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Vingt-quatre heures de la vie d'une femme

Publié le par Yv

Vingt-quatre heures de la vie d'une femme, Stefan Zweig, Éd. Audiolib, 2012 (première édition, 1927)

Début XXème, dans un hôtel de très bonne tenue, se réunissent des gens de la bonne société. Les discussions sont cordiales, jusqu'au jour où débarque un jeune et beau Français qui plaît à tous par ses bonnes manières, sa politesse et sa galanterie. Peu après son arrivée, une nouvelle qui surprend tout le monde tombe : Mme Henriette, jeune femme de 33 ans, mariée et mère de famille s'est enfuie avec le jeune homme. Son mari est effondré et les discussions prennent une tournure très inhabituelle. Seul le narrateur, défend la belle Mme Henriette et prétend que succomber à un coup de foudre ne fait pas d'elle une femme légère et infréquentable. Attentive à tous les propos, une vieille dame anglaise distinguée se rapproche de lui et lui raconte une aventure de vingt-quatre heures qu'elle a vécue vingt-cinq années plus tôt et que la disparition du couple adultère vient de ranimer en elle. Elle dévoile une partie d'elle-même totalement insoupçonnable pour qui la fréquente dans ce monde feutré de la haute bourgeoisie.

Comme je le disais très récemment, suite à ma découverte mi figue-mi-raisin du procédé audiolib, : "il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis" (si, si, vous pouvez vérifier, je l'ai écrit là !). Me voici donc, suite à une sollicitation d'Audiolib à écouter un autre livre. Cette fois-ci, je tape dans le haut de gamme. Stefan Zweig. Lu par Marie-Christine Barrault. Excusez du peu. Je peux redire ici tout les aspects, gênants pour moi dans une écoute de livre :

- manque de flexibilité par rapport au livre

- difficulté de "lire" à mon rythme, de noter des phrases, des extraits, de revenir en arrière, de passer éventuellement des passages plus rapidement -mais pas chez Zweig, tout est bon !, quasi obligation de s'arrêter à la fin d'une plage (13 sur celui-ci pour 2h41 de durée totale)

- impression de ne rien faire pendant que j'écoute, car je me suis aperçu que je ne pouvais pas avoir d'autre activité que celle d'écouter (les esprits malins me diront que lorsque je lis, je ne fais rien d'autre non plus ; certes, mais je tourne les pages !)

Mais je vais dire aussi tout le bien que je pense de ce livre audio. D'abord Marie-Christine Barrault lit bien (ouah, tu parles d'un super compliment !), intelligiblement, suffisamment lentement pour qu'on saisisse bien toute la fluidité et la finesse de l'écriture de Stefan Zweig. Ensuite, elle change de ton en fonction des événements, mais ne surjoue pas pour que l'auditeur puisse lui-même trouver ses émotions. Je n'aurais pas aimé que l'on me dictât les moments forts, ceux où je me devais de réagir. Un peu comme je déteste les humoristes obligés d'appuyer leurs blagues pour que le public rie au moment crucial. Ou Pire, les boîtes à rire !

Et puis, il y a le texte. Formidable histoire qui allie tension, émotion, colère, densité et belle langue qui peut passer pour un rien désuète mais qui sait admirablement faire passer les messages, les sentiments, la détresse et la confiance de cette femme. Ah le passage sur les mains ! Celles qui jouent au casino, il en est de toutes sortes. Ci-dessous un extrait de ce long et passionnant chapitre :

"C'étaient des mains d'une beauté très rare, extraordinairement longues, extraordinairement minces, et pourtant traversées de muscles extrêmement rigides - des mains très blanches, avec, au bout, des ongles pâles, aux dessus nacrés et délicatement arrondis. Je les ai regardées toute la soirée, oui, je les ai regardées avec une surprise toujours nouvelle, ces mains extraordinaires, vraiment uniques; mais ce qui d'abord me surprit d'une manière si terrifiante, c'était leur fièvre, leur expression follement passionnée, cette façon convulsive de s'étreindre et de lutter entre elles. Ici, je le compris tout de suite, c'était un homme débordant de force qui concentrait toute sa passion dans les extrémités de ses doigts, pour qu'elle ne fît pas exploser son être tout entier. Et maintenant..., à la seconde où la boule tomba dans le trou avec un bruit sec et mat et où le croupier cria le numéro ..., à cette seconde les deux mains se séparèrent soudain l'une de l'autre, comme deux animaux frappés à mort d'une même balle."

Je me dois de préciser que j'avais lu cette nouvelle il y a quelques années et que j'ai retrouvé les mêmes joies et les mêmes émotions en l'écoutant. Comme quoi, lorsque l'oeuvre est de qualité, qu'importe le moyen d'y parvenir.

Laissez-vous tenter si vous n'osez pas vous lancer dans une lecture de Zweig ou si vous avez déjà lu cet auteur, c'est absolument très agréable de se laisser susurrer à l'oreille ses mots par Marie-Christine Barrault.

Merci Chloé.

 

Audiolib

 

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Le géranium ovipare/La négresse blonde

Publié le par Yv

La négresse blonde suivi de Le géranium ovipare, Georges Fourest, Le livre de poche, 1965 (édition originale pour le premier Éd. Messein, 1909 et le second José Corti, 1935)

A la fin de mon billet sur Histoire d'os à Évreux, j'écrivais :  "Dans les allusions pas très évidentes, l'une est faite concernant Le géranium ovipare, recueil de poésie de Georges Fourest (merci Goo...) qui m'était passé entre les mains il y a longtemps. Je l'ai racheté depuis cette lecture : un polar qui vous donne envie de lire de la poésie, pas courant n'est-il pas ?" (Eh, pas mal de s'autociter, ça l'fait, non ?). Et me voilà donc maintenant à parler de cette poésie moderne et étonnante. Humoristique, scatologique, lubrique, pastiche de grands poètes, poésie que ne se prend pas au sérieux, assez proche de ce qu'écrivait le grand Alphonse Allais. J'ai intitulé mon article Le géranium ovipare/La négresse blonde, parce que des deux livres, j'ai préféré le second : les poèmes sont des histoires, des tranches de vie réelles comme par exemple celui qui suit et qui est l'un des plus courts donc l'un des plus aisés à citer :

 

"Un homme

Quand le docteur lui dit : "Monsieur, c'est la vérole

indiscutablement !", quand il fut convaincu

sans pouvoir en douter qu'il était bien cocu

l'Homme n'articula pas la moindre parole

 

Quand il réalisa que sa chemise ultime

et son pantalon bleu par un trou laissaient voir

sa fesse gauche et quand il sut que vingt centimes

(oh ! pas même cinq sous !) faisaient tout son avoir,

 

il ne s'arracha point les cheveux, étant chauve,

il ne murmura point : "Que le bon Dieu me sauve !"

ne se poignarda pas comme eût fait un Romain,

 

sans pleurer, sans gémir, sans donner aucun signe

d'un veule désespoir, calme, simple, très-digne

il prononça le nom de l'excrément humain."

 

Tous les poèmes ne font pas mouche comme celui-ci, mais d'autres sont encore meilleurs (mais trop longs pour être reproduits ici). Certains m'ont mis mal à l'aise, comme Bérénice,  qui commence par ce vers : "Or donc, à la belle youtresse" et qui est un texte gênant parce que proche -ou carrément selon les opinions- de l'antisémitisme. Je ne peux pas affirmer que Georges Fourest le fût et n'ai rien trouvé qui puisse confirmer ni infirmer un tel dire dans mes recherches. Ces poèmes sont aussi à replacer dans l'époque du début du XXème siècle. Les idées dominantes n'étaient pas identiques aux nôtres et certains mots qui étaient en usage ne le sont plus. Qui dit encore "négresse" de nos jours ? Même pour parler de la friteuse ? (A ce propos, l'autre jour, dans un catalogue avicole, j'ai remarqué qu'une sorte de poules autrefois appelée "nègre-soie" est désormais appelée "soie"). Et pourtant même Serge Gainsbourg fin des années cinquante et début de la décennie suivant parlait encore d'"une négresse qui buvait du lait" ! Ne pouvant statuer sur l'éventuel antisémitisme de G. Fourest, je vous propose donc un dernier extrait, un peu long, mais tant pis, et si ce genre de poésie vous plaît, n'hésitez pas, on trouve ce recueil très facilement en occasion, sur Internet ou ailleurs.

 

"Sardines à l'huile

 

Dans leur cercueil de fer-blanc

plein d'huile au puant relent

marinent décapitées

ces petits corps argentés

pareils aux guillotinés

là-bas au champ des navets !

Elles ont vu les mers, les

côtes grises de Thulé,

sous les brumes argentées,

la Mer du Nord enchantée...

Maintenant dans le fer-blanc

et l'huile au puant relent

de toxiques restaurants

les servent à leurs clients !

Mais loin derrière la nue

leur pauvre âmette ingénue

dit sa muette chanson

au Paradis-des-poissons,

une mer fraîche et lunaire

pâle comme un poitrinaire,

la Mer de Sérénité

aux longs reflets argentés

où durant l'éternité,

sans plus craindre jamais les

cormorans et les filets,

après leur mort nageront

tous les bons petits poissons !...

 

Sans voix, sans mains, sans genoux*

sardines, priez pour nous !...

 

* Tout ce qu'il faut pour prier (Note de l'auteur)"

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Vie de Damoclès

Publié le par Yv

Vie de Damoclès, Fragments, Pascal Ory, Éd. des Busclats, 2012

"Damoclès naquit.
Une quinzaine d'années plus tard, il comprit enfin qu'il était né sans l'avoir voulu. Ce fut son dépucelage.
Alors il se décida à lever les yeux vers le ciel ; il vit, juste au- dessus de lui, flottant dans les airs, bien verticale, une longue épée effilée, dardée en direction de sa tête. Dès lors, il regarda de plus près les autres êtres humains et vit que chacun d'eux portait son épée, de même.
Plus ou moins longue, fine, épaisse, neuve, rouillée, celle-ci un peu courbe, celle-là franchement tordue. Mais chacun la sienne. Ça ne le réconforta qu'à moitié mais avec cette moitié-là, il put continuer de vivre."

En guise de résumé le premier fragment de ce livre qui sert aussi de 4ème de couverture. Parce qu'il est difficilement résumable ce livre. C'est un recueil de courts textes, qui ont tous en commun d'avoir comme personnage principal ce fameux Damoclès. Ce sont des fragments de sa vie, numérotés et placés dans un ordre aléatoire. C'est bourré de références à la mythologie, à la philosophie, à la culture en général, l'art, l'écriture, ... Rien de pédant pourtant, l'angle choisi est plutôt l'humour et l'accessibilité à tous (même si certaines références me sont parues totalement obscures, mais mon instruction est limitée et sans doute à refaire, au moins à améliorer)

Anachronismes, jeux de mots, idées et réflexions en vrac, sans vraiment pousser les raisonnements, tout concourt à passer un agréable moment. Pascal Ory s'attaque à la philosophie, la sagesse, la religion, la télévision, bref, à tous les thèmes qui nous occupent tous les jours (Bon, je veux bien comprendre que parmi vous qui lisez ce billet certains ne s'adonnent pas tous les matins à la philosophie, ne tergiversent pas pour savoir s'ils sont plutôt sages ou stoïques, mais moi...). Deux extraits que j'aime beaucoup à suivre, l'un sur la religion (évidemment diront ceux qui me lisent régulièrement ; il y en a si si !) et l'autre sur une donnée universelle : la bêtise.

"Croire à l'absence des dieux, c'est toujours croire. Je ne crois pas, je respire ; mon corps respire qu'il n'y a pas de dieu et ma tête conclut que c'est bien dommage.Mais ce n'est pas ma faute s'Il s'obstine à ne pas exister." (p.19/20)

"Damoclès avait toujours eu des problèmes avec la bêtise. Comme tout le monde, il la détestait, mais comme beaucoup il avait du mal à  la définir, et, comme quelques uns, il craignait d'en être le premier atteint." (p.101)

Un dialogue entre lui et un puritain à propos des images sexy qui tapissent les murs des villes (le puritain entame le débat) :

"-Vous outragez la sensibilité du public ! Et les enfants, vous avez pensé aux petits enfants ?

- Eh bien, interdisez les spectacles obscènes : les parades militaires, les publicités mensongères, les matchs de boxe...

- Vous mélangez tout. Le sexe est sale. Les parties honteuses, les jambes, les cuisses, le ventre, la poitrine, les oreilles, la bouche... et puis les pensées qui y pensent et puis les pensées qui n'y pensent pas mais qui y pensent quand même.

- Et puis la vôtre, à ce que je comprends, qui y pense toujours." (p.95/96)

Très pragmatique Damoclès, il agit, réfléchit un peu, parfois uniquement après, mais cherche toujours le plus simple et le plus efficace.

Assez inégal, certains paragraphes sont moins drôles, moins marquants, une lecture plaisante légère mais qui permet parfois de se poser des questions sans forcément y apporter de réponse, ce qui nous oblige, nous lecteurs, à réfléchir un peu. Pour réfléchir donc, mais en rigolant !

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Les communiants de Rouen

Publié le par Yv

Les communiants de Rouen, Gilles Delabie, Ravet-Anceau, 2012

Rouen, dans l'après-guerre, la ville est en chantiers. Dans l'un d'eux, proche de la crypte de la cathédrale, sont retrouvés huit corps d'enfants. L'évêque de Rouen fait alors murer cette crypte pour que l'affaire ne s'ébruite pas. Mais c'est sans compter sur le commissaire Kléber Bouvier qui a vu les corps et qui est persuadé qu'il s'agit d'enfants tués pendant la guerre, une dizaine d'années plus tôt.

Excellent petit polar de 158 pages ! Idéal pour glisser dans un sac ou dans une poche (comme les autres livres de cet éditeur dont je vous recommande le catalogue). La construction de ce polar peut ressembler parfois à des polars nordiques : les petites victimes s'expriment en tête des chapitres et l'enquête avance doucement mais sûrement. Les personnages sont bien campés. Ni tout blancs ni tout noirs, tous ont leurs zones d'ombre, leurs petits secrets qu'ils ne veulent pas voir dévoiler au grand jour, tant Kléber Bouvier que son principal protagoniste, Monseigneur Glâtre, l'évêque de Rouen. Bouvier est plutôt calme, la cinquantaine juste dépassée, mais il peut parfois s'emporter violemment dans un langage très imagé : "A la patrie reconnaissante ! reprit-il en ricanant. Bah merde alors ! Un pays où on montre son poitrail pour y prendre du plomb et son fion pour y fourrer la pommade... Merci bien. Et tout ça en musique... Sonnez clairon, descendez braguette... Avec les honneurs et la poignée de main du ministre... Et quel ministre ! Legendre, cette France-là, je vous la laisse... Je n'ai plus rien à y foutre... Je suis ancien combattant, militant socialiste et rentier... Pour ainsi dire intouchable... Je vais m'en aller et vous viendrez me décorer pour mes bons et loyaux services devant tous les petits copains... On se fera une belle accolade et j'écouterai poliment votre discours... N'est-ce pas, Legendre ? Vous comprenez à présent ? Je suis libre." (p.51/52)

L'intrigue tient la route, l'époque de l'après-guerre permet de jouer sur l'opposition collaborateur/résistant, mais là encore tout n'est pas si simple qu'il y paraît. Pas de manichéisme chez Gilles Delabie, et c'est très bien ainsi, l'inverse eût été trop "facile", trop évident. Enquête linéaire mais qui réserve quelques rebondissements lorsqu'on croit que tout est calé, fini.

Le contexte est intéressant : je ne connais de Rouen que les boulevards extérieurs qui permettent d'éviter son centre (sauf l'an dernier ou par la faute -ou grâce- à un maniement de GPS de débutant je me suis retrouvé en plein centre de la ville alors que je voulais la contourner). Ville détruite pendant la guerre, elle est, dans ce roman, en pleine reconstruction, en rénovation nécessaire, notamment pour ses quartiers insalubres : "Le meublé donnait sur le rez-de-chaussée d'une rue crasseuse où nombre de rats avaient élu domicile. En plus des gaspards, d'autres vermines s'étaient établies dans le quartier. Des julots et leurs marmites hantaient les bistrots. Certaines arpentaient le pavé, d'autres se plantaient dans de sombres couloirs qui sentaient la pisse. Toute cette faune grouillait entre les murs d'immeubles délabrés" (p.78)

En bon anticlérical que je suis, j'ai ouvert ce polar avec un a priori positif (Les communiants de Rouen, ça devait forcément taper sur l'Institution religieuse) et l'ai refermé avec beaucoup de plaisir -non pas celui de l'avoir enfin fini, mais au contraire celui d'avoir lu un très bon roman policier. Et comme je le disais plus haut, point de manichéisme chez l'auteur, mon anticléricalisme dût-il en prendre un coup, Gilles Delabie sait  jouer avec les stéréotypes pour mieux les dynamiter.

 

région thrillers

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La baie de Hanalei

Publié le par Yv

La baie de Hanalei, suivi de Les crabes, Haruki Murakami, Audiolib, textes lus par Irène Jacob

Deux nouvelles de Haruki Murakani extraites de son livre Saules aveugles, femme endormie, paru en français en 2005.

Une femme japonaise apprend la mort de son fils, surfeur, suite à l'attaque d'un requin, dans la baie de Hanalei. Elle prend l'avion pour reconnaître le corps et faire le nécessaire pour l'inhumation.

Plus que du livre, je voudrais parler ici du procédé audiolib, qui consiste comme chacun le sait à écouter sur CD un livre lu. Celui-ci, je l'ai gracieusement reçu en lot de consolation suite à ma participation à un jeu sur le site facebook d'audiolib. C'est ma première expérience récente d'écoute d'histoire. Ah, comme beaucoup, j'ai bien entendu Pierre et le Loup lorsque j'étais petit avec des redites lorsque mes enfants sont passés au même âge. J'ai même eu droit -et encore maintenant avec le plus jeune-, aux CD de J'aime lire, écoutés si possible bien forts pour que toute la maison -pourtant grande- en profite !

Bon, alors de retour de vacances, car l'enveloppe contenant ce CD m'attendait sagement, je me suis précipité (enfin, comme on peut se précipiter lors d'un retour de vacances, c'est-à-dire, très lentement. Vous visualisez bien le concept de précipitation la plus lente possible ?) sur le lecteur CD d'un des deux petits -comme ça, je me venge un peu de ses écoutes fortes de ses CD, non mais, qui c'est qui commande ?-, j'insère l'objet et appuie sur le bouton "play" et alors,  Irène Jacob me susurre l'histoire de Haruki Murakami dans les oreilles.

Je ne sais si c'est l'expérience ou le livre en question, mais je ne suis pas convaincu pour ma propre utilisation. J'aime prendre un livre, le lâcher exactement au moment où moi je veux et non pas à la fin d'une plage de CD. Parfois même, il m'arrive de prendre mon bouquin et de ne lire qu'une dizaine de phrases, ce qui est difficile avec l'audiolib. J'adore lire des passages rapidement parce qu'ils ne me plaisent pas vraiment et revenir sur d'autres, voire m'y arrêter, les lire, les relire, les re-relire parce qu'ils me bluffent totalement. Pas très aisé avec un livre-CD.

Je reste donc à mes bons vieux livres papier que je peux triturer, lire à mon rythme ; je peux même écrire mes notes dedans, mes remarques, etc, etc. Mais comme il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis, rien ne dit que je ne retenterai pas l'expérience avec bonheur.

Reste que le principe est plaisant et j'en discute très souvent avec un ami malvoyant qui ne jure désormais que par des livres lus. Il en est fan et n'a jamais autant lu que depuis qu'il connaît soit l'audiolib soit d'autres moyens à disposition des malvoyants. Et l'audience est beaucoup plus large que ces seules personnes. Je connais certaines personnes qui, depuis, qu'elles ont mis le doigt dans l'engrenage du livre-CD ne peuvent plus s'en passer, même si elles prennent un livre-papier de temps en temps également, les deux ne sont donc point incompatibles ! Au contraire.

Un grand merci à Audiolib et Télérama, partenaires de ce jeu qui m'ont permis cette expérience de livre lu.

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Les talons hauts rapprochent les filles du ciel

Publié le par Yv

Les talons hauts rapprochent les filles du ciel, Olivier Gay, Éd. Le masque, 2012

Fitz, diminutif de John-Fitzgerald, est un clubbeur. Un des ces garçons qui ne vit que par et pour les soirées dans les lieux les plus branchés de Paris. C'est aussi un dealer. Petits bras. Il ne deale que ce qui lui est nécessaire pour vivre selon ses envies : boire, payer le loyer de son petit studio près des Champs-Élysées, et draguer, domaine dans lequel il excelle. Chaque soir, une nouvelle conquête passe dans son lit ou dans un autre, mais toujours avec lui. Jessica, son ex, la seule avec laquelle il ait vécu longtemps, accessoirement commissaire de police chargée de l'enquête sur le tueur en série qui agresse, torture, découpe et tue des jeunes filles adeptes de la nuit parisienne le convoque un jour pour lui demander de collecter des renseignements dans ce milieu qu'il connaît parfaitement. Pour Fitz, c'est l'entrée dans un monde qu'il n'imaginait pas du tout et pour lequel il n'est pas taillé : celui des enquêteurs !

Pas mal du tout ce polar. Alors, certes, l'intrigue est assez linéaire, sans vraiment de rebondissements ni de surprise, même si elle n'est pas totalement dénuée d'intérêt, le livre a plus d'un atout en son sein.

D'abord, il se déroule dans le monde des clubbeurs, des jet-setteurs, bien décrit -enfin, ça, c'est ce que je pense, puisque, personnellement, je n'y connais rien. Et ensuite, Olivier Gay fait montre d'un réel talent d'écriture : humour, détachement, personnages à la fois sympathiques et antipathiques. Fitz est un glandeur, un mec qui n'a aucune ambition et qui ne veut pas travailler. C'est un parasite. Totalement inadapté à la "vraie" vie et a fortiori à celle des flics, il découvre ses limites au fur et à mesure de son aventure. "Je restai un instant prostré sur mon futon. C'était donc ainsi qu'elle me voyait. Un dragueur, un charmeur, mais aussi un loser sans avenir." (p.226) Dans le même temps, il n'est pas dupe du monde dans lequel il évolue ; il sait que les relations qu'il entretient ne tiennent qu'à la coke qu'il vend, à petit prix et régulièrement. Qu'il stoppe son commerce et ses amis lui tournent le dos. "Ici, les prédateurs se voulaient sexuels. De belles filles à l'argent hésitant souriaient à des héritiers, des footballeurs, des stars des médias aux dents ultrabrite. Si j'avais voulu verser dans le cynisme, j'aurais pu dire qu'on voyait ici la prostitution dans sa forme la plus moderne, la beauté et la jeunesse agitées comme un hochet devant de grands enfants prêts à tout dépenser pour satisfaire leurs fantasmes. (...) Et puis du sexe, du sexe mou et gluant, du sexe humide comme la pluie qui me coulait encore dans la nuque, du sexe alcoolisé dans lequel toute dignité disparaissait au profit d'une étreinte bestiale. (p.63/64) 

D'aucun pourront dire que ce roman policier n'est point réaliste. Sans doute : un clubbeur-enquêteur, ça ne fait pas sérieux. Mais il est plaisant et récréatif, original par le personnage principal et le monde dans lequel il évolue. Bon, certes, il y a un énième tueur en série, modèle à la mode des polars actuels, mais bon, il est pardonné à l'auteur.

Très sympa ce polar donc, très loin des standards habituels qui décrivent par le menu les supplices des victimes. Ici, malgré le calvaire qu'elles subissent -certes dit-, le sang ne coule pas, l'horreur n'est pas à toutes les pages. Merci Olivier Gay de nous épargner des descriptions insoutenables et de préserver vos lecteurs. Idéal pour ces vacances ou pour d'autres, ou pour des occasions différentes. Enfin, idéal, tout court !

 

thrillers

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Impures

Publié le par Yv

Impures, Martina Cole, Fayard noir, 2012

Retour de Kate Burrows pour ce dernier tome de la trilogie (chaque roman peut se lire indépendamment). Cette fois-ci, Kate, en semi-retraite est confrontée à un tueur de prostituées. Les péripatéticiennes de Grantley se font agresser violemment, torturer et meurent de manière atroce. Kate, consultante est chargée de donner un coup de main à Annie Carr, l'enquêtrice. Bientôt, il apparaît que Patrick Kelly, le caïd de la ville et l'ami de Kate est indirectement impliqué. C'est la séparation immédiate qui les fait souffrir tous les deux.

Je retrouve avec joie les rues et le commissariat de Grantley, quelques années après La cassure. Kate a pris des cheveux blancs, mais son caractère ne s'est pas adouci. Au contraire ! Elle est explosive, la dame ! Rigide, elle préfère quitter l'homme qu'elle aime au lieu de s'expliquer sur sa brève et légère implication dans l'enquête. Elle est de mauvaise foi, colérique, sans-gêne, elle manque de savoir vivre lorsque par exemple, après avoir quitté Patrick, elle retourne dans sa maison qu'elle loue à Annie sa collègue et amie, sans se soucier des désagréments et des états d'âme de celle-ci :

"... avec Kate, elles vivaient à deux dans un mouchoir de poche. Cela faisait deux ans qu'elle lui louait sa maison, et elle s'y trouvait bien. Mais là, Kate était revenue pour de bon et, d'intruse un peu honteuse, elle avait repris la posture de la proprio en titre. Or il n'y avait rien d'agréable à se retrouver reléguée au statut de locataire." (p.140)

Tout cela la rend terriblement humaine, sujette aux sautes d'humeur et sur-investie dans l'enquête au détriment du tact et de la diplomatie dont elle devrait faire preuve dans ses relations à autrui. "... sache que pour un enquêteur, personne ne compte tant qu'il, ou elle, cherche à résoudre une énigme. A mon époque, je me suis engueulée avec la terre entière, ou presque, et tu feras la même chose." (p.153)

Et puis, elle a son franc parler Kate, entre gouaille, jargon de flic, argot  et grossièretés, comme quoi ce n'est pas l'apanage des flics hommes. Et tant mieux. Là où je tique un peu c'est qu'entre deux jurons, entre deux aphorismes bien sentis, Martina Cole glisse des formules dignes des plus mauvais romans d'amour lorsque l'inspectrice se sent en empathie avec le témoin ou avec une collègue. Pas terrible, évitable mais finalement, pas vraiment perturbant, juste agaçant.

Ce qui me gêne en fait ce sont ces petites facilités alors que le contexte du roman est fort. Martina Cole nous entraîne dans les bas-fonds de la société anglaise, le monde des prostituées. Certes, celles dont il est question ne travaillent pas dans la rue, mais dans des appartements luxueux, mais les clients sont les-mêmes, avec leur vices, leurs faiblesses, leurs difficultés, leurs demandes particulières et leur mépris pour ces filles. Toutes issues de familles décomposés, battues, violées pour certaines, elles se retrouvent à exercer ce métier en espérant en tirer un profit pécuniaire et en sortir vite. Elles le font souvent pour survivre ou pour nourrir leurs enfants. Parce que c'est leur dernière chance de s'en sortir. Une plongée sordide, bien documentée, dans le monde des violences ordinaires : "Ma mère était dingue, mes frères avaient lâché la bonde et mon père était une brute qui tapait sur n'importe qui, du moment qu'il tapait. On a toutes été en foyers, on a toutes été suivies par les assistantes sociales. Faut pas s'étonner qu'on finisse comme des marginales. Toute notre vie, on s'est senties mises au ban de la société." (p.340) Une peinture sans fard de la société de consommation (du sexe) anglaise, de ses travers, qui est sans doute très largement répandue.

Quant à l'intrigue, elle est bâtie sur le même modèle que la précédente et se révèle passionnante mais réserve moins de surprises. Très fréquentable tout de même. Associée au contexte cette enquête policière saura plaire à ceux qui recherchent du fond et un contexte dans un polar.

Merci Lilas

 

thrillers

 

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La nébuleuse du crabe

Publié le par Yv

La nébuleuse du crabe, Eric Chevillard, Ed. Minuit, 1993

"La première fois que Crab fut pris pour un éléphant, il se contenta de hausser les épaules et passa son chemin. La deuxième fois que Crab fut pris pour un éléphant, il laissa échapper un geste de mauvaise humeur. La troisième fois, enfin, devinant que ses ennemis avaient comploté de le rendre fou, il ceintura vivement l'insolent et l'envoya valser à dix-huit mètres de là... Tel est Crab, dont ce livre voudrait rapporter quelques gestes remarquables et que l'on verra ainsi avec un peu de chances plier le ciel comme un drap ou se tuer par inadvertance en croyant poignarder son jumeau, puis devenir torrent pour mieux suivre sa pente. A moins évidemment qu'il ne se terre plutôt tout du long dans son antre obscur, s'agissant de Crab, on ne peut rien promettre." (4ème de couverture)

Ce livre n'est pas un roman tel qu'on l'entend habituellement avec un début un développement et une fin. C'est plutôt une suite de petites histoires, d'anecdotes plus ou moins longues, des sortes de mini-nouvelles -voire très mini- avec le même personnage principal presqu'unique, mais qui en fait n'est jamais le même, ou alors le même mais qui aurait vécu plusieurs vies, parfois ressemblantes parfois totalement opposées, vides, longues, mornes, vives, sanglantes, sexuées ou vierges de tout rapport, crues, violentes, totalement creuses, insipides, inintéressantes pour quiconque même pour Crab soi-même !

Tout n'y est pas de même intérêt : des longueurs, des paragraphes plus plats, moins cinglants, mais au détour d'un passage plus calme, on lit des aphorismes ou des phrases qui valent un arrêt de réflexion :

"Ainsi, le prix Nobel de physique a été décerné au professeur Y. pour ses remarquables travaux sur la désintégration fulgurante, tandis que Crab doit se contenter cette année encore du prix Nobel de la paix, ayant dérobé puis détruit les plans de la terrible invention du professeur Y." (p.22/23)

"N'ayant pas écouté le bulletin météorologique faisant état du froid intense qui règne sur le pays, et les pluies ininterrompues, Crab sort de chez lui en chemisette et profite tout l'après-midi d'un grand soleil estival, par ignorance, exactement. Il pourrait se tenir un peu plus au courant de l'actualité." (p.36)

Humour absurde, j'adore ! Mais il n'y a pas que cela dans ce bouquin. C'est un exercice de style. Eric Chevillard s'essaie à faire de belles phrases chiadées, à jouer sur les mots et les expressions et avec eux. Il écrit, se lit, se relit, réécrit, s'écoute écrire et le résultat est là, réussi. Il a du talent, une patte évidente pour tenir son lecteur jusqu'au bout de son raisonnement aussi absurde ou décalé soit-il. Et il ne faut rien passer trop vite sous peine de rater un passage à retenir, une formule, une phrase, un paragraphe, un assemblage de 2 ou 3 mots. Parfois, comme on l'a vu tout à l'heure, drôles, absurdes, "surréalistes", parfois poétiques :

"Sa longue pratique de la méditation solitaire lui aura au moins appris à distinguer toutes les qualités de silence qu'une oreille non exercée considère du même air stupide. Il existe donc -entre autres- un silence à cordes, un silence à vent, un silence de percussion, qui ne se ressemblent pas davantage que les instruments mêmement nommés, s'il arrive aussi que leurs harmonies se mêlent dans un silence symphonique ou alternent des mouvements lents et graves, ou martiaux, et de petites phrases sautillantes, de soyeuses arabesques, jouant ainsi sur des thèmes et des rythmes divers afin d'exprimer toute la complexité de la situation, quelle que soit d'ailleurs la situation." (p.27/28)

Et pour finir ce billet en beauté, voici l'extrait que je préfère de ce texte, il est musical encore une fois :

"Ce dimanche-là, sous les arcades, Crab avait pensé que oui, peut-être, il existerait une possibilité de bonheur pour le monde si l'exemple de ce glorieux musicien était unanimement suivi, qui aspirait par le nez l'air ambiant saturé d'infections, de gaz d'échappement, de virus, d'idées noires, et le remettait en circulation, purifié de tous ces miasmes, frais comme le premier printemps de la Terre avant l'éclosion des marguerites méphitiques, ou comme le premier gardon avant qu'il ne commence à puer le poisson, un air léger, vibrant, et la perspective tremblait jusqu'au plus lointain, et même les robustes piliers des arcades frissonnèrent au lieu de hausser les épaules comme ils font d'habitude, systématiquement, quand l'homme paraît." (p.29/30)

Un texte plus qu'une histoire. Édité chez Minuit. Normal !

Alex n'a pas aimé. L'auteur tient assidûment un blog intitulé L'autofictif.

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Les Pirates dans une aventure avec Napoléon

Publié le par Yv

Les Pirates dans une aventure avec Napoléon, Gideon Defoe, Le Dilettante, 2012

Vexé de n'avoir pas eu le Prix du Meilleur Pirate de l'année, le capitaine pirate cède encore une fois à son vieil ennemi Black Bellamy et devient pour 100 doublons le légitime propriétaire de l'île de Sainte Hélène, luxuriante et pleine de femmes avenantes selon Black Bellamy. Quelle déception lorsque résolu à devenir apiculteur sur cette île, le capitaine pirate découvre d'une part que c'est un caillou improductif et dépourvu des femmes dont il a rêvé et d'autre part que son acte de propriété est un faux. Et en plus, arrive bientôt sur son bout de rocher, un visiteur illustre : Napoléon soi-même !

Je me faisais une joie de retrouver toute l'équipage du bateau pirate. Tous plus barrés, déjantés, carrément à l'ouest les uns que les autres. Je les avais laissés un peu en retrait suite à leurs deux premières aventures, avec les savants et avec les baleines. Avant tout, il est bon de préciser que les aventures se lisent indépendamment les unes des autres ou à la suite, ou dans le désordre, c'est comme on veut ! J'ai passé Une aventure avec les communistes et doit sortir bientôt Une aventure avec les romantiques.

Mais revenons à Napoléon. C'est drôle comme les autres : même humour, mêmes personnages et situations ressemblantes, ce qui fait que parfois j'ai pu ressentir une certaine lassitude, une envie d'aller un peu plus vite. Mais, ne boudons pas notre plaisir, c'est si rare de rire en lisant que quand on y parvient, il faut le dire. C'est chose faite ici. Pas hilarant jusqu'à un blocage de mâchoire, mais très très souriant avec parfois des accès de rires sonores. Vos zygomatiques résisteront-ils à ce passage : "En entendant le ploc caractéristique d'une enveloppe tombant sur le paillasson, les pirates bondirent vers la porte, tous excités. En comparaison avec les autres bruits qui avaient excité les pirates lors de leurs précédentes aventures, le "ploc caractéristique d'une enveloppe tombant sur le paillasson" n'était pas si formidable que cela. D'ordinaire ils s'attendaient au "sifflement de la mitraille déchirant la voilure", au "fracas d'une lame s'abattant sur le pont" ou aux "hoquets du pirate en vert atteint du mal de mer". Mais, avec leur nouvelle existence domestique, ils se rendaient bien compte qu'ils devaient se contenter de ce qu'ils avaient." (p.94) ?

Tout est dans le même genre, décalé, ironique, sarcastique. Anachronismes et interventions de l'auteur sont présents et pour les anachronismes très fréquents. Les pirates ne sont pas désignés par un nom, mais par un détail qui leur est propre : "le pirate avec de la goutte", "le pirate grisonnant à la peau fripée", "le pirate avec un écharpe", ... ; seule l'unique femme de l'équipage est affublée d'un prénom, Jennifer.

Chaque scène est visualisable, c'est souvent cela qui fait sourire : ceci expliquant cela, le film sorti en mars 2012 et intitulé Les Pirates ! Bons à rien mauvais en tout est tiré des aventures des Pirates et scénarisé par Gideon Defoe.

Dernière info : le dernier tome des aventures des Pirates (avec les romantiques) a changé de crèmerie et est édité chez Wombat. Faites-vous plaisir avec n'importe la(les)quelle(s) des aventures des Pirates pour dérouiller un peu les muscles rieurs avant ou pendant l'été.

Peu de critiques sur ce livre : Babelio.

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