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Ça coince ! (9)

Publié le par Yv

Soudain trop tard, Carlos Zanon, Éd. Asphalte, 2012

"Barcelone. Un bar de quartier populaire, au petit matin. Epi Dalmau tue son ami Tanveer à coups de marteau, puis s'enfuit sans un mot retrouver Tiffany Brisette, la femme pour laquelle il a commis l'irréparable. Témoin de la scène, le frère aîné d'Epi, Alex, va tâcher de lui sauver la mise en faisant porter le chapeau à quelqu'un d'autre. Mais quel secours un ancien toxicomane schizophrène est-il capable d'apporter ?" (4ème de couverture)

 

 

J'ai fait l'amour avec la femme de Dieu, Serge Gonat, Éd. Myriapode, 2012

"Bernado est un enfant de choeur, chaste, dévot et scrupuleux, qui fait partie de la Communauté des Bas-Cieux de Quérouville. Il est engagé comme lecteur particulier par madame Gilbert, personne dotée d'une forte personnalité avec une propension à charmer les hommes qui l'approchent et qui prétend être la Femme de Dieu" (4ème de couverture)

Rendez-vous raté entre ces deux livres et moi-même. Je me suis totalement noyé dans les deux, sans jamais réussir à vraiment sortir la tête de l'eau. Et en plus, je ne sais pas nager ! Je suis un vrai "bout-de-bois" disaient de moi mes professeur d'EPS que je faisais beaucoup rire à mon corps défendant. Rendez-vous compte, j'ai même failli me noyer en cours de natation : c'est un copain qui est venu me sortir, ou plutôt me remonter du fond de l'eau d'où je tentais désespérément et vainement de remonter (on ne rigole pas SVP). Mais, je ne suis pas là pour vous parler de mes exploits sportifs, mais de mes lâches abandons livresques qui ne regardent et ne concernent que ma petite personne en dépit des qualités évidentes des deux romans. La preuve, Ys a aimé le premier et le second aura sûrement également des amateurs

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Almanach 2013 et Drôles de bêtes

Publié le par Yv

almanachdroles de betes 01

 

Almanach des Terres de France, Éd. Presses de la cité

Drôles de bêtes, JP Fleury, Éd. Marivole, 2012

Je voudrais vous parler ici de ces deux livres qu'on feuillette au jour le jour. Pour l'un c'est normal, c'est un almanach, dans la pure tradition du genre. Pour l'autre, le format et le genre prêtent plutôt à le poser sur une table et le laisser ouvert pour tous.

L'almanach 2013 des Terres de France, présenté par Alain Baraton. Une page par jour avec éphéméride + un dicton et cinq petites chroniques tour à tour drôles, culturelles ou insolites sur la santé, le bricolage, l'architecture, la beauté, la cuisine, ... Et le petit conseil du jour, comme par exemple celui de mon jour-anniversaire :  "En été comme en hiver, la menthe chasse les vers". Quelques jeux et une page pour le samedi et dimanche réunis sur laquelle est reproduit un extrait d'un livre publié dans la collection Terres de France que vous pouvez, pour certains, retrouver sur le blog écrits par : H. Jaouen, J. Mazeau, P. Pélissier, P. Breuzé, Y. Jacob, O. Bouhier, ...

 

Drôles de bêtes, de JP Fleury. Un ouvrage de belle qualité très illustré qui, au travers d'anecdotes, de croyances et de textes anciens trace le pedigree d'animaux plus ou moins proches de nos maison, de nos jardins et de nos rivières. Le ton est résolument humoristique et instructif. On y trouve des conseils, des petits plus pour savoir garder dans son jardin les insectes utiles. On y croise la coccinelle, qui en berrichon se dit Marivole (le nom de la maison d'édition), le geai, la chauve-souris, la limace, le saumon, le brochet, la fouine, l'âne, le cochon, ... A feuilleter et reprendre sans modération.

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Le sermon sur la chute de Rome

Publié le par Yv

Le sermon sur la chute de Rome, Jérôme Ferrari, Actes Sud, 2012

Un bar dans un village de Corse, qui suite au départ de sa gérante, Hayet, va de Charybde en Scylla. Jusqu'à la reprise en mains par Libero et Matthieu, deux copains d'enfance, qui font venir des serveuses, proposent des plats régionaux. En apparence tout va bien, même si l'on sent bien que cette histoire ne peut qu'être tragique.

Lorsque je lis ici ou là des articles consacrés à ce livre, je m'aperçois qu'il y a différents niveaux de lecture. De l'analyse en profondeur à mon niveau de simple lecteur. Le titre se réfère à un sermon d'Augustin tentant d'apaiser ses frères à la suite de la chute de Rome, prise par les Barbares. Je ne vais pas vous la faire intello qui a tout compris au parallèle fait entre les vies des deux jeunes gens et la philosophie de saint Augustin. Je suis plutôt hermétique à cette discipline malgré mes efforts pour tenter de la comprendre. C'est sans doute mon côté matérialiste. Non, je me suis attaché à l'histoire, aux personnages et surtout à la somptueuse écriture de Jérôme Ferrari. Ses phrases sont longues, travaillées, permettent néanmoins de respirer de prendre des pauses. L'auteur excelle dans la tragédie, le sombre, mais la première partie de son roman est assez légère, voire même avec de vrais morceaux d'humour dedans, mais toujours avec distinction et un sens du verbe plus qu'évidents :

"Virginie n'avait jamais rien fait dans sa vie qui pût s'apparenter, même de loin, à un travail, elle avait toujours exploré le domaine infini de l'inaction et de la nonchalance et elle semblait bien décidée à aller jusqu'au bout de sa vocation mais, quand bien même elle eût été un bourreau de travail, son humeur maussade et ses airs d'infante la rendaient totalement inapte  à accomplir une tâche qui supposait qu'on entretînt des contacts réguliers avec d'autres êtres humains, fussent-ils aussi frustes que les habituels clients du bar." (p.27/28)

La seconde partie, dès lors que Libero et Matthieu sont au commande du bar devient plus sombre et l'on sent bien que la tragédie est imminente. Ces deux jeunes gens qui ont préféré arrêter leurs études de philosophie pour un travail dur et éprouvant ne s'y sentent pas si bien. Et puis, à l'instar de son grand-père Marcel, qui n'a jamais été accepté nulle part, Matthieu reste un étranger, même s'il force son accent. Il en fait des tonnes pour tenter de se faire accepter, et sans doute pour se faire croire à lui-même qu'il est ici à sa vraie place. Libero quant à lui est sarde, c'est à dire jamais à sa place, hors l'île natale, un pas grand chose, habitués que sont les Sardes à entendre toutes sortes de propos racistes et dégradants.

Les personnages, qu'ils soient au premier plan ou au second sont très bien décrits, parfois dans leurs physiques et dans leurs attitudes et comportements, parfois sans le physique. Les liens entre eux sont disséqués : il se soutiennent, se détestent, s'aiment, se quittent, se retrouvent. Matthieu est l'image de celui qui ne vit que pour lui et dans le moment présent : "Il croit toujours qu'il suffit de détourner le regard pour renvoyer au néant des pans entiers de sa propre vie. Il croit toujours que ce qu'on ne voit pas cesse d'exister." (p.195/196). L'enfant gâté qui obtient ce qu'il veut, même aux dépens des autres. Comme un petit enfant qui croit que son jouet -ou son parent- caché est perdu ou qu'il n'existe plus.

Le contexte est là aussi présent bien qu'esquissé assez rapidement : les deux guerres mondiales s'agissant de Marcel, le grand-père, la décolonisation, la Corse qui change, les mœurs qui évoluent. Le point central de ce roman étant la vanité, tant dans son sens d'orgueil que dans celui de futilité, des constructions humaines. A la fin, elles apparaissent pour ce qu'elles sont, lorsqu'elles ne sont pas détruites, des velléités, des élaborations vides.

Voilà, je suis sans doute passé à côté de la partie philosophique de ce texte, mais point à côté de sa beauté. J'avais été secoué par Un dieu un animal de Jérôme Ferrari et je peux redire ici que j'adore son écriture, son art de faire de très belles et longues phrases.

D'autres avis plus ou moins enthousiastes ou mitigés : Jostein, Kathel, Zazy

 

challenge 1%

Dernière minute : Le sermon sur la chute de Rome a reçu le mercredi 7 novembre 2012 le prestigieux Prix Goncourt. Très largement mérité, un beau Prix, qui récompense un styliste hors pair, ce qui n'est pas le cas tous les ans.

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Meurtre au château

Publié le par Yv

Meurtre au château, Yves Jacob, Presses de la cité, 2012

Normandie, près de Falaise, dans le petit village de Fresné-la-Mère, début du XXe siècle, le baron Maxime de Couvrigny vit dans son château, entouré de sa femme et de leurs quatre enfants. Seulement l'atmosphère n'est pas au beau fixe, Marguerite de Couvrigny, la baronne est alcoolique, ne se lave plus, néglige tous ses devoirs. Elle est d'une nature sexuelle généreuse pour se faire payer à boire par des inconnus, mais aussi avec ses domestiques, jeunes filles esseulées. Le baron tente de faire bonne figure au milieu des siens et de la population locale, mais une telle ambiance, chacun le sent, engendrera un jour ou l'autre une tragédie.

Yves Jacob part d'un fait réel. Un meurtre au château de Fresné-la-Mère, en 1912. Il reproduit même certaines lettres, certains passages avérés. Il n'invente rien sur les faits minutieusement décrits. Là où son rôle de romancier intervient, c'est dans les personnages. Il se glisse tour à tour dans la peau des uns et des autres pour tenter de recréer l'atmosphère du moment, pour cerner les tentations et les raisonnements qui vont pousser au meurtre.

A la manière d'un numéro de l'émission de télévision Faites entrer l'accusé, il raconte les circonstances, l'environnement, tous ces petits événements qui, mis bout à bout mènent certains à l'assassinat. Mais, Yves Jacob évite le côté pesant de l'émission. Au contraire, il pose son œil et sa plume alertes (un œil alerte ???) et ironiques pour décrire des scènes pathétiques. Il vole dans la première partie du roman une certaine légèreté en opposition au thème du bouquin, qui s'échappe totalement dès qu'on entre un peu plus dans le château. On l'attend le meurtre annoncé dans le titre. On l'attend car il tarde à venir. Mais sans impatience, car en son absence, on a notre lot d'aventures, de coucheries, d'aléas de la vie d'une famille de châtelains désargentée avec madame la baronne en pochtronne en chef ! On en est presque à redouter qu'il survienne ce meurtre et à émettre des hypothèses sur le nom de la future victime : le baron ? la baronne ? Rouillère, le journalier ? la petite bonne délurée ? Robert, le fils aîné ? Et quid de l'agresseur ? J'aurais pu m'éviter toutes ces interrogations en lisant la quatrième de couverture, qui bien que peu explicite donne un indice certain sur le nom de la victime, mais c'est une chose que je ne fais que rarement, ce qui, comme vous pouvez le constater, me procure du suspense supplémentaire. Et puis, le meurtre survient. Après une préparation active pour que le tueur soit efficace. Puis l'enquête et le procès. 

Un petit bémol quand même au milieu de ces compliments ? Celui-ci peut-être : plus j'avançais dans ma lecture, plus je pensais que l'auteur exagérait un peu et qu'il caricaturait ses personnages : la baronne en alcoolique finie, aux mœurs débridées (et c'est un euphémisme), Robert le fils aîné, haineux en proie à des pulsions sexuelles, Marie-Louise, la jeune bonne délurée, le baron un homme apprécié par les gens (hormis sa famille) pour sa bonté, sa bonhomie et sans doute par pitié aussi. Mais que nenni ! Car, dès que j'ai refermé le livre, je me suis précipité (enfin, point trop rapidement quand même, pas échauffé, je pourrais me faire du mal) sur Internet pour y faire des recherches sur ce meurtre, et là, quelle ne fut pas ma surprise de lire que les personnages auxquels Yves Jacob redonne vie étaient tels qu'ils les décrit. Certes, il prévient bien le lecteur dans un préambule : "Je n'invente rien. Chaque scène que je décris, avec la liberté créatrice de l'écrivain, a été au départ transcrite avec une froide et implacable précision dans les interrogatoires et confrontations établis par les magistrats penchés sur cette affaire. Une fois encore, la réalité dépasse la fiction." (p.11), mais le voir écrit dans des documents d'époque (un article du Petit Parisien, notamment) l'innocente totalement du délit d'exagération.

Je n'ai donc plus rien à reprocher à Yves Jacob ; il vous reste donc à lire cet excellent roman qui montre qu'il n'est parfois point besoin d'aller chercher bien loin les idées pour construire une histoire policière sordide mais passionnante. Une telle histoire inventée par l'auteur et on crierait à l'incroyable, au manque de véracité.

Merci Laura et Yves Jacob pour la dédicace.

 

région

challenge 1%  thrillers

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Double tranchant

Publié le par Yv

Double Tranchant, Fabrice Vigne et Jean-Pierre Blanpain, Éd. Le fond du tiroir, 2012

"Je fabrique des couteaux. La première chose que mon maître m'enseigna : "Une lame n'a pas toujours deux tranchants, mais elle a toujours deux faces." Il m'a fallu une seconde pour comprendre ce qu'il voulait dire, et cinquante ans pour le vérifier." (4ème de couverture)

Et Fabrice Vigne de raconter le quotidien d'un maître coutelier, de ses débuts dans l'atelier de son maître jusqu'à la fin de son activité, lorsque les artisans vivent mal de leur art. Cet homme raconte l'histoire du couteau à sa manière, comment le premier singe qui aiguisa une pierre pour la rendre tranchante inventa le premier couteau et devint un homme : "L'homme naquit en même temps que son couteau. Alors, l'homme, conscient d'être plus dangereux grâce à son corps perfectionné, osa s'attaquer au renne, au bœuf musqué, ou au mammouth, il les chassa et revint vainqueur de la chasse, il découpa leur viande, il découpa leur cuir, il découpa leurs chairs et leurs os. Le premier homme dans un monde de singes était un prédateur et tranchait dans le vif." (p.5)

Et l'homme de continuer sa réflexion sur l'usage du couteau à travers les âges et de lier l'histoire de l'homme à celle de son outil premier. Tant dans le bien qu'il a pu faire avec cet instrument que dans ses dérives meurtrières forcément, le second tranchant de la lame. Très beau texte, encore une fois, de Fabrice Vigne qui tourne autour de l'homme et de son attachement au couteau. Nos pères -le mien au moins- avaient un couteau dans leur poche. Moi-même, l'un de mes premiers achats fut pour cet instrument et je vois bien encore l'attrait de l'objet dans les yeux des garçons de la maison : c'est peut-être un caractère essentiellement masculin, un gène que l'on tient de nos ancêtres hommes-singes-chasseurs ; mesdames, contredisez-moi si je me trompe ! Peut-être me direz-vos surtout que nous autres garçons ne sommes pas encore sortis de cette époque mi-homme-mi-singe, mais là, je vous arrête tout de suite, parce que ce n'est pas du tout l'objet du livre, non mais dites donc ! Et en plus c'est moi qui commande sur mon blog (enfin.., quand Madame Yv n'en prend pas les commandes) !

E le texte d'être richement illustré par Jean-Pierre Blanpain : les dessins de tourner autour du thème du livre bien entendu, des épisodes historiques ou légendaires ou des scènes de la vie quotidienne qui se sont déroulés -ou se déroulent encore-  avec des couteaux. Des dessins sur fonds noirs ou blancs dans lesquels ne figurent que ces deux couleurs et du rouge par touches plus ou moins larges. Magnifiques !

Un livre superbe. C'est vraiment du beau travail tant dans l'écriture que dans les dessins que dans la mise en page. Un livre qu'il faut avoir dans sa bibliothèque. Un livre que vous aimerez feuilleter, lire et montrer. Et que vous ne regretterez pas d'avoir acheté et/ou offert.

En vente sur le site du Fond du tiroir (clic)

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Les six compagnons à Scotland Yard

Publié le par Yv

Les six compagnons à Scotland Yard, Paul-Jacques Bonzon, Hachette, 1968 (2010 pour la présente édition)

Les six compagnons, Gnafron, Le Tondu, Bistèque, Corget, Mady, Tidou et son chien Kafi reviennent d'un pique nique aux abords de l'aéroport de Lyon lorsqu'ils découvrent une voiture accidentée avec une personne à l'intérieur. Vite, ils lui viennent en aide, arrêtent une voiture qui va chercher des secours. L'homme est sauvé. Sur les lieux, Kafi trouve une montre anglaise qui ne peut pas être au blessé, anglais lui-aussi parce qu'il en a déjà une. La bande de "gones" commence alors son enquête qui la mènera jusqu'à Londres.

Et là, certains d'entre vous se demandent si je ne suis pas retombé en enfance. Qu'ils se rassurent, je crois n'en être jamais réellement sorti et ce livre est là pour me le rappeler. Depuis une année, je co-écris sur un blog collectif, les huit plumes, né de notre participation au jury du Prix de l'Express en 2011. Pour fêter le premier anniversaire de notre collaboration l'un des nôtres, Éric pour ne pas le nommer, a eu l'idée d'un jeu. Ma récompense fut donc ce livre, le tome 4 de la série. Pour expliquer cet envoi, sur la route des vacances, nous nous sommes arrêtés à Lyon, ville que nous ne connaissions pas et Éric fut notre éminent guide. Lorsque nous fûmes à la Croix Rousse, je lui fis part de ma connaissance de ce lieu par Les Six compagnons, lecture de ma jeunesse. Et voilà donc comment, quelques semaines plus tard, grâce à un jeu et à son créateur qui a de la suite dans les idées, je me suis retrouvé dans Lyon puis à Londres.

Ce préambule fait, ma première surprise fut de voir que la série que je lisais en bibliothèque verte est désormais rose. Un coup dur ! Excusez du peu, mais moi, je lisais de la verte , la rose c'était pour les filles ou les petits ! Non mais ! A part ça, eh bien, c'est comme il y a ... ans (je laisse le suspense sur mon âge, c'est pour élargir mon public : ramener et/ou garder les jeunes et ne pas faire fuir les (plus) vieux !). J'ai descendu les pentes de la Croix Rousse à vélo (les descendre, c'est facile, j'y arrive, c'est les remonter qui me pose un problème) avec toute la bande et Kafi qui court derrière. D'ailleurs, Kafi, c'est le seul de toute l'équipe qui était encore très présent à ma mémoire, les autres j'avais un peu oublié leurs noms ou leurs caractéristiques physiques. Tout est resté comme avant, l'amitié, la gentillesse, la joie de vivre des enfants et leur enthousiasme. Peut-être un rien désuet pour des enfants d'aujourd'hui qui préfèrent les mangas ? Mais ils ne savent pas ce qu'ils ratent. Les Six compagnons, quand même ! Tiens d'ailleurs, j'en ai deux à la maison qui sont dans le bon âge, je vais laisser traîner ce livre sur la table de salon, ça ne m'étonnerait pas qu'ils le feuillettent et le lisent. Peut-être même que les plus grands... 

Un très beau retour en enfance (si tant est, comme je le dis plus haut, que j'en sois sorti) que je dois à Éric, le Lyonnais. Sois-en mille fois remercié, parce que de moi-même, je n'aurais sans doute pas accompli cet acte de régression littéraire, qui m'a oh combien ravi.

PS : un livre que je classe, bien évidemment, dans la communauté "Culure Polar".

 

thrillers

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Tous ensemble, mais sans plus

Publié le par Yv

Tous ensemble, mais sans plus, Georges Flipo, Éd. Anne Carrière, 2012

"Quatorze nouvelles qui parlent, avec une joyeuse férocité, du bonheur de vivre ensemble -le bonheur dont, faut-il le dire, nul ne se hasarderait à contester l'existence. On retrouve, dans ce nouveau recueil, l'humour acide et le ton alerte qui avaient fait le succès du précédent." (4ème de couverture)

Et oui, le précédent recueil de nouvelles de Georges Flipo, Qui comme Ulysse était excellent. Celui-ci sera-t-il à la hauteur ? Vous le saurez en lisant ma chronique (si vous ne le savez pas déjà, car c'est un livre déjà très apprécié : Aifelle, Kathel, Keisha, Liliba, Cathulu, ...). Sans plus attendre, car je vous vois déjà ronger vos ongles d'impatience, je peux vous dire que je vais être dans le ton des billets précédents. Élogieux. Mais comment fait-il ce Georges Flipo pour réussir à nous enchanter à chaque fois ? 

Il commence par ces mots (dans Le club Vie Intense) : "Immuables. Les dîners chez les Pontignac étaient immuables jusque dans leur grain de folie. Chaque deuxième samedi du mois, Monsieur et Madame recevaient une vingtaine d'amis, tous gens de bonne compagnie, notables de Nantes dans la cinquantaine avancée, et les répartissaient en trois tables, en imposant la dissociation des couples puisqu'on était à l'âge où le verbe se libère plus volontiers en l'absence du conjoint. Les recettes de Darawalee, leur domestique thaïlandaise, étaient très appréciées et s'entouraient de mystères qui ajoutaient une pincée de piment à leur saveur -c'est délicieux, chère amie, ces pak-choï au crabe, comment votre petite prépare-t-elle cela ? Ah, tout simplement avec du crabe et des pak-choï, oui, bien sûr." (p.11) Et l'on sent tout de suite que le ton sera ironique et moqueur. C'est vrai, certes, mais pas que... Car l'auteur crée des personnages auquel il, et nous lecteurs avec lui, nous attachons. A certains beaucoup moins, ceux qui ont le pouvoir aussi minime soit-il. Mais malgré tout, ils ne sont pas totalement antipathiques, plutôt maladroits, et pris dans un système qui les empêche d'agir plus humainement. Et là, je pense particulièrement à la nouvelle Tous ensemble, mais sans plus qui raconte l'entretien de Raoul Noir pour un poste important dans une entreprise de parfums. Ou alors, ils sont "plus bêtes que méchants", comme on dit par chez nous, notamment les collègues de l'entreprise de Sabrina (dans Changement de look) qui l'obligent à rentrer chez elle ré-habillée par une spécialiste du relookage, sans penser aux conséquences éventuelles.

Il est beaucoup question de différence sociale, de différence culturelle, de différence d'instruction, d'éducation et même de différence de niveau de langue comme Jacek qui redoute le quiproquo dû à son français approximatif (La maîtrise de la langue). Toutes difficilement surmontables. Ce n'est pas du pessimisme. C'est malheureusement une réalité : que peuvent avoir à se dire un dirigeant de petite entreprise, lecteur de philosophie et aspirant à un repos au calme, une sorte de retraite solitaire et un amateur de sudoku et de jeux télévisés, qui plus est, bavard (Le monsieur de l'autre lit) ? Un mariage est-il possible voire souhaitable entre une jeune fille de bonne famille et un jeune homme (qui s'aiment) à la réussite avérée certes, mais issu d'un milieu modeste et qui malgré des efforts garde en lui des pans de son éducation (Les choses du marais) ? Oublie-t-on ses amours de jeunesse lorsqu'on a "réussi" (Gracieusette)?

D'autres sont plus optimistes et jouent avec ces codes : Le naturalisme chez Zola (ou comment passer un oral de littérature), Sainte Pauline des Tandas (comment le tango rapproche les gens pour peu que l'on ait un peu de coeur. 

Quatorze nouvelles très bien écrites, tour à tour tendres, drôles, dures, réalistes, parfois tout en même temps, pas forcément avec des chutes tragiques ou comiques. Parfois, juste des tranches de vies. J'ai une tendresse particulière pour celles qui justement finissent sans chute et qui font s'interroger tout le monde, lecteurs et personnages et peut-être même auteur : La vache et le tigre, Changement de look ou L'heure du bain. Ah, celle-ci je l'aime beaucoup. Bourrée de tendresse sans être gnangnan. Parler de l'amour des personnes âgées en finesse mais très directement n'est pas aisé. "Hélène n'avait pas de telles préventions. Elle imaginait toute cette vie sexuelle endormie qui s'éveillerait, maladroitement sans doute, mais avec tant de sincérité. Revivre à deux, finir à deux. Elle n'avait aucun souvenir de sa dernière nuit d'amour avec son mari. Cette nuit-là, savait-elle que c'était la dernière ? Désormais, elle vivrait chaque nuit à deux comme si ce devait être l'ultime et mémorable." (p.266)

Souvent lorsqu'on ouvre un livre de nouvelles, on en lit une puis deux et ensuite on ouvre un autre livre, puis on reprend le recueil de nouvelles pour une ou deux, et ainsi de suite. M'est avis, que comme moi, vous ouvrirez ce bouquin et n'en prendrez un autre que lorsque vous l'aurez fini.

 

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Le Chat Erectus

Publié le par Yv

Le Chat Erectus, Philippe Geluck, Casterman, 2012

"Mine(t) de rien, deux ans se sont écoulés depuis la sortie du dernier Le Chat (deux longues années heureusement entrecoupées par un remarquable Geluck enfonce le clou, mais deux ans quand même !)

Que les geluckophiles de réjouissent : Le Chat 2012 est un très grand cru, les années semblent (encore) bonifier les deux compères. Le matou mutin et matois est de retour avec tambour, trompette ET gourdin dans son 17e opus sobrement intitulé Le Chat Erectus." (note éditeur)

Est-il encore besoin que je parle ici de ma passion pour les chats en général et pour Le Chat en particulier ? Je crois avoir déjà dit dans un article concernant un précédent album, que, avant qu'il ne paraisse en livre, je découpais les strips que le journal régional publiait (Ouest-France, pour ne pas le nommer), je les collais sur des feuilles vierges et volantes et apposais ensuite ces feuilles sur les murs des toilettes pour lier l'utile à l'agréable (chacun est libre ici de juger ce qui lui est proprement utile et/ou agréable). J'étais jeune ! Et accro ! Maintenant que ma jeunesse s'enfuit, comme le disait un chanteur-auteur avec un très beau prénom, je suis toujours accro, mais P. Geluck publie et je n'ai donc plus de découpage/collage à faire, et puis, je ne lis plus la presse et Ouest-France ne publie plus Le Chat.

Me voici donc avec le dernier volume des aventures de Le Chat, toujours aussi drôles, absurdes, décalées, primaires, énième degré : un vrai album d'humour quoi ! En prime, quelques dessins d'actualité avec Benoit XVI, N. Sarkozy ou DSK en guest stars.

Une planche, que vous pouvez aussi voir sur le site de Casterman, pour vous allécher (les babines, évidemment) 

planche Le ChatPour vraiment finir, sachez que Le Chat paraît aussi en coffret Luxe avec Le Chat Erectus + Le Chat Sapiens (album XVII bis) + La semaine du Chat (2 DVD).

Merci Gilles Paris.

 

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Cool

Publié le par Yv

Cool, Don Winslow, Seuil, 2012 (traduction assurée par Freddy Michalski)

"Cool raconte les débuts des héros déchirants rencontrés dans Savages. Ben le biochimiste, Chon le mercenaire des guerres au Moyen-Orient, et Ophélie, dite O. La bimbo blonde et si aimante. Le cerveau, les muscles et la beauté. Inséparables, irrésistibles. En lançant leur fort lucrative entreprise de production/commercialisation d'un précieux cannabis cultivé hors sol, ils n'anticipent ni la violence des dealers qui tiennent la Californie du Sud ni le cynisme impitoyable des agents corrompus de la DEA. L'affrontement va les éclairer sur leurs origines : vingt ans plus tôt, leurs parents eux aussi ont vécu de la drogue, et l'héritage est sanglant." (4ème de couverture)

Préquelle (j'apprends ici le mot = -pour les ignorants comme moi- une oeuvre réalisée après une oeuvre de référence mais dont l'action se déroule précédemment d'un point de vue scénaristique, d'après Wikipédia) de Savages, du même auteur. Je ne sais s'il faut y voir un argument commercial : Cool sort en même temps que la version filmée de Savages, par Oliver Stone. Toujours est-il, et je vais déflorer ici le suspense, que si Savages est un roman qui m'a scotché, pris par surprise (retournez voir mon billet, si vous en doutez) Cool, malgré le manque de surprise, puisque je connaissais déjà l'ambiance et l'écriture de l'auteur m'a ré-embarqué dans un monde qui m'est pourtant a priori totalement étranger et que ne me fascine pas vraiment : la Californie, le sexe, l'argent, la drogue, la violence extrême. Formidablement raconté et écrit. Certes, on peut détester cette manière d'écrire, mais elle va droit au plexus et au but. Pas de fioriture, du brut. Même genre de premier chapitre, très court, expéditif et qui annonce la couleur : "Fuck you", pour Savages et "Fuck me" pour Cool (p.9). Pas élégant, mais efficace. La suite est du même acabit. Ben, Chon et O. vivent sans vraiment se poser de questions comme des jeunes friqués et en proie à toutes les envies. Ils se marrent et nous avec : 

"Elle lui montre une belle Asiatique du Sud aux cheveux noirs et soyeux qui mettent en valeur sa robe de plage blanche.

- Elle.

- Éliminée, répond Chon. Pas mon type.

- Et c'est quoi ton type ? demande O, frustrée

- Bronzée, répond Chon, mince, le visage doux, de grands yeux marron, avec de longs cils.

O se tourne vers Ben.

- Ben, Chon veut baiser Bambi." (p.14)

La déconnade et l'insouciance cessent bien vite face aux altercations et à la véritable guerre que le trio devra mener face aux dealers qui veulent tout le marché de la drogue.

Parallèlement, Don Winslow dresse le portrait d'une autre jeunesse californienne, dans les années 70 : les hippies qui deviendront les parents de Ben, Chon et O. C'est vraiment très bien fait, et l'on se perd en conjectures : untel est le père de Ben, une telle la mère de O. Le parcours des parents pouvant expliquer celui des enfants, dans un trafic identique mais pas avec les mêmes ambitions. Comme quoi la jeunesse n'invente rien, elle reproduit même si les objectifs finaux ne sont point les mêmes. Et les plus "désintéressés" ne sont pas forcément ceux auxquels on pense de prime abord.

Un conseil si vous voulez lire ce préquelle (maintenant que je connais le mot, je ne m'en prive pas), ne soyez pas trop à cheval sur la ponctuation, les règles concernant les majuscules, ne craignez point les acronymes, les initiales : le texte en est truffé qui lui donnent d'ailleurs un ton résolument moderne, un brin déstructuré qui change des lectures habituelles.

J'avais adoré Savages, je réitère pour Cool. Merci à Babelio et à l'éditeur  (Seuil) pour ce partenariat très réussi. 

 

challenge 1% thrillers

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