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Frotti-frotta

Publié le par Yv

Frotti-frotta, Esparbec, Ed. La Musardine, 2011

"Dans ce nouveau "roman pornographique", Esparbec nous emmène au sein d'une étrange institution, une école privée entourée de murs infranchissables, où des filles perverses sont soumises à une éducation singulière : sous la férule d'une sévère directrice, livrées aux "dresseurs d'épouses" et aux "essayeurs nocturnes", elles vont devoir se livrer aux expériences les plus déroutantes pour explorer les mystères de leur libido." (4ème de couverture)

Oyez, oyez, bonnes gens, Yv a donné de sa personne -en tout bien tout honneur- pour vous, pour tester le nouveau "roman pornographique". Bon, en fait, je croyais que c'était érotique, eh bien je me suis trompé. Lorsque la liste de Masse critique de Babelio est parue, j'ai coché tout plein de livres, et c'est celui-ci qui est arrivé. Je ne crois pas qu'il y ait eu beaucoup de candidats-lecteurs. Investi d'une mission, je me suis donc plongé dans cette lecture. Ça commence plutôt bien, Esparbec s'adresse à ses lecteurs avec beaucoup d'humour et un recul de bon aloi. Très vite, bien sûr on arrive aux scènes chocs, parfois terribles, car il faut bien le dire, les garçons du pensionnat ne reculent devant aucune offense à faire aux jeunes femmes ; la directrice n'étant pas en reste. J'avoue ma pauvre culture de ce genre de littérature, m'étant plutôt cantonné, adolescent, aux lectures de SAS ou de quelques mais rares Brigade mondaine de de Villiers -non pas Philippe, Gérard ! Ou alors, des magazines, comme Newlook, mais je les lisais -et les prêtais- pour les articles de fond, bien sûr, pas pour les filles dévêtues à l'intérieur, pour qui me prenez-vous, voyons ?

Bon comment dire en en disant le moins possible pour que mon blog ne soit pas assailli par les pervers de tout poil -il en est beaucoup question dans le roman, des pervers, certes, mais des poils aussi. Je vais devoir choisir mes mots si possible non suspects de double sens.

Esparbec écrit bien, ça, je ne peux le contester ! Je l'ai dit, de l'humour, du détachement, de belles tournures de phrases, du vocabulaire... sauf dans les scènes très chaudes où là, les mêmes mots que vous voudrez m'excuser d'éluder rapport -oh mince !- aux mots-clefs de recherche, reviennent sans arrêt. Je sais qu'il n'y a probablement pas légion de synonymes, mais j'aurais aimé moins de répétitions. On est souvent plus proche de l'étalage du boucher que de la poésie. De même pour les situations coquines -et beaucoup plus si affinités, et même sans affinités d'ailleurs- qui se ressemblent beaucoup. 

On tâte -ah, zut alors- de la zoophilie, de la scatologie du sado-masochisme, on croise des amateurs de Sodome, des pervers, ... La femme est soumise -et c'est peu de le dire-, quasi violée, même si l'auteur prétend qu'elle aime ce qu'elle subit.

Je ne suis probablement pas le public pour le "roman pornographique", bien que je croie définitivement que la littérature de ce genre est ciblée mâle ! Mais attention, vrai mâle, dominateur, testostéroné et tout et tout. Tout le contraire de moi, pauvre petit être sensible et sûrement possesseur d'un côté féminin excessif -pour un garçon, bien entendu- qui ne goûte pas le plaisir de cette lecture. J'avoue même -ouh, honte à l'homme !- au risque d'être assimilé "aux mères la pudeur et à leurs consorts de toutes eaux" (4ème de couverture) avoir passé rapidement les 80/90 dernières pages (ça veut dire que j'en ai quand même lu une bonne centaine !). C'est d'ailleurs dommage, parce que si Esparbec écrivait de la littérature érotique, ou de la littérature "normale" avec moins de crudité -non, pas les légumes, encore qu'il soit question d'une carotte dans un chapitre- voire de vulgarité, je serais preneur pour tester, parce que j'aime bien sa langue -dites donc, bande de cochons, quand je dis sa langue, entendez son écriture, on a même pas été présenté Esparbec et moi, alors, pas de familiarités !- parce que j'aime bien aussi sa façon d'amener le lecteur à la scène polissonne (et c'est un doux euphémisme), de faire monter le suspens bien sûr -toute autre idée est à bannir dans mes propos- avant d'arriver en plein cœur de l'action, où là, je décroche.

A réserver aux amateurs de plus de dix-huit ans bien entendu.

 

Critiques et infos sur Babelio.com

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La commissaire n'a point l'esprit club

Publié le par Yv

La commissaire n'a point l'esprit club, Georges Flipo, La Table ronde, 2011

Un meurtre est commis à l'Esprit Club de l'île de Rhodes. Le chef du camp a été retrouvé pendu, comme un mannequin. Viviane Lancier est sommée d'aller enquêter incognito et discrètement là-bas, accompagnée du lieutenant... Cruyff, le lieutenant Monot revenant tout juste de sa convalescence est véritablement happé par les médias. Huit jours au club en charmante compagnie, voilà qui aurait pu ravir Viviane, mais...

Retour de Viviane Lancier, après La commissaire n'aime point les vers. Et ça commence tout pareil : Viviane a repris du poids, ne se sent pas vraiment sexy, ni désirable, s'habille n'importe comment et mange de tout en dépit du bon sens, celui qui voudrait qu'elle s'alimentât plus légèrement pour tenter de retrouver une ligne plus fine. Mais Viviane ne résiste pas à un plat lourd et copieux. Beaucoup d'humour dans la première partie du livre, notamment lors de la réception en l'honneur du retour d'Augustin Monot : "Viviane soupira, heureuse. On ne lui avait pas proposé de siège, ses escarpins lui faisaient mal aux pieds, les miettes de macaron grattaient sa gorge, le champagne lui donnait un léger hoquet, le foie gras remontait avec un goût aigre, mais c'était vraiment une belle soirée." (p.22)

Puis, la commissaire et Willy Cruyff arrivent au Club. Lui, très beau, corps d'athlète, toujours prêt à ouvrir la conversation avec les autres, il réussit même à se faire des connaissances dans les files d'attente ! Elle, coincée, complexée, incapable d'aller vers autrui, totalement paralysée à l'idée de passer quelques jours dans un Club de "Bronzés". Comme je la comprends Viviane : je frémis à l'idée de passer une semaine dans un Club, entouré de "cocos" et de "kikis" (respectivement les animateurs et les animatrices), obligé de me coltiner le karaoké, les repas-buffets de maigre qualité ! Et c'est là que le livre à l'instar de son héroïne, devient plus nostalgique ; l'humour est moins tranchant et l'on sent beaucoup plus la véritable détresse de Viviane. Ou alors, c'est moi qui, redoutant cette terrible épreuve et voyant Viviane la vivre si douloureusement, me suis totalement projeté et n'ai alors plus ressenti l'humour de Georges Flipo. Mais si je dis que je trouve ce deuxième tome moins drôle, je ne le considère pas moins bon. Différent, mais ressemblant tout de même. Suis-je clair ?

Dans tout le milieu du livre, la commissaire a du mal à prendre sur elle-même pour avancer. Elle aimerait tant avoir son lieutenant Monot à ses côtés. Monot, l'intellectuel, Monot le littéraire -qui, soit dit en passant, lui lira quelques passages de poèmes érotisants d'Apollinaire au téléphone, puisque pour se mettre à niveau, Viviane se lance dans la lecture de ce poète ! Mais elle n'est pas insensible non plus au charme de Cruyff. Cruyff, le sportif, Cruyff, l'adepte du beau corps. Un intellectuel et un sportif, à eux deux, l'homme parfait pour Viviane. Au(x)quel(s) elle céderait volontiers, mais de concours de circonstances en pudeur mal placée et d'aléas en retenues, Viviane... sautera-telle -si je puis m'exprimer ainsi- le pas ? Vous le saurez, en lisant La commissaire...

Venons-en maintenant à l'intrigue : un vrai casse-tête, digne -ou inspiré- du Mystère de la chambre jaune. Elle tient bien la route, met à jour les pratiques douteuses au sein du Club. Sans être haletante, elle m'a étonné jusqu'au bout : je ne m'attendais pas à cette fin.

Pouf, pouf, résumons : si on met un peu d'intrigue bien ficelée, des personnages qui doutent -enfin surtout Viviane-, d'autres qui ne se posent aucune question et avancent au jour le jour -là, c'est Cruyff-, des situations drôles -mais pas que- un contexte effrayant -le Club- que l'on mélange le tout joliment grâce à une belle écriture -toujours chez Georges Flipo, enfin ce que j'en ai lu bien sûr- eh bien vous vous retrouvez avec un bon livre policier digne descendant de La commissaire n'aime point les vers et probablement digne ascendant de La commissaire n'aime point... ou n'a point..., ou n'est point...que je programme déjà comme une de mes prochaines lectures -Ouh la la qu'elle est longue mon ultime phrase !

D'autres avis : Lystig, Ankya, Keisha, Sandrine, Liliba, Dasola, ...

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L'écologie en bas de chez moi

Publié le par Yv

L'écologie en bas de chez moi, Iegor Gran, P.O.L, 2011

Tout commence par un tract affiché sur le tableau des informations de l'immeuble dans lequel Iegor Gran habite ; il y est écrit : "Ne manquez pas ! Le 5 juin, projection du film Home de Yann Arthus-Bertrand, sur France 2. Nous avons tous une responsabilité à l'égard de la planète. Ensemble, nous pouvons faire la différence." (p.10) Iegor a du mal. Il a du mal qu'on lui impose sa façon de faire et de penser. C'est pour lui le début d'une colère et d'une rébellion qui se traduit par ce pamphlet anti développement durable.

Soyons clairs et francs : je suis écolo, ne m'en cache pas et n'en ai pas honte, mais n'en tire aucune gloire et ne fais pas de prosélytisme. C'est donc à la fois intrigué et amusé que je vois arriver ce livre dans ma boîte à lettres, sélection du Prix des Lecteurs de l'Express.

Ça commence très fort et très drôlement : "Les voisins, il faut les aimer. Les voisins sont toujours bienveillants, valeureux et civiques. Et je ne dis rien de leur beauté -cette force intérieure qui rayonne, ce sens du tact, cette poésie ! Mieux qu'une voyante, ils savent ce dont on a besoin. Mieux qu'un docteur, ils soignent nos égoïsmes. Ils sont vigilance. Ils sont probité." (p.9) C'est un pamphlet = "petit écrit au ton polémique, violent et agressif" (merci Larousse) que je peux compléter avec la définition de Wikipédia qui mérite bien sûr prudence : "Le caractère explosif du pamphlet tient du fait que l'auteur à l'impression de détenir à lui seul la vérité." qui parfois colle assez bien au ressenti que j'ai eu du texte de Iegor Gran. Il est donc très excessif, notamment lorsqu'il compare le travail d'Arthus-Bertrand -pour qui je n'ai pas une admiration sans borne- au travail de Leni Rienfenthal et si l'on pousse un peu son raisonnement, on pourrait comparer le développement durable imposé au nazisme ! C'est ce qui me gêne dans ce récit : l'excès de critique tue la critique, la décrédibilise. Le côté un chouïa "donneur de leçons" me met mal à l'aise. C'est d'ailleurs fort dommage, parce que Iegor Gran aborde des points très intéressants souvent passés à la trappe pour cause de politiquement correct. Les riches du nord se donnant bonne conscience en demandant aux pauvres du sud de ne pas trop consommer, de ne pas atteindre leur consommation, les reports des sommets de la terre  de Rio, à Tokyo et à Copenhague, ... Évidemment lorsqu'il parle des entreprises qui peuvent arborer un logo développement durable, adoubées qu'elles sont par le WWF parce qu'elles mettent la main à la poche et qu'elles subventionnent l'association, je ne peux qu'approuver son dégoût. Pourquoi et comment un constructeur de voitures peut-il dire faire des voitures propres ? Comment GDF ou Areva peuvent-il faire de la pub sur le développement durable ? A peine finie ma lecture, je me suis rendu compte qu'effectivement le développement durable était mis à toutes les sauces, partout, par tous et pour tous : des affiches placardées sur les panneaux, les publicités dans nos boîtes, à la télévision, ... Pour les réticents, les sceptiques, c'est l'overdose !

Suffisamment de mauvaise foi et politiquement incorrect pour que j'aime l'idée de départ. Mais la critique parfois trop facile et pas assez fine -voire vulgaire-, l'humour qui cède souvent la place à une colère et à des arguments spécieux -comme lorsque Iegor Gran dit "Éteindre la lumière quand on sort, isoler les bâtiments, réduire les achats inutiles. Tout le monde le fait, s'efforce de le faire." (p.92)- font que ce récit ne me convainc pas, malgré une partie des propos à laquelle j'adhère totalement.

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Là-haut, tout est calme

Publié le par Yv

Là-haut, tout est calme, Gerbrand Bakker, Ed. Folio, 2011 (Ed. Gallimard, 2009)

Helmer, cinquante-cinq ans, vit dans sa ferme au nord de la Hollande, seul avec son vieux père impotent. Il n'a pas choisi cette vie, Henk, son jumeau devait reprendre l'exploitation, mais Henk est mort accidentellement trente-cinq ans auparavant. Depuis, Helmer subit plus qu'il ne vit sa vie. Un jour, contre toute attente, il décide de bouger : il installe son père à l'étage, brûle les vieux meubles et repeint les pièces principales de la maison. Puis, Riet, l'ancienne petite amie de Henk reprend contact avec lui.

Ça y est me voilà sur le coup ! Bien après tout le monde, je lis ce fameux roman très encensé. Me voici comblé : je n'aime pas avoir l'impression que nous lisons tous en même temps les mêmes livres ; j'ai donc pris mon temps pour accéder à celui-ci. Et bien m'en a pris, parce que du temps, il en faut pour savourer ces presque 400 pages de lenteur, de nature, de petites choses du quotidien, de questionnements. Parce qu'il ne se passe quasiment rien dans ce roman. Bon, certes, il y a des morts, mais sur quarante ans, c'est un peu prévisible, et à part une mort accidentelle, les autres sont plus normales, si je puis dire. C'est lent, c'est excessivement lent, mais ça n'est pas long. Jamais je ne me suis ennuyé à lire les journées d'Helmer. Il y a même des descriptions de gestes banals qui durent et qui se lisent très bien, notamment la préparation du café ou des repas pour le père d'Helmer avant de les lui porter dans sa chambre.

Gerbrand Bakker écrit donc sur un vieux garçon qui a toujours subi, lui "le second choix", puisque son père lui a toujours préféré Henk, et qui enfin se pose des questions qui vont le faire avancer. Ou plutôt qui ose avoir des réponses jusque là bien enfouies. Il écrit surtout sur la gémellité, sur la souffrance qu'a ressenti Helmer lorsque son frère, pour Riet, s'est éloigné de lui :

"Nous appartenions l'un à l'autre, nous étions deux garçons et un seul corps.

Mais il y a eu Riet. Lorsqu'en janvier 1966 je suis entré dans sa chambre [celle de Henk] et ai voulu me coucher près de lui, il m'a renvoyé. "Fous le camp", a-t-il fait. Je lui ai demandé pourquoi. "Idiot", m'a-t-il répondu. En quittant sa chambre je l'entendais pousser des soupirs de mépris. J'ai regagné mon lit en frissonnant. Il gelait, la nouvelle année venait de commencer et, le matin d'après, la fenêtre était couverte de haut en bas de fleurs de givre. Nous étions désormais deux jumeaux et deux corps." (p.215)

Cette séparation le met très mal à l'aise, lui, déjà pas forcément très sûr de lui. Ensuite, à la mort de Henk très proche de ce jour néfaste, Helmer sera bien incapable de s'opposer à son père lui imposant de reprendre la ferme. Il lui faudra trente-cinq années pour réagir et se rebeller. Pour prendre sa vie en mains.

Dans le même temps, l'auteur dit la différence entre ces jumeaux : pourquoi l'un est le préféré du père ? Pourquoi Riet préfère Henk à Helmer ? Sont-ils si ressemblants ? Et quid de la question importante de leur différence sexuelle : Henk était amoureux de Riet, très belle jeune femme. Helmer est beaucoup plus troublé par les hommes qui l'entourent, notamment Jaap, le garçon de ferme. Peut-être me trompé-je, mais il me semble y voir là plus que l'amitié entre deux hommes.

Très bien écrit, ce livre tient son lecteur jusqu'au bout, sans suspens, sans rebondissement, juste en racontant la vie de cet homme ordinaire. J'ai espéré tout au long du livre en un changement pour Helmer. Chaque lecteur -dont moi- a dû, j'imagine, suivre sa "quête du bonheur" (4ème de couverture) avec l'envie forte qu'il le trouve.

On dit souvent -voyons, je pourrais prendre mes responsabilités et dire : "Je dis souvent..."-des personnages qu'ils sont attachants, et c'est souvent le cas, mais s'il doit y en avoir un qui l'est un peu plus que les autres, c'est bien Helmer -dans la seconde qui suit ce que je viens d'écrire, je peux vous en trouver au moins douze autres qui le sont tout autant que lui, comme quoi, ce que j'écris n'est pas toujours vérité !

Un texte envoûtant bien que sans artifice (des phrases simples, des mots simples), des paysages et une nature nordiques très présents, des questionnements existentiels sur le sens de la vie, de la sienne et de celles des autres font que ce roman charme, captive et fascine (c'est sans doute un peu fort comme terme, mais il y a un peu de cela quand même pour nous tenir 400 pages.) Comme quoi, quand c'est bien écrit, je peux m'intéresser à des livres lents !

Beaucoup d'autres avis chez tout plein de monde : Clara, Aifelle, Cathulu, Choco, Kathel, Isa, In cold blog, ...

 

dialogues croisés

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Commissaire Garon : La jeune chair

Publié le par Yv

La jeune chair, Saint-Luc, Ed. Beaurepaire, 2011

Un directeur de banque lyonnaise est tué de trois balles dessinant un parfait triangle au niveau du plexus. L'enquête est confiée au commissaire Garon, le directeur de la Brigade des Affaires Générales de Lyon. Cette brigade s'occupe des personnalités en vue. Garon et ses collègues, les inspecteurs Arnand et Dancour avancent à pas feutrés, mais rapides.

Ce petit roman policier de 173 pages (ah merci M. Saint-Luc de nous éviter les pavés de 400 pages emplis de banalités et de considérations de peu d'intérêt. J'aime les livres courts, qu'on se le dise !) m'a été proposé par Les agents littéraires qui sévissent sur la toile depuis quelques semaines. Gentiment dédicacé à un "critique littéraire" -c'est trop d'honneur-, par l'auteur qui me dit que son livre "n'est qu'un premier polar, certainement perfectible". Perfectible, sûrement, mais déjà bien construit et l'équipe de Garon mérite un arrêt sur ses aventures. Les personnages se mettent en place, puisque tome 2 -et peut-être plus- il y aura. D'ailleurs, pour en savoir plus il existe un site Commisaire Garon, très bien fait.

Saint-Luc nous balade à Lyon : "Lyon est cernée par deux collines, symbolisant deux mondes antagonistes : la Croix-Rousse, appelée la "colline qui travaille" sent la révolution, la sueur des petites gens, rappelle les combats des canuts, alors que Fourvière, la "colline qui prie" invite au recueillement, à l'abri dans sa verdure. Les maisons n'y sont pas luxueuses, mais sages et sans ostentation, les congrégations nombreuses." (p.79), puis nous emmène dans les pas d'Albéric Garon de Bouziq, puisque tel est son véritable patronyme, à Hong-Kong et Macao ; il nous y promène également dans les rues et ruelles. Comme je le disais précédemment, le roman est assez court, donc les personnages ne sont pas poussés, mais comme il existe une suite, j'imagine que nous en apprendrons plus sur eux au fur et à mesure de leurs enquêtes.

L'intrigue démarre assez vite et monte en puissance. Mais ici point de courses poursuites, point de fusillades ni d'hémoglobine dégoulinante. C'est un bon polar classique dans lequel l'auteur n'hésite pas à faire preuve d'humour et de critique envers le monde politique, le monde des affaires et les liens très étroits qui les unissent. Pour avoir fréquenté les cabinets ministériels, et donc le monde politique, Saint-Luc sait de quoi il retourne.

Plutôt bien écrit (même si le "s'est avérée fausse" de la page 140 me heurte un peu-beaucoup ; mais bon, parfois dans des bouquins plus grand public, on trouve bien pire !) ce polar permet de passer un très agréable moment. Pour tout dire, je le retrouverai bien volontiers, ce commissaire Garon avec ses camarades, épaissis, décrits plus en profondeur, dans une intrigue que j'espère au moins de la même bonne qualité.

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Malarrosa

Publié le par Yv

Malarrosa, Hernan Rivera Letelier, Métailié, 2011 (traduit par Bertille Hausberg)

"Elle devait s'appeler Malvarrosa. [...] Cependant, à la suite d'une erreur de l'officier de l'état civil ou parce que son écervelé de père était tellement bourré en allant l'inscrire qu'il pouvait à peine bredouiller un mot, elle finit par s'appeler Malarrosa." (p.11)

Cette petite fille vit entre son père, "Saladino, père irresponsable et joueur poursuivi par la guigne", Oliverio Trébol dit Tristesburnes, le gros bras au cœur tendre, sans oublier Isolina del Carmen Orozco Valverde, l'institutrice d'âge canonique qui ne désespère pas de ramener tout ce beau monde dans le droit." (4ème de couverture).

Hernan Rivera Letelier situe son histoire dans le Chili de la fin des années vingt et du début des années trente. Les mines de salpêtre ferment les unes après les autres. Les villages créés autour se vident, les anciens mineurs partant pour les villes chercher du travail. Yungay, le village de Malarrosa, à ses heures de gloire comptait "trois hôtels, les pensions de famille, la pharmacie, les boutiques de vêtements, les dépôts de vin, les billards, les bistrots, les tavernes, dix-sept lupanars" (p.16) Mais à la suite de l'exode de ses habitants "sur les dix-sept bordels il n'en restait plus que deux : le Poncho Désiré et le Perroquet Vert"(p.16). A travers l'histoire de Malarrosa, l'auteur raconte la naissance, la vie et la disparition de ces petits villages du désert, poussés artificiellement grâce aux mines. Yungay partiellement déserté ressemble un peu aux villages désertiques qu'on voit dans les albums de Lucky Luke, on y rencontre même le croque-mort qui se promène avec son mètre à la main, ici, don Uldorico. Les bagarres, les beuveries, les jeux de cartes, les visites au lupanar et les combats de boxe à mains nues distraient les habitants. La vie s'écoule lentement, paisiblement. Celle de Malarrosa, comme celles des autres habitants est une suite d'anecdotes plus ou moins drôles, plus ou moins tristes, parfois anodines, parfois importantes. Ma lecture a subi les mêmes hauts et bas, parfois lente et pas vraiment passionnante, sans jamais pour autant  être désagréable. Et puis, sur la fin, le récit s'agite un peu, les personnages aussi, ils sortent un peu de leur léthargie... et moi aussi.

Me voilà encore une fois partagé sur un livre : d'un côté des personnages attachants mais qui subissent et qui ne réussissent pas à captiver -bien qu'on les aime beaucoup et qu'on ait envie qu'ils s'en sortent- et qui, fort heureusement pour eux et pour nous ont un sursaut final bienvenu et de l'autre côté une écriture plaisante, propre et assez lisse (j'ai toujours du mal à parler de l'écriture d'un écrivain traduit : quelle est la part du traducteur -ici, une traductrice, Bertille Hausberg- dans  la qualité du travail ?). Un rien de détachement de l'auteur pour ses personnages, là est peut-être l'explication de ma réserve.

Pour conclure, ce n'est pas une mauvaise lecture, bien au contraire, mais elle n'a pas emporté mon enthousiasme. Cependant, je pense que cette petite Malarrosa pourrait plaire à beaucoup de lecteurs. Et puis, quelle belle couverture !

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Carte du labyrinthe

Publié le par Yv

Carte du labyrinthe, Alberto Torres-Blandina, Métailié, 2011

"Trois personnages se croisent, s'aiment se quittent et se fuient. Bon mari et bon père, Jaime mène une vie rangée dont il ne cesse de vouloir s'échapper. Il collectionne en cachette les photos de nus qu'il développe pour ses clients, en particulier celles que lui apporte Alberto.

Elisa est amoureuse d'Alberto. Tout va bien jusqu'au jour où elle se réveille dans une zone industrielle, à moitié nue. Elle ne se souvient de rien." (4ème de couverture)

Le premier roman d'Alberto Torres-Blandina, Le Japon n'existe pas, m'avait bien plu, dans un registre comico-ironico-léger. Pour son second roman, l'auteur est parti explorer un domaine totalement différent : celui de l'amour : la passion, la tendresse et bien sûr l'amour absolu, celui qui dure toujours : "nous aimer pour toujours, comme on n'aime que dans les poèmes." (p.199)

Jaime est un homme installé, marié et père de famille qui ne rêve que d'aventures, qui se pose des questions sur la durée de l'amour, sur la fidélité, sur la paternité et qui se demande ce qu'il aurait fait s'il n'avait pas suivi ce chemin. Mais il n'ose pas franchir le pas de l'adultère, malgré quelques occasions, de peur de ne plus pouvoir se regarder en face. Lorsqu'il est sur le point d'aborder une femme, il l'attend à l'extérieur d'une brasserie et voit son propre reflet  :

"Ce qui m'effraie le plus dans ce Jaime reflété sur la vitre, ce sont ses yeux. Identiques aux miens. Mes propres yeux en train de m'observer depuis la surface froide. Ils m'interrogent tout comme je les interroge. Son regard me fait peur, pénétrant, inquisiteur, comme s'il ne me reconnaissait pas.

Encore que ce serait bien pire qu'il me reconnaisse, qu'il se reconnaisse en moi. Qu'il me sache son reflet.

Je serais alors obligé de partir en courant.

Et aujourd'hui je ne dois pas partir en courant." (p.98)

Alberto est l'homme à femmes, celui qui devient totalement paranoïaque et désemparé lorsque sa compagne Elisa se fait violer. Rien ne sera plus comme avant. Lui, l'homme aux conquêtes, ne drague plus, ne fait plus l'amour et quitte Elisa. Il voue de la haine aux hommes, tous ceux qui auraient pu violer Elisa. Il est détruit. Ne réussit pas à remonter la pente : "Tout me semble absurde autour de moi. Qu'est-ce qu'ils peuvent bien savoir des larmes, ces gens-là ? Pourquoi est-ce qu'ils perdent leur temps dans des conversations hypocrites ou qu'ils se prennent la tête pour des bêtises ? La vie passe à côté de nous, mais nous sommes trop occupés à des conneries pour nous en rendre compte." (p.107)

Elisa est la femme amoureuse, qui pardonne à Alberto ses aventures. Elle est entière, indépendante. Violée, elle a énormément de mal à se remettre. Elle pense à la mort, à l'amour à mort. Elle cherche désormais l'amour absolu, celui qui ne peut baisser en intensité et celui qui la sauvera de son mal-être, qui la lavera de ce qu'elle ressent comme une salissure, son viol.

Dit comme cela, ce livre peut paraître noir, triste ; je ne vais pas vous mentir en vous disant qu'on rit à toutes les pages, mais je peux vous dire qu'il est surtout très profond. La réflexion des personnages est poussée à fond, ce qui dérange le lecteur bien obligé de se mettre en question lui-aussi. Il est construit en cinq parties de trois chapitres chacune, un par narrateur. Cette  construction permet de maintenir un intérêt tout au long de la lecture. Bien écrit, simplement, pas de tournure de style alambiquée, point de phrases incompréhensibles. Chaque personnage, bien distinct, est une facette de l'humanité :

"Elle vient de découvrir qu'elle ne peut pas me haïr. Que nous sommes la même personne. Que derrière les noms et les nuances, nous sommes tous exactement la même personne perdue sous divers déguisements." (p.200)

Si vous aimez les histoires plan-plan, ne notez pas ce titre. Si vous aimez être dérangé par vos lectures, foncez ! Je vous avouerai sincèrement qu'un récit aussi intimiste ne m'avait pas bousculé autant depuis longtemps ! Assez facile de se projeter dans un des personnages ou dans les trois en même temps. Alberto, qui est pourtant très loin de ce que je suis dans la vie me touche particulièrement : son récit me paraît être le plus fort, le plus dense.

"Une histoire qui ne vous quitte plus" (4ème de couverture). Un auteur assurément à suivre !

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Savages

Publié le par Yv

Savages, Don Winslow, Ed. du Masque, 2011

Chon, mercenaire amateur d'armes, Ben, docteur en botanique et Ophélia, dite O. forment un trio amoureux. Mais les garçons cultivent aussi un cannabis exceptionnel, le vendent et les bénéfices qu'ils en tirent sont énormes. Tous trois vivent tranquillement, en Californie, entre la drogue, le sexe, l'alcool, et le volley-ball.

Un jour, le Cartel Baja, lui-même grand pourvoyeur de drogue, décide de s'approprier la totalité du marché de la Californie. Ben et Chon refusent, mais le cartel a des moyens de persuasion très efficaces.

Lorsque Anne des éditions du masque m'a envoyé ce livre, un petit mot l'accompagnait disant : "Voici le dernier Winslow, une référence à ne pas manquer !" Je ne vais pas faire mon puritain et dire que je n'aime pas les histoires de drogue et de sexe omniprésents, mais c'est un peu cela tout de même. Disons que ça ne m'intéresse pas plus que cela, que ce n'est pas forcément ce que je recherche dans mes lectures. J'ai donc commencé ce livre avec beaucoup de réserves. Réserves que je gardais tout au long des premières pages. Le langage est souvent cru, direct, les phrases parfois pas finies, bourrées d'acronymes, de mots-valises, de néologismes. Et puis, et puis... Je me suis bien fait avoir. Ce que je peux reprocher au style de l'auteur dans la ligne juste au-dessus est finalement ce qui fait la force du roman. Construit en tous petits chapitres, très rapides, très accrocheurs, le livre est provocant et diablement prenant. Premier chapitre : "Fuck you." (p.11), bon je vous l'accorde, on fait plus léger et plus distingué. Don Winslow dresse le portrait de jeunes gens vivant dans un monde méchant et cruel : les êtres fragiles n'y ont pas place. Chon, le mercenaire

"...se sent

    mort d'ennui

    en dépression

    à la dérive dans sa vie. Sans but devant lui peut-être parce que...

    ... vous creusez un puits au Soudan, ça n'empêche pas les Janjawid (Milices du Darfour et du Soudan) de débarquer et d'abattre les gens.

    ... vous achetez des moustiquaires et les garçons que vous sauvez grandissent pour

                                                      ... violer les femmes

    ... vous installez de petites entreprises familiales au Myanmar et l'armée

                                                      ... les vole et utilise les femmes comme esclaves et Ben commence à craindre de très bientôt partager l'opinion de Chon sur l'espèce humaine

    A savoir que les gens ne sont au fond que

                                                            des merdes." (p.67)

Vous voyez, même la mise en page est étonnante, déroutante et hors normes. Je ressors donc de ce roman un peu groggy, parce que ça cogne dur, parce que les personnages, malgré le monde ultra violent dans lequel ils vivent et qu'ils contribuent à rendre ainsi, sont plus vulnérables qu'ils ne veulent bien le dire et attachants.

Heureusement, pour faire passer la pilule, Don Winslow n'hésite pas à jouer d'humour :

"La dope-sexe de Ben & Chon. [...]

Tout le monde en veut.

Vous filez ça au pape, il jouerait au frisbee avec des capotes qu'il balancerait de son balcon à une foule de fidèles en adoration. Leur dirait d'y aller. Dieu est bon, tirez votre coup. Dieu est amour, envoyez-vous en l'air." (p.134)

Attention donc, si vous mettez le nez dans ce livre, vous risquez de devenir accro. Se déguste jusqu'au bout, jusqu'à la scène finale. Je confirme donc les propos de Anne (merci merci pour le livre) : "Une référence à ne pas manquer !"

Jean-Marc Laherrère a beaucoup aimé aussi.

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La lit-thé-rature

Publié le par Yv

L'atelier d'écriture de Gwen, ce week-end consistait à placer dans un texte au moins dix noms de thés dans la liste des quinze qui suit : 

  1. La route du temps
  2. Maharadjah
  3. Fleur du désir
  4. Mikado
  5. Trois noix
  6. Élixir d’amour
  7. Exposition coloniale
  8. Montagne d’or
  9. Duvet du dragon
  10. Guerriers
  11. Moon Palace
  12. Comète
  13. Fall in love
  14. Haute mer
  15. Grands Augustins

N'étant pas disponible hier, je me suis fendu d'un petit texte ce matin que j'offre à votre curiosité. Attention, le voici :

Dans un pays lointain vivait une très belle jeune femme, qui, la nuit tombée se livrait à la sorcellerie. Pas toujours en réussite, elle avait quelques casseroles à son actif : un dragon venu lui demander service s’était vu repartir avec du poil au menton : le fameux duvet du dragon, qui prenait feu lorsque celui-ci était en colère ; mais le pire, en voulant préparer un élixir d’amour, elle prépara une espèce de tisane infâme qui après que son client l’eût bue et malgré la chanson qui passait en sourdine : Let’s fall in love, ne lui attira que railleries et humiliations de la part de Fleur du désir, la jeune fille qu’il convoitait. Malgré cela, la jolie sorcière de nuit persévérait et pensait même avoir réussi une grande chose lorsqu’une comète atterrit en douceur, miraculeusement dans son jardin. Forte de ce succès qu’elle s’attribuait, elle alla quémander audience au Maharadjah pourtant peu enclin à la sorcellerie et aux femmes, préférant de loin, de très loin, de très très loin –bon j’arrête là la très fine allusion- la compagnie des hommes et plus particulièrement de ses guerriers, virils et beaux, et grands, surtout les jumeaux, qui bizarrement portaient le même prénom, Augustin ; les fameux Grands Augustins. Le Maharadjah en était fou bien qu’il fût totalement incapable de les différencier ou grâce à cela d’ailleurs. Mais qui était assez timbré pour appeler ses jumeaux par le même prénom et en plus pour leur donner un prénom totalement inusité dans ces contrées lointaines ? Augustin ! Rendez-vous compte, pourquoi pas des Steven, des Brandon ou des John chez nous, en France ? C’est pas demain la veille que cela arrivera, même si le temps trace sa route, la célèbre route du temps, si vantée par les poètes et les écrivains. 

Bon, revenons à notre sorcière, je crains de m’en être un peu éloignée, et c’est fort dommage, parce qu’elle est ravissante. Elle demande donc audience au Maharadjah qui la reçoit, un peu dégoûté, il faut bien le dire. Elle lui expose ses projets et notamment celui de trouver sa pierre philosophale, celle qui changera les cailloux –choux, hiboux, joujoux, donc, ça prend un « x »- en or : une vraie montagne d’or en perspective pour le Maharadjah, qui était aussi cupide et vénal !

« Banco, dit-il, tu grattes et tu gagnes ! Si tu réussis, je te ferais construire un palais qui portera ton nom, le Moon Palace », et oui, vous ne le saviez pas, mais la sorcière –qui travaille la nuit- s’appelle Moon. Bien vu, non ?

Moon se mit donc au travail plusieurs mois, mais ne réussit point sa mission. Effrayée à l’idée que le Maharadjah puisse en vouloir à sa vie, elle prit trois noix, se fit avec une grosse coque de noix et prit la Haute mer en direction de Mikado, le Royaume tout proche, très fin et légèrement enrobé de chocolat. Je sais, la fin est moyenne, c’est sans doute la petite faiblesse qui me perdra, j’ai hésité entre le Royaume de Mikado et envoyer Moon à l’exposition coloniale, mais j’ai trouvé que ce n’était pas un lieu pour elle. Elle y vécut heureuse et eut beaucoup d’enfants. Ça c’est pour le happy end.

 

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