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La société du hold-up

Publié le par Yv

La société du hold-up, Paul Vacca, Éd. Mille et une nuits, 2012

Qui n'a jamais rêvé du hold-up du siècle ? Celui qui lui permettrait de posséder suffisamment d'argent pour n'avoir plus jamais à s'en soucier. Quelle que soit la méthode, à la manière de Jesse James, Bonnie & Clyde, Albert Spaggiari, ou simplement en gagnant la super cagnotte du loto. Dans cet essai, Paul Vacca remonte aux origines du hold-up jusqu'à sa formule moderne, moins directement violente physiquement mais tout aussi -voire plus- lucrative.

Paul Vacca est connu des blogueurs (euses) grâce à deux romans très fins et joliment tournés, La petite cloche au son grêle et Nueva Königsberg. Mais ce que l'on ne sait pas encore assez, c'est qu'il a aussi écrit des essais, dont celui-ci, le dernier, très justement sous titré : Le nouveau récit du capitalisme. Non, non ne fuyez pas, ce livre est très accessible et très intéressant. Il part des origines du hold-up, aux États-Unis en 1798 : Isaac Davies et Thomas Cunningham qui dévalisent le Carpenter's Hall de Philadelphie. Suivront des gens plus connus, les frères James, Ned Kelly, en Australie (un film, très justement intitulé Ned Kelly, mais où vont-ils chercher leurs titres ?, retrace sa vie, avec Heath Ledger), puis les Dalton, ...

Tout un chapitre relate les interactions cinéma/hold-up l'un magnifiant l'autre et l'autre se servant de l'un pour affiner ses méthodes. Puis, P. Vacca glisse vers le hold-up d'Hollywood, les blockbusters qui étouffent -ou pas- les autres possibilités de faire du cinéma. 

De fil en aiguille, on arrive évidemment à d'autres formes de hold-up, les banques (la crise des subprimes notamment), les sociétés qui en quelques toutes petites années amassent des sommes considérables : Google, Facebook, ... Le Web qui au départ était un outil de liberté et de contre pouvoir étant devenu totalement l'inverse, une machine à faire du fric rapidement. Rien ne compte plus maintenant que faire le buzz que ce soit bon ou pas pour l'image : 

"L'arme est encore le choc. Il s'agit de heurter pour créer une onde de choc médiatique. Une pratique connue sous le nom de buzz. Créer le buzz, c'est vouloir faire un hold-up sur l'audience publique, bref braquer l'attention de tous sur soi." (p.83)

Une image de notre société vue par un prisme original, celui du hold-up. Bien renseigné, accessible (la preuve, moi qui ne lis que peu d'essais, je n'ai jamais décroché ! Ça c'est un signe tangible de la qualité du bouquin, une sorte de "Lu et approuvé" !) Une manière de lire cette société qui me plaît bien car point manichéenne. Orientée, certes, mais Paul Vacca argumente dans les deux sens, ce qui permet à chacun de se faire sa propre opinion.

Lisez intelligent, lisez La société du hold-up !

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Home

Publié le par Yv

Home, Toni Morrison, Éd. Christian Bourgois, 2012 (traduit par Christine Laferrière)

États-Unis, années 50, Franck, afro-américain, vétéran de la guerre, parcourt le pays pour retrouver sa soeur malade. C'est aussi pour lui, un moyen de revenir sur son passé, son histoire. Avec ses parents, sa soeur. Plus globalement c'est un pan entier de l'histoire des États-Unis-ségrégationniste qui se déroule sous ses yeux.

Je suis assez partagé sur ce livre. D'abord, je n'ai aucun point de comparaison avec les autres livres de l'auteure puisque c'est le premier d'elle que je lis. Il n'est pas évident d'entrer dans son livre, elle procède par énigme, par ellipses, donnant des bribes d'informations sur des situations ou des personnages que l'on n'a pas encore croisés dans son récit. Les explications viennent plus tard et tous les indices s'emboîtent. Le procédé n'est pas nouveau, mais il est ici très usité au risque de perdre le lecteur. Par exemple, on sait assez tard le but du voyage de Franck. Puis, une fois le pli pris, je me suis attaché à Franck, à sa famille, et à l'écriture de Toni Morrison. J'avançais dans un brouillard assez épais qui ne se levait pas franchement sauf dans les toutes dernières pages. Mais bon, par chez moi, le brouillard est fréquent et l'on a coutume de dire que lorsqu'il se lève, le reste de la journée est très beau. Encore faut-il qu'il ait envie de se lever ! 

L'écriture de Toni Morrison est belle, va à l'essentiel mais en prenant des détours, sans trop s'appesantir sur des détails mais en faisant état des énormes difficultés de vivre dans le pays dans les années trente en étant noir. Alors, certes, on connaît la chanson, mais pas forcément la petite musique de Toni Morrison :

"- Tu es profond, Thomas, dit Franck en souriant. Quel métier tu veux faire quand tu seras grand ?

De la main gauche, Thomas tourna la poignée et ouvrit la porte. "Homme", répondit-il, puis il sortit." (p.41)

Tout va bien donc dans la plus grande partie du bouquin, et puis malgré son petit nombre de pages (153), la fin est longuette. Les trente ou quarante dernières pages sont lourdes à tourner. Tout les détails se rejoignent et forment l'histoire, le brouillard se lève et on comprend enfin, mais c'est un peu délayé dans de l'inutile et du redondant. Finalement, le brouillard de Toni Morrison est pas mal, presque mieux que ses éclaircies. Disons, pour reprendre mon image sus-citée (et ouais, je progresse, je fais même maintenant des figures de styles qui durent tout au long de mon article. Trop la classe Yv !) que le brouillard se lève, mais tardivement et qu'au lieu d'un soleil franc et généreux, il laisse la place à des rayons de l'astre solaire plus ou moins forts et lumineux avant que la nuit ne tombe.

Tout plein d'avis beaucoup plus ensoleillés que le mien chez babelio.

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La sage-femme de Venise

Publié le par Yv

La sage-femme de Venise, Roberta Rich, Éd. MA, 2012 (traduit par Michel Saint-Germain)

Hannah est sage-femme à Venise en 1575. Elle vit dans le ghetto juif et contre l'avis du rabbin, elle décide d'accoucher la femme d'un noble Vénitien catholique. Elle sait qu'elle risque sa vie en le faisant, d'autant plus qu'elle a inventé un instrument aidant à la délivrance des femmes, qui peut la faire passer pour une sorcière. L'inquisition est très active en ce 16ème siècle. Si elle accepte, c'est pour une somme de 200 ducats dont elle a besoin pour libérer son mari Isaac, retenu comme esclave sur l'île de Malte.

Oui, alors, j'en vois déjà qui ricanent en lisant ce résumé, en voyant la couverture du livre : pôvre Yv, le voilà tombé dans de la littérature de gare ! Eh bien oui, mais à mon corps défendant, je dois le dire pour sauver les apparences ou ce qu'il en reste. En recevant ce livre de Gilles Paris, envoyé de son propre chef, je me suis dit tout pareil que les ceusses sus-nommés qui ricanent. Je pensais faire comme je fais d'habitude avec mes lectures non sollicitées : je les commence, et je vois si ça l'fait ou pas. En général, si au bout d'une petite centaine de pages, je n'accroche pas, je lâche et abandonne. Mais là, eh bien me croirez-vous j'ai commencé et dès le début j'ai été intéressé, surtout par la description de Venise, de son ghetto juif et des relations entre Vénitiens catholiques et Vénitiens juifs. Un pan de l'histoire que je ne connaissais pas et que Roberta Rich fait revivre assez plaisamment. Une autre pan (ce qui, si vous me suivez bien, fait maintenant, pan-pan) de l'histoire que R. Rich explique c'est celui qui concerne les Chevaliers de Malte. Dans ma grande bonté (si, si) je croyais que ces Chevaliers étaient de charmants et beaux garçons prêts à aider leurs prochains. Mais que nenni ! Enfin que demi-nenni ! Car s'il furent des Chevaliers servants, (l'ordre de Malte existe toujours en association caritative), ils furent aussi de véritables pirates des mers :

"... Simon [...] expliqua à Isaac que Charles Quint, roi d'Espagne, avait en 1530 accordé cette île de pierre et de vent aux chevaliers de Saint-Jean, en échange de quoi ils protégeraient l'archipel contre les Turcs infidèles. Les chevaliers parvenaient à défendre le territoire de la rapacité des Ottomans, mais au fil des ans, ils étaient devenus cupides. Ravis de leurs victoires et sous prétexte de défendre leur île, ils attaquaient non seulement les navires des infidèles ottomans, mais aussi les vaisseaux chrétiens, saisissant leurs cargaisons et réduisant à l'esclavage tout le monde à bord, riches ou pauvres, marchands ou serviteurs, femmes ou enfants. Ils se disaient chevaliers, mais en réalité ils étaient pirates, devenus riches au moyen de crimes sanctifiés au nom de la sainte croisade." (p.22)

Tout au long de son récit, l'auteure place des petits morceaux d'histoire, des anecdotes qui font le contexte. Pas mal du tout, intéressant et instructif. Un bon point pour ce roman donc.

Mais à ma grande stupeur, je m'aperçois que j'ai à peine parlé des aventures d'Hannah la sage-femme ! Ah, la pauvre, seule face aux méchants catholiques Vénitiens (mais pas tous). Elle tombe de Charybde en Scylla. A chaque fois que l'on croit et espère la voir se sortir de l'ornière, eh bien à chaque fois, un nouvel incident ou malheur perturbe la situation qui promettait de s'améliorer. Je me moque, mais c'est plutôt bien amené, bien maîtrisé, et si j'excepte quelques longueurs dans des descriptions, des remarques plus ou moins captivantes (plutôt moins d'ailleurs), je me dois de dire ici en toute honnêteté que ce livre se lit avec plaisir. Il ne m'en restera sans doute que le contexte, un peu de l'histoire de Venise et de Malte, ce qui somme toute, n'est déjà pas si mal.

 

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Atelier d'écriture

Publié le par Yv

Hier, chez Gwenaelle, dans son atelier d'écriture, il était question de Patrick Modiano. De faire de la poésie avec les titres de ses bouquins (en gras et italique, comme ça vous pouvez pas les rater, dans le texte). Bon, moi la poésie, c'est pas trop mon truc, alors... 

 

Lycée Patrick Modiano

 

Lycéen, je ne vais pas beaucoup aux cours. Le lycée Patrick Modiano de Caen, rue des boutiques obscures ne connaît pas vraiment mon visage. Non, moi, je me fais des tunes, je deale. Mais attention que de la bonne. Je vends l’herbe que je fais pousser, et je l’ai même baptisée : L’herbe des nuits, parce qu’après l’avoir fumée, on se sent bien, comme après une bonne nuit de sommeil.

Ce soir, je m’suis fait gauler. Les flics de la ronde de nuit, m’ont piqué tout mon stock. Ils ne m’ont pas embarqué au poste, non, ils m’ont emmené dans un rade d’un pote à eux, celui qu’ils fréquentaient avant de devenir ripous, dans le café de la jeunesse perdue. La leur, moi j’ai encore de beaux jours. J’ai réussi à me tirer, mais j’ai plus rien à vendre. Un manque à gagner.  Heureusement, j’ai une réserve dans un endroit connu de moi seul. Un vieux gymnase désaffecté, qu’on fréquentait gamins, avec les potes, Le vestiaire de l’enfance quoi ! J’y vais, décidé, j’y cours même. Je croise personne, juste un clebs qui me course, le chien de Printemps. Printemps, c’est le nom du mec qui tient le café près du vieux gymnase. On sait pas son nom, mais son café, il s’appelle Le café du printemps. Alors tout le monde l’appelle Printemps. Bon j’arrive à le semer, c’est pas très dur, parce qu’il est vieux le chien de Printemps : en fait, nous pour se marrer, on l’a surnommé Hiver, parce qu’il est tout blanc, qu’il tousse et qu’il tremble tout le temps, c’est pour ça qu’il est pas dur à semer.

Bon, j’arrive au gymnase et là, j’entends du bruit, ça gueule, ça hurle. Une voix de fille et des voix de mecs. Je speede et je tombe sur des gars que je connais, des mecs à pas fréquenter. Ma mère elle dit de mes potes que ce sont de si braves garçons. Mais ceux-là, ils sont pas braves du tout , ils sont tout sauf cool. Et avec eux, qui crie, je vois la petite Bijou. Madeleine Bijou. La Bijou. En voilà une fille qui porte bien son nom. Elle est au lycée. Elle passe tous les jours devant moi, ne s’arrête jamais. Elle consomme pas. Mais, moi, pour elle, j’arrêterais mes conneries. Je dealerais plus. Il suffirait qu’elle me parle et je retournerais –ou plutôt je débuterais-  en cours. Elle est en mauvaise posture. Pas encore à poil, parce que je suis arrivé à temps, mais c’est bien parti pour. Ils sont trois dessus à essayer de la déloquer, et je pense pas que c’est pour lui faire du bien après. Enfin, eux, ils pensent que si, mais je crois qu’elle est d’un avis totalement contraire.

Bon, les mecs c’est pas des flèches. Ils comprennent pas tout. Si je parle bizness, ça va leur connecter leurs deux neurones :

- Qu’est-ce tu fous là ? ils me disent. Tire-toi t’as rien vu !

- Eh les mecs, à trois sur une gonzesse et vous y arrivez pas, z’êtes pas fortiches ! J’ai mieux pour vous. 

- Eh l’avorton, tire toi on t’a dit !

- La fille contre L’herbe des nuits (je le dis sans modestie, mais mon herbe, elle est connue et réputée).

- Hein, qu’est-ce-que tu dis ?

- Je te propose de l’herbe et tu me laisses la fille, je dis à leur chef. Il dit plus rien. Un silence froid, total. « Un cirque passe » dit l’un des autres mecs. On dit : « Un ange passe, connard », lui dit son chef, ce qui me fait penser que les deux neurones, ils sont sûrement à  lui.

Bon, je vous passe les longues minutes de sa réflexion. Il accepte. Je leur file de l’herbe, et moi je repars avec Madeleine. Sauvée. On décarre vite fait tous les deux, histoire que les mecs y changent pas d’avis, même si après avoir fumé mon herbe, ils auront plus la tête à ça. Mon herbe elle rend sympa. Bon avec Madeleine on s’grouille quand même. Et là, en tournant la tête, je vois une tâche rouge sur un mur, vaguement éclairée par un vieux réverbère. J’m’arrête et je cueille les deux Fleurs de ruine, c’est comme ça que Madeleine les appelle  et je lui offre. Elle sourit et son visage s’approche du mien. Après ce baiser, elle me dit des trucs à l’oreille, mais je les garde pour moi, c’est mon jardin secret. Vous m’en voulez pas ? J’espère, sinon, tant pis pour vous. En plus, je vais être obligé d’abréger, parce que faut pas déconner, demain, y’a cours !

 

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Tout du tatou

Publié le par Yv

Tout du tatou, Pierre Hanot, Éd. La branche, 2012

"Bipolaire, Zoran vit d'amours passagères et de désillusions. Jusqu'au jour où il croit toucher le pactole en faisant main basse sur treize kilos de "Vendredi 13", une came nouvelle génération, la Rolls-Royce de la défonce...

Poursuivi par une armada de motards néo-nazis qui veulent récupérer la poudre, coincé entre le marteau de la mafia et l'enclume des flics, Zoran apprendra à ses dépens qu'on ne jongle pas impunément avec la chance. Et que nul ne s'improvise porte-flingue." (4ème de couverture)

Onzième volume de la collection Vendredi 13, assez différent des autres. Moins d'humour que dans les autres -ou alors différent, et je ne l'ai pas compris- et une écriture très particulière. Mais avant de développer, je voudrais évacuer très vite une petite réserve personnelle. Beaucoup de personnages dans ce roman. Trop pour moi. Parfois, je ne savais plus qui était qui. Pour peu que je repose le bouquin un soir et que je ne le reprenne que le lendemain il me fallait plusieurs secondes et pages avant de tout remettre en place. Cette réserve reste mineure dans la mesure où l'on est capable assez aisément si ce n'est de cerner exactement le personnage au moins de savoir dans quel groupe il évolue : entourage de Zoran, les bikers néo-nazis, la mafia, les flics, ...

Ceci étant dit, ce qui me plait le plus dans ce livre c'est l'écriture de Pierre Hanot. Elle emprunte à tous les registres de la langue. Du langage le plus châtié, voire inconnu pour le commun des lecteurs -je vous rassure, juste quelques mots qui n'empêchent pas la bonne compréhension globale- à l'argot, en passant par le langage familier ou le patois argotique local, comme cette phrase en marseillais :

"...les nanas étaient cagoles ou girelles, elles avaient une mounine à la place du minou et se faisaient chasper à la raspaille dans les trapanelles par des chacapans aux alibofis de rascous." Ce qui signifie, selon la note de bas de page : "Elles se faisaient peloter au hasard dans des vieilles guimbardes par des marlous sans scrupules aux testicules de rapias." (p.108)

Il faut bien avouer que parfois certaines expressions me laissaient pantois, voire dubitatif -mot qui, selon Pierre Desproges (qui excellait lui aussi dans le mélange des niveaux de langage, d'où ma référence), ne veut pas dire éjaculateur précoce, mais que le doute m'habite. Mais, comme j'ai eu l'intelligence -mais si, mais si- de l'écrire plus haut, rien qui ne nuise à la bonne compréhension du texte. Le texte de P. Hanot incite à la lecture rapide qui est le rythme des aventures de Zoran : le texte colle à l'image et c'est parfait. Beaucoup d'inventions dans l'écriture, de nouveautés, qui lui donnent une certaine poésie -ou une poésie certaine-, comme par exemple cette définition de la bipolarité :

"Trouble de l'humeur, complexion cyclothymique. Un peu comme un accident de plongée : vous êtes capable d'encaisser la monotonie abyssale d'un boulot qui vous répugne, mais quand il s'agit de remonter à la surface, vous ne respectez pas les paliers de décompression.

Zoran respira à pleins poumons, pas de panique : au fond de la mer dévalant son avalanche longitudinale, les poissons étaient couchés, au-dessus la lune était ronde, lui idem." (p.15)

Ouh la, je m'aperçois, que pris dans mon élan et mon enthousiasme, je n'ai pas parlé de l'histoire de ce polar et mon billet est déjà conséquent ! Je résume pour ne point en rajouter et le rendre trop long -car je sens bien que certains parmi mes visiteurs soufflent déjà d'impatience. Allez plus que quelques lignes, vous êtes bientôt au bout. Ça ne devrait pas effrayer de grands lecteurs comme vous.-, je dirais simplement qu'elle est à la hauteur d'une très bonne intrigue policière, qu'elle n'a rien à envier aux autres titres de cette collection, et si vous me suivez régulièrement, vous savez tout le bien -voire l'excellent- que j'en pense.

Merci Inès de chez Gilles Paris.

 

challenge 1% thrillers

 

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Ça coince ! (10)

Publié le par Yv

Gusse, François Barberousse, Éd. Marivole, 2012

Gusse est un jeune homme au début de la guerre 14/18. Comme ses copains de son village de Sologne, il part sur le front. Quatre ans après la fin du conflit, quatre ans également après la mort de Gusse, son ami, le fils de l'instituteur du village, à l'occasion de l'inauguration du monument aux morts se rappelle sa dernière conversation avec Gusse, avant qu'il ne reparte et ne se fasse tuer.

Étonnant parcours que celui de ce livre. François Barberousse commence à faire parler de lui au milieu des années 30 avec deux romans parus à la NRF Gallimard. Puis, il écrit celui-ci en 38/39, qui ne pourra pas être publié en temps de guerre. Après la guerre, le résistant F. Barberousse renonce à écrire et c'est donc 73 après que son roman est publié pour la première fois. C'est un roman qui peut plaire mais qui moi m'a dérouté par plusieurs aspects :

- l'écriture un rien datée et marquée, avec des expressions régionales nombreuses peu compréhensibles

- un nombre important d'intervenants qui sont parfois nommés par leurs noms, mais aussi par leurs surnoms ou diminutifs : je m'y perds !

Pas pour moi, mais je ne doute pas qu'il puisse trouver son public.

 

Petite anthologie du bien-mourir, Philippe Martin, Éd. Librairie Vuibert, 2012

"Nul ne peut attendre passivement la faucheuse, la camarde, la voleuse aux pieds noirs... Du moins était-ce cela la conviction de nos aïeux, exhortés à préparer toute leur vie durant leur passage dans l'au-delà. Se développa à cette fin, du XVe au XIXe siècle, une littérature d'un genre aujourd'hui oublié, l'ars moriendi, où l'art de bien mourir. Sermons, livres de piété, manuels pour pèlerins, méthodes pédagogiques, poésies pour les enfants et autres images pieuses proposaient rien moins que d'apprivoiser la mort." (4ème de couverture)

L'introduction au bouquin, assez longue puisqu'elle fait 22 pages est très intéressante, alléchante, parlant de la manière dont on peut appréhender ou se préparer à la mort depuis très longtemps jusqu'à aujourd'hui. Et puis, je tombe sur cette phrase qui fait retomber tout mon enthousiasme : "Pour notre part, nous avons décidé de laisser la parole à des auteurs catholiques. Dans les pages qui suivent, nous avons privilégié ce que nous pouvons nommer une "littérature intermédiaire" ou une "théologie de la piété" ; des textes situés entre les réflexions théologiques ou philosophiques et les pratiques ou les rites." (p.21) Et ben, zut alors. Moi, je voulais, certes des textes catholiques inévitables, mais aussi d'autres religions et d'autres d'auteurs athées. J'aurais préféré avoir une vue globale plutôt qu'un seul point de vue. Dommage !

 

Chamamé, Leonardo Oyola, Éd. Asphalte, 2012

"Perro et le Pasteur Noé sont deux amis, deux pirates de la route qui évoluent dans un univers violent et amoral. Une trahison va briser ce binôme et le premier se retrouve à traquer le second dans la région de la triple frontière. A cette chasse à l'homme se mêlent souvenirs du passé carcéral des deux caïds, rivalités de bandes, personnages secondaires fous furieux et scènes de bagarres d'anthologie dignes des films de Tarantino." (4ème de couverture)

Bon résumé de ce polar qui part à cent à l'heure. Une écriture vive, énergique, musicale tendance affichée : le rock'n'roll. Là où je coince, c'est que je ne sais jamais si je suis dans le passé ou dans le présent, et moi, j'ai besoin de repères tangibles pour m'accrocher à une histoire. Si on me balade d'avant en arrière, de gauche à droite sans me laisser de possibilités de me retrouver, on me perd ! Dans la vie courante, je n'ai absolument pas le sens de l'orientation (et pourtant j'ai circulé 8 ou 9 heures par jour pendant plus de dix ans, c'est dire les angoisses), c'est un peu pareil dans mes lectures, j'ai besoin d'une base claire. C'est fort dommage car un récit un tantinet plus linéaire m'eût agréé davantage. Parfois, ça marche, parfois ça coince. Là, ça coince malgré les qualités du bouquin et une playlist vraiment alléchante !

 

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Nocturne le vendredi

Publié le par Yv

Nocturne le vendredi, Scott Phillips, Éd. La branche, 2012 (traduction de Patrick Raynal)

Crandall Taylor est un personnage d'un soap opéra étasunien diffusé en Europe et particulièrement en France. C'est un médecin aux amours compliquées. Véritable star, il arrive en France et cherche à monter un film avec lui en vedette principale. Mais Crandall est aussi un homme à femmes. Elles lui tombent toutes dans les bras et entre ses draps -ou parfois les leurs. Il rencontre Esmée, une femme splendide dont le mari est susceptible d'investir dans le futur film. Bien sûr, coucher avec Esmée serait mal vu de son mari, qui de fait, cocu, serait moins tenté de placer son argent dans le cinéma. Crandall le sait bien, mais la chair -la sienne particulièrement- est faible et la tentation très forte, d'autant plus qu'Esmée est loin d'être insensible à ses charmes. "Quand le mari d'Esmée apprend l'adultère, la vie de Crandall bascule soudainement d'Amour, Gloire et Beauté à Sexe, Mensonge et Vidéo." (4ème de couverture)

Nouveau titre de la collection Vendredi 13 et nouveau roman avec le quel on passe un très bon moment. Si vous n'aimez pas les coucheries, vous risquez de ne pas apprécier, parce que Crandall est un chaud, très chaud, bouillant lapin ! Il tire plus vite que son ombre. Parfois, souvent même, sans réfléchir aux conséquences : maris ou petits copains jaloux, ce qui entraîne rixes, bagarres ou mésaventures diverses. Crandall joue sur sa belle gueule et sur sa notoriété :

"Vous me connaissez, ou plus précisément, vous avez la nette impression de me connaître ; ça revient probablement à la même chose, en tout cas de votre point de vue. Depuis cinq ans, j'interprète le Dr Crandall Taylor, le fils dissolu, lubrique et bon à rien du sénateur Harwood Taylor dans le soap-opéra américain, Ventura County. Chez moi, personne ne regarde plus ce feuilleton qui passe cinq jours par semaine à 11 heures du matin, sauf les plus chaudasses des ménagères solitaires et les plus fainéants des étudiants. En Europe, en revanche, ils ont eu la brillante idée de programmer l'émission dans la soirée, juste en début de prime time, et à la surprise générale, nous avons réalisé une très forte audience" (p.11)

Crandall ne peut résister à une partie de jambes en l'air et plus on avance dans le livre, plus celles-ci amènent des situations loufoques, drôles et totalement improbables. Quoique... La réalité dépassant souvent la fiction peut-être ces scènes sont-elles réalistes. D'ailleurs, dans le dossier de presse (à voir chez Gilles Paris), Scott Phillips raconte que l'idée de ce livre lui est venue lorsque l'un de ses amis, acteur dans Santa Barbara, avait débarqué en France pour la promo du feuilleton. 

S. Phillips en fait un vrai roman noir : les filles sont toutes plus belles les unes que les autres, toutes assez faciles à mettre dans son lit -enfin, pour quelqu'un de la stature de Crandall quand même-, le héros ne pense qu'à finir couché avec elles, qu'à monter... son film, bien sûr.  C'est un bouquin résolument parodique, drôle dans lequel l'auteur fait preuve d'une dose très forte de cynisme et d'ironie. C'est totalement amoral et/ou immoral et qu'est-ce que ça fait du bien ! Il manie une langue (là, je parle de l'écriture uniquement, mais où avez-vous la tête ?) familière voire argotique, jubilatoire. Pas toujours délicate, mais fleurie et explicite. Crandall est un type pas vraiment sympathique, imbu, fier de son statut de star, mais dans le même temps très abordable pour ses fans qu'il ne dédaigne ni ne méprise.

Ce dixième roman de cette excellente collection (le seul pas écrit en français) ne déroge pas à la règle et est donc dans le ton des autres, excellent ! Je me suis régalé, j'ai passé un très bon moment et je ne doute pas que vous en ferez de même.

Merci Inès.

 

challenge 1% thrillers

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L'Amour sans le faire

Publié le par Yv

L'Amour sans le faire, Serge Joncour, Flammarion, 2012

Franck téléphone à ses parents qu'il n'a pas revus depuis 10 ans. C'est un enfant qui lui répond. Alexandre. Comme le frère de Franck décédé depuis quelques années. Intrigué, Franck décide de se rendre dans la ferme de son enfance. 

Louise, la veuve d'Alexandre, le frère de Franck, se rend également pour une semaine dans la ferme de ses beaux-parents, pour y retrouver son fils Alexandre que ses grands-parents gardent.

Voilà un livre que j'étais content d'ouvrir. D'abord, il m'est offert dans le cadre des matches de la rentrée littéraire 2012 Price Minister, et ensuite, j'ai lu pas mal de bons billets dessus, c'est d'ailleurs la raison essentielle de mon choix, et oui, c'est moi qui l'ai choisi dans une liste de 12 titres.

Je l'ouvre donc plein d'allant... qui retombe très vite (mon allant bien sûr, et presque le livre itou). De prime abord, je pense que c'est la lenteur qui plombe ma lecture. Et puis, en grand garçon et lecteur-avisé (j'ai un blog quand même !) que je suis, je me dis que ça ne peut pas être cela, que ce n'est pas un polar et que donc le rythme n'est pas en cause. C'est un roman de réflexion; celui d'un homme et d'une femme à un tournant de leur vie qui se posent plein de questions, qui se demandent, la quarantaine passée, de quoi sera fait le reste de leur vie. Avec qui ? Dans quelles conditions ? Et là, ma réflexion-à-moi à peine posée, je tombe sur ce passage :

"L'enfant, c'est toujours une manière de s'inventer une suite, de se construire un avenir, en dehors de quoi il ne reste plus rien, d'un couple une fois défait il ne subsiste plus rien, sinon des murs parfois, des souvenirs éparpillés dans la tête de chacun, mais les souvenirs, c'est rarement les meilleurs qui dominent, c'est souvent les derniers." (p.107)

Rien que du vrai là-dedans. Certes, mais quoi d'original ? Ces remarques, je les ai déjà lues ailleurs, mieux ou plus mal écrites ? Que m'apporte ce bouquin qui ne fait qu'empiler les poncifs sans leur apporter de fraîcheur, de touche vraiment personnelle ? 

Le ton est résolument plombant et larmoyant. Alors, certes, les vies de Louise et de Franck ne sont pas celles dont ils ont rêvé, mais j'ai l'impression de me trouver moi-même en pleine déprime après certains passages. Je ne m'attendais pas à un récit primesautier, mais quand même, là je suis au bord du suicide.

Et puis, pour assener ma mauvaise foi et ma perfidie naturelles, je trouve quelques autres perles, par exemple, dans le genre cliché archi-rabattu :

"Dans une ville de province, c'est fatal, on finit toujours par se croiser, dans une ville de province on ne se sort jamais de son passé." (p.34) Ouais, bon, le parisianisme m'agace toujours un peu, là, ça me ferait plutôt sourire de dépit, si tant est que l'on puisse associer ces deux termes.

Dans le genre pléonasme ensuite (il n'y a qu'une seule phrase qui sépare les deux extraits) :

"Régulièrement elle tombe sur lui dans la rue, à moto tout le temps, ce garçon ne marche jamais à pied." (p.35) Sans doute qu'il agit ainsi parce que marcher à vélo, ça ne se dit pas ni ne se pratique et marcher sur les mains, eh bien, ce n'est d'une part pas à la portée de tous et d'autre part, ça ne se fait pas "dans une ville de province" parce qu'"on finit toujours par se croiser" avec des amis, des voisins, des connaissances qui verraient cette acrobatie au mieux comme une fantaisie au pire comme une preuve de l'arrivée imminente de la déchéance.

Pour finir, mauvais choix pour moi que ce livre qui ne m'a pas plu, mais bon, dans la liste il y avait P. Djian, A. Nothomb, JK Rowling, ça limitait considérablement mon choix.

Merci Olivier de Price Minister

Je crois être  très isolé sur ce coup-là, puisque je ne lis que des critiques élogieuses voire dithyrambiques sur ce roman. Tant pis, j'assume, mais voyez par vous-mêmes sur Babelio par exemple qui en regroupe quelques unes. 

 

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Le Démon

Publié le par Yv

Le démon, Ken Bruen, Fayard noir, 2012 (traduit par Marie Ploux et Catherine Cheval)

Jack Taylor est refoulé à l'aéroport alors qu'il comptait recommencer sa vie aux États-Unis. Il retourne donc à Galway et erre dans les pubs. On lui propose des affaires qu'il accepte de mauvais gré. Ces affaires et ses fréquentations habituelles l'amènent à croiser sur sa route un étrange Mr K. tantôt chauve, tantôt paré d'une longue chevelure blonde. Cet homme laisse dans son sillage des sensations fortes, il ne laisse personne, ni Jack indifférent, sûr qu'il a affaire au Diable personnifié.

Tous les ingrédients d'une enquête de Jack Taylor sont réunis :

- enquêteur qui ne se jette pas vraiment dans l'action

- Galway et l'Irlande

- la religion

- des références extrêmement nombreuses au cinéma, la littérature noire, la musique, les émissions télévisuelles : trop parfois, c'est un peu gênant de n'en connaître pas une sur dix ou vingt, et ça fait un peu inventaire duquel je me sens exclu. Dommage, car le lecteur, c'est quand même moi ! Mais, bon, les autres lecteurs sont sûrement plus instruits que moi.

- l'alcoolisme profond de Jack qui ne carbure qu'au Jameson et à la Guiness (uniquement à la pression et tirée par des pros) auquel il rajoute du Xanax : un peu fatigant sur la longueur, car il n'y a pas une page qui ne fasse mention de son absorption de whisky, de bière et/ou de médicaments. On a compris le problème, l'asséner à toutes les pages est un peu "too much"

Ces deux réserves dites, il est indéniable que j'ai dans les mains un polar hors norme. Jack Taylor y est omniprésent, le narrateur de cette histoire. Il est détective privé, mais ne se précipite pas dans ses investigations ; il laisse venir à lui les informations, fouille un peu quand même mais pas trop. Il est tellement englué dans sa vie personnelle qu'il lui est parfois difficile de faire face. Jack est une épave alcoolisée, un pauvre type, qui, cependant gêne au plus haut point. Désabusé, blasé, plus beaucoup d'espoir en lui et en la société. Il faut dire que l'époque actuelle n'incite pas vraiment à la déconnade tous azimuts :

"Les infos défilaient à l'écran, toutes plus sinistres les unes que les autres : licenciements, gestes désespérés, expulsions, un inceste indicible à moins de trente bornes, arnaques, meurtres en voiture à Dublin devant des petits enfants, une kyrielle de suicides et, pour couronner l'ensemble : les prochaines cérémonies des oscars.

Y'a de quoi sombrer dans l'alcool, pensez pas ?

Tu parles, de nos jours, c'est de l'héroïne pure qu'il faut, pour digérer les infos." (p.92)

Constat que je partage avec lui (sauf pour l'alcool et la drogue, bien sûr, sain de corps et d'esprit je suis -enfin, il paraît.) Mais les rares fois où j'écoute les informations, il me faut bien avouer que cet inventaire à la Taylor y est présent, dans cet ordre ou dans un autre. Une des raisons qui me font boycotter autant que faire je peux les journaux télévisés, papier et même de plus en plus radio, qui se ressemblent tous cherchant l'info qui rapporte (des auditeurs, lecteurs ou téléspectateurs) et qu'ils pourront développer suffisamment longtemps pour garder voire augmenter l'audimat !

Ceci étant dit, revenons au bouquin et notamment à l'écriture de Ken Bruen. Sèche, dénuée de tours et détours, elle va au plus court. Jack Taylor ne parle pas toujours, parfois, il éructe ! Malgré cette économie de moyens littéraires ou grâce à eux, Ken Bruen construit un bouquin passionnant qui ne fait pas l'impasse sur les difficultés du moment : la crise, la violence, la désillusion, ... Enfin, bref que des domaines dans lesquels le Démon intervient en force, à tel point qu'on peut se demander en lisant ce livre s'il n'est pas en train de gagner la partie. Jack Taylor mène un combat contre le Diable, du côté de son Dieu (eh oui, malgré tout ce que j'ai dit plus haut, Jack est croyant). Le classique le Bien contre le Mal, mais à la mode Ken Bruen ! C'est à dire que ça dégage et qu'on est loin des ligues de bonnes vertus. Un combat inégal, sans doute perdu d'avance, assez rare dans les polars, un rien mystique et improbable voire onirique, mais Jack n'a pas dit son dernier mot. Beau travail des traductrices : il fallait bien être deux pour l'ampleur de la tâche.

 

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