mal, mais peut mieux faire !

D'autres avis : Cunéipage, Cryssilda. Et merci à la librairie dialogue.

 

dialogues croisés

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Que reste-t-il de nos divorces ?

Publié le par Yv

Que reste-t-il de nos divorces ?, Valérie Pineau-Valencienne et Corinne Bellier, Ed. France-Empire, 2011

"Comment refaire surface quand votre mari est parti en prenant soin de vous mettre la tête sous l'eau ?

Marie et Catherine, mères solitaires, poursuivent leurs trajectoires amoureuses entre humour grinçant et amitié indéfectible. L'une, Catherine, vient d'être abandonnée par son mari après vingt ans de vie conjugale. L'autre, Marie, vit seule avec ses deux enfants depuis bientôt dix ans ; deux femmes qui ne sont pas au même chapitre de leur existence." (4ème de couverture)

Livre trouvé dans ma boîte à lettres, envoyé par Gilles Paris. Le roman est construit comme une suite de chapitres dans lesquels à tour de rôle, Marie et Catherine s'expriment. Chacune est donc séparée de son mari. Chacune a deux enfants. Ce qui est intéressant est de voir la manière différente dont elles vivent leur célibat. En effet, Marie est séparée depuis plusieurs années et après deux ans très difficiles a pu reprendre le dessus. Par contre, Catherine est dans les trente sixième dessous après le départ de son mari avec une femme plus jeune, plus dynamique, plus fringante, plus etc, etc .... Toutes les deux se rencontrent, deviennent amies et se serrent les coudes lorsque ça va mal.

Le livre n'est pas désagréable à lire, il est très accessible et très... féminin. Je suis passé à côté sans vraiment rien éprouver pour ces deux femmes. Elles ne m'ont pas vraiment touché. Je peux compatir à leurs malheurs, à leurs histoires, mais c'est tout. Il est vrai qu'en tant que garçon, je n'ai pas la part belle dans ce livre. J'ai eu l'impression de m'être immiscé dans une conversation de filles sans y être vraiment invité. Vous savez mesdames, celles dans lesquelles, vous dites pis que pendre des hommes, mais dans lesquelles vous dites également que sans nous, ce serait moins bien ! (Soyez rassurées, nous les hommes, nous disons en gros les mêmes choses, mais on ne l'avouera que sous la torture !)

Assez grand guignolesques tout de même les chapitres consacrés à l'angoisse de ces deux femmes, quarantenaires, qui ont peur d'avoir contracté le Sida parce que leurs amants n'ont pas su se retenir et pratiquer le "coïtus-interruptus". M'est avis que si le monsieur est séropositif, le virus n'attend pas la libération des spermatozoïdes pour se transmettre. J'ai parfois eu la sensation de lire une liste de clichés sur les femmes quarantenaires délaissées, sur les hommes du même âge et de la dizaine au-dessus, mais encore une fois, je ne suis qu'un homme qui ne doit pas sentir toutes les subtilités de l'âme féminine.

Mesdames qui passez par là, en lisant ce livre, je pense que vous pourrez vous y retrouver en partie. Messieurs, lisez-le si vous voulez savoir ce que nos femmes pensent de nous et si vous n'avez pas peur d'affronter la réalité en face.

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Nous y sommes

Publié le par Yv

Nous y sommes,  Fred Vargas

Nous y voilà, nous y sommes.
Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l’incurie de l’humanité, nous y sommes.

Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l’homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu’elle lui fait mal.
Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d’insouciance, nous avons chanté, dansé.

Quand je dis « nous », entendons un quart de l’humanité tandis que le reste était à la peine.

Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l’eau, nos fumées dans l’air, nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout monde, nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu'on s’est bien amusés.
On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l’atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu.

Franchement on s’est marrés.
Franchement on a bien profité.
Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu'il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre.
Certes.
Mais nous y sommes.
A la Troisième Révolution.
Qui a ceci de très différent des deux premières (la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu'on ne l'a pas choisie.
« On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins.
Oui.
On n'a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis.

C’est la mère Nature qui l'a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies.

La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets.
De pétrole, de gaz, d’uranium, d’air, d’eau. Son ultimatum est clair et sans pitié : Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l’exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d’ailleurs peu portées sur la danse).
Sauvez-moi ou crevez avec moi.
Évidemment, dit comme ça, on comprend qu’on n'a pas le choix, on s’exécute illico et, même, si on a le temps, on s’excuse, affolés et honteux.

D’aucuns, un brin rêveurs, tentent d’obtenir un délai, de s’amuser encore avec la croissance.
Peine perdue.
Il y a du boulot, plus que l’humanité n’en eut jamais.
Nettoyer le ciel, laver l’eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l’avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est, – attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille, récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n’en a plus, on a tout pris dans les mines, on s’est quand même bien marrés).
S’efforcer.
Réfléchir, même.
Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire.
Avec le voisin, avec l’Europe, avec le monde.
Colossal programme que celui de la Troisième Révolution.
Pas d’échappatoire, allons-y.
Encore qu'il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l’ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante.
Qui n’empêche en rien de danser le soir venu, ce n’est pas incompatible.
A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie –une autre des grandes spécialités de l’homme, sa plus aboutie peut-être.
A ce prix, nous réussirons la Troisième révolution.
A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore.

Fred Vargas
Archéologue et écrivain

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La gifle

Publié le par Yv

La gifle, Christos Tsiolkas, Belfond, 2011

"Lors d'un barbecue entre amis, un adulte gifle un enfant qui n'est pas le sien. Un incident qui va créer une onde de choc parmi les invités et provoquer une série d'événements explosifs." (4ème de couverture)

J'attendais beaucoup plus de ce roman, annoncé comme celui qui "tient son lecteur sur la brèche, le force à repousser ses limites [...] le provoque et le fait se tortiller de malaise sous l'apparence ravissante d'une lecture passionnante"(4ème de couverture). Je suis déçu à hauteur des ambitions affichées. Si le début est correct quoique confus par l'apparition simultanée d'une multitude de personnages entre lesquels il est difficile de se retrouver, la suite est moyenne et décevante. L'auteur noie dans des anecdotes, dans l'alcool, la drogue, le sexe, omniprésents -pour tous et à tout âge- les fêlures de ses protagonistes. Délayés et traités pareillement tous les thèmes qu'il aborde sans jamais les approfondir : la réussite sociale, la jalousie, les ambitions, la violence, le racisme, la solitude, l'amour, la vie, ...

Un bon point par contre pour la construction de ce roman qui donne à chaque partie le nom de l'un des personnages : le lecteur voit alors l'évolution de la situation à travers les yeux de cette personne. Particulièrement visible lorsque le héros de la partie est Harry, le père violent, l'auteur de la gifle. Là, le style de l'auteur change et passe en mode rapide, décontracté, argotique et montre bien la violence présente et latente d'Harry. En revanche, le style des autres parties est assez neutre pour coller à tous les autres personnages, qui sans être plats ne sont pas non plus excessivement bien décrits. Caricaturaux, conformistes et surtout pas du tout attachants ; aucun d'entre eux n'attire la sympathie.

Finalement assez convenu pour un roman qui devait bouleverser, bousculer. Soi-disant moderne, ce roman un chouïa racoleur avec du sexe, de la drogue, de l'alcool, des homos, des hétéros fidèles, des hétéros infidèles ; il est même fait mention d'un homme bisexuel. Et bien sûr, toutes les communautés de l'Australie puisque comme son nom ne l'indique pas Christos Tsiolkas est Australien- sont représentées.

Ce livre fait partie de la sélection du Prix des Lecteurs de l'Express. Lu également par Sandrine49, Leiloona, Jérome, Sylvie, Isa. Sélection du Prix des lecteurs de l'Express

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Des gens très bien

Publié le par Yv

Des gens très bien, Alexandre Jardin, Grasset, 2011

Alexandre Jardin est un écrivain populaire, célèbre pour ses romans légers, des bluettes. Ce que l'on sait moins, c'est que son grand-père "Jean Jardin dit le Nain Jaune fut, du 20 avril 1942 au 30 octobre 1943, le principal collaborateur de plus collabo des hommes d'Etat français : Pierre Laval, chef du gouvernement du maréchal Pétain. Le matin de la rafle du Vel d'Hiv, le 16 juillet 1942, il était son directeur de cabinet ; son double. Ses yeux, son flair, sa bouche, sa main. Pour ne pas dire : sa conscience." (p.11)

Depuis longtemps, la famille Jardin renferme ce passé peu glorieux sous des pirouettes : même les biographes de Jean Jardin ne parlent que peu de cet épisode. Son fils, Pascal Jardin -le père d'Alexandre- a lui aussi écrit un livre sur Jean, Le Nain Jaune, dans lequel il évoque très vite, sans s'arrêter, cette période de la vie de son père. Rien n'est dit dans cette famille, sauf en rigolant. D'ailleurs, Alexandre l'avoue lui aussi : s'il a écrit des romans légers, faciles, c'est pour rester dans la ligne familiale, pour évacuer ce secret dans des éclats de rire.

Et puis, approchant de l'âge du décès de son père, Alexandre ne peut plus dissimuler. Il écrit sur son grand-père, lui qui compile depuis des années de la documentation sur la rafle du Vel d'Hiv (13 000 juifs déportés dont 4 000 enfants), sur les années de guerre et sur l'implication de son grand-père dans la collaboration active du gouvernement de Vichy.

Je n'ai lu aucun autre livre d'Alexandre Jardin, je ne peux donc pas comparer, mais j'imagine assez bien ce qu'était sa littérature avant Des gens très bien. Naïvement, je pensais qu'il écrivait comme il se doit dans ce genre de livres, légèrement et avec un vocabulaire volontairement limité. Là point ; son livre est bien écrit, beau style, quoique parfois un peu ronflant. Heureusement d'ailleurs, car le propos est fort et pesant, et sans style, le récit serait indigeste.

On pourrait lui reprocher de dénoncer et de juger 70 ans après les faits, certes. Mais ce livre, sert plus à Alexandre pour se libérer de son ascendance pesante. Il le dit d'ailleurs dans ses dernières phrases dans lesquelles il s'adresse à son père, Pascal  : "Plus tard, tu ne pourras pas vivre avec le secret des Jardin. Il te tuera. Tu feras un livre pour le camoufler. Au même âge que toi, j'en ferai un pour l'exposer. Et je vivrai la deuxième partie de ta vie... la mienne. En essayant d'aimer Jean, un jour. Dors, dors mon petit papa..." (p.295)

Dans l'ensemble, j'ai aimé ce livre, qui part très vite et annonce la couleur dès les premières pages. Cependant, je dois admettre que sur les presque 300 pages, Alexandre Jardin tourne en rond et se répète. Assez mal reçu, d'après ce que j'ai pu entendre et lire, -il est indéniable que l'auteur doit moins gêner en écrivant Fanfan- ce bouquin revient donc sur des années dont la France n'est pas fière. En outre, Alexandre Jardin, n'y va pas avec le dos de la cuillère ! Il flingue. Des critiques lui reprochent ce que d'autres approuvent (lire ici). Selon eux, qui n'est pas historien ne peut pas savoir et a fortiori écrire sur cette période. Mais Jardin écrit avec ses tripes, avec ses gènes, avec ses rancoeurs mais aussi avec l'amour qu'il a pour les siens, père et grand-père notamment.

Maladroit parfois, redondant souvent, intéressant et remuant tout du long c'est un livre qui ne laisse pas indifférent et on ne peut pas, enfin il me semble, en ressortir sans avoir rien éprouvé.

Un "livre étrange que je tiens pour mon acte de renaissance. Le cri de chagrin par lequel je me désassigne de mon passé" dit l'auteur page 271. Une renaissance pour Alexandre Jardin, qui ne pourra donc plus revenir en arrière et écrire ce qu'il écrivait précédemment.

Une sélection du Prix des lecteurs de l'Express, lue aussi par : Lili, Jostein, La Pyrénéenne, Livr-esse

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Dr. Haricot, de la Faculté de Médecine de Paris

Publié le par Yv

Dr. Haricot, de la Faculté de Médecine de Paris, Fabrice Vigne, Ed. Pré # Carré, 2011

Fabrice Vigne, en amateur éclairé des œuvres de Louis-Ferdinand Destouches, plus communément nommé Céline, lui écrit une lettre, intitulée donc : Dr. Haricot, de la Faculté de Médecine de Paris. Pour la signification du titre, je vous laisse vous reporter à la-dite lettre que vous pouvez commander ici.

Fabrice, qui permet que je l'appelle ainsi depuis nos premiers échanges de mail voilà environ 18 mois, suite à ma lecture enchantée de L'échoppe enténébrée, Fabrice disais-je donc avant de m'auto-interrompre, écrit à Céline lui disant tout le respect et la quasi dévotion qu'il porte à son oeuvre. Il lui dit tout ce que lui a apporté la lecture de ses livres :

"Aujourd'hui pourtant, je vous écris, et c'est en fin de compte la moindre des choses. Contact par les mots, au moins, et seulement. Puisque sans vous, n'est-ce pas, je n'aurais peut-être pas écrit du tout. Aussi simple que cela.

Je pense à vous, je pense à vos livres immenses et terribles, qui m'ont à jamais repeint un certain reflet dans l'oeil, et vos phrases me remontent à la surface, déformées comme un bâton brisé." (p.10)

Mais dans le même temps, l'expéditeur fait la part des choses et sait ce qu'est le personnage Céline. Il sait que tous ses écrits ne sont pas tolérables et que son antisémitisme est insupportable :

"Vous écrire cette lettre a-t-il un sens ? L'aurais-je écrite, vous aurais-je parlé, approché seulement, eussions-nous été contemporains ? Rien n'est moins sûr. Je vous l'avoue : vous ne m'êtes pas sympathique. Docteur. Ce sont les sympathiques que l'on souhaite aborder, avec qui l'on a envie de correspondre. Rien à voir, dans votre cas." (p.7)

Une manière originale de parler de et à Céline, plus intelligente que les polémiques qui reviennent périodiquement sur cet auteur, la qualité de son oeuvre et ses opinions inacceptables.

Ce petit opus (à peine 20 pages) se présente comme une vraie lettre : je l'ai reçue dans une enveloppe bleue adressée au Dr. Haricot. Un beau papier ivoire, plié en format enveloppe et relié par un brin de raphia naturel, du même coloris que le papier.

En prime, l'éditeur Pré # Carré, plutôt spécialisé dans la poésie, m'a envoyé un tout petit carnet de Franz Toussaint, La flûte de Jade. Des poèmes en prose, très inspirés de l'Orient ; par exemple celui intitulé : Souvenirs

Cette nuit, il neigeait dans le jardin Liang. J'avais froid, et tu ne t'en doutais pas. Je regardais les grands arbres sous lesquels, autrefois, je t'attendais. Toute cette neige, qui tombait sur notre passé...

Je ne suis ni féru ni fervent de poésie, mais pour les-ceusses qui le sont, je conseille d'aller faire un petit tour sur le site de ce petit éditeur.

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N'ayez pas peur, nous sommes là

Publié le par Madame Yv

N'ayez pas peur, nous sommes là, Janine Boissard, Flammarion, 2011

"Elle s'appelle Ninon Montoire, a trente ans, est sapeur-pompier.

[...] A la maison, les jours de repos, elle trouve avec Sophie, cinq ans, sa petite fille, gaieté et tendresse. Et avec Agnès, sa mère, douceur et compréhension.

L'amour ? Ninon a décidé de ne plus y croire. Mais le "soldat du feu" ne se doute pas que, bientôt, il l'embrasera à nouveau. Cet incendie-là sera-t-il le plus dur à maîtriser ?" (4ème de couverture)

Lorsque Gilles Paris m'a envoyé ce livre, je me suis demandé si c'était une blague -de mauvais goût- ou s'il m'avait ciblé comme lecteur potentiel. Je crains que la seconde hypothèse soit la bonne. Bon, j'avais décidé de ne pas lire ce livre, et puis, je l'ai passé à Madame Yv pour qu'elle le voie et elle m'a dit : "Moi, je vais le lire, et je te dirai ce que j'en pense." Mais, altruiste comme je suis, vous pensez bien que je vais vous faire part de ses remarques. Attention, désormais, c'est Madame Yv qui parle.

Janine Boissard est auteure de best-sellers et j'avais envie d'en lire un pour la connaître bien que ce type de livre ne me corresponde pas. Il se lit très vite, en une seule journée -"et s'oublie encore plus vite", ça c'est Yv qui le dit !

A travers une histoire d'amour typique des romans dits "à l'eau de rose", le livre parle du travail des sapeurs-pompiers qui n'est pas limité à l'extinction des feux, mais relève parfois du rôle de l'assistante sociale ou encore du psychologue.

Les personnages sont un peu pâlichons, falots, manquent de consistance. Ils sont stéréotypés et caricaturaux. C'est du déjà-vu-déjà-lu. C'est un livre à l'américaine -dans le mauvais sens du terme-, c'est-à-dire qu'on sait en l'ouvrant a peu près comment il finira. Voilà, vous savez tout : si vous aimez ce genre de littérature, vous ne serez pas déçus, vous aurez ce que vous attendez. Sinon, passez votre chemin et allez voir des romans plus conséquents et plus forts. Bof, bof, bof...

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Une vie plus loin

Publié le par Madame Yv

Une vie plus loin, Gracianne Hastoy, Ed. Cogito, mars 2011

"Eric, jeune cadre dynamique satisfait de sa personne, se complaît dans une existence superficielle. Un soir, alors qu'il rentre d'une soirée trop arrosée, il est victime d'un grave accident de voiture. Lorsqu'il se réveille, il découvre avec horreur qu'il se trouve dans le couloir de la mort, et qu'il va devoir affronter un tribunal constitué de proches décédés avant de pouvoir se réincarner. C'est l'occasion pour lui de se livrer à une profonde introspection et de revenir sur certains événements clés de son existence." (résumé de l'éditeur)

Envoyé par Gilles Paris bien que non demandé, je le remercie néanmoins parce que ce livre à fait une heureuse : Madame YV, qui en a fait un billet. Allez, Madame Yv, dans ma grande bonté, je te cède la place (une fois de plus serais-je tenté de dire, mais bien entendu, je ne le dirai pas, j'ai bien trop peur de me faire traiter de macho par mon très très nombreux public féminin. Merci les filles de venir si nombreuses !)

Le livre commence assez mal, le personnage principal est antipathique, et horripilant. Macho jusqu'au bout des ongles ; Yv, à côté, avec ses petites réflexions à deux balles, est un rigolo !

"J'ai rejoint mon loft parisien, très tendance avec ses murs blancs et ses meubles chromés. Le style dépouillé préconisé par les décorateurs à la mode. Quelques touches de couleur distillées sur les murs, grâce à des toiles d'art moderne. Une ou deux sculptures çà et là, que du cher, que du lourd. Les filles sont impressionnées. C'est fait pour." (p.10/11)

Et puis, au fil du roman, Eric devient attachant, humain avec ses imperfections, ses fragilités. Plutôt bien décrit, il apparait nettement plus complexe que son apparence le laisse penser.

Ce livre est drôle, pas hilarant, mais on sourit souvent. Il se base sur des croyances qui sont dans l'air du moment sur le sens de l'existence. Notamment celle qui dit que nous aurions des leçons de vie à apprendre sur terre pour nous permettre d'évoluer, et ainsi revivre plusieurs fois en plusieurs corps, jusqu'à tendre vers la sagesse et l'amour pur.

On pourrait aussi résumer la théorie par l'adage bien connu : "On récolte ce que l'on sème." Et que l'on peut prolonger par : "qui sème la haine récoltera haine et malheur et qui sème l'amour récoltera paix, sagesse et amour". Dit comme cela, ce roman peut paraître facile, et gnangnan, mais ce n'est pas le cas. Ce principe est le fil conducteur, mais Gracianne Hastoy construit une histoire vraiment plaisante et pas moralisatrice. J'ai passé un bon moment de lecture n'en déplaise à ce bégueule de Yv qui préfère des lectures plus terre-à-terre, recherchant plus une écriture qu'une histoire. Moi c'est le contraire et ce livre-là me convient donc tout à fait. En plus, il est très agréable à lire !

NB : ce livre est le premier d'une probable série, puisqu'il se finit comme cela :"FIN (allez, non, à suivre...)". Dis M. Gilles Paris, lorsqu'il sera écrit, je pourrai avoir le tome 2, s'il-te-plait ?

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