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La malédiction

Publié le par Yv

La malédiction, Hyam Yared, Éd. des Équateurs, 2012

Hala est née au Liban dans les années 70, dans une famille chrétienne. Elle vit sous l'autorité de sa mère, peine à trouver sa place, écrasée par celle-ci qui ne voit que les formes de sa fille, l'empêche de manger toute sucrerie. Elle l'épie, la flique, découvre les attouchements que son frère marchande à l'aide de bonbons. Hala grandit dans un pays en guerre, découvre les rivalités et les haines des adultes. Puis, elle, la boulimique, rencontre Fadia l'anorexique, celle qui l'éveillera, qui lui permettra de se construire.

Très difficile à résumer ce bouquin, je ne suis pas sûr d'y être réellement parvenu. Il manque des éléments, j'ai peur d'en avoir interprété d'autres. Écrit par une femme, c'est un roman sur les femmes. Sur leurs vies dans ces années-là au Liban. Hala, comme beaucoup se soumet à l'autorité plus qu'elle n'obéit. L'autorité des hommes mais aussi et surtout celles des mères, fortes, qui elles-mêmes ont eu une vie difficile. Dans le milieu dans lequel elle évolue, aucune déviance n'est tolérée : boulimie, homosexualité, sexualité avant mariage, même en parler est péché ! La religion culpabilisante ! "Le plaisir est une porte ouverte sur la dégradation de l'autorité. Il faut annuler le plaisir par la culpabilité. L'énergie calorique sans la culpabilité, c'est la révolution assurée." (p.26)

Hala grandit dans l'espoir de récolter de l'amour de sa mère, or celle-ci ne s'intéresse qu'à son dernier-né, Hicham :

"J'attendais que la colère la quitte pour me blottir en rêve dans ses bras. Chaque fois qu'elle les ouvrait, je me précipitais la première et arrivais quand elle les avait déjà refermés sur Hicham. La nuit, je rêvais de son parfum. Le matin, à l'affût du moindre signe, j'étais heureuse lorsqu'elle était détendue. Son sourire ressemblait à un arc-en-ciel retourné. Avec le temps, je me fis une raison. La tendresse, comme la colère, devait être une possession dont la mère était victime. Elle passait de l'une à l'autre sans raison." (p.19)

Ce roman est toute la vie de Hala, de son enfance à sa vie de femme. Les hommes y sont peu présents, mais importants par les actes qu'ils commettent ou au contraire par leur indifférence au sort des filles et par leur souhait de ne pas s'immiscer dans l'autorité maternelle (pour avoir la paix et vivre tranquillement), sous prétexte d'aller travailler pour faire vivre la famille. Plus tard elle les découvrira transparents, se désagrégeant petit à petit. Ce sont donc les mères qui éduquent les enfants, durement comme elles l'ont été ; celle de Hala est changeante  : "Ma mère souffrait d'automutilation retournée sur autrui. A travers moi, elle punissait son propre sexe." (p.31/32)

C'est un livre qui se mérite : sa lecture n'est pas évidente, demande de l'attention, mais on n'en décroche pas. Hyam Yared est poétesse et romancière et son écriture s'en ressent. Des passages très beaux alternent avec d'autres plus crus, directs. La lecture est déconseillée aux pudibonds, mais fortement recommandée aux autres. Si certaines phrases sont un peu plus ardues à saisir, et certains passages un peu plus longs, je ne me suis jamais ennuyé dans ce livre. Hyam Yared développe un style qui accroche et garde le lecteur. Une sorte de fascination ou d'ensorcellement qui vous mènera au bout de cette histoire de femme libanaise, qui pourrait bien représenter une femme universelle. 

 

challenge 1%

dialogues croisés

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Ça coince ! (11)

Publié le par Yv

Ça coule de source, Jean-Pierre Fleury, Éd. Marivole, 2012

Dans ce roman, JP Fleury explique à deux enfants, Basile et Augustin le cycle de l'eau, "de son trajet aléatoire de la source à la mer ainsi que, remontant vers le ciel, de son difficile retour vers la terre." (4ème de couverture)

Thème intéressant s'il en est et on ne peut plus d'actualité. L'eau ne se crée pas, on ne fait qu'utiliser celle de nos aïeux et nos petits-enfants utiliseront la même que nous, d'où bien entendu, le soin que l'on doit lui apporter. Malgré mon intérêt pour cette question, et l'écriture de l'auteur, alerte, souvent drôle, parfois agaçante mais jamais mièvre ou de mauvaise qualité, ce livre ne me touche pas et m'ennuie. JP Fleury hésite entre roman et essai et ça ne me plaît pas. Je comprends qu'il ait envie de faire passer des messages auxquels je suis très sensible, mais peut-être parce que je suis déjà dans une démarche de consommation bio et/ou locale, de tri, de limite de consommation d'eau, d'énergie, ce livre ne retient pas mon attention. 

Dans un genre assez proche, je peux conseiller Croissez et multipliez de Caroline Bruno-Charrier dont la partie romancée est sans doute un peu légère mais elle permet de toucher quelques points essentiels à la survie de la planète.

 

Dans la peau du diable, Luke Delaney, MA Éditions, 2012 (traduit par Etienne Menanteau)

Un jeune homosexuel se fait massacrer dans son appartement londonien. L'inspecteur principal Sean Corrigan mène l'enquête. Lui qui fut abusé dans son enfance a une sorte de sixième sens très fin lui permettant d'identifier la part sombre de chaque individu. Ses soupçons se portent sur James Hellier, un homme très en vue dans le milieu financier de Londres. Mais celui-ci est retors et se tire de toutes les situations qui pourraient lui être fatales.

Ce thriller commence dans la tête du tueur -et on y revient régulièrement- par une scène difficile presque insoutenable du meurtre du jeune homosexuel et de la jouissance de son agresseur. Mis à part ce chapitre, le livre débute doucement jusqu'à ce que Sean Corrigan soupçonne James Hellier. L'affrontement devient intéressant. Mais très vite, le bouquin révèle des longueurs inutiles. Là où dans certains polars les à-côtés sont consacrés aux vies des flics, à leurs interrogations existentielles, dans ce roman, Luke Delaney délaye dans des répétitions concernant l'enquête, le présumé tueur. C'est long, très long, trop long. Alors, bien sûr, je pourrais écrire qu'enfin, dans la dernière partie du livre le rythme s'accélère et que les rebondissements pleuvent. C'est le cas, mais que de pages passées ou survolées pour en arriver à cela. J'imagine qu'il y a un format "réglementaire" pour un thriller pour que les auteurs aillent écrire 400 pages ou plus (414 pour ce livre), là où manifestement la moitié suffirait à tenir le lecteur -donc moi- en haleine de bout en bout ! 

Pour finir et être très franc, même si l'auteur écrit des rebondissements, rien n'est vraiment surprenant dans ce thriller. A réserver sans doute aux amateurs du genre qui ne seront ni surpris ni déçus, à condition quand même qu'ils puissent supporter des scènes de torture à filer la gerbe.

 

Appel du pied, Risa Wataya, Éd. Philippe Picquier, 2005 (traduit par Patrick Honnoré)

Une jeune lycéenne, seule, n'ayant que peu de rapports avec ses condisciples se rapproche d'un garçon isolé comme elle. Elle découvre qu'il est fan d'une mannequin célèbre qu'elle a eu l'occasion de rencontrer quelque temps auparavant. C'est sur cette base que débute leur relation.

Lu dans le cadre du club de lecture de la bibliothèque municipale pour le thème de la littérature asiatique. Mon commentaire : A quoi bon ? Quel intérêt ? Une lecture pour des jeunes filles peut-être ? 

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Dominique A en concert

Publié le par Yv

Dominique A. est un artiste que j'apprécie depuis une quinzaine d'années -depuis l'album La mémoire neuve-, mais que je n'avais jamais eu l'occasion d'aller voir en concert. Sa discographie est excellente bien entendu, mais assez variée, je me demandais ce qu'elle pouvait donner en concert. Vendredi 30 novembre, nous sommes donc allés, Madame Yv et des amis et moi dans la nouvelle salle nantaise, tout près du désormais célèbre éléphant, et des non-moins fameuses machines de l'île, Stéréolux. D'abord, je dois dire que l'accueil est très sympathique : tous les gens qui bossent là sont souriants et aimables. Et la salle est vraiment très bien : pas trop grande, accueillante.

Et puis ce concert ! Résolument rock ! Une base guitare(s), basse, batterie et claviers, en tout 4 musiciens plus Dominique A. qui joue lui-même de la guitare. Un concert excellent, des morceaux qui durent ; une mention spéciale à la partie instrumentale de L'Horizon et au final de Par les lueurs, dans des styles différents. Je dis ça parce qu'on en a reparlé avec les amis au bar après le concert, mais en fait, nous aurions pu donner une mention spéciale à tous les morceaux, même ceux que je ne connaissais pas, puisque je n'ai pas encore écouté son dernier disque. La voix claire et limpide du chanteur survole les instruments ce qui n'est pas le cas de tous les chanteurs en concert. Audible, on comprend ce que chante Dominique A. Un sans faute que voulez vous ! Après on dira que je m'enthousiasme rapidement. Peut-être, mais ce n'est pas de ma faute. C'est Dominique A et ses musiciens qu'il faut blâmer ou féliciter.

Excellent (l'ai-je déjà dit) concert que nous avons prolongé donc au bar, dans le hall de Stéréolux,  jusqu'à la fermeture. Vers une heure du matin, la sécurité est gentiment venue nous dire qu'il nous fallait quitter les lieux. Dominique A et ses musiciens traînaient dans le hall depuis la fin du concert, discutant avec les uns et les autres très simplement, riant beaucoup. Un petit détour de ces dames pour tenter d'embrasser Dominique A qui se laisse volontiers faire avec le sourire, et nous voici sur la place devant la salle, repartant vers nos voitures parlant évidemment de ce concert formidable (je l'avais pas encore dit cet adjectif !)

Conclusion : si Dominique A passe en concert près de chez vous, passez le voir, vous ne regretterez pas. Stéphane Pajot, journaliste et écrivain y était aussi et il a écrit sur le site de Presse océan.

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14

Publié le par Yv

14, Jean Echenoz, Éd. Minuit, 2012

Cinq hommes vendéens ou de la région nantaise partent à la guerre. La grande, celle de 14. Ils se connaissent tous. Chacun n'aura pas le même sort, mais aucun ne reviendra indemne. Le pourraient-ils d'ailleurs ? Près de Nantes, une femme attend le retour de deux d'entre eux.

Je crains pour une fois de n'être pas original et de me fondre dans une majorité écrasante tellement les critiques de 14 sont bonnes (voir par exemple chez Babelio). Et oui, j'ai aimé ce roman, court, dense, fin et excellemment écrit. C'est évidemment le premier point que tout le monde aborde, l'écriture de Jean Echenoz. Y abondent les mots un peu tombés en désuétude, les imparfaits du subjonctifs, des tournures de phrases inhabituelles qui font mouche. Tout pour me plaire. Et tout me plaît. J'ai découvert cet auteur avec l'admirable Ravel et j'ai ensuite succombé au charme Des éclairs (et d'autres en passant, comme Je m'en vais). 14 est tout aussi formidable que les précédents même s'il peut parfois manquer d'une toute petite étincelle, celle Des éclairs par exemple : désolé, je n'ai pas pu m'auto-censurer, j'avais cette blague en moi depuis le début du bouquin, car il me manquait un tout petit truc pour adorer. Petit truc ou étincelle qui jaillit vers la moitié du bouquin pour faire de ce qui ressemblait à un très bon roman un excellent livre.

Jean Echenoz ne s'attarde pas trop sur la guerre, n'en fait pas 400 pages (le roman est court, seulement 124 pages) et c'est parfois ce que lui reprochent certains lecteurs. Moi non. Je lui sais gré de ne pas en rajouter : il sait en quelques lignes décrire la puanteur des tranchées, la peur des soldats, les obus qui tombent tranchant têtes et bras, sans pathos, sans hémoglobine. Il l'écrit lui-même d'ailleurs :

"Tout cela ayant déjà été décrit mille fois, peut-être n'est-il pas la peine de s'attarder encore sur cet opéra sordide et puant. Peut-être n'est-il d'ailleurs pas bien utile non plus, ni très pertinent, de comparer la guerre à un opéra, d'autant moins quand on n'aime pas tellement l'opéra, même si comme lui c'est grandiose, emphatique, excessif, plein de longueurs pénibles, comme lui cela fait beaucoup de bruit et souvent, à la longue, c'est assez ennuyeux." (p.79)

Effectivement quoi dire qui n'ait déjà été dit sur cette guerre ? Echenoz ne peut rien inventer, collant à la réalité. Alors, il le dit différemment, avec ses mots et ses si jolies phrases. "Comme tous les premiers  arrivés, ils ont eu droit à un uniforme à leur taille alors qu'en fin de matinée le retard de Charles, toujours hautain et détaché, lui a d'abord valu une tenue mal ajustée. Mais vu qu'il protestait avec dédain, faisant arrogamment toute une histoire en excipant de son état de sous-directeur d'usine, on a réquisitionné sur d'autres -Bossis en l'occurrence ainsi que Padioleau- une capote et un pantalon rouge qui ont paru convenir au notable malgré son expression d’écœurement distant." (p.16) Il use parfois d'un style léger pour raconter une mort, pour faire un inventaire de tous les animaux que l'on découvre mangeables alors qu'en temps de paix, il ne serait venu à l'esprit de personne de les avaler. Des paragraphes qui allègent le propos, lourd forcément mais jamais insupportable ni lourdingue.

Un dernier extrait pour finir qui dit simplement ce qu'a été ce début de guerre que tout le monde croyait facile et gagnée en quinze jours. Comment des jeunes hommes, ruraux pour la plupart, avec peu d'instruction, ont pu à un moment se faire violence pour aller au combat et tuer un ennemi guère plus enclin à tuer que lui ni plus guilleret au moment d'attaquer : "Dès lors il a bien fallu y aller : c'est là qu'on a vraiment compris qu'on devait se battre, monter en opération pour la première fois mais, jusqu'au premier impact de projectile près de lui, Anthime n'y a pas réellement cru. Quand il a été bien obligé d'y croire, tout ce qu'il portait sur lui est devenu très lourd : le sac, les armes, et même sa chevalière sur son auriculaire, pesant une tonne et n'empêchant nullement que s'éveillât encore, et plus vive que jamais, sa douleur au poignet." (p.59)

 

challenge 1% Coup de coeur pour moi de cette rentrée littéraire.

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Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil

Publié le par Yv

Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil, Haruki Murakami, Belfond, 2002 (traduit par Corinne Atlan)

Hajime nait le 7 janvier 1951. Fils unique, il a du mal à se faire des amis, jusqu'à ce qu'arrive dans sa classe Shimamoto-san, une fille unique. Ils deviennent très amis, passent beaucoup de temps ensemble. Ils découvrent ensemble la musique, les premiers frissons amoureux, mais sont obligés de se séparer lorsqu'ils ont douze ans. Vingt cinq ans plus tard, Hajime est marié à Yukiko, père de deux petites filles et patron de deux clubs de jazz très en vue à Tokyo. C'est à ce moment que ressurgit Shimamoto-san, réveillant en Hajime tout les sentiments qui sommeillaient depuis ces longues années. 

Bon, me voilà bien embêté pour parler de mon premier Haruki Murakami. Mitigé ? Dubitatif ? Perplexe ? Un peu tout cela, ce qui me paraît normal, puisque en gros, tous ces mots ont le même sens. La première partie (les 70 premières pages) qui décrit la vie de Hajime, monotone, ennuyeuse est tellement bien faite que moi-même je m'y suis profondément ennuyé. Quel talent H. Murakami ! Faire ressentir à ce point à ses lecteurs ce qu'il tente de décrire ; du grand art ! En fait, je me demande à quoi servent ces pages : elles sont inodores, incolores, sans saveur. 

Heureusement la suite sans s'emballer, est plus intéressante : Hajime dont on peut dire qu'il a réussi ne parvient pas à vraiment vivre dans le présent se remémorant sans cesse les moments passés avec Shimamoto-san et avec Izumi, sa première petite amie qu'il a dû quitter précipitamment. Il a quelques coups de cafard, de questionnements qui l'empêchent d'avancer :

"Je n'avais pas envie de retourner chez moi. Je téléphonai à ma femme, lui dis que j'avais encore des affaires à régler et que je rentrerais plus tard que d'habitude. J'éteignis toutes les lumières et continuai à boire du whisky dans le noir. Je le bus sec, c'était trop compliqué d'aller chercher des glaçons." (p.85)

Entre tergiversations, questionnements, apitoiements, Hajime n'avance pas et moi non plus qui reste planté dans ce livre avec la sensation de lire des mots qui s'enchaînent en faisant des phrases (c'est le but d'un livre me direz-vous) que je ne comprends pas ou plutôt auxquelles je ne trouve qu'un intérêt très limité. Je ne peux pas dire non plus que l'écriture m'aie scotché. Très simple, ni désagréable ni enthousiasmante, neutre quoi ! Quelques scènes un peu chaudes (gentiment, rien de grivois ou de vulgaire, neutralité oblige !) pour finir d'emballer le lecteur ou la lectrice et hop, le tour est joué.

Je ne doute pas que ce livre ait trouvé nombre d'amateurs (trices) tant j'entends parler de cet auteur depuis un moment. Son éditeur ne dit-il pas de lui que c'est "une pop-star littéraire au Japon", et qu'il "est devenu un auteur culte dans le monde entier." (4ème de couverture) ? Ça y est les gros mots sont lâchés : "auteur culte", ce qui personnellement me ferait plutôt fuir. De fait, si j'ai lu ce roman, c'est dans le cadre du club de lecture de la Bibliothèque Municipale dont le prochain thème est la littérature asiatique. Sans cela, je ne sais pas si j'aurais ouvert les pages de ce bouquin, qui, sans être inintéressant est bien trop dilué, avec de longues répétitions. Peut-être H. Murakami aurait-il dû en faire une nouvelle ? Enfin, c'est juste un conseil ! Mais je doute d'avoir un jour un remerciement de l'auteur ! Quelle ingratitude ces "pop-stars", ces "auteurs cultes" !

Envie d'autres avis ? Babelio est là !

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Le Pen une histoire française

Publié le par Yv

Le Pen une histoire française, Philippe Cohen, Pierre Péan, Éd. Robert Laffont, 2012

"Ce livre retrace le parcours tumultueux d'un homme plus complexe qu'on l'imagine. Il éclaire sous un jour nouveau les scandales qui ont jalonné sa vie : l'affaire de la torture en Algérie, celle de l'héritage Lambert et celle du "point de détail" concernant le génocide des juifs. [...] A travers cette première biographie exhaustive du leader frontiste et des siens, c'est toute une histoire française qui nous est dévoilée." (4ème de couverture)

Piqué par la curiosité d'en connaître un peu plus sur le parcours de JM Le Pen, sur les raisons, les faits, les événements qui l'ont amené à défendre des thèses que je combats depuis son irruption visible dans la vie politique française en tant que Président du FN, c'est à dire début des années 80 (ça me fiche un coup de vieux !) j'ai décidé de lire ce bouquin. Le fait qu'il soit co-écrit par Pierre Péan (désolé, M. Philippe Cohen, mais je ne vous connaissais pas avant), très connu pour ses ouvrages sur Mitterrand entre autres, mais que je n'avais encore jamais lu m'ont incité à franchir le pas. 

Toute la première partie est logiquement consacrée à la jeunesse de Jean Le Pen, puisque né avec un seul prénom, ses difficultés en tant que fils de marin pêcheur, sa montée à Paris en droit : de là lui viennent quelques connaissances et amitiés de divers bords politiques. Au fil des pages se dessine le portrait d'un jeune homme qui se cherche, qui affirme des opinions pas vraiment aussi tranchées que celles de l'homme qu'il deviendra.

Puis, je passe vite fait sur l'Algérie, sur ses années poujadistes pour en arriver aux années 80 qui le voient monter dans les sondages et faire de beaux résultats aux élections. P. Péan et P. Cohen parlent d'un dilettante, d'un homme qui ne fait de la politique (au début) qu'en amateur, sans vraiment chercher à monter les échelons. D'ailleurs, ils font remarquer qu'à chaque fois où il était en passe de faire un coup il sort une énormité, une monstruosité qui le disqualifie, par exemple l'histoire des chambres à gaz "point de détail" de la guerre 39/45 quelques mois avant des élections pour lesquelles on lui prédit un beau score. Comme s'il ne voulait en aucun cas accéder au pouvoir. Ces pages-là m'ont paru plus intéressantes, parce que j'ai connu cette période, parce que comme beaucoup, j'ai porté la main jaune de SOS Racisme "Touche pas à mon pote". Il m'est assez dur de lire aujourd'hui que cette association fut manipulée par le pouvoir en place pour diaboliser Le Pen et déifier François Mitterrand et tenter ainsi de faire imploser la droite pour permettre à F. Mitterrand une réélection en 1988. Mais que ces messieurs-dames de droite qui me lisent (il y en a bien un ou deux) ne se réjouissent pas trop vite en se disant que bien sûr c'est Mitterrand qui a créé Le Pen, car les dirigeants tels, V. Giscard d'Estaing, E. Balladur, JC Gaudin et tant d'autres ont dangereusement flirté avec des candidats FN pour ne pas perdre leurs postes. C'est un panier de crabes terrible où chacun se renvoie la balle. D'alliances locales en appels aux votes ou désistements en faveur de l'un ou l'autre beaucoup de politiques ont des traces de FN sur les doigts. 

Les deux auteurs enchaînent les chapitres dont certains sont plus intéressants que d'autres :

- celui sur les rapports ambigus de JMLP avec l'argent : des héritages et des levées de fonds qui peuvent paraître suspects aux yeux de certains au point d'intenter des procès et JMLP est un homme très très riche, probablement l'un des hommes politiques français les plus riches.

- un autre intitulé Le Pen et les siens : l'insupportable postérité. Et oui, puisque le Front National est une affaire familiale qui marche de mieux en mieux, on l'a récemment vu. Une confidence de Marine Le Pen à Franz-Olivier Giesbert rapportée dans le livre est édifiante et pour tout dire effrayante :

"- Un jour, je serai présidente.

- Vous n'aurez jamais la droite avec vous !

- Je l'aurai, parce qu'elle n'aura pas le choix. Vous verrez, le moment venu, avec Copé ou un autre, nous ferons affaire ensemble.

- Allons, avec les idées de votre parti, ce ne sera jamais possible.

- Avec mes idées à moi, oui ce sera possible." (p.500/501)

(Selon une note en bas de page, Marine Le Pen précise que ses propos ont été déformés par FO Giesbert)

Extrêmement détaillé, c'est un bouquin qui se lit vite "comme un roman" dit-on partout dans ces cas-là ! Est-ce par crainte de procès intentés par l'homme qu'ils décrivent que le nombre de notes de bas de pages est si élevé ? Tous leurs propos sont blindés, sécurisés, mais c'est sûrement le cas dans les biographies sérieuses que de ne s'appuyer que sur des faits et non point sur des ragots ou racontars. Moi-même j'avoue avancer sur des oeufs, de peur d'avoir un propos polémique qui me mènerait au tribunal. Mon aversion est totale pour cette famille et leurs idées nauséabondes, mais en termes élégants et précis il faut le dire.

Très fouillée, très dense une biographie d'un homme complexe, aux idées à combattre, qui passe le témoin à sa fille -et à sa petite-fille, sur laquelle il parie plus-, qui elles n'ont sans doute pas les doutes du père et du grand-père et feront tout pour accéder au pouvoir. Intéressant, instructif, une manière de mieux connaître cette famille politique d'extrême droite qui jamais ne pourra monter dans mon estime ni n'espérer un jour mon bulletin ! Rien que de penser qu'un jour ces dames pourraient exercer de hautes fonctions me fait froid dans le dos. 

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La société du hold-up

Publié le par Yv

La société du hold-up, Paul Vacca, Éd. Mille et une nuits, 2012

Qui n'a jamais rêvé du hold-up du siècle ? Celui qui lui permettrait de posséder suffisamment d'argent pour n'avoir plus jamais à s'en soucier. Quelle que soit la méthode, à la manière de Jesse James, Bonnie & Clyde, Albert Spaggiari, ou simplement en gagnant la super cagnotte du loto. Dans cet essai, Paul Vacca remonte aux origines du hold-up jusqu'à sa formule moderne, moins directement violente physiquement mais tout aussi -voire plus- lucrative.

Paul Vacca est connu des blogueurs (euses) grâce à deux romans très fins et joliment tournés, La petite cloche au son grêle et Nueva Königsberg. Mais ce que l'on ne sait pas encore assez, c'est qu'il a aussi écrit des essais, dont celui-ci, le dernier, très justement sous titré : Le nouveau récit du capitalisme. Non, non ne fuyez pas, ce livre est très accessible et très intéressant. Il part des origines du hold-up, aux États-Unis en 1798 : Isaac Davies et Thomas Cunningham qui dévalisent le Carpenter's Hall de Philadelphie. Suivront des gens plus connus, les frères James, Ned Kelly, en Australie (un film, très justement intitulé Ned Kelly, mais où vont-ils chercher leurs titres ?, retrace sa vie, avec Heath Ledger), puis les Dalton, ...

Tout un chapitre relate les interactions cinéma/hold-up l'un magnifiant l'autre et l'autre se servant de l'un pour affiner ses méthodes. Puis, P. Vacca glisse vers le hold-up d'Hollywood, les blockbusters qui étouffent -ou pas- les autres possibilités de faire du cinéma. 

De fil en aiguille, on arrive évidemment à d'autres formes de hold-up, les banques (la crise des subprimes notamment), les sociétés qui en quelques toutes petites années amassent des sommes considérables : Google, Facebook, ... Le Web qui au départ était un outil de liberté et de contre pouvoir étant devenu totalement l'inverse, une machine à faire du fric rapidement. Rien ne compte plus maintenant que faire le buzz que ce soit bon ou pas pour l'image : 

"L'arme est encore le choc. Il s'agit de heurter pour créer une onde de choc médiatique. Une pratique connue sous le nom de buzz. Créer le buzz, c'est vouloir faire un hold-up sur l'audience publique, bref braquer l'attention de tous sur soi." (p.83)

Une image de notre société vue par un prisme original, celui du hold-up. Bien renseigné, accessible (la preuve, moi qui ne lis que peu d'essais, je n'ai jamais décroché ! Ça c'est un signe tangible de la qualité du bouquin, une sorte de "Lu et approuvé" !) Une manière de lire cette société qui me plaît bien car point manichéenne. Orientée, certes, mais Paul Vacca argumente dans les deux sens, ce qui permet à chacun de se faire sa propre opinion.

Lisez intelligent, lisez La société du hold-up !

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Home

Publié le par Yv

Home, Toni Morrison, Éd. Christian Bourgois, 2012 (traduit par Christine Laferrière)

États-Unis, années 50, Franck, afro-américain, vétéran de la guerre, parcourt le pays pour retrouver sa soeur malade. C'est aussi pour lui, un moyen de revenir sur son passé, son histoire. Avec ses parents, sa soeur. Plus globalement c'est un pan entier de l'histoire des États-Unis-ségrégationniste qui se déroule sous ses yeux.

Je suis assez partagé sur ce livre. D'abord, je n'ai aucun point de comparaison avec les autres livres de l'auteure puisque c'est le premier d'elle que je lis. Il n'est pas évident d'entrer dans son livre, elle procède par énigme, par ellipses, donnant des bribes d'informations sur des situations ou des personnages que l'on n'a pas encore croisés dans son récit. Les explications viennent plus tard et tous les indices s'emboîtent. Le procédé n'est pas nouveau, mais il est ici très usité au risque de perdre le lecteur. Par exemple, on sait assez tard le but du voyage de Franck. Puis, une fois le pli pris, je me suis attaché à Franck, à sa famille, et à l'écriture de Toni Morrison. J'avançais dans un brouillard assez épais qui ne se levait pas franchement sauf dans les toutes dernières pages. Mais bon, par chez moi, le brouillard est fréquent et l'on a coutume de dire que lorsqu'il se lève, le reste de la journée est très beau. Encore faut-il qu'il ait envie de se lever ! 

L'écriture de Toni Morrison est belle, va à l'essentiel mais en prenant des détours, sans trop s'appesantir sur des détails mais en faisant état des énormes difficultés de vivre dans le pays dans les années trente en étant noir. Alors, certes, on connaît la chanson, mais pas forcément la petite musique de Toni Morrison :

"- Tu es profond, Thomas, dit Franck en souriant. Quel métier tu veux faire quand tu seras grand ?

De la main gauche, Thomas tourna la poignée et ouvrit la porte. "Homme", répondit-il, puis il sortit." (p.41)

Tout va bien donc dans la plus grande partie du bouquin, et puis malgré son petit nombre de pages (153), la fin est longuette. Les trente ou quarante dernières pages sont lourdes à tourner. Tout les détails se rejoignent et forment l'histoire, le brouillard se lève et on comprend enfin, mais c'est un peu délayé dans de l'inutile et du redondant. Finalement, le brouillard de Toni Morrison est pas mal, presque mieux que ses éclaircies. Disons, pour reprendre mon image sus-citée (et ouais, je progresse, je fais même maintenant des figures de styles qui durent tout au long de mon article. Trop la classe Yv !) que le brouillard se lève, mais tardivement et qu'au lieu d'un soleil franc et généreux, il laisse la place à des rayons de l'astre solaire plus ou moins forts et lumineux avant que la nuit ne tombe.

Tout plein d'avis beaucoup plus ensoleillés que le mien chez babelio.

challenge 1%

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La sage-femme de Venise

Publié le par Yv

La sage-femme de Venise, Roberta Rich, Éd. MA, 2012 (traduit par Michel Saint-Germain)

Hannah est sage-femme à Venise en 1575. Elle vit dans le ghetto juif et contre l'avis du rabbin, elle décide d'accoucher la femme d'un noble Vénitien catholique. Elle sait qu'elle risque sa vie en le faisant, d'autant plus qu'elle a inventé un instrument aidant à la délivrance des femmes, qui peut la faire passer pour une sorcière. L'inquisition est très active en ce 16ème siècle. Si elle accepte, c'est pour une somme de 200 ducats dont elle a besoin pour libérer son mari Isaac, retenu comme esclave sur l'île de Malte.

Oui, alors, j'en vois déjà qui ricanent en lisant ce résumé, en voyant la couverture du livre : pôvre Yv, le voilà tombé dans de la littérature de gare ! Eh bien oui, mais à mon corps défendant, je dois le dire pour sauver les apparences ou ce qu'il en reste. En recevant ce livre de Gilles Paris, envoyé de son propre chef, je me suis dit tout pareil que les ceusses sus-nommés qui ricanent. Je pensais faire comme je fais d'habitude avec mes lectures non sollicitées : je les commence, et je vois si ça l'fait ou pas. En général, si au bout d'une petite centaine de pages, je n'accroche pas, je lâche et abandonne. Mais là, eh bien me croirez-vous j'ai commencé et dès le début j'ai été intéressé, surtout par la description de Venise, de son ghetto juif et des relations entre Vénitiens catholiques et Vénitiens juifs. Un pan de l'histoire que je ne connaissais pas et que Roberta Rich fait revivre assez plaisamment. Une autre pan (ce qui, si vous me suivez bien, fait maintenant, pan-pan) de l'histoire que R. Rich explique c'est celui qui concerne les Chevaliers de Malte. Dans ma grande bonté (si, si) je croyais que ces Chevaliers étaient de charmants et beaux garçons prêts à aider leurs prochains. Mais que nenni ! Enfin que demi-nenni ! Car s'il furent des Chevaliers servants, (l'ordre de Malte existe toujours en association caritative), ils furent aussi de véritables pirates des mers :

"... Simon [...] expliqua à Isaac que Charles Quint, roi d'Espagne, avait en 1530 accordé cette île de pierre et de vent aux chevaliers de Saint-Jean, en échange de quoi ils protégeraient l'archipel contre les Turcs infidèles. Les chevaliers parvenaient à défendre le territoire de la rapacité des Ottomans, mais au fil des ans, ils étaient devenus cupides. Ravis de leurs victoires et sous prétexte de défendre leur île, ils attaquaient non seulement les navires des infidèles ottomans, mais aussi les vaisseaux chrétiens, saisissant leurs cargaisons et réduisant à l'esclavage tout le monde à bord, riches ou pauvres, marchands ou serviteurs, femmes ou enfants. Ils se disaient chevaliers, mais en réalité ils étaient pirates, devenus riches au moyen de crimes sanctifiés au nom de la sainte croisade." (p.22)

Tout au long de son récit, l'auteure place des petits morceaux d'histoire, des anecdotes qui font le contexte. Pas mal du tout, intéressant et instructif. Un bon point pour ce roman donc.

Mais à ma grande stupeur, je m'aperçois que j'ai à peine parlé des aventures d'Hannah la sage-femme ! Ah, la pauvre, seule face aux méchants catholiques Vénitiens (mais pas tous). Elle tombe de Charybde en Scylla. A chaque fois que l'on croit et espère la voir se sortir de l'ornière, eh bien à chaque fois, un nouvel incident ou malheur perturbe la situation qui promettait de s'améliorer. Je me moque, mais c'est plutôt bien amené, bien maîtrisé, et si j'excepte quelques longueurs dans des descriptions, des remarques plus ou moins captivantes (plutôt moins d'ailleurs), je me dois de dire ici en toute honnêteté que ce livre se lit avec plaisir. Il ne m'en restera sans doute que le contexte, un peu de l'histoire de Venise et de Malte, ce qui somme toute, n'est déjà pas si mal.

 

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